Bonjour!

Je vous remercie pour toutes vos reviews, c'est toujours un plaisir de lire vos commentaires et de discuter avec ceux qui le veulent ;)

Concernant le chapitre d'aujourd'hui, comme vous allez le voir il est du point de vue d'Harold et le prochain chapitre par contre sera totalement du point de vue d'Astrid. Il est quasiment terminé, j'ai encore quelques dialogues et paragraphes à rajouter, à améliorer certains points et à faire la correction, mais pour une fois vous n'aurez pas à attendre 2 semaines :)

Blue: Merci! Heureux que ça t'ait plu ;)

J'espère que ça vous plaira! Bonne lecture à tous!


Chapitre 28

La mer était calme, c'était à peine s'il pouvait voir les bateaux qu'il contemplait frémir sous le faible assaut de l'océan. Il faisait beau et malgré l'heure encore peu avancée le soleil le réchauffait de ses rayons. Le printemps serait bientôt installé et avec lui viendraient les affres de la guerre. La guerre… Pendant un instant il songea que sans elle, il aurait sûrement était en train d'organiser une expédition pour découvrir le monde. Le nord s'était remis du premier conflit qui l'avait opposé aux hommes de Drago et il se portait bien avant toute cette histoire.

Il aurait pu laisser Hagbard et quelques personnes de confiance s'occuper de tout pendant un moment. Il serait parti avec un petit groupe pour explorer, peut-être serait-il allé encore plus au nord pour voir s'il existait vraiment quelque chose par là-bas ou bien… Il secoua la tête et chassa rapidement ces pensées. Tout cela n'arriverait plus maintenant ou en tout cas pas avant longtemps. Il tourna son regard vers l'île qui se trouvait non loin. Il savait qu'il devait se dépêcher d'y aller pour retrouver son ami, mais il appréhendait ce qu'il lui dirait.

— Allez Krokmou, il faut y… commença-t-il avant d'être interrompu.

Deux dragonniers, à l'armure noire, montés chacun sur un cauchemar monstrueux venaient d'apparaître devant lui et il les reconnut immédiatement. Il s'agissait de Vald et Lara, ils avaient rejoint la Garde Noire assez récemment, en réalité juste avant leur départ de l'île d'Hagbard. Ils étaient originaires de deux clans différents, mais ils avaient passé des mois sur l'île d'Hagbard avant d'être intégrés à la Garde Noire. Même s'il n'avait pas passé beaucoup de temps avec eux, il les appréciait et ils s'entendaient bien. S'il se souvenait bien Vald, un jeune homme aux cheveux noir coupé court, devait avoir dix-neuf ans. Lara quant à elle, devait avoir dix-huit ans. Elle avait des cheveux auburn qui lui atteignaient l'épaule du côté gauche et qui flottaient au vent tandis que du côté droit, trois tresses plaquées couraient le long de son crâne.

— Protecteur ! dirent-ils dans un bel ensemble en portant leur poing sur le cœur.

Harold comprit immédiatement qu'une mission devait leur avoir été confiée. Les nordiens étaient d'une nature très respectueuse, mais ils étaient bien plus informels quand ils étaient en petit groupe. Puisqu'ils n'étaient que trois et qui plus est sur leurs dragons, en plein ciel, la seule raison pour qu'ils suivent le protocole était qu'ils avaient une tâche à accomplir. L'ayant compris il attendit de voir de quoi il retournait.

— Thorkell veut te voir, il nous a demandé de te conduire jusqu'à lui, dit Vald.

— Vous voulez plutôt dire qu'il veut que vous me protégiez et que vous vous assuriez que je ne vais rien faire de fou ou de dangereux, répliqua Harold avec un sourire.

Les deux dragonniers se contentèrent de sourire, confirmant les propos d'Harold.

— J'ai vu Eldrid tout à l'heure et elle était plutôt en colère, vous savez ce qu'il se passe ?

— Euh… Thorkell nous a fait jurer de ne rien dire, il veut t'en parler lui-même, répondit Lara légèrement mal à l'aise.

