Yoh! Vous avez passé de joyeuses Pacques?

Putain, j'emmerde la nouvelle heure et j'emmerde mon ordi qui a eu la brillante idée de ma faire chier à buger inexplicablement alors que j'étais partie pour ne pas poster trop tard et à plein d'autres trucs de merde, et bref désolé pour l'heure tardive u_u' (les meilleurs excuses du monde! \o/)

Bon, le pire c'est que c'est le dernier chapitre, enfin pas le dernier poste non plus donc ça va (pour plus d'infos voir fin de chapitre) et donc comme ça semble devenir une habitude, je me relirais demain ou plus tard parce qu'il doit y avoir encore des erreurs terribles. Voilà.

Alors donc, merci pour les encouragements jusqu'au bout et de votre patience pour ceux qui attendent dès ce soir! (au moins le chapitre est long) Bref je ne m'attarde pas plus,

Bonne lecture !


Chapitre 24 : (final)

D'habitude, je n'aime vraiment pas les bains. Mais là, la journée a été particulièrement éreintante et j'ai des courbatures partout et surtout, je pue affreusement le chlore. Je soupire en me demandant sérieusement comment ça se fait quand même, qu'on ait encore piscine au lycée. J'adore nager, là n'est pas le problème, mais je préférerais le faire en mer : la piscine n'est rien qu'un nid à microbes puant l'eau de javel... et -je précise- je le pense depuis toujours, ce n'est pas que Livai déteint sur moi. J'ai déjà pris trois douches mais je sens toujours cette affreuse odeur qui s'est incrustée dans les pores de ma peau et mes cheveux, m'emplissant désagréablement le nez, et j'aimerais que ça s'atténue le plus possible avant que Livai ne rentre. Je ne veux pas qu'il me fasse une remarque dégoûtée sur cette puanteur.

En parlant du loup, Livai rentre en ouvrant brusquement la porte. De la salle de bain. Je sursaute en manquant de glisser au fond de la baignoire et de me faire mal, mon cœur volant plus haut encore dans ma poitrine, comme s'il m'avait pris en flagrant délit. Enfin, heureusement il la referme juste après m'avoir aperçu, ce qui me fait souffler de soulagement, l'adrénaline coulant petit à petit un peu moins vite dans mes veines. Sauf que Livai rentre à nouveau moins d'une minute après, totalement nu, et je ne peux empêcher une grimace accablée voiler mon visage étonné. Mais en même temps je ne devrais peut-être pas être surpris de cette suite d'événements, je suppose...

Livai me rejoint sans un mot dans l'eau avec un air têtu qui n'accepte aucune contestation, posant tout de même ses lèvres sur les miennes en guise de salut, où je ferme les yeux en souriant comme un bienheureux jusqu'à ce qu'il me relâche pour s'asseoir face à moi.

« Qu'est-ce que t'as foutu pour que toi, Monsieur-le-crado, prenne un bain ? » me demande-t-il alors avec un mélange de suspicion et d'une légère malice.

« Hey ! » protesté-je alors vivement « J'ai juste eu piscine et je n'arrive pas à me débarrasser de- Ah ! »

Livai me coupe dans ma phrase en se penchant vers moi, ses mains parcourant mon corps à l'aveuglette sous l'eau mousseuse, et le toucher lisse entre sa peau et la mienne rend la sensation de ses caresses plus... soyeuse, et c'est très loin d'être déplaisant. Mais plutôt que de me caresser, je réalise qu'il me palpe : sur le torse, le ventre, les hanches, le long de mes cuisses. Et sous mon regard interrogatif et grandement perturbé sous les sentiments qu'il fait naître sous ses doigts, il me demande alors :

« Ce n'est pas que tu t'es encore fait passer à tabac j'espère ? »

« N-Non, je t'assure... c'est que je n'arrive pas à me débarrasser de l'odeur du chlore ! » expliqué-je en essayant de garder mon calme tout en repoussant ses mains insistantes.

Ses yeux où se reflètent son inquiétude sondent les miens qu'il sait sincères, et il s'approche alors un peu plus pour poser son nez sur mon cou en inspirant à fond, attrapant mes hanches pour me retenir de continuer à gesticuler nerveusement. Je le laisse donc faire, le cœur tambourinant joyeusement mais aussi avec l'irrépressible appréhension qu'il soit dégoûté. Et sans que je n'ai le temps de dire quoi que ce soit pour me justifier ou quoi, un arrêt cardiaque m'étreint subitement alors qu'une chaleur diffuse envahit frénétiquement mon corps sous les coups d'une sensation inattendue mais douce et agréable :

« Li-Livai, mais tu me lèches ?! » m'écrié-je alors avec surprise en sentant sa bouche suçoter ma peau lisse et humide, ainsi que sa langue qui me caresse avec avidité.

« Ta peau sent super bon, ça me donne envie de goûter... » me dit-il pour toute explication en collant son front à ma mâchoire et inspirant à fond, ses bras désormais passés autour de mon cou, avant de repasser sa langue sur ma peau en lapant goulûment les gouttes d'eau qui y coulent.

« Ah ! C'est vrai que les chats aiment l'odeur de l'eau de javel... » me remémoré-je alors tout haut et il se recule brusquement pour me toiser avec dureté « Heu non je veux dire... » bafouillé-je pour me rattraper sans rien trouver, laissant le silence pesant s'éterniser un moment « Mmh c'est vrai qu'un maniaque comme toi doit aimer cette odeur aussi... » tenté-je finalement, les yeux levés au plafond dans ma réflexion intense.

« Tu aurais pu éviter le « aussi »... ...Et le « maniaque ». » commente-t-il alors d'un ton bougon mais comme ça me fait rire, il s'agace et se rassoit au fond de son côté de baignoire, passant une main dans ses cheveux d'un geste qui ressemble étrangement au mien quand je suis gêné « Tch, puisque tu es déjà propre, passe moi donc le gel douche. »

« Il est par terre, de ton côté. » lui réponds-je, libérant définitivement mon sourire qui s'agrandit donc encore un peu plus sur mon visage, découvrant totalement mes dents.

