POV de Drago
Severus rentre dans le salon où avec Blaise, nous avons passé l'après-midi à parler de tout et de rien. Il a le visage fermé des mauvais jours, ça n'annonce rien de bon.
-Drago.
-Oui, Severus.
-Est-ce que tu peux venir, s'il te plait ?
-Rien de grave ?
Severus fait demi-tour sans me répondre. Ça doit être grave. Je le suis vers le premier étage et nous nous dirigeons vers une pièce que je ne connais pas encore. Severus ouvre la porte de la pièce et, sans un regard vers moi, entre. Une petite boule d'angoisse fait son apparition au creux de mon estomac et une irrésistible envie de partir démange mes jambes mais l'appel sec de mon prénom par Severus, me permet de me reprendre et d'entrer dans l'arène. C'est la bibliothèque.
Sur trois murs, des livres sont alignés jusqu'au plafond, sur le quatrième à une grande baie vitrée s'ouvrant sur l'arrière de la maison. La bibliothèque a les mêmes bois sombres, tentures rouges et les mêmes sculptures de serpents que dans l'entrée. Ma mère est assise dans un fauteuil à bascule, Severus est derrière elle, une main sur son épaule. Jade fait les cents pas le long du vitrage.
-Ferme la porte et assis-toi, prononce Severus.
Je m'exécute en prenant place dans un fauteuil. Au son de la porte qui se ferme, Jade s'arrête de marcher et se dirige vers nous.
-Bonjour Drago.
-Jade.
Je suis assez mal à l'aise en face d'elle et je ne sais comment me comporter, même si je ne le montre pas. Elle m'a quand même vu en état de faiblesse et franchement j'ai horreur de cela. Je ne veux pas que les gens me prennent en pitié.
-Hier, Voldemort a attaqué, avec son armée, le peuple des serpents, prononce Jade d'une voix neutre.
Je lève un sourcil interrogateur. En quoi cela intéresse ma mère et moi. Je jette un regard sur ma mère. Elle a blanchi. Apparemment elle sait.
-Lucius, murmure-t-elle en posant sa main sur celle de Severus, cherchant par ce geste sans doute du réconfort. Il presse délicatement son épaule pour lui signifier qu'il est là.
Jade acquiesce.
Même si extérieurement, je ne montre pas mon trouble, j'avoue que je suis assez perplexe face à l'attitude de ma mère et aux dernières informations sur mon père. Pourquoi ma mère est-elle aussi inquiète au sujet de mon père alors que je sais qu'elle n'a jamais pu l'aimer ? Et mon père, depuis quand est-il sorti de prison ? Je n'ai pas le temps de me poser d'autres questions puisque Jade continue ses explications.
-Une centaines de partisans de Voldemort ont réussi à entrer sur nos terres avant que notre barrière magique soit activée. Dans la bataille qui s'en suivi, Lucius a été tué.
Face à ses mots, je ne sais pas comment réagir. Ma mère soupire de soulagement et laisse couler ses larmes, répétant inlassablement « Il est mort, je suis enfin libre ».
Mais moi, je ne sais pas. J'oscille entre le soulagement et la tristesse, comme j'ai longtemps oscillé entre la haine et l'amour quand mon père était vivant. J'ai eu de l'amour et de la vénération pour mon père. Il avait une prestance et un charisme qui m'a toujours fasciné. Je voulais être comme lui quand j'aurais été adulte. Je buvais ses paroles quand il me donnait des conseils sur comment un Malfoy devait se comporter. J'ai fait de son idéologies sur les Sangs-Purs, mon idéologie sans chercher si il avait tort ou raison. Et jusqu'au retour du Seigneur des Ténèbres, j'ai eu avec lui des moments de complicité Père/fils que je chéris.