Harold qui était déjà inquiet eut soudain très peur de ce qu'il allait découvrir en rejoignant son ami. Comme si on avait pas assez de problèmes comme ça, songea-t-il avant de laisser s'échapper un souffle de mécontentement.

— Très bien, allons-y alors.

Encadré des deux dragonniers à l'armure noire, Harold et Krokmou prirent la direction de l'île et ils arrivèrent bientôt en vue du village. De jour celui-ci semblait bien moins sinistre et même s'il avait du mal à reconnaître son village natal avec le mur imposant qui le ceignait il avait presque l'impression d'être revenu des années en arrière. Une époque où il était encore bercé d'illusions et d'espoirs irréalisables. Il avait longtemps refusé de voir la part sombre qui pouvait habiter les vikings, pensant qu'il était possible de faire entendre raison même au plus borné d'entre eux. Avec tout ce qu'il avait vécu, il savait désormais que rien n'était tout blanc ou tout noir. Certaines personnes ne pouvaient être raisonnées et il l'avait appris à ses dépens.

— Thorkell attend devant la grande salle, dit Lara.

Les paroles de la jeune fille firent sortir Harold de ses pensées et il demanda à Krokmou de prendre la direction qu'on venait de leur indiquer. Il arriva rapidement à destination et avant même de se poser il remarqua son ami qui faisait les cent pas non loin de son dragon. Harold le connaissait assez bien pour savoir qu'il n'agissait ainsi que lorsqu'il se retrouvait face à une impasse. Le problème devait être particulièrement grave.

— Allez Krokmou, allons voir quelle catastrophe nous a encore dégoté Thorkell…

Krokmou descendit en piqué avant de se stabiliser et de se poser non loin de Thorkell qui s'immobilisa. Vald et Lara allèrent se poser plus loin pour que les deux amis puissent discuter en paix. Les beurkiens qui se trouvaient non loin et qui n'avaient cessé de discuter à voix basse en observant Thorkell, trouvèrent tout d'un coup mieux à faire en voyant arriver Harold et Krokmou. Ce dernier les regardait avec une telle méfiance qu'Harold se demanda si son ami pourrait un jour se sentir en sécurité sur cette île avec tout ce qu'il s'était passé. Et moi, le pourrais-je ?

Certains entrèrent dans la grande salle dont les portes étaient ouvertes tandis que d'autres descendirent rapidement vers le village. En quelques secondes il ne resta que les deux gardes qui avaient pour ordre de surveiller l'entrée de la grande salle.

— Eh bien, je crois que je n'ai jamais réussi à faire fuir tout le monde aussi rapidement, dit Harold avec un léger sourire.

Il avait espéré que Thorkell réagirait, qu'il en plaisanterait peut-être, mais au contraire celui-ci resta muet. Il avait un visage grave et inquiet, et Harold avait l'impression que lui aussi aurait bien aimé fuir le plus loin possible. En le voyant ainsi il eut la certitude que son instinct ne s'était pas trompé et que le problème devait être particulièrement sérieux. Harold s'approcha de son ami et celui-ci réagit enfin.

— Harold… c'est une véritable catastrophe. Je sais pas… je sais pas comment te dire ça… dit Thorkell en essayant de rester calme.

— Qu'est-ce que tu as encore fait ? demanda Harold.

Il avait envie de croire qu'il s'était trompé, qu'il avait interprété les signes de la pire des manières. Il en était venu à espérer que Thorkell avait commis une erreur, peut-être sérieuse, mais qu'il serait possible de résoudre. Il savait au fond de lui que ça ne tenait pas la route, mais il préférait cette théorie bancale à celle qu'il s'était imaginé. La bonne humeur d'Élia, la colère d'Eldrid et ses paroles, ainsi que cette histoire d'alliance. Il avait bien une petite idée qui pouvait lier tous ces éléments, mais il faisait tout pour la chasser de son esprit.

— Ce que j'ai fait ? C'est pas moi, je te le jure ! J'y suis pour rien.