Livai grogne mais ne dit rien et semble plutôt essayer de faire abstraction de son irritation en cherchant la bouteille de savon. Il se penche alors par-dessus le bord de la baignoire pour atteindre le sol, me laissant une pleine vue sur son fessier encore plus appétissant que d'habitude, relevé comme ça et dégoulinant d'eau et de mousse. Je déglutis bruyamment en sentant les papillons se réveiller dans mon ventre, sauf que je reviens vite sur Terre puisqu'en se relevant, Livai me balance le gel douche dans la face avant de s'exclamer :

« Ne me regarde pas comme ça tant que je ne suis pas propre, foutu gamin ! »

« Aïeuuh mais t'as qu'à pas prendre une position pareille aussi... »

« Tu rangerais les affaires sur le rebord contre le mur plutôt que de tout foutre n'importe où à traîner par terre, ça ne serait pas arrivé. Blâme toi toi-même. »

Je gonfle les joues pour la forme et replis un peu plus mes jambes contre moi pour lui laisser de la place alors qu'il commence à se savonner. Il commence par le cou, les bras, le torse à moitié submergé, puis plus bas... et sous l'eau c'est beaucoup moins intéressant que lorsqu'il est dans la douche, me faisant alors froncer les sourcils de contrariété et d'ennui. Et je suppose qu'il est trop consciencieux pour me laisser l'aider à le savonner. Ensuite il commence à sortir une jambe de l'eau pour s'y atteler mais il finit par glisser et la seconde d'après le haut de son corps dont sa tête disparaissent sous l'eau dans un grand bruit de clapotis et de glissement, alors que ses jambes s'élèvent dans les airs. Je ne bouge pas, trop ébahi, et le regarde finir par sortir sa tête de l'eau et se redresser tant bien que mal en s'accrochant au bord de la baignoire. De la mousse a élu domicile dans ses cheveux trempés et un marmonnement s'élève longuement sans que je ne puisse le comprendre. Et c'est seulement à ce moment-là que mon effarement laisse place à l'hilarité et que je me mets à pouffer dans ma tentative vaine de retenir mon rire à la dernière seconde en plaquant ma main sur ma bouche, les larmes me montant déjà aux yeux.

« P'tit con... » grommelle alors Livai d'une voix menaçante en me fusillant du regard.

Et la seconde suivante il se jette sur moi sans prévenir, m'acculant totalement dans un hoquet de surprise, et appuie ses mains sur mes épaules en y mettant tout son poids et toute sa force. Alors je coule à mon tour dans un cri brusquement étouffé par l'eau sans que je ne puisse me débattre ou me retenir, battant des jambes dans l'air trop froid sur ma peau trempée, l'eau savonneuse envahissant ma bouche.

Il me laisse remonter à la surface tout de suite après, les bras croisés et un rictus de contentement aux commissures de ses lèvres. En émergeant à la surface, je recrache violemment l'eau au goût désagréable du produit âcre avant de lâcher un :

« Beuurk c'est amer ! »

Sauf que je réalise ensuite que je viens de cracher pile dans la face de Livai, jusqu'à rincer la mousse qui était encore sur son crâne. Il me toise d'un air furibond et alors que j'allais m'excuser avec embarras non sans un air amusé, il m'envoie une vague d'eau dans le visage sans prêter attention au fait qu'il en met partout à côté de la baignoire.

Et bien sûr, moi, pour me venger parce qu'en plus d'en avoir dans la bouche désormais j'en ai dans les yeux, je lui envoie une vague plus grosse encore qui le submerge totalement et va jusqu'à tremper les serviettes étendues derrière lui. Et suite à ça, l'espace d'un instant, Livai a réellement l'air d'un félin piteux au pelage détrempé, ce qui me fait éclater de rire et déclamer fièrement d'un ton mesquin :

« Bien fait, Tronche-de-chat-mouillé ! »

« Tu vas voir, enfoiré ! » grince-t-il avec colère.

Mais dans sa rancune, Livai oublie totalement de me ménager et je me prends durement la plante de son pied en plein dans le visage, stoppant instantanément mon rire puisqu'il s'étrangle dans ma gorge avec un hoquet de douleur et d'étonnement entremêlés.

« Bien fait pour toi, gamin. Et puisque j'ai gagné, c'est toi qui nettoie. Et bien, compris ? » déclare-t-il d'une voix insistante emplie d'irritation mais aussi de moquerie, alors qu'il se lève et sort de la baignoire pour aller se rincer dans la douche.

Finalement, tout ce que j'y ai gagné c'est un saignement de nez dû à rien d'agréable et la corvée d'éponger toute l'eau savonneuse qui recouvre le carrelage du sol, jusqu'au mur.

Conclusion : Je déteste vraiment, mais vraiment, les bains.


Parfois, voir souvent, j'ai des élans d'affection qui me poussent à prendre Livai contre moi et le dorloter sans pouvoir m'en empêcher. Il est tellement doux et tout chaud, j'aime sentir son corps collé au mien, enveloppé de mes bras, et sa manière d'arrêter ce qu'il fait le temps que je me calme et daigne le relâcher. Quoique parfois il râle et essaye de se dépêtrer, comme maintenant alors que je l'assaille pendant qu'il fait la vaisselle -ça va, ce n'est pas aussi dangereux que le ménage-.

« Arrête de te frotter à moi comme ça ! » ronchonne-t-il en essayant de me repousser d'une patte impatiente.

Mais il n'y met pourtant pas une grande force, et je commence à enfouir mon nez dans ses cheveux jusqu'à y frotter ma joue, mes bras se resserrant un peu plus autour de ses hanches et mes mains se joignant délicatement, fermement, sur son ventre chaud.

« Mais tu es tout doux... Et puis je suis sûr que si tu le pouvais, tu ronronnerais... » argumenté-je mollement en venant poser mon menton sur son épaule pour observer ses gestes.

« Ah ? T'as pas fini avec tes putain de conneries, p'tit merdeux ? » élève-t-il la voix avec hargne, comme à chaque fois que je le compare à un chat.

Pourtant, il ne fait toujours aucun geste réel pour m'envoyer paître, essayant seulement de prendre un air passablement irrité en serrant des dents. Mais moi je le sens bien qu'il n'y a aucune tension dans ses muscles, alors que je frotte doucement ma joue à la sienne tout en me collant un peu plus pour que nos formes s'épousent parfaitement. Et puis...

« Tu rougis... » commenté-je l'air de rien, énonçant simplement une preuve incontestable tout en sachant que ça va l'embêter.

« La ferme ! » feule-t-il en délogeant finalement mon menton d'un coup d'épaule alors que je me mets à rire, mais je ne lâche pas totalement prise et enfouis cette fois mon nez derrière son oreille rougie, mon cœur résonnant chaudement entre ma poitrine et son dos.

« ...T'es trop mignon » lâché-je dans un souffle en espérant me vider de la multitude de sentiments, agréables mais envahissants, qui m'étoufferaient presque.

Et alors qu'il allait très certainement m'envoyer bouler une bonne fois pour toute -ses muscles s'étant brusquement crispés et cette fois sans faux-semblants- un grand fracas résonne dans l'appartement et nous stoppe dans notre chamaillerie. J'identifie intuitivement le son comme la porte d'entrée qui s'est brutalement ouverte, et cela se confirme quand presque simultanément, une voix féminine s'élève avec une joie qui semble exploser après avoir été trop longuement contenue :

« Ereeeeeeeen ! Bonjour ! »

« Isabel ? » m'étonné-je légèrement, me tournant sans lâcher Livai alors qu'il pousse un juron en voyant voler de l'eau mousseuse, dans le brusque pivotement que je lui impose.

À la porte de la cuisine se tient Isabel, 14 ans, les cheveux aussi en pagailles que les miens malgré ses petites couettes et les yeux tout aussi expressifs ; ma cousine qui me porte une affection sans borne et qui d'habitude se jette dans mes bras à chaque retrouvaille. Alors évidement, là elle a bloqué net en voyant que mes mains étaient prises, et son expression devenue au départ interdite quoiqu'un peu déboussolée, passe soudainement à la méfiance.

