Chapitre 29 : Un malheur ne survient jamais seul

Mettant sa main en visière, Shinon plissa les yeux et laissa échapper un " Tss " agacé en voyant l'étrange halo engloutir tout ce qui se trouvait sur son passage, sans compter qu'il semblait s'agrandir de minutes en minutes. Et nul doute qu'à ce rythme, il serait bientôt sur eux. Délaissant sa branche, l'archer d'élite se laissa tomber au sol, se réceptionna sans mal et se dirigea d'un pas hâtif vers Soren qui discutait avec le prince des hérons.

- Nous ferions mieux de partir d'ici au plus vite, lança-t-il. Sauf si tu as envie de mourir désintégré, bien entendu.

- Depuis quand est-ce toi qui donne les ordres ? fit le sage d'un ton sec.

Ils se foudroyèrent du regard sous la mine abattue d'Ely qui espérait intérieurement que la relation entre ces deux là s'améliore avec le temps. Ryo posa une main sur son épaule pour la réconforter un peu et la jeune fille le remercia d'un sourire.

- Je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour se quereller, intervint Yuko en les fixant d'un air agacé.

- Yuko n'a pas tort, admit Ranulf.

- Bien, alors quelle est votre proposition ? s'enquit Haar en se tournant vers elle.

- Je n'ai pas dit que j'en avais.

- Et que fait-on pour le roi des corbeaux ? lança Ulki.

- Qui nous dit qu'il n'est pas déjà mort ? dit Tanith en les rejoignant.

- Cela m'étonnerait beaucoup, déclara Jill. N'êtes-vous pas d'accord avec moi, monsieur Haar ?

L'interpellé tiqua une nouvelle fois à l'appellation, mais s'abstint de toute remarque.

- S'il est vraiment mort, intervint Janaff. Je ne pense pas que beaucoup le regretteront.

- Janaff ! le rappela à l'ordre Ulki.

Le Laguz faucon se contenta de hausser les épaules d'un air désinvolte.

- Désolé.

- Naesala n'est pas mort, dit calmement Reyson. Je suis persuadé qu'il est encore en vie.

- Si vous le dites...

- Janaff, lança froidement Ulki, menaçant.

- D'accord, je me tais, fit son ami.

Restés à l'écart, Ilyana, Zihark, Mist, Kleith, Mia, Lara et Stefan les regardaient discuter de loin.

- J'ai comme l'impression qu'ils n'ont pas l'air d'accord, constata Lara d'un ton posé.

- Si Shinon et Soren parviennent à se mettre d'accord, crois-moi Lara, ce sera déjà un exploit, affirma Mia dans un sourire.

La jeune femme aux yeux de glace lui adressa un regard étonné.

- Tu ne me considères plus comme une ennemie ?

- Tu nous as aidé pendant la bataille. Tu es l'une des nôtres à présent.

Mist appuya les dires de son amie d'un hochement de tête tandis qu'Ilyana échangeait un regard inquiet avec Zihark.

- Penses-tu que ce soit la fin ? murmura-t-elle en cachant maladroitement les tremblements de sa voix.

- Tout ira bien, la rassura le bretteur. Je resterai à tes côtés. Toujours.

Ils échangèrent un baiser.

Pestant et jurant, Kleith, quant à lui, faisait des va et vient à n'en plus finir sous le regard pour le moins attentif de Stefan.

- Tu comptes poursuivre ton petit manège jusqu'au coucher du soleil ?

- A ce rythme, je ne pense pas que nous aurons l'occasion de contempler le coucher du soleil, rétorqua vivement Kleith, sauf si...

- ... nous utilisons le médaillon ? compléta le bretteur aux cheveux verts.

- C'est le seul moyen ! s'emporta Kleith en s'arrêtant brutalement.

- Je te rappelle tout de même que c'est Soren qui l'a en sa possession.

- Dis-lui de nous le rendre.

- Parce que tu penses sérieusement qu'il va m'écouter ? C'est à peine s'il me fait confiance, Kleith. Et de toute manière, il est hors de question que tu l'utilises.

