Disclaimer : L'essentiel des personnages de cette fic ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de RTD et la BBC (et My boss Chrismaz).
Beta : ma précieuse Arianrhod et Aviva qui s'est amusée sur le précédent.
NB : univers alternatif, fin XIXème siècle, en plein Empire Britannique.
NB 2 suite à un problème informatique, je n'ai pu répondre aux nombreuses reviews qui m'ont fait énormément plaisir (impossible d'envoyer mes réponses) alors je m'excuse platement et je vous remercie du fond du coeur du soutien que vous m'apportez.
Bonne année
Partie Cinq
Chapitre un : où tout revient à la normale ?
La maison de Harkness attendait le retour du Lord et de ses compagnons. Rhys avait fait préparer des bandages, de la charpie, des lits, bref tout ce qu'il fallait. Il s'était attendu à ce que la délivrance de Jack ne fut pas aisée. Owen le remercia pour sa prévoyance, car à peine arrivés, cela lui permit d'opérer tout de suite. Il fit monter Alec et Jack dans les étages, préoccupé par leurs blessures. Rhys était blessé également, son bras semblait le faire souffrir mais il voulait qu'Owen s'occupât de Jack tout d'abord. Celui-ci n'avait toujours pas repris conscience. Il y avait une multitude de petites plaies qui lui couvraient le corps. Certaines croûteuses, d'autres purulentes, certaines suintaient encore de sang, encore fraîches. Il avait un œil poché et des marques sur le visage, là où il avait été frappé.
- Hé bien, mon pauvre ami, tu as été drôlement corrigé. Je croyais que tu détestais le fouet, dit Owen en l'auscultant, à la recherche de blessures internes.
Ianto l'aida à déshabiller le Lord pour qu'il puisse nettoyer ses plaies. Il frémit en voyant l'état de son corps marbré d'ecchymoses sombres et de coups de fouets. Mais mis à part la blessure à sa cuisse, il n'était pas trop gravement touché. Cependant la fièvre qui montait inquiétait Owen. Jack restait inconscient, reposant comme un mort sur son lit.
- Il va lui falloir du repos, dit Owen, en lui faisant boire une décoction amère. J'ai peur que la malaria ne profite de sa faiblesse pour refaire une poussée.
- Il est toujours atteint par cette maladie, dit Ianto en fronçant des sourcils.
- Oui, nous ne connaissons pas de remède efficace. Certaines plantes indiennes pourraient le soulager. J'ai tenté de composer un extrait pour en faire un élixir, un médicament. Mais tout a brûlé à Blackwood. Il me faudrait des plants frais pour le soulager. Laissons-le se reposer. Viens m'aider avec Alec.
- Penses-tu qu'il est prudent de le laisser seul ? demanda le jeune homme d'un ton inquiet.
Owen lui jeta un coup d'œil acéré. Il comprenait qu'il s'inquiète mais il pouvait tout de même lui faire confiance.
- Nous n'allons pas en avoir pour très longtemps, dit-il, ensuite tu pourras rester tout le temps que tu souhaites auprès de lui. J'ai besoin de ton aide Ianto.
Le jeune homme hocha la tête sans répondre et suivit Owen dans la suite de sa visite médicale.
Rhys avait fait installer Alec dans l'une des nombreuses chambres de Durham Street, en face de la chambre de Jack. L'homme reposait sur un lit ferme et regardait par la fenêtre le vent léger qui agitait les arbres du parc. Il avait un air inquiet et épuisé qui tirait les traits de son visage. Il se tourna immédiatement vers les deux hommes qui venaient d'entrer dans sa chambre, les harcelant de questions.
- Comment va-t-il ? Ses blessures sont-elles graves ? Que se passe-t-il ?
- Monsieur McNeil, je vous demande instamment de vous calmer, dit Owen avec un tel visage qu'Alec jugea plus prudent de s'exécuter. Je n'ai pas besoin de vous interroger pour savoir que vous demandez des nouvelles de Jack.
- En effet, comment va-t-il ?
- Cessez de vous agiter, il faut que je vous soigne. Ensuite, nous parlerons.
- Jack est toujours inconscient, répondit néanmoins Ianto, ne souhaitant pas angoisser davantage l'homme qui s'inquiétait au moins autant que lui. Il a besoin de repos, tout comme vous.
- Bien dit, Ianto, fit Owen en grimaçant, allons Alec, montrez-moi vos blessures.
- Je n'ai presque rien comparé à Jack, dit Alec en soulevant ses draps.
