Les Maraudeurs sont, comme Mné l'avait dit, dans le bosquet. Ils discutent. De nous ? On va voir ça. Il n'y a aucun mal après tout, l'alliance n'est pas encore signée.

Tiens, mais c'est mon cher Black-Patmol-Apollon-idiot de service qui parle… trois fois plus intéressant.

Je me tapis dans les fourrés, comme si j'étais en chasse. Oh rassurez-vous, je ne suis pas agressive. La seule personne que j'aie jamais attaquée était Black. Aucun mal, donc. Ce n'est que Black.

Enfin, pardon pour cette incartade, mais je me suis encore perdue dans mes pensées. Je disais que je me couche dans l'herbe, à l'image de Maïa et de Let' (bien qu'elle ne soit pas trop discrète, mais bon, c'est un ours). Déméter s'assied sur son arrière-train, dans une pose des plus cocasses pour un équidé. Mnémosyne retourne se percher sur sa branche et fixe Lupin avec une admiration non dissimulée.

Je les vois par un trou dans la haie. Lupin est allongé sur un banc, Potter écrabouille le dossier d'un autre, Pettigrow dort dans l'herbe, et Black…Black est installé sur un rocher d'opérette censé décorer le lieu. La Lune l'éclaire de biais, illuminant ses cheveux à l'image de son nom de reflets argentés.

Je manque de me lécher les babines, ce qui n'aurait pas été discret. Il est trop beau ! Ce n'est pas humainement possible une telle splendeur, par les prunes dirigeables de Xenophilius Lovegood ! Quelle aristocratie, quelle finesse dans les traits ! Quel charme ! J'adore son nez – parfaitement droit malgré tout ce que je lui ai fait subir – j'adore ses lèvres d'une finesse charmante, j'adore ses yeux – que je ne peux pas voir, et heureusement – d'onyx.

Dommage qu'il soit aussi bête.

Chut. Ecoutons.

- Elles vont refuser, prédit Black. Elles vont refuser et on va payer.

T'es dans le panneau mon gars… Mais si tu veux t'en prendre davantage dans la figure, je suis à ton service. Je ne demande que ça.

- Dis plutôt que tu vas t'en prendre encore plein dans la figure, rétorque Lupin qui admire le croissant de Lune (il me semble entendre l'aigle soupirer. Ah non ! Il va vraiment falloir que je la chapitre. Ce n'est plus possible !) Mais tu l'as cherché.

Pourquoi j'ai l'impression qu'on commence à parler de moi ?

- Elle me provoquait ! Je ne pouvais plus tenir !

- C'est toi qui a commencé, dit alors Pettigrow qui ne dormait pas comme je le croyais. Elle ne t'en voulait pas autant au début.

- Elle te reluquait comme les autres, dit soudain Potter que je pensais pourtant rêver à l'inaccessible Evans.

- Et elle n'a pas cessé, l'interrompt Lupin. Elle a juste changé sa ligne de conduite. C'est quoi son nom, au fait ?

Bravo ! Quelle profondeur ! Quelle mémoire ! Décidément, la crétinerie me paraît être une institution chez eux. Le manque de clairvoyance aussi. Si seulement ils avaient la moindre idée…

- Hum…reprend un Black réfléchissant pour la première fois de sa vie. Je crois que c'est Eurynome. Mais rien n'est sûr avec ces filles. Elles se ressemblent tellement qu'il m'arrive de ne pas savoir laquelle me fait encore un sale coup.

YES !

- C'est la meneuse, non ? reprend Pettigrow (il déploie des efforts d'intelligence celui-là…Surprenant.)

- Ça lui ressemblerait bien, grogne Black-toujours-aussi-beau. Il n'empêche que je vais encore souffrir. Vous ne voulez pas m'aider ?

- Rêve ! rétorquent trois voix unanimes. Tu l'as cherchée.

J'en grogne de bonheur…avant de m'apercevoir que j'ai failli me faire prendre. Ouf, sauvée pour cette fois.

- Je crains, mon cher Patmol, reprend ledit Lunard alias le squelette, que tu n'aies jeté ton dévolu sur la pire. Tu l'as provoquée au début de l'année, elle t'a répondu.

Je n'en entends pas plus, car une idée brillante vient de me traverser l'esprit. A pas de velours, j'entreprends de contourner le bosquet. Hinhin, il va bientôt être temps de nous montrer…et Pettigrow n'a pas tort pour une fois, c'est moi qui vais ouvrir le jeu.

