Chapitre 28

Edward

Il est une heure du matin et je suis en pleine introspection. Je devrai dormir, c'est certain mais je tourne en rond dans ma tête. Ouais c'est débile comme expression mais c'est à l'image de ce que je suis en train de faire. Même quand je dors de toute façon mon cerveau n'est jamais vraiment au repos.

Ma main passe sans relâche sur l'arrondi parfait du cul de Bella moulé à mes hanches. En temps normal, je déteste dormir à poil mais je ne vais pas me priver de la peau de Bella contre la mienne. Elle est trop douce et c'est trop rare de l'avoir plusieurs heures contre moi.

Je regarde le plafond, il ne fait pas aussi sombre qu'il le devrait parce que les lumières de la piscine en contrebas éclairent un peu la pièce. Je n'ai pas trouvé l'interrupteur pour les couper quand je suis descendu fermer les baies vitrées et mettre l'alarme. Bella voulait le faire mais je m'en suis galamment chargé après m'être assuré auprès d'elle que Jasper ne reviendrait pas et qu'on se soit mis d'accord pour que je passe la nuit ici, dans son lit, comme son petit ami le ferait naturellement.

Sauf que je ne suis pas son petit ami, elle n'a même plus l'âge d'avoir un petit ami d'ailleurs. Alors je suis quoi ? Un compagnon, un conjoint, un ami avec avantage ? Je ne sais pas vraiment comment je dois me sentir, je suis un passe temps ? Un défouloir ? Un sex-toy ?

Elle dort profondément maintenant, son corps est lourd et sa respiration lente depuis un petit moment et moi je continue à tordre mon esprit dans tous les sens et toujours pas de réponse.

Je me sens coupable, comme une pute, parce que je profite trop d'elle. J'abuse de son corps, je profite de sa faiblesse, de son manque de relations physiques. Je sais qu'elle ne veut pas vraiment être avec moi, elle a juste besoin d'un homme pour s'envoyer en l'air. Elle ne culpabiliserait pas autant si elle envisageait vraiment une relation avec moi. Elle s'amuse et comme ce n'est pas son genre, ça la fait se sentir mal. Je comprends ça.

Moi aussi je me sens mal, parce que j'adore tout d'elle : sa personnalité, son physique mais aussi sa maison, son job, son argent, sa vie en général. Tout est parfait chez elle, elle est accomplie, riche et vraiment talentueuse. Il y a aussi tous ces petits détails qui me poussent à toujours être plus près d'elle. Elle a un condensé de tout ce que j'aime matériellement parlant. J'aime le luxe qui l'entoure, de ses serviettes éponges moelleuses au raffinement des toiles accrochées aux murs de sa stupéfiante maison.

Je ne me savais pas aussi matérialiste et capable de m'accrocher à quelqu'un pour ces raisons. Ça me fait me sentir merdique, mais je dois bien accepter qu'elle fait briller mes yeux de gamin.

Je veux exactement tout ce qu'elle possède. Je sais que c'est mal !

Je voudrais cesser de penser à ça, mais je n'y arrive pas, même ses draps sont plus doux que la moyenne, le matelas de son lit foutrement confortable et qui a la chance d'avoir pour compagnon d'insomnie le reflet des ondulations d'une piscine à débordement ? Je suis un putain de veinard ! Je sais ça ! Mais je le dois seulement à mon goût prononcé pour le sexe débridé et à mon côté pervers psychotique largement exacerbé depuis que je baise avec elle.

Elle aime ce côté obsédé et déviant chez moi. J'ai toujours été comme ça cela dit même si avec elle j'ai une certaine retenue. Je me force à la traiter avec douceur. Pourtant, dès que je pose mes mains sur elle, dès que je croise son regard, que j'entends sa voix emplie de luxure, je n'ai qu'une envie, la soumettre.