Il dévoila un corps sec, musclé, sculpté par le désert et strié par d'anciennes blessures cicatrisées. Un réseau de traces qui racontait l'héroïsme de cet homme. Il se montrait sans fausse pudeur, sans gêne aucune aux regards de ses deux soignants. Ianto rougit en pensant aux mains de Jack qui avaient sûrement suivies cet entrelacs de cicatrices, ces nœuds que formaient ses muscles, les creux de sa chair. Alec s'en aperçut et crut que le jeune homme s'émouvait de sa beauté, si semblable et pourtant si différente de Jack Harkness.
Il avait été battu lui aussi et des marques colorées jaunes, noires, vertes parfois marbraient ses flancs et ses cuisses. Owen promena ses doigts plats et fins sur son corps à la recherche de fractures ou de blessures internes. Il allait bien, sans doute mieux que Jack, mis à part ce bras cassé se dit Ianto avec ironie alors qu'Owen réduisait la fracture sous les jurons d'Alec. Il lui banda le bras de manière serrée avant de lui donner une dose de laudanum pour qu'il dorme. Alec refusa de la prendre malgré la douleur qui lui tirait les traits.
- Je me sens bien, donc si je puis me rendre utile, je vais aller veiller Jack.
Ianto se raidit en entendant cela. Owen se mit à rire en voyant son visage. Il ordonna à Alec de boire.
- Tant que vous êtes mon patient, vous ne sortez pas de votre lit sans que je vous le dise. Vous avez besoin de vous reposer. Votre organisme a été affaibli par votre captivité. Cessez de faire l'enfant et reposez-vous. Vous n'êtes pas en état de rester au chevet de Jack avec votre bras. Ianto va s'en charger. Ne vous inquiétez pas pour lui.
Alec maugréa, arguant qu'il se sentait très bien. Mais il ne résista pas aux ordres d'Owen. Il se recoucha et le médecin le borda lui assurant qu'il était en sécurité à présent.
Il détailla du regard le jeune homme qui aidait le médecin. Mince, le visage honnête et juvénile, sa première impression qu'il était attiré par Jack lui avait été confirmée par la manière dont il l'avait maintenu dans la calèche, empêchant sa tête de rouler d'une main légère. Il en avait ressenti de la jalousie. Jack était comme la flamme d'une bougie, il subjuguait par sa seule présence. Ils s'étaient séparés sur un tel quiproquo, sur des mots qui l'avaient poignardé en profondeur. Il n'avait cessé d'y penser, à lui, à Suzie, à ce fils… Des mots si durs qu'ils les avaient séparés inexorablement. Pourtant il ne s'était jamais résolu à l'oublier. Il était si rare de trouver son semblable dans ce monde qu'il avait l'intention de se battre pour le retrouver. Ianto ne lui paraissait pas un rival si formidable finalement. Il ferait tout pour que Jack lui revienne. Eux deux seuls pouvaient se comprendre. Ils partageaient l'un et l'autre tant de points que l'amour entre eux ne demanderait qu'à refleurir. Il esquissa un douloureux sourire qui frappa Ianto en plein cœur.
Ianto lisait dans les yeux sombres de cet homme une nouvelle détermination qui lui fit froid dans le dos. Il sentait comme une sourde inquiétude lui parcourir l'échine alors que son visage s'apaisait sous l'effet de la drogue. Serait-ce possible qu'il éprouve encore pour Jack des sentiments, même six ans après ? Serait-ce possible que les sentiments ne soient pas affectés par le temps ? Cela le remplissait d'angoisse et il ne savait pas comment réagir à cela. La jalousie releva sa tête hideuse.
Il contempla longuement Alec avant de suivre Owen, il leur restait encore du travail à abattre.
- Mon cher Ianto, tu es passé de précepteur à bibliothécaire et maintenant tu es mon assistant. Tu as l'art de changer de carrière.
- Vivre auprès de Lord Jack oblige à être polyvalent et réactif.
- Oui, nous étions au calme à Blackwood, finalement. Ce voyage à Londres a réveillé de vieux démons. J'imagine que s'il n'avait pas fait rechercher Suzie, il n'aurait pas été capturé.
- Peut-être, dit Ianto en se rembrunissant, ce voyage à Londres a été riche en émotions, à bien des égards.
- Oui, enfin, j'ai l'impression que cela t'a fait du bien malgré tout. Tu me parais moins... comment dire, moins timoré.
- Je n'ai jamais été timoré.
- Timide si tu préfères, on dirait bien que tu as réglé pas mal de choses de ton côté.
- En effet, dit simplement Ianto.
- Il me semble également que tu t'es bien rapproché de Jack, fit Owen l'air de ne pas y toucher. Vous aviez l'air de bien vous entendre, tout à l'heure. Je n'aurais jamais pensé à porter Jack ainsi.