« C'est qui lui ? » grince-t-elle en l'examinant de la tête aux pieds, les sourcils froncés.

Livai se dégage de mon étreinte sans que je ne proteste et avant que je ne dise ou fasse quoi que ce soit pour répondre, il est déjà planté devant elle, les bras croisés et un regard défiant alors qu'il réplique méchamment :

« Non, toi, t'es qui ? »

Et ils se jaugent du regard sans sembler vouloir daigner se répondre, comme s'ils avaient tout de suite compris qu'ils étaient des ennemis naturels.

« Livai, je te présente Isabel, ma cousine. Isabel, ne t'inquiète pas, c'est... »

« Son petit copain. » me coupe Livai d'une voix pleine de défi et d'arrogance, me faisant tressaillir à ses mots.

Oui c'est le cas et c'est très certainement ce que j'allais dire, mais alors pourquoi Diable est-ce que je me sens rougir avec fureur et que mon estomac se met à faire des loopings ? Et puis je me rends compte que je n'avais jamais pensé à le dire ou même le penser, jusqu'à maintenant. Et Livai le déclare comme ça avec assurance, comme s'il l'avait fait toute sa vie. Et je me sens stupidement heureux. Mais je reporte brusquement mon attention sur Isabel lorsque j'entends ses dents grincer pour pouvoir la rassurer. Je réalise alors une chose frappante, et après avoir passé mes yeux de Livai à elle pour vérifier, je laisse échapper sans réfléchir :

« ...Ah, t'es plus petite que lui ! »

Et Isabel sursaute avant de froncer encore plus les sourcils et de tuer Livai du regard en serrant ses poings de part et d'autre de son corps avec colère, comme si elle avait encore perdu contre lui et qu'elle était déterminée à le surpasser un jour. Ce qui ne devrait pas être bien compliquée puisqu'elle est toujours en pleine croissance comparé à lui. Mais loin de penser au futur, Livai a un esquisse de sourire satisfait et victorieux qui fait encore plus fulminer ma pauvre cousine.

« Isabel mais qu'est-ce que tu fais ici en fait ? Arriver sans prévenir... » demandé-je alors pour les distraire et surtout pour faire avancer les choses.

Isabel vient de temps en temps ici, pendant les vacances d'été en général, et reste des jours qui deviennent souvent des semaines, comme on s'entend bien. C'est pour ça que je ne suis pas très surpris de sa réaction en voyant Livai -Bon et lui il agit comme ça avec tout ceux qui semblent vouloir m'accaparer, comme avec Mikasa-, elle est du genre protectrice et puis...possessive, oui. Bref, pour en revenir à la situation actuelle, d'habitude c'est oncle Hannes qui l'amène et on prévoit ça bien à l'avance. j'en conclu donc que ce n'est pas normal.

« J'ai fugué. Je suis venue en train et sans le dire à personne. » dit-elle simplement, croisant les bras et relevant la tête dans la même posture insolente que Livai, qui souffle d'ailleurs avec mépris, faisant inspirer Isabel avec férocité pour réponse.

« Quoi ?! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ?! » paniqué-je alors en ignorant leurs enfantillages, l'attrapant par les épaules pour qu'elle se retrouve face à moi et je sonde ses prunelles presque plus claires que les miennes.

« ...Je voulais te voir, c'est tout. J'en avais marre des cours. » boude-t-elle en baissant les yeux vers ses pieds, et je soupire en sachant qu'il y a anguille sous roche mais un peu rassuré que ça n'ait pas l'air trop grave.

« Isabel, tu aurais dû simplement m'appeler si c'était pour avoir du réconfort... »

« Mais ce n'est pas pareil, je n'aurais pas pu avoir de câlin par exemple ! » argumente-t-elle avec conviction, relevant ses yeux vers moi.

« De toute manière t'en auras pas, fillette ! » gronde Livai en la toisant durement, ce qui la fait réagir au quart-de-tour et se détourner vers lui.

« Quoi ? Et fillette ? Oï le vieux, t'veux t'battre ?! » s'écrit-elle avec vigueur en prenant une posture de combat alors que Livai plisse les yeux dangereusement en décroisant ses bras, un grondement s'échappant de sa gorge, mais je les sépare rapidement.

« Hey stop, on arrête là ! Isabel, tu veux un chocolat chaud ? Avec des marshmallows dedans. » proposé-je en sachant que ça va la distraire.

« Ouaiii ! » s'exclame-t-elle alors avec un grand sourire et les yeux pétillants tout en levant les bras au plafond.

Je jette un œil suppliant à Livai qui fronce encore plus les sourcils, mais finalement il hausse les épaules et se détourne en grognant pour finir de nettoyer la vaisselle, sans même daigner jeter un regard de plus à Isabel. Je soupire de soulagement puis mets du lait en quantité, pour nous deux, à chauffer dans une casserole, sors le paquet de friandises et une tablette de chocolat au lait pour y casser une ligne de carreaux chacun, puis je prépare deux tasses. Tout ce fait en silence, Isabel venant regarder par-dessus mon épaule avec curiosité même si elle connaît les gestes par cœur puisqu'elle m'observe de cette manière à chaque fois. On s'installe ensuite sur la table basse du salon, et une fois installés, je commence gentiment :

« Alors, raconte-moi tout. »

« ... J'ai été viré du collège. »

« Définitivement ? » m'inquiété-je en voyant son air s'assombrir fortement.

« Non non. Pour deux semaines. »

« Pourquoi ? »

« Pour... Mmh j'ai retourné une salle de classe. J'ai tout envoyé valsé et des trucs ce sont cassés ici et là... vivants ou non. »

Je la laisse jouer à couler un de ses marshmallows dans le lait chocolaté afin de le faire fondre en surface, observant sa mine songeuse et ses yeux emplis de tristesse. Je préfère ne plus l'inciter à parler, la laissant simplement trouver ses mots et le courage de se confier d'elle-même. Je me sens étrangement plus adulte quand je m'occupe d'elle, alors que je ne suis pas mieux pour ce qui est des bagarres.

« On s'est moqué de Farlan. Enfin, on a dit que j'utilisais sa gentillesse et me le tapais. Qu'on se moque de moi encore je m'en fous, j'ai l'habitude et frapper tout les cons que je croise me détruirait les mains, et puis je n'aurais plus le temps de manger ou dormir ! Mais Farlan ils ont pas le droit et dire ça, ça le touche aussi. Même la prof a eu un petit rire de sale truie de merde... » et ses dents claquent dans la colère alors que son nez se fronce avec hargne avant de reprendre un air piteux, qui la rend si inoffensive que c'est dur de se dire qu'elle pourrait sans doute se battre sans peur contre Livai-même « Et oncle Hannes n'était pas content, il n'arrêtait pas de me faire des reproches à la maison. Alors j'ai voulu venir te voir... »

Isabel a perdu ses parents dans un accident de voiture : un routier endormi les a percuté de côté sur une quatre voies en pleine nuit, les envoyant dans le décor bétonné. Isabel est la seule rescapée et Hannes, un cousin germain de la famille de ma mère, l'a prise en charge. Elle avait quatre ans. Et sa mère était la sœur de la mienne. Elle est d'un tempérament optimiste mais explosif, en plus d'être un peu sauvageonne, ce qui l'amène à beaucoup se bagarrer et ne pas être très apprécié par son manque de superficialité ou de courtoisie. Farlan est son ami depuis la primaire, étrangement ils s'étaient tout de suite très bien entendu. Tout comme avec moi d'ailleurs. Mais comme il est plutôt populaire, leur relation forte suscite pas mal de jalousie débile.