Une fois arrivée à l'arrière, espionnée par une Mnémosyne plus qu'étonnée de mon manège, je recule de quelques pas pour prendre mon élan. Soudain, je commence à courir et exécute un bond des plus gracieux par-dessus la haie.

Potter se casse la figure de son banc. Black glisse de son rocher et se cogne la tête. Lupin bondit sur ses pieds. Mais c'est quand même Pettigrow qui a la palme. Il sursaute et se retourne comme une crêpe.

Je suis navrée de devoir le dire, mais je loupe tout mon effet. Pettigrow est si drôle que je commence à rigoler. Avez-vous déjà vu un fauve qui rit ? Croyez-moi, ça vaut le détour. Je produis des sons hybrides, à la frontière entre le rugissement et le gloussement. Ajoutez à cela que j'ai un sourire plus large qu'une banane, et vous comprenez pourquoi j'ai l'air aussi ridicule.

Les Maraudeurs ouvrent des yeux ronds, ce qui accroît mon hilarité. Je me roule par terre de bonheur. C'est fou, on pourrait presque les prendre pour des poissons rouges. Attention, il y a ici un ours qui adore aller à la pêche ! (ce qui n'est pas faux d'ailleurs : cet été, Léto a dépeuplé une rivière à force de faire joujou avec ses habitants)

En parlant d'ours…mes sœurs arrivent, dans une entrée beaucoup moins théâtrale que la mienne. Quoique je me demande…Mnémosyne décrit de grands cercles pour aller se poser sur la tête de – je vous le donne en mille – Lupin, Maïa essaye de goûter à la cheville de Pettigrow, Léto a trouvé une balle Mac Go sait où et veut que Black la lui lance comme à un chien (je continue à rigoler. Black ouvre des yeux plus ronds que le plus rond des cercles. On dirait que Binns fait un striptease devant lui. En plus, j'ai une excellente vue sur son postérieur et…elle remue la queue ! Hilarant !), et Déméter couronne le tout en paraissant envisager faire de la brochette de Potter.

Je cesse bien vite de rire…quoique vu sous un certain angle ça le vaudrait. Black est définitivement un imbécile. A la place où il se trouvait deux secondes plus tôt se tient à présent un gros chien noir, aboyant avec fureur sur mon ourse de sœur.

J'en resterais comme deux ronds de flancs si je pouvais analyser la situation. C'est vrai, quoi, un chien attaquant un ours ne peut être que suicidaire. Mais une seule chose me préoccupe. Vous devinez bien laquelle.

Par les caleçons de Dumbledore…Black, un chien… Hum, je crois que nous venons de perdre une partie de notre avantage.

Léto est en train de gagner. Bientôt, si les Maraudeurs n'agissent pas (et ce serait étonnant qu'ils le fassent, tous sont occupés), il ne va plus rester de Black qu'une carpette de lit. J'avoue que ça ferait très joli dans ma chambre, rue de la Providence…

Bon, j'ai pitié. Enfin, pas vraiment. Seulement, si Black meurt maintenant, je ne pourrais plus me venger.

Je me lève donc paresseusement, et m'étire tout en baillant. J'en suis assez fière, c'est une attitude très naturelle pour les félins, et j'ai eu du mal à l'imiter. Enfin, ça m'a bien servi le jour où – encore une fois suite à un pari – je suis allée me promener dans un zoo. Les Moldus mourraient de peur, et moi je me promenais tranquillement sur un mur. C'était la première fois que j'approchais d'aussi près des personnes sans pouvoirs magiques. L'inconvénient est bien là, avec mes cheveux : je peux difficilement passer inaperçue.

Oups, pardon, je me suis encore égarée. Oui, je disais que je m'étire d'une manière très féline. Puis, toujours aussi paresseusement, je vais m'interposer entre Black et Léto. Derrière moi, Déméter pousse un hennissement étonné, ce à quoi je réplique par un rugissement dissuasif. Elle s'inventera sa propre explication, ce sera mieux.

Léto a maintenant reculé, visiblement déçue. Pas pour longtemps, les Serpentards sont nombreux à Poudlard, elle pourra prendre sa revanche.

Black reprend forme humaine. Je dois me retenir de ronronner. Hum, je ne m'y ferais jamais, il est vraiment splendide. Ses cheveux sont si brillants…Je me demande s'ils sont aussi doux que le disent les rumeurs… Oh non, ça suffit ! Black est beau, mais…dommage qu'il soit aussi bête.

