Merci à Coton, Lunastrelle, Emichlo, Young-girl06 et Hinata pour leurs reviews. Toutes vos questions trouveront des réponses dans ce chapitre.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à J. R. R. Tolkien, sauf Gwen, Lionel et cie.
Chapitre 29 :
Entre la vie et la mort
Gwen ne parlait plus à personne désormais. Mais tout le monde l'évitait. Le regard qu'elle avait désormais ressemblait à celui d'une personne ayant perdu la force de vivre.
Certains avaient pourtant essayé de l'aborder, comme Arwen, Legolas ou Aragorn. Et peut-être d'autres aussi, mais Gwen n'y avait pas vraiment fait attention.
Car depuis ce qui s'était produit, la jeune fille se sentait coupée du monde. Non, en fait, elle avait l'impression d'évoluer dans un autre monde. Un univers où tout était gris, vide, froid, dépourvu de sens.
Elle ne pouvait toujours pas faire face à cette situation : son frère était mort. Le Passeur l'avait eu.
Le Passeur… Mais qui était-il, à la fin ? ! Pourquoi avait-il fait autant de mal à son frère et à elle ? Quel était son objectif ? Ou peut-être n'en avait-il tout simplement pas, peut-être qu'il était purement malveillant…
Gwen n'aimait pas y réfléchir. La seule chose qui lui faisait du bien, c'était de canaliser sa haine sur un coupable, fut-il une simple pensée dans sa tête.
Pourtant, elle n'arrivait jamais à le haïr longtemps. Car ses pensées dérivaient alors vers sa dernière victime : son frère.
D'abord sa mère, maintenant son frère… Gwen était anéantie. Pourquoi en voulait-on à sa famille ? !
Sans comprendre trop comment, la jeune fille se retrouva devant les bois de Fondcombe, à la lisière. Des gardes lui barraient la route. Elle savait qu'Elrond les avait placés là pour la protéger. Tant qu'elle resterait dans l'enceinte de la cité, elle ne risquerait rien.
Mais Gwen mourrait d'envie d'y aller, pour chercher des indices. Peut-être le corps de son frère se trouvait-il là-bas ?
Aragorn lui avait raconté qu'il avait participé à une battue avec les jumeaux et Legolas, mais ils n'avaient rien trouvé.
Gwen se sentait plus mal que le jour où elle avait perdu son don. Plus mal que lors de sa période sur Terre, où elle avait essayé de vivre une vie normale. Plus mal que tout !
Refusant de laisser des larmes couler sur son visage devant les elfes, elle fit volte-face et courut aussi vite qu'elle put à travers les jardins, jusqu'à une fontaine. Là, elle se laissa tomber sur le rebord et enfouit son visage dans ses bras.
Si au moins son frère pouvait se remanifester… Mais depuis ce maudit incident, elle n'avait plus vu aucun fantôme. Elle aurait pourtant aimé revoir son frère. Pourquoi ne se manifestait-il plus ?
« Vous n'avez pas tenu votre promesse, jeune humaine. »
La jeune fille sursauta, puis se tourna vers la source de cette voix. Elle mit un moment à le reconnaître, mais soudain, l'évidence la frappa : cette attitude hautaine, ces longs cheveux noirs, et ces yeux qui brûlaient d'une envie féroce de vivre…
« F… Fëanor ? »
L'elfe inclina la tête. La lueur dans ses yeux semblait avoir décru, depuis que Gwen avait tourné son visage ruisselant de larmes vers lui.
« Que… qu'est-ce que vous me voulez ? Vous êtes revenu pour piquer le corps de mon frère ? »
« Non, je… »
« Ben, navrée de vous décevoir, mais il est mort ! Alors, fichez-moi la paix ! » dit la jeune fille sur un ton à demi hystérique.
« Non, je voulais… »
« Vous n'avez qu'à prendre un autre corps, je m'en fiche, je ne ferai rien pour vous aider, cette fois ! »
« Écou… »
« Et ce n'est pas la peine d'essayer de me réconforter comme les autres, je m'en fiche, je veux être seule ! »
« GWEN ! J'étais venu vous demander ce qui s'était passé. »
« Hein ? »
« Votre frère ! Je l'ai entendu… là-bas. »
« Hein ? ! »
Le fantôme de l'elfe poussa un soupir, puis se pencha pour la toucher aux épaules. Lorsque ses mains traverser la peau de la jeune fille, celle-ci sentit une force étrange traverser son corps, comme si on l'avait plongée de force dans un grand bain chaud. Le froid qui régnait en elle depuis la mort de Lionel parut s'éloigner. Il n'avait pas disparu, elle était toujours brisée de l'intérieur. Mais elle se sentait à présent tenue et sue.
