Attention, ce chapitre est susceptible de générer de la frustration. Mais PROMIS, on se rapproche du moment fatidique où ces idiots vont se rendre compte qu'ils sont fait l'un pour l'autre, alors je vais vous demander encore un peu de patience... Hein, Petitepointe2 ;) ?

Par contre, j'étais censée pouvoir revenir à un rythme normal bientôt, mais mon boulot s'est prolongé. Ce qui est une bonne chose pour mes finances, et nettement moins pour mon temps libre...

Je fais de mon mieux pour vous faire des chapitres pas trop courts malgré tout.


Sirius émergea peu à peu du sommeil. La gueule de bois lui vrillait la cervelle. Il tâtonna doucement à coté de lui, au cas où - dans ce genre de nuit agitée, ce n'était pas rare qu'il ramène quelqu'un, ou qu'il finisse dans le lit de quelqu'un, ou qu'il s'écroule avec James quelque part, ou qu'il se réveille à coté de quelque chose d'étrange et parfois dangereux. D'où l'habitude, pendant que son cerveau émergeait peu à peu. La veille... la veille avait été bien, il lui semblait. Il y avait Rémus en tous cas.

Mais il était seul ce matin. Raté.

Bah, en même temps il n'espérait pas vraiment convaincre le loup-garou si facilement. Et au moins il était dans un lit. Son lit. Chez lui. Oh, ça c'était vraiment parfait. Parce qu'il avait une potion contre la gueule de bois dans le tiroir de sa table de nuit, et qu'il la prit avec un soupir de soulagement. Il avait vraiment abusé hier. Rappel : ne jamais faire un concours de shot avec un loup-garou.

Au fur et à mesure que la migraine partait, les souvenirs lui revenaient, et... oh. Oui, hier avait surtout été la journée où il avait intégré une société secrète de résistance à Voldemort, et ça, c'était la classe. Et où il s'était fait magistralement grillé et protégé par Maugrey. Moins classe.

Et où il s'était bourré la gueule avec Rémus Lupin. Ce qui aurait pu être classe, si le loup-garou n'était pas resté quasiment sobre - à peine un peu gai - pendant que Sirius et James allaient de plus en plus loin dans le n'importe quoi. Hum. Ce n'était pas que Sirius soit pudique, ou gêné par quoi que ce soit au monde, mais il avait décidé de séduire Rémus coûte que coûte, et la soirée de la veille n'allait sans doute pas aider...

Le brun sourit en voyant la bassine à coté du lit. Un truc moldu. Rémus les avait ramenés chez eux, les avait couchés et avait posé de quoi vomir à coté d'eux. C'était mignon. Un vrai Poufsouffle - même si c'était un Gryffondor au fond de son âme, sûr et certain. Après tout, il avait juré qu'il poursuivrait la mission, non ? Donc, Sirius allait pouvoir revenir s'incruster dans sa petite maison, sous prétexte de s'entrainer, très bientôt. Ils allaient refaire leurs plans de guerre pour échapper à la surveillance de Maugrey. Et bien sûr, d'ici une semaine, ce serait la pleine lune. Il avait tout juste le temps de harceler Lily Evans pour avoir de quoi bien s'occuper de son loup-garou, et tout se passerait bien.

Au final, tout se déroulait plutôt bien.

oOo

Et une semaine plus tard...

Rémus émergea peu à peu du sommeil. Il sentait une vague présence à ses côtés, une voix lointaine qui parlait trop vite, et une odeur qu'il n'arrivait pas vraiment à resituer. Mais une odeur familière. Il était, globalement, entre de bonnes mains. Avec soulagement, il put se laisser aller et dormir tout son soûl.

.

Quand il se réveilla à nouveau, il était soigné, les plaies soigneusement emmaillotées dans des bandages magiques, et aucune brûlure ne se faisait sentir. Un peu perplexe, il renifla soigneusement le baume qu'on lui avait généreusement tartiné sur les bras, les épaules et les flancs - les parties que le loup utilisait le plus pour heurter les barreaux d'argent. Il ne connaissait pas cette odeur. Un souvenir émergea peu à peu des brumes qui lui envahissaient le cerveau. Lily. Lily, la future femme de James. Enfin, c'est comme ça que les deux bruns l'appelaient. Elle avait donné quelque chose, non ? Pour le soigner. A Sirius.

Sirius.

Avec un soupir, Rémus se laissa retomber dans les coussins. Oui, parce qu'en plus il y avait plusieurs coussins. Sirius avait dû piller son canapé pour l'installer plus confortablement.

