Hello girlz !
Est-ce que je peux me permettre de poster un chapitre après avoir déserté pendant deux mois ! Je suis vraiment désolée, mais mes partiels m'ont vraiment pris beaucoup de temps et je n'avais absolument pas le temps (justement) de me poser tranquilement pour l'écriture de ce nouveau chapitre, malgré tout très bien avancé lorsque je l'ai mis de côté...
J'avoue aussi qu'il s'agit d'un chapitre où les émotions sont horriblement difficile à retranscrire, mais j'espère malgré tout avoir su vous satisfaire lorsque vous arriverez au bout de votre lecture...
Mais avant de vous laisser, je voudrais vous remercier profondément pour vos encouragements et vos reviews...Vous ne savez pas à quel point elles sont importantes pour ma motivation et la qualité du chapitre (ouais, j'essaie toujours de m'améliorer pour que vous ne soyez jamais déçues !)
Vraiment merci beaucoup les filles !
Donc voici le vingt huit chapitre je crois...Bonne lecture et si vous avez le temps et l'envie, dîtes moi ce que vous en pensez ?
PS : je répondrais un peu plus tard aux reviews (ouais, j'avais vraiment envie de poster ce chapitre maintenant ! lol) xoxo
Chapitre 28 :
« Le piège de la haine...c'est qu'elle nous enlace trop étroitement à l'adversaire »
Milan Kundera
07 février 2013 – Phoenix : J-2 avant le procès
Nos bagages récupérés, Jake s'occupa de traîner le chariot de nos bagages alors que je suivais aveuglément mon père qui maintenait ma main fermement dans la sienne. L'aéroport envahi par une trentaine d'appareils photos, Charlie s'évertuait tant bien que mal à garder son calme face aux flashs aveuglants. Il avait toujours détesté de me savoir si épiée et l'avait reproché beaucoup trop souvent à ma mère de m'avoir ainsi exposée. Même si j'avais toujours pester contre l'oppressante présence de ses enfoirés, j'avais toujours essayé de rassurer maman. Je savais que si je me plaignais de notre vie étalée si publiquement, elle quitterait Phil aussitôt.
Étroitement maintenue dans les bras de Charlie alors que nous quittions Sky Harbor, l'étrange et envahissante impression de pouvoir régurgiter à tout moment du sang continua de se faire ressentir. Le trou créait par l'obus de la perte avait finalement réussi à faire fuir le courage que j'avais rassemblé ces derniers mois. Le cœur endolori coincé au fond de la gorge, j'étais prête à le vomir ou l'aider à fuir l'angoisse qui m'habitait depuis notre départ de Seattle. Et cette douleur n'avait rien de comparable avec le fait de se retrouver sous une semi-remorque ou la lame d'un couteau à viande.
Huit jours...
Huit jours, c'était finalement tout ce que j'avais pu supporter depuis la sortie du centre, avant de pouvoir ressentir la douleur me dévorait les entrailles.
Huit jours à ressentir une certaine fierté de m'en être sortie.
Seulement huit jours pour finalement renouer avec mes angoisses chroniques.
Teddy appelé à témoigner dans le rallongement d'une détention, il ne me rejoindrait que ce soir. Et sans lui, j'avais l'impression d'être incomprise, et mentalement de devoir me mettre sous camisole pour ne pas avoir à évacuer toutes ces pensées qui me broyaient de l'intérieur. Il m'était interdit de faire le moindre faux pas devant ceux qui avait tant misé dans ma thérapie, au risque pour moi de me laisser me déchirer silencieusement.
Des questions, encore des questions, toujours des questions.
Les questions m'explosaient les méninges.
Edward...
Avec lui, j'avais le luxe d'être moi même sans le voir me juger ou s'éloigner.
Je ne cessais de ruminer sur la possibilité que finalement tout ne se passe comme nous l'avions prévu. Avant même que nous ne le retrouvions, j'avais toujours pensé que Jesse était un homme inattaquable, trop méticuleux et sûr de lui pour qu'on puisse un jour le foutre toute une vie en cellule. Cet enfoiré m'avait montré son visage pendant près de cinq heures.
Combien de temps avait-il prémédité chaque minute de son massacre ?
C'était insensé, et si foutrement stupide de notre part de parier autant dans ce procès !
Il nous avait anéantis, démolis jusqu'à la moelle, pour s'assurer que nos dires n'aient aucune valeur. Nous n'avions rien de bon à espérer. Ce cirque ne servirait qu'à l'amuser lui, jouir des dégâts qu'il avait causés.
Cet enfoiré pensait avoir plein pouvoir sur la vie, et nous n'étions finalement que ses putains de pantins qui lui servaient à se divertir...
"Je crois que je vais vomir" fus-je prise d'une convulsion
Charlie ordonna au chauffeur de s'arrêter alors que nous abordions une voie rapide. Nous en sortions aussitôt pour que la voiture puisse s'arrêter sur la route qui menait vers les hauteurs. Jake m'aida à sortir et mon ventre ne fit que se vider de notre repas de la veille. Le supplice me nouait toujours les tripes et mon cœur était toujours au fond de ma gorge. Toujours envahie de cette même détresse qui avait suivi les massacres.
Mon père me tendit de l'eau pour me rincer la bouche et nous repartions aussi vite pour l'hôtel.
Ce n'était que le début...
Les mêmes rapaces devant le Hyatt, je fus soulagée de récupérer ma clé à la réception. J'avais besoin de dormir et mes antidépresseurs m'aideraient à me fuir quelques heures. A l'intérieur de l'immense suite, je jetais mon sac à l'entrée après y avoir récupérer le pirate d'Edward et la couverture qu'avait cousu maman de nos souvenirs de vacances. Trois ans sans elle et j'étais heureuse de pouvoir y ressentir encore le mélange de son lait de coco et de son parfum de freesia. La housse dans laquelle je la rangeais y était pour beaucoup. Je les laissais tomber à mes pieds, quand une hallucination voila subitement mon regard.
J'étais pourtant certaine qu'aucune substance quelle qu'elle soit et que j'aurais pu avaler les huit dernières heures, puisse provoquer une telle vision !
Je reculais d'un pas, le regard troublait cette fois par le flot de larmes qui remonta, et mes mains qui étouffaient un sanglot. Je ne pouvais pas m'égarer dans une vision aussi claire.
Pas alors que je m'apprêtais à confronter Jesse.
Pas après les putain de six derniers mois à les combattre.
Pourtant elle était là.
Plus claire que jamais.
Plus puissante que les précédentes.
Malin persécuteur, mon esprit visualisait avec détail ma meilleure amie. Son parfum que je sentais de là où je me trouvais...et...et ses bras qui m'encerclaient solidement les épaules.
"Je suis là ma puce"
Ma dernière hallucination sensorielle orchestrée par cet enfoiré avait pris pour cible Edward. Et aujourd'hui, il n'avait pas choisi sa cible au hasard. Il l'utilisait elle. Celle que je n'avais pas vue pendant près de sept mois, celle que je tentais vainement de joindre pour m'excuser. Il connaissait mieux que quiconque mes faiblesses pour me décimer toujours plus douloureusement. Et malgré l'idée consciente de fantasmer à cette seconde, je ne pus me résigner à l'enlacer à mon tour. J'avais besoin d'elle pour supporter cette énième épreuve, au risque de voir Jesse me l'enlevait brutalement. Je m'allégeais sur son épaule du poids des larmes accumulées ces derniers mois par son absence, plus encore en écoutant encore et encore son répondeur m'annoncer à sa place, que je n'avais plus rien à faire dans sa vie. Éreintée, j'eus conscience quelques secondes d'être transportée, puis de fermer les yeux en ressentant encore ses bras autour de moi.
Perdue dans un brouillard psychique, je me réveillais lorsque je sentis les rayons du soleil venir réchauffer mon bras suspendu au bord du lit. Quelques secondes à réorganiser mes pensées bordéliques et pas très nettes, je relevais les yeux quand j'aperçus les pas de mon père traversaient l'immense chambre pour s'accroupir devant moi. Un sourire étiré dans le coin des lèvres, malgré l'inquiétude qui avait toujours sa place dans son regard, il glissa une main dans mes cheveux pour dégager mon visage.
« J'ai rêvé qu'Angie était là…et qu'elle disait ne pas m'en vouloir…Je sais que je prends le risque que tu me crois encore folle quand je vais te dire ça…mais c'était si intense…J'arrivais même à sentir son parfum »
« Chérie…Angela est vraiment là »
« Papa, tu ne devrais pas alimenter mes délires » me relevais-je, prise d'un léger vertige. « Elle m'en veut et je n'ai plus aucune chance de la revoir »
« Bella »
« Je suis crevée, je crois que je devrais aller prendre une douche avant qu'Erika ne débarque »
« Bella »
« Où est Jake ? »
« Derrière toi »
Je me tournais et bondissais subitement hors du lit en découvrant ma meilleure amie, endormie entre Paul et Jake.
« Angie ! » m'étonnais-je un peu trop bruyamment.