- Il refusait de s'allonger sur une civière, lui rappela Ianto et il était trop faible pour descendre seul.
- Bien sûr ! Et ce baiser langoureux était un fait de mon imagination.
Ianto rougit mais ne répondit pas. Owen s'amusa de son embarras, il lui décocha un coup dans les côtes.
- Allons, ne sois pas si gêné. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure que vous êtes attirés l'un vers l'autre. Lorsqu'il ira mieux, vous devriez vous parler et faire ce dont vous avez envie. Tu as la bénédiction de son ami et médecin.
- Je n'en demande pas tant, dit Ianto d'un ton sec, nous verrons en temps voulu.
Owen, loin de s'émouvoir de son ton acerbe, sourit et l'entraîna à l'office où Rhys grimaçant de douleur faisait face à Ewen complètement effondré.
- Rhys, pourquoi n'avoir rien dit ? demanda Owen en se précipitant vers lui, c'est la chose la plus stupide à faire.
- Ce n'est rien, ce n'est rien, répéta l'imposant majordome, qui souffrait néanmoins.
Owen lui ôta sa veste et dégagea la blessure, une belle estafilade qui courait le long de son dos. Une blessure en traître.
- Qui a fait cela ?
- La fiancée de ce drôle-là, elle avait des couteaux cachés sous son jupon et elle a tenté de s'enfuir quand je l'ai descendue. Une vraie furie ! Et toi, un vrai serpent ! ajouta-t-il en crucifiant du regard le jeune garçon qui n'en menait pas large.
- Je ne savais pas qu'elle répèterait tout ce que je lui disais, pleura Ewen, sous le regard soudain glacé de Ianto.
Ewen avait l'air totalement désemparé sous le regard des trois adultes qui le dévisageaient durement. Ianto soupira et le fit asseoir pour parler tandis qu'Owen s'occupait de l'épaule de Rhys. Le gamin avait les larmes aux yeux et reniflait, il eut un mouvement de recul lorsque le jeune homme s'approcha de lui. Celui-ci l'interrogea d'un ton doux.
- Ewen, calme-toi, Rhys va se remettre, mais j'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé.
- Maître Jones... j'ai fait une terrible erreur. J'ai trahi la confiance de Lord Harkness, j'ai raconté tout ce que je savais à Ivy. Je ne savais pas ... je croyais qu'elle s'intéressait à moi. Elle était si attentive quand je lui parlais de ma vie auprès de Lord Harkness.
- De quoi lui as-tu parlé ?
- Un peu de tout, je lui ai parlé de Steven, de vous, de Lord Harkness et des investigations dont il avait eu connaissance, de votre relation.
- Nous n'avons pas de relation, dit Ianto d'un ton dur sous le regard goguenard de son ami qui murmura "je te l'avais bien dit". Mais je comprends mieux comment Nox a pu enlever Lord Jack avec toutes les informations que tu as données à ton amie.
- Ce n'est plus mon amie, pleurnicha le gamin, qui s'en voulait terriblement d'avoir causé du tort à son maître.
- Je me demande comment on va pouvoir te punir d'avoir fait confiance à une fille comme ça.
- J'ai une idée dit Rhys les yeux noirs, il va me falloir du temps pour récupérer l'usage de mon bras, pendant ce temps-là, ce jeune drôle va devoir s'occuper de mes tâches à ma place.
- Il va être vite épuisé, tu t'occupes de tout dans la maison de Jack, dit Owen en montrant les dents, amusé par le tour que prenait l'affaire.
- C'est ça ou j'en parle à Gwen. Elle est capable de faire tout le trajet pour régler cette affaire.
- Non, pas à Dame Gwen, s'écria Ewen effrayé, elle risque de me renvoyer.
- Sans doute pas, mais elle va te mener la vie dure si elle apprend que c'est de ta faute que Blackwood a brûlé.
- Non ! Je ferai ce que vous voudrez mais ne dites rien à Dame Gwen.
- Tu sais que j'y suis obligé, dit Rhys impitoyable elle me tuerait si je ne lui racontais pas ce qu'il s'est passé et pourquoi Lord Jack est dans cet état.
- Non ... murmura le pauvre Ewen complètement bouleversé, je ferai toutes vos corvées mais ne lui dites rien.
- Très bien, je ne lui dirai pas jusqu'où tu étais impliqué dans ce complot contre le Lord, cependant, il va falloir que tu travailles dur pour que je te pardonne.
- Je ferai toutes vos corvées, je vous aiderai à vous laver, vous habiller, je ferai tout ce que vous voulez.