« Gwenaëlle, je ne suis pas venu vous présenter mes condoléances ni vous demander de surmonter tout ça. Ce n'est pas mon genre de faire preuve de pitié, vous en savez quelque chose », dit l'elfe avec un sourire crispé.
À ces mots, la jeune fille ne put réprimer un rire.
« Mais je suis lié à lui d'une certaine façon. Après tout, j'ai pris sa place dans son corps pendant quelques jours. Et j'avoue que je comprends pas ce qui lui arrive, en ce moment. Il est coincé dans un endroit où il n'a rien à faire. »
« Comment ça ? Quel endroit ? »
« Eh bien… C'est un peu flou pour moi, je l'avoue… Mais… Quand j'étais… coincé, j'étais dans un endroit désertique, et froid. Je crois que c'est une sorte de grand labyrinthe plein de couloirs où errent les âmes perdues. Elles cherchent la porte qui mène à l'au-delà. Et moi, même si j'ai réussi à atteindre les cavernes de Mandos, j'ai encore une idée de ce qui se passe dans ces couloirs. Et il se trouve que votre frère y est. »
Gwen n'y comprenait rien. Son frère serait perdu ? Pourtant, elle l'avait vu ici, en tant que fantôme, dans un couloir de la cité…
« J'ai du mal à vous suivre, Fëanor », dit la jeune fille.
L'elfe haussa des épaules.
« J'ai du mal à comprendre moi-même ce que je ressens face à cette situation. Oubliez ça. »
Soudain, il leva les yeux vers le ciel. Son beau visage s'assombrit.
« Vous ne devriez pas rester dehors. Une tempête se prépare. Et elle sera bien pire que les autres. »
Gwen le vit disparaître. La jeune fille baissa tristement la tête vers le sol. Il semblait plus froid, tout à coup.
Mais le fait d'avoir parlé avec quelqu'un la faisait se sentir un peu mieux. Elle réalisa soudain qu'elle était affamée.
Gwen se leva puis se dirigea vers la maison où les elfes avaient pour habitude de se restaurer. Lorsqu'elle entra, elle vit Legolas en pleine discussion avec Glorfindel. Ces derniers se tournèrent vers elle et parurent légèrement surpris. Gwen comprit qu'ils s'étaient attendus à ce qu'elle passe devant eux sans faire attention, comme une somnambule.
La jeune fille n'avait pas vraiment envie de leur parler, mais elle avait tellement faim en même temps…
Elle s'approcha du buffet et regarda les aliments avec une grimace. Son ventre était encore noué par le chagrin et le désespoir.
Elle prit finalement une tranche de pain et une petite tranche de fromage avant de sortir. Elle pouvait sentir le regard des elfes dans son dos.
Une fois dehors, elle se hâta de retourner dans sa chambre. Une fois enfermée, elle mangea lentement son maigre dîner, puis se laissa tomber sur son lit.
Qu'allait-elle faire, maintenant ? Elle ne le savait pas. Elle réalisa soudain que, depuis son bref entretien avec Fëanor, elle avait oublié le Passeur ! Sa haine semblait s'être volatilisée…
Qu'est-ce que Fëanor m'a fait ? ne put s'empêcher de penser la jeune fille.
« Tu sembles aller mieux, Gwen. »
La jeune fille se retourna, et sentit son cœur battre la chamade. Son frère était à nouveau là ! Mais son image avait changé. Il avait l'air anormalement pâle et transparent. Pourtant, les fantômes n'avaient pas cette apparence avec elle. Ils ressemblaient aux gens normaux, ce qui parfois lui posait problème pour faire la différence.
« Ça ne va pas, Lionel ? »
« Je ne sais pas. Je me sens très faible. Le Passeur a essayé de me rattraper… Mon fantôme, je veux dire. »
Gwen serra les poings. La colère revint, et avec elle, l'image de Lionel se fit plus consistante.
