Coucou les loulous!

Comme promis, voici le chapitre tant attendu. Je suis sûre qu'il va y avoir des déçues, des frustrées, des folles de rages et, peut-être, quelques satisfaites...

En tout cas, faites-le moi savoir et laissez-moi une review!

Bonne lecture!

Ils entrèrent dans le bureau, et Vera se retira, fermant la porte derrière eux. Kingsley Shacklebot était debout, tourné vers la fenêtre. Il ne se retourna pas tout de suite et Draco et Hermione s'assirent en silence, tandis que Severus se postait derrière la chaise de la jeune femme. Elle sentit sa présence, si près et pourtant si loin, avec une intensité qui la fit frissonner. Cependant, il ne s'approcha pas davantage, et elle n'osa pas se retourner.

Enfin, le ministre de la Magie sembla prendre conscience de leur présence. Il poussa un profond soupir, puis se détourna de la fenêtre et s'assit à son bureau. Hermione fut frappée de voir son visage creusé de rides d'inquiétude. Il semblait avoir vieilli de dix ans.

« Bien, finit-il par dire. Je vous ai fait venir tous les trois pour une affaire plutôt grave. Draco est déjà au courant, mais je pense qu'il était nécessaire qu'il soit présent. Quant à vous, Severus, cela ne vous concerne pas directement, mais je ne sais jusqu'à quel point cela vous affectera. Sachez d'ores et déjà, ainsi que Miss Granger, que je suis réellement navré, et que si j'avais pu faire autrement…

- Venez-en au fait, l'interrompit Draco. Vous n'aurez de toute façon pas assez d'une vie pour vous excuser de ce que vous allez faire.

- Mr Malefoy, rétorqua Kingsley d'un ton plus froid, je vous rappelle que je ne suis pas responsable dans toute cette affaire.

- Ni moi non plus, je le précise, Severus.

- Expliquez-vous, Kingsley, répondit ce dernier en ignorant la remarque de son filleul.

- Oui, il le faut… Savez-vous quelque chose à propos des Aryos, Severus ? »

Il y eut un moment de silence, pendant lequel Draco et le ministre retinrent leur souffle, tandis que Severus les fixait intensément de son regard sombre, et qu'Hermione tentait fébrilement de retrouver ce nom dans sa mémoire. Enfin, il murmura :

« Ainsi donc, Draco, tu vas être couronné.

- Tu étais au courant ? s'exclama le jeune homme, stupéfié.

- J'avais des doutes. Je ne suis pas espion pour rien.

- Miss Granger, intervint Kingsley, savez-vous de quoi nous sommes en train de parler ?

- Non, je n'en ai pas la moindre idée », reconnut Hermione, mortifiée.

Le ministre de la Magie entreprit alors de lui raconter l'histoire du peuple des Aryos, et le rôle que la famille Malefoy y jouait. Il poursuivit en expliquant l'antagonisme qui se développait au sein du peuple depuis plusieurs années, entre les partisans du sang-pur et ceux, plus modernes, qui voulaient adopter la politique du reste de l'Angleterre. Il termina ainsi :

« Ceux qui voudraient une plus grande liberté ne font pas confiance à Mr Malefoy. Mais ils disposent d'un moyen de pression pour parvenir enfin à la politique qu'ils désirent, et ils ont décidé de s'en servir, afin de s'assurer que le nouveau roi ne prendra pas de décisions allant contre leurs convictions.

- Quel est ce moyen ? » interrogea la jeune femme. Mais Severus, qui s'était assis pendant le discours de Kingsley, se leva soudain. Il planta son regard dans celui du ministre et murmura :

« Non. »

- Laissez-moi terminer, s'il vous plaît, Severus. Ce moyen, Miss Granger, est une alliance entre le roi et une personne influente, qui fera pencher la balance en leur faveur et permettra le choix de nouveaux ministres adhérant à leur cause.

- Vous voulez dire… un mariage ? hésita Hermione qui commençait à entrevoir quelque chose, quelque chose d'horrible, d'inimaginable.