- Très bien Ewen, tu vas commencer maintenant, dit Rhys, tu vas nettoyer la cuisine et préparer à déjeuner et crois-moi, il faudra que ce soit parfait.
- Oh, fit Owen brusquement, j'ai promis à Ianto qu'il mangerait le plat qu'il préfère. Ianto, de quoi s'agit-il ?
Le jeune secrétaire regarda du coin de l'œil le domestique qui refoulait ses larmes et tâchait de prendre un air contrit.
- J'apprécierais une tarte aux fruits pour le dîner. Pourrais-tu me faire cela ?
- Oui, Maître Jones, je m'y attelle tout de suite.
- Tutut, fit Rhys, d'abord, corvée de vaisselle.
Le jeune garçon baissa la tête et acquiesça. Owen et Ianto le regardèrent se rendre dans l'arrière-cuisine pour nettoyer les plats du petit-déjeuner.
- Que devient son amie ? demanda Ianto sourdement.
- Elle est retournée en prison, apparemment, elle est spécialiste dans l'art de manipuler les garçons. Elle va devoir payer sa dette.
- L'amour peut faire faire de drôles de choses, Rhys. Ne soyez pas trop dur avec lui, dit Ianto, je pense qu'il a compris la leçon.
- Oui, mais j'entends bien qu'elle s'imprime en lui.
Le docteur et Ianto finirent leur tour en regagnant le salon où se trouvait Wilfried Mott, Alonso Frame et la jeune Martha en compagnie d'un thé que le diligent Rhys avait fait servir.
- Alors comment vont vos blessés ? demanda le plus âgé, installé dans le sofa au côté du jeune homme qui avait une jolie estafilade sur la joue.
- Aussi bien que possible, répondit Owen en se servant un thé et en proposant un à Ianto, qui accepta de bon cœur. Lord Harkness souffre d'une fièvre et de légères blessures. Mr Alec McNeil est mal en point également, mais je pense qu'une fois que son bras sera guéri, il ne devrait pas souffrir de séquelles trop importantes.
- Vous nous en voyez ravis, dit Mott, lorsqu'ils seront remis, nous devrions fêter cela dignement.
- Vous avez toujours aimé les célébrations, dit Frame avec un regard affectueux sur son vieil ami.
- Bien sûr, c'est ce qui fait le sel de l'existence, les bonnes choses, la vie, en somme.
- Je vous remercie de ce que vous avez fait pour le Lord, jamais nous n'aurions pu le sauver par nous-même, dit Ianto en leur serrant la main, vous avez mon entière gratitude.
- Eh bien, il faut également remercier le Docteur, c'est lui qui nous avait demandé de garder un œil sur le Lord et ses amis, Mc Neil et cette jolie jeune fille.
- Je vous remercie également, dit Martha qui avait gardé le silence jusqu'à présent.
- Alors qu'allez-vous faire mademoiselle ? s'enquit Alonso en rougissant.
- Je ne le sais pas, je ne connais personne ici et le Maî ... Nox m'a capturée dès que j'ai mis un pied en Angleterre.
- Où deviez-vous aller, demanda Ianto en souriant pour apaiser les peurs qui rongeaient encore la jeune fille.
- Je devais me rendre à Lloyd, chez Dame Rose Tyler, il paraît qu'elle a besoin d'aide pour son activité de nourrice.
Owen et Ianto échangèrent un regard amusé qui surprit Mott.
- Vous connaissez cette Dame Tyler ?
- Oui, c'est même des plus vieilles amies de Jack. Elle-même a été la compagne du Docteur il y a bien longtemps.
- Alonso ? demanda Mott d'un ton sec.
- Oui, je cherche, fit le jeune homme en compulsant son carnet, je sais que je l'ai noté quelque part. Oui, ici, le Docteur nous a demandés de la faire protéger. Un certain Elton Pope est dans son village et la surveille de près. A son dernier rapport, il disait que personne de particulier n'a approché la demeure.
- Hum, j'avais cru que nous l'avions oubliée.
- Mais non, dit Frame amusé par la tête de son ami.
- Bien, Mademoiselle, dit Owen en hochant la tête, en tant qu'ami de Rose Tyler, je vous invite à rester près de nous. Je suis sûr que Jack aura des questions à vous poser sur vos voyages avec le Docteur.
- J'en serai ravie dit la jeune fille, en attendant puis-je vous aider en quoi que ce soit ? J'ai vu que votre majordome avait été blessé. Je puis certainement lui venir en aide.
- En tant qu'invitée, vous pourriez vous reposer et profiter de votre liberté, dit Owen, en plissant des yeux, nous pouvons mettre une chambre à votre disposition.
