Chapitre 29

La nuit était tombée depuis environ une heure quand les premières troupes de policiers arrivèrent devant le quartier général de la pègre. Au début, les gardes aux fenêtres ne furent même pas sûrs que c'était réellement des flics. Il ne s'agissait à vue d'œil que de deux ou trois voitures banalisées, garées à bonne distance, et il n'y avait aucun moyen de savoir combien de personnes se trouvaient à l'intérieur. Dans d'autres circonstances, les sbires de Cartman auraient envoyé quelqu'un pour vérifier les intentions de ces inconnus, quitte à les convaincre de partir s'ils n'avaient rien à voir avec les forces de l'ordre. Mais ce soir, toutes les troupes de Cartman avaient été réquisitionnés pour défendre les locaux, et il n'y avait plus un seul criminel, ni même le moindre petit délinquant, dans les rues.

De toute façon, ils avaient été vite fixés. Les personnes dans les voitures n'avaient pas fait mine de bouger pendant de longues minutes. Sans doute observaient-ils de loin l'agitation du bâtiment, à l'aide de jumelles ou d'un truc du genre. Les hommes de Cartman étaient prêts. Armés, attentifs, et tous à leur poste, ils attendaient que les ennemis se montrent, impatients d'en découdre, et certains de remporter la victoire. Puis d'autres voitures étaient arrivées. Des vraies voitures de flics cette fois, blindées. Beaucoup de voitures. Elles avaient encerclé l'immeuble, des policiers en étaient descendus et s'étaient cachés derrière, armes au poing. Juste assez loin pour que les larbins du gros lard ne puissent pas les tuer depuis leur position dominante. Les policiers étaient nombreux. Cent au moins, peut-être plus. C'était difficile à déterminer.

Au troisième étage, le dealer nommé Luke lâcha une exclamation de peur.

« Tout ça...Oh bordel, on va jamais s'en tirer !

-Ferme-la espèce de lâche, répliqua Ginelli sans quitter des yeux la foule grandissante de flics. Ça ne sert à rien de s'inquiéter. On va l'emporter, largement ! »

Luke n'osa pas contredire son chef, mais il n'avait pas l'air convaincu. Kevin aussi se sentait douter à chaque seconde qui passait, mais pas pour les mêmes raisons.

« Rappelez-vous bien de ce que je vous ai dit ! Répéta Ginelli une dernière fois. Quand je vous en donnerai l'ordre, tirez à vue ! Aucune question à vous poser ! Rien de plus simple ! Vous avez juste à vous baisser si on vous tire dessus ! Pensez un peu aux autres, ceux du rez-de-chaussée ! Eux ils vont devoir se battre au corps à corps ! »

Kevin ne le savait que trop bien. Il se demandait si les flics allaient pouvoir entrer, avec des machines à tuer de ce genre pour garder l'entrée de l'immeuble. Il espérait que Stan ne tomberait pas sur eux pendant sa mission, sinon il était mort à coup sûr. Est-ce qu'il le lui avait dit au fait ? Il ne s'en rappelait plus.

De toute façon, il n'y pouvait plus rien maintenant. Il était coincé avec les autres dealers au troisième étage, en poste à une fenêtre, une kalachnikov entre les mains, chargé de tuer le moindre flic qui passerait dans son champ de vision. Il se demanda si le fait de blesser les agents de la loi ce soir compromettrait ses chances d'obtenir la grâce des juges, si toutefois il était jugé un jour. Yates avait promis de plaider en sa faveur, mais enfin...Mais enfin rien ! Pourquoi penser à ça ? Il en avait fini avec le double jeu maintenant ! Il avait joué son rôle, maintenant il n'avait plus qu'à reprendre sa place de larbin docile de Ginelli. C'était au tour de Yates et de Stan d'agir. S'ils arrivaient à libérer Kyle, tant mieux. Sinon, tant pis. Kevin ne pouvait plus rien faire maintenant pour les aider.

Les flics étaient tous là à présent. Une petite centaine à vue d'œil, armés, organisés, comme dans les films. Il y eut un moment de tension, pendant lequel personne ne fit mine d'engager le combat. Puis un homme se détacha du lot et s'avança vers eux, seul, habillé de pied en cap pour l'occasion, une arme à la main, et un porte-voix dans l'autre. Kevin ne mit pas longtemps avant de reconnaître Yates. Le sergent porta le porte-voix à ses lèvres et cria, de façon à ce que personne à l'intérieur du bâtiment ne puisse ignorer ses paroles.

« Ici la police ! Vous êtes encerclés ! »

Ginelli fit un signe de la main, et tous ses sbires se mirent en position de tir. Les tripes nouées, Kevin les imita. Il n'y avait nulle part dehors la moindre trace de Mysterion.


« Voilà, souffla le héros à voix basse. C'est par là. »

Il désignait du doigt les portes du garage, à environ deux cent mètres de là. Près de lui, les membres de la brigade d'intervention de Denver hochèrent la tête sans mot dire. Ils n'avaient pas l'air inquiets. Ils étaient dans leur élément, eux, avec leurs armes, leurs gilets pare-balle, et leurs cagoules noires. Stan aurait donné cher pour avoir un équipement aussi imposant, lui aussi. Mais il s'était dit que ses alliés n'auraient pas compris s'il avait réclamé un gilet pare-balle. Après tout, il était censé être immortel, non ?

Et puis, à la réflexion, une arme trop encombrante n'aurait fait que le gêner dans son infiltration. Il avait une ligne de conduite très précise à tenir s'il espérait se sortir vivant de cette aventure. Discrétion, prudence, silence, il n'y avait que comme ça qu'il pourrait mener à bien sa mission. Surtout que finalement, il ne pourrait compter sur personne pour l'aider.

Oui, Stan était seul. Désespérément seul. Et faible, et stupide, et terrifié, et il regrettait de plus en plus de s'être laissé entraîner dans cette histoire dangereuse. Le costume de Mysterion ne lui avait jamais semblé aussi pesant.