Kleith le saisit par le sol, le regard orageux.

- Emeline ne me le pardonnerait jamais si je laissais tout le monde mourir.

- Emeline, hein... ? répéta-t-il lentement. Tu as bien changé, Kleith.

Agacé par son attitude, Kleith le relâcha et se remit à faire les cent pas. Quelques minutes plus tard, il s'arrêtait de nouveau pour observer au loin. Le halo écarlate avait encore pris de l'ampleur. Emeline détenait-elle donc pareil pouvoir ? Allait-elle bien au moins ? Serrant les poings à s'en blanchir les jointures, il jeta un dernier regard à Stefan avant de se diriger d'un pas vif vers l'autre groupe. Sans même s'excuser, il se fraya un passage parmi la foule, écarta l'archer d'élite sans ménagement et saisit Soren par le col. Ce dernier lui lança un regard noir.

- Je te conseille vivement de me relâcher si tu ne tiens pas à te prendre un sort de vent dans la figure, dit-il sèchement.

Faisant fi de sa menace, l'épéiste prit la parole :

- Rends-moi le médaillon.

A ces mots, Yuko fronça les sourcils et s'apprêta à intervenir, mais la main de Ranulf qui se posa subitement sur son épaule l'incita à demeurer à l'écart.

- Et pour quelle raison te le remettrais-je ? s'enquit le sage en fronçant les sourcils.

- Le sort de Tellius dépend de ce médaillon, expliqua le plus calmement possible Kleith.

Mais personne ne fut dupe, il bouillait littéralement de rage, d'inquiétude et de nervosité.

- Soren, je pense que tu devrais le lui donner, intervint Ely, sérieuse pour une fois.

- Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis ! lança Soren d'un ton ferme.

La jeune fille se contenta de baisser les yeux tandis que Ryo lui serrait une nouvelle fois l'épaule pour la réconforter tout en adressant un regard réprobateur au stratège qui préféra ne pas en tenir compte.

- Je n'aimerais pas alourdir l'atmosphère, commença Jill, mais le halo se rapproche de plus en plus. Alors vous feriez mieux de trouver une solution et vite !

Tanith se tourna vers le prince des hérons.

- Votre magie seid pourrait-elle nous être d'une quelconque utilité ?

Reyson ferma les yeux et hocha négativement la tête.

- Je crains bien que non. La magie seid est puissante, mais je doute que la mienne puisse rivaliser avec cette... chose.

- Alors nous sommes dans une impasse, conclut Haar d'un air ennuyé tout en caressant distraitement le museau de sa wyverne.

- Nous pouvons toujours fuir comme l'a proposé l'humain, fit Janaff.

- Impossible. Nous ne sommes pas tous dotés d'ailes, Janaff, lui rappela Ulki. Et de toute manière, il n'y aurait aucun endroit où nous pourrions nous réfugier.

Mia s'avança dans leur direction en compagnie du bretteur aux cheveux verts.

- Alors, ça avance cette discussion ? demanda Mia.

- Je dirais plutôt qu'elle stagne, répondit Ranulf dans un sourire.

- C'est pourquoi j'ai besoin du médaillon ! s'emporta Kleith en fusillant Soren des yeux.

S'écartant de Ranulf, Yuko se rangea aux côtés du bretteur.

- Tu penses que c'est vraiment une bonne idée ? souffla-t-elle.

- Non, répondit-il instantanément. Mais tu connais Kleith... il est borné.

- Oui, mais tout de même. On ne connaît que très peu de choses sur ce médaillon. Qu'adviendra-t-il si sa puissance devient démesurée, voire même hors de contrôle ? Sans compter qu'il faudra obligatoirement payer un tribut. Est-ce que Kleith est au courant de tout ça ?

Le guerrier se contenta de hausser les épaules.

- Tu comptes le laisser agir ? poursuivit Yuko.

- Non. Marwin a bien précisé que ce médaillon ne devait jamais être utilisé.