- Je préfère me rendre utile, cela fait si longtemps que je n'ai pas fait quelque chose que j'ai moi-même décidé. J'étais prisonnière de Nox depuis six mois, c'était si long.
- Je comprends dit Owen, faites ce qui bon vous semble alors.
- Je vous en remercie.
La jeune femme se leva et sans faire plus de façon gagna l'office. Elle aimait se rendre utile et savait exactement par où commencer, d'autant que le Gallois qui officiait comme majordome semblait l'avoir appréciée.
Les hommes continuèrent de parler, Alonso et Wilfried expliquèrent à Owen ce qu'ils allaient mettre en place pour couvrir l'opération de libération de Jack.
- N'ayez crainte, les journalistes seront heureux d'avoir une belle histoire à raconter. Des criminels emprisonnés, un complot démantelé, cela va faire couler beaucoup d'encre, croyez-moi, dit Mott en prenant son congé.
- J'en suis certain, dit Owen en lui serrant la main.
Alonso but rapidement la fin de son thé avant de serrer la main d'Owen et de lui souhaiter du courage. Il se tourna vers Ianto Jones et sourit.
- Profitez bien du Lord, j'ai cru voir que vous en étiez bien proche. Je ne voulais pas vous surprendre, murmura Alonso en remarquant son embarras, mais un homme aussi magnifique, vous devriez être fier d'attirer ainsi son affection. J'en suis jaloux.
- Vous ne devriez pas, dit Ianto, sans savoir réellement que répondre à cela.
Alonso sourit finement et chuchota à son oreille.
- Ne le perdez pas de vue, ou bien je me ferai un plaisir de vous remplacer.
- Alonso, que fais-tu à la fin ? Nous devons partir, nous avons un gros rapport à rédiger. Messieurs.
Ianto répondit qu'à peine, soufflé par la remarque d'Alonso. Cela le confondait que leur affection mutuelle fut aussi transparente. Il ne savait pas comment réagir à ce type de réflexion auxquelles il allait cependant devoir s'habituer. Jack attirait les regards et les coups de cœur alors même qu'il était blessé. Une fois qu'il allait être remis sur pied, il allait à nouveau faire des ravages dans le cœur des hommes et des femmes sensibles à sa beauté. Ianto le savait et devait apprendre à s'endurcir pour ne pas souffrir de l'affection que son Lord semblait toujours attirer.
Owen revint vers lui en souriant.
- Alors que te voulait ce jeune homme en t'approchant de si près ?
- M'annoncer qu'il trouvait Jack Harkness à son goût.
- Mon pauvre ami, il va falloir t'habituer, dit Owen en riant, Jack a toujours suscité ce genre de réaction. Mais n'aie crainte, il n'a de yeux que pour toi.
- Il me l'a déjà dit.
- Oh, eh bien… crois-le maintenant !
- Owen, puis-je le veiller maintenant ? Je prendrai mon repas dans sa chambre. Enfin, si tu n'y vois pas d'inconvénient.
- Je n'en ai pas, mais tu devrais te reposer toi aussi.
- Je vais bien, Owen, ne t'inquiète pas. Je m'en fais que pour lui, maintenant.
- Il va se remettre, et pour sa fièvre, je vais me faire livrer les herbes qu'il me faut pour faire son remède.
- J'espère que cela fonctionnera, dit Ianto en baissant la tête, il ne mérite pas de souffrir plus longtemps.
- Pour l'heure, il ne souffre pas, il est encore inconscient. Mais je ne te retiens pas plus longtemps, je te vois bouillir.
Ianto ne releva pas, mais son sourire fut une réponse éclatante pour le médecin qui le regarda monter aux étages aussi rapidement qu'il lui était humainement possible. Owen esquissa un sourire, il était heureux pour ses amis. Jack méritait d'avoir quelqu'un à ses côtés pour le soutenir et l'aimer. Finalement, quelque chose de bon était sorti de toute cette affaire. Suzie ne serait plus un danger pour lui tout comme Nox. Il lui tardait de comprendre cependant qui était le jeune homme retrouvé mort auprès de Suzie. Certaines questions restaient toujours en suspens, elles attendraient pourtant le retour à la conscience de Jack.
