Chapitre 29

Racines

POV Lexie.

Nous venions d'atterrir à Bucarest. Je n'avais pas fermé les yeux du voyage et j'étais dans un état bizarre, excitée mais fatiguée du voyage.

Nous étions maintenant dans la correspondance pour Bitrista. C'était le village originaire de Katarina et apparemment j'avais de la famille là-bas.

-Est ce que eux aussi ont l'héritage de Katarina ?

-Non mais certains ont d'autres dons.

-Quel genre ?

-Comme la guérison.

-Pourquoi ma mère ne vit pas avec eux ?

-Ta mère est…dans une condition spéciale qui ne lui permet pas d'être entourée de tant de monde.

-Condition spéciale ?

-Tu verras…

Ses mystères m'énervaient, mais je voulais tellement voir ma mère que je prenais mon mal en patience.

Nous arrivâmes finalement à Bitrista.

-Ils habitent en ville ? demandais-je en lançant un regard circulaire autour de moi. Les immeubles étaient froids et anciens, mais il y avait quand même un certain charme.

-Non, nous allons à la campagne, au vert ! ça ne va pas te dépayser !

En effet ! Entre l'Ecosse, Forks et la campagne roumaine, je pensais avoir fait le plein d'espaces verts pour le reste de ma vie. Après avoir zigzagué monts après monts, nous vîmes un petit hameau composé de 10 habitations.

-Nous sommes arrivés m'informa Henry.

Mon cœur se mit à battre d'appréhension, non seulement j'étais catapulté dans un univers rural qui semblait appartenir à un autre siècle mais en plus j'allais rencontrer de la famille éloignée. Henry arrêta la voiture devant une longue allée qui menait à une énorme bâtisse, une espèce de petit château coloré.

Nous commençâmes à longer l'allée pavée et il passa sa main sur mon dos :

« Tu a l'air angoissé, tu n'as aucune raison, ils sont impatients de te connaître ! »

Su-per ! pensais-je anxieusement. Nous étions à mi-chemin quand la porte d'entrée du mini château s'ouvrit et des éclats de voix se firent entendre. 4 femmes vêtues de jupes fleuries et de gilet colorés sortirent en s'exclamant en roumain. Elles s'approchèrent de moi et me prirent dans leur bras. J'étais tellement étonné de tant de démonstration affective alors qu'on ne se connaissait pas que je restais pantoise. Henry s'adressa aux femmes en roumain et elles prirent nos bagages en nous indiquant le chemin vers la porte d'entrée. Je lançais des regards perplexes à Henry qui semblait s'amuser de la tête que j'avais.

À peine mon pied fut à l'intérieur du mini château que je crus que mon cerveau allait bugger.

La décoration était si…spéciale: chandeliers en cristal au plafond, marbrures et dorures de partout, meubles en vieux bois, sol damier, c'était tellement clinquant rococo et kitsch que j'en avais mal aux yeux.

Et ce bruit ! Il devait avoir pas moins de 50 personnes qui applaudirent et crièrent tous à mon arrivée. Comme un anniversaire surprise sauf que je ne connaissais aucune personne présente : tu parles d'un malaise !

Un homme à moustache avec un chapeau de cowboy s'avança vers moi. Il souriait fièrement et baragouina quelque chose que je devinais vouloir dire Bienvenue Alexandrina. Je lui fis mon meilleur sourire en guise de réponse. Les autres personnes semblaient sincèrement contentes de me voir, Henry me prit par l'épaule et tout le monde se dirigea dans une salle qui apparemment était le salon. L'homme au chapeau s'assit sur une espèce de fauteuil qui ressemblait vaguement à un trône. J'étais chez la royauté romanichelle ?!

Les femmes s'activaient entre la cuisine et le salon, apportant de la nourriture en quantité effarante. Les enfants n'arrêtaient pas de courir et sautiller de partout. Henry et moi primes place dans le canapé à côté du chef. Il commença à discuter avec Henry. Ce dernier me fit la traduction à mesure qu'il parlait :

-Le chef est très content de t'avoir ici…il dit que c'est toujours un plaisir que de rencontrer de la famille…il demande quel âge tu as...

Quand Henry eu répondu, le chef ainsi que tous les adultes de l'assemblée semblèrent froncer des sourcils.

-Quoi ? Qu'est ce qu'il se passe ?

Henry ne me répondit pas, mais un sourire s'esquissa sur ses lèvres. Le chef posa une autre question.

