Bonjour à tou(te)s !

Encore et toujours : Merci de me suivre, merci pour vos reviews et mises en alertes et favoris !

Voilà la suite !


Chapitre 29

Bella :

Edward sort de la salle de bain, me laissant seule avec ces paroles qui résonnent inlassablement dans ma tête.

Je reste immobile, plantée au milieu de la salle de bain, revivant sans fin le fil de la soirée. Je reste ainsi pendant un moment. Cinq minutes, peut-être même dix. Je ne me rends plus compte du temps, coincée dans le dédale infernale de ce que j'ai subi, de ce que j'ai fait subir aux deux seules personnes que j'aime plus que tout.

Je me décide enfin à bouger et commence à me déshabiller. Je ne peux m'empêcher d'observer mon corps dans le miroir. J'ai des ecchymoses, partout, des blessures, des hématomes. Même mon visage est marqué. La peur, ma détermination et la montée d'adrénaline ont du m'anesthésier. Je suis griffée de partout et pourtant, sur le moment je n'ai ressenti aucune douleur. Pour ce qui est des anciennes marques, elles ne font que témoigner des attaques d'Alec durant ces neufs jours. Je quitte vite l'image que me renvoie le miroir, ne supportant plus de me voir ainsi.

J'entre sous la douche et ouvre le robinet. L'eau glacée me saisit un instant, obligeant mes muscles à se crisper d'avantage. Mon corps entier me fait mal, je me sens sale, j'ai l'impression d'être imprégnée de l'odeur d'Alec, mélangée à celle du sang.

L'eau se réchauffe peu à peu, détendant mes muscles mais accentuant mes douleurs, faisant de nouveau couler le sang de mes plaies.

Je m'empare du gel douche et commence à me savonner, laissant la mousse me recouvrir. Je frotte ma peau, énergiquement, de plus en plus fort.

De nouveau, je sens l'angoisse monter en moi, cela devient une véritable obsession. Je sens son odeur, il est près de moi, je sens même ses mains. Plus je m'acharne sur ma peau, plus les images et les sensations me reviennent. Les attouchements, ses paroles, la chute dans l'escalier, ses menaces, cette chose qu'il voulait que je fasse, puis la suite des évènements. Moi qui rentre dans son jeux, ses choses que j'ai faites, que j'ai dites. Les conséquences. Ses mains sur moi, sa bouche sur la mienne, ses ongles se plantant dans ma chair, ses gestes violents. Je frotte toujours plus fort, ma peau en est presque brulée sur mes avant bras. Je me dégoute, je suis sale, je me sens sale.

Cette fois c'est la panique qui m'atteint. J'entends sa voix, sens ses mains s'ancrer sous ma peau, ses doigts arracher ma chair. Je deviens folle, complètement. Ma tête se cogne contre le carrelage mais je n'y prête pas attention. Je continue de frotter, voulant me débarrasser de cette peau qui a senti, qui a vécu, qui sent encore, qui vit encore.

Ma tête frappe encore et l'image de ma belle-mère s'impose à moi, la vision de son crane heurtant le mur, plusieurs fois, violemment, sous mon impulsion. Son corps, inconscient qui s'effondre, tout comme le mien à cet instant, sauf que lui, il ressent tout, revit tout. Je suis écroulée, assise contre le mur carrelé, l'eau brulante s'écoulant toujours, et je continue de frotter ma peau.

Tout. Tout me revient et m'explose en plein visage. Les attaques que j'ai subi, mes erreurs, ce que j'ai fait, ce que j'ai provoqué. Tout. Je suis à bout de forces, je ne porte même plus le poids de ma tête. Elle est baissée, mes cheveux retombent et se collent sur mon visage sous l'effet de l'eau. Je frotte toujours, autant que mes forces me le permettent. Mes larmes coulent et se mélangent aux gouttes brulantes. Je ne retiens plus mes sanglots, j'extériorise ma douleur, ma peur, mes faiblesses, mon cauchemar, ma vie … Je n'y arrive plus. Je n'en peux plus. Je ne supporte plus. Je veux que tout s'arrête.

Edward :

Cela fait presque une demie heure que l'eau de la douche coule. Ça ne lui ressemble pas. Elle n'est pas du genre à passer trois heures dans la salle de bain. Je me risque à m'approcher de la porte et l'appelle au travers. Aucune réponse... Aucun bruit

E « Bella est-ce que ça va ? »

Je n'entends toujours rien et commence sérieusement à m'inquiéter. Je pousse doucement la porte, prononçant toujours son prénom.