Owen se secoua et prit ses affaires pour rendre une visite à son herboriste favori. Il savait qu'il pourrait y trouver les herbes qui fallait pour soigner Jack.
oOoOo
Ianto Jones s'installa dans la chambre de Jack afin de garder un œil sur le Lord qui reposait entre ses draps frais. Il avait le visage tiré par la fatigue et la fièvre. Il n'avait toujours pas repris connaissance et Ianto en posant la main sur son front s'aperçut qu'il était brûlant. Cela lui rappela la première nuit qu'il avait passé à Blackwood Manor, celle où il avait connu pour la première fois un tel émoi pour un autre homme. Il détailla son visage rouge de fièvre, tordu par une secrète douleur. Ianto posa sa main fraîche sur son front pour apaiser le feu qui le dévorait et effacer ce masque de souffrance qui lui déplaisait. Il avait eu si peur lorsqu'il lui avait été enlevé. Il avait cru devenir fou en attendant le moment d'aller le délivrer. Le voir dans un état aussi pitoyable lui ravageait le cœur. Il lui fallait du repos, du temps pour guérir et pour retrouver cet éclat, cette beauté qui l'avait frappé au premier regard échangé.
Il ne pouvait plus se mentir, il l'aimait. Penser à lui lui faisait chanter le cœur. Il n'aurait jamais cru que sa poitrine put contenir autant de sentiments. La peur de le perdre lui avait fait douloureusement prendre conscience que ses sentiments n'étaient pas une simple amitié, du remerciement pour l'avoir sauvé. Non, il se rendait compte qu'il comptait plus pour lui que sa propre vie. Pour lui il avait été jusqu'à se battre, tuer un homme et sauter dans le vide pour lui éviter un dilemme trop épineux. Pour lui, il s'était défié et avait passé outre ses propres blocages.
Jack était un homme qu'il suivrait jusqu'en enfer, les yeux bandés s'il lui en donnait l'ordre. Il soupira de tendresse, son cœur trop petit pour contenir ce qu'il ressentait. Il souhaita de toute son âme qu'il s'éveilla pour pouvoir lui avouer tout ce qu'il éprouvait pour lui. Il voulait lui dire ce qui le faisait se tenir à ses côtés, tout frémissant d'émotions contenues. (le pauvre, s'il savait !)
A présent qu'il n'y avait plus Hart, que Jack était libre et visiblement heureux de l'avoir retrouvé, il allait pouvoir donner libre cours à son amour. Tout lui semblait s'éclaircir, l'avenir semblait se parer des couleurs magnifiques de la passion amoureuse. Il savait à présent que son long voyage solitaire approchait de sa fin.
Jack s'agita dans son lit, son visage tuméfié faisait mal à voir, tout comme la multitude de coups de fouets qui avaient déchiré sa chair. Owen n'avait pas paru inquiet cependant de ses plaies mais de la montée de fièvre. Jack frissonnait alors que sa peau semblait brûler d'un feu intérieur.
Ianto se leva et posa le livre qu'il avait emporté pour occuper sa veille pour aller lui chercher de l'eau et un linge humide. Il le lui passa tendrement sur le front afin d'aider la fièvre à tomber tout en lui parlant doucement. Il lui expliqua qu'Owen allait lui concocter un remède qui pourrait le soigner. Il espérait de toutes ses forces que cela le guérisse. Il savait déjà que trop bien dans quel état la fièvre pouvait le mettre. Jack sembla s'apaiser alors qu'il passait ses mains dans ses cheveux.
C'était la première fois qu'il prenait l'initiative d'un tel geste mais il aimait le toucher, sentir sous ses doigts les battements de son cœur juste là, à l'angle de la mâchoire où poussait une barbe incongrue.
Il évita les endroits les plus marqués pour s'attarder sur ses lèvres tuméfiées, sa pomme d'Adam qui s'agitait. Il laissa sa main glisser le long de son cou, jusqu'à la clavicule qu'il suivit d'un tracé léger jusqu'aux pectoraux couverts de bandage.
Jack gémit dans son inconscience, et Ianto retira ses doigts comme s'il se fut brûlé. Il soupira de dépit cette fois et s'installa pour lire à voix haute jusqu'à ce qu'Ewen lui apporte son dîner auquel il ne toucha presque pas, trop soucieux pour Jack pour manger. Il fit honneur cependant à la tarte aux fruits qu'Ewen avait préparée à son attention. Il en conserva une partie pour la faire goûter à Jack à son réveil qu'il espérait imminent.
Owen passa leur rendre visite quelques minutes afin de s'assurer que tout se passait bien. Il morigéna le jeune homme pour son manque d'appétit et l'épuisement qui se lisait sur son visage. Mais il ne put le faire changer d'avis, il ne désirait prendre aucun repos tant que Jack ne s'éveillerait pas. Owen lui apprit alors que cette inconscience pouvait durer un certain temps, pendant laquelle il espérait que Jack récupérerait.