Mais il avait réussi à faire un effort sur lui, juste assez pour guider ses alliés à travers les dédales du quartier mal famé, jusqu'à leur position actuelle, à deux cents mètres du quartier général. Personne ne pouvait les voir, de là où ils étaient, mais eux voyaient beaucoup de choses. Notamment les portes fermées du garage, la grande pour laisser passer les voitures, et l'autre, plus petite, pour les piétons. Barricadées toutes les deux de l'intérieur, d'après Kevin, mais après en avoir discuté avec les hommes de Denver, ils avaient affirmé que pour eux, ça n'était pas un obstacle. Il fallait juste attendre la diversion...

Des coups de feu déchirèrent soudain l'air. Stan sursauta, mais les hommes de la brigade restèrent stoïques. D'autres coups de feu suivirent, une véritable pétarade, et très vite, des odeurs de poudre, de brûlé, et de sang frappèrent les narines du jeune garçon. Quelques cris se firent entendre à proximité, mais il était impossible de savoir à quel camp appartenaient ceux qui les poussaient. Stan déglutit avec difficulté, et sentit son sang se glacer. Ça y était. Le moment était venu. Le cœur battant la chamade, l'imposteur échangea un regard avec ses alliés et ils foncèrent, sans se faire voir, vers la porte qui les mènerait tout droit vers le danger.


Pendant ce temps, Eric Cartman était à mille lieues de partager l'appréhension de ses hommes, sans parler de celle de Stan et de Kevin. Il était bien trop occupé à organiser le tournage de son film. Une des pièces du quatrième étage avait été entièrement vidée une heure plus tôt, par un groupe d'hommes maugréant, et le gros lard avait mis en place tout le matériel dont il avait besoin. Des lampes, une caméra, un micro au bout d'une perche, et même un ordinateur. Leroy était venu l'aider au début, mais il était tellement nerveux qu'il sursautait au moindre bruit, ce qui avait fini par agacer Cartman.

« Bordel Leroy, si t'es pas capable de tenir cette caméra correctement, dégage ! Je me démerderai tout seul ! »

Le geek ne se l'était pas fait dire deux fois et s'était sauvé de la pièce aussitôt. Il était loin de partager la confiance sereine de son chef sur le bon déroulement des combats. En d'autres circonstances, Cartman lui aurait fait payer cher cette lâcheté, mais là le gros lard s'était contenté de marmonner une ou deux insultes avant de reprendre son travail.

Kyle le regarda avec une inquiétude grandissante passer d'une lampe à l'autre, en régler l'intensité, puis vérifier le bon fonctionnement du micro, puis tripoter la caméra en marmonnant. Ça faisait une heure qu'il n'arrêtait pas de bouger dans toute la pièce il n'avait jamais l'air satisfait de la façon dont était arrangé le matériel. A chaque fois que le jeune juif croyait que ça y était, que son tortionnaire allait finalement commencer à le filmer, le gros lard trouvait un détail qui le dérangeait, et il recommençait tous ses réglages. C'était presque comme un trouble obsessionnel compulsif. Si on ajoutait à ça son sadisme pathologique, sa paranoïa, sa mégalomanie, et tous ses autres défauts, on se retrouvait face à un putain de psychopathe en puissance. Kyle se demandait vraiment comment il n'avait jamais pu se rendre compte de la véritable nature d'Eric Cartman au cours des seize années précédentes.

Et ce perfectionnisme n'avait vraiment rien pour le rassurer. Si au tout début, le jeune roux avait été soulagé de gagner quelques précieuses minutes avant le supplice final, le temps qui passait ne faisait qu'exacerber sa terreur à l'idée de ce qui l'attendait. Si Cartman pouvait se montrer un tel maniaque avec une simple putain de caméra, qu'est-ce que ça allait être quand il devrait le torturer ? Il avait sûrement pensé à tous les détails. Toutes les petites humiliations, les coups, les violences, histoire de bien faire comprendre à Kenny l'étendue de sa victoire. Kyle essaya, pour la dixième fois, de se débarrasser des menottes qui entravaient ses poignets, mais ça ne servit à rien, à part à l'écorcher un peu plus.

Cartman le vit faire et lui adressa un sourire moqueur. Kyle ne l'avait jamais trouvé aussi terrifiant qu'en cet instant où, sans dire un mot, il s'occupait tranquillement de ses petits réglages, sachant que dans quelques instants il allait lui faire subir le pire, et le filmer. Kyle pensa à Kenny, et ne regretta alors qu'une seule chose. De ne pas avoir une lame de rasoir entre les doigts pour s'ouvrir les veines. La mort lui semblait en cet instant une alternative tellement préférable que quand les premiers coups de feu éclatèrent, il crut que Dieu avait entendu ses prières et se décidait enfin à l'achever.

« Quoi, déjà ? S'exclama Cartman en relevant la tête. Bon, allons-y. »

Kyle resta pantois une ou deux secondes avant de comprendre que ces détonations, c'était simplement les sbires de Cartman qui affrontaient les forces de l'ordre. La police était enfin ici ? Cela ne sembla pas déranger plus que ça Cartman qui, après une ou deux vérifications de dernière minute, s'avança vers lui en souriant allègrement.

« C'est l'heure, mon petit Kyle ! Allez, un remontant avant de commencer ? »

Le gros lard saisit Kyle par le menton d'une main, et l'autre il sortit de sa poche une petite pilule. Il essaya de la glisser entre les lèvres de sa proie, mais le jeune roux, saisit d'un mauvais pressentiment, garda la bouche strictement close. Cartman fronça les sourcils.

« Allez ouvre la bouche...Putain arrête de bouger...Bordel...Tu vas ouvrir la bouche, foutu connard de juif de merde ? »

Le gros le lâcha, juste le temps de le frapper brutalement dans le ventre, là où Kyle avait une blessure douloureuse. Le jeune juif poussa un cri, et Cartman en profita pour lui enfoncer la pilule dans la bouche. Kyle se débattit, voulut cracher, mais son bourreau lui retenait la tête en arrière tout ne l'empêchant d'ouvrir les lèvres, et il était bien trop fort pour que Kyle puisse lui résister longtemps. Après une courte lutte, le roux sentit la pilule glisser le long de sa gorge, et il ne put rien faire pour la retenir. Cartman éclata de rire.