- Qu'est-ce que vous chuchotez tous les deux ? lança Mia en leur lançant un regard soupçonneux.

- Rien de bien passionnant, assura la Marquée. Nous discutions de lances et d'épées.

Mia arqua un sourcil.

- Dans un moment pareil ?

Yuko ne répondit pas et se dirigea vers Kleith. Silencieuse, elle le tira en arrière, l'obligeant ainsi à lâcher le stratège.

- Arrête ça, Kleith, ça ne sert à rien. Nous allons trouver une autre sol...

- Nous n'avons plus le temps pour ça ! s'exclama-t-il.

Enervé, il se dégagea brusquement de la poigne de la Marquée et se précipita vers le campement. Rapidement, il entreprit de fouiller les affaires du stratège lorsque ce dernier fit irruption dans la tente, un tome de vent dans les mains. Le combattant porta aussitôt la main à son épée et la tira lentement du fourreau afin de la brandir devant lui.

- Si possible, j'aimerais que nous ne nous affrontions pas. Le moment est vraiment mal choisi.

Le sage esquissa un pas en avant, l'épéiste s'apprêta à bondir. Mais à sa grande surprise, Soren fit disparaître son tome de vent, le dépassa, saisit le sac de Shinon, plongea la main à l'intérieur et en ressortit la petite boîte contenant le fameux médaillon.

- Je te le donne à une seule condition, dit-il froidement. Réponds à cette question : à quoi sert-il exactement ?

Kleith se pinça la lèvre inférieure. Marwin avait interdit aux Marqués de révéler la moindre information là-dessus à un étranger, mais Soren n'en était plus vraiment un désormais. Et de toute manière, il avait déjà brisé bien des interdits alors un de plus ou un de moins ne ferait pas de grande différence.

- Il réalise les vœux. Tous les vœux.

Soren fronça les sourcils.

- Et d'où tire-t-il son pouvoir ?

- Je l'ignore.

- Bon, de toute manière c'est ça ou la destruction du continent, grommela-t-il. J'imagine que le choix ne se pose pas.

Sans un mot, il quitta la tente bientôt suivi du Marqué. Ce dernier ouvrit la boîte et s'empara du médaillon étincelant. Il le contempla un instant et s'apprêta à penser au vœu qu'il souhaitait voir se réaliser lorsqu'un Laguz panthère se jeta sur lui, les crocs découverts. Trop surpris pour réagir, l'épéiste lâcha le bijou par inadvertance, bijou qui fut aussitôt ramassé par Stefan. Rageur, Kleith essaya de se dégager, mais l'animal le maintenait fermement au sol, lui coupant presque la respiration. Soren se tourna vers le bretteur.

- Qu'est-ce que ça signifie ?

- Le médaillon ne doit pas être utilisé. C'est l'une des règles primordiales chez les Marqués, annonça-t-il tranquillement.

- Alors tu préfères voir le continent détruit ? Si c'est le cas, alors tu n'es rien d'autre qu'un ennemi.

- Me considères-tu comme tel ? fit-il, amusé.

- Je savais bien qu'on ne pouvait pas te faire confiance, grogna-t-il en s'emparant de son tome de vent.

Les autres se précipitaient déjà dans leur direction.

- Eh, que se passe-t-il ici ? s'enquit Haar.

- Vous croyez vraiment que c'est le moment de vous battre ? fit Jill, désapprobatrice.

Ely esquissa quelques pas et se plaça entre les deux opposants. Sans daigner jeter un œil à Soren, la Marquée tendit la main vers Stefan, paume ouverte.

- Donne-moi le médaillon.

Tous suivaient l'action en silence, certains étaient surpris, d'autres semblaient plongés dans une incompréhension des plus totales.

- Ely, sois raisonnable.

- Je me fiche des règles qu'a bu élaborer grand-frère à ce sujet, continua-t-elle en éludant sa remarque. C'est Tellius qui est en jeu cette fois et tous ceux qui y vivent. Et si nous avons les moyens d'empêcher ça, alors nous...