— Vraiment ? J'ai vu Eldrid tout à l'heure et elle était plutôt énervée contre toi, alors si tu n'as rien fait je peux savoir de quoi il s'agit ?

— Elle est au courant ? demanda d'une voix blanche Thorkell avant de commencer à perdre son calme. Non, non, c'est pas possible… elle va me tuer. On doit absolument trouver une solution Harold.

Thorkell recommença à faire les cent pas. Le fait qu'Eldrid soit au courant semblait particulièrement l'inquiéter et il eut la quasi-certitude que son ami était personnellement impliqué.

— Pour ça, il faudrait déjà que sache exactement ce qu'il se passe. Calme-toi et explique-moi.

— Oui, très bien… tu as raison, dit-il en se forçant à respirer plus calmement.

Thorkell ferma les yeux un instant. Il était fils de chef et à la tête de la Garde Noire. Harold comptait sur lui. Il se devait d'être capable de garder son sang-froid en toutes circonstances. Il fit un effort, souffla plusieurs fois et quand il rouvrit les yeux, il avait repris le contrôle de ses émotions. Il observa son ami, ses yeux s'arrêtant sur les poignées des deux épées qui dépassaient de son dos.

— Euh… Tu voudrais pas d'abord me donner tes épées ? Tu risques de t'énerver quand tu vas savoir…

— Thorkell !

— Très bien, comme tu voudras, mais promets moi de rester calme…

Cette fois Harold eut l'impression qu'il allait lui aussi être personnellement impliqué dans ce mystérieux problème et son angoisse monta d'un cran. L'idée qu'il avait eue un peu plus tôt revint à la charge et à chaque seconde qui passait les pièces du puzzle semblaient pouvoir s'imbriquer de plus en plus facilement. Une nouvelle fois il chassa cela de son esprit.

— Thorkell… commença Harold, l'énervement couvant dans sa voix. Si ça continue comme ça, c'est toi qui vas me faire perdre mon calme. Je dois encore voir ton père pour organiser le transport des chefs puisqu'il semble qu'ils veuillent venir. En plus on doit vaincre un dragon dangereux et signer une alliance, et tout ça en un minimum de temps, alors dis-moi quel est le problème !

Thorkell sembla hésiter une dernière fois, tournant la tête vers l'entrée de la grande salle. Son père devait sûrement s'y trouver et peut-être avait-il espéré qu'il serait celui qui annoncerait la nouvelle à Harold, mais personne ne sortit. Il souffla une dernière fois et prit la parole.

— Je vais me marier avec Astrid, dit-il aussi vite que possible.

À l'entente des paroles de son ami, Harold resta figé, comme déconnecté du monde réel. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Thorkell et Astrid… Impossible. Cela lui semblait complètement insensé. En regroupant tous les éléments qu'il avait, son esprit avait émis l'hypothèse d'un mariage, mais il avait tout fait pour la chasser. Il n'avait jamais envisagé que cela puisse concerner Thorkell et Astrid, en réalité si, quelques secondes plus tôt l'idée lui avait effleuré l'esprit, mais il avait préféré la faire disparaître immédiatement. Désormais il ne pouvait plus se voiler la face, il devait faire face à la réalité.

— C'est… c'est une blague Thorkell ? demanda difficilement Harold.

Thorkell secoua la tête de gauche à droite.

— Malheureusement non… Je te jure que je n'y suis pour rien. Ça ne me plaît pas plus qu'à toi.

Et moi qui voulais lui dire ce que je ressens… Mes dieux, qu'ai-je donc fait pour mériter ça ? À croire que je suis maudit, je ne peux pas passer une journée sans qu'il y ait un problème. Et ça explique le comportement d'Élia, elle devait être au courant…

— Comment ?

Harold semblait être partagé entre le désespoir et l'envie de faire un massacre. Krokmou s'était rapproché, il avait compris que quelque chose n'allait pas et il était prêt à soutenir son ami. Ce qui inquiéta d'autant plus Thorkell, car si Harold décidait de faire quelque chose de complètement fou, il faudrait sûrement maîtriser les deux et ce n'était pas partie gagné.