-Il veut savoir si tu es mariée…me traduit Henry.

-Quoi ?! Non !

Ma réponse et mon expression légèrement choquée n'avaient pas besoin de traduction, les hommes et femmes de l'assemblée semblaient trouver ma réponse bizarre, mais j'avais 17 ans nom d'un chien !

-Les mariages se font très tôt chez les roms, entre 14 et 16 ans m'expliqua Henry.

-Quoi ? mais c'est dingue !

-Non c'est juste culturel dit-il d'un ton qui se voulait corrigeant. « Il veut savoir si tu as un fiancé »

-Je trouve qu'il veut savoir beaucoup de chose alors qu'il vient à peine de me rencontrer ! chuchotais-je.

-Il n'y a pas de formalités inutiles, tu es de sa famille, il te considère comme une fille.

C'était bien ma veine pensais-je ! Mon père se foutait complètement de mon sort et voilà qu'un individu de ma famille éloignée se comportait avec moi comme un patriarche. Je me demandais ce qu'il serait capable de me répondre si je disais non : « On va te trouver quelqu'un ici , un bon p'tit gars de chez nous ! » Aargh nan !

Je regardais le coquillage que Seth m'avait donné. C'était enfantin sans doute mais je le gardais toujours avec moi, quand il n'était pas dans ma poche, je le serrais comme un anti-stress. Il n'allait pas m'en vouloir, ni le savoir.... J'hochai la tête en souriant vers le chef. Ses sourcils se défroncèrent et un air approbateur parut sur son visage.

-Il demande s'il est riche…

Allez ! il ne manquait plus que ça ! J'étais partagé entre le comique de la situation et l'indignation des questions si indiscrètes.

-Je n'en sais rien et en quoi est-ce important ? Pour qu'il me construise un mini château comme celui-là ? chuchotais-je à Henry. Il ne parut pas apprécier mon ton légèrement moqueur : « Ok tu n'as qu'à lui dire ce que tu veux, qu'il est prof de... »

-Les études ne servent à rien pour eux…

Oh punaise !

-Bon dis lui qu'il n'est pas pauvre, ça le calmera au moins.

Je ne sus pas ce qu'il lui dit exactement mais le chef parut très content :

-Il dit qu'il viendra à ton mariage…

-« Quoi ?! » Mais comment il pouvait s'inviter comme ça ? à un événement qui n'allait même pas arriver, dont les protagonistes n'étaient même pas au courant ! « Il rigole là ?! »

-« Non il est sérieux, il veut y assister avec toute la famille. » Henry était sur le point d'éclater de rire. Mais comment avais-je pu me mettre dans ce pétrin ? « J'imagine qu'il ne reste plus qu'à dire à Seth la bonne nouvelle, c'est bien de lui dont il est question ? »

- ha ha ! dis-je pas du tout amusé.

Nous passâmes le reste de la journée à manger quand les jeunes filles de mon age ne me prenaient pas en otage pour me montrer leurs chambres, leurs placards, les voitures de leurs maris et j'en passe. J'avais tellement mal à la tête qu'une fois dans la chambre et allongée sur le lit, j'avais l'impression qu'on venait d'étendre une télé à plein volume.

Malgré leur questionnaire insistant sur mon état marital, ils étaient attachants. Leur accueil m'avait scotché et je devais avouer qu'ils ne faisaient pas de formalités comme l'avait dit Henry. Je n'eus pas le temps de ressasser tout ce qui m'arrivait, j'étais tellement crevé que je m'endormis directement.

J'eu du mal à distinguer mon sommeil de mon éveil, tellement le rêve était vivace.

La seule notion qui me confirmait que j'étais bien en train de rêver était que les couleurs du décor était trop criarde, comme dans une mauvaise reproduction d'un Van Gogh. J'étais en train de regarder un jardin d'une fenêtre. Il y avait une femme accroupie dans l'herbe. Je ne voyais pas ce qu'elle faisait car sa longue chevelure blonde couvrait tout son dos. Elle se retourna vers moi et le choc me coupa la respiration : c'était ma première apparition, la femme du château d'Écosse. Je me tint figé pendant un moment qui semblait durer une éternité. Puis lentement, gracieusement elle me fit un signe de la main, m'invitant à la rejoindre. Je ne bougeas pas. Elle me sourit. Mais ce n'était pas un vrai sourire, il était terne, fatigué, désabusé. Elle se retourna et continua son activité mystérieuse. Ma curiosité me fit pencher la tête pour tenter de voir mieux et l'instant d'après je fus à quelques mètres derrière elle. Je jeta un rapide coup d'œil derrière mon épaule pour voir un grand château, haut et fuselé, pas aussi imposant et massif qu'un château français. Je reporta mon attention sur elle et tressailli en constatant son absence, à la place se trouvait inscrit dans l'herbe arrachée : Calion. Je cligna des yeux et quand je les ouvrit j'étais dans mon lit, les yeux fixant le plafond. Je secoua la tête comme si le rêve était des gouttes d'eau qui m'obstruaient la vue. Qu'est ce que ça voulait dire ? Calion ? Et pourquoi cette femme était revenue me hanter ?

