Voila, un peu tard, le chapitre 29... il est à priori un peu moins joyeux, mais ce n'est rien comparé à mon état actuel...
Pas grand-chose à dire du coup...Sinon que le lien du chapitre précédent me marchant pas, je n'ai pas eu d'autre moyen que de le mettre dans ma présentation... Si vous en avez la motivation, vous pourrez voir le dessin que j'ai fait rien que pour vous.
Certains lecteurs (ou plutôt lectrices) pourront se réjouir de ce qui arrive dans la suite... Mais je ne vais pas vous spoiler, lisez plutôt...
Chapitre 29 : Conscience mélancolique. (Roy)
Il faisait particulièrement chaud cet après midi-là, et seul le regard de faucon de notre lieutenant nous retint d'enlever notre veste, Hugues et moi. J'avais fait part de l'opinion du Fullmetal (sans préciser que c'était la sienne, bien sûr) qui permettrait à Fuery de reprendre un rythme de vie normal. Elle fut acceptée par les deux autres, Hugues pensant avec enthousiasme que d'autres pourraient aussi avoir ce traitement de temps en temps… De fait, j'y avais pensé aussi… Par exemple, j'allais pouvoir toute la journée à discuter avec… avec Ambre, qui ne pourrait pas résister à mon charme ravageur…
– Oui, pour lui, ça va, mais deux hommes en pleine forme tels que vous n'ont pas besoin de vacances, n'est-ce pas ? fit Hawkeye comme si elle avait lu dans nos pensées.
Et meeeeeeeeeeerde, pensais-je. On s'est fait griller.
– Trop prévisible… murmura-t-elle.
La fin de notre tour de garde prit fin, et en allant chercher Amstrong et Falman, nous avons pu annoncer que Fuery était débarrassé de ses tours de garde pour les jours à venir. En le lui annonçant, j'avais l'impression d'être le père Noël tellement son regard était embué de larmes de joie dissimulée.
Les autres repartirent, nous laissant seuls à l'entrée dans le jardin de l'Atlantide, les ombres des arbres se découpant à la lueur des quelques réverbères. Dans le bref silence qui s'ensuivit, je vis passer la petite Lucia, traînant une girafe en peluche dont on voyait qu'un ou deux membres avaient été recousus, sans nous adresser un regard. Arrivée au niveau de l'allée, elle se retourna avec l'air autoritaire qu'on parfois les petites filles.
– Edo-kun, tu viens ? C'est pas comme ça qu'on va remplir l'arche de Noé ! soupira-t-elle avec impatience.
Le buisson à côté de moi soupira avant de s'ébrouer. Le petit blond sorti de sa cachette à contrecoeur, et en le voyant, je compris pourquoi il n'avait pas spécialement envie d'être vu : Il portait une cape déguisement noire qui devait appartenir à Lulu, un énorme poisson en peluches aux couleurs fluo dans les bras. Enfin, il avait visiblement servi de tête à coiffer au cours de l'après midi et les barrettes et chouchous à moitié arrachées se barraient dans tous les sens. Il me jeta un regard noir en voyant que je me retenais d'éclater de rire. Hugues, quand à lui, avait une étincelle presque avide dans le regard (à moins que ce soit un reflet dans ses lunettes)
– Pas-de-commentaires, marmonna Edward avec un regard assassin. Merci.
Il traversa le reste du jardin, se baissant pour ne pas se prendre les branches, visiblement harassé, humilié aussi… Heureusement pour lui, il n'avait pas remarqué que Hugues avait dans les mains un appareil photo qu'il regardait d'un air gourmand. Je me retins de me donner une baffe.
– Quand est-ce que tu as acheté ça ? murmurais-je avec une panique dissimulée.
– Ce matin, à la première heure… Avec la cuite d'il y a deux jours, je me suis dit qu'on pourrait peut-être se faire quelques photos souvenir.
En l'entendant parler ainsi, je sentis une vague de panique me submerger. Avec lui, nous n'étions à l'abri de rien. Il risquait d'être à l'affût, de toutes nos gaffes, un plat renversé, une tenue incongrue, un coup de folie… Et il pourrait nous faire chanter avec au retour...J'en étais même sûr, le connaissant, ça l'amuserait… Il est du genre à provoquer les situation idiotes, suggérer les paris, nous…
– Tiens, comme tu es libre ce soir, tu vas pouvoir boire un petit verre avec nous ! s'exclama Hugues avec un grand sourire en posant soudain son bras sur l'épaule de Fuery.