Je dois contrôler son corps, je dois l'humilier, la plier à ma volonté, c'est plus fort que moi. Contrôler cette femme accomplie et forte me fait me sentir puissant. Et cette sensation est grisante. C'est ce qui me fait me sentir mal, Bella mérite beaucoup mieux qu'un gamin frustré capable du pire pour arriver à ses fins.

Heureusement que ce besoin de contrôle se traduit aussi par des gestes gentils de ma part. J'aime lui faire à manger, ranger ses affaires et prendre soin de son corps. Et ce n'est pas une obligation de faire toutes ces choses pour elle, c'est une nécessité. Je me sentirai encore plus mal si je ne pouvais pas veiller sur elle.

Mon caractère protecteur ne cesse de croître à mesure qu'on se rapproche. Plus elle me montre la fille fragile, plus c'est une évidence pour moi de m'occuper d'elle. Je sais qu'elle aime que je sois aussi prévenant. Mes petites attentions la touchent, une fleur, un mot, un petit plat, un massage. Et elle me rend tout ça au centuple en me laissant les clés de son corps. Mais je sens comme un déséquilibre dans la balance, ce que je fais pour elle est tellement peu par rapport à ce qu'elle m'offre. Sa confiance à mon égard ne cesse d'augmenter et je voudrais en être plus digne, je voudrais lui être complètement dévoué. J'y travaille, mais ça reste toujours insuffisant.

Bella se retourne et son corps se serre contre le mien. Mes bras l'enveloppent, comme elle semble le vouloir et mes lèvres se posent instinctivement sur le dessus de sa tête.

-Pourquoi tu ne dors pas ? Chuchote-t-elle en caressant mes pectoraux.

-Je ne suis pas fatigué, dis-je aussi doucement.

-Après tout ce sexe tu n'es pas fatigué ? T'es une machine. Souffle-t-elle en baillant. Mon égo de mec est vraiment flatté mais je ne lui dis pas.

-Et toi ? Pourquoi tu ne dors plus ?

-J'ai mal au crâne et j'ai trop chaud.

-Ce n'est pas en te collant contre moi que tu auras moins chaud, dis-je en soulevant un peu la couette pour exposer ses épaules à l'air.

-Je sais, mais ça me fait me sentir mieux. Elle prend un peu plus position sur moi et son visage se niche dans le creux de mon épaule.

-Je vais te chercher un cachet et ouvrir les fenêtres, ne bouge pas.

Je me décolle doucement de sa délicieuse anatomie et elle n'oppose pas de résistance, elle glisse mollement sur le matelas, à la place que j'occupais.

Je fais coulisser les grandes baies vitrées, la brise salée envahit la chambre, je prends une profonde inspiration, c'est vivifiant. Je contourne ensuite la cloison de verre fumé qui sépare la partie chambre de la salle de bain et j'allume la rangée de spots au-dessus du miroir. Je suis certain qu'elle a des cachets pour la migraine quelque part par ici, c'est une femme. Toutes les femmes ont ça non ? Toutes mes anciennes copines en avaient en tout cas.

Je fouille les tiroirs un par un, du maquillage, des produits pour l'épilation, la manucure, des trucs pour les cheveux. Je trouve mon bonheur tout en bas du meuble vasque, dans le dernier tiroir, je sors la boite en plastique blanche avec une croix verte dessus.

Je l'ouvre très distraitement car mon attention se porte plus loin, sur le fond du tiroir, sur un objet concentrique, lisse, argenté. Un sourire de pervers s'étire sur mes lèvres. Bella est une vraie petite coquine. Je pose la boite de médicaments et j'attrape le sex-toy. Mon visage apparaît déformé sur la paroi miroitante. La lueur de vice dans mes yeux est inratable. Je checke s'il y a des piles dedans et je le mets en route, il émet un petit grondement et je coupe aussitôt. Pas sûr qu'elle apprécie que j'ai trouvé son joujou, mais si elle est d'accord pour jouer avec moi alors je m'en moque.