Idée ! Oui, la réalisation de mon plan va commencer…maintenant !

A mon tour, je recouvre mon apparence. Inconvénient ou avantage, je n'en sais rien, mais je le vois immédiatement beaucoup moins. C'est à peine si je distingue les contours de son ombre. Je dois renoncer à tout espoir de voir sa réaction.

Lui, en revanche, doit me voir parfaitement. Autre inconvénient du fait d'avoir des cheveux brillants comme des lampions.

A mes côtés, Maïa la louve se mets à haleter comme un chien. Je connais cela. Le suspens est pour elle à son comble. Les Maraudeurs n'ont pas tort, c'est moi la meneuse. De mes actions dépendent nos relations futures avec les quatre garçons.

Je sors ma baguette à la vitesse de l'éclair. De faibles bruits – corroborés par un grognement menaçant de Léto – m'indiquent que les trois autres zigotos font de même. On ne sait jamais, je pourrais me transformer subitement en serial killeuse.

Navrée de les décevoir.

- Lumos, je murmure d'une voix qui doit paraître bien mystérieuse.

C'est risqué. Black me voit à présent, et la moindre expression faciale peut me trahir. J'espère être assez bonne comédienne.

Black m'apparaît en pleine lumière. Et zut, je n'avais pas prévu ça. Eurynome, ma vieille, tu commences à te rouiller. Il faut que tu reprennes du poil de la bête. C'était prévisible, pourtant. J'aurais dû penser qu'éclairer le visage de…ce dieu vivant m'aurait plus que tentée de reprendre mon matage permanent. Et dire que je ne puis même pas essayer de l'éviter. C'est idiot, je devrais être contente au contraire, puisque je dois regarder son visage. Mais je ne veux pas me trahir, et là est le plus grand danger.

Black arbore de charmantes raies rouges sur tout le visage. Quatre marques en particulier – les griffes de Léto – lui donnent un style très…très victime, ce qui illustre parfaitement sa condition. Et encore, mon gars, t'en as pas fini ! Léto t'a marqué de sa signature, ça va à présent être à moi de te réduire en charpie.

Doucement pour contrôler le tremblement qui me prend soudain (c'est vrai, quoi, je n'ai pas l'habitude de faire ça tous les jours…), je tends la main et pose l'extrémité de mes doigts sous son menton. L'extrémité seulement, la décharge que je reçois (par tous les hiboux blancs de la famille, les rumeurs sont vraies ! Black a la peau plus douce que celle d'un bébé. Je ne m'en étais jamais aperçue quand je le giflais à tour de bras, mais maintenant je culpabilise d'avoir autant maltraité cette…oh, assez ! Je ne suis pas une greluche fleur bleue, moi !) me dissuade d'en faire plus.

Je fais pivoter la tête de Black pour regarder ses blessures – très superficielles cela soit dit en passant. Il se laisse faire. Je le devine aussi étonné que mes sœurs et ses amis, mais il ne réagit pas. Je crois pouvoir penser qu'il y a à cela trois raisons :

Il est curieux.

Il ne sait pas à qui il a affaire.

Il veut sauvegarder ses maigres chances de s'en tirer vivant.

Fichtre, j'ose dire (désolée, j'en avais envie). Léto ne l'a pas loupé.

Sans l'éteindre (si si, c'est possible, quand on est un génie comme moi), je passe ma baguette sur ses plaies, refermant les coupures par un simple sort. Black a tôt fait de recouvrer sa beauté…et il est tellement étonné de ce que je viens de faire que ça vaudrait le coup de prendre une photo pour l'envoyer à Rita Skeeter.

Fière de mon œuvre, je le lâche (et pourtant c'est dur…c'est quoi son savon ?) et recule de quelques pas. A ce moment, mes sœurs se sentent libres de, à leur tour, recouvrer leur forme initiale.

Les Maraudeurs peuvent parler.

- Ça m'aurait étonné…soupire Potter. Vous ne faites rien comme tout le monde, hein ?

- On pourrait en dire autant de vous, rétorque Léto sur un ton sec (ai-je dit qu'elle est un poil rancunière ? Je ne crois pas qu'elle ait apprécié qu'un chien essaye de lui tenir tête)

- C'était obligé, soupire Lupin (j'écrase le pied de Mnémosyne, histoire qu'elle pense à autre chose) Nous avons…des obligations.

Nous ? Donc…hum, je crois que Léto n'avait parlé que pour Black, mais il semblerait que le phénomène se soit étendu à eux quatre.