« Tu es prêt Kahl ? Allez, et n'hésite pas à bien montrer comment tu te sens ! N'oublie pas que ton Kenny chéri te regarde ! »

Cartman sortit de sa poche un morceau de tissu qu'il noua autour de la bouche de sa proie, malgré sa résistance. Puis le gros lard le saisit par les cheveux et le poussa devant la caméra. Le jeune juif perdit l'équilibre et s'effondra face contre terre, non sans avoir remarqué, avec horreur, la petite lueur verte indiquant que l'engin tournait.

« Salut Mysterion ! S'écria Cartman. Ça fait un bail, pas vrai ? Alors, comment ça se passe de ton côté, avec McElroy ? Nous, on va très bien, comme tu peux le voir ! »

Il se pencha vers Kyle et empoigna sa chevelure sale pour l'obliger à relever la tête. Kyle retint à grand peine une exclamation de douleur et regarda la caméra. L'objet était inanimé, mais le roux eut l'impression que Kenny était là, avec lui, dans cette pièce, et qu'il allait voir tout ce que Cartman avait prévu de lui faire.


Le garage était sombre, sale, et entièrement vide, à l'exception d'une ou deux voitures garées dans un coin. Stan fut obligé d'attendre quelques secondes avant que sa vue ne s'adapte assez pour lui permettre de se déplacer. Les hommes de Denver regardèrent autour d'eux en brandissant leurs armes, mais personne ne se montra.

« C'est bon, on y va ! »

Les portes de l'ascenseur étaient à seulement deux mètres de là. Deux panneaux métalliques obstinément clos et recouverts de poussière. Il y avait même une toile d'araignée dans le coin. Deux des hommes de Denver se mirent aussitôt au travail, tandis que les autres, ainsi que Stan, surveillaient d'un air nerveux les alentours. Tout au fond de la pièce, le jeune brun crut distinguer une autre porte. L'escalier menant au rez-de-chaussée ? Il fouilla dans sa mémoire, et ses souvenirs du plan des lieux lui revinrent vite. Oui c'était ça. C'était par là que les tueurs les plus féroces de la ville étaient retranchés. Un frisson de peur lui parcourut l'échine, et il se félicita de ne pas avoir à les croiser dans sa quête pour sauver son meilleur ami.

Il y eut soudain un crissement strident quand les deux portes de l'ascenseur s'ouvrirent, tractées par les deux hommes cagoulés. Stan regarda avec appréhension la porte de l'escalier et sortit son revolver. Le contact de l'objet dans sa main lui sembla bizarre, dérangeant, bien trop peu familier. En fait, il n'avait jamais tiré au revolver de sa vie. Ses compétences en la matière se limitaient à tirer sur des cibles mouvantes lors de la fête foraine. Il espéra sincèrement que tirer avec une véritable arme ne serait pas trop différent, malgré ses difficultés à y croire.

Quand les portes furent entièrement ouvertes, il y eut un moment où personne ne bougea, juste le temps d'être sûr que personne au rez-de-chaussée ne les avait entendu. Une minute passa, personne ne se montra, et Stan respira un peu mieux. Mais pour lui, les ennuis ne faisaient que commencer.

« Par ici Mysterion, souffla un des hommes. Suivez-nous ! »

L'ascenseur proprement dit était là, devant eux, tellement plein de crasse et de poussière qu'on ne distinguait plus qu'à peine les boutons le mettant en route. Une bestiole qui ressemblait à un cafard s'enfuit quand ils mirent le pied à l'intérieur. L'homme leva la tête, repéra la trappe permettant d'accéder au toit de l'ascenseur, et après quelques efforts, réussit à l'ouvrir. Un nuage de poussière vola sur eux, Stan ne put retenir une quinte de toux, ce qui lui attira les regards furibonds de ses alliés.

« Silence maintenant ! »

L'un des hommes leur fit la courte échelle pour leur permettre de monter. Ils furent deux à accompagner Stan à l'intérieur de la cage d'ascenseur. Il faisait noir là dedans, Stan n'y voyait plus rien, jusqu'à ce que l'un des hommes sorte une lampe de poche pour éclairer un peu les lieux.

« L'échelle est là. Allons-y. »

Ils vérifièrent la solidité des barreaux, puis commencèrent leur ascension. Le cœur battant à tout rompre, Stan les imita.


Le tee-shirt se déchira, révélant au regard indifférent de la caméra les blessures à peines cicatrisées recouvrant la poitrine de Kyle. Le jeune juif poussa un gémissement de honte de se voir si aisément dénudé et baissa les yeux. Le sang l'interloqua. Du sang ? D'où est-ce que ça sortait ? Cartman n'avait pourtant pas encore commencé à le torturer. Son regard accrocha alors une longue plaie écarlate sur son ventre il se rappela que Cartman l'avait frappé là tout à l'heure, pour lui faire avaler cette foutue pilule. Ce fils de pute avait rouvert la blessure, et ça ne faisait que rendre Kyle encore plus pitoyable, encore plus faible et sans défense face au sadisme de son ennemi. Le jeune juif serra les dents pour ne pas fondre en larmes.

« Tu sais Mysterion, poursuivit le gros en savourant chaque mot, je dois bien avouer que tu as de très bons goûts en matière de sexe. Kyle est une véritable petite salope, chaud comme la braise quand on sait le prendre. D'ailleurs tu sais que l'autre jour, j'ai du faire appel à plusieurs de mes hommes pour le satisfaire ? Il insistait, il en redemandait encore et encore... »

Cartman caressa langoureusement le corps martyrisé de sa proie en regardant l'objectif de la caméra d'un air moqueur. Les souvenirs du viol collectif associés avec la pensée que Kenny allait regarder ces images glacèrent le sang de Kyle. Il sentit des larmes piqueter ses paupières. Pourtant, dans le même temps, une sensation bizarre apparut en lui. Une sensation vaguement familière, et en même temps totalement déplacée. Il fronça les sourcils, indécis, avant de se rendre compte que son pantalon le serrait au niveau de l'entrejambe. Il ouvrit des yeux ronds, incapable d'y croire, mais quand il baissa les yeux, il fut bien obligé de le voir. Il avait une érection.