- Tu ignores les ravages que cela pourrait causer. Après tout, ce médaillon tire son pouvoir du néant.

- Nous ne perdons rien à essayer !

Stefan émit un soupir.

- Kleith et toi êtes vraiment des gens bornés.

Ely se renfrogna et fit la grimace.

- Je ne suis pas bornée.

Amusé, le bretteur s'avança vers elle et lui ébouriffa les cheveux.

- Bien, je vais m'en charger, conclut-il.

Kleith cessa de remuer pour échapper à l'emprise du Laguz panthère et lui lança un regard médusé. Etait-il en train de plaisanter ?

- Tu as compris quelque chose à ce qu'il s'est passé toi ? s'enquit Janaff en se tournant vers Ulki.

Celui-ci resta silencieux au grand désespoir de son ami. Yuko, quant à elle, grogna encore un peu avant de libérer Kleith et de reprendre sa forme humaine.

- S'il arrive quelque chose de grave à Stefan, murmura-t-elle à l'adresse de Kleith, pense bien que j'aurai beaucoup de mal à te pardonner.

- Je ne lui ai rien demandé ! s'emporta-il, agacé d'être accusé si injustement.

- Et pour qui crois-tu qu'il fasse ça ? Il veut t'épargner les conséquences que tout ceci pourrait avoir.

- Quelles conséquences ?

Le regard de Mia était grave, mais Yuko ne s'y trompa pas. Au fin fond de ses prunelles luisaient une terrible appréhension ainsi qu'une terrible inquiétude. Elle avait peur, peur de le perdre.

- Je suis sûre que tout ira bien, Mia, la rassura la Marquée.

- Comment peux-tu en être certaine ? persista l'épéiste.

La guerrière se retourna vivement et ancra son regard dans celui de la jeune femme aux cheveux mauves.

- Stefan est fort. Plus que tu ne le penses.

Sur ces mots, elle s'éloigna tandis que Mist, Ilyana, Lara et Zihark se rapprochaient du groupe.

Le bretteur du désert s'apprêta à se détacher de la foule lorsqu'une main se referma sur son bras gauche, l'arrêtant dans son mouvement. Étonné, il se retourna pour croiser le regard inquiet de Mia. Refermant ses doigts sur le médaillon, il glissa sa main libre dans les cheveux de la jeune femme pour la calmer un peu.

- Tu ne devrais pas t'en faire comme ça, murmura-t-il. Après tout, je ne suis qu'un Marqué.

Mia tiqua à ces mots.

- Tu sais très bien que je n'ai que faire de ta condition. Tu es bien plus que ça pour moi, Stefan.

- Ne joue pas avec le feu, tu pourrais très bien le regretter, l'avertit-il.

- Ou pas, conclut-elle dans un sourire en s'emparant de son visage pour presser ses lèvres contre les siennes.

Trop surpris par son acte, le bretteur ne put que répondre à son baiser tandis que Yuko souriait en les regardant, attendrie.

- On peut dire qu'ils auront mis le temps, commenta-t-elle, sourire aux lèvres.

- Et toi, quand est-ce que tu te déclares à Ryo ? s'enquit Ely en surgissant de nulle part.

- Comment une chose aussi petite peut-elle être aussi agaçante, hein ?

- C'est dans ma nature ? proposa la jeune fille aux cheveux sable, les yeux rieurs.

Mia s'éloigna quelque peu et le poussa en avant, sourire aux lèvres.

- Allez va. Sauve le continent et essaie de me revenir en un seul morceau.

Le bretteur acquiesça d'un hochement de tête et prit soin de mettre un peu de distance entre lui et le groupe. Il ouvrit les doigts, tendit sa paume ouverte devant lui et formula mentalement son souhait. D'abord rien ne se produisit. Puis ce fut le noir. Le noir complet. Comme si plus rien n'existait, comme s'il était englouti... dans le néant.