« Il faut que tu quittes Fondcombe, Gwen », dit-il.
« Quoi ? ! Mais pourquoi ? »
« Je… » Il regarda autour de lui, comme s'il avait soudainement peur qu'on l'entende. « Je ne peux pas t'en dire plus. Mais il faut que tu te dépêches. Si le Passeur me recoince et me reprend de l'énergie, la magie des elfes ne pourra plus te protéger ici ! Crois-moi, Gwen ! Fiche le camp maintenant ! »
Soudain, son image se mit à clignoter. Le visage du jeune homme se tordit de douleur, puis il disparut.
Gwen plaqua la main sur sa bouche. Partir maintenant, sans même prévenir personne ? Cela lui semblait complètement fou.
Tant pis, elle allait devoir suivre son conseil. Se levant, elle marcha vers l'armoire et se mit à prendre des affaires. Elle se tourna vers le lit et les jeta pêle-mêle dessus, puis fila dans la salle de bain chercher un sac.
Lorsqu'elle revint dans la chambre, elle vit que les vêtements avaient quitté son lit. Ils étaient revenus dans l'armoire.
Gwen laissa tomber le sac par terre et sentit ses os se glacer. Le Passeur serait-il déjà là, prêt à l'attaquer ?
Soudain, elle sentit une main glacée se poser sur son épaule. Avec un cri d'horreur, la jeune fille se retourna et tomba par terre.
« Gwen ! Du calme, voyons, c'est maman ! »
Gwen se redressa et poussa un profond soupir, puis lui lança un regard courroucé.
« Bon sang, tu veux me foutre la crise cardiaque ? Et pourquoi tu as rangé mes affaires ? ! »
« Parce que tu es en danger, chérie. Je suis revenue pour te prévenir. »
« Me prévenir ? ! Me prévenir ! ! ! » répéta l'adolescente avec un rire dément. « Mais tu l'as prévenu, Lionel, avant sa mort, hein ? ! Tu l'as prévenu, dis-moi ? »
Loin de paraître triste ou honteuse, la mère de Gwen fronça des sourcils.
« Je n'ai pas prévenu Lionel, voyons ! Si la mort s'était approchée de lui, crois-moi, je me serais manifestée bien plus tôt ! »
« Hein ? Euh, maman, attends… Tu ne t'es pas manifestée, il y a deux jours ? »
« Non, chérie ! Pourquoi ? »
« Tu… Maman, écoute… Tu peux essayer de trouver Lionel, là, pour moi ? »
La jeune femme baissa les yeux vers le sol. Gwen savait que les fantômes pouvaient localiser les gens ou d'autres esprits par la pensée sans bouger. Sa mère n'échappait pas à la règle.
Enfin, elle releva les yeux et parut troublée.
« Gwen… Je crois que… ton frère… est à la limite de la mort. »
« Hein ? Comment ça à la limite ? Explique-toi ! »
« Je… je ne sais pas… On dirait… un coma. »
Gwen se figea. Un coma ? Alors… ce fantôme qu'elle avait vu ? La jeune fille se prit la tête dans les mains. Bon sang, qu'est-ce qui lui arrivait ? Tout se mélangeait dans sa tête !
Soudain, la mère de Gwen tendit l'oreille, comme si elle avait entendu un bruit inquiétant. Puis elle disparut.
Gwen regarda autour d'elle sans comprendre. Pourquoi sa mère avait-elle filé, tout à coup ?
« Gwen ? »
La jeune fille se retourna et vit son frère, qui la regardait avec l'air impatient.
« Bon sang, tu attends quoi pour t'en aller ? Je t'ai dit de faire vite, ou bien… »
« Me grouiller ! »
« Quoi ? »
« Mon frère m'aurait dit de me grouiller, pas de faire vite, c'est trop littéraire pour un geek de sa génération ! Alors dis-moi, qui es-tu ? »
« Qui ? Mais ton frère, quelle question ! »
« Non, je ne crois pas ! Lionel n'est pas mort ! Maintenant que je me souviens, comme je l'ai dit à Gandalf lors de mon entretien avec lui et Elrond, ma mère se manifeste toujours quand l'un de nous va avoir de sérieux ennuis ! Mais il ne s'est rien passé, ce qui signifie que mon frère est toujours en vie ! Alors, dis-moi, qui es-tu ? »
Le visage de Lionel se figea, puis un sourire cruel, horrible, que Gwen n'aurait jamais imaginé voir sur son visage, tordit ses lèvres. Ses yeux virèrent au rouge lumineux, avant que son corps se transforme en un épais nuage de noirceur.