Il a dit des obligations…je me demande ce que c'est…un secret ? Bon, et bien je vais leur tirer les vers du nez. Les Maraudeurs connaissent le nôtre, il est hors de question qu'ils ne nous révèlent que la moitié du leur.

- Ce qui est intéressant, lâche Maïa en admirant les étoiles, c'est que tu as dit « nous »…

J'adore ma sœur ! C'est parfait, elle fait tout le travail à ma place. Je n'ai plus qu'à écouter.

Enfin, là, il s'agit plutôt de regarder. A la lumière de nos cinq baguettes allumées (ah, six ! Lupin s'y est mit aussi.), je peux voir Black se transformer à nouveau en chien. Belle bête, d'ailleurs. Faudrait que je l'attache à une niche…est-ce qu'il apporte les pantoufles le matin ? Ah non, Eury, ça suffit !

Mais ce n'est pas tout. Potter se transforme à son tour en un cerf (le canasson !), et paraît très satisfait de lui-même…comme d'habitude en fait. Pettigrow rapetisse brusquement et se transforme en…une souris ? Un rat ? Hum, et moi je suis un gros chat. J'aime bien chasser les petites bêtes dans son genre…

- Et toi ? demande brusquement Déméter à Lupin. Tu n'es rien ?

- Hum…heu, non…c'est-à-dire que…je n'ai pas réussi.

Pfff… Pathétique. Par les lunettes de Merlin, ce n'est pas possible, un garçon qui ment aussi mal ! Si on collabore vraiment, il faudra revoir ça…

- Ne nous prends pas pour des imbéciles, je dis alors. Tu es le plus brillant. N'essaye pas de dire le contraire, vous nous l'avez dit vous-même le soir du banquet de début d'année. Si tes amis ont réussi, je ne vois pas pourquoi tu aurais raté ton coup. Ne nous dit pas non plus que vous n'étiez pas encore potes à ce moment là, ce serait une autre salade, je me suis renseignée. Alors, pourquoi ?

Silence de mort. Secret défense ? D'accord, mais ce n'est pas pour autant que je vais leur ficher la paix. Je veux savoir, alors je saurais !

- C'est vrai qu'il y a de quoi se demander, rajoute Maïa sur le ton le plus provoquant de sa réserve. Mais bon…si vous ne voulez pas nous dire…c'est à vos risques et périls.

- Nous étions tous prêts à accepter votre proposition d'alliance, renchérit Mnémosyne qui bizarrement regarde ailleurs dès que Lupin a la tête tournée vers elle. Tous. Y compris Aphrodite. Mais manifestement, comme vous refusez de jouer franc jeu…

- Il ne peut y avoir d'alliance…poursuit Léto.

- Et vous nous avez donné matière à réfléchir, je reprends. Ou vous nous dites et on scelle notre accord…

- Ou vous refusez et vous allez en baver, achève Déméter.

- Si vous le faites, on révèle au Ministère que vous êtes des animagi, dit soudain Black dans un éclair d'intelligence (très court éclair)

- Fais ça et on vend la mèche nous aussi. C'est donnant-donnant.

Et je vous le donne en mille…Maïa ! Victoire par KO ! Les Maraudeurs sont au tapis ! Ce n'est pas demain qu'ils détrôneront la fratrie.

Bon, ce n'est pas tout, mais je suis curieuse, moi. La proposition est telle que les Maraudeurs ne peuvent la refuser sans signer leur arrêt de mort…au propre comme au figuré. Certes, un refus ne serait pas très avantageux pour nous non plus, mais il semblerait que Lupin (le cerveau – quoiqu'avec eux tout est relatif – de la bande) se soit rappelé que nous dénoncer serait déchaîner les triplés, Aphrodite, et les redoutables jumeaux. Peut-être même aussi Pyrrhus.

Silence. Seraient-ils timides ?

Silence. Hum, gros secret…

Silence. Ça aiguise ma curiosité.

Cinq minutes encore de silence.

Ça commence à bien faire…

- Promettez-nous que vous ne direz rien à personne, dit soudain Lupin.

- Ce qui entre dans nos oreilles ne ressort pas par notre bouche, déclare Mnémosyne d'un air docte (je manque de pouffer de rire : elle n'arrive toujours pas à regarder Lupin dans les yeux, et pourtant soupire après lui dès qu'il a le dos tourné.)

- Qu'est ce qui nous le prouve ?