Si je n'avais pas déjà eu trois rapports sexuels avec elle ce soir, je pense que rien qu'imaginer ce truc en elle pourrait me faire rebander. Mais ce n'est plus le moment alors je le repose avec délicatesse à sa place en notant mentalement de l'utiliser prochainement. Des images salaces vont me hanter jusqu'à ce que j'en aie fait bon usage sur elle.

Je fouille ensuite dans la boite à pharmacie et je prends un tube d'ibuprofène, je glisse deux gélules dans ma main et je range le petit bazar.

-Merci pour la fenêtre, marmonne Bella quand je m'assois sur le bord du lit.

-De rien, tiens, prends ça bébé. Elle se redresse et prend la bouteille d'eau que je lui tends. Elle avale rapidement les comprimés.

-Tu es vraiment adorable, soupire-t-elle en reprenant sa place sur mon torse quand je me recouche. Je caresse ses cheveux, jusqu'à ce qu'elle se rendorme et je finis par enfin sombrer moi aussi.

Je dois rêver de trucs vraiment sales parce qu'aux premières lueurs du jour, c'est une furieuse érection qui me tire de mon sommeil. Je sais que ce n'est pas une de celles que j'ai tous les matins, non, celle-là est franche, bien ferme et même mes couilles semblent dures. Bella a raison, je suis une putain de machine !

Je tente une approche délicate, si je m'y prends bien je pourrai la réveiller lentement et elle pourrait me soulager. Je roule sur le côté et passe un bras sous sa nuque, comme elle me tourne le dos, j'ai juste à me glisser contre elle pour trouver une certaine satisfaction. Ma bite se loge contre ses fesses et j'embrasse doucement son épaule.

-Hum, bonjour ! Souffle-t-elle en s'étirant, ça provoque une délicieuse pression entre mon corps et le sien. Je bouge mes hanches délicatement pour lui signifier ma présence. J'embrasse encore sa nuque.

-Bonjour ma belle, bien dormi ?

-Non, j'ai trop bu hier soir ! Je me sens vaseuse.

Ma libido fait une chute libre.

-De quoi as-tu besoin chérie ?

-Encore un peu de sommeil, marmonne-t-elle. Je ris doucement en déposant un baiser sur son front.

-Je vais faire le petit déjeuner, dors encore, il est tôt.

Elle hoche la tête et enfonce son visage dans l'oreiller. Je caresse son épaule un petit moment. Je regarde ses boucles emmêlées qui ondulent sur sa peau pâle, trop jolie.

Je glisse lentement hors des draps une fois qu'elle s'est rendormie et je prends une douche rapide. Je suis contraint de remettre mes vêtements de la veille même si c'est vraiment quelque chose que je déteste. Ça devrait même me mettre de très mauvaise humeur mais je me dis que ça en valait la peine, j'aime bien la Bella sans pudeur qui ricane et me provoque.

Je sors discrètement de la chambre, à l'affût du moindre bruit. Bella m'a assuré que Jasper ne rentrerait pas mais on ne sait jamais, une dispute avec Alice, un oubli… Je monte sur la pointe des pieds les marches qui mènent au deuxième étage, juste pour vérifier son absence. Par chance, la porte de sa chambre est grande ouverte et aucune trace de mon pote. Je descends au rez-de-chaussée en sautillant et en sifflotant.

Je sais que Bella ne déjeune pas, ou très peu, alors je lui prépare un simple smoothie banane-kiwi et une grande tasse de café. Je dépose une galette de riz enduite de miel près du verre. Je regarde mon plateau quelques secondes, il est naze, je dois trouver une jolie fleur pour agrémenter tout ça mais il est trop tôt pour le fleuriste. Je suis sûr que dehors il doit bien y avoir quelques fleurs, c'est le printemps, il y en a partout. J'attrape des ciseaux et je descends dans le jardin par l'escalier de la terrasse. J'espère que Bella ne m'en voudra pas.