« Non...s'affola t-il. Ce n'est pas possible...»

Il était à mille lieues de ressentir le moindre désir sexuel en cette seconde, alors pourquoi est-ce que ça.. ?

La pilule. La putain de pilule que ce fils de pute l'avait obligé à avaler. Ce connard l'avait drogué !

« Oh regarde ça ! S'exclama Cartman avec jubilation. Il bande, ton petit copain. Il adore ça, se faire baiser comme la chienne qu'il est ! »

Riant de bon cœur, le gros déboutonna le pantalon du roux et l'abaissa, avant de s'écarter pour exposer au regard impitoyable de la caméra le pénis dressé de Kyle. Le jeune juif en pleurait presque d'humiliation.

« Tu vois ça Mysterion ? Regarde comme il adore ça ! Une vraie petite pute, et au bout de deux minutes à peine ! Il ne s'excite pas si vite avec toi, hein ? Hein Kyle ? »

Le gros lui caressa les cheveux et Kyle en cette seconde le haït comme il n'avait jamais haï rien ni personne, comme il n'aurait jamais cru qu'il soit possible de haïr. Ce n'était même plus de la haine à ce niveau, mais un désir de destruction pure et simple. Cartman ne s'y trompa pas, et un sourire plein de moquerie et de satisfaction s'épanouit sur son visage.

« Tu ne peux pas m'échapper, disait ce sourire. Tu es ma chose. Tu m'appartiens. »

Et pour bien appuyer sa pensée, le gros lard débarrassa pour de bon Kyle de son pantalon, avant de lui arracher son slip, le laissant ainsi complètement exposé à ses désirs sadiques.

Quand la main de Cartman se posa sur son pénis dressé, Kyle poussa une exclamation. Pas de plaisir. Clairement non. Jamais le jeune juif n'avait été aussi loin du désir sexuel. Au contraire, il était en cet instant tellement plein de honte, de désespoir et de fureur, qu'il se demandait comment cette putain d'érection pouvait encore tenir. Il se concentra de toutes ses forces pour reprendre le contrôle de son propre corps, ce traître, mais cela ne servit à rien.

Sans cesser de rire, Cartman caressa doucement la chose, délicatement, comme si c'était un objet fragile qu'il convenait de traiter avec le plus grand soin.

« Oh, regarde ça Mysterion ! Il est tout tendu ! Tu adores quand je te touche comme ça, pas vrai Kyle ? »

Le roux lâcha un flot d'insultes, qui furent aussitôt étouffées par le bâillon. Il se débattit pour échapper à la main moite et répugnante de son tortionnaire, mais il fut incapable de se dégager. Le gros lard entama un lent mouvement et va et vient sur son membre, jubilant de le voir à sa merci.

« Il est tellement mignon, dit-il sans quitter sa proie des yeux. Combien de fois est-ce que tu lui as fait ça Mysterion ? Combien de fois tu l'as baisé ? Et bien maintenant c'est fini ! Il est à moi ! Rien qu'à moi ! »

Et sur ces mots, il accéléra.

Le jeune roux ferma les yeux et serra les dents, tout son être tendu. Cartman continuait à le branler, triomphant, guettant la moindre trace de jouissance ou de plaisir sur son visage. Ce fils de pute pouvait attendre longtemps ! Toute la détermination de Kyle était focalisée sur cet endroit précis de son corps, et même s'il n'avait aucun contrôle sur son érection, du moins pouvait-il tout faire pour que ce monstre n'ait pas le plaisir de le faire éjaculer. Kyle fit appel à toute sa force, à toute sa rage, sans savoir si cela suffirait, et en vérité sans être sûr que c'était vraiment possible. Mais peut-être que Dieu s'était enfin décidé à se laisser attendrir par ses prières. Les minutes passèrent, lentes, et le visage du gros se faisait de plus en plus impatient, mais le jeune roux tint bon. Cartman accéléra encore, menaçant, insistant, pour voir enfin son ennemi céder et abandonner toute résistance. Le seul effet qu'il obtint fut de faire mal à Kyle, et pour une fois le jeune juif accueillit cette douleur avec reconnaissance, car elle lui permettait de maintenir un contrôle relatif sur ses sens torturés. Au but d'un long moment, Cartman finit par le lâcher, furieux, et sa proie lui adressa un regard triomphant.

« Bon, lança le gros en cachant sa frustration sous un ton ironique. Ton chéri n'est pas encore satisfait. Ma performance ne lui suffit toujours pas. Dans ce cas, mieux vaut encore appeler les pros ! »

Le sang de Kyle se glaça. La terreur remplaça aussitôt le triomphe il jeta à Cartman un regard suppliant, mais le gros ne fit qu'en rire. Du moins sa bouche riait, mais ses yeux brillaient de colère, et promettaient à Kyle vengeance pour avoir osé résister. Cartman sortit de sa poche un talkie-walkie, appuya sur le bouton d'appel, et le porta à son oreille.

« Ginelli ? Ici Cartman. Passez-moi Will. »


Stan ne sut jamais combien de temps ils avaient passé là dedans, à grimper dans le noir le plus profond, sans aucune autre perception du monde extérieur que les hurlements et le bruit des armes à feu. Si on ne voyait strictement rien dans cette cage sordide, en revanche on entendait très bien. Lui et ses deux alliés avaient fait de leur mieux pour être le plus silencieux possible dans leur ascension, et il fallait croire que ça avait marché puisque personne n'avait semblé les entendre. Ils étaient sûrement bien trop occupés à se battre. Et ils y mettaient tout leur cœur, si on en jugeait par le nombre d'injures, de coups de feu et de rires hystériques qu'il avait pu entendre. De plus en plus nerveux, Stan s'était demandé combien de personnes garderaient le quatrième étage. Kevin ne le lui avait pas dit, et il avait oublié de le lui demander. Il commençait à le regretter amèrement.

« Stop ! On y est ! » souffla l'un des hommes au dessus de lui.