« Enfin tu as compris ! Si tu savais comme j'ai eu du mal à jouer ce rôle. »
« Le Passeur… »
« En chair et en os ! Enfin… Je l'étais, il y a une minute ! »
« Où est mon frère ? ! »
« Ciel ! Comment saurais-je où est passé ton stupide frère ? Il ne veut peut-être plus de toi et est parti loin de tout ? »
« Tout ça n'a rien à voir avec moi ! Vous l'avez encore kidnappé, avouez-le ! »
« Ne fais pas la difficile avec moi, Gwen ! Je ne peux pas te faire sortir de Fondcombe par la force, pas plus que ton frère, mais je peux quand même vous infliger des images ou des dégâts qui vous blessent physiquement et moralement. »
« Pourquoi veux-tu nous faire quitter Fondcombe ? »
« Je ne sais pas, moi ! Je ne fais que tenir ma part du marché. »
« Marché ? Quel marché ? »
Apparemment agacé d'en avoir trop dit, le Passeur lui lança un regard furibond avant de disparaître. La pièce parut soudain lumineuse, comme si quelqu'un avait allumé un puissant halogène.
Gwen ne put s'empêcher de tomber à genoux. Ce face à face avec ce monstre l'avait épuisée.
Elle mit un moment à réaliser ce qui s'était passé. Le Passeur n'avait pas pu l'emmener ni l'attaquer. Si, il avait réussi à la toucher au cœur, avec son frère.
Soudain, un gémissement la tira de ses pensées. Elle vit qu'un corps reposait inerte devant elle. Cette silhouette… Ces cheveux bruns en bataille…
Lentement, elle retourna le corps. Incroyable !
« Lionel ? LIONEL !"
Folle d'inquiétude, elle colla son oreille contre sa poitrine. Elle entendit son cœur battre. Folle de joie, elle leva les yeux et remercia les cieux, puis se mit à secouer son frère avec énergie.
« Lionel ? LIONEL ! »
« Ne le secoue pas ! »
Gwen leva les yeux. Fëanor se tenait debout devant elle.
« Tu savais ? Avoue-le ! Tu savais qu'il n'était pas mort. »
« Je n'ai fait que te rapporter ce que j'ai vu, Gwen. Je n'en savais pas plus. »
« Mais comment… Tout à l'heure, quand tu m'as… touchée… Pourquoi je me sentais mieux ? »
Le fantôme haussa des épaules.
« L'essentiel est que tu te sentes mieux. Par contre, je te conseille de faire attention à l'avenir. Ces épreuves ne seront rien comparées à celles du futur. »
Gwen acquiesça, les yeux emplis de larmes de reconnaissance.
Soudain, son frère gémit. Fëanor disparut. Gwen se baissa pour aider son frère à se redresser.
« Ça va, frangin ? »
« À part le marteau-piqueur dans ma tête, ouais… EH ! Gwen ? »
La jeune fille venait de se jeter dans ses bras et y pleurait toutes les larmes de son corps.
« Frangine… »
« Arrête de faire ça, Lionel ! Pitié, arrête de partir sans rien me dire ! Me quitte plus, t'entends ? NE ME QUITTE PLUUUUUUS ! » gémit Gwen, le corps secoué de sanglots.
Lionel fit la grimace, puis lui rendit son étreinte. Le soleil traversa la fenêtre, venant éclairer les jeunes gens.
De l'autre côté, sur le balcon, Toïn, Gil-Galad et Gilraen regardèrent les jeunes gens.
« Nous n'avons rien pu faire, cette fois », dit Toïn, l'air bougon.
« Le pouvoir du Passeur est trop puissant pour nous, sans parler de l'Ombre qui s'étend à l'Est », dit Gil-Galad.
« Qu'allons-nous faire, dans ce cas ? » demanda Gilraen.
« Continuer de veiller. Que faire d'autre ? Et redoubler de vigilance. »
Ils disparurent dans un souffle de vent, laissant les jeunes gens tout à la joie de leurs retrouvailles inespérées.
Et voilà ! Alors, contents ?