… nous faire boire… nous espionner pour capturer les meilleurs moments de…
…Oh, merde…
J'eus soudain la vision de Hugues brandissant une dizaines de photos du Fullmetal et moi partageant le lit. Je me sentis pâlir et vaciller. Il fallait absolument que je m'occupe des guêpes, ce soir même. Non pas que je tenais à me débarrasser du Edward, mais… non ! Je ne pouvais pas permettre que cette histoire s'ébruite. D'autant plus qu'elle risquait de se déformer et d'amplifier...
Dix minutes après, je me vis confié le rôle de verseur de verre par Hugues, décidant que j'étais raisonnable par nature (chose toute relative, je suis d'accord). Hawkeye était montée, en même temps que Lulu qui faisait tout un cirque pour se coucher plus tard et rester avec nous. Hawkeye lui jeta un regard (…enfin, vous voyez son regard, quoi) qui lui cousu la bouche. Puis elle lui sourit avec une douceur inattendue et se pencha pour lui parler à l'oreille. La fillette aux tresses acquiesça en souriant et lui prit la main pour monter avec elle.
– Je comprendrais jamais rien à la complicité féminine, murmurais-je, m'attirant un regard étonné d'Havoc qui prenait un verre de ponche.
– Je croyais pourtant que vous aviez le don de faire craquer toutes les filles…
– Mmm… Les filles normales, alors, répondis-je en me versant un verre, tandis que Havoc pouffait de rire.
Edward revint, tenant sa veste d'une main et s'éventant de l'autre. Il semblait avoir fourni un effort intense, qui avait rougi ses joues et lui donnait un air craquant avec ses cheveux légèrement ébouriffés. Mon regard s'attarda un peu sur lui, aussi quand il leva les yeux vers moi, je me sentis légèrement mal à l'aise. Mais ce fut un instant seulement, avant qu'il prenne un verre au hasard.
– Fullmetal, c'est du whisky, ça, fis-je remarquer d'un ton neutre.
Il lança un regard interrogateur au liquide ambré du verre, fronça les sourcils et répondit.
– Je vois bien que c'est du whisky, je ne suis pas stupide à ce point !
– Mouais, je dis ça comme ça, soupirais-je. Vu que tu n'as même pas fait la différence entre du Get27 et du sirop de menthe…
M'ignorant royalement, le blondinet commença à boire, réprimant une grimace. Evidemment, c'était bien trop fort pour lui, il n'en avait pas l'habitude. Mais au regard qu'il me jeta, je compris qu'il ne lâcherait pas son verre, ne serais-ce que pour prouver qu'il était un homme, un vrai.
– Allez, Fullmetal, fis-je à voix basse, ne te force pas, je vois bien que tu n'aimes pas ça…
Il leva vers moi ses grands yeux dorés. Je me sentis alors comme aspiré par son regard, incapable de m'en détacher. Ce fut lui qui baissa finalement le regard, buvant une autre gorgée. Je revins brutalement à la réalité ; Edward n'était pas n'importe qui : c'était un gamin particulièrement caractériel, plus fier qu'il ne le laissait croire, pas un simple militaire, encore moins une femme. Alors pourquoi m'étais-je senti si…. Si…
Pourquoi je n'avais pas réussi à en détacher les yeux ? Maintenant encore, tandis qu'il s'était assis sur le grand canapé du salon d'été que formait la verrière, tournant un regard torve vers Hugues qui parlait en faisant de grands gestes enthousiastes, je ne pouvais m'empêcher de le détailler du coin de l'œil. Havoc, après avoir louché sur son verre, en but le contenu cul sec, pensant sans doute se donner du courage pour parler à Ambre. J'eus un sourire désabusé et me resservis un verre à mon tour. Tout le monde était d'une humeur bizarre, ce soir-là, excepté Hugues qui était aussi fou que d'habitude et Fuery qui avait visiblement l'alcool joyeux. J'enfilais deux verres coup sur coup d'un air morose, m'attirant le regard de notre belle tenancière qui s'approcha de la table. Sa simple présence semblait m'apporter un peu d'air frais.