Ils se battaient tels de beaux diables, résistant à leurs assaillants avec brio et ténacité. Un nouveau sort de feu fusa à travers le couloir et percuta un Laguz oiseau au plumage doré en pleine poitrine. Marcia fit tournoyer sa lance entre ses doigts et empala un Beorc tandis qu'Astrid achevait un autre Beorc encapuchonné, d'une flèche dans la carotide. Loin d'être en reste, Nephenie parait, attaquait, esquivait avec habileté et souplesse alors que Sothe s'appliquait à exécuter sa danse de la mort, silencieuse, mais atrocement meurtrière. Rhys, quant à lui, s'affairait à soigner tout ce beau monde tout en essayant d'être hors de portée de leurs ennemis, chose difficile lorsque le lieu de combat s'avérait aussi exigu.

- Qu'avez-vous fait de Muarim ? s'écria Tormod en assommant un ennemi trop pressant à l'aide de son tome de magie.

Leur progression était lente et difficile. Il fallait dire aussi que leurs ennemis ne leur facilitaient pas la tâche.

Tessie se dressa subitement devant eux, flanquée de Kyle et d'un autre Beorc.

- Cessez donc de résister. Cela ne m'amuse plus. Pourquoi ne vous rendez-vous pas compte que vous n'avez aucune chance de sauver votre ami, de sortir d'ici ou d'empêcher la destruction de ce continent ? Peut-être devrais-je vous tuer maintenant après tout.

La main de Kyle se posa sur son épaule, l'empêchant d'avancer.

- Ils seront utiles au sacrifice, Tess. Ne va pas tout gâcher.

- Ils ont tué ma sœur, se sont échappés, alors laisse-moi au moins les amocher un peu. Leur casser un ou deux membres devrait leur faire comprendre la souffrance que je peux ressentir en ce moment-même.

- Le chef ne le voudrait pas, insista l'archer.

- Eh bien il a tort ! s'emporta-t-elle en se dégageant brusquement de sa poigne pour s'élancer vers Nephenie.

Néanmoins surprise, le hallebardier parvint tout de même à parer à la hâte l'offensive en faisant tournoyer sa lance. Astrid vint aussitôt à sa rescousse, banda son arc et tira. Tessie esquiva sans mal le trait et enchaîna les coups à une vitesse effrenée, obligeant Nephenie à reculer sous l'effort.

- C'est assez ! rugit une voix.

La scène parut se figer.

- C'est moi ou j'ai l'impression qu'on s'est transformé en statues de glace ? lança Tormod dans un sourire.

- Je ne crois pas que le moment soit très approprié pour plaisanter, commenta Marcia.

- Tu peux bouger Rhys ? s'enquit Astrid.

- Non.

- Tu peux faire quelque chose pour remédier à cette situation ? Il y a bien un sort ou...

- J'ai déjà essayé, l'interrompit-il. Mais ça ne fonctionne pas.

- Maître, je... commença Tessie.

- Silence ! tonna de nouveau la voix.

Pétrifiée de peur, elle se tut instantanément tandis qu'une personne encapuchonnée, plus imposante que les autres, s'avançait.

- Je suis enchanté de faire votre connaissance, Tormod, Astrid, Sothe, Marcia, Rhys.

Le voleur plissa les yeux. D'où connaissait-il leur identité ?

Lentement, l'inconnu fit glisser la capuche qui le recouvrait, libérant une masse de cheveux noirs attachés en catogan. Ses yeux brillaient tels deux rubis, son visage était taillé à la perfection et une tache sombre ornait son front.

- Je m'appelle Nephèse. J'ai beaucoup entendu parler de vos exploits à Goldoa.

- Goldoa ? répéta la cavalière pégase, incrédule. Vous venez de la patrie des Laguz dragons ?

- Mieux que ça, Marcia. Je suis un Laguz dragon. Puissant qui plus est.

- Je ne comprends pas, déclara Astrid. Cette patrie n'est-elle pas censée demeurer neutre ?

