Bonjour à toutes et à tous!

Comme promis voici votre nouveau chapitre.

Je suis désolée mais je pense que les publications vont devoir s'espacer un peu (une fois par semaine au lieu de deux) parce que je suis débordée.

Je tenais à remercier toutes les personnes qui me suivent et qui laissent des reviews, ainsi que ma Bêta, Polala, qui corrige tout ça pour vous proposer des chapitres propres.

Bonne lecture et à bientôt!


Chapitre 29 – L'homme du bar

Severus sortit de la petite boutique qui faisait l'angle entre l'Allée des Embrumes et le Chemin de Traverse. C'était un vendeur d'ingrédients pour potions. Et c'était encore un refus. C'était impensable. Aucun commerce ne semblait vouloir l'embaucher depuis qu'il avait commencé à démarcher. Mais chacun des commerçants chez qui il s'était présenté semblait à fleur de peau. Rien n'allait bien dans le monde des sorciers et les affaires ne marchaient plus vraiment. Plus personne ne semblait être capable de faire confiance aux autres, et on ne s'entourait que des amis les plus proches pour éviter de s'acoquiner avec des gens qui nous élimineraient à la première occasion. Alors comment auraient-ils pu vouloir embaucher un jeune homme pâle comme la mort, avec des cheveux noirs, mi-longs et graisseux, et une expression du visage qui n'avait rien d'amical - quand elle n'inspirait pas ouvertement de l'antipathie ou affichait sa propre condescendance à l'égard des autres.

Il y avait de quoi se désespérer et c'est clairement ce qui arrivait. On était déjà mi-octobre et il n'avait rien trouvé depuis sa sortie de Poudlard, pas même le plus petit contrat pour porter des caisses et les Malefoy étaient toujours étrangement silencieux. Il avait même fini par penser qu'ils avaient trouvé avant lui et il se mordait les doigts de ne pas avoir insisté auprès de Slughorn plus tôt, tout en sachant pertinemment que ça n'aurait rien changé, à part borner encore plus le vieux professeur dans son refus.

– Tiens donc, mais ne serait-ce pas Severus Rogue ? demanda un sorcier cagoulé un peu plus loin.

Le jeune homme le dévisagea un instant. La voix ne lui était pas inconnue mais il fallait le temps de remettre le personnage à qui elle appartenait dans son esprit.

– Tu ne me reconnais pas ? continua l'autre avant de baisser sa capuche.

– Evan Rosier... lui répondit Severus, surpris par le visage de son ancien camarade. Que t'est-il arrivé ?

Le visage de Rosier était parsemé de cicatrices plus ou moins longues, comme s'il avait eu à faire à un groupe de strangulots particulièrement agressifs...

– Quelques rencontres... répondit-il en souriant avant de changer de sujet. Tu sais que j'ai pensé à toi il y a quelques jours ?

Évidemment qu'il ne pouvait pas le savoir !.. mais Rosier continua :

– J'ai vu passer une note de service au ministère de la magie concernant cet idiot de James Potter et une certaine Lily Evans.

Rien qu'à l'évocation du prénom de son ancienne amie, Severus se raidit mais Rosier, imperturbable, continuait de parler.

– Ce n'est pas le nom de ton amie la sang-de-bourbe ?

Severus hocha la tête et répondit avec le ton le plus neutre dont il était capable :

– Ce n'est pas mon amie mais oui c'est elle.

Évoquer Lily l'agaçait prodigieusement. Rosier le savait mais Avery n'était plus là pour gérer la bêtise de l'autre garçon.

– Ah ? répondit l'autre distrait.

– Mais continue. Qu'as-tu lu ? demanda Severus soudain curieux.

Les yeux de Rosier se mirent à étinceler. Il avait compris que le ton neutre de son camarade n'était qu'une façade.

– Tu sais que je travaille au département de la gestion de l'État Civil Magique.

– Non, répondit Severus qui se doutait que l'autre se moquait bien de savoir s'il le savait ou non.

Rosier lui lança un regard plein de reproches avant de continuer néanmoins.