Stan se demanda comment il pouvait bien le savoir. En ce qui le concernait, il avait depuis longtemps perdu toute notion de distance. L'un des agents sortit sa lampe de poche, une lueur blafarde apparut soudain au sein des ténèbres, et révéla aux yeux du jeune garçon deux portes métalliques, identiques à celles qui se trouvaient dans le garage. Stan sentit son estomac se nouer.

Le quatrième étage. Kyle n'était plus très loin maintenant. Et ce psychopathe de Cartman non plus.


Très tôt, beaucoup trop tôt aux yeux de Kyle, quelqu'un frappa à la porte. Cartman alla ouvrir, et Will entra dans la pièce. Il portait exactement les mêmes vêtements que la dernière fois. Est-ce que c'était un hasard ? Est-ce que c'était une mauvaise blague ? Ou est-ce que le destin essayait de lui faire comprendre que ça ne servait à rien de prier pour son salut, que les choses resteraient telles qu'elles étaient, et qu'il n'y pouvait rien ?

« Entre Will ! dit Cartman. Mysterion, je te présente Will Sheldon, un ami à moi ! Tu ne l'as peut-être jamais rencontré, mais Kyle le connaît très bien lui. Ils se connaissent bien tous les deux. Intimement même. »

Le drogué regarda la caméra et eut l'air un peu perplexe, comme s'il ne savait pas comment il était sensé réagir face à cet appareil. Cartman poursuivit son petit laïus, rapidement, avec un enthousiasme qui sonnait un peu faux. Le jeune juif était sûr qu'il appuyait bien sur l'identité de son sbire pour faire oublier son propre échec de tout à l'heure.

« Oui, Will a rencontré Kyle il y a environ un mois. C'était dans sa chambre. Il s'était habillé comme toi. Kyle a du t'en parler, non ? Tiens, au fait j'ai gardé la vidéo, maintenant que j'y pense ! Si je te l'envoie en même temps que ce film-là, ça t'intéresserait ? Oui ? Non ? Oh allez, je l'enverrai aussi ! Je ne voudrais pas te priver d'un spectacle aussi passionnant, d'autant que je sais que tu adores voir ta petite pute juive en pleine action ! Mais en attendant... »

Cartman s'agenouilla près de Kyle et fit signe à Will de faire de même. Le regard du junkie se posa sur l'érection traîtresse et il se mit à rire. Le gros rit de concert avec lui, et Kyle souhaita de tout son être les voir crever tous les deux la gueule ouverte.

« Vas-y Will ! S'exclama Cartman. Fais comme la dernière fois, avec ta bouche ! Fais le jouir ! »

Le drogué acquiesça et se pencha, lentement, pour que Kenny ait bien le temps de profiter de la scène. Quand sa bouche entre en contact avec sa peau, Kyle hurla et essaya de se débattre, comme si les lèvres de son violeur l'avaient brûlé. La caméra filma tout avec son indifférence toute mécanique.


Les deux lourds panneaux métalliques s'ouvrirent brusquement de quelques dizaines de centimètres, juste assez pour que l'un des policiers de Denver passe sa tête et examine le couloir. Son arme entre ses mains était prête à tirer au moindre mouvement. Il y eut une seconde de flottement, pendant laquelle Stan attendit, le souffle court, mais finalement l'homme se recula et se tourna vers lui.

« C'est bon. Il n'y a personne. »

Stan ignorait si c'était un bon ou un mauvais signe. Il acquiesça lentement et se glissa jusqu'à l'ouverture. Il regarda lui aussi les alentours, histoire d'être sûr qu'il n'y avait aucun risque, puis il se glissa à travers les portes. Il était juste assez mince pour cela. Une fois entré, seul dans le couloir désert, il se sentit horriblement exposé et attrapa aussitôt son revolver pour se donner du courage.

« Bonne chance Mysterion » murmura l'agent de Denver, avant de disparaître dans les ténèbres.

Ça y était. Stan était seul maintenant.

Le ventre noué, il prit une profonde inspiration pour se donner du courage et enfonça sa capuche sur son front. Lentement, son arme prête à tirer, il s'avança dans le couloir en rasant les murs, attentif au moindre bruit. Les détonations et les cris parvenaient à ses oreilles, mais ils étaient comme étouffés. Stan parcourut plusieurs mètres, arriva à une intersection, et après une seconde d'inquiétude osa jeta un coup d'œil. Il n'y avait pas âme qui vive aux alentours.

« Il n'y a personne ? Se demanda t-il. Aucun garde ? Vraiment ? »

Stan tendit l'oreille. Rien. Les coups de feu qu'il entendaient venaient des autres étages, c'était quasiment certain. Il n'y avait donc personne ici ? Vraiment personne ?

Sans oser croire à sa chance, le jeune brun continua sa progression, nerveux, en regardant constamment autour de lui.


Quand Will glissa le pénis dressé de Kyle dans sa bouche, le roux ne ressentit d'abord rien de particulier. Les va et vient insistants du drogué ne lui firent aucun effet, du moins rien de plus que ce que la foutue pilule lui avait déjà infligé. Kyle eut pendant quelques instants l'espoir qu'il arriverait à se contenir, comme il avait pu le faire avec Cartman, mais il eut très vite la conviction qu'il se berçait d'illusions. Will n'était pas Cartman, il était beaucoup moins violent, beaucoup moins brutal, beaucoup plus doué en matière de sexe. Et c'était cent fois, mille fois pire pour Kyle. Parce qu'il n'y avait pas de douleur pour empêcher son corps de s'accrocher à la moindre parcelle de plaisir. Un tout petit peu de plaisir, un plaisir purement physique, absolument pas mental, mais c'était déjà beaucoup trop pour Kyle. Et comme si sa résistance désespérée n'avait fait qu'intensifier le phénomène, Kyle eut l'impression qu'il perdait totalement le contrôle non seulement de son corps, mais aussi de ses émotions.