— Je vais t'expliquer, mais ne fais rien que tu pourrais regretter. Raina est venue m'expliquer que ton père avait des doutes sur Astrid. L'un de ses amis, Varek, était au courant qu'elle avait libéré les dragons de l'arène, comme elle nous l'a raconté. En plus, elle n'avait rien dit sur ce qu'elle avait découvert quand ils sont venus la première fois dans le nord. Tu sais quand elle m'a suivi dans la forêt… Et après elle a été un peu trop pressée de revenir. Stoïck a eu des doutes et il a interrogé Varek. Pour protéger son amie, il a inventé une histoire. Il lui a dit que Freyja est intervenue entre elle et moi, il ne se doutait pas que ça irait si loin. Stoïck a préféré croire ça. Apparemment entre une trahison et la possibilité que les Dieux soient intervenus et qu'Astrid soit tombée amoureuse de moi, il a préféré choisir ce qui lui convenait le mieux et il s'en est servi pour essayer de créer une alliance avec mon père.

— Donc tout ça, c'est à cause de mon père… et de Varek... dit Harold en serrant le poing droit.

— En quelque sorte… Tu veux bien rester calme et ne rien faire d'irresponsable, j'aimerais bien éviter qu'on reproduise ce qui s'est passé hier…

Harold prit conscience de la douleur dans sa main à force de serrer le poing et voyant le regard inquiet de Krokmou, il essaya de se calmer. Il était énervé contre son père, mais il savait aussi que Thorkell avait raison. Il devait se retenir d'aller s'en prendre à lui sans quoi toute cette histoire risquait de finir encore plus mal que le combat de la veille. À la place il essaya de réfléchir à une solution et réalisa que s'il y avait un problème c'était parce que la proposition avait été acceptée.

— Ton père a accepté, c'est ça ?

— Malheureusement, dit-il sans pouvoir cacher une pointe de désespoir. Raina m'a dit qu'il a accepté le jour même où il est arrivé ici, je sais pas pourquoi. Je n'ai pas encore pu lui en parler, il est à l'intérieur avec Stoïck, ils s'organisent pour le voyage des chefs, dit Thorkell en désignant la grande salle du regard.

— Et il n'a pas besoin de mon autorisation pour ça ? dit avec amertume Harold.

— Euh… Eh bien… Oui, commença Thorkell avec hésitation.

Harold ne faisait jamais grand cas du protocole, au contraire même, il avait toujours laissait une grande liberté à tout le monde. Ce qui lui avait permis de bien s'entendre avec une bonne partie des chefs et pendant un très court instant Thorkell se demanda si Harold n'allait pas changer sa manière de fonctionner à cause de ce qui venait de se passer.

— Tu sais, tu n'aurais pas pu faire grand-chose pour cette histoire de mariage, en tout cas pas officiellement, continua Thorkell. Ton titre ne te permet pas de donner d'ordre sur ce genre de chose malheureusement. Et pour les discussions qu'a commencées mon père, on n'a pas vraiment le choix de toute façon, surtout si tu veux qu'on ait signé l'alliance ce soir. Il faut qu'on règle le problème de ce dragon dans la journée, on n'a pas de temps à perdre.

Thorkell avait beau en vouloir à son père pour la décision qu'il avait prise, il ne pouvait s'empêcher d'essayer de le défendre. Toute cette histoire l'énervait et l'inquiétait. Il essayait de rester calme, de ne pas s'emporter, mais il ne pouvait s'empêcher de songer à toutes les fois où il aurait été possible de régler le problème avant qu'il n'apparaisse et il ne savait pas vraiment à qui il en voulait le plus. À lui-même, à son père, ou à Harold.

— Très bien, fit Harold les bras croisés et passablement énervé. De toute façon il faut mieux que j'évite d'y aller. Dire que j'avais prévu de tout dire à Astrid… Tu sais comment elle a pris la nouvelle ?