« Et Farlan ? Tu ne lui en as pas parlé ? » demandé-je doucement.

« ...J'y arriverais pas...Je veux pas qu'il sache qu'on l'insulte à cause de moi. Il va me haïr. »

Elle a dit ça avec une telle tristesse et semble tellement y croire que je me mets à rire. Sur le coup elle ouvre des yeux ahuris mais elle ne dit rien et ne le prend même pas mal, attendant que je me calme pour m'expliquer. Elle sait que je ne me moquerais pas d'elle.

« Impossible qu'il te haïsse pour ça, il se fiche pas mal de ce qu'on peut dire de lui ! » dis-je alors avec un certitude qui lui rend le sourire et lui fait hocher la tête avec enthousiasme.

Pendant ce temps, Livai nous rejoint avec une tasse de thé noir à la main et il s'assied à côté de moi sur le sofa, Isabel étant dans le fauteuil. Elle se renfrogne gravement en le voyant à mes côtés et je pourrais presque ressentir moi-même qu'elle se sent mise à l'écart, comme un enfant qui n'accepterait pas le petit copain de sa mère. D'ailleurs elle se lève et vient s'asseoir sans délicatesse à la place restante à côté de moi et je me trouve coincé au milieu. J'essaye de l'ignorer, surtout la main possessive de Livai qui vient m'entourer la taille, et puis aussi le fait qu'Isabel pose sa tasse brûlante sur sa peau pour le repousser, et reprend -coupant Livai qui allait gueuler un truc- :

« Laisse moi appeler Farlan pour lui raconter. Et comme ça il préviendra Oncle Hannes que tu es sauve. » et devant son crissement qu'elle ne cherche même pas à retenir, je me reprends « Sans spécialement lui dire où tu es, mais je pense qu'il doit s'inquiéter quand même. »

« Mm...OK. » capitule-t-elle en ayant l'air de passer totalement à autre chose, ce qui est le cas puisqu'elle demande ensuite « Mais dis-moi Eren, pourquoi tu sors avec ce vieux ? »

« Un problème avec ça, gamine ? » réplique Livai en se collant à moi pour la foudroyer du regard par-dessus mon torse.

« J'suis pas une gamine, sale bâtard ! »

« Oï Oï les enfants, on se calme ! » ordonné-je en soupirant d'une fausse lassitude, et Livai semble piqué au vif à mes mots utilisés, un en particulier.

« Ah ? « enfants » ? Me fout pas dans le même panier que cette fillette ! » fulmine-t-il en me jetant un regard noir que je soutiens avec autorité en répliquant :

« Tu rentres totalement dans son jeu, en quoi es-tu différent d'elle ? »

Et Livai fronce les sourcils un peu plus en refermant sa bouche, puis il jette un œil à Isabel qui lui tire la langue en s'accrochant à mon bras. Il crispe la mâchoire comme pour se retenir de répliquer, et finit par claquer de la langue en détournant le regard et grommelant :

« Tch, sale môme impertinent, je déteste quand t'es soudainement un adulte responsable. »

« Menteur. » assuré-je en souriant malicieusement.

Et Livai tourne les yeux vers les miens, me laissant y voir passer une lumière qui me laisse espérer un acquiescement à ma réplique. On reste sans bouger à se regarder dans les yeux, et je laisse un sourire doux recourber les coins de mes lèvre et détendre le regard de Livai petit à petit. Isabel doit regarder notre échange quasi silencieux et s'en irriter car elle resserre sa prise sur mon bras en me demandant d'une petite voix :

« ... Eren, je peux avoir un câlin ? »

« Non ! » clame Livai à ma place en brisant notre contact visuel.

« Livai ! » réagis-je en me levant, mes mains s'élevant dans les airs pour ensuite venir claquer mes cuisses avec désespoir.

Mais en faisant ça je détruis la barrière qui les maintenait à distance et ils commence à se chamailler à nouveau sans ne plus faire attention à mes protestations. Je les regarde un instant alors qu'ils commencent à se lever pour se faire face en se jetant des insultes de plus en plus ridicules comme « Pisseuse », « vieillard sénile » et d'autres trucs avec des culs talqués et des raisins fripés. Je m'agace alors à mon tour sans réussir à l'être totalement tellement je les trouve, malgré toute ma détermination pour être sain d'esprit, terriblement adorables -ils ont pas l'air de se haïr totalement curieusement, ils en seraient déjà venus aux mains sinon-, et j'arrive à capter leur attention en claquant dans mes mains.

« Bon je vais passer des coups de fils, il faut que je prévienne mon père aussi ! Vous soyez sages ! » intimé-je alors qu'ils me fixent silencieusement tout les deux, mais en voyant le regard mauvais qu'ils se lancent en réponse je soupire lourdement en portant mon pouce et mon index à l'arrête de mon nez « OK... Et bien allez-y, battez-vous, tuez-vous, mais juste... ne vous faites pas de mal. »

Puis je les laisse reprendre leur dispute sur qui a le droit de me prendre dans ses bras et me protéger -comme si j'en avais besoin de toute manière...- et parcours le répertoire de mon portable pour prévenir mon père par message de la venue impromptue d'Isabel et ensuite appeler Farlan qui doit être mort d'inquiétude.

« Aaaaaaïeuuuuh ! » entends-je Isabel pester sans avoir l'air d'être à l'agonie non plus, ce qui ne m'inquiète donc pas vraiment tant que je n'entends rien se casser, et crie avant d'entendre la sonorité du téléphone se couper.

« Et mourrez en silence ! »


« Normalement quand je viens te voir on dort dans le même lit... » note Isabel quand on arrive le soir et qu'on fixe tout les trois le lit en question, côtes à côtes -moi au milieu pour les séparer- alors qu'ils sont encore étrangement en un seul morceau tout les deux.

« Il n'en ait pas question. » tonne Livai catégoriquement.

« Quoi tu peux bien me le laisser un peu, tu l'as tout le temps toi ! Alors que je le connais depuis bien plus longtemps et que je l'aime bien plus ! »

« Aah ? Tu l'aimes ? Et plus que moi ? Sais-tu ce que ça veut dire alors, petite fille ? » réplique Livai en reniflant avec condescendance, les bras croisés et le menton relevé avec dédain.

« Je-Je ne suis pas une pe-petite fille ! » bafouille-t-elle en rougissant férocement au sous-entendu qu'elle a parfaitement compris « Et nan ce n'est pas cet amour là ! mais moi c'est sûr que je l'aimerais pour toujours alors que pas toi ! »

« On parie ? » la menace-t-il en montrant les dents et les yeux plissés.