- C'est nécessaire, dit-il, il s'agit d'une défense du corps humain lorsqu'il est trop sollicité. Ne crains rien, ajouta-t-il avant de partir, il souffre moins ainsi. Crois-moi, une fois qu'il sera éveillé, nous n'aurons qu'une seule envie, celle qu'il dorme à nouveau.
- Rien n'est moins sûr en ce qui me concerne, dit Ianto, avec un doux sourire.
Owen cligna de l'œil en jappant de rire avant de fermer la porte de la chambre et finir ses visites. Il était fatigué et n'avait qu'une hâte, celle d'aller se coucher dans son lit douillet.
La lampe à huile qu'il avait apportée éclairait les deux hommes, d'une lumière dorée qui faisait ressortir certains détails pour en adoucir d'autres. Ainsi de son poste d'observation, Ianto pouvait contempler à loisir le visage de son maître. Il sourit doucement, gravant dans sa mémoire ses traits martyrisés. Jack était un homme fort qui contredisait littéralement les lois de la nature. Dans quelques jours, il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour échapper à sa chambre comme lors de sa dernière crise de fièvre, celle qui avait suivi son arrivée à Blackwood.
Ianto se plongea à nouveau dans la lecture de son livre, "The tales of the two cities" lisant à mi-voix pour que l'histoire pénètre dans l'esprit de Jack et le ramène jusqu'à lui.
Il lut jusqu'à ce que le sommeil le rattrape, il posa son visage sur les couvertures de Jack et sombra, bercé par la respiration du Lord. La fièvre agitait Jack, dont les mains brûlantes se crispaient inlassablement sur les draps humides.
La lampe s'éteignit et la clarté de la lune baigna les deux hommes de sa lueur douce, effaçant dans l'ombre le mobilier de la chambre. Les deux hommes paraissaient être seuls au monde dans cette chambre, isolée du reste de l'humanité. Ianto avait tenté de résister aussi longtemps qu'il lui avait été possible mais l'épuisement allié à l'intense soulagement d'avoir retrouvé Jack et Steven vivants ne lui avait pas laissé le choix. Il avait sombré sans que Jack ne soit sorti une seule fois des limbes de l'inconscience. Il l'avait senti si loin de lui, éloigné par cette maladie qui ressurgissait au plus mauvais moment. Il aurait tellement aimé lui parler, lui avouer tout ce qu'il ressentait pour cet homme exceptionnel. Il avait tenté de résister mais Jack n'avait pas daigné ouvrir un œil et le gratifier de ce sourire tendre qui le faisait immanquablement fondre.
Il avait attendu mais seul le sommeil avait répondu à son appel.
oOoOo
Jack s'agita. Il leva une main lourde et se frotta le visage. Il se sentait fébrile, épuisé par les cauchemars qui avaient agité son sommeil. Il ressentait comme un vide lourd dans son esprit. Il releva légèrement la tête, sentant une main qui lui tenait le bras gauche. Un jeune inconnu reposait le front sur ses draps. Ses yeux firent le tour de la chambre qu'il ne reconnaissait pas. Il se frotta la tête de sa main libre, tout son corps le faisait souffrir. Il ne se souvenait de rien, le feu de la fièvre qu'il sentait encore puissante en lui avait tout emporté. Il dégagea doucement son bras et le dormeur dévoila son visage, fin, honnête, un joli brun au nez retroussé, tout à fait à son goût.
- Où suis-je ?
La voix tonnante du Lord fit sursauter le jeune homme qui se reposait, le front sur son lit. Un coup d'œil rapide sur sa montre lui apprit qu'il avait dormi seulement deux heures. Il étouffa un bâillement, heureux de l'entendre sortir de son sommeil. Lord Harkness le regardait en fronçant des sourcils, et pourtant dans ses yeux brillait une lueur coquine. Il fit un large sourire au jeune homme engourdi par son somme.
- Alors jeune homme, où suis-je ? Répondez !
- Vous êtes dans votre chambre à Durham Street, répondit Ianto avec une voix douce.
- Comment ? s'écria Jack en se redressant, avant de se mordre la lèvre sous la douleur. Comment suis-je arrivé ici ?
Il ne semblait pas comprendre, Ianto craignit soudain pour sa mémoire.
- Je vais aller chercher Owen, le docteur Harper.
- Où est Alec ? demanda Jack, d'un air gourmand qui blessa le cœur de Ianto. J'ai besoin de le voir, il m'a sauvé la vie. Je veux qu'il m'explique ce que je fais à Londres.
- Il se repose dans la chambre en face. Ses blessures sont graves tout comme vous. Reposez-vous Jack.
- Hé gamin présomptueux, qu'avons-nous vécu pour que tu m'appelles par mon prénom ? s'écria le Lord en l'attrapant par le bras et l'approchant de lui de force.
