Chapitre 29. Un vent de mort

Les portes de la cité de Vert-Bois-le-Grand s'ouvraient devant eux, alors que les gardes, ordinairement impassible, saluaient le retour de Wilwarin, chef des éclaireurs, accompagné de Glorfindel, le célèbre tueur de Balrog du clan noldo, ainsi que la jeune Niphredil, que l'ont surnommé à présent dans la cité eldhelyr, l'elfe des routes.
Un nom qui n'avait rien de péjoratif, mais qui traduisait assez bien l'étonnement des elfes sindar en voyant l'une des leurs qui ressentait un tel besoin de parcourir le monde, quitte à désobéir aux commandements du roi.
C'était un comportement totalement inédit pour les elfes sylvestres et pour sur, cela était devenu l'un des sujets favoris de la cour, car tous se demandaient si elle était ou non puni pour sa désobéissance, ou récompenser pour avoir agi pour la sauvegarde du Rohvarion.

La venue de deux cavaliers était attendue depuis un jour déjà par le refuge, ils furent rapidement accueillis, avec des consignes précises, avec notamment pour ordre qu'ils ne parlent à personne de ce qui s'était passé, avant d'avoir vu le roi de ces lieux.
Des appartements confortables à Bar-an-Aran attendaient Glorfindel pour qu'il puisse se délasser et retrouver son épouse qui se languissait de son retour, alors que Wilwarin et Niphredil étaient attendus dans les plus brefs délais dans les appartements du seigneur Thranduil.
Suivant les ordres qui lui avait été donné, l'éclaireur et sa jeune recrue parcouraient Bar-an-aran d'un pas rapide, alors que l'elfine demeurait depuis leurs départs, dans le même état de tristesse.
Il avait espéré que retrouver Vert-Bois lui rendrait le sourire, mais derrière ses efforts pour paraître plus sereine, il savait qu'elle souffrait énormément d'avoir été ainsi renié par Thorin, et humiliée publiquement, bien que nul elfe n'aurait le coeur à se gausser d'une pareille tragédie. Non, assurément, mais la rancoeur des elfes pour les nains grandissaient au fur et à mesure que l'histoire se rependait dans le royaume, s'amplifiant irrémédiablement en chemin.
L'espoir que ces lieux familiers lui redonnent l'étincelle de joie de vivre qui l'animait fut, hélas il n'en était rien. L'elfine se contentait de le suivre, ne jetant que des regards absents autour d'elle, parcourent ces lieux comme le fantôme qu'elle était devenue.
Bien que Wilwarin n'eût jamais la certitude que par le passé, Thranduil l'avait aider suite à son terrible séjour chez les orques, aujourd'hui plus que jamais, il espérait que ce fut le cas, et qu'il parviendrait de nouveau, à ranimer sa joie de vivre.

Quelle influence Thorin avait-il bien pu exercer sur elle durant toute sa vie pour que sa colère la dévasté à ce point ?
Se demandait-il à chaque fois qu'il posait les yeux sur son visage fantomatique.

Certains murmuraient qu'avec les nains, elle était totalement différente, à la fois moins tempétueuse, et plus obéissante, presque soumise, avait même affirmé Glorfindel.
Cette idée lui paraissait totalement saugrenue et improbable, tant il avait l'habitude de la voir s'opposer sans hésitation à quiconque n'allait pas dans son sens, roi comme soldat. Mais aussi étrange, et passablement détestable que lui apparaissait cette idée, force lui était d'admettre qu'elle était terriblement plausible.

Il n'y a pas plus grande prison pour l'esprit qu celle que l'on s'impose à soi-même...

Dans les plus hauts appartements du refuge sylvestre, Thranduil faisait les cent pas. Impatient et curieux des événements à venir, mais aussi troublé devant la foule de sentiments qui se pressaient en lui, qui n'aurait pas lieu d'être dans un monde ou les elfes étaient des êtres de pureté.
Joie, colère, inquiétude...
Les affaires du monde extérieur n'apportent jamais que souffrance à notre peuple... Combien mourront, pour la vie de vulgaires dresseurs de chevaux, qui, malgré tous nos efforts, mourront quelques dizaines d'années plus tard ?

Les nouvelles des secours envoyés à la demande de Niphredil tardaient bien trop à lui parvenir à son goût, alors que les dernières dataient d'il y a prêt de deux semaines.
Son fils fut le dernier à lui écrire, lui assurant qu'il n'y avait eut aucune perte parmi son peuple, que Niphredil avait été retrouvée, certes épuisée, mais en bonne santé.

Cette imprudente doit-être bénie des dieux, une si jeune elfine était bien plus vulnérable que ses aînés à la maladie, elle aurait si aisément put mourir...