– Bon maintenant tu le sais. J'ai eu une promotion l'année dernière, je suis à l'enregistrement des demandes d'unions magiques.

A entendre Rosier en parler, cela semblait être l'un des postes les plus enviables que l'on pouvait décrocher au Ministère de la Magie alors qu'en réalité cela ressemblait plus à du secrétariat de mairie.

– Merveilleux, commenta Severus sans enthousiasme en attendant que le couperet tombe. Tout ce que lui disait Rosier ne faisait que le rapprocher un peu plus de l'inévitable échéance.

– Et c'est comme ça que j'ai pu voir que ta sang-de-bourbe allait épouser ce James Potter.

Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour avant de lui tomber dans l'estomac. Lily avait donc mis son projet d'épouser cet idiot de Potter à exécution.

– Elle a gagné le jackpot si tu veux mon avis. Potter est l'héritier d'une des familles de sorciers les plus riches du pays... Pas besoin de travailler, lui dit-il.

Severus eut une légère grimace qui n'échappa pas à l'autre homme.

– Allez, viens, je t'invite à boire un verre et à un manger un morceau, lui proposa-t-il en l'entraînant vers un pub sombre de l'Allée des Embrumes.

Ils s'installèrent au bar et Severus déclara :

– Je n'ai pas faim, avec une étrange sincérité venant d'une personne qui s'était construit une carapace de protection toutes ces années.

– Nous boirons donc, répondit l'autre.

Il interpella le serveur et commanda deux whiskys.

Lorsqu'on les leur apporta, il prit son verre et le leva en s'exclamant :

– A ta santé, avant de le vider d'un trait.

Severus attrapa son verre et le regarda fixement. Le boire c'était accepter d'être comme son père, mais il n'était pas d'humeur non plus à le refuser.

Rosier en rajouta une couche en récitant :

– L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer.

Et il se leva.

– Écoute, je dois retourner bosser, mais tu peux rester ici le temps que tu veux.

Il appela le serveur et lui dit :

– Nortimer, tout ce que prend mon ami va sur ma note.

Puis il lança un dernier regard plein de mystère et d'une détermination étrange à son ancien camarade avant de disparaître.

L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer.

Ce soir là, attablé dans ce bar miteux de l'Allée des Embrumes, c'est la phrase qui lui revenait en mémoire alors qu'il commandait verre sur verre de whisky pur feu. Le premier verre, il avait mis du temps à le descendre, mais les suivants avaient été bien plus faciles.

L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer. L'esprit est un tableau noir. L'alcool la brosse à effacer.

Il aurait voulu que cette phrase soit vraie et pouvoir tout oublier, tout effacer, tout remettre à zéro. Ça aurait été tellement simple de pouvoir rayer d'un coup tout ce qui s'était passé. S'il devait revenir en arrière il ne rencontrerait pas Lily. Il irait lire ailleurs qu'au parc, ou plus loin que les balançoires... Non, s'il pouvait revenir en arrière, il reviendrait au jour où il avait prononcé l'imprononçable... Il ne le ferait pas et tout serait comme avant. Non ? Lily resterait son amie et ne partirait pas avec son bourreau. Elle ne pouvait choisir Potter que par vengeance, non ?

Plus les verres descendaient en lui brûlant la gorge et plus il sentait que son esprit s'engourdissait. Ça n'avait rien de désagréable.

– Tu as assez bu, lui dit une voix étrange qu'il ne connaissait pas et qui n'était pas celle du serveur. Il se tourna vers l'homme dont la capuche recouvrait le visage.

Il avait dû être tellement pris dans ses réflexions qu'il n'avait pas remarqué qu'il s'était assis près de lui.

– Ce n'est pas un conseil, reprit l'autre.

C'était étrange cette manière qu'il avait de s'adresser à lui. Cette voix l'envoûtait et pourtant il avait l'impression d'être transi de froid. Il ne put résister à lui poser la question qui lui brûlait les lèvres mais asséchait sa gorge en même temps :

– Qui êtes-vous ?

– Tu sais qui, répondit-il tandis que ses lèvres esquissaient le sourire le plus étrange qui lui avait été donné de voir.