29# Simple

- C'était pourtant simple, espèce de... espèce de... espèce de con !

Shinji sursauta en entendant Kisuke s'énerver de la sorte. A peine avait-il passé la porte du magasin, les bandages de la Quatrième toujours bien en place, que le scientifique s'était redressé et avait commencé à parler d'un ton dur. Et à devenir vulgaire. Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais c'était assez exceptionnel pour qui s'arrête, intrigué par cette réaction.

- J'peux savoir d'quoi tu parles, Kisuke ?

- De ton combat contre... contre Aizen. C'était pourtant simple, tu. n'étais. pas. sensé. faire. ça !

Son combat contre Aizen. Evidemment. Pourquoi est-ce qu'il n'y avait pas pensé plus tôt ? ... Même si c'était à contre-coup, Kisuke ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait pu dérailler, de ces petites erreurs qui lui auraient coûté bien plus qu'il n'avait envie de payer. L'un des autres Vizards avait du lui expliquer ce qu'il s'était passé. Expliqué l'état d'Hiyori, une autre source d'inquiétude tant qu'ils n'étaient pas sûrs qu'elle s'en sortirait en vie (même si Shinji espérait que sa caractéristique rage de vivre allait l'aider à survivre à ses terribles blessures). Mais personne n'aurait pu expliquer les sentiments brûlants qui avaient fait bouillir le sang de Shinji quand il avait croisé le fer avec son ancien lieutenant.

- Comment est-ce que tu as pu... et rester calme... et... !

- Calme toi, calme toi, Kisuke, bordel... Ca va, j'suis en vie, il m'est rien arri...

- C'était pourtant simple et tu n'as pas été capable de réfléchir et de te dire que tu faisais une connerie !

- ... Non. J'ai pas pu m'le dire, Kisuke. J'suis désolé. Mais j'suis en vie et il m'a pas eu.

Shinji s'approcha de l'autre homme et passa ses bras autour de sa taille. Malgré la colère, le scientifique se laissa faire, tremblant légèrement. Avec un soupir, Kisuke serra à son tour le corps maigre contre le sien.

- Pourquoi... ?

Sa voix était un murmure étranglé, une demande qui n'attendait pas de réponse.

- Parce que j'venais d'voir ma sœur coupée en deux. Parce que j'voyais sa sale gueule. Parce que tout c'que j'me disais, c'tait qu'ce sale connard comptait bien m'abaisser au rang d'chien pour son plaisir. Et qu'j'pouvais pas m'laisser faire.

- Idiot... idiot...

C'était simple. C'était bien trop simple. Des années de rage et de colère, de haine couvée dans son cœur. Le choc. La douleur. C'était simple. Et c'était pour cela qu'il avait oublié la demande de Kisuke.

"Surtout, surtout, Hirako-san, s'il te plait... évite le. Ne le combat pas. Fait le pour moi... S'il te plait."