« Dites, ce n'est pas que je ne suis pas heureux de me sentir aimé et que je ne suis pas reconnaissant à Isabel d'une telle dévotion et de faire dire des choses pareilles à Livai... mais le lit est peut-être assez grand pour qu'on y dorme tout les trois, au final ? »

« Oooh ? Je ne te savais pas comme ça Eren. » lâche Livai avec un ton suggestif et faussement surpris.

« Q-Quoi, Eren qu'est-ce qu'il veut dire par là ?! » s'alarme Isabel en passant ses yeux de lui à moi avec panique, les joues comme deux grosses pommes rouges.

« Rien, il me taquine c'est tout. Allez, essayons simplement cette solution, je suis claqué... »

Et à mes mots, je me laisse tomber mollement sur le matelas, puis je rampe jusqu'au milieu du lit. Livai me rejoint de son côté habituel et Isabel se précipite pour monter sur le lit et s'installer avant lui, toujours en compétition pour tout. On ressemble à une famille recomposée, sérieusement, et cette constatation me fait rire avec légèreté, me sentant peut-être fatigué de leurs bêtises mais étant malgré tout heureux. On est un peu serré mais puisqu'ils essayent d'être celui qui se colle le plus à moi, quoique Livai c'est comme d'habitude, on arrive à tenir à trois sans qu'il y en ai un qui risque de tomber. Enfin, collé comme ça, je sens que je vais passer une nuit merveilleuse...

« Mmh, dis moi Eren...Tu as déjà eu des érections matinales alors qu'elle dormait avec toi ? » me demande soudainement Livai en collant sa bouche dans le creux de ma nuque, me faisant à la fois tressaillir par ses mots et frissonner par son souffle chaud.

« Livaiiii ! tais-toi s'il-te-plaît ! » le grondé-je en tapotant gentiment la tête d'Isabel pour la rassurer, même si je ne suis pas sûr qu'elle ait bien entendu ou compris.

« Et si ça ne me plaît p- »

Pour toute réponse, j'emprisonne ses lèvres pour le faire taire. Quand je les sépare, je garde mon front collé au sien, mes yeux plongés dans ses deux billes d'acier désormais plus calmes et dociles en essayant de prendre une mine autoritaire malgré la douceur et la chaleur qui m'envahissent. Livai renifle faussement, puis il consent d'une voix basse et sonnant satisfaite :

« OK, je veux bien me taire maintenant. » puis il jette un regard en coin à Isabel qui nous observe avec une mine boudeuse et des rougeurs sur les joues.

Le lendemain, je me réveille à moitié étouffé -j'ai quand même réussi à bien dormir, curieusement- avec Livai agrippé à moi comme d'habitude, mais Isabel a aussi essayé de gagner du terrain et s'est accaparé ma tête. Littéralement : ses bras sont entourés autour de mon crâne comme si j'étais son doudou... et un de ses genoux traverse mon torse pour essayer de repousser Livai qui n'a pas bougé d'un pouce pour autant.

Le petit déjeuner est relativement calme puisque personne n'est bien réveillé. J'ai proposé à Isabel de dormir encore un peu plus mais elle a insisté pour manger avec nous même si elle n'a rien de prévu dans la journée à part attendre à la maison ou se balader en ville. Sauf qu'une Isabel matinale, c'est ma maladresse x1000 et elle finit par renverser son chocolat chaud -enfin, déjà bien refroidit vu le temps qu'elle a passé à le touiller- sur moi. Livai claque de la langue avec agacement et lui ordonne de nettoyer alors qu'elle se confond en excuses sans respirer jusqu'à ce qu'elle n'est plus de souffle, irritant triplement Livai qui est déjà plutôt grincheux ce matin.

« Je crois que je vais prendre une douche... » déclaré-je en considérant mon T-shirt et mon pantalon imbibés de lait chocolaté jusqu'à me coller à la peau.

« Je viens avec toi ! Je sais, prenons un bain ensemble, ça fait longtemps ! » s'exclame joyeusement Isabel en claquant dans mains, balançant la serpillière dans l'évier, le sol déjà nettoyé.

« Isabel, je te l'ai déjà dit, on est trop grands pour prendre notre bain ensemble maintenant. »

« Tss, je suis sûre que tu l'as déjà fait avec lui ! » se plaint-elle en pointant Livai du doigt, qui lève un sourcil lourd de sens par-dessus sa tasse portée à ses lèvres. Et je commence alors à bafouiller que, de toute manière je n'aime pas ça, mais elle ne relève pas et devine simplement ce qu'elle voulait confirmer « Je le savais ! Et donc je ne vois pas le problème, je suis plus petite donc on passera ! »

« Hein ? Mais je ne parlais pas de ce « grand » là ! » m'ébahis-je devant son obstination, ne sachant pas si je dois être gêné ou si je peux en rire, mais je reprends sérieux lorsqu'elle baisse les yeux et lâche ce qui semble être un poids depuis un moment sur son cœur au vue de sa grimace d'effort :

« Tu l'aimes plus que moi c'est ça ? »

« Non non, là n'est pas le problème ! » m'exclamé-je immédiatement en agitant les mains avec ferveur « Isabel, je t'aime beaucoup, tu es comme une petite sœur, ma précieuse cousine. Mais ce n'est pas le même amour tu comprends ? Je vous aime fort tout les deux, mais pas de la même manière. D'accord ? » expliqué-je alors patiemment en prenant soin de bien la regarder dans les yeux pour qu'elle puisse y voir toute ma sincérité.

Livai nous observe sans un mot alors qu'Isabel se jette dans mes bras pour cacher son visage dans mon cou pendant que je l'empêche de se coller à mes vêtements toujours plein de chocolat, et lorsque je tourne la tête vers lui, je remarque l'ombre d'un sourire aux coin de ses lèvres alors qu'il porte calmement sa tasse à sa bouche d'un air désintéressé.


Le soir en rentrant de cours le soir, Isabel n'apparaît pas dans mon champs de vision. Je ne m'en formalise pas au début mais j'entends du bruit dans la salle de bain et deux voix qui s'élèvent dont une qui chouine de douleur, me faisant froncer les sourcils. Mais quand j'arrive à la porte ouverte, je vois Isabel et Livai assis face à face. D'ailleurs, c'est étrange que Livai soit déjà rentré... Je ne me montre pas tout de suite puisqu'ils ne semblent pas m'avoir remarqué et je les couve du regard, observant Livai qui met du désinfectant sur du coton et tamponne le visage d'Isabel sans ménagement mais avec minutie malgré tout. Qu'Isabel se retrouve avec des contusions au visage n'est pas surprenant même si ça me fait toujours mal au cœur, et je suppose qu'elle a dû traîner sur le bord du Fleuve près du Titan Café comme à son habitude. Elle a dû s'y battre et Livai la trouvé et l'a ramené ici afin de mieux la soigner. J'allais annoncer ma présence en entrant dans la pièce, mais la voix grave de Livai perce soudainement le silence entrecoupé des couinements douillets d'Isabel :

« Je n'ai pas voulu l'accepter avant mais...tu ressembles vraiment beaucoup à Eren. » Et quelque chose dans sa tonalité me certifie que c'est la raison pour laquelle il a plutôt bien toléré la présence d'Isabel dès le départ « Et en plus, même en fille, tu es la même tête brûlée. Pourtant en tant que telle tu devrais prendre soin de toi au lieu de risquer d'abîmer ton visage. »

« Eren aussi pourrait s'abîmer définitivement... » boude-t-elle et je le vois mal mais je suis presque sûr qu'elle gonfle ses joues.