— Non, je n'ai pas pensé à demander à Raina. J'étais plutôt sonné quand elle m'a annoncé ça. Moi ce qui m'inquiète c'est Eldrid… Elle risque de me tuer avant même que j'aie pu lui expliquer. Tu aurais dû parler à Astrid bien plus tôt, on aurait peut-être évité tout ça… dit-il avec une pointe de reproche.

Harold n'aurait su dire si son ami avait fait exprès de lâcher cette dernière phrase de cette manière ou si c'était involontaire, mais ce dont il était sûr c'était que d'eux deux ce n'était sûrement pas lui qui était le plus fautif. Bien malgré lui, il n'arriva pas à faire comme si de rien n'était et il s'énerva.

— Tu te fous de moi Thorkell ?! C'est moi qui aurais dû aller parler plus tôt à Astrid ? Tu veux plutôt dire que c'est toi qui aurais dû dire la vérité à ton père. Regarde où nous a menés votre idée à toi et Eldrid de vouloir garder votre relation secrète.

— C'est la meilleure celle-là ! Tu n'es pas vraiment bien placé pour me reprocher d'avoir gardé ça secret ! Je crois qu'entre nous deux c'est toi qui caches le plus de choses !

Thorkell avait prononçait sa dernière phrase avec force. Les deux amis se faisaient face et semblaient avoir oublié où ils se trouvaient. Ils semblaient être prêts à lancer une nouvelle salve d'accusations quand ils furent interrompus.

— On peut savoir ce qu'il se passe ?!

Hagbard venait d'arriver à côté des deux jeunes hommes qui se faisaient face. Aucun d'entre eux ne l'avait vu arriver. Il posa une main sur l'épaule de chacun d'entre eux et prit la parole.

— Alors que se passe-t-il, j'ai entendu crier. Je vous rappelle qu'on est censé montrer un front uni alors ce n'est pas vraiment le moment, dit-il en jetant un regard vers la grande salle dont il était sorti rapidement.

Harold et Thorkell réalisèrent qu'ils s'étaient laissé emporter. Ils virent que Vald et Lara s'étaient rapprochés, sûrement pour intervenir s'ils avaient été trop loin. Quelques vikings se trouvaient également à l'entrée de la grande salle, dont Stoïck. Ils regardèrent pendant quelques instants le petit groupe et constatant qu'il n'y avait rien à voir, ils partirent accomplir ce qu'ils avaient à faire.

— C'est à cause du mariage, fit Harold.

Hagbard sembla perdre immédiatement toute envie de faire des remontrances aux deux jeunes hommes.

— Je m'en doutais, j'aurais dû t'en parler avant pour que tu ne l'apprennes pas comme ça, dit-il à son fils.

— Pourquoi as-tu accepté ? demanda Thorkell.

Hagbard se passa une main dans les cheveux, légèrement mal à l'aise face à cette question.

— Le voyage avait été fatiguant et en arrivant Stoïck nous a proposé à boire, entre la fatigue et ça, je me suis laissé convaincre… Surtout que tu m'as l'air de bien t'entendre avec Astrid et l'un de ses amis a confirmé à Stoïck pour vous deux. Et puis il était grand temps Thorkell ! s'exclama Hagbard en se reprenant. À ton âge j'étais déjà marié avec ta mère… Elle aurait été fière de celui que tu es devenu et de voir ton mariage, continua-t-il en laissant s'échapper une pointe de tristesse à la fin de sa phrase. Alors où est le problème ? C'est à cause de l'alliance que va engendrer le mariage ? Une fois qu'on se sera occupé du dragon, nos deux camps seront alliés et le mariage renforcera un peu plus nos liens, ça ne peut qu'être bénéfique…

— Le problème… commença Thorkell, c'est que je n'aime pas Astrid. C'est Harold qui est amoureux d'elle… Il lui a juste fallu une éternité pour le reconnaître...