Le contact des dents de ce type contre sa chair décupla les sensations. Kyle souhaita soudain que Will le morde, qu'il lui fasse mal, tout plutôt que cette atroce impression de plaisir malsain. Qu'il le torture s'il le voulait, puisqu'il n'était là que pour ça, mais pas de cette façon ! Pas en donnant l'impression que Kyle éprouvait quoi que ce soit de plaisant en cette seconde ! Les émotions se mélangèrent dans sa tête en un brouillard douloureux, Kyle aurait voulu s'enfuir ailleurs, dans un recoin de son esprit, comme il le faisait à chaque fois que Cartman abusait de lui. Mais cette fois, il n'y avait aucune échappatoire. Aucun moyen d'ignorer les petits pics de plaisir qui parcouraient son corps, suivis de prêt par l'écœurement le plus total face à ses propres réactions. Est-ce que c'était comme ça que ça commençait ? L'abandon ? La servilité ? La perte de lui-même ? La trahison ?

Will ne se démonta pas face à la résistance de Kyle. Au contraire, ses yeux brillaient. Une bosse se forma dans son pantalon, clairement visible par tous les gens dans la pièce, et Kyle en vint à le supplier intérieurement d'arrêter sa fellation et de le sodomiser, comme il avait fait la dernière fois. Il gémit, de douleur, de honte ou de plaisir, c'était impossible à deviner. Cartman regardait la scène avec la plus grande jubilation, et de temps en temps, se tournait vers la caméra, comme pour prendre Mysterion à témoin. Kyle n'avait jamais autant souhaité être mort.

Soudain, ce fut la fin. Kyle lâcha une exclamation plus forte que les autres, et se sentit éjaculer. Will ferma les yeux, savoura quelques instants la situation, avant d'avaler et de lâcher le pénis de sa victime. Le junkie se tourna vers la caméra, glissa deux doigts dans sa bouche, et les ressortit dégoulinant de sperme. Cartman salua cette initiative d'un éclat de rire. La poitrine se soulevant et s'abaissant de plus en plus lentement, Kyle eut l'impression que c'était sa propre vie qui venait de quitter son corps, jusque dans la bouche de ce fils de pute.

« Alors Kyle, c'était comment ? » Demanda Cartman en souriant.

Le jeune juif lui jeta un regard où se mêlaient la haine, la honte et la lassitude. Une terrible lassitude. Il n'essaya pas de parler. Le sourire de Cartman s'élargit il glissa une main derrière le crâne de sa proie et dénoua le bâillon. La sensation fut bizarre pour Kyle, qui avala la salive accumulée dans sa bouche en deux ou trois mouvement de gorge.

« Allez Kyle, un petit commentaire ? Insista le gros. Pour Mysterion ? Allez, regarde un peu par là, dit à ton petit copain ce que ça fait, de se faire baiser par un autre ! »

Il lui prit le visage entre ses mains grasses et l'obligea à tourner la tête, jusqu'à ce que ses yeux rencontrent l'objectif de la caméra. Kyle regarda l'appareil inerte, sans prononcer un mot. Que pouvait-il dire de toute façon ? Il n'y avait rien à dire.

« Quoi, tu es muet maintenant ? Allons, ne soit pas timide, Kahl ! Dis un mot à Kenny ! »

Kenny...Comment est-ce qu'il allait réagir quand il verrait ça? A quoi est-ce qu'il allait penser ? Et Kyle, quel genre d'image il donnait, là, maintenant, tout de suite ? Pas glorieuse, ça c'était une certitude. Battu, violenté, couvert de sang et de sperme, défait, vaincu, définitivement vaincu. Aux autres étages, le jeune roux percevait vaguement les coups de feu et les cris de peur, mais rien de tout ça n'avait le moindre lien avec lui. Il ne faisait plus partie de ce monde. Il n'y avait plus aucun espoir pour lui.

Les mains du gros lard appuyèrent avec insistance sur sa tête pour l'empêcher de se détourner de la caméra. Il attendait. Il voulait que Kyle dise quelque chose. Avouer sa défaite, sans doute ? Ou il voulait peut-être tout simplement que Kyle fasse entendre le son de sa voix, pour que la caméra enregistre impitoyablement à quel point il se sentait usé, épuisé, découragé ? Kenny allait voir tout ça, se dit le jeune roux, il allait voir tout ce qui se passait dans cette pièce, et tout ce qui allait se passer. Ce serait peut-être la toute dernière fois que Kyle pourrait jamais parler à son ami. Que pouvait-il lui dire ? Lui demander pardon ? Lui dire qu'il l'aimait? Lui jurer qu'il se battrait jusqu'au bout, quoi que Cartman lui réserve ? Rien de tout cela ne parut convenable à Kyle. Pourtant il ne pouvait pas simplement se murer dans le silence. Il devait dire quelque chose, et soudain, il sut les mots qu'il devait prononcer. Il déglutit, prit une profonde inspiration, et se redressa légèrement, juste de quoi faire face à la caméra avec les dernières forces qui lui restaient.

« Tue-le Kenny. »

Cartman tiqua, étonné, avant de froncer les sourcils. Kyle ne se démonta pas pour autant.

« Quand tu échapperas à McElroy, poursuivit-il de sa voix frêle, retrouve Cartman et tue-le. Je sais que tu en es capable. C'est la seule chose que je te demande. Ne le laisse pas s'en tirer comme ça... »

Un violent coup de poing lui atteignit la mâchoire. Sonné, Kyle ne dit plus rien, mais le gros lard n'était pas satisfait pour autant.

« Sale petit con de juif, marmonna t-il. Tu ne peux pas t'en empêcher, hein ?

-Vous voulez que je le punisse monsieur ? Demanda Will d'une voix pleine d'espoir. Comme la dernière fois ? »

Cartman médita la proposition une seconde, avant de secouer la tête.

« Non. Retourne à ton poste maintenant. Je n'ai plus besoin de toi. »

Will eut l'air contrarié. Son érection perdit un peu de sa force, il voulut protester, mais un regard menaçant du gros lard lui fit comprendre qu'il valait mieux ne pas insister. Le junkie se fit violence, se leva, et salua servilement, avant de partir. Cartman ne le quitta pas pas des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue, puis quand ce fut fait, il reporta son attention sur Kyle. Le jeune juif retrouvait tout juste conscience.