Mais après le retour du Seigneur des Ténèbres, je me suis mis à le haïr. Il avait complètement changé. Il est devenu brutal. A la moindre petite contrariété, au moindre souci, il se défoulait sur ma mère ou moi à coups de doloris ou de coups de poing. Mes vacances d'été de quatrième année furent un enfer pour moi. J'ai passé l'été à apprendre tous les sorts de magie noir que tout bon Mangemort doit connaitre. Mon père n'hésitait pas à me punir si je n'apprenais pas assez vite ou à me faire une démonstration en m'utilisant comme cobaye. Et celles de cinquième année furent pires. Je me suis retrouvé à genoux devant le Seigneur des ténèbres me confiant la mission de trouver un moyen d'introduire des Mangemorts dans Poudlard et de tuer Dumbledore pour redorer le blason des Malfoy auprès de lui, puisque mon père l'avait déçu en échouant dans sa dernière mission et en se faisant prendre. Il m'a d'ailleurs bien fait comprendre que toute attitude suspecte pendant l'année entrainerait la mort de ma mère. Puis il m'imposa la marque des ténèbres sur mon bras et me renvoya dans mes foyers pour réfléchir à un plan.
Pendant ma réflexion, Jade a pris place devant la baie vitrée et promène son regard sur le parc. Ma mère se calme doucement sous le délicat massage de Severus, qui m'observe attendant une quelconque réaction de ma part. Sous son regard noir, j'exprime la première idée qui me passe par la tête.
-Où est son corps ?
Rogue se tend légèrement. J'aurai peut-être dû réfléchir avant de parler.
-Drago, prononce-t-il doucement. Il faut que tu comprennes que le peuple des Serpents ont une tradition quant au traitement des ennemis morts.
Mon cœur se met à battre la chamade. Qu'est-ce que ces barbares ont inventés ? Jade se retourne vers nous et coupe la parole à son père
-Pour Narcissa, j'ai fait en sorte que le corps de Lucius ne subisse pas ce traitement. Il a pour l'instant été enterré dans la fosse commune du cimetière de Kissa où vous pourrais récupérer son corps.
Je suis outré. Mon père, un Malfoy, enterré dans une fosse commune comme un vulgaire vaurien.
-Tu aurais pu faire en sorte qu'il soit enterré plus dignement, dis-je en colère, en me levant du fauteuil et en me dirigeant vers Jade. Un Malfoy mérite mieux. Il ne se fait pas enterré avec n'importe qui.
Mais je ne suis pas à la moitié du chemin entre mon fauteuil et la jeune femme qu'elle tend sa main, paume vers moi et me propulse au fond de mon siège. En un instant, le visage de Jade n'est que colère et si ses yeux auraient pu tuer, je serais déjà dans la tombe. Je suis tétanisé face à tant de colère.
-Sache que pour moi, ton père méritait cent fois d'avoir la tête tranchée et le corps brûlé comme tous les partisans de Voldemort ont eu le droit. Et franchement, je ne me voyais pas dresser un mausolée pour Monsieur Lucius Malfoy dans un cimetière de mon peuple, dit-elle avec une telle seule chose qui me réconforte, c'est que comme la charmante tête de ton père n'a pas fait partie du lot qu'on a envoyé à Voldemort, celui-ci va penser que son bras droit est un traitre, continue-t-elle avec un sourire cruel.
Et puis d'un seul coup, la colère, la haine et la cruauté de Jade disparait, laissant place à son habituel visage et regard neutre. Elle se dirige vers la porte de la bibliothèque et l'ouvre. Avant de franchir le seuil, elle se retourne vers nous.
-Une dernière chose, Drago. Comme je te l'ai promis, trois de tes bourreaux sont déjà morts, ton père et tes deux anciens gorilles. Ce n'est qu'une question de temps pour que la femelle Lesgrange et le pékinois les suivent dans la tombe.
-Et je suppose que c'est toi qui les a tué tous les trois, dis-je en me relevant du fauteuil et en me dressant devant la jeune femme.
-J'ai juste tué Lucius, dit-elle de façon neutre avant de sortir et de fermer la porte.
Peu de temps après, sans un mot mais non sans un regard déçu que me lance Severus, lui et ma mère quitte la bibliothèque, me laissant seul avec les dernières paroles prononcées par Jade tournant en boucle dans mon esprit. Ces paroles me perturbent. D'abord, parce qu'elles confirment que cette fille était bien à Poudlard et surtout du côté des Griffondors. Ils n'y avaient qu'eux qui surnommaient Pansy de pékinois. Ensuite, elle a mis mon père dans le même lot que ceux qui m'ont torturé dans les cachots. Comment peut-elle savoir qu'avec mon père, ça c'est mal passé ? Je le hais pour ce qui s'est passé ces deux derniers étés, mais je ne pense pas qu'il mérite de mourir pour ça. En repensant aux évènements du cachot, je me souviens qu'il avait une personne que je n'avais pas réussi à identifier. Ou peut-être que je n'avais pas envie d'identifier. Je commence à avoir un doute, une idée sur l'identité de l'homme. Mais ça ne peut pas être lui. Il n'a pas pu faire ça.