La pièce est envahie de buée, la vitre de la douche en est recouverte également. Je n'ose plus prononcer un mot et m'approche doucement de la paroi vitrée. Ne distinguant aucune silhouette, mes yeux se baissent immédiatement au sol.

E « Bella ! »

Mes inquiétudes étaient fondées. Elle est là, écroulées sur le sol, les bras ensanglantés, la tête appuyée contre le carrelage, les yeux vides, repliée sur elle-même, balançant son corps machinalement, en état de choc, gémissant. Sans attendre je m'empare du drap de bain, coupe l'eau et me jette littéralement sur elle. Elle sort de son monde pour se mettre à hurler et se débattre

B « Non ! »

Je saisis ses poignets pour l'immobiliser

B « Fais pas ça ! Non ! »

Elle me frappe, se débat avec violence et brutalité, continue de hurler sa détresse. Je la relâche et me recule, attendant quelques secondes. Elle respire fort, rapidement et garde ses bras devant elle tel un bouclier pour se protéger. Je m'approche lentement, prenant mon temps et pose doucement la serviette. Elle ne se débat plus mais sa respiration est toujours aussi haletante. Je continue de m'approcher tandis qu'elle gémit. Je parviens enfin à l'entourer du drap de bain, passant ainsi mes bras autour d'elle. Elle continue de gémir, de pleurer, me suppliant dans un souffle de ne pas lui faire de mal. Je la tiens dans mes bras désormais mais elle n'a toujours pas réagi, elle continue de me supplier, prononçant des paroles qui me crèvent le cœur

E « C'est moi Bella … Tu n'as rien à craindre ma puce … »

B « Je t'en prie … non … »

Sa voix est aiguë, brisée, tremblante, à peine audible, poignante de douleur et de détresse

E « C'est moi ma puce … Je ne te ferais aucun mal … »

B « Lâche-moi je t'en prie … »

Je relâche son corps pour prendre son visage entre mes mains

E « Regarde-moi ma puce … C'est moi … C'est Edward »

Sa tête suit les mouvements que je lui dicte mais ses yeux restent vides

E « Regarde-moi … C'est Edward … C'est moi … C'est Edward »

Elle semble se réveiller, sortir de son cauchemar, de sa torpeur et relève enfin ses yeux vers moi.

B « Edward … »

E « C'est ça ma puce … C'est Edward … C'est moi »

Bella, Edward

Je quitte enfin ce monde où tout m'écorchait vive, où tout s'emparait de ma santé mentale, où tout me détruisait à petit feu. Je fixe ces magnifiques yeux émeraudes, je le vois lui, je le reconnais, ressens sa présence bienveillante, mais tout est parasité par ce monde qui menace de m'emporter de nouveau. Je sais qu'il est là, qu'il veille sur moi, mais je le sens encore, Lui, mon bourreau des quatre ans passés. J'ai froid, j'ai mal. Je resserre la serviette autour de moi, me recroqueville comme si cette position pouvait me protéger.

Ses yeux sont toujours posés sur moi mais ne me regardent plus. Elle s'éloigne encore, retourne dans son univers froid et violent. Elle agrippe les pans du drap de bain et se pelotonne dedans. Son geste fait remonter la serviette, dévoilant ses cuisses. Une de ses jambes, à l'origine pliée contre sa poitrine, retombe sur le sol. Mes yeux sont immédiatement attirés par sa peau, par les multiples griffures présentes sur l'intérieur de ses cuisses, légèrement boursoufflées donc récentes de quelques heures au maximum. Un frisson s'empare de mon corps, je reste interdit. Ma main se colle instantanément sur ma bouche, ma mâchoire se resserre, mes larmes montent.

E « Bella … Je t'en prie dis-moi que … »

B (le coupant) « Ne me laisse pas Edward … J'ai besoin de toi … »

Cette voix, aigüe, tremblante, douloureuse, ne la quitte plus. Elle est à bout de force, à mi-chemin entre la conscience et la déraison.