Black, bien sûr. Qui d'autre ? Si je n'avais pas d'autres projets en tête, je ferais de lui de la chair à pâté…pour chien. Restons dans le thème.

- Si nos parents avaient su pour le Cognard, je déclare sur un ton lent (j'adore lui faire peur !), tu serais mort dès ton arrivée sur le quai. Business is business, les affaires personnelles ne sortent pas de chez nous.

Nul n'est besoin de dire que je lui réserve un sort bien pire que celui qu'aurait pu lui infliger Papa. Il est membre du bureau de création des sortilèges de défense contre les forces du mal. A ses yeux, pour avoir osé s'en prendre à une de ses filles, Black serait devenu pire que Grindewald. Sa punition n'aurait pas été tendre, c'est moi qui vous le dis.

Enfin, je parle beaucoup de ma revanche…mais à dire vrai je ne sais pas comment je vais m'en tirer. Black va souffrir, certes, mais moi ? Je n'ai jamais mis à exécution un plan pareil. Il ne me plaît guère, en fait. J'ignore même comment j'ai fait pour penser à une chose qui me ressemble aussi peu. Mais tant pis pour les conséquences. Ce que je pourrais ressentir ne sera que du petit lait en comparaison avec ce que va souffrir Black.

- Vous jurez vraiment ?

Potter est idiot. S'il tient tellement à ce qu'on garde le secret, il n'a qu'à demander un serment inviolable. Mais il semblerait manifestement que pareille pensée le dépasse. Ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre, après tout. Le processus gratte. Je sais, oui, je ne suis pas censée en connaître les effets. Mais en réalité, j'ai déjà essayé le serment inviolable, une fois. J'ai oublié quelles en étaient les clauses. Malheureusement, un professeur nous a découverts avant la fin du sortilège, et nous ne nous sommes pas engagés (le second membre de ce nous était – si mes souvenirs sont bons – un septième année de Beauxbâtons…que j'avais traumatisé)

- Parole de Délos, lâche Maïa dans une imitation presque parfaite de la voix de Potter (ce qui a le don de le mettre en rogne…très joli coup) Même les triplés ne sauront rien.

Les Maraudeurs échangent un regard, histoire de savoir si on peut vraiment nous faire confiance. Il semblerait que la réponse soit néanmoins oui, car Lupin ouvre la bouche et dit…

- …je…je…Je suis…un…loup-garou.

Ah…

Je n'avais pas prévu ça. Bonne explication à leur réticence. Je ne crois pas que cela puisse être un mensonge. Vu leur tête, Lupin a dit la vérité, et ils sont trop mauvais comédiens pour jouer un rôle sans que je ne le voie.

Un loup-garou…ça explique. Hum, je ne connais pas très bien ces créatures. Elles sont brutales et sanguinaires, c'est certain. Mais seulement lors de la pleine Lune, apparemment. Lupin est loin d'être un monstre incontrôlable, hormis le fait que c'est un Maraudeur.

Les préjugés envers ces bestioles sont grands. La plupart les détestent. D'autres, pour faire original, les considèrent comme de gentils animaux de compagnie si on les croit. Je n'appartiens à aucun de ces genres.

Je ne les aime ni ne les crains. Lupin se transforme en monstre une fois par mois, certes. Cependant, du moment que je n'assiste pas à ces transformations, il ne me dérange pas. J'ai beau ne pas l'apprécier, il a beau être aussi crétin que ses amis, il n'en reste pas moins humain en dehors de ce moment fatidique.

Mais bon, après, ce n'est que mon avis. Il faut voir celui de mes sœurs. J'ignore si leur raisonnement a été analogue au mien.

C'est Mnémosyne (il faut vraiment que je lui parle seule à seule, ce n'est plus possible. Je sais que l'amour donne des ailes, mais j'espère tout de même ne pas en être arrivée à ce point-là.) qui ouvre le jeu. Elle s'approche de Lupin, fais un effort visible pour le regarder dans les yeux (heureusement que la lumière émise par nos baguettes est faible, je n'apprécierais guère que Lupin s'aperçoive qu'elle devient tomate en le regardant), et tends la main.

- Ça me va, dit-elle dans un souffle.

L'une après l'autre, mes trois autres sœurs se succèdent auprès de lui, et répètent le même geste. Reste moi.

Je m'avance à mon tour, et répète les mêmes mots que Mné. Mais ce n'est pas Lupin que je regarde. C'est Black, qui me fixe lui aussi de son regard envoûtant (gifle mentale.)