Ça faisait la... - il compta mentalement, ce qui lui prit un certain temps étant donné sa fatigue - la troisième fois. La première fois, début décembre, il ne lui avait rien demandé, mais s'était réveillé avec de la nourriture et des pansements. La deuxième fois, en janvier, il avait cru que Sirius ne renouvellerait pas son geste puisqu'ils s'étaient plus ou moins disputés, mais il avait à nouveau été soigné par le sorcier. Et cette fois... Et bien, cette fois il aurait dû s'y attendre. Sirius avait ouvertement préparé sa venue pour l'après-pleine lune. Et pourtant, ça le surprenait encore. Rémus n'osait pas s'avouer à quel point il redoutait le moment où ces attentions s'arrêteraient. Mais c'était encore plus ridicule de s'imaginer que le dévouement de Sirius se poursuivrait ainsi, mois après mois, jusqu'à la fin de leurs vies, n'est-ce pas ? Il s'arrêterait forcément à un moment ou à un autre.

Sans doute pas avant la fin de leur mission.

Cette idée poussa Rémus à se redresser une nouvelle fois, et, très précautionneusement, à tenter de poser un pied au sol. Il ne se sentait pas trop mal. Les os bien en place, la peau qui tirait à peine. Les muscles et les tendons continuaient à hurler leurs protestations les plus outrées à chaque mouvement, mais ça même la position allongée ne pouvait pas l'apaiser, il fallait bien faire avec. Décidément, cette Lily était une sacrée trouvaille, et Sirius avait sacrément progressé en sorts de soins. Il faisait nuit, mais le loup-garou était certain qu'il n'était pas très tard. Il avait dû dormir dans les douze heures - un record, en ce qui le concernait.

Très satisfait, il mit quelques minutes à poser, tout en douceur, le deuxième pied - jusqu'ici, ça ne se passait pas trop mal - et prit une grande inspiration avant de tenter de se lever. Contrairement à d'habitude, Sirius ne lui avait pas laissé à manger à son chevet, mais il n'avait sans doute pas prévu qu'il serait debout si vite. Peu importait. Il se sentait d'attaque pour rallier la cuisine par ses propres moyens, et peut-être même s'affaler sur le canapé devant un feu de cheminée. Après tout, il avait une baguette et savait s'en servir. Elle était là pour lui économiser ce genre d'efforts.

Tout son corps protesta lorsqu'il se mit debout, mais il tenait à peu près sur ses jambes. Faisant de son mieux pour ignorer la douleur lancinante, à petit pas de vieillard, il s'avança vers la porte et... Oh. Il avait oublié. Il lui restait les escaliers à affronter, et ça, il ne s'en sentait clairement pas la force.

Rémus commençait à calculer combien d'efforts ça lui coûterait de se recoucher quand Sirius débarqua en furie, baguette à la main, avant de s'exclamer :

« Ah, tu es debout ! J'ai cru que tu étais tombé... Hé, mais qu'est-ce que tu fais debout ? Recouche-toi, tu dois encore te reposer !

Attrapant le loup-garou avec l'aisance de l'habitude, il le fit basculer en arrière, le pris dans ses bras comme une mariée, et l'installa dans son lit en se plaignant du manque de coopération de son patient. Le tout avec un sourire ravi. C'était évident qu'il était fier comme un paon devant l'efficacité de ses sortilèges.

Ce n'est que lorsqu'il rabattit la couverture sur le loup-garou que celui-ci réalisa qu'il était nu.

Il soupira. Tant pis, après tout, il n'était pas à ça près. Évidemment, que Sirius l'avait déjà vu nu. Il le récupérait à poil et en sang quand l'aube venait, depuis trois mois maintenant. Et au moins ça n'avait pas l'air de le dégoûter, puisqu'il l'avait quand même dragué ouvertement avant Noël...

Rémus se demande brièvement si son ami n'avait un genre de fétichisme bizarre pour les loup-garous. Ou les cicatrices. En tout cas, quelque chose qui expliquerait sa proposition étrange. Qui n'avait pas été renouvelée. Comme l'avait prévu James, Sirius avait boudé quelques temps, puis ils s'étaient concentrés sur la mission et tout avait semblé pardonné. Retour à la normale. Comme si rien ne s'était passé.

Ce qui n'empêchait pas la situation d'être un peu étrange, quand on y réfléchissait - et qu'on avait l'esprit encore un peu cotonneux. D'habitude, il chassait cette pensée en se disant que ça avait été une lubie de Sirius, peut-être une expérience qu'il avait voulu tenter une fois dans sa vie, une occasion. Mais là, l'idée revenait et le travaillait. Qu'est-ce que Sirius pensait réellement de lui, après tout ?