Je passais le lendemain avec les femmes romanichelles. Les choses étaient assez codifiées, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes. J'appris à préparer un gâteau et un plat typique. Je n'arrêtais pas de me dire que Nessie aurait adoré être là, c'était son truc à elle, préparer à manger et s'occuper des enfants : une vraie femme au foyer.

En milieu d'après-midi Henry vint me prévenir de notre imminent départ. Je savais pourquoi j'étais là mais le fait d'être avec eux avait quelque peu anesthésié l'urgence de ma rencontre avec ma mère.

Les aux revoirs furent touchants, j'étais vraiment étonnée de leur accueil et de l'affection à mon égard.

Mais une fois dans la voiture, je n'avais qu'une pensée en tête : j'allais voir ma mère !

-Sighisoara ?

-Exact !

-Tu ne va toujours rien me dire ? lui demandais-je.

-Je préfères que ta mère le fasse elle même. Je tiens juste à te prévenir, elle n'est plus comme tu t'en souviens.

-C'est-à-dire ?

-Tu verras.

-Est ce que je dois avoir peur ?

Il se tourna vers moi : « je pense que tu as rencontré assez de personnes dernièrement qui étaient censées te faire peur. Tu survivras !

Le fait qu'il n'avait pas l'air de rigoler quand il disait que j'allais survivre me dérangea.

Au bout d'un moment il me demanda l'air amusé :

-Alors tu as prévu la date de ton mariage ?

Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour : « C'est vraiment n'importe quoi ! »

-Quoi donc ? Le fait de se marier ?

-Le fait de se marier si jeune, le fait qu'il m'ai posé toutes ses questions, le fait qu'ils s'invitent à mon mariage alors que je ne suis même pas fiancé…

-Tu l'aimes ?

-On vient à peine de se rencontrer…

-Ce n'est pas la question que je t'ai posé.

Devant mon silence, il continua :

-Il tient beaucoup à toi. Vivre aussi longtemps m'a permis de discerner très rapidement les gens et ce garçon t'aime.

Je regardais le coquillage : « une partie de moi n'arrête pas de me souffler que c'est trop beau pour être vrai... »

-Et l'autre ?

-L'autre veut le croire, commençais à le croire...

Je ne finis pas ma phrase. Il me manquait, autant je voulais voir ma mère autant je voulais qu'il soit à mes côtés. C'était comme si rien de mal ne pouvait m'arriver quand il était avec moi. Même si je savais au plus profond de moi que je pouvais avoir confiance en l'inconnu familier qui me conduisait vers ma mère j'aurais aimé avoir Seth près de moi.

-Il n'est pas humain n'est ce pas ?

Je lui lança un regard en biais.

-Je m'en doutais. J'imagine que tu ne peux pas me le dire, un secret.

-Il n'est pas dangereux dis-je un peu agressive, mais c'était juste pour couper court à la discussion.

-J'en suis persuadé répondit-il d'un ton calme.

-Les Cullens non plus.

Il souleva les sourcils, mi-incrédule puis dit : « Je dois avouer...que tu n'as aucune trace de morsures. »

Je poussais un soupir amusé :

-Tu sais que c'est Ness qui m'a soigné quand je m'étais mutilé pour la dernière fois ?

Il me lança un regard étonné et perplexe.

-Je suis impressionné finit-il par dire.

-Carlisle est médecin.

-Il sauve des vies pour pénitence, pour remplacer celles que son espèce tue.

-Il le fait parce qu'il est bon Henry, ce n'est pas parce que la nature a fait de toi un monstre que tu dois t'y plier. Tu as toujours le choix.

-Tu as tellement de compassion et de tolérance pour les autres, mais pour toi...

Je détournais mon visage, je n'aimais pas qu'on me psychanalyse.

-Ça ne devrait pas être très difficile d'organiser ça reprit-il d'un ton joyeux après un silence.