- Oui. Un mariage… entre Mr Malefoy et vous, pour être précis.

- Non ! explosa Severus. »

Hermione l'entendit à peine. Elle sentit le monde s'écrouler autour d'elle. Se levant à son tour, elle se réfugia dans un coin de la pièce. Il y eut un long silence. La jeune femme se laissa glisser contre le mur et ferma les yeux.

« Ont-ils le droit d'obliger leur roi à épouser qui bon leur semble ? questionna-t-elle finalement.

- Oui, fit le ministre. C'est leur unique arme contre la tyrannie autrement imposée par une autorité monarchique. C'est une de leurs lois, et on ne peut passer outre.

« Ne pourrions-nous nous séparer dès qu'il sera couronné et que le procès sera terminé ? demanda-t-elle encore, non sans remarquer que son amant avait frémi en l'entendant prononcer ces mots. Toutefois, il ne dit rien.

- C'est une assurance que je ne peux malheureusement pas vous donner, Miss, répondit Kingsley d'une voix triste. Le couple royal des Aryos ne peut se séparer sans l'accord de son peuple, et ce pour les mêmes raisons qui font qu'ils peuvent choisir l'épouse de leur souverain. Peut-être, lorsque le procès sera terminé et que toute la poussière sera retombée autour de ces événements, peut-être alors pourrez-vous envisager cette solution. Mais ne soyez pas trop optimiste, hélas : je crains que les Aryos ne fassent plus jamais suffisamment confiance à un Malefoy pour lui laisser librement et sans entraves les rênes du pouvoir.

- Je vois, murmura la jeune femme. Mais… Ne pourrait-on se contenter d'une alliance symbolique, et agir chacun à notre guise discrètement ?

- Feriez-vous réellement cela, Miss Granger ? interrogea à son tour le ministre avec un sourire empli de compassion. Renonceriez-vous à votre honneur, à votre réputation, à votre dignité et à votre intégrité, pour une cause qui vous coûtera bien plus que vous ne pouvez l'imaginer ? Peut-être… Mais vous prendriez des risques incalculables car qui est coupable d'adultère peut être condamné à mort, dans le royaume d'Aryos.

- Cela ne sera pas », murmura le maître des potions dans un souffle.

Hermione baissa la tête et ne dit plus rien. Un silence pesant s'abattit à nouveau dans la pièce.

Elle se prit à désirer de toutes ses forces que Severus s'approche d'elle et la prenne dans ses bras, mais il ne bougeait pas, comme pétrifié. Sans doute, et comme elle, il devait réfléchir à une solution, à un moyen de contourner l'inévitable.

Mais toutes les théories de la jeune femme s'effondraient les unes après les autres, comme elle prenait conscience de la terrible responsabilité qui pesait sur elle à présent.

Je vais devoir faire de la politique et faire emprisonner des gens. Je vais devoir assumer une double vie. Je vais devoir renoncer à tous mes rêves. Je vais devoir vivre avec un homme que je n'aime pas et ne pourrai jamais aimer. Je ne reverrai jamais Severus. Il ne me tiendra plus jamais par la main, il ne me prendra plus jamais dans ses bras en me murmurant à l'oreille, il ne me fera plus jamais l'amour…

Un instant, l'ampleur du sacrifice la révolta. Ce fardeau-là était trop lourd à porter. Non, c'était bien trop cher payé pour…

Pour sauver des vies ? A quel prix estimait-elle la vie d'un inconnu ? De centaines d'inconnus ? D'amis, peut-être ?

« Je suis désolé, Severus, prononça enfin Draco, s'ébrouant mentalement. Crois-moi, si je pouvais faire autrement…

- Et tu vas faire autrement, lança Severus d'une voix dangereusement basse. Je me moque bien de tout cela, tu ne l'auras pas !

- Je n'y suis pour rien », protesta-t-il doucement. Mais à l'intérieur, il tremblait.