Avant de me faire une histoire, je pars à la recherche de Blaise pour qu'il éclaircisse mes idées. Je le trouve dans sa chambre, allongé sur dos sur son lit, un bras lui servant d'oreiller, un genou replié.
-Je peux entrer.
Il se redresse.
-Bien sûr.
Et me fais signe de prendre place, moi aussi, sur son lit. Il me scrute et essaye de lire en moi. En général, il est assez doué pour savoir quand je ne vais pas bien.
-Qu'est ce qui se passe ?
-Mon père est mort, dis-je de but en blanc.
-Ah.
Il semble un peu mal à l'aise.
-Je pense que les condoléances sont de mise.
-Je crois.
-Alors tous mes condoléances.
-Merci.
Un silence s'installe entre nous pendant quelques instants.
-Si ce n'est pas une question indiscrète, comment il est mort ?
-Tué lors d'une attaque avec d'autres Mangemorts.
-Qui te l'a appris ?
-Jade.
Il est surpris.
-Comment l'a-t-elle su ?
-Elle a participé à la même attaque mais de l'autre côté, du côté de son peuple…Et c'est elle qui l'a tué.
-Alors elle a tenu parole. C'est bien. Je savais que c'était une personne de confiance.
-Tu m'explique !
Blaise reste silencieux un instant.
-Je ne comprends pas encore vraiment sa réaction, je la trouve un peu excessive. Après ton réveil, elle est venue dans la cuisine, complètement bouleversé et en colère. Elle m'a demandé les noms des personnes qui ont participés à tes tortures dans les cachots pour dit-elle te venger.
-Pourquoi lui as-tu donné ces noms ?
-Parce que je l'ai cru, parce que j'étais sûr qu'elle fera ce que moi, en tant qu'ami ne pourra faire car je ne suis pas assez fort. Te venger.
-Pourquoi avoir donné le nom de mon père ?
Blaise parait étonné de ma question. Il me scrute et cherche dans mon regard une quelconque réponse dont je ne connais pas la question.
-Tu ne l'as pas reconnu ?
-Qui ?
-Ton père.
Je me masse les tempes.
-Blaise, est-ce que tu pourrai m'éclairer un peu plus, parce que tu m'as encore perdu dans tes explications.
-Dis plutôt, que c'est toi qui n'as pas suivi.
Je lui lance mon regard le plus glacial.
-OK. Je te ré explique. Dans tes souvenirs, qui étaient dans le cachot ?
-Ma tante, Pansy, toi et les feu Vincent et Gregory…
-Feu ?
-Ils sont morts eux aussi dans l'attaque.
-Jade ?
-Non.
Un instant de silence.
-Et cet inconnu.
Un frisson me parcourt le corps quand les souvenirs du cachot me reviennent en tête. Je secoue la tête pour essayer de les chasser.
-Tu ne l'as pas reconnu, me demande Blaise.
-J'étais sensé le reconnaître.
-Oui, Drago. Parce que c'était ton père.
Mon cœur se met à battre à cent à l'heure et mon corps est pris de tremblements. Non content de me torturer, mon père m'a violé. Je n'arrive pas à le croire et pourtant au fond de moi, je le savais. Je respire un grand coup. Il faut que je tienne, je ne veux pas craquer devant Blaise. Changeons de sujet.
-Blaise. Qui traitait Pansy de Pékinois à Poudlard?
Habitué à ce que je saute du cop à l'âne, Blaise me répond sans être étonné.
-Les rouges et ors et surtout ceux de notre année. Pourquoi cette question ?
-Quand Jade m'a annoncé le décès de Vincent et de Grégory, en les appelant mes Gorilles, elle a dit que bientôt le Pékinois les suivra. Cette dernière affirmation, confirme bien ce que je pensais.
-C'est-à-dire ?
-Que Jade a bien vécu chez des Moldus, avant de faire son entrée à Poudlard chez les lions. Que Jade n'est autre que Granger.