- C'est bien pour ça que je suis parti. Deghinsea prône la neutralité, mais les Laguz dragons sont nés pour régner sur Tellius. Les Beorcs ou ces maudits sangs-mêlés n'y ont pas leur place. Alors il est temps de tout recommencer à zéro. Et vous allez m'aider dans cette entreprise.

- Dans vos rêves ! s'emporta Tormod.

- Ton ami est mort. Plus rien ne te retient en ce monde, petit mage. Une nouvelle ère commence. Et vous n'en ferez pas partie.

Nephèse relâcha la pression qu'il exerçait sur l'ensemble du couloir grâce à sa magie.

- Emmenez les à la salle du sacrifice. Cette fois-ci, ils seront exécutés dès le lever du jour. Je ne tiens pas à ce qu'ils s'évadent de nouveau. Il est temps pour moi de revêtir la couronne qui jusque-là m'a toujours été refusée, même si pour cela Tellius doit périr dans les flammes pour mieux renaître.

Il n'en fallut pas plus à Sothe pour s'élancer dans sa direction, une dague effilée dans la main, mais Nephèse le repoussa sans effort. Ce fut ensuite au tour de Tormod de se jeter avec rage sur lui, les larmes mouillant ses joues, mais une lame de vent le projeta violemment en arrière. Le sage à l'origine de cette attaque s'avança et retira sa capuche d'un geste leste. Aucune étincelle ne brillait dans son regard, il semblait vide et terne.

- Bastian, mais enfin, n'étais-tu pas censé être auprès de la reine Elincia ? lâcha Rhys, pour le moins choqué.

- Je ne connais personne de ce nom là.

Prononçant une nouvelle incantation, une tornade de vent jaillit de nulle part et envoya violemment nos amis au sol.

- Bon sang, que lui ont-ils fait, et d'où vient cette puissance ? maugréa Nephenie en se redressant tant bien que mal.

Tremblant de tous ses membres, Tormod se redressa à son tour, le regard orageux.

- Je ne leur pardonnerai jamais. Je vais les massacrer ! s'écria-t-il, fou de rage, en s'élançant une nouvelle fois dans leur direction.

- Ne fais pas ça, Tormod ! s'exclama Rhys en essayant de le retenir.

Trop tard. Déjà la lame de Tessie s'enfonçait dans l'abdomen du mage et en ressortait, maculée de sang. Les cris moururent dans les gorges de nos amis alors que Tormod s'écroulait face contre terre, telle une marionette désarticulée. Le silence s'abattit sur l'assemblée, bientôt interrompu par le rire victorieux et hystérique de Tessie. Nephèse ne daigna même pas accorder un regard au corps transpercé du mage.

- Il était trop faible de toute manière. Son sacrifice n'était pas primordial. Débarrassez-vous de lui et faites ce que vous avez à faire.

Sa voix était autoritaire et ne souffrait aucune réplique.

- Inhumain, songea Marcia alors que les larmes dévalaient sur ses joues.

- Sans cœur, se dit mentalement Astrid.

Kyle esquissa un pas en avant pour s'emparer du corps de Tormod, mais Sothe était déjà sur lui. Sans un mot, il lui trancha net la carotide et fusa sur Tessie avec laquelle il engagea un duel des plus acharnés. Animés par la rage, Marcia, Astrid, Nephenie et Rhys se jetèrent également à corps perdu dans la bataille, se déchaînant comme des lions et ignorant la fatigue ou les blessures qui les tiraillaient de toute part. Ils luttaient pour leur survie, pour leur camarade tombé au combat, pour Tellius. Ensemble jusqu'au bout. Tous réunis pour les mêmes causes. Ils combattaient. Peut-être que la fatigue aurait raison d'eux, peut-être qu'ils finiraient par s'écrouler, peut-être même qu'ils mouraient, mais peu leur importait. S'ils ne pouvaient vaincre alors ils se battraient encore et encore, allant même jusqu'à dépasser leurs propres limites. Tout n'était pas encore perdu. Un miracle pouvait encore survenir.