Son parrain braqua sur lui un regard brûlant de haine. Oui, désormais, constata le jeune homme avec tristesse, mais sans surprise, aucune entente ne pourrait plus jamais exister entre eux. Désormais, ils étaient ennemis…

Severus fit un pas vers lui, paraissant lutter pour conserver le contrôle de lui-même. Mais ses yeux se faisaient de plus en plus menaçants, et Draco sentit sa rage meurtrière le transpercer.

« Je t'en prie, tenta-t-il encore. Aucun de nous n'est responsable de cette situation, et aucun de nous ne peut rien y changer.

- Il n'y a pas d'autre solution », intervint alors le ministre de la Magie d'une voix qui se voulait apaisante.

Le maître des potions se tourna brusquement vers lui, et Draco comprit, avec soulagement, que Severus venait de décider que le plus grand responsable n'était pas lui, en fin de compte. Il poussa un léger soupir de gratitude et se fit aussi petit que possible. Cependant, Kingsley poursuivait :

« Nous n'avons pas le choix, Severus, si nous voulons éviter une nouvelle guerre, aussi dévastatrice que la précédente, sinon plus. Nous devons penser au bien du plus grand…

- Du plus grand nombre, oui, coupa l'homme. Je connais le couplet, Kingsley, j'ai sacrifié ma vie entière pour le bien du plus grand nombre. Mais cela suffit ! Même si elle ne doit jamais me revenir, Hermione ne connaîtra pas le même destin que moi !

- Severus », fit alors Hermione d'une petite voix.

Il se tourna vers elle avec brusquerie et, soudain, son masque de rage se décomposa. Il s'avança et s'agenouilla devant elle.

« Hermione, murmura-t-il en lui prenant les mains, tu n'es pas obligée de faire ça. Tu n'es liée par aucun serment, tu n'es pas encore Auror.

- Eh bien, si, toussota Kingsley derrière eux. J'ai reçu les résultats de vos examens ce matin, vous êtes admise haut la main, et vos deux amis aussi, quoique ce fut un peu juste pour Mr Weasley. Vous êtes désormais un Auror qualifié, Miss Granger. Hum… Félicitations ?

- Cela ne signifie rien, répliqua sèchement Severus. Tant qu'elle n'a pas prononcé son serment, elle n'est en rien tenue de vous obéir.

- Severus », reprit Hermione en s'efforçant d'éclaircir son esprit embrouillé.

Il se tourna à nouveau vers elle, et ce qu'il vit sembla l'alarmer :

« Ne fais pas ça, Hermione, murmura-t-il d'un ton pressant.

- Si je ne le faisais pas, parvint-elle enfin à prononcer, si j'agissais égoïstement au mépris de toutes les vies humaines qui seraient alors perdues par ma faute… M'aimerais-tu toujours autant ? »

Il parut lutter un instant contre lui-même, puis son visage prit soudain un air las, comme elle ne l'avait jamais vu. Il paraissait vaincu.

« Je sais, dit-il péniblement, que la Miss Granger que j'aime n'agirait jamais ainsi. Mais…

- Mais si je dois te perdre, continua-t-elle alors que des larmes lui montaient aux yeux. je peux au moins choisir la façon la plus digne de le faire.

- Non…», murmura-t-il en baissant la tête.

« Severus, tenta Kingsley, se sentant obligé d'intervenir, vous avez supporté bien pire que cela, durant toutes ces années. Au nom du bien, vous avez torturé des innocents, tué des enfants, vous avez…

- J'ai fait tout cela, oui, coupa l'homme en transperçant Hermione de ses yeux si sombres. J'ai fait tout cela, et je peux vivre avec. Mais te savoir… dans les bras d'un autre, d'un autre que tu n'aimes pas, sans plus aucun espoir que tu me reviennes jamais… Je ne peux pas. »

Sa voix se brisa sur les derniers mots, et son visage, encadré de mèches de ses cheveux si noirs, était plus pâle que la mort. Et elle put voir une unique larme tomber.

Le monde s'écroula à nouveau autour d'Hermione, plus violemment encore que précédemment. Lui, qu'elle avait toujours vu si fort, lui pleurait devant elle pour elle à cause d'elle.