De nouveau je m'approche d'elle et m'assoie à ses cotés, l'entourant de mes bras, amenant sa tête sur mon épaule, caressant ses cheveux gorgés d'eau

E « Je n'ai pas l'intention de te laisser. Je suis là Bella … »

Je m'accroche à lui, comme pour ne pas replonger dans mon enfer, comme si lui seul pouvait me ramener à la vie, comme si lui seul pouvait me sauver. Je m'accroche, serre son tee-shirt entre mes doigts, me glisse toujours plus près, jusqu'à me retrouver contre sa peau, jusqu'à nicher mon nez dans la chaleur de son cou.

B « Aide-moi je t'en prie … Je n'y arrive plus toute seule … »

Je ne réfléchis plus, sa détresse, ses supplications, ses pleurs et ses tremblements me déchirent le cœur. Je voudrais tant pouvoir la calmer, la réconforter, gommer les sévices qu'elle a dû subir. Je l'étreins encore plus fort, l'amenant au plus près de moi. Je la porte sans m'en rendre compte, elle est maintenant assise sur mes cuisses et s'agrippe à mon cou. Mes bras se resserrent toujours plus. Je la caresse, tente de l'apaiser, de lui faire ressentir ma présence, mon amour.

E « C'est fini ma puce … Je suis là, tu es en sécurité ici … Tout est fini … »

Je détache lentement mes bras, les pose sur son torse mais garde mon front sur son épaule.

B « Non … »

E « Tout est fini ma puce … »

Mes sanglots reprennent, j'ai l'impression que jamais ils ne s'arrêteront. Ma gorge est serrée, elle me fait mal et pourtant je tente d'articuler. Il faut qu'il sache. Je n'ai plus le droit de lui cacher les choses. Gardant ma position j'ose enfin lui expliquer

B « C'est loin d'être fini … Ça ne fait que commencer … »

E « Non Bella, tu es en sécurité ici. Tu ne crains rien. »

B « Non … J'ai vraiment merdé cette fois-ci … »

Elle a prononcé ces mots dans un sanglots. J'ai mal de la voir comme ça. Je relève sa tête, l'oblige à me faire face.

E « Bella regarde-moi. Tu es partie … C'est ce que tu pouvais faire de mieux pour toi et pour Lola. Tu as fait ce qu'il fallait »

Mes larmes coulent sans que je ne puisse les en empêcher.

B « Non Edward … J'ai tout foiré au contraire. Je … J'ai …merde … je vais me retrouver en taule … »

Elle lutte, mord ses lèvres pour ne pas craquer de nouveau. L'inquiétude me gagne, je la regarde, craintif, osant à peine poser cette question dont la réponse m'angoisse

E « Bella … qu'est-ce que tu as fait ? »

Elle détourne la tête, laissant de nouveau s'écouler une larme

E « Bella … dis-moi ce que tu as fait »

Elle pose de nouveau sa tête contre mon épaule, elle tremble. Comme par instinct, je l'entoure de mes bras et caresse ses cheveux, l'incitant à continuer

B « Je suis dans la merde Edward … Je … Quand je suis sortie de l'hôpital … Je suis allée chez mes beaux-parents rechercher Lola … Je ne la trouvais pas … Je … j'ai paniqué je … Je l'ai frappé … Je … »

Je parviens de plus en plus difficilement à parler, les images, les bruits, les sensations me revenant au fur et à mesure de mes explications

Je resserre encore plus mes bras autour de son corps tremblant

E « Continue ma puce … »

B « Je … Je l'ai agressée, j'ai claqué la tête de ma belle-mère contre le mur … je ne me suis arrêtée que lorsqu'elle s'est écroulée … et toute la semaine qui a suivi … Je … »

Elle s'arrête de nouveau, parcourue de spasmes

E « Tu as quoi … Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

B « Alec n'arrêtait pas de me faire des avances, de me toucher … de … Il a essayé de … Je me suis débattue mais il avait son arme braquée sur moi … Je ne pouvais rien faire … j'étais terrorisée … c'est grâce à Lola si … »

Je ne fais qu'écouter, les dents serrées, les poings crispés, les yeux perdus dans la souffrance de ses aveux, les larmes ruisselant silencieusement

B « Je savais qu'il ne me lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas obtenu ce qu'il voulait … Alors je suis rentrée dans son jeu … je l'ai laissé croire que je cédais … je l'ai laissé faire … je l'ai laissé me toucher … et quand il a baissé sa garde, je lui ai pris son arme … j'ai couru à la chambre de Lola … Et j'ai tiré sur Alec … Je l'ai menacé et je lui ai tiré dessus … Je lui ai tiré dessus … dans la jambe … Pour ne pas qu'il nous rattrape … j'ai volé sa voiture pour pouvoir partir … Et maintenant je vais être accusée d'enlèvement d'enfant … je suis désolée Edward… je suis désolée … »

Je suis abasourdi, choqué d'entendre ce qu'elle a vécu, surpris du courage dont elle a fait preuve pour s'en sortir malgré tous les obstacles, incrédule face à cette folie et au désespoir qui l'ont poussé à commettre ces actes.