-Quoi ?

-Ton mariage !

-Oh arrête !

-Il suffira juste de lui mettre la puce à l'oreille et je suis sûr qu'il descendra sur un genoux pour te demander de l'épouser continua t-il en rigolant.

-Je vais vraiment le revoir ? Tu vas me ramener à Forks ? lui demandais-je sérieusement.

-Je serais cruel non ? De t'éloigner d'une personne qui pourrait t'aimer éternellement.

-En effet murmurais-je.

J'imaginais Seth habillé de blanc m'attendant devant l'autel, il y a quelques mois rien que l'idée qu'un mec aussi beau que lui pose ses yeux sur moi plus de 5 secondes aurait été rangée dans le placard « Fantasmes ». Alors un mariage !

-Est ce que...tu t'es remarié après la mort de Katarina ?

-Non.

-Tu as rencontré d'autres personnes ?

-Oui, mais aucune n'a réussi à la remplacer.

-En 300 ans ?! m'exclamais-je.

-Tu sais ce que l'on dit, le vrai amour est éternel. Et je ne vois pas l'intérêt de collectionner les conquêtes.

-Tu ne te sens pas seul ?

-Je te mentirais si je te disais non, mais veiller sur vous est mon bonheur et ma priorité.

-On a pas besoin de toi 24/7 dis-je gentillement.

Et je me rendis compte d'une chose. A quel point il avait été présent dans ma vie, de manière plus ou moins discrète. à un certain point ce n'était plus mon père qui prenait les décisions ni s'occupait de nous, enfin de moi en l'occurrence. Henry avait été comme une présence paternelle, un repère dans mes tempêtes.

-Tu n'aimes pas trop mon père n'est ce pas ? lui demandais-je.

Il serra la mâchoire avant de me rétorquer :

-Et toi ?

-Je ne comprends juste pas pourquoi il ne s'intéresse plus à moi. On n'a jamais été vraiment proche mais depuis la disparition de Maman c'est le mur de Berlin. Ça fait mal.

-Tu ne devrais plus trop t'en faire pour lui, il ne te serra d'aucune aide désormais dit-il avec un air méprisant.

-Pourquoi dis-tu cela ?

-Parce que je le tiens responsable, en partie, pour ce qui est arrivé à ta mère.

-Comment ça ?

-Elle lui a parlé de ce qu'elle voyait, de ce qu'elle entendait mais il l'a traité de folle, la menaçant de l'abandonner dans un asile ou de divorcer.

-wow, je savais que ce n'était pas l'entente cordiale entre eux mais quand même...

-Ta mère est très forte pour cacher ses souffrances. Quand j'ai compris ce qui lui arrivait, j'ai essayé de parler à ton père, lui dire d'être plus tolérant envers ta mère, mais rien à faire. Il l'a poussé à bout.

Ses phalanges étaient devenues blanches à force de serrer le volant de colère.

-Poussé à bout ?

-Ta mère, dans un dernier appel au secours lui a révélé, d'où ces voix et ces visions lui venaient, pourquoi. C'est à ce moment qu'il a décidé de divorcer et de vous enlever à elle. Mais il s'est rendu compte que toi aussi, un jour ou l'autre tu aurais ce don...

-C'est pour ça ? C'est pour ça que mon père ne me parle plus ? Parce qu'il a peur de... moi ?

Il hocha doucement la tête. Je m'accoudais contre la fenêtre, sonnée de ces nouvelles révélations.

-Il va quand même pas m'empêcher de voir Ben ? Demandais-je alarmée.

-Je ne sais pas...je ne l'espère pas. Ben a besoin de toi.

-C'est hallucinant dis-je en frottant lentement mon visage dans mes mains : Ma vie est un roman !

-Et c'est juste le début ma chère !

*

Au bout de quelques heures, nous arrivâmes à Sighosoara.

-Quand est-ce que nous allons la voir ?

-Ce soir.

Mon cœur commença à accélérer. Farrell se dirigea vers un restaurant et se gara dans le parking.

-Où est-elle ?

-Elle est dans un endroit un peu à l'écart de la ville, ne t'inquiète pas. Il faut que tu manges avant.

-Je suis trop excité pour manger !

-Je sais. Nous allons y aller Lexie, ne t'inquiète pas mais je tiens à ce que tu manges au moins quelque chose ».

-« okay… » Je ne comprenais pas son besoin de me faire manger, alors que je venais de passer deux jours à m'empiffrer dans ma nouvelle famille.