Il fut interrompu dans ses réflexions par Sirius lui-même, toujours d'aussi bonne humeur, qui ramenait de quoi manger. Et continua à jacasser, sans que Rémus ne se soucie vraiment de l'écouter, concentré sur son assiette - c'était un peu bizarre, mais pas mauvais, et il avait une faim de loup.

.

— Alors ? demanda Sirius après coup. C'était bon ?

— Ouais. Super.

— Impeccable. Tu veux autre chose ? De l'eau ? Du thé ? Tu veux dormir encore un peu ?

— Dormir...

— Ok, ok... ça va, tes blessures ? Est-ce que tu sens encore quelque chose ?

— Non. Je ne sais pas ce que tu m'as mis, mais c'est super efficace. J'ai l'impression que je pourrais faire une journée normale dès demain.

— Héhé... Ça, tu vois, c'est mon petit secret...

— Lily t'a donné des baumes de soin, c'est ça ?

— Pas seulement ! Elle m'a aussi appris plein de sorts de soin, et elle m'a aidé à améliorer ceux que je connaissais.

— Super.

— Depuis le coup de l'Ordre, elle est passé plusieurs fois chez nous, histoire de nous aider. James est fou. Et elle a accepté de rester à diner un soir. Bon, elle a vérifié que je restais là aussi, comme si c'était ma présence qui pouvait calmer cet espèce de cerf en rut, mais ça avance entre elle et James !

— Je suis content pour eux. Lily a l'air d'être une fille extra.

— Il faudra que tu fasses mieux sa connaissance, quand on pourra... Quand on pourra se voir plus souvent. Tu sais. Hors mission.

Rémus lui fit un sourire, sans trop savoir quoi répondre. Il était de plus en plus fatigué, mais il tenait à faire des efforts. C'était la première fois que Sirius était encore là à son réveil, et il devait bien admettre qu'il trouvait ça très, très agréable.

Il ne se rendait pas compte qu'aux yeux de Sirius, ce sourire était la vision la plus adorable du monde - ce sourire là en particulier, très doux, qu'il n'avait que quand il voulait exprimer un peu d'affection sans trop savoir quoi dire. Ça donnait au brun terriblement envie de l'enlacer et de le serrer si fort qu'aucune force au monde ne pourrait jamais les séparer. Il trouvait que c'était incroyable qu'il existe quelque chose d'aussi fragile et puissant à la fois que ce sourire là.

Sirius avait décidé d'attendre, pour se lancer dans son grand plan de conquête de Lupin, d'avoir un peu plus avancé. D'avoir montré à quel point il était désirable. Ça ne devrait pas être trop dur, après tout, il était le type le plus beau et le plus populaire de Poudlard - quoi qu'en dise James, qui tenait la seconde place depuis des années, et se croyait capable d'être au sommet, ce naïf. Et il était fort, un Auror héroïque et aventureux, pourchassant les Mangemorts. Non, c'était impossible que Rémus ne cède pas à la tentation tôt ou tard.

Mais il devait bien admettre que c'était le contraire qui se produisait. C'était lui qui était en admiration devant le courage et le talent de Lupin. Lui qui le dévorait du regard dès que l'occasion se présentait. Lui qui était prêt à tout, jusqu'à passer tout son temps libre sur la transformation en Animagus, pour enfin lui prouver qu'il était digne de confiance et le libérer d'une partie de sa malédiction. Bref, c'est lui qui était conquis, entièrement et totalement, et il n'avait pas la moindre de ce qu'il était censé faire à présent.

En fait, il n'avait jamais réellement fait la cour à quelqu'un, pas comme James courait après Lily. Jusqu'à présent, l'essentiel de sa technique de drague consistait à montrer son intérêt à l'autre personne, et ça suffisait largement. Il était un peu perdu. En plus, il savait que leur simple amitié était très précieuse aux yeux de Rémus, et il ne voulait surtout pas risquer de la briser en allant trop vite.

Du moins c'est ce qu'il se disait, pour justifier à ses propres yeux d'être incapable de tenter quoi que ce soit pour rapprocher le loup-garou de lui, et ne pas admettre qu'il était effrayé d'être rejeté à nouveau. Au lieu de ça, il joua les infirmiers sérieux et borda son patient dont les yeux se fermaient tous seuls. Puis il prépara tout ce dont Rémus aurait besoin au réveil, et le laissa.

Sirius pris soin, malgré tout, de poser sur la table de chevet du châtain le cadeau qu'il ne lui avait pas offert pour Noël. Après tout, c'était un peu puéril d'avoir fait la tête comme ça, n'est-ce pas ?