Je lui sautais littéralement dessus, heureuse et soulagée de savoir que je n'avais pas été prise d'un délire hallucinatoire.
« Putain Bells ! » cria-t-elle surprise dans son sommeil. « Qu'est-ce qu'ils ont bien pu te servir dans cet hospice pour que tu sois aussi grosse ! »
« Ta gueule Weber et fais-moi un gros câlin ! »
Je ne m'étais pas égarée dans une énième illusion préoccupante, et je crois que rien que ça finit par prendre le dessus sur ces retrouvailles inespérées. J'étais sous tension, et ces prochaines semaines me serviraient assurément de test postcure, afin d'évaluer les résultats de celle-ci. Retenue dans l'étau désespéré de mes bras, j'avais besoin de m'assurer qu'elle était bien présente dans cette chambre d'hôtel.
« Une minute, je t'en supplie » réclamais-je alors qu'elle tentait doucement de défaire notre étreinte
Je la remerciais alors qu'elle nous balançait d'un pied à l'autre au beau milieu de la chambre. Le temps pour moi de me rendre compte de la réalité de la scène.
« Est-ce que tu as reçu mes messages ? » finis-je par m'écarter pour mieux la regarder
« Tous...J'ai voulu sauté dans un avion quand Jake m'a appris pour ta sortie de cure, mais j'avais encore un tas de formalité à régler pour qu'on accepte ma demande de continuer le reste du semestre à distance, même chose pour Paul »
Je finis par me rendre compte de l'un de mes meilleurs potes, vexé de ne pas l'avoir salué plutôt. Je délaissais Angela, pour le laisser m'engloutir dans son étreinte.
« As-tu réellement délaissé les blondes californiennes pour supporter mes pleurnicheries ! » souris-je en relevant les yeux vers lui
« Faut croire que je suis aussi taré que ça » rit-il en ébouriffant mes cheveux
« Les gars, vous pouvez nous laisser » demanda Angela
Inquiète de cet air si sérieux qu'elle arborait soudainement, je fis signe à Jake et Paul de sortir en même temps que mon père.
« Pourquoi tu ne m'as appelé ? » m'enquis-je de savoir qu'elle n'était là que pour le procès, qu'elle n'était finalement pas prête à me pardonner
« On a pensé avec les gars que ce serait cool de t'en faire la surprise...Ça manquait de te surprendre comme lorsque je débarquais chez toi sans que tu ne t'y attendes »
Je la ramenais à nouveau contre moi pour m'excuser.
« Tu n'es certainement pas celle que j'aurais dû blâmer dans cette histoire, j'ai complètement pété les plombs et je le regrette profondément » reniflais-je contre son cou
« Nous n'avions jamais eu de secret avant que Renée ne parte...Je pouvais comprendre que tu t'éloignes de Charlie ou des gars, mais nous deux, on ne s'est jamais mentis, on s'est toujours parlé de ce qui nous rendait heureuses ou de ce qui nous faisait honte »
« Je sais »
« Je me suis dit que si je te suivais dans les merdes que tu créais avec les autres, j'aurais au moins un minimum de contrôle sur tes limites...et même si je te l'ai toujours caché, j'ai été très déçue quand j'ai appris que tu étais devenue l'une de ses junkies qui se foutent en l'air dans des endroits glauques »
« Je sais » baissais-je les yeux, honteuse d'être descendue si bas
« J'aurais voulu que tu me parles de Masen avant même que tu ne t'engages dans cette histoire »
« Je sais...mais c'était dangereux pour lui, malgré la confiance aveugle que j'avais en toi...et puis, je craignais que tu ne viennes gâcher ce que je ressentais pour lui, pour me rappeler que ce que nous entretenions était illégal »
« Fréquenter ce type n'était sans doute pas une bonne idée pendant ta période probatoire »
« Je n'ai craqué qu'une seule fois » criais-je lassée de devoir toujours me justifier. « Une seule et unique fois » dis-je plus doucement
« Et c'est déjà beaucoup Bells ! » voulut-elle me bousculer en attrapant mes mains. « De la cocaïne à seize ans ! Et je ne parle pas de tes petits extras tout aussi néfastes ! Je pensais que ce bracelet électronique et cette cure t'avaient au moins servis de leçon ! »
« Alors qu'elle était morte depuis à peine 6mois !...Comment peux-tu dire une chose pareille Angie ! »
Personne ne comprendrait décidément...
Elle laissa tomber ses mains, le regard fugitif, consciente de sa maladresse.
« Je suis désolée »
« Je n'ai vraiment pris conscience que tout ça m'était nuisible qu'en quittant l'hôpital en juillet dernier » repris-je en repoussant toute colère tant j'étais à bout de nerfs
« T'y est vraiment entrée sans qu'une quelconque autorité ne t'y oblige ? »
« Je te le jure...je savais que je souffrirais le martyr en abandonnant l'oxycodone et l'alcool, mais j'ai voulu absolument le faire parce que je me suis rendue compte que je vous avais tous troqué pour des choses que je pensais me faire plus de bien que ce que vous étiez capable de faire pour moi, et finalement me rendre compte de mon erreur...Je sais que ça a été long, mais je l'ai fait et j'en suis plutôt fière, parce qu'aujourd'hui je suis déterminée à retrouver une vie saine »
« Comment tu vas ? »
« Bien maintenant que t'es là »
« Imagines un instant que ça ne soit pas le cas »
« Je vais témoigner pour le meurtre de ma mère...J'essaie de faire ces putains d'exercices de self-control que j'ai appris en thérapie...Mais je suis incapable d'occulter la douleur Angie » me plains-je en tirant mes cheveux en arrière
« Qu'est ce qui s'est passé en cure ? »
« Le psy dit que je souffre d'un désordre émotionnel, mon cas est carrément classé dans les personnalités borderline assez complexe, à la limite de la psychose » lui tournais-je le dos, en pouffant de rire.
Avaler que j'étais dérangée restait pour moi encore difficile…
Avaler que sans ces foutues pilules, je pouvais à tout moment perdre tout contrôle…
« Je suis un traitement, mais...tout ce qui se passe, tout ce bordel en moi, je sens que c'est comme incurable »
Parce que malgré le temps, les plaies seront toujours aussi vives…
« Je...Je me sentais comme invincible avant de venir ici, comme prête à démolir ce connard...Mais là, je sais plus, la pute qui le défend va me faire passer pour folle, et si cette salope arrivait à les convaincre que Jesse n'était pas l'homme que j'ai vu violé maman, si elle les convainquait carrément que je sois celle qui ait fait ça...Je veux dire, une vingtaine de pages témoignent de quoi je suis capable quand je suis complètement hystérique »
« Bells »
« Je sais plus » passais-je une main sur mon visage fatigué
« Bells » me rappela-t-elle en attrapant mon visage, pour accrocher mon regard. « Ne t'engages pas sur cette voie, parce que toi et moi savons que ça pourrait réellement te rendre folle !...Tu as été drogué...Droguée et paralysée !...Attachée !...Tu as vu ce connard...Tu as vu ce chien violer Renée, tu l'as vu faire, ne l'oublies pas !...Je t'interdis d'en douter ! Est-ce que tu m'as bien comprise !...Après-demain, je veux que tu regardes cet enfoiré dans les yeux, je veux que tu l'affrontes sans jouer les pleurnicheuses ou les hystériques ! Et je veux que tu décrives chaque geste qu'il a fait pour anéantir Renée, pour l'achever, que tu racontes comment tu l'as vu éventrer Phil lorsqu'il viendra ton tour de témoigner ! Est-ce que tu m'as comprise Swan ? »
J'hochais activement la tête sous mes sanglots apparus pour lui répondre.
Je la contournais et allais récupérer un mouchoir dans mon sac ainsi que mon flacon d'antidépresseurs.
Comment pouvaient-ils croire que je vais bien quand j'ai recours aux sourires et au calme sur prescription médicale...
« Bells » vint me rejoindre Angie dans la salle de bains
Dans le reflet de la glace, elle m'étonna alors qu'elle tendait un paquet rouge vers moi.
« Est-ce que tu ne fêtes toujours pas tes anniversaires ? »
Toujours pas...
« Tu m'as manqué » fut tout ce que je lui dis
Je me retournais et attrapais le paquet que j'ouvrais doucement pour découvrir un album photo.
Pas ça Angie, pas maintenant...
« Elle a peur de son ombre, je m'assois dessus. Elle recopie des sonnets, je télécharge des samples. Elle admire les peintres, je préfère les photographes. Elle ne dit jamais ce qu'elle a sur le cœur, je dis tout haut ce que je pense. Elle n'aime pas les conflits, j'aime que les choses soient bien claires. Elle aime être « un peu pompette », je préfère boire. Elle n'aime pas sortir, je n'aime pas rentrer. Elle ne sait pas s'amuser, je ne sais pas me coucher. Elle n'aime pas jouer, je n'aime pas perdre. Elle a des bras immenses, j'ai la bonté un peu échaudée. Elle ne s'énerve jamais, je pète les plombs. Elle dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, je la supplie de parler moins fort. Elle est romantique, je suis pragmatique. Elle ne peut pas coucher avec un garçon sans être amoureuse, je ne peux pas coucher avec un garçon sans préservatif. Elle a besoin de moi et j'ai besoin d'elle » finis-je par reconnaître l'un des extraits d'Anna Gavalda
« Je trouvais que c'était parfait pour nous résumer »
J'étirais un sourire en feuilletant la première page.