– Eh bien, ça ne va pas ? demanda-t-elle d'un ton doux, avec un regard inquiet.
Par-dessus son épaule, j'entrevis le visage décomposé d'Havoc, et je me sentis terriblement coupable. C'était sans doute la première fois que ça m'arrivait. Si ne n'avais pas déjà eu l'esprit un peu brouillé, cela aurait dû me faire réfléchir. Je me resservis un autre verre avant de me rappeler qu'elle m'avait posé une question.
– Oh, euh… sisi, je vais très bien, je suis juste un peu fatigué.
– Vous devriez peut-être vous reposer, non ? demanda-t-elle en penchant légèrement la tête vers moi.
– Mais non, ça ira très bien, répondis-je avec un sourire.
Mais elle n'entendit pas ma réponse, ayant rattrapé de justesse une bouteille qui avait perdu l'équilibre et avait failli se vider sur le parquet. Tout en songeant qu'elle devait avoir une espèce de sixième sens pour ces choses-là, je profitais de ce moment pour me lever et m'éclipser. Je pris mon verre plein à ras bord, en buvant un peu pour le pas en renverser en marchant, et quittais la verrière pour arriver dans le jardin.
L'obscurité et la fraîcheur de la nuit me fit beaucoup de bien. Je fis quelque pas dans le jardin, entendant vaguement la rumeur des vagues. Je poussais un soupir, puis traversais le jardin d'un pas de promeneur. J'arrivais alors à un petit portillon que j'ouvrais sans réfléchir, et descendis le petit escalier qui suivait pour arriver sur la digue. A cette heure-ci, elle était presque déserte. Je m'accoudais au muret et posais mon verre à côté de moi, puis regardais la mer d'un œil vide. La mer était haute, et le bruit des vagues s'écrasant régulièrement sur les rochers était proche et rassurant. Le calme et la sérénité de l'endroit était propice aux médiations. Je sirotais mon verre, lentement mais sûrement, tout en me laissant aller à avoir une expression mélancolique que personne ne verrait…
– Réussie, hein ? fit une voix familière alors qu'une photo avait bondit sous mon nez.
Je reculais un peu, et vit une photo de Fuery, le visage barré d'un sourire si large qu'il aurait pu avaler une pizza entière. Je ne pus m'empêcher d'esquisser un vague sourire à cette vue, tout en sachant qu'au fond, je m'en fichais royalement. Hugues en avait pleinement conscience, aussi rangea-t-il la photo dans sa poche et me jeta un regard par dessus ses lunettes
– Amoureux ?
– Moi ? Jamais, grognais-je en vidant le reste de mon verre d'un trait.
Hugues ne répondit rien, mais il se hissa et s'assit sur le bord de la digue, dos aux rochers qui la renforçait et aux vagues multi récidivistes. Il y eu un long moment de silence. Je regardais vaguement les pieds de Hugues se balancer nerveusement.
– Havoc est en train de parler à Ambre…
– Ah… répondis-je simplement.
– Je pensais que tu réagirais un tout petit peu plus vivement… Je sais pas, tu ferais au moins semblant d'être en colère contre ton « rival »… Tu es bizarre ce soir, vieux, je te l'avais dit ?
Je me demandais un instant si cette information était censé me faire un choc, avant de me rappeler que oui. Il était trop tard pour faire semblant, et de toute façon, j'avais moi-même une certaine surprise. La surprise de réaliser que bien que Ambre Handwriting était une vraie sirène, belle comme un ange, avec un cœur en or, et que c'était à peu de chose près la femme la plus proche de la perfection dans notre monde, je me dis soudainement que cela m'importait peu. J'avais beaucoup de sympathie pour elle, mais pas de l'amour, ni même de véritable désir. Celle prise de conscience fut à la fois soulageant et terriblement douloureuse. Cela ne m'empêchait pas de me sentir mal, mal à l'aise, malheureux. Il me semblait pourtant que ces derniers jours, je n'avais pas eu de raison de me sentir triste, alors pourquoi… ? Pourquoi… ?
Mes dernières pensées disparurent dans quelques larmes sur l'épaule de Hugues. Il m'avait rendu son étreinte, et c'est au bout d'une poignée de secondes seulement qu'il prit conscience du fait que je pleurais sur son épaule. J'étais resté silencieux, seul quelques soubresauts m'agitaient, et avaient suffit à me trahir.