Il laissa glisser sa main le long de sa mâchoire tandis que l'autre lui malaxait les fesses. Ianto frémit sous la caresse de l'être aimé. Mais le regard qui le fascinait tant semblait le détailler comme un insecte digne d'une collection. Malgré ses blessures et sa fièvre, le Lord faisait preuve de force et le maintenait contre sa volonté. Ianto se débattit, alors qu'il sentait sa main sans vergogne se poser sur lui. Son corps ne lui appartenait plus, son esprit battait la campagne alors que la main se pressait contre son entrejambe sans ambiguïté.
- Va me chercher Alec, j'ai besoin qu'il m'explique.
La demande claire doucha le désir qui montait chez le pauvre Ianto. Il le regarda bouche bée, surpris et blessé. Il lutta pour échapper à son étreinte cavalière, son cœur battait la chamade et il sentait ses yeux se remplir de larmes.
- Monsieur ? demanda-t-il interloqué par le comportement de Jack qui s'emporta.
- Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
- Monsieur, je vous en prie calmez-vous, dit Ianto en reculant devant le regard soudain courroucé de Jack.
- Que je me calme ! cria Jack rouge de colère, que je me calme ? Alors que je suis ici dans ma chambre à Londres avec un godelureau que je n'ai jamais vu de ma vie. J'apprends qu'Alec est blessé mais il faut que je me calme ! Ça par exemple !
Il retomba sur son lit, vaincu par la fièvre et la colère. Ianto ne savait plus que faire, l'état dans lequel se trouvait Jack l'inquiéta. Il ne le reconnaissait visiblement pas et il tremblait de fièvre. La dernière fois qu'il l'avait vu dans cet état, il avait failli le tuer. Il jugea plus prudent de se retirer pour aller réveiller Owen. Le médecin pourrait certainement lui venir en aide.
- Où allez-vous ? dit Jack d'une voix radoucie, alors qu'il le détaillait soigneusement, reprenant sa respiration rendue difficile par la fièvre.
- Chercher le Docteur Harper. Il va pouvoir vous expliquer.
- Bien, très bien. J'attends avec impatience... votre retour... vous savez que vous avez de très jolis yeux.
Ianto ne répondit pas, son cœur battait douloureusement dans sa poitrine.
- Cela me rappelle quelque chose, mais je suis incapable de retrouver de quoi il s'agit. Je ... J'ai chaud, ouvrez la fenêtre et donnez-moi à boire.
Ianto s'exécuta en tremblant légèrement. Le Lord l'écrasait de sa présence autoritaire, son charisme renversant. Il lui apporta un verre d'eau. Leurs mains se frôlèrent et le Lord eut un instant d'hésitation en rencontrant le regard blessé de ce jeune homme inconnu. Il avait l'air bouleversé, au bord des larmes. Le Lord se sentit misérable. Il ne comprenait pas pourquoi. Il avait l'impression qu'il lui était familier tout en étant incapable de le reconnaître. Pourquoi son cœur se serrait-il autant en le voyant si émotif ? Il but d'un trait son verre et en exigea un second. L'idée de l'embrasser lui traversa l'esprit. Il avait une bonne mémoire en ce qui concernait les baisers. Sans doute, pourrait-il se rappeler qui était cet homme si charmant en l'embrassant ? Mais Ianto échappa à sa prise et sortit de la chambre, presque en fuyant. Il le laissa seul, avec ses souvenirs manquants. Une impression d'étrangeté se répandit en lui, comme un vide écœurant.
Il chercha dans sa mémoire, les derniers souvenirs qui revinrent concernaient sa capture dans les montagnes bengali et son sauvetage par Alec McNeil. Le courageux colonel avait été blessé en le sauvant du sort que les bandits lui faisaient subir. Il lui revint à l'esprit l'horreur de sa captivité, la manière dont il avait été avili pour le plaisir.
Deux mois, deux mois passés à souffrir mille morts, à se faire torturer, violer, utiliser de la pire des manières. Il avait été détruit par cet enlèvement. Ses cauchemars restaient vivants dans sa mémoire. Les brigands l'avaient maintenu emprisonné dans une caverne glaciale, à leur merci. Son cœur se serra sous l'horreur. Il sembla étouffer sous le poids de cette noirceur. Ses yeux débordèrent de larmes. Il était secoué de tremblements incoercibles. Il ne voulait pas se souvenir de cela. Il refusait de continuer à se souvenir, cela était si douloureux. Il laissa ses larmes déborder ses yeux. Il gémit, seul sur son lit.
- Alec ! hurla-t-il soudain.
A suivre...