Une demi-heure plus tard nous étions de nouveau en voiture, j'étais en train d'entamer une banane après les deux clémentines qu'il m'avait forcées à manger.

La soleil commençait à se coucher. Henry conduisait comme s'il connaissait très bien les lieux. Après quelques minutes de route en dehors de la ville, il s'arrêta devant une énorme bâtisse en pierre qui ressemblait à une église. Quelques mètres plus loin sur le côté il y avait un cimetière. Nous sortîmes de la voiture.

Je commençais à frissonner.

-Elle est… ici ?

-Suis-moi. Reste bien derrière moi et ne lâche pas ma main m'ordonna t'il en me la prenant. Il regarda autour de lui avant de s'avancer vers la porte en bois. Il l'ouvrit doucement et sembla scruter l'intérieur avant de s'y engager.

C'était bien une église. Elle ne devait pas avoir été utile depuis un moment car une foule de particules de poussière planait dans la faible lumière des vitraux.

Le souvenir de l'église des McKenzie me revient en mémoire et un frisson me parcourut. Tout d'un coup, je pris conscience de l'inconscience de la situation : j'étais là dans une vielle église abandonnée, près d'un cimetière, à la recherche de ma mère disparue, avec un homme que je croyais être mon majordome mais qui était mon ancêtre immortel : J'étais folle ! Non Lexie, pensais-je, apparemment quelqu'un avait décidé que ta vie soit un roman.

Il traversa les vieux bancs en bois pourri, se dirigeant vers le côté. Il poussa ce qui semblait être le mur de l'église mais une porte s'en détacha laissant apparaître des escaliers descendants.

Là, je commençais sérieusement à avoir la trouille, comment ma mère pouvait-elle se trouver dans un endroit pareil ? De l'air frais parvint d'en bas, me dissuadant de le suivre.

-Qu'est ce qui se passe Henry ? Où est ma mère ? Pourquoi m'as-tu emmené dans ce trou perdu ?

-« Fais moi confiance ». Il avait déjà mis son pied sur la première marche. Pendant un moment, l'envie de lâcher sa main et de m'enfuir fut très forte, mais celle de revoir ma mère la surpassait. J'hésitais un long moment, j'avais l'impression que si je prenais ces escaliers il y avait peu de chance que je les remonte dans le même état.

« Je ne laisserais jamais rien de mal t'arriver ».

Il croyait peut-être que ces mots allaient m'apaiser mais ils eurent l'effet contraire :

-Il y a du mal qui m'attend ?

-Il y a ta mère qui t'attend.

Je respirai un bon coup et le suivis. Nos pas résonnaient et j'avais même l'impression d'entendre mon souffle amplifié. À mesure que nous descendions l'air se faisait plus frais. Finalement nous arrivâmes dans un jardin. Ce devait être une pièce avant car les piliers tenaient encore, mais la nature avait repris le dessus. Le sol était tapissé d'herbes et de fleurs sauvages, du lierre poussait sur les colonnes en pierres. Au centre, il y avait un gros bloc rectangulaire en pierre, on aurait dit un ancien tombeau. Henry s'y approcha ; me tenant toujours la main.

Il faisait maintenant presque nuit. Je leva la tête, le ciel brillait d'une lumière anormalement belle, les dernières minutes du crépuscule. Bientôt nous allions être plongés dans l'obscurité.

Tout d'un coup quelque chose cliqua dans ma tête : les mystères d'Henry, l'opposition des Cullens à ma venue ici, le cimetière juste à coté…se pourrait-il que ma mère… ?

-Henry l'appelais-je soudain paniquée : est ce que...? est ce que ma mère est...

Je ne pu finir ma phrase.

Il posa sa main sur mon épaule, alors que je déglutissais avec difficulté : « Ne t'inquiète pas, tu va avoir les réponses à toutes tes questions, dès que la lune sera levée. »

Je mis ma main dans ma poche et serra le coquillage de Seth. J'avais tellement peur, même l'air confiant d'Henry ne pouvait empêcher mon coeur de battre à m'en couper le souffle.

Nous attendîmes que la lune se montre. Tout mon être était tendu, nerveux, apeuré, excité et je me demandais comment il faisait pour ne pas lâcher sous tant de pression.

Au bout d'un moment, (une éternité) j'entendis un bruit sur le côté, quelqu'un marchait à travers des herbes hautes.

Les secondes parurent interminables, et je vis dans la pénombre, à travers les arbres touffus, une forme se mouvoir.