– Bah alors mon gros panda en sucre adoré, qu'est-ce qui va pas ? demanda-t-il d'un ton surpris et compatissant à la fois.
Je pouffais de rire à travers mes larmes. J'avais oublié qu'il s'ingéniait toujours à me donner des surnoms débiles lorsque je commençais à débloquer, comme maintenant. Je le serrais un moment dans mes bras, tandis que les larmes coulaient de mes yeux tout naturellement. Je ne comprenais pas comment je m'étais retrouvé dans cet état, mais je me laissais aller, ayant le soutien de mon meilleur ami. Cela ne dura pas bien longtemps, de toute manière.
– C'est rien, répondis-je d'une voix sourde tandis que mes sanglots s'étaient tus. Juste les nerfs qui lâchent…
– Ma foi, tu devais en avoir gros sur le cœur pour fondre en larmes comme ça… Qu'est-ce que tu as comme problème mon poussinet adoré ?
– Non, rien de particulier…
– Moi je dis que tu as eu une crise de conscience…soupira Hugues en jetant un coup d'œil à sa mèche. Y'a que ça pour te mettre dans cette état… Tu te rappelle la dernière fois que tu as eu l'alcool triste à une soirée ?
– Euh… oui, je crois…
– La dernière fois que tu as pleuré devant moi, c'est il y a cinq ans… Et la fois d'avant remonte à…
– C'es bon, j'ai compris le principe, fis-je avec un sourire humide. La prochaine fois dans cinq ans…J'essayais d'y penser mon vieux.
– Tu vas où ? demanda-t-il en me voyant repartir vers la porte, une note de déception perceptible dans la voix.
– Me coucher. Ambre à raison, il ne me reste plus que ça à faire aujourd'hui…
Je me tus un instant, puis me retournais pour regarder Hugues. Je me dis que je ne pouvais pas le laisser en plan comme ça…
– Ecoute, j'ai encore besoin d'y réfléchir… mais quand tout ça sera plus clair dans ma tête, j'essayais de t'expliquer, je te promets.
– Hugues, on a un problème, je crois, appela Breda en sortant dans le jardin. Hugues ?
– Je suis là ! répondit mon ami d'un ton enjoué, comme si nous étions en pleine conversation sur un sujet futile tel que la mode du bikini. Qu'est-ce qu'il y a ?
– Ben, on dirait qu'Edward à trop bu, et…
– J'arrive ! répondit Hugues d'un ton assuré.
J'avais la vision pitoyable du Fullmetal tel qu'il était il y a deux jours, assis le cul par terre en train de se marrer comme une baleine. Ce serait chiant de le traîner jusqu'à la chambre, mais sans plus… Quand je rentrais dans la salle de séjour, le blondinet était effectivement assis par terre ; mais pour le rire de baleine, il fallait repasser plus tard. Son visage était totalement décomposé, et s'il n'avait pas été aussi fier, il aurait sûrement éclaté en sanglots depuis un moment. J'eus un coup au cœur. J'avais envie d'engueuler tout le monde pour l'avoir laissé boire, mais ce n'était pas la solution et je le savais.
– Qu'est-ce qui l'a mit dans cet état, murmurais-je à Havoc d'un ton inquiet.
– Je sais pas… un gros coup de blues… Il est mit à parler de Al et…
Je tournais les yeux vers lui avec le sentiment que tout était évident. Il s'était rappelé de l'existence de son frère, et le fait de réaliser qu'il l'avait oublié lui a fait choc… Le connaissant, ce n'était pas étonnant.
– Laissez, je m'en occupe, dis-je avec une panique dissimulée en voyant Hugues qui l'aidait à se relever.
Je repris Edward et le traînais jusqu'aux escaliers avec l'aide de Hugues. Il pu monter correctement en se raccrochant à la rambarde, mais une fois dans le couloir, il ne tenait plus debout. Je le rattrapais de justesse, le serrant dans mes bras. Il n'était qu'à moitié conscient, heureusement ; mais c'était encore pire d'une certaine manière. Comme il se raccrochait à moi en vacillant, je refermais mes bras autour de lui, pour l'empêcher de tomber, bien sûr… mais aussi…surtout… parce que j'en avais… envie…