Le mariage de maman et Phil...
« Je ne suis celle qui dit tout haut ce que je pense, celle qui préfère boire, celle qui pète les plombs aussi...oh et je suis loin d'être une romantique » passais-je près d'elle pour rejoindre mon lit
Angie m'y suivit pour que l'on puisse tourner les pages ensemble.
« Tu rigoles, il n'y a qu'à voir la façon dont tu parles de Masen »
« Qui est incapable de coucher avec un garçon sans être amoureuse » lâchais-je l'album pour la chevaucher. « Paul t'a fait avalé que ce serait cool de profiter des avantages d'une sexfriend, et toi tu as accepté aussitôt pensant qu'il finirait par tomber amoureux de toi, comme toi qui est folle de lui »
Je pinçais ses joues pour lui faire remarquer ses rougeurs.
« Tu te souviens de cette conversation que nous avions avec Renée, après tu ais décidé d'offrir ta petite fleur à Jake »
« Non ! »
Je cachais mon visage, honteuse d'avoir été à une époque si influencée par cette dévergondée de Lauren.
« Isabella Marie Swan qu'avez-vous fait ! »
« Elle a tellement été déçu »
« Phil a refusé que tu retournes à Forks pour Thanksgiving »
Au souvenir, nous éclations de rire, interrompus par Charlie qui vint éclater notre bulle pour me prévenir de l'arrivée d'Erika.
Parler d'elle, c'était la faire exister...
Garder en mémoire son visage, le son de sa voix...
Envahie par un léger regain d'assurance, j'allais accueillir mon avocate, chargée de plusieurs chemises en cartons prêtes à craquer. Elle déposa lâchement le tout sur la table ronde du salon, puis vint m'enlacer pour me saluer.
« Comment tu te sens chérie ? »
« Comme veulent que je sois les circonstances »
« Tu verras, tu ne te sentiras jamais aussi forte que lorsque ce bâtard sera déclaré coupable »
« Pas d'espoir Erika » soufflais-je en m'écartant
« N'ai-je pas cessé de raconter ces cinq dernières années à chacun de nos repas de Thanksgiving, le nombre d'enfoirés que j'ai fait condamné à vie ou dont j'ai obtenu une peine de mort…Je sais ce que je fais ma puce…Aujourd'hui, c'est Renée » anticipa-t-elle mes mots alors que j'ouvrais la bouche. « Je sais chérie que nous n'avions jamais pu imaginer qu'elle soit celle pour qui je me bats…mais sois sûre d'une chose, je ne laisserais pas tomber jusqu'à temps que nous obtenions justice » me serra-t-elle contre elle, ses lèvres posées sur mon front
Je l'avais déjà vu dans son rôle d'oratrice pour régler mes précédentes rencontres avec le juge pour mineur. Petit écart dans les procédures criminelles qu'elle préparait. Si déterminée et sauvage. Je n'avais pas à douter d'elle. Particulièrement quand on sait le nombre de procès qu'elle a mené à bien.
Mais c'était maman...et c'était Jesse...
Elle m'invita à la rejoindre à table, où elle étala témoignages et autres déclarations.
« Je vais demander à ce que nous soyons seuls pendant cet entretien Charlie…J'ai besoin que Bella ne soit pas influencée par vos présences à tous » désigna-t-elle du regard mon père et mes amis
« Bien »
Ils décidèrent tous de rejoindre la seconde chambre attribuée à mon père, après que chacun m'ait encouragé.
Les mains tremblantes que je tentais de calmer en triturant mon pull, je ne fus jamais aussi vulnérable devant mon avocate. Je sentais déjà que cet entretien allait être compliqué.
« Est-ce que Noah est avec lui ? » lui demandais-je en faisant référence à son associé, qui s'occupait de défendre le cas d'Edward
« Bella, je ne peux rien te dire »
« Je veux juste savoir si il est là »
« Pas encore » me céda-t-elle après avoir soufflé. « Son vol vient d'atterrir » consulta-t-elle sa montre
« Je ne t'ai jamais demandé comment as-tu su pour...nous ? » demandais-je, curieuse
« A New-York, vos mains sous la table...Est-ce que nous pouvons commencer ? »
« Oui »
« Bien…souffles pour l'instant, je ne compte pas encore te demander de me décrire à nouveau ce qu'il s'est passé cette nuit-là »
« Pourquoi vais-je devoir le refaire ? Tout est dans le rapport du FBI »
Je n'avais aucune envie d'y revenir avant l'enregistrement de ma déclaration publique...
« Oui, mais j'ai besoin que nous y revenions pour revoir quelques détails, rien de préoccupant, je t'assure »
« De quoi allons-nous parler alors ? »
« De ton témoignage vis-à-vis de la relation que vous entreteniez Edward et toi »
« Le parjure me terrifie »
« Tu n'auras pas à parjurer, j'ai préparé ton interrogatoire et je doute que son avocate puisse intervenir après ça…néanmoins, je vais devoir t'attaquer et j'ai besoin que tu puisses être préparé à ça »
« Bien »
...
Les souffles réguliers et le silence retrouvé, je me dégageais doucement du lit où Angie, Jake et Paul s'étaient endormis. Je quittais ensuite la chambre et passais lentement près de Charlie, affalé sur l'un des sofas du salon. Paquet de cigarettes dans la poche de mon jean, j'enfilais mes Converses et l'un des sweat que m'avait refilé Edward puis quittais la suite. J'appelais l'ascenseur et fus surprise d'y retrouver Teddy avec un sac de sport. Il souffla aussitôt en apercevant le sang entaché mon regard. Pas une seule larme n'avait coulé depuis la venue d'Erika, mais j'étais éreintée par cette retenue.
« J'avais juste besoin de prendre l'air » lui assurais-je en rattrapant la cigarette que j'avais coincée derrière mon oreille
« Attends-moi ici »
Il me contourna et je le regardais se diriger vers l'une des chambres du grand couloir où il y déposa son sac. Je rappelais l'ascenseur quand il revint près de moi.
« Est-ce qu'ils sont au courant que tu es sortie ? »
« J'ai laissé un mot...je serais de retour dans une vingtaine de minutes » mentis-je
Dans le hall, une hôtesse vint me prévenir qu'une voiture m'attendait devant l'hôtel. Je la remerciais et sous l'œil interrogateur de mon tuteur, je me dirigeais à l'extérieur pour monter dans la Range Rover, dans laquelle m'attendait le chauffeur qui m'escortait.
« 5868 Calmeback Montain » lui indiquais-je
« Où comptes-tu te rendre ? »
« Si je te le dis, tu lui demanderas de s'arrêter...et j'ai besoin d'y aller »
Je ne sais pas si c'était sa journée qui l'avait épuisé, ou de sentir que la mienne l'avait été tout autant, mais il ne dit rien, se contentant seulement d'envoyer un message pour prévenir Charlie qu'il se trouvait avec moi. J'ouvrais la fenêtre et allumais une cigarette alors que nous quittions rapidement l'hôtel où je vis quelques connards me photographier.
Enfoncée dans mon siège, je lançais « Hometown glory » d'Adèle dans mes oreilles, et profitais de la brise qui fit voler mes boucles.
Il fut un temps où mes caprices de petite princesse avait obligé maman à rouler plusieurs heures en pleine nuit pour m'aider à m'endormir.
Il fut un temps où mes monstres n'étaient pas aussi terrifiant que ceux qui hantent mes nuits aujourd'hui.
Il fut un temps où mes fantômes n'étaient pas à l'intérieur de moi mais une simple déformation d'une branche ou le craquement du parquet...
Traversant les paysages de mon enfance, je retrouvais enfin ces images auxquelles je m'accrochais.
« Maman…maman ! » criais-je en rentrant de Forks.
« Hey jeune fille, qu'est ce qui se passe ? » m'arrêta Phil alors que je cherchais maman dans toute la maison
« Il faut que je trouve maman, j'ai un truc supra hyper important !»
Mon beau-père sourit face à mon excitation débordante, le rassurant par la même occasion.
« Elle est dans le jardin avec ses orchidées »
J'attrapais la main de Phil et le traînait précipitamment à l'extérieur, où maman chantonnait comme à son habitude, les mains dans le terreau de ses plantes. Elle se releva aussitôt pour me recevoir dans ses bras. Si elle tenait à ce que je ne rate tout comme moi aucun de mes rendez-vous avec Charlie, elle détestait malgré tout me savoir voyager seule.