— Et Thorkell est avec Eldrid, enchaîna Harold de mauvaise humeur. Ils ont préféré garder leur relation secrète pour pas avoir à se marier immédiatement. Voilà où ça nous a menés…

— Attendez, quoi ? Stoïck m'a assuré…

— Stoïck a cru ce qu'il voulait croire, il doit même être persuadé de tout ce qu'il t'a dit, dit Thorkell avec rancœur.

Hagbard fit courir son regard de l'un à l'autre avant de se masser le front en réalisant le problème.

— J'y crois pas ! Pourquoi n'avez-vous rien dit ?! Il ne vous est pas venu à l'esprit qu'il aurait été bien de m'en parler. Surtout toi Thorkell ! Pour Harold je peux comprendre, mais toi Thorkell tu sais ce que j'en pense…

— Justement, je savais que tu m'aurais forcé à faire ma demande… On voulait prendre notre temps avec Eldrid… J'avais pas imaginé que tu accepterais une demande sans même m'en parler !

Hagbard connaissait bien assez son fils pour entendre les reproches sous-jacents, mais il savait que s'énerver ne mènerait à rien et il prit le temps de réfléchir avant de répondre calmement.

— On reparlera de tout ça Thorkell, mais pour l'instant on n'a pas le luxe de se disputer. C'est bien compris ? dit Hagbard en regardant les deux jeunes hommes qui semblèrent entendre raison. Très bien. Le problème c'est que j'ai accepté la proposition et vous savez que je ne peux pas revenir sur ma parole.

Harold s'était douté qu'il dirait ça, il connaissait désormais bien assez les nordiens pour savoir qu'ils faisaient quasiment toujours passer l'honneur avant toute chose. Hagbard avait donné sa parole et revenir dessus aurait été aller contre ses principes. En plus, avec les relations déjà tendues entre eux et la Coalition, ils ne pouvaient pas vraiment se permettre de les offenser.

— Il doit bien y avoir un moyen, fit Thorkell.

— Désolé fils, mais je ne vois pas. Enfin… la jeune Hofferson pourrait allait tout dire à Stoïck et peut-être qu'il pourrait renoncer. Mais cela risque de le mettre en mauvaise posture face aux autres chefs, ils pourraient croire qu'il ne tient pas ses paroles.

— Et il faudrait mieux éviter qu'Astrid ne soit obligée d'aller tout lui dire, intervint Harold. Avec ce qu'elle a fait pour les dragons sans compter Tempête, Stoïck risque de mal le prendre… dit-il avant de plonger dans ses pensées.

— Et quand on voit ce qui s'est passé hier entre vous deux… fit Thorkell.

— S'il décide de la sanctionner ou s'il considère qu'elle a trahi son clan… commença Hagbard. On ne pourra pas intervenir sans mettre en danger l'alliance et on en a besoin. Je suis désolé pour vous deux, mais…

— J'ai peut-être une idée, le coupa Harold. Je crois me souvenir d'un texte disant qu'il est possible de repousser un mariage en temps de guerre ou quelque chose comme ça. Ça te dit quelque chose, demanda Harold en se tournant vers Hagbard.

Ce dernier prit le temps de réfléchir et après ce qui parut une éternité il répondit.

— La tradition d'Erika, oui ça pourrait fonctionner, dit-il avant de voir les regards interrogatifs. C'était une princesse qui a vécu il y a très longtemps, si elle a existé, c'est difficile à savoir. Vous avez déjà dû entendre certaines histoires à son sujet, elle a accompli de grands exploits. Et il y a cette tradition qu'on lui attribue. En temps de guerre, il serait possible de repousser tout mariage, même pour conclure une alliance, à après le conflit. Le but serait d'éprouver les liens des promis et des clans quand ils ne viennent pas du même. Dans ce cas-là, ça implique quand même une promesse d'assistance, une sorte d'alliance, mais le mariage est repoussé.

— Donc on peut se servir de cette tradition, dit Thorkell en reprenant espoir. Ça ne permettra peut-être pas de l'annuler, mais on gagne du temps pour trouver une solution.

— Oui… On va trouver... fit Harold en semblant déjà perdu dans ses pensées à chercher une solution.