« Oui... mais Eren m'a déjà et il n'est pas une fille. Et puis de toute manière si ça arrive un jour, je ferais en sorte que les personnes qui lui auront fait ça payeront au centuple... » grince-t-il alors avec une aura noire s'élevant autour de lui rien qu'en se l'imaginant.

Et Isabel a l'air totalement d'accord, approuvant de la tête frénétiquement, et ajoutant qu'elle voudra donner un coup de main si ça devait arriver. Livai semble absorbé par son enthousiasme, hochant lentement la tête en la regardant de son air blasé mais qui ne me trompe pas : je vois bien qu'il l'a pris en affection, son regard porte une nuance de douceur. J'inspire à fond pour essayer de refouler le sourire qui me tire les lèvres, puis avance d'un pas pour sortir de l'ombre et d'un autre pour entrer dans la salle avec évidence.

« Eren ! » s'écrie Isabel avec surprise et joie entremêlées, alors que Livai lève son regard indifférent mais tout de même plus lumineux vers moi, et j'en conclus qu'il avait remarqué ma présence depuis le début.

« Et bien, quel revirement. » dis-je avec malice en fixant Livai, m'appuyant à l'encadrement de la porte, les bras croisés.

« Je l'ai juste apprivoisé. » répond-t-il alors avec assurance, Isabel se jetant sur moi pour tout me raconter.

Du coup, Isabel s'est attachée à Livai et m'explique en boucle comment il est sorti du café en voyant des mecs l'acculer dans la rue et comment il en a fait voler un et fuir les autres par cette prestation et son aura meurtrière. En fait, elle se met même à l'appeler « Grand-frère » et à rester collé à lui, qui semble plus royalement ennuyé que réellement irrité par cette situation. En fait, ça en viendrait presque que maintenant c'est moi qui suit en compétition avec elle pour avoir Livai, mais comme son attachement pour moi n'a pas changé, au final elle est la bienheureuse protégée entre nous deux.

Farlan arrive le lendemain pour la récupérer, Hannes attendant dans la voiture en bas en sachant qu'elle pourrait ne pas obéir s'il était là. Isabel n'écoute que moi, Livai désormais, et Farlan. Qui d'ailleurs bloque face à Livai de la même manière qu'Isabel deux jours plus tôt, ce qui me fait rire.

« ...C'est qui lui ? » demande-t-il les sourcils froncés et les bras croisés.

« C'est Grand-frère Livai ! »

« Qu- Grand frère ?! » s'étrangle Farlan en tombant la tête en avant, puis se reprenant la seconde suivante, il se redresse d'un coup en fusillant Livai d'un regard défiant.

« Je ne suis pas un rival, pour les gamins j'ai déjà donné avec Eren et ça me va très bien. » précise instantanément Livai d'un ton neutre en lisant à travers sa réaction et Farlan se met à rougir honteusement.

« Mais ils m'aiment quand même hein, c'est juste qu'entre eux-deux c'est pas l'même amour ! » explique Isabel avec fierté en attrapant un des bras ballants de son ami d'enfance.

Je rigole en hochant la tête à Farlan pour le rassurer, et il commence alors à se détendre et sermonner Isabel pour sa petite fugue et la fait s'excuser platement de s'être imposé sans prévenir. Livai accepte le tout d'un hochement de tête puis, toujours l'air blasé, il s'approche de Farlan qu'il n'a pas quitté des yeux depuis son arrivé et lui tend solennellement la main et lui dit :

« Prend bien soin d'elle. »

« Tu n'as pas besoin de me le dire. » répond Farlan sur le même ton en empoignant la paume tendue avec sérieux, son regard grave dans celui de Livai où une lumière satisfaite traverse ses pupilles.

Moi, je ne me retiens pas de sourire et de soupirer moqueusement. Livai a beau dire : s'il a apprivoisé Isabel, le contraire est aussi vrai. Et lui et Farlan me font penser à un père qui confie sa fille au futur gendre. Et au milieu, Isabel n'a l'air de rien remarquer dans cet échange, en fait elle les regarde avec un mélange d'ennui et de curiosité qui me donne envie de rire. Et puis finalement, ils doivent partir parce que l'oncle attend toujours en bas dans la rue.

« Au revoir Eren ! Au revoir Grand-frère ! » clame joyeusement Isabel, et après m'avoir étreint chaudement elle se met sur la pointe des pieds pour donner un baiser sur la joue de Livai.

Il laisse alors son étonnement transparaître sans chercher -ou parvenir ?- à le cacher et ouvre donc de grands yeux surpris. Quand à Farlan, c'est surtout d'ahurissement, tout comme moi... Mais après réflexion, c'est le seul auquel elle a facilement accès après tout...n'est-ce pas ? On les regarde ensuite partir et quand la porte claque, un silence reposant se pose rapidement autour de nous. Et puis je finis par parler en premier, évidement :

« Tu as l'air de bien t'en sortir avec les enfants finalement... »

« Tch, tu dis encore de la merde, gamin. » grogne Livai mais il n'y a pas beaucoup de conviction dans sa voix, ce qui le fait encore plus grogner.

« Dis Livai, et si on adoptait ? » demandé-je alors, ayant l'irrépressible envie d'avoir une petite famille comme ça à temps plein, me sentant déjà vide de leur départ.

« Nan mais ça va pas ? T'en as pas eu assez là ? »

« Même pas un petit chat ? »

« Certainement pas ! On adoptera rien du tout, t'attendras que je sois mort, là je m'en foutrais tu pourras même leur donner mon nom et même les aimer plus que tu ne m'aimes, du même amour ou non je m'en fous ! » s'agace Livai en faisant un bond en arrière pour avoir assez de recule afin de me toiser.

« ...Tu es jaloux ? Tu veux me monopoliser totalement, c'est ça ? »

Et devant son silence et son air bravache qui vacille jusqu'à ce qu'il détourne vivement la tête en jurant, je me mets à éclater de rire. C'est comme s'il m'avait dit oui de vive-voix, et au fond ça me va s'il ne veut pas me partager avec qui ou quoi que ce soit. Comme un vrai chat... Mais ça je vais éviter de le dire. Puis, ayant à nouveau la terrible envie de le prendre dans mes bras, je m'approche de lui en tendant les bras.

Et cette fois, il s'y love sans rechigner.