Craindre pour la vie de son amante l'avait plongé dans une humeur dès plus exécrable. Cent fois, il s'était dit que si elle revenait un jour, il l'enfermerait dans ses appartements, pour que jamais plus elle ne puisse se mettre ainsi en danger.
Après tout, c'était généralement les ellons qui allaient au-devant du danger, alors que les elleths restaient dans le refuge, hormis celles qui avaient rejoints les armées, assez peu nombreuses en vérité.
Hors lui, le guerrier millénaire était assis sur son le trône de son père, alors que son amante parcourait le monde aussi vite que le vent.
Thranduil enviait sa liberté à tel point que parfois ses mains en tremblaient.
Comment Niphredil pouvait-elle être plus libre qu'un roi, qui avait le pouvoir de vie et de mort sur les siens ?
Cette constatation le rendait fou.
Il voulait qu'il revienne, ce doux alizé irrévérencieux, apaisant ces tourments millénaires comme personne d'autre n'y parvenait.
La retenir dans les bois sacrés du Rohvanion mais à quel prix ?
Cela, il le déciderait après l'avoir enfin revu et aurait entendu ce qu'elle avait à dire sur les derniers événements.
Interrompant ses pensées, il entendit au loin la voix de Wilwarin et alla s'affaler avec nonchalance dans une de ses immenses chaises qui entouraient la table du salon, trop vide à son goût.

Les deux éclaireurs entrèrent, une odeur d'orignal sur leurs talons, s'inclinant toux deux avec respect, avant que le capitaine aux cheveux de jais ne commençât à parler, résumant sa mission de manière aussi précise que concise.
Niphredil, elle, gardait le silence, bien plus clame qu'à son habitude, alors que ces yeux, d'ordinaire si pétillants et pleins de vie, étaient tristes, trop vides pour qu'il ne soit pas annonciateur de malheur. Ce , malgré le fait que les deux jeunes elfes ne rapportaient que des bonne nouvelles, annonçant le retour de l'ensemble des elfes parti aux secours des hommes dans moins d'une lune, tous saints et saufs.

Wilwarin déposa dans les mains du roi plusieurs rouleaux de parchemin, contenant les rapports d'Amdir, de Lothlorien et d'Imladris concernant la fièvre des Haradwins et son avancement. Néanmoins, le roi n'avait pour le moment pas la moindre envie de s'adonner à la lecture, ni même d'écouter davantage les longs récits du capitaine des éclaireurs.
Il brûlait d'entendre ce que Niphredil avait à lui dire, loin des oreilles aussi pointues qu'indiscrète des leurs, de découvrir ce qui teintait son visage de peine.
Car bien qu'elle soit sensible aux sorts des mortels, il lui paraissait totalement inconcevable que ce soit seulement la mort de quelques humains pouilleux du Rohan qui lui pesait tant.

Il y a autre chose...

-Capitaine Wilwarin, vous avez honorablement servi Vert-Bois. Je pense que vous brûlez de retrouver votre foyer. Aussi, n'y manquez pas, je vous recevrais demain pour vous entendre à nouveau au besoin, à moins qu'une urgence requière une décision immédiate.

-Nullement, Aran nin... Je vous remercie et te souhaites paix et prospérité en ce jour.

C'est avec une pointe de surprise qu'il constata que le roi ne congédia pas sa compagne de route, mais se retira néanmoins sans tarder, heureux d'être enfin rentré chez lui, et de pouvoir retrouver sa famille.
La rumeur que le roi protégeait la cadette de leur clan n'avait rien de nouveau. Tous, hormis quelques langues de vipère proche de l'épouse de Naur, voyaient en son comportement, une bienveillance paternelle d'un elfe qui aurait voulu avoir maintes filles et fils, il se surpris à prier les valars qu'il puisse la sauver d'elle-même.

Car, les Valars nous gardent, elle semble être son plus grand ennemi...

Niphredil resta sans bouger, affrontant le regard intense du roi sur elle, qui s'approcha d'elle d'un pas félin dès que la porte claque derrière l'éclaireur, les laissant seuls.
Il ne s'arrêta que quand sont visage ne fut à quelques centimètres du siens et murmura :
-Tu as pris de grands risques... Une si jeune elfe est vulnérable à la maladie... La mort emporte si facilement les enfants tempétueux...

-Je le devais.

Il se rapprocha encore, ne laissant pas le moindre espace entre eux, glissant sa main autour de sa taille et murmura à son oreille :
-Folie de mon cœur, de s'éprendre d'une elleth qui pense pouvoir sauver le monde de lui-même...

Sur ces mots, leurs lèvres se rencontrèrent avec une tendresse infinie, alors que Niphredil se sentait vaciller sous la déclaration de Thranduil, s'accrochant à son cou pour ne pas perdre pied dans ce flot d'émotion qui l'envahissait.
C'est seulement maintenant qu'elle réalisait combien il lui avait manqué, combien elle s'était sentie seule sans lui, ressentant son absence comme un manque dans son âme.
Un vide qu'elle avait accepté pour sa famille, pour qui elle avait plus d'une fois tout risqué et qui l'avait délaissé si vite...

Sans même un regard en arrière, après l'avoir humilié devant ses pairs...
Mais malgré sa colère, elle ne savait rien ne pourrait jamais remplacer la perte de Thorin, son père adoré et les mots cruels qui la blessait à chaque fois qu'ils lui revenaient en mémoire.

A cela, il n'y a qu'un seul remède...

Malgré son désir de tout balayer, d'être simplement auprès de Thranduil sans se soucier du reste du monde, elle ne put s'y résigner et rompit leur baisé pour déclarer d'un ton chagrin :
-Thranduil... Je dois hélas repartir demain, à l'aube... Il