« Severus », parvint-elle à murmurer à travers les sanglots qui lui nouaient la gorge.

Severus se releva. Ses yeux noirs, brûlant de désespoir, fixés dans les siens, il recula et murmura :

« Je ne renoncerai pas. »

Alors, il se détourna et sortit de la pièce.

« Eh bien, fit Kingsley au bout d'un moment, tandis qu'Hermione tentait vainement de réprimer ses larmes, eh bien, je crois qu'il a mieux réagi que je ne le pensais, en fin de compte.

- Détrompez-vous, Kingsley, répondit Draco d'un air sombre. Vous venez de l'achever. »

Hermione suivit le reste de la conversation comme à travers un brouillard, entendant les mots sans les comprendre. Il était question de cérémonie, de la nécessité de garder le secret pour préserver les traditions Aryos, d'invités triés sur le volet, qui seraient capables de tenir leur langue, de date…

« Que pensez-vous du 4 décembre, Miss Granger ? demanda alors le ministre.

- Quoi ? balbutia Hermione, sortant subitement de sa torpeur.

- La date du mariage. Le 4 décembre vous convient-il ? Cela nous laisse deux semaines pour l'organiser.

- Mais… pourquoi si vite ?

- On ne peut attendre. Les ministres anciennement nommés par Lucius Malefoy tentent de mettre un terme à la « rébellion ». Ils multiplient les arrestations. Ils placent leurs propres sympathisants à des postes clés et influents. Il n'y a pas de temps à perdre.

- Dans ce cas, pourquoi avez-vous attendu le dernier moment pour me prévenir ?

- Eh bien, je cherchais une autre solution… Mais je n'ai rien trouvé, et maintenant il faut nous dépêcher.

- Très bien. Va pour dans deux semaines alors de toute façon, tôt ou tard, que m'importe… Mais j'ai une condition à poser.

- Je ne peux rien vous accorder, je vous l'ai déjà dit, tenta Kingsley.

- Ecoutez, monsieur le ministre, lança la jeune femme d'un ton ferme, je vais ruiner ma vie, celle de Severus et celle de Draco pour sauver votre précieux petit gouvernement, alors ne me dites pas que vous ne pourrez rien m'offrir en échange, sinon, je laisse tomber.

- Très bien, soupira l'homme tandis que Draco esquissait un sourire vengeur. Je vous écoute.

- Vous devez me promettre que Severus et Draco seront acquittés.

- Oh, Miss Granger..., fit-il sur un ton si douloureux que c'en était presque un gémissement. Cela m'est impossible ! Je n'ai absolument aucun pouvoir ni même aucune influence sur les décisions du Magenmagot. Et après tout, que serait la justice si les grands de ce monde pouvaient la manipuler à leur gré ? Tout ce que je peux vous dire, c'est que votre mariage avec Mr Malefoy, bien qu'il doive être tenu secret, sera porté à la connaissance des juges, sous serment bien entendu. Cela fera très fortement pencher la balance en faveur de Mr Malefoy, je le crois. Mais j'ai peur que pour Severus, cela ne fasse aucune différence, en bien comme en mal. Tous les éléments sont entre les mains des juges, à présent, et je ne peux rien faire de plus, si ce n'est les supplier d'écouter leur bon sens, et non leurs partis pris. Je suis absolument désolé, Miss Granger je vous jure que je fais déjà tout ce qui est en mon pouvoir pour faire acquitter Severus Rogue, car c'est mon ami, je crois, et que je ne saurais tolérer ce qui lui arrive. Mais je ne peux rien vous promettre de plus. »

Hermione soupira. Elle s'en était doutée, mais au moins avait-elle essayé…

« Je trouverai une solution, dit-elle en se levant. En attendant, le mariage aura lieu, parce qu'il le faut bien, mais je ne laisserai pas le destin de trois personnes être ainsi décidé sans leur laisser le choix. Je ne crois pas au destin. »

Sur ces mots, elle quitta la pièce.