Aujourd'hui, j'ai accompagné Armin à la médiathèque pour réviser, ce qui fait que je rentre plus tard que Livai pour une fois. Lorsque j'arrive, tout est paisible et calme dans l'appartement et, ne voyant pas Livai arriver pour me saluer, j'élève doucement la voix pour préciser ma présence d'un « Je suis rentré » habitué. Quelques secondes plus tard, je le vois sortir de la chambre les cheveux en bataille et se frottant paresseusement un œil.

« Bon retour... » marmonne-t-il d'un ton encore endormi, et je l'étreins doucement en lui embrassant les cheveux, le cœur délicieusement gonflé de le voir aussi adorable après une dure journée.

Mais je sens un truc se briser violemment en moi alors que je me pétrifie totalement, le nez dans ses cheveux. Je le relâche vivement, le palpitant sous tension et une étrange angoisse terrible au ventre qui semble vouloir m'étriper de ses griffes acérées. J'ouvre la bouche, mes sourcils se fronçant en même temps avec une subite méfiance sans nom, et lâche d'une voix si rude que je ne la reconnais pas comme la mienne :

« Tu sens la fille. »

« Quoi ? » grince Livai en ayant l'air de prendre ça pour une insulte -à moins qu'il n'apprécie pas le ton utilisé-, alors je reformule malgré l'amertume qui grandit encore dans ma bouche et rend ma voix encore plus vibrante de colère :

« Tu sens le parfum de fille ! »

« T'es con ou quoi ? Comment ce serait possible, imbécile ? » Me demande-t-il nonchalamment avant de bailler longuement, pas encore tout à fait sorti de sa torpeur, ce qui m'offusque et n'aide pas l'adrénaline qui m'empoisonne les veines à ralentir.

« C'est à toi de me le dire je te signal ! »

« Chais pas putain... Arrête de me regarder comme ça c'est vexant, gamin. » s'impatiente-t-il alors en fronçant les sourcils comme si c'était moi le problème.

« Mais tu te fous de moi ? » demandé-je alors que ma voix s'étrangle dans mas gorge comme une sorte de rire amer, et je porte une main à mon crâne en essayant de réfléchir « Non... Vraiment je comprends pas là... »

« Comme ça on est deux. C'est pas moi que l'autre folle d'Hanji colle habituellement, c'est toi, et t'façon je la laisserais même pas m'approcher. J'vois pas de quel putain de parfum tu peux parler- »

« Espèce de menteur ! Arrête de nier, les faits sont là j'te dis ! » crié-je en me sentant trembler, puis je me sens soudainement vide et je chuchote alors en articulant plus que nécessaire « Vraiment, je ne pensais pas que tu ferais un truc pareil... » Et brusquement une illumination me vient, quelque chose de terrible et je le regarde, incertain, alors qu'il reste debout sans bouger, impassible ou presque, et je m'écorche les lèvres et me râpe la gorge en faisant passer ces mots « Livai. Tu- Tu ne fais pas une sorte de rechute ou un truc comme ça... ? »

« Ah ? Une rechute de quoi ? » me demande-t-il sans comprendre et puis une lumière passe sur son visage qui devient alors dangereusement sombre « Putain tu te fous de ma gueule ?! T'es pas bien dans ta tête de sale merdeux, t'as de la merde dans le cerveau et ça t'a coulé jusque dans le nez ou quoi ? »

Et on s'insulte comme ça pendant un moment, ne sachant quoi faire d'autre ni comment se passe une dispute, passant par tout les noms d'oiseaux existants et même les plus stupides comme « Patate » ou « Tomate atrophiée » alors que l'angoisse me pourrit petit à petit la moindre cellule de mon corps, jusqu'à être à court de mots.

« Espèce de- de- de sale framboise fripée ! » lâche alors Livai, aussi essoufflé que moi, et je le regarde avec de grands yeux, stoppant net.

« ... Quoi ? »

« ... »

« Est-ce que le grand Livai, l'homme le plus vulgaire de l'humanité, aurait une panne d'insultes ? » me moqué-je avec un brin de sarcasme, réprimant un sourire nerveux que je sens tirer sur mes lèvres.

« Mmhf, ça va c'est juste que ça me perturbe de t'insulter comme ça pour des conneries incompréhensibles... » marmonne Livai avec embarras en détournant la tête pour essayer de cacher son trouble, mais sa réplique me fait tiquer.

« Incompréhensibles ? Tu m'expliquerais on n'en serait pas à là ! » m'étranglé-je avec offense.

« Mais y'a rien à expliquer imbécile puisque je ne comprends pas de quoi tu parles ! »

Je ne sais pas, je ne sais plus... Je veux le croire, tout en moi veut le croire mais cette odeur encore trop vive dans ma mémoire me vrille l'estomac, me le retourne et me le pétrie, et l'angoisse est telle que je n'arrive plus à réfléchir. Comment on en est arrivé là ?

« Tu me fais chier. Je ne veux plus te voir là, putain je peux pas... » murmuré-je, toutes forces me quittant.

« Quoi, tu veux que je me casse c'est ça ? » grince-t-il alors d'une voix blessée et blessante, et piqué au vif, je m'emporte à nouveau.

« Ah t'attendais que ça hein, que je te dise de te barrer ! Et bien vas-y, dégage ! Putain mais dégage ! »

« Tch. OK. »

Et il se détourne pour aller chercher ses affaires dans la chambre, je l'entends prendre ses fringues et les fourrer dans un sac plastique sauf celles que je lui ai acheté vu la place que ça lui prend. Mais il garde le portable, je le vois le mettre dans sa poche arrière de jeans. Ensuite, sans même m'accorder un regard, il va dans l'entrée où il commence à enfiler ses boots en silence.

N'y tenant plus, je m'enferme dans ma chambre et me jette à plat ventre sur mon lit, complètement abattu et le cœur en miette. Mon souffle se coupe un peu plus alors que cette même odeur me parvient violemment aux narines, mon nez enfoui dans les draps. Je me fige une seconde, puis mon sang ne fait qu'un tour, faisant à nouveau battre mon cœur qui repart en saccades affolée. Je me lève alors brusquement et me précipite hors de la chambre, ouvrant la porte à la volée en hurlant :

« LIVAI ! » mais il m'ignore et se relève, passant juste son manteau sur ses épaules comme par paresse. Je cours donc à sa suite et me poste juste derrière lui sans oser le toucher alors qu'il se stoppe la main sur la poignée « Attend non, ne part pas ! C'est stupide... En fait- En fait c'est l'odeur de la lessive ! »

« Quoi ? » lâche-t-il sans comprendre, tournant juste légèrement la tête vers moi.

« Tu as changé les draps n'est-ce pas ? Est-ce que tu as changé de lessive ? » réitéré-je en le prenant par les épaules afin de le retourner et pouvoir apercevoir ses yeux, qui d'ailleurs semblent plus fatigués que jamais.