— Très bien, on va faire comme ça alors et on trouvera une solution définitive plus tard. Je suis désolé, mais pour l'instant on a plus urgent à faire. J'ai organisé avec Stoïck le voyage, tous les chefs vont embarquer sur nos navires puisque ce sont les plus rapides. Pour plus de sécurité ils vont être répartis sur chaque navire, seul le tien Harold n'est pas concerné. Je me suis dit que si tu en as besoin, tu ne voudras pas y voir de beurkiens.

— C'est sûrement mieux comme ça. Quand serons-nous prêts à partir ? demanda Harold en faisant un effort pour se concentrer.

— Dans très peu de temps, tout le monde est prêt chez nous, il manque juste les chefs de la Coalition. Stoïck est parti les informer, dès qu'ils auront embarqués on pourra partir.

— Tu ferais sûrement mieux d'aller vérifier que tout se passe bien dans ce cas.

Hagbard approuva et regarda une dernière fois les deux jeunes hommes.

— Ne faites rien d'inconsidéré, souvenez-vous, on a besoin de cette alliance. Ne laissez pas vos sentiments mettre en péril des vies, les mit-il en garde avant de partir.

Il s'arrêta juste après et tourna son regard vers Harold.

— J'ai failli oublié, Harold, il va falloir qu'on parle sérieusement de ce que tu as fait hier… dit-il avec un regard appuyé avant de partir pour de bon.

Harold comprit qu'il ne s'en sortirait pas aussi bien qu'avec ses amis. Hagbard avait tendance à agir avec lui comme avec Thorkell et il redoutait déjà cette conversation qui finirait pas arriver.

— Thorkell, tu veux bien rejoindre Élia, je lui ai demandé de vérifier que la Garde Noire est prête. Occupe-toi des dernières vérifications et essaie de parler à Eldrid…

— Toi, tu vas faire quoi ? Tu vas parler à Astrid ?

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, dit Harold avec une pointe de déception. Si je lui dis, elle risque d'aller parler à Stoïck, enfin si elle partage mes sentiments. Mais si elle fait ça et qu'il considère qu'elle les a trahis… Je ne sais pas ce qu'il fera et ton père à raison. Je ne peux pas risquer la vie de tout le monde à cause de mes sentiments. Si ça se passe mal et que j'interviens, l'alliance risque de tomber à l'eau. Alors pour l'instant, le mieux est peut-être de laisser les choses ainsi en attendant de trouver une solution.

Il était évident que cela avait été difficile pour Harold d'en venir à cette conclusion et Thorkell posa une main sur l'épaule de son ami en signe de soutien.

— Désolé pour tout à l'heure Harold, pour m'être énervé. Je sais que c'est difficile pour toi aussi. Tu penses vraiment qu'on va trouver une solution ?

— Moi aussi je suis désolé, je n'aurais pas dû m'énerver, tu n'y es pour rien. Je suis sûr qu'on va trouver une solution. Je vais retourner sur le navire et commencer à chercher en attendant qu'on parte. Le seul bon point c'est qu'à cause de toi j'ai lu à peu près tout ce que j'ai pu trouvé sur les mariages et les traditions qui y sont associées dans le nord.

Harold sourit faiblement une dernière fois à son ami pour le rassurer et il se dirigea vers Krokmou. Il espérait vraiment qu'il trouverait une réponse à leur problème, qu'elle existait, mais il craignait que dans toute l'histoire viking jamais personne n'ait inventé une solution à une telle situation.

— Comment ça ? demanda intrigué Thorkell.

— Si je me souviens bien, j'ai entendu dire que tu t'étais fait passer un savon par Eldrid quand j'ai passé une nuit blanche à la bibliothèque à cause de toi… Ça te rappelle quelque chose ? répondit Harold juste avant de demander à Krokmou de décoller.

Il fut immédiatement rejoint et encadré par les deux jeunes dragonniers en armure noire qui avaient reçu pour mission de le protéger. Ils prirent la direction des navires, laissant Thorkell réfléchir aux paroles de son ami.