E « Qu'est-ce que tu veux de moi Bella ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? »

Je me relève et tente de reprendre le dessus, voulant lui faire comprendre mes vœux

B « Rien Edward … J'ai juste besoin de te savoir près de moi, j'ai besoin de ta présence … rien de plus … »

De nouveau, il me prend dans ses bras, m'enveloppe de sa douceur, de sa chaleur, m'apporte cette douce sensation de sécurité

B « Je ne suis pas venue par intérêt Edward … Tu es la seule personne en qui j'ai confiance … tu es la seule personne auprès de laquelle je veux être, il n'y a qu'à tes cotés que je me sens bien … »

E « Bella … »

Je me relève et ancre mon regard au sien, brisant mes barrières, le laissant lire en moi

B « Je sais que tu penses le contraire, que tu doutes de moi … Tu as toutes les raisons de douter … Mais je t'assure que je ne pensais pas un mot de ce que je t'ai dit à l'hôpital … Alec menaçait de s'en prendre à toi et à Lola si je ne te faisais pas fuir … Il avait son arme … Tout ce que j'ai pu faire, ou dire, c'était pour vous protéger tous les deux … Je n'avais aucune autre motivation... c'est tout ce que je voulais … vous protéger … Je sais que je m'y suis mal prise mais il faut que tu me crois Edward … j'avais peur pour vous deux … Je ne voulais pas te faire de mal … je ne voulais pas qu'il arrive quoi que ce soit … »

Enfin je retrouve ce regard tendre, vrai, celui dans lequel je me suis perdu il y a presque un mois. Ce regard honnête, triste mais déterminé, ce regard dans lequel je peux lire. Ces miroirs remplis d'amour qui reflètent son âme. Je ne quitte pas ses yeux, reste immobile et silencieux

B « Edward dis quelque chose … »

Je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi faire. Tout ce que je trouve pour briser le silence est une phrase idiote, dénuée de sens, incongrue face à la situation

E « Tu trembles … Tu vas attraper froid … Prends mon peignoir … Je vais faire du chocolat chaud. »

Je me relève et sors de la salle de bain, me sentant ridicule au possible. Ayant cette désagréable sensation d'impuissance face à ce qu'elle m'a avoué ce soir.

Tout refait surface, je n'arrive plus à lui en vouloir maintenant que je connais la vérité et pourtant je n'arrive pas à lui dire. Je ne trouve pas les mots, je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment l'aider, j'ai peur de la suite des évènements, j'ai peur pour elle, pour nous, pour elles deux … Je ne sais même pas ce qu'elle pense faire maintenant. Je ne sais même pas ce qu'il faut que je fasse …

Ses paroles raisonnent inlassablement, je ne fais qu'imaginer les scènes et pourtant, déjà, elles sont insoutenables. Même si ces actes auront de graves conséquences, je ne peux m'empêcher d'admirer autant de courage et de sang froid. Car oui, pour moi, elle a fait preuve de sang froid. Jamais je n'aurais eu cette retenue. Moi, assistant à la scène, je ne m'en serais pas arrêté à une balle dans la jambe. Je l'aurais fait souffrir, il aurait payé pour ce qu'il lui a fait … Puis Je l'aurais achevé, sans aucun état d'âme.

Si la vie est mal faite, la justice le sera encore plus. Elle subit depuis des années des attaques en tout genre. Ils ont attenté à sa vie plus d'une fois, il a tenté de la violer, de la tuer … et pourtant c'est elle qui sera accusée, pour avoir osé se défendre, pour s'être enfuie afin de protéger sa vie et celle de sa fille. Si rien n'est fait, elle sera sur le banc des accusés alors qu'elle n'a toujours été que sa victime …


N'hésitez pas à me faire part de ce que vous pensez !