« ... »

Il ne répond pas à cette question mais à ses paupières qui s'ouvrent plus grands je devine que oui. Alors n'y tenant plus, l'adrénaline courant toujours dans mes veines, je resserre ma prise sur lui et me jette sur ses lèvres. Je ne l'embrasse que quelques secondes, chastement, et comme je rouvre les yeux en reculant mon visage, je remarque ses mains qui se relèvent vers moi avec hésitation. Alors je passe mes bras sur ses flans, faisant tomber son manteau de ses épaules au passage, et l'attire à moi avec violence pour le serrer contre mon cœur battant. Livai se laisse embraquer, ses bras passant naturellement autour de ma nuque et son nez s'enfouit contre mon épaule où il repose sans un mot, délicatement, sans essayer de se déloger même s'il est sur la pointe des pieds.

« Merde...quel con, mais quel con... » répété-je en le serrant toujours un peu plus contre moi, mon visage dans le creux de son cou et cette odeur fleurie de lessive qui m'emplie à nouveau les narines « J'suis désolé... Pardon Livai... »

« T'es vraiment un idiot. » me dit-il enfin, ce qui me vrille le ventre mais relâche toute la tension de mon corps, laissant place simplement au soulagement à l'entente de sa voix calme et je le serre encore plus contre moi si c'est encore possible.

« Oui... »


La chaleur arrive définitivement, et avec Livai on se promène souvent le long d'un lac dans un grand parc vert à trois arrêts de tram de chez nous. Parfois on s'installe simplement dans l'herbe ou sous un arbre en fleur, comme là, Livai souvent assis entre mes jambes et la tête reposant sur mon torse. J'aime le regarder d'ici alors qu'il lit tranquillement, une petite brise fraîche nous rappelant encore un peu le froid passé. Livai ne lit pas cette fois, il regarde simplement les personnes passer sur le chemin un peu en contrebat de la butte d'herbe où notre arbre habituel prend racine. Je l'embrasse sur le haut du crâne en inspirant son odeur au passage, et comme un signal, il relève alors le visage vers moi, à l'envers, je retrouve ses lèvres délicatement en me baissant simplement.

« En fait un visage c'est parfait. Imagine si tu aurais eu plutôt une truffe !Pour t'embrasser j'aurais dû me casser en deux afin de trouver ta bouche quand tu aurais levé la tête pour m'accueillir. Là comme c'est plat et donc plus long, lorsque je me baisse, mes lèvres arrivent au bout de ton visage, pile sur les tiennes. N'est-ce pas génial d'être humain ? » m'enthousiasmé-je avec entrain.

« Qu'est-ce que tu racontes si sérieusement ? T'es con ou tu le fais exprès ? »

Et j'éclate de rire à sa réponse, qui comme toujours reste bourrue mais d'une indulgence cachée.

« Tch, imbécile heureux. » marmonne-t-il en détournant le regard, mais il repose sa tête contre moi et lève son visage vers le mien, me contemplant en train de rire.

Et je les croise, encore et toujours. Ces yeux, ses yeux, qui me glacent encore de temps en temps de terreur, qui me rendent nerveux, qui me font vibrer, qui me font rougir, qui me font suffoquer... ses yeux qui hurlent leur hargne de vivre et qui me rappellent si violemment, à chaque regard, que je suis moi-même vivant.

Je ne peux vivre qu'à travers ses yeux. Et puis tout le reste de son être.

Et c'est cette évidence qui m'envahit brusquement, comme des larmes sous des paupières obstinément closes. Moi elles sont ouvertes mes paupières, et les larmes sont là, débordantes, emplies de ces sentiments qui font tempête au fond de mes entrailles, dans mon cœur, dans mon sang, dans ma chair. Et qu'est-ce qu'ils me sont précieux, eux qui me clament cette vie qui bout en moi, eux qui naissent de ce regard que j'aime tant. Ce regard qui s'agrandit sous le coup du choc alors qu'il essaye de rester calme, à l'entente de sa voix presque légèrement tremblante :

« Oï Eren, qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

« Rien, juste... je suis heureux. » dis-je d'une voix étrangement calme en restant figé.

Pourtant, les larmes coulent toujours sans que je ne puisse rien y faire en même temps que ma poitrine s'allège, et que mon nez menace déjà de couler. Livai se tourne vers moi avec délicatesse, une moue ennuyée et soucieuse crispant son visage alors qu'il me déclare :

« Je préfère quand tu l'exprimes en riant. »

Et cela a le don de me faire éclater de rire derechef justement, mon cœur trop léger pour resté en place, sauf que ça n'arrange pas l'état de mon nez qui coule pour de bon cette fois. Pourtant Livai ne s'en formalise pas plus que ça :

« Allons bon, voilà que tu nous fait Jean-qui-rit/Jean-qui-pleure maintenant... » grommelle-t-il alors en sortant un mouchoir du paquet qui se trouve dans son sac pour m'enfoncer le nez dedans comme si j'étais un enfant.

J'attrape son poignet tendu pour le baisser doucement et approche mon visage du sien, plongeant mes yeux encore humides dans les siens. Dans ses yeux qui se vivifient sous mon regard suggestif, et qui font naître un sourire carnassier sur mon visage alors que je lui réponds :

« Laisse donc Jean en dehors de ça. »

La dernière fois que j'ai pleuré, c'était suite à la mort de ma mère. Pour la première fois depuis cinq ans, mon visage s'est trempé de larmes.

Et ce sont des larmes de bonheur.

.

End.


Gnangnan jusqu'au bouuuut! \o/ J'ai particulièrement honte de cette phrase finale. Mais bon j'ai empêché Eren de pleurer tout le long de cette fic pour cette idée de fin-là donc la moindre des choses c'est que je sois assez explicite dessus je suppose ahah^^'

Aussi, la scène du bain est inspirée de gifs que m'a envoyé oOo-Pothier-oOo, et pareil pour la « dispute », bref décidément quand ce n'est pas Taqasim, c'est elle qui m'inspire XD (et je pense que personne ne s'en plaindra !)

D'ailleurs pour la dispute, je sais que les couples finissent par se disputer tôt ou tard et qu'il fallait bien que ça leur arrive aussi mais je voulais un truc vraiment bien con parce que c'est souvent pour des trucs cons, ben par amour quoi (enfin je dis ça en pensant surtout à une très bonne amie et son copain Xp ils me tuent des fois, sérieux!)
Et aussi...ça m'est arrivé X'D En fait une fois mon chat sentait « le parfum de fille », qui en réalité était la lessive de mes draps que j'avais changés très récemment. C'te blague quand même ! (enfin moi j'ai pas fait de crise, hein!)

Et le « battez vous, tuez vous, mais ne vous faites pas de mal » est une phrase qui a bercé mon enfance =w= (avec aussi « mais en silence ! ») et on s'en fout~

Bref, fini le blabla inutile, là c'est important!(?) Dimanche prochain il y aura un épilogue et un bonus du point de vue de Livai ! Heu bah voilà c'est tout X)

Voilà, à la prochaine donc ! (en espérant que cette fin vous a plu même si c'est la fin, ouais parce que les fins c'est vrai que c'est triste juste parce que c'est fini *bam* bon ok je me tais, surtout que c'est pas tout à fait la fin au final...bref !)

Bye~ !