« Toi...souffla le gros lard. Si tu tiens tellement à souffrir, tu vas être servi... »

Il se releva, et se dirigea vers un grand carton posé dans un coin de la pièce. Kyle le regarda faire sans dire un mot, puis se tourna vers la caméra. Un dernier regard pour Kenny, avant le supplice final.


Stan était en train de se demander si l'étage n'était pas complètement désert, quand il entendit un bruit de pas, venu d'un couloir adjacent. Soudain paniqué, il se précipita dans la première pièce venue et se cacha derrière les murs. Ses mains tremblantes serraient l'arme avec tellement de force qu'il eut peur de laisser échapper un coup de feu sans le vouloir. Les pas se rapprochèrent, des pas rapides, nerveux, et une voix se fit entendre alors, une voix d'homme pleine de colère.

« Putain de fils de pute obèse » grogna le nouveau venu.

Le cœur battant à tout rompre, Stan risqua un coup d'œil dans le couloir. Il vit alors un jeune homme maigre d'une vingtaine d'années, un brun aux cheveux longs, qui marchait à grandes enjambées dans le couloir en arborant un air furieux. Il avait une main dans son pantalon, comme s'il se masturbait tout en marchant.

« Il aurait pas pu me laisser finir, non ? Marmonna l'inconnu. Franchement, quel enflure... »

L'homme s'arrêta, regarda autour de lui. Ses yeux se posèrent alors sur une porte fermée de l'autre côté du couloir. Il parut prendre une décision, s'avança, et l'ouvrit. Stan eut tout juste le temps de se rendre compte que la pièce dans laquelle il se rendait était tout simplement des chiottes, avant que la porte ne se referme, avec le type à l'intérieur. Stan n'osa pas bouger, trop effrayé pour prendre le risque de sortir de sa cachette. Mais il n'eut pas le temps de s'interroger de toute façon. Moins d'une minute plus tard, l'homme sortit des toilettes en s'essuyant la main contre le pantalon et, toujours ronchonnant, il alla jusqu'aux escaliers et descendit les marches.

Le cœur battant la chamade, Stan prit quelques secondes pour retrouver une respiration normale. Il avait eu vraiment chaud. Qui était ce type, et pourquoi s'était-il masturbé dans les toilettes en plein milieu des combats, il ne le savait pas, et n'avait de toute façon aucune envie de s'interroger sur cette question. Stan examina le couloir avant d'oser sortir de sa cachette, hésita sur le chemin à suivre, puis fut saisi d'une inspiration. Il prit le couloir par lequel l'inconnu était arrivé, toujours aux aguets, les mains tenant fermement son revolver.


Au bout de quelques instants, Cartman sortit du carton un long objet d'un rose criard, qu'il admira longuement avant de le montrer à Kyle. C'était un gode. Un très gros gode. Très très gros.

« Tiens regarde ! S'exclama le gros lard. Je l'ai acheté exprès pour toi ! Il est beau, non ? »

Kyle regarda longuement l'objet et eut brusquement peur. Ce truc faisait au moins cinq centimètres de diamètre. Il était énorme.

« Que...Qu'est-ce que tu vas faire avec ça ? Bafouilla Kyle avec effroi.

-A ton avis ? Répliqua Cartman. A quoi ça sert ce genre de truc selon toi ? Tu ne t'en es jamais servi avec ton petit connard de copain ? J'ai fait exprès de prendre le plus gros de la boutique... »

Cartman regarda le gode et parut soudain faire le rapprochement entre la taille de l'objet et celle de l'anus de Kyle. Il eut l'air un peu perplexe.

« Hum...En fait normalement, ça c'est un truc pour les filles. Pour les chattes je veux dire. C'est peut-être un peu large pour toi... »

Le gros lard regarda encore une fois Kyle, puis regarda la caméra, et prit brusquement sa décision.

« Oh, et puis merde ! On va quand même essayer ! Au prix qu'il m'a coûté en plus...

-Cartman, tu es cinglé ! S'écria Kyle d'une voix pleine de terreur. Ne fais pas ça ! »

En guise de réponse, le gros lui donna un violent coup de pied dans le ventre. Kyle lâcha une exclamation de douleur et se roula en position fœtale. Il sentit une autre de ses blessures se rouvrir et une vague écarlate coula jusqu'au sol. C'était pourtant le dernier de ses soucis en cet instant.

« Tu vas fermer ta gueule ! »

Un autre coup, que Kyle reçut dans l'estomac, et qui lui fit monter les larmes aux yeux. Puis un autre, dans le visage cette fois, et Kyle perdit conscience pendant une ou deux secondes. Quand il rouvrit les yeux, sa vision était brouillée par un mélange de larmes et de sang coulant sur ses paupières. Il vit pourtant trop clairement son bourreau s'approcher de lui avec son instrument de torture dans la main.

« Ça, c'est pour t'apprendre un peu à me respecter. »

Cartman l'obligea à se mettre sur le ventre et lui plaqua la tête contre le sol pour l'empêcher de se débattre. Kyle ne pouvait pas le voir, mais il sentit clairement le contact froid et menaçant du gode le long de ses fesses, jusqu'à l'entrée de son intimité. La panique s'empara du jeune juif. Jamais ça n'allait pouvoir entrer en lui ! Impossible ! Cartman n'était quand même pas sérieux ?

«Arrête ça ! Implora t-il sans plus se soucier de ce que Kenny allait l'entendre. Tu vas me tuer !

-Ah oui ? C'est possible, oui. Mais ce n'est pas ce que tu voulais, après tout ? »

Le gros se tourna vers la caméra et adressa un rictus triomphant à l'appareil. Il n'avait jamais été aussi proche de la folie furieuse.

« Kenny...souffla t-il. Ça c'est pour toi ! »

Sur ces mots, il enfonça le gode avec violence à l'intérieur de Kyle. Le hurlement que poussa le jeune juif fut entendu par tout le monde malgré les détonations.