On aurait dit le bas d'une longue robe volante.

Je n'arrivais plus à inspirer de l'air dans mes poumons et ma gorge était sèche.

Je crus que mon cœur s'était arrêté de battre quand Henry prononça le nom de ma mère à l'intention de la forme.

Et quand une voix, provenant des arbres, se fit entendre, je fus étonné d'être toujours en vie.

Mon corps était tellement tendu, sec, sans oxygène.

-Tu me l'a vraiment amenée ? demanda la voix.

Ce n'était pas la voix de ma mère, pas vraiment…c'était son intonation mais quelque chose ne collait pas dans le timbre…trop grave. Je lançais un regard apeuré vers Henry.

-Oui répondit-il, et elle à hâte de te revoir.

-« Maman ? » Ma voix était étouffée, le mot sorti comme si j'apprenais à parler une langue étrangère.

La forme s'avança, dévoilant doucement le haut de la robe ainsi qu'une chevelure rousse abondante tombant au niveau des hanches. Elle s'arrêta avant qu'on ne puisse distinguer son visage, elle semblait hésiter.

-« N'ai aucune crainte, tout se passera bien… »

Le ton d'Henry était la même que celle d'un père avec son enfant.

La forme fit le dernier pas, dévoilant son visage.

J'eus l'impression d'être pétrifié sur place. Ce n'était plus de la peur, j'étais tellement choqué que mes autres émotions n'existaient plus.

C'était bien ma mère.

Si fine et élancée, si belle…

Mais il y avait des choses qui avaient changés, comme si tous les détails de son apparence, de son visage s'étaient accentués de façon dramatique.

Son teint était si blanc et lisse qu'il semblait être de la porcelaine, j'avais l'impression qu'il reflétait la lumière de la lune.

Ses yeux étaient toujours bleu mais foncés, graves et profonds alors qu'ils étaient d'habitude clairs et rêveurs.

Même la façon dont elle se tenait, était anormalement gracieuse et…dangereuse. Une vague de malaise fit tanguer mon estomac…

La dernière pièce vint compléter le puzzle avec fracas dans mon cerveau.

Elle n'était pas humaine.

Elle en avait l'apparence, un corps, deux bras, deux jambes, une tête mais ça s'arrêtait là. Elle ne dégageait rien d'humain, toutes les choses qui rendaient les gens si commun, si identifiable.

J'avais l'impression d'être devant un corps qui servait d'enveloppe à quelque chose de surnaturel.

-« Maman ? » Ma voix n'était qu'un souffle. Elle s'approcha très doucement de moi et sourit : « ma chérie, je croyais que je ne te reverrais jamais ». Sa voix était si étrange, elle semblait provenir d'ailleurs.

-« Que t'est 'il arrivé ? »

C'était surréaliste ! J'étais en face de ma mère qui m'avait si cruellement manqué et au lieu de me jeter dans ses bras, je restais bloqué sur place, comme si mes pieds s'étaient enfoncés dans le sol.

Elle était vivante, n'était-ce pas le plus important ?

Non. Je voulais savoir pourquoi j'avais l'impression que ce n'était pas complètement elle.

-« Oh, c'est une longue histoire. Je me doute que tu as beaucoup de questions… »

-« Essaye des tonnes… » Je m'étonnais d'avoir gardé mon sens de la répartie dans cette situation, mais ce reflex me rassura, je n'avais pas perdu toute ma tête.

-Mais avant de parler, mon cœur, laisses moi te serrer dans mes bras…

Elle était maintenant à quelques centimètres de moi. Mon cœur battait à tout rompre, j'avais tellement envie de me jeter dans ces bras, mais elle m'effrayait en même temps. Ce fut elle qui, tout doucement, comme si j'étais fragile et qu'elle ne voulait pas me casser, m'enlaça. Comme si j'étais téléguidé ou… envoûté ? Je posais ma tête contre sa poitrine. Son odeur était si enivrante, loin de l'odeur réconfortante dont je me rappelais. D'un coup un poids tomba sur mes paupières, je n'arrivais plus à ouvrir les yeux, j'étais comme endolori, je n'arrivais même pas à paniquer. J'eus l'impression de glisser et ce fut le trou noir.


Je me tates, donc à vous de me dire : est ce que je vous met un chapitre pour élucider le mystère de la mère de Lexie ou repart-on à la Push ? Le sujet qu'il l'emportera sera celui avec plus de 7 reviews.