« Hey, quelle est la cause de ce sourire aveuglant »
« Mademoiselle a un truc super hypra important à te dire » imita cet idiot mon excitation, en sautillant sur place
« Je ne fais pas…ça » fis-je aller mon doigt pointé vers lui, de haut en bas. « Et je n'ai pas ce sourire niais » le fusillais-je du regard
« Alors qu'est cette bonne nouvelle ? »
« Je sais que je m'avance un peu…mais, j'en suis sûre et j'ai fait ce rêve cette nuit où mon nom était carrément cité dans le New-York Times »
« Chérie respires et dis-nous de quoi est-ce que tu veux parler »
« De Jane Austen bien sûr, de Shakespeare, Maupassant, Baudelaire…Je veux suivre un cursus à Stanford ! » annonçais-je sérieusement
« Stanford ? » s'étonna maman. « Que fais-tu de ton premier choix pour Harvard »
Je soufflais essoufflée, et allais me poser sur la longue chaise. Tout à coup intimidée de devoir mettre à nu mes sentiments, je fuyais un instant le regard inquiet de maman et Phil.
« Phil…Phil est là maintenant » relevais-je les yeux vers eux. « Je veux dire que maintenant qu'on vit ici, ensemble…on est bien, je me sens bien avec vous deux…et…et je ne veux pas d'une chambre d'étudiante à des bornes d'ici » frottais-je ma nuque, le rouge aux joues, très mal à l'aise
C'était la première fois que j'avouais clairement à Phil, que je l'intégrais dans le top cinq des personnes les plus importantes de ma vie.
« C'est encore un exploit pour Phil Dwyer qui fait carton plein avec les rebelles Swan dans la poche ! » commenta ridiculement mon beau-père
« Phil ! » criâmes à l'unisson maman et moi
Mon beau-père s'approcha pour venir s'assoir près de moi.
« Tu ne penses qu'il est un peu tôt pour que tu y penses maintenant...A onze ans, on n'a des préoccupations beaucoup moins sérieuses que ça…et puis les choses changent, dans quelques années tu claqueras la porte de cette maison en jurant ne plus vouloir nous revoir, tu t'enticheras d'un petit con qui t'éloignera de nous»
Amusée par son air si paternellement sévère, je l'embrassais avant de rejoindre ma chambre pour informer Angie de mon nouveau premier choix.
Tout ça semble si loin.
Aujourd'hui, tout ce qu'il me reste sont l'atroce douleur du manque, les ecchymoses de la colère et les croûtes de chagrins.
Tout fonctionnait avant. Tout était à sa place.
« Tu te fais du mal » me souffla Teddy
« C'est tout ce que je suis bonne à faire » marmonnais-je alors que nous abordions les vallées
Peut-être que je n'étais que du gâchis.
Que je n'étais plus faite pour le bonheur.
Que ma place se retrouvait dans cet enfer qu'était devenu mon univers.
Que la noirceur était là je me sentais le mieux.
Que j'ai fini par apprécier cette douleur lancinante.
Que j'avais fini par apprécier la compagnie de Jesse.
Que j'étais l'une de ces stupides gosses qui aimaient voir son sang jaillir de ses poignets.
Que ça me plaît de flirter avec le danger.
Que les autres avaient raison.
Que je finirais par tomber de la corde sensible sur laquelle je tanguais depuis trop longtemps.
« Arrêtez-vous là » ordonnais-je au chauffeur plusieurs mètres avant notre destination
Je sautais hors de la voiture, suivi de Teddy. Je demandais à l'homme de nous attendre ici.
Ce chemin vers les hauteurs, Phil me l'avait fait remonté des centaines de fois pour brûler quelques foutues calories.
« Peut-être que je ne pourrais jamais tourner la page »
« Simplement parce que tu ne le veux pas » marcha près de moi Teddy
« Peut-être que j'ai creusé beaucoup trop profondément mon trou pour pouvoir remonter » répliquais-je
« Ou que tu refuses d'emprunter l'échelle que nous t'avons envoyé »
J'esquissais un sourire, amusée par sa répartie.
« Tu ne peux pas tout réparer »
Il arqua un sourcil, curieux de savoir ce que je pouvais bien insinuer.
« Tu es quelqu'un de bien Teddy, de profondément bon...Je t'ai vu t'investir bien plus que ce que font certains éducateurs, pour à tout prix réparer ce qu'on fait les enfoirés qui nous ont démolis »
« Bells » voulut-il m'interrompre dans mes louanges
« Laisses moi finir...je sais que tu détestes qu'on fasse l'éloge du beau et fort Teddy Holligan, mais il faut que je te le dise...Je sais à quel point tu es déterminé et résolu à sortir de ma vie quand je serais définitivement débarrassée de toute cette merde...mais, je ne suis pas comme les autres dont tu es occupé jusqu'à aujourd'hui...et je n'ai probablement pas à me plaindre plus que Aly qui a été violé par son connard de père pendant dix ans ou Keira qu'on a foutu sur un trottoir à quinze ans et qui a fini sous amphétamines...mais je ne suis pas comme elles, tu n'arriveras pas à colmater les plaies »
« Et pourquoi pas ? »
« Parce que je suis enchaînée à Jesse, et que je ne pourrais jamais m'en séparer »
« Aucune chaîne n'est indestructible »
« Ta foi en la vie est exaspérante Holligan » ris-je, épuisée de lui faire entendre raison
« J'ai foi en toi et en la nana qui a traversé seule les portes d'un service psychiatrique situé pas très loin, il y a quelques mois »
« Je suis amoureuse d'un connard capable de me faire croire que je suis quelqu'un de bien »
« Pourquoi le décevoir en rappelant tes vieux démons alors ? »
« Parce qu'avec lui je m'éloigne d'elle et je ne veux pas »
« Ton deuil n'est donc qu'une question d'envie ? »
J'expirais bruyamment, constatant que je ne cessais de balloter entre la colère et la résignation.
« Elle s'est battue pour que j'ai une vie à la hauteur de mes rêves »
« Et tu veux aujourd'hui tout foutre en l'air parce qu'elle n'est plus là ! » me coupa-t-il
« Rien n'a plus de sens sans elle »
« Ça en avait il y a encore hier...Tu es encore juste un peu fragile, obtenir la condamnation de Jesse sera peut-être le point final de tout cet enfer »
« Pourquoi ça le serait ? Ça ne me la ramènera pas ! »
« C'est cette vendetta qui te détruit...une fois que tu obtiendras justice, que tu ne seras plus aveuglée par ta vengeance, tu pourras enfin avancer...ça ne la ramènera pas, mais tu l'auras aidé à reposer en paix...Ce n'est pas au final ce que tu crois depuis tout ce temps, que son âme, elle et celle de Phil sont aussi tourmentées que la tienne ? »
Et si vengeance rimait avec délivrance...
« Elle a emmené avec elle tout ce qu'il y avait de bon en moi » lui fis-je face « Je ne suis plus la même et vous vous voilez tous la face en imaginant que je peux redevenir cette gamine invulnérable, et épanouie »
« Bells »
« Je ne suis pas forte Teddy ! Je ne veux pas être forte...je suis cette pétasse qu'est la lâcheté, je trompe mon monde pour pouvoir me cacher et me souiller l'esprit...Je les ai délaissé et je n'ai eu aucun scrupule à les trahir »
« T'es tarée Swan, bipolaire et marginale, tes émotions sont décuplées et tu réagis au quart de tour à la moindre petite tempête »
« Holligan ! » le poussais-je, malgré tout pas outrée
« Un jour tu veux en finir et la seconde d'après tu veux t'installer dans une petite vie tranquille »
« Je fais quoi alors ? Je m'enchaîne dans une cave dès que je me sens vulnérable »
Il passa un bras par-dessus mes épaules et nous reprîmes notre marche.
« Tu gères en te répétant que c'est passager...Rien n'est éternel, les émotions sont éphémères »
Prête à lui répliquer que mon enfer n'avait aucune limite, je m'arrêtais face au théâtre de mes cauchemars.
« Bella ! » me blâma mon protecteur
Les bannières de la police interdisaient toujours l'accès. Je n'avais qu'une hâte c'est que je puisse l'intégrer de nouveau. Me ré-imprégner de la pureté, de la naïveté de ma putain d'enfance que je crevais tant de retrouver. Teddy coinça mon bras dans sa main alors que je m'apprêtais à grimper le portail.
« Non ! »
« J'en ai besoin » le suppliais-je
« Non ! Tu te fais volontairement du mal et tout ça pourquoi ?! »
« Pour confronter cet enfoiré ! Je ne suis qu'une petite gamine qui joue les victimes pleurnicheuses...Je ne veux pas que ça arrive lors du procès, je ne veux pas exposer mes faiblesses à ce bâtard...Et revivre cette nuit-là, ça m'aidera à le confronter, à convaincre le jury »
« Ne comptes pas là-dessus Swan ! Tu ne feras qu'alimenter tes putains de délires psychotiques et ton témoignage n'aura plus aucune valeur PUISQU'ON T'ENFERMERA ! »
« Cette maison m'appartient, j'y entrerais que tu le veuilles ou le non ! » rageais-je contre lui
« J'y mettrais le feu avant que t'y mettes les pieds »
« Je te foutrais un procès au cul ! »
« Je t'en prie Swan, tu tiens trop à moi » haussa-t-il les épaules en pouffant
Profondément fatiguée, je tirais mes cheveux en arrière comme pour chasser mes pensées fumeuses.