Je trouve mon bonheur le long du mur qui sépare la propriété voisine. Des gros lauriers-roses à fleurs blanches, assez garnis pour qu'une petite couronne manquante ne soit pas choquante. Je secoue la branche en remontant les marches, juste au cas où une bestiole aurait élu domicile au milieu des fleurs. Ça serait dommage que Bella flippe parce qu'elle a une araignée dans son café. Je récupère mon plateau d'une main et je monte doucement dans sa chambre. En chemin je me demande d'ailleurs si elle est phobique des insectes, la plupart des femmes le sont. Je roule des yeux en me demandant bordel pourquoi ça m'intéresse ?

Je pousse lentement la porte et m'arrête au milieu de la pièce après quelques pas sur la moquette. Le spectacle vaut vraiment le détour. C'est magique, Bella endormie, le dos nu, ses cheveux qui s'agitent doucement dans la brise du large qui s'engouffre par la baie vitrée largement ouverte.

Ma belle brune dans ses draps blancs, comme un écrin de pureté autour de cette chose délicate. Je m'enivre de son odeur fruitée qui flotte dans l'air, mélangée aux embruns du Pacifique dont les rouleaux qui s'écrasent sur les falaises résonnent jusqu'ici. La scène est incroyable, stupéfiante, cet endroit est fabuleux et elle en est la reine.

-Bella ? Chérie ? Je m'assois délicatement à côté d'elle et je pose le plateau sur la table de nuit en poussant un peu la lampe design en cristal.

-Hum ?

-Réveille-toi bébé, dis-je en passant ma main sur toute la longueur de son dos, puis je caresse son profil doux.

-T'as monté du café ? Dit-elle doucement les yeux toujours clos.

-Oui et je t'ai fait un jus de fruit. Allez, ouvre tes yeux.

-Il n'y a pas que ça, dit-elle en fronçant les sourcils, je la vois renifler l'air, son petit nez se plisse, sa tête est adorable. Nerium oléander ?

-Quoi ?

-Des lauriers, blancs, ceux qui sont le long du mur de droite dans le jardin.

-Comment le sais-tu ? Dis-je stupéfait alors qu'elle ouvre les yeux comme pour vérifier. Un air satisfait passe sur son visage quand elle découvre la petite plante qui décore le plateau.

-Je connais l'odeur de chaque plante que j'ai mise dans mon jardin.

Elle roule sur le dos et remonte le drap sur elle avant de s'asseoir contre la tête de lit matelassée en cuir blanc. Je prends la petite plante et la renifle.

-Ça ne sent rien ! Je suis sceptique et impressionné par son « flair ».

-Je sais, je t'ai vu les couper en allant à la salle de bain ! Ricane-t-elle, toute fière de sa bêtise.

-Stupide femme ! Dis-je en roulant des yeux. Elle rit de plus belle et je lui colle son café dans les mains pour qu'elle n'ajoute rien. Je déteste qu'on me prenne pour un idiot.

-Edward, chéri, sourit-elle en se tortillant jusqu'à moi. T'es vexé ? Elle frotte son petit nez contre mon épaule et je sens ses seins contre mon bras.

-Non ! Dis-je un peu sur la défensive, mais j'aime qu'elle m'appelle chéri, je crois que c'est la première fois. Alors ça me fait me radoucir et j'embrasse sa tempe comme pour la rassurer.

-Merci pour le petit déjeuner et merci pour la petite fleur, c'est adorable. Tu es parfait. Miaule-t-elle en frottant son visage contre moi.

-Je t'en prie, ce n'est rien, comment tu te sens ? Je cherche son regard et je pousse ses cheveux qui traînent sur sa figure en les coinçant derrière son oreille.

-J'ai mal au crâne, mais ça va. Elle boit une gorgée de café et m'offre un petit sourire.

-Tu veux un cachet ? Je suis déjà debout, prêt à lui ramener ce qu'il faut.

-Oui je veux bien, souffle-t-elle en lâchant ma main qu'elle a agrippée quand je me suis levé, comme si elle avait peur que je parte. Ils sont dans le dernier tiroir, en dessous du lavabo, précise-t-elle. Je suis sur le point de contourner la cloison car je sais parfaitement où ils sont quand Bella m'arrête en criant.

-Non ! Edward Non ! Je me retourne vivement.

-Quoi ?

-Laisse-tomber les cachets. Ses yeux paniqués plongent dans les miens.

-Pourquoi ? Dis-je un peu surpris.

-Ça va le faire ne t'inquiète pas, je n'ai pratiquement pas mal. Elle rougit furieusement et baisse les yeux sur son café. Je sais que quelque chose la met mal à l'aise et je comprends exactement de quoi il s'agit en me rappelant ma rencontre nocturne avec le joujou coquin. Je ricane en m'asseyant près d'elle.

-Quel est le problème Bella ? Dis-je doucement. Elle lève les yeux vers moi et fronce les sourcils, je crois qu'elle ne comprend pas l'apparition de mon ton mielleux. Celui que j'utilise généralement pour la rendre un peu folle quand j'essaie de la tenter avec mes caresses ou mes baisers.

-Je n'ai pas de problème, est-ce que tu as mangé quelque chose ? Tente-t-elle d'éluder et intérieurement ça me fait rire.

-J'ai bu un café, dis-je tout doucement. Tu es sûre que tu ne veux pas un ibupro ?

-Non, non, merci, ça va je t'assure.

-Pourtant cette nuit ça t'a fait du bien. Ses yeux se plantent brusquement dans les miens cherchant quelque chose dans mon regard.

-J'ai pris un cachet cette nuit ?

-Hum oui, je prends sa main et embrasse doucement les jointures de ses doigts. Je suis allé te les chercher, dans le dernier tiroir, sous le lavabo. Je ponctue ma phrase par un haussement de sourcils très suggestif. Elle pâlit réellement et sa bouche s'entrouvre. J'éclate de rire contre sa main.

-Je ne l'utilise pas ! Dit-elle un peu paniquée, c'est un cadeau, un stupide ca…

-Chut bébé ! Je pose mon doigt sur sa bouche. C'est rien du tout, t'as le droit d'avoir ce genre d'objets.

-C'est un truc de perverse. Dit-elle honteuse.

-C'est très coquin oui. J'aime bien, dis-je en me penchant pour embrasser ses lèvres. Je goûte le café sur sa bouche. Elle me regarde avec un grand sérieux.

-Comment se fait-il que tu sois si ouvert d'esprit à ton âge ?

-Je ne comprends pas ta question ?

-Non, laisse tomber, je suis juste surprise que tu ne trouves pas ça étrange, dégoûtant ou vicieux.

-Vicieux ? Bella oui c'est vicieux, mais j'aime beaucoup ça. C'est très excitant de t'imaginer seule avec cette petite chose. A-t-elle un petit nom d'ailleurs ? Dis-je en enlevant la tasse vide de ses mains pour la poser sur la tablette.

-Non pas de petit nom, est-ce important ?

-Évidement, je dois mettre un nom sur le visage de mon concurrent !

-Vous n'êtes pas en concurrence ! Rit-elle en crochetant ma nuque pour m'attirer près d'elle.

-Ah oui ? On devra donc faire équipe ? Bella se mord furieusement la lèvre et ses yeux fuient les miens.

-Tu es beaucoup plus doué que lui, dit-elle en caressant mes petits cheveux à l'arrière de ma tête.

-Hum, pas sûr, il faudrait essayer ! Je ne suis pas contre un plan à trois, est-ce qu'on peut l'appeler John ou Bobby ?

-Il s'appelle Roméo, claque-t-elle avec sérieux.