Après de longues et insupportables minutes de recherche, Stan finit enfin par tomber sur quelqu'un. Sur deux personnes en fait. Deux garçons d'une quinzaine d'années, armés de fusils, plantés devant une porte fermée, qui regardaient autour d'eux avec des yeux inquiets. Stan les observa, bien dissimulé dans l'angle du couloir adjacent, son revolver à la main. Les gardes ne l'avaient pas repéré. Stan se demanda s'il touchait enfin au but, et décida finalement que c'était forcément là que Kyle était retenu prisonnier. Ces deux garçons étaient les seules personnes qu'il avait croisé à cet étage, à part le mec bizarre de tout à l'heure. S'ils avaient été postés là, avec leurs armes, malgré les combats, il devait bien y avoir une raison.

Stan hésita sur l'attitude à adopter. La situation n'avait pourtant rien de compliqué, c'était même beaucoup plus simple qu'il n'avait osé espérer. Ces deux garçons étaient sûrement plus jeunes que lui. Des gamins. Ils avaient l'air très mal à l'aise aussi, tant dans leur attitude que par la façon dont ils tenaient leurs armes. Il ne s'en étaient sûrement jamais servi. Pas des caïds, c'était clair et net, puisque les caïds étaient en train de se battre aux autres étages. Si Stan se battait contre eux, il était certain de l'emporter, ne serait-ce qu'avec l'effet de surprise et la peur que le costume de Mysterion inspirait à toute la racaille de la ville. Il fallait juste s'assurer qu'ils n'auraient pas le temps de s'enfuir et de prévenir les autres. Que faire ? Se jeter sur eux et les assommer ? Leur tirer dessus ? Non, ça c'était inutile, ça serait gaspiller des munitions pour pas grand chose. Les assommer, c'était encore la meilleure chose à faire. C'était sûrement ce que Kenny choisirait de faire. Et puis merde, il était Mysterion, non ? S'il commençait déjà à perdre ses moyens face à deux gamins terrifiés, ses chances de sauver Kyle se réduisaient à néant.

Stan prit une profonde inspiration et se prépara à bondir. Il avait déjà les yeux fixés sur le premier des garçons. C'était très simple à faire. Sauter devant eux, frapper le premier garde, puis le deuxième avant qu'il ait le temps de comprendre. Surtout faire en sorte qu'ils ne tirent pas, qu'ils n'aient pas le temps de donner l'alerte. Rien de compliqué. Kenny avait déjà fait pire. Stan contracta ses muscles et fut sur le point mettre à exécution son plan, quand un hurlement perçant s'échappa de la pièce que gardaient les deux garçons. Ils sursautèrent et se tournèrent vers la porte, armes en avant, aussi ils ne virent pas que Stan s'était immobilisé dans son coin, parfaitement visible maintenant, les yeux grands ouverts.

« Kyle ! » cria t-il sans pouvoir s'en empêcher.

Sans la moindre once de doute à présent, Stan se jeta sur les deux garçons sans qu'ils aient le temps de réagir. Les cris de Kyle accompagnèrent chacun de ses gestes.


Cartman enfonça à nouveau le gode et Kyle poussa un autre hurlement de douleur. Ricanant, le gros entama un mouvement de va et vient de plus en plus violent, pas comme si c'était un jeu sexuel cruel, mais plutôt comme s'il espérait détruire ses organes internes. Peut-être même que c'était précisément son objectif. En cet instant, Eric Cartman avait perdu les dernières traces de raison et de réflexion qu'il avait jamais possédé. Il n'y avait plus que de la haine en lui, une haine proche de la folie pure, dont le pauvre Kyle était la victime.

Du sang se mit à couler en abondance et recouvrit l'objet d'un voile écarlate, jusqu'à atteindre les doigts boudinés du gros lard. Cartman lâcha son instrument de torture pendant un instant, juste le temps de porter à ses lèvres le sang arraché à son ennemi. Il le lécha comme si c'était une friandise des plus appréciables, regarda bien en face l'objectif de la caméra, et agita la main, comme si Kenny était capable de le voir.

« Hello Kenny ! Hello, comment ça va ? On s'amuse bien ici, tu vois ! Hein, oui, tu vois ça ! »

Il riait, riait à en perde haleine, comme si c'était un jeu, un jeu très amusant, alors que Kyle hurlait et se débattait comme si on était en train de lui arracher les entrailles.

« Regarde ça Mysterion ! Cria Cartman. Tu le vois ? Tu l'entends ? Tu l'entends crier ? Il est à moi, tu entends ! Rien qu'à moi ! »

Il enfonça le gode un peu plus loin, et un autre flot de sang jaillit. Kyle n'avait plus l'air d'être réellement conscient de ce qui ce passait autour de lui, il savait simplement qu'il avait mal, atrocement, horriblement mal, et que ça ne faisait que commencer, parce que Cartman allait le tuer, c'était sûr et certain, il allait détruire ses intestins ! Cartman ne semblait pas comprendre ce qu'il était en train de faire, il se contentait de rire, encore et encore, un rire démoniaque qui allait hanter les rêves de Kyle pour le reste de sa vie, aussi courte qu'elle puisse s'annoncer.

« A moi ! A moi seul ! Hurla encore le gros. Tu entends Mysterion ! Rien qu'à m... »

BLAM !

La porte s'ouvrit soudain, tellement violemment qu'un des gonds se brisa et retomba en petits morceaux sur le sol. Cartman sursauta et se tourna vers la personne qui venait interrompre sa séance de torture. Une silhouette bien trop familière apparut devant ses yeux, une silhouette masculine et musclée vêtu d'un costume gris-bleu, dont le visage était recouvert par un masque noir. Kyle poussa une exclamation désespérée.

« Kenny ! »

Cartman devint très pâle, et le gode sanglant s'échappa de ses doigts sans qu'il s'en rendre compte.

« M...Mysterion ? Mais comment...»

Le super-héros regarda la scène pendant de longues secondes avec des yeux écarquillés, comme s'il n'arrivait pas à en croire ses yeux. Son regard passa de Kyle, prostré et couvert de sang, à Cartman, maintenant livide de peur. Un éclair de rage noire passa dans ses yeux et, sans vraiment réaliser ce qu'il faisait, il pointa son arme droit sur la tête de Cartman, prêt à tirer.


Et un cliffhanger! Ça faisait longtemps! Allez, en attendant la suite, libre à vous de vous imaginer ce que vous voulez comme dénouement ^^