Je n'en pouvais plus...
Teddy me relâcha et j'allais m'asseoir sur le carré de pelouse d'une des résidences pour allumer une autre cigarette. Mon tuteur m'en piqua une et retomba en arrière pour s'allonger près de moi. Je l'imitais en rejetant une bouffée, bousculée une énième fois par le souvenir de nos innombrables soirées passées sur la terrasse avec maman ou Phil à discuter projet à la belle étoile.
« Je n'ai pas envie que tu partes » me tournais-je vers mon ami
« Mon boulot est loin d'être terminé »
« Et après ? Tu appelles une fois de temps pour demander quelques nouvelles »
« Swan serais-tu en train de m'avouer que je te manquerais ? »
« T'as raison » relevais-je les yeux vers le ciel sombre mais dégagé. « Je ne suis qu'une putain de tarée...Tu es pire que ce bracelet électronique que je portais avant de te rencontrer »
« Je suis celui qui t'insuffles de l'espoir, un peu de respect petite insolente »
« On a fêté mon anniversaire ensemble » relevais-je le bras pour me rappeler du bracelet en cuir où y était cousu un phénix
« Et Thanksgiving »
« Noël »
« Tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça Swan...je suis aussi coriace que tes démons »
Jour J
« L'homme est le plus cruel de tous les animaux. Il est le seul capable d'infliger une douleur à ses congénères sans autre motif que le plaisir »
Mark Twain
Installée sur une des chaises hautes qui faisaient face au grand miroir de la salle de bains, Chlo tentait de démêler mes cheveux sans trop de perte.
« J'avais oublié la jungle qu'est cette tignasse »
« Cette tignasse t'a manqué » lui affirmais-je. « Je suis sûre que tu te sens totalement inutile et pas du tout créative avec Miley ou Pink »
Dans la chambre, Elena et Lola débattaient sur les dizaines de robes que j'avais apporté, ajoutées à celles que ma styliste avait amené avec elle. Le défi du jour étant de faire une première bonne impression, afin que le jury puisse prendre sérieusement en considération ma plainte, et ne pas se référer simplement à mes frasques judiciaires et mes troubles mentaux. Visiblement, je ne mesurais pas assez l'importance que pouvait avoir la longueur du robe, ou encore sa couleur. Elena se vantait déjà de pouvoir me sauver de mon ignorance. Angie s'était installée sur l'un des lavabos pour me raconter sa vie d'étudiante - simple prétexte pour m'éloigner de mes pensées anxiogènes – tout en vernissant mes pieds. J'avais tout tenté sans succès pour éteindre mes incessantes réflexions. Je m'étais même mise à écouter ces bruits qu'appelait musique Skrillex. En vain. La seule solution pour expulser tout ce bordel cataclysmique fut de me retrouver face à l'un des sacs de sable de la salle de sport de l'hôtel. J'avais insisté pour m'y retrouver seule, afin de pouvoir me relâcher complètement. Évacuer toutes mes pulsions qui me poussaient sans cesse vers des retrouvailles avec mes anciennes habitudes d'alcoolique junkie, et que personne ne puisse s'apercevoir de mes réels états d'âmes toujours si profondément noirs.
Étais-je un cas pathologiquement incurable ou n'avais-je simplement pas finit de guérir ? Je n'en avais aucune idée !
J'avais juste l'impression de me retrouver au même point qu'il y a deux ans. Totalement perdue dans un tunnel dont je n'en voyais pas le bout. Sous mon pull étendu sur mes jambes, j'essayais tant bien que mal de masquer ou au moins de contrôler ces putains de tremblements qui pourraient me trahir. Je ne sais quelle raison parmi les centaines qui me rendaient si nerveuse, laquelle me tiraillaient tant les tripes. Une énième fois, le goût du sang se fit sentir dans ma bouche. Penchée par-dessus la cuvette des toilettes, je n'avais cessé de vomir ces deux derniers jours mon angoisse. Une chute de tension avait même obligé Charlie a appelé un médecin qui m'avait inutilement conseillé de beaucoup manger et de me reposer.
Ouais, quelle bonne idée ! Si seulement je ne m'apprêtais pas à témoigner contre l'assassin de mes parents ! Connard !
J'étais littéralement terrorisée à quelques heures de la première audience, où nous assisterons à la première déclaration publique de Jesse. J'avais...j'avais juste envie de pouvoir m'enfermer dans la salle de bains. Là où je pourrais probablement boire tout le minibar et pourquoi pas m'évader à l'aide des petites fantaisies d'un bon dealer. Je savais que ce n'était pas la meilleure chose que de penser aux bienfaits qui pourraient m'aider à mettre en veille mon esprit...Je ne devrais probablement le faire après six mois d'abstinence...mais...j'avais besoin de tout ce qui pouvait m'aider à me fuir. J'étais fatiguée, complètement éreintée de devoir chaque fois devoir lutter, encore et toujours, contre ce dont j'avais réellement besoin. Quoique qu'on essaye de me faire croire, quoique j'essaie de penser...je n'étais ni digne de confiance, ni digne d'être aimé. La Bella que j'essayais tant d'étouffer au fond de mes tripes, crevait juste d'envie d'envoyer tout foutre en l'air, hurler que je n'avais pas besoin d'eux. Ce n'est pas eux ma famille, c'est elle ! C'est ELLE !
Seulement elle...
Je n'avais pas besoin de leur putain de compassion et puis à quoi bon espérer. Il n'y avait plus rien à retirer de mes cendres.
Ce n'était qu'une question de temps avant que mes fantômes ne viennent me recouvrir totalement de leur enveloppe noire et que je ne sois plus capable de me défendre...
Pour l'ouverture du procès, presque tout le monde était là. Quelques amis de mes parents avaient eu vent de mon lieu de résidence temporaire et étaient venu me rendre visite afin de m'encourager. J'avais la nette impression de revivre la veillée funèbre organisait par mon père quelques jours après mon retour à Forks. Tous là à me dire que j'étais forte et capable d'y arriver.
La compassion était quelque chose de si...ridicule, foutrement énervant !
Mes capacités à convaincre douze jurés de la culpabilité de Jesse, m'importait peu à cet instant. Encore une fois, mon déni refit surface et je ne pouvais acceptais l'idée que je m'apprêtais à témoigner pour le meurtre de ma mère. Son meurtre. Très jeune, je m'étais préparée à l'idée de la perdre. Dans vingt ou trente ans. Le temps que je puisse m'épanouir pleinement grâce à elle. Le temps de l'aimer, puis de la détester, de m'éloigner puis de revenir. Le temps pour moi d'avancer doucement vers la sagesse de l'âge et de pouvoir un soir me poser sur le balcon de ma maison d'enfance, et de tourner les pages remplis de nos souvenirs. Seize années. Seulement seize années. Ce n'était pas assez pour que les souvenirs soient plus nostalgiques que douloureux.
J'essayais de repousser la déferlante de chagrin qui m'exposait à une autre crise de larmes, et un flot de souvenirs déchirants. Les souvenirs de cet enfer, eux sont nets et limpides. Ils s'imposent toujours dans ma tête, pour me vider de mes meilleures années, de mon enfance dont je ne ressens plus la délicieuse saveur de l'innocence. Jesse a tout brûlé, et la volonté de mettre un terme à cet enfer n'était pas assez profonde pour que je puisse définitivement abandonner le passé. Parce que le feu était continuellement là. Parce la haine renouvelle indéfiniment son poison en moi.
Paumée dans les souvenirs d'étudiante d'Angela, je vis celle-ci s'arrêtait, les yeux relevés derrière moi. Je me tournais et loupais un battement alors que Knox, le manager de Phil se trouvait dans ma salle de bains. A l'aube du massacre, mes liens me retenaient toujours aussi solidement d'après la déclaration de Knox et je n'avais pas pu me rendre compte de sa présence alors qu'il se débattait avec les nœuds.
Sans un mot, le regard aussi submergé que le mien, il approcha pour venir me ramener brutalement contre lui.
"Knox, tu vas abîmer tout ce que je me démène à faire" le réprimanda Chlo
Il refusa de me lâcher et je fus tout aussi incapable de m'en défaire. Recluse à Forks, j'avais coupé tout contact avec tout ce qui touchait de près ou de loin à la vie que j'avais avant ces cinq dernières heures. J'avais appris par les médias qu'il s'était lui aussi retirer quelques mois, sévèrement touché par la découverte des cadavres.
"Knox, on va prendre du retard" le rappela ma maquilleuse
Il finit par lui obéir et toujours sans un mot, il m'embrassa le front avant de sortir et de prévenir mes proches qu'il fumerait une cigarette sur le balcon. Knox été appelé à témoigner dans quelques semaines, pour confirmer mon innocence.
Comme chaque fois que j'y venais, je m'empêchais de penser que ce procès pourrait se retourner contre moi.
C'était juste…insensé !
Perturbée par son arrivée, je me retournais malgré tout vers la glace pour que Chlo reprenne son chignon.
"Bella" m'appela Angie
Je refusais de lui répondre, et ne lutter plus pour m'enfoncer sous ma carapace. Ils n'ont aucune idée des centaines de poignards qui me transcendent les organes à cet instant. Ils s'attendent tous à ce que je raconte ce qu'il s'est passé, sans penser une seule seconde qu'il m'ait impossible de mettre des mots sur ce que j'ai vu.
Est-ce vraiment nécessaire finalement que je m'obstine tant à le voir mourir ? Pouvais-je troquer sa mort pour qu'on me les rende ? C'était absurde !
Chlo donna une dernière touche de mascara à mon regard et je souris à mon reflet. Avec peu de travail, elle avait réussi à effacer chaque cicatrices invisibles aux autres, mais si flagrantes à mes yeux, et qui semblaient comme marquer ma peau des milliards de larmes que j'avais versées. Mes cheveux domptés autour d'un énorme bun, j'étais satisfaite de l'air angélique qu'arrivait à me donner le chignon strict, et le maquillage subtil qui pouvait rappeler mon jeune âge. J'avais trop souvent l'habitude de me croire beaucoup plus âgé. Entre mon arythmie cardiaque, mes souffles au cœur, mon hypertension, et mes délires psychiques, j'étais aussi rouillée que ma grand-mère. Glissée dans une robe en popeline de coton stretch blanc - la pureté incarnée - Lola m'enfila ensuite le petit perfecto pastel très sobre. Je sortais mon pendentif de mon soutien-gorge pour l'exposer par-dessus mes vêtements, avant de me percher sur mes compensées Dior que me laça Angie autour de la cheville. Elena me demanda de faire quelques pas pour mieux examiner l'allure que j'avais. L'accoutrement validé, le retour de Knox vida la pièce.
L'ex manager de Phil s'approcha. Mon regard ancré au sien, je fus submergée aussitôt par le reflet des souvenirs.
L'instant était irréel.
Pareil cauchemar était inconcevable. Intolérable.
Etait-il si facile de basculer du rêve à l'enfer ?
Etait-il si facile de perdre des personnes, des choses qui vous ont forgé ?
Les choses qu'on croit si solide sont-elles finalement qu'éphémères ?
Qu'est ce qui clochait tant dans le bonheur pour que tout finisse par toujours disparaître ?
Ma main dans la sienne, il la releva pour remarquer le solitaire que je portais. Cette perle, c'est nous qui l'avions choisi lors d'une après midi chez Bvlgari. Quelques jours avant que Phil ne demande à maman de l'épouser sur une pirogue à Venise.
Je savais que c'était malsain de porter la bague de fiançailles de maman, mais c'était comme le reste, j'avais besoin de porter les choses qui lui appartenaient. C'était juste...nécessaire.
« Regardes toi Swan...qui dirait que tu es la tarée d'une toute petite ville de Washington »
Je relevais les yeux pour voir apparaître mon tuteur, fringué d'un complet noir. Knox me relâcha et j'allais réajuster son col.
« Où étais-tu ? Ça fait des heures que je me tortille sur cette putain de chaise...Merde Holligan, est-ce que c'est la première fois que tu portes une chemise ! »
« Et bien la dernière fois ! » maugréa-t-il en relevant le menton pour que je resserre sa cravate
Prêts, Teddy ouvrit la marche alors que nous le suivions tous tel un cortège funèbre.
Impossible d'échapper à l'impression de les enterrer à nouveau !
Erika, et les trois drôles de dames qui m'ont arrangé s'engagèrent dans le premier ascenseur. Charlie, Jake, Paul, Angela, Teddy et moi prenions le second. Knox tenant fermement ma main dans la sienne. A l'extérieur de l'hôtel, Zac et les renforts qu'il a fait appeler, s'occupaient d'ouvrir le passage parmi la vingtaine de paparazzis qui m'assaillait avant que je ne puisse me cacher dans la Range Rover qui nous attend. A la quête de mes larmes sur papier glacé, leur insensibilité m'écœurait et j'ai du mal à imaginer que leurs torchons feront jubiler le chien que je m'apprête à affronter.
Nous arrivions au tribunal vers treize heures quinze. Le détecteur de métaux passé, j'abandonnais un instant mon self-control lorsque j'aperçus ce petit connard de Masen enlaçait une salope, qui fourrait ses pattes sous sa veste. Les boucles cuivrées qu'il commençait à porter quelques jours plus tôt avaient totalement disparus. Les cheveux courts plaqués façon Mad Men, ses Ray-Bans ne réussirent à pas cacher les ecchymoses qu'il arborait depuis son dernier combat.
Plantée à quelques centimètres de lui, je luttais pour ne pas dégager cette salope et m'engouffrer dans son étreinte de malabar.
C'était lui ma putain de force, sans lui, j'étais totalement démunie...
« Bonjour Candy Apple » me salua Emmett, son épaule dans une écharpe
C'était un surnom qu'il m'avait attribué l'année dernière, pour se moquer de mes rougeurs qu'il trouvait à croquer.
« Félicitations pour le Vince Lombardi, comment Rose a pris ta proposition ? »
« Elle m'a giflé...deux fois » sourit-il . « Quand je lui ai dit que le mariage aurait lieu au Descando Garden , elle m'a giflé, encore une fois, mais a finit par accepter »
Je ris avec lui, touchée par le couple idyllique qu'ils formaient à eux deux.
« Tu lui as foutu une trouille d'enfer avec ce plaquage, je suppose que c'était sous le coup de l'émotion » me moquais-je gentiment
« Swan, cette écharpe ne m'empêche pas de t'envoyer sur ce lustre »
Je lui offrais un sourire angélique, pour m'excuser. Emmett réussit à détourner mon attention juste quelques minutes, avant que je ne perçoive l'inquiétude dans son regard.
« Dernière ligne droite » pinça t-il mon nez dans un geste fraternel. « Ed m'a dit que vous aviez décidé de débarquer à L.A une fois que ce cirque médiatique sera terminé »
J'étirais un sourire nerveux en coin.
« On n'a aucune garantie d'en sortir indemne » ne pus-je m'empêcher de marmonner
Lassée de m'apitoyer sur mon sort, j'interrogeais finalement Emmett sur l'identité de la nana qu'enlaçait mon petit ami.
« Kate, l'une des frangines de Sarah »
Je m'étonnais de connaître l'existence de sa famille. Edward n'en avait jamais parlé.
Malgré le pic de jalousie qui me titillait, j'essayais de faire preuve de compassion.
« Comment il va ? »
« Il n'a pas dit un mot depuis que tu es partie...Tu le connais, il a besoin de se fermer pour ne pas perdre le contrôle »
Edward finit par se détacher de sa belle-sœur, et vint nous rejoindre. Trop entourés, je me contentais de lui adresser un petit sourire malgré tout forcé.
« Le juge pourrait mettre fin à l'audience juste après l'interrogatoire de monsieur McDonald...si ce n'est pas le cas, ne le regardez pas si il vous rend mal à l'aise, adressez vous au jury sans occulter les détails, prenez votre temps pour leur laisser le temps d'assimiler les choses, il arrivera que vous sentiez que je vous agresse lorsque vous témoigneriez, je tiens juste à devancer les questions de la défense » - lui rappela Noah
Edward hocha simplement la tête avec assurance.
Erika nous incita à rejoindre l'intérieur de la salle d'audience afin que nous puissions nous installer. Aussi prête que je pouvais l'être, j'intégrais le grand tribunal où les places d'audience sont bondées de monde. Tous attirés par une curiosité malsaine de savoir où étaient les positions des corps, ou les derniers mots prononcés par Phil. Parmi la foule, une équipe de journalistes vérifiaient leurs équipements afin d'avoir le bon angle pour réussir à capter quelques larmes ou une étincelle de compassion dans le regard de l'accusé. Le but pédagogique de cette médiatisation m'échappait encore, mais savoir que je pourrais arracher publiquement le sourire de mon bourreau m'aide à accepter leurs présences. Au premier rang s'installait mes proches qui déposèrent un dernier baiser sur ma tempe, avant l'heure fatidique. Pour la première fois, je découvrais que Jesse ne sera qu'à quelques mètres de moi. Absent pour le moment, je reconnais dans les tribunes sa petite pute de fiancée – défrayant la une des journaux depuis l'arrestation de son petit ami – et qui affiche fièrement ses rondeurs de future maman. Comme si c'était bon pour l'humanité, qu'elle puisse transmettre et perpétuer la race infectée du père. Cette pétasse vint brutalement s'avancer vers moi alors que je ne bougeais pas, aucunement effrayée par cette attaque.
« Comment osez-vous lui infliger une telle humiliation alors qu'il va être père ! » osa-t-elle me hurler au visage
Deux policiers vinrent aussitôt l'appréhender avant qu'elle ne me touche. Malgré l'envie de lui rétorquer que si j'étais elle, je me débarrasserais du monstre qu'elle enfantait, je m'abstins et la laissais se débattre contre les deux gardiens qui lui ordonnaient de retrouver son calme au risque d'être virée du procès.
« Bella » m'appela Erika
Plantée à soixante centimètres de sa chaise, je relevais instinctivement la tête quand une grande porte grinça à plusieurs mètres devant moi. Déchaîné, mon sang pulsa fortement contre mes tempes jusqu'à me rendre instable sur mes pieds. Je repliais aussitôt mes poings contre ma robe, mes mains réagissant trop vivement à l'entrée de mon bourreau. Accompagné de son avocate, son visage presque enfantin contrastait avec l'horreur de ses actes. Je sais que cet air angélique pourrait lui éviter toute condamnation.
Qui oserait imaginer qu'un tel visage puisse être à l'origine des pires barbaries...
Vêtu d'un costard noir mal ajusté, il traversa l'allée qui l'amena au banc des défenseurs.
« Bella » me rappelle Erika, en tirant sur mon bras.
J'étais incapable de décrocher mon regard qu'il évitait soigneusement. Je sais. Je sens que tout ça, cette espèce et putain de gêne n'est que feinte pour paraître innocent.
Ce bâtard embrassa sa putain qui se jeta à son cou puis se retourna vite pour prendre place. Il me voyait, pire encore, il ressentait cette terreur qui me broyait tant de l'intérieur...et je me haïssais de lui donnait tant satisfaction.
« Bella, s'il te plaît ! » insista mon avocate, en m'obligeant à prendre place
Je détournais finalement les yeux, pour m'installer près d'Edward. Les yeux fixés sur ses mains, mon petit ami lissait inlassablement les plis de son jean. Je ne l'avais sans doute jamais vu dans un tel état d'anxiété. Sa mâchoire crispée semblait contenir tous éclats de voix. Il n'avait pas levé les yeux une seule seconde vers son tortionnaire et je ne sus si ça devait m'inquiéter qu'il n'ait pas le courage ou l'envie de le faire.
« Tu me manques » soufflais-je, les yeux vissés sur mes mains liées pour essayer de retrouver la sensation qu'avait la poigne de mon petit ami autour d'elles
Cette distance était irrespirable!
« Tu me manques » répéta-t-il en crochetant discrètement son petit doigt avec le mien
Nous nous séparâmes et nous levâmes lorsque l'un des gardiens annonça l'entrée du juge.
Le théâtre des trois dernières années pouvaient commencer avec l'entrée en jeu de l'acteur principal et auteur de tout ce drame...
L'audience débuta très rapidement et nous pûmes observer Jesse marcher jusqu'au banc des témoins. Dans le camp des accusateurs, Erika fut la première à devoir l'interroger.
Sa voix. Je ne l'avais pas entendu depuis cette nuit-là.
A peine plus audible qu'un murmure, il fit le serment de dire toute la vérité...rien que la vérité.
Depuis combien de temps poser sa main droite sur cette bible n'avait plus aucune valeur...
Comme si c'était possible, mon cœur battit plus fort sous ma poitrine, prêt à rompre ses liens. Les souvenirs surgirent aussitôt, me rappelant ses doigts froids récupéraient mes larmes sur mon visage pour y goûter et cette voix...cette voix douce et mélodieuse me promettre l'enfer.
« Je vais vous demander de parler près du micro monsieur McDonald afin que notre greffière puisse enregistrait clairement votre déclaration »
« Oui madame »
« Opérateur dans un centre d'urgence, vous vivez à New-York depuis deux ans avec votre petite amie, c'est cela ? » débuta très rapidement mon avocate
« Oui »
« C'est tout à votre honneur d'intervenir lors de situations d'urgence »
« C'est pour cela que je m'obstine à plaider l'innocence m'dame »
Erika se contenta de sourire en feuilletant quelques pages du dossier qu'elle récupéra sur notre table. Elle fit signe en même temps au gardien de faire rouler un écran plasma de cent vingt-sept centimètres jusqu'au centre du tribunal. Près de la table, où les quelques pièces à conviction étaient rassemblées. Je récupérais mes lunettes de vue dans ma pochette.
« Avant le meurtre de votre mère et votre petite sœur ainsi que le supposé suicide »
« Objection votre honneur ! » cria aussitôt la pétasse qui défendait cet enfoiré. « Maître Calvin fait intervenir des faits qui n'ont pas lieu d'être évoqué dans ce tribunal, tout en doutant d'un verdict qui a été donné il y a plusieurs années »
« La présentation de l'accusé est nécessaire votre honneur, afin que le jury puisse avoir tous les éléments et mieux connaître monsieur McDonald »
Erika savait parfaitement qu'évoquer le passé de Jesse, et mettre en doute son implication dans le massacre de sa famille, pourrait certainement jouer en notre faveur. Non autorisée à le faire, je savais malgré tout que cette déclaration interrompue inciterait le jury à la curiosité.
J'avais appris il y a quelques mois que les agents de Calihan s'intéressaient de plus près à ce qui pourrait être le premier meurtre de cet enfoiré. Le sang-froid avec lequel il avait exécuté nos familles, indiquait clairement qu'il ne s'agissait pas de ses premiers assassinats.
« Objection rejetée » trancha le juge. « Je vous demanderais seulement de survoler simplement cette partie du dossier »
« Avant le double meurtre exécuté par votre père, vous viviez tous les quatre dans la banlieue d'Henderson près de Las Vegas...après avoir empoché votre diplôme, vous avez décidé de suivre un cursus de médecine à l'université de Loma Linda en Californie »
« Oui madame » confirma ce connard sans détourner les yeux
« Pourquoi avoir abandonné au bout de votre troisième année ? Vous aviez de bons résultats »
« L'envie n'y était plus après avoir perdu ma mère et ma petite sœur...j'ai préféré y mettre un terme, avant de décider de reprendre il y a un an »
« Je remarque tout de même que vous avez continué de vivre dans cette maison, malgré cette tragédie »
« Un moyen pour moi de ressentir la présence de ma mère »
« Ou de vous trouvez à quelques bornes de Los Angeles et Phoenix »
Surprise d'apprendre qu'il ne résidait qu'à quelques heures, je suivais mon avocate des yeux alors qu'elle fit apparaître sur l'écran plusieurs traces des allers-retours de ce connard. Cet enfoiré s'était rendu à Long Beach cinq mois avant le massacre de Sarah et Anthony Masen, pour la première fois. Du coin de l'œil, je vis les mains d'Edward s'agitaient aussitôt contre son jean.
Comment n'avait-on pu pas nous rendre compte que chacun de nos faits et gestes avaient été calculé par cet espèce d'animal assoifé !
Penser naïvement que nous étions immunisés contre ce genre de monstre tout droit sorti des séries télés, nous n'avions pas pu sentir le danger s'approcher doucement...et c'était foutrement enrageant de ne pas avoir pu arrêter ce fils de pute !
« Je vous trouve bien solitaire pour des vacances en amoureux monsieur McDonald » commenta mon avocate, après qu'il ait prétendu s'y être rendu avec sa petite amie de l'époque
Mon attention accaparé par les mains agitées de mon petit ami, je ne pus m'empêcher d'y fixer mon regard alors que la voix de mon avocate ne fut plus qu'un lointain murmure. Le voir ainsi agoniser avec silence était un véritable supplice. Comme lorsque j'avais vu ses soixante dix kilos de peine se déverser chaque soir sur mes genoux. Ne supportant plus de le voir ainsi souffrir, je relevais les yeux vers notre tortionnaire. Son regard qui jusqu'alors accompagnait les pas de Calvin, il vint soudain se connecter au mien. Giflée par ce brutal affrontement, je ne me démontais pas malgré la frénésie qui m'habitait, et ne ciller pas un seul instant.
Peu importe la douleur qui m'étranglait, je m'interdisais de me soumettre à cet espèce de pouvoir pénétrant et destructeur qu'il avait sur moi.
Malgré toute la force que j'y mettais, mon ventre finit par convulser lorsqu'il réussit à me ramener à quelques kilomètres d'ici, où mes pieds étaient immergés dans le sang de mes parents.
Transcendée par son regard pénétrant, à bout de souffle, il exultait discrètement de me savoir tant agoniser déjà aux vingt premières minutes. Le cœur toujours au fond de la gorge, les nœuds dans le creux de mon ventre me faisaient atrocement mal. Malgré tout je fus incapable de me résigner à lui exposer, à lui et aux autres ses putains de larmes traîtresses qui témoigneraient de mes faiblesses. Je n'avais pas le droit de faiblir, d'abandonner...de les abandonner. Jusqu'à son dernier souffle, elle avait lutté et tenté de ravaler chacun de ses sanglots pour ne pas donner satisfaction à ce fils de pute. Je ne pouvais pas le laisser m'anéantir avant de lui rendre justice, de démolir cet enfoiré jusqu'à ce qu'il supplie de mourir.
« Je demanderais aux jurés de garder leur calme lorsque je ferais apparaître à l'écran les scènes de crimes » m'extirpa soudainement Erika de son emprise douloureuse
L'appréhension déchaîna aussitôt mes pulsations et mes doigts vinrent immédiatement crochetaient brutalement les accoudoirs de ma chaise, à l'irruption du corps nu de Sarah totalement mutilé. Malgré l'avertissement de mon avocate, le juge fut obligé d'intervenir pour calmer l'immense remous produit par le jury horrifié. Et au travers de cette agitation, c'est entendre déglutir Edward après qu'il ait fait passer une gorgée de son eau qui me perturba. Son sang-froid inouï et dérangeant était stupéfiant. Son regard ancré au visage de ce fils de pute, je savais que les photos de son enfer étaient dans son champ de vision, je savais que comme moi quelques secondes auparavant les images vinrent faire sauter une à une les sutures de nos plaies. Nous l'avions appréhendé cet instant, ce moment où nous aurions à fermer juste notre gueule pour ne pas offrir la putain de satisfaction à cet enfoiré de percevoir notre profond mal être. Mais rien ne nous avait réellement préparé à...ça.
Face à son impassibilité, je regrettais aussitôt d'avoir été si expressive.
La vision était insoutenable...
Je détournais les yeux, incapable de soutenir le regard absent de Sarah. Une main tremblante contre mes lèvres, je retenais celles-ci fermées pour ne pas vomir face à la boucherie qu'était la scène.
« Reconnaissez-vous cette jeune femme Jesse ? »
Difficilement, je relevais les yeux pour jauger son regard...occultant le corps dénaturé de Sarah.
« C'est...c'est difficile...avec tout...tout ce sang » jouit-il encore une fois discrètement de la détresse qui colorait le visage d'Edward, tout en jouant d'un malaise
« Pourtant nous avons retrouvé cela »
Sur l'écran, nous découvrions avec surprise Edward essayait de faire marcher Anthony alors que Sarah assise quelques mètres plus loin encourager leur fils, sur la plage de Long Beach.
Qu'est ce qui clochait avec notre conscience ?
Pourquoi étions-nous si tourmenté lorsque celle de cet enfoiré fermait sa putain de gueule face à ses massacres ?
Pourquoi étions-nous habité par la voix sournoise de la culpabilité quand la sienne était muselée par la satisfaction d'avoir pu être si cruel ?
« Vous reconnaîtrez messieurs dames facilement les boucles blondes de Sarah Masen, violée et éventrée sur son lit quelques mois après qu'elle soit photographiée en compagnie de sa famille...Étrange coïncidence, n'est-ce pas monsieur McDonald ? »
« Je ne suis pas à l'origine de cette prise...Ma petite amie de l'époque, Cassie trouvait la scène attendrissante, une manière pour elle de m'amener à envisager la paternité » se défendit-il toujours avec autant d'assurance
Mon avocate se contenta d'étirer un sourire dans le coin de ses lèvres, visiblement amusée par la répartie de ce chien. Elle pressa une nouvelle fois la télécommande, pour nous permettre de voir une autre photo. Je reconnus celle que nous avait présenté le FBI en juin dernier.
« Une coïncidence, c'est le hasard...Deux, ça devient compromettant pour vous Jesse »
"Cette photo n'est qu'une parmi tant d'autres...J'ai toujours aimé capturer les sourires"
Les yeux à nouveau baissé, nous l'observâmes hésiter un long moment. Une main tremblante tira ses cheveux en arrière, il déglutit bruyamment, le regard embué.
"Il...j'ai perdu ma mère à cause d'un connard qui n'était pas capable d'assumer ses conneries"
Ce fils de pute se tourna vers les jurés pour les toucher de son premier crime magistralement orchestré afin que son pauvre père soit accusé.
Le jeu de cet enfoiré réussit à m'épater !
"Mon père battait ma mère jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus prononcer un mot...Et chaque fois que je m'apprêtais à riposter, elle se mettait entre nous pour qu'il ne mette pas la main sur ma sœur et moi...Et malgré ça, chaque fois qu'il quittait la maison pour aller travailler, elle retrouvait le sourire et nous disait que pleurer ne changerait rien alors valait mieux profiter de son absence pour passer un moment loin de l'enfer que nous faisait vivre ce connard...Croyez-le ou non maître Calvin, mais recroisez cet homme et sa famille n'est que pur hasard et je n'ai pas pu m'empêcher de capturer à nouveau leur bonheur"
Accoudée à la tribune des jurés, Erika désinvolte souffla pour s'amuser de cet instant tragiquement théâtral. La légèreté avec laquelle elle recevait les dires de cet enfoiré était déconcertante. Aussi douée soit-elle, son aisance m'inquiétait des répercussions que cela pourrait avoir sur la suite des évènements. Un long silence pesa avant que nous entendions subitement la voix affolée d'Edward résonnait dans tout le tribunal. Surprise qu'il s'agisse de son appel d'urgence quelques heures après le massacre, j'étouffais dans ma main la détresse, m'empêchant de ne pas saisir la main de mon petit ami et de le protéger de cette humiliation que lui faisait vivre une seconde fois cet enfoiré.
« Mademoiselle Swan » m'interpella soudainement le juge
Je relevais aussitôt la tête, surprise d'attirée brutalement l'attention.
« Je vais devoir vous demander de quitter la cour, si vous êtes dans l'incapacité de supporter l'audience »
Me fustigeant d'infliger un tel spectacle à Edward, je luttais pour ravaler mes sanglots.
Je lui avais promis que j'assurerais...
Je lui avais promis...
« Continuez maître Calvin »
« Je t'interdis de m'abandonner Swan » me surpris Edward en inscrivant ces mots sur ma cuisse nue
Je lui avais promis...
Péniblement, je retrouvais toute l'animosité que je ressentais à l'égard de ce fils de pute, tout l'amour et le respect que j'avais non seulement pour Edward mais pour aussi Sarah, alors Erika débattait sur le rapport bien plus qu'étrange et coïncidant de ces deux évènements. J'avais aidé son mari à se vider peu à peu d'elle, je ne devais malgré tout pas oublier le courage et la force dont elle avait sûrement fait preuve face à cet enfoiré. Je devais me battre pour elle aussi.
« Voici le portrait robot qu'à retranscrit l'un des agents du FBI, grâce au témoignage de monsieur Masen, le mari de Sarah, quelques heures après son appel »
Le croquis apparut instantanément sur l'écran, et spontanément j'étirais un sourire dans le coin de mes lèvres. La ressemblance était frappante, et proclamait à elle seule directement ce connard comme auteur de ce double meurtre.
« Saisissant n'est-ce pas ! » se tourna Erika vers le jury. « Qu'en dîtes-vous Jesse ? » virevolta t-elle vers lui. « Je crois qu'il s'agit de votre meilleur portrait personnellement » fit-elle toujours avec une pointe d'ironie
« Quoi que puisse révéler ce portrait, je ne suis pas l'auteur de cette...boucherie ! » cracha t-il, toujours feignant cette espèce de dégoût en pointant la photo de la chambre de l'appartement d'Edward. « J'ai de la compassion pour le mari de cette femme, croyez moi monsieur Masen » s'addressa
C'était pathétique !
Se pourrait-il finalement que ce fils de pute puisse être déjà condamné ? Se pourrait-il finalement que nous ayons toutes nos chances d'assister dans quelques années à son exécution ?
« J'ai de la compassion pour le mari de cette femme...croyez moi monsieur Masen » s'adressa t-il brusquement à Edward, sous nos yeux exhorbités. « Je ne suis pas l'homme qui vous a enlevé votre femme, jamais je n'aurais pu faire une chose pareille » usa t-il habilement de ses larmes.
Son jeu était sans conteste époustouflant !
« Je n'ai que 24 ans, je vais être père dans à peine quelques mois...et tout comme je vais avoir un fils...je n'ose imaginer ce que vous avez du subir pendant que...pendant que cet homme qui soit-il faisait du mal à votre famille »
Crispé, je sentais Edward prêt à se ruer sur Jesse et lui servir pire traitement qu'à ses précédents adversaires.
Cet enfoiré se moquait avec génie de lui...
« Je peux comprendre que vous soyez profondément anéanti par ce qu'il vous ai arrivé...mais je suis innocent monsieur Masen...je vous en supplie » pleura t-il un peu plus fort. « Je vous en supplie, ne les laisser pas m'enfermer pour un crime que je n'ai pas commis »
A bout de nerfs, Edward voulut s'échapper mais je déposais instinctivement une main sur sa cuisse pour l'obliger à se rasseoir.
Ce fils de pute ne nous aurait pas. Il en était hors de question. Nous lutterions peu importe le mal que ça nous faisait de supporter cette mascarade..et voir naître dans le jury le doute.