-Roméo ? J'avale une grande bouffée d'air en explosant de rire. C'est trop classe Bella ! Trop romantique ! Elle me frappe l'épaule pour que j'arrête de rire. Mais j'en suis bien incapable, cette femme est cinglée, mais je l'adore vraiment, beaucoup, trop. Il n'y a que Bella qui peut me faire rire comme ça.

Elle me repousse un peu et attrape son jus de fruit à bout de bras ainsi que la petite branche fleurie. Elle la passe sur son nez en me demandant très sérieusement à présent :

-Est-ce que tu as passé une bonne nuit ? Elle ponctue sa phrase par une petite gorgée de smoothie.

-Je n'ai pas beaucoup dormi mais c'était bien, j'aime dormir avec toi. La discussion à propos de Roméo est close visiblement. Je la regarde inspirer la petite plante, comme pour vérifier qu'il n'y ait vraiment pas d'odeur. Elle contemple ensuite les corolles crème et je me félicite d'avoir vérifié qu'il n'y avait pas de bête dedans car elle la tient très proche de son visage.

-Est-ce que tu as peur des insectes Bella ? Je m'appuie sur mon coude en arrière alors que ma main part explorer ses formes cachées sous le drap.

-Non, pourquoi ?

-Les femmes n'aiment pas ça en général.

-J'aime la nature, les insectes en font partie. Même si certains sont vraiment répugnants. Je n'aime pas particulièrement les voir traîner dans mes affaires, surtout les trucs gluants. Mais je les tolère bien à l'extérieur ! Elle rit un peu avant de reprendre. Bon j'avoue que les très grosses araignées, très velues avec d'énormes pattes elle me « brrrrr ». Bella frissonne réellement en faisant une grimace de dégoût. Généralement, quand un spécimen surdimensionné cavale dans la maison je crie « Oh secours ! ». Jasper s'en charge, il les met dehors. Il n'a jamais eu peur des araignées, je crois qu'il tient ça de son père, Julian n'a peur de rien.

-On a tous une faille Bella.

-Oui, enfin chez Julian mise à part l'impuissance, je ne vois pas ce qui pourrait le terrifier.

Je ris de son sarcasme, c'est amusant de voir à quel point elle peut être venimeuse envers son ex-mari et être aussi admirative et élogieuse en même temps. C'est ce que j'aime chez Bella, elle n'est pas tout blanc ou tout noir, elle a un grand discernement. Même si elle a un bon millier de raisons de lui en vouloir et de dire d'horribles choses à son sujet, elle est quand même consciente des qualités de cet homme. J'adore qu'elle voit du positif dans tout et qu'elle soit aussi aimante, parce que je pense que c'est sa bonté d'âme qui lui permet de faire ça. C'est une qualité rare de nos jours et elle est évidente chez elle. Le fil de mes pensées est interrompu par sa voix contre mon oreille.

-Et toi Edward ? Qu'est-ce qui te terrifie ?

-Je n'ai peur de rien moi, dis-je tout de suite. Elle m'observe profondément, cherchant le mensonge dans le fond de mon regard avec ses grands yeux de poupées, sublimes. J'embrasse ses lèvres en fermant les yeux.

-On a tous une faille Edward, c'est toi qui l'as dit. Elle caresse ma tête. Je me laisse aller contre son épaule.

-Toi ! Dis-je tout aussi spontanément.

-Moi je suis ta faille ? Rit-elle comme si je ne pouvais pas être sérieux.

-Tomber amoureux de toi me terrifie. Dis-je avec sincérité. Mes lèvres se pincent quand je prends conscience que j'ai parlé beaucoup trop vite. Ses doigts se sont figés dans mes cheveux et elle ne respire plus pendant quelques secondes. Quand elle reprend son souffle elle embrasse rapidement mes lèvres.

-Mais ce n'est pas le cas donc tout va bien ! Elle se tortille pour sortir des draps avec empressement. Je lui tends sa nuisette restée au pied du lit en marmonnant.

-Bien sûr, ce n'est pas le cas.

-Merci, sourit-elle d'un air complètement absent, elle enfile son vêtement à la hâte, ses gestes précipités trahissent son malaise.

-Bella ? Je n'ai pas voulu dire que…

-Chut ! Chut ! Elle me fait taire en posant ses doigts sur ma bouche. Je sais ce que tu as voulu dire Edward, n'en parlons pas maintenant. Je sens ses doigts trembler sur mes lèvres.

-Pourquoi ? Pourquoi ne pas en parler ?

-Parce que ça va tout gâcher ! N'en parlons pas Edward d'accord ? S'il te plaît, pas maintenant !

-D'accord, dis-je un peu choqué par sa réaction brutale.

-Ce n'est pas que je ne veux pas en parler mais c'est le dernier mercredi du mois et… enfin bref !

-Quel est le rapport avec le jour de la semaine ?

-On fait les payes avec la compta aujourd'hui, avec toutes les heures que font les gars en ce moment, c'est un vrai casse-tête ! Elle s'éloigne vers la salle de bain et je ne la retiens pas.

-Ce n'est pas Rosalie qui supervise le service du personnel ? J'entends l'eau couler dans la cabine de douche, puis sa voix résonne.

-Si, mais dans l'état où elle se trouvait quand le taxi l'a déposée hier soir, je doute qu'elle vienne au bureau ce matin.

-Je ne l'imaginais pas comme ça !

-Rosalie Mc Carty est pleine de surprises Edward !

-D'ailleurs, cette nuit tu as dis qu'elle savait qu'on se voyait ! C'est vrai ?

-J'ai nié mais elle en est persuadée, je ne pense pas avoir été assez dissuasive, ce n'est pas grave ! Je pensais qu'elle hurlerait sur moi si elle apprenait ça, mais visiblement, pour elle, on ne fait rien de mal. J'ai confiance en elle, elle ne dira rien.

-D'accord ! Bon Bella, il faut que j'y aille, je dois repasser chez moi me changer.

-D'accord ! Crie-t-elle, tu viens me faire un bisou ? Demande-t-elle et j'entends le bruit de la porte de la cabine, le clapotis de l'eau me parvient plus clairement aussi.

-Bella si je rentre dans la salle de bain, je ne suis pas sûr de te laisser en sortir avant deux bonnes heures, il serait plus raisonnable qu'on se voit au bureau ! Rien que de l'imaginer mouillée et enduite de mousse me rend dur alors si je dois aller l'embrasser en plus.

-D'accord ! On se voit au bureau alors !

- A plus tard !

Je quitte la Bipo à la fois lourd et léger, je ne comprends absolument rien à ce qui se passe entre elle et moi mais une chose est sûre, c'est que je m'attache clairement à elle et si elle m'apprécie beaucoup, elle n'envisage cependant rien de plus avec moi. C'est évident, je le savais, mais ça m'embête. J'aimerai qu'elle soit folle de moi ! Je dois pourtant me rendre à l'évidence, pourquoi elle aurait besoin d'un mec comme moi ? Je suis encore étudiant, elle est chef d'entreprise depuis quinze ans ! Ce n'est pas un fossé qu'il y a entre nous c'est un putain de canyon !


Salut les filles,

Un petit mot pour vous dire merci pour vos messages ... je vous adore. Vos avis sont partagés sur Edward, ça me plait! N'oubliez pas que jusqu'ici on voyait Edward avec le filtre du point de vue de Bella, alors vous avez eu un aperçut de lui au travers de la championne du monde de la mauvaise foi... faut se méfier de son avis, cette femme n'est pas très stable! lol!

Bon, petit clin d'œil particulier à EmiM, toujours fidèle au poste ;-).

Merci aussi à Lyra et à Mutine pour leur collaboration sur ce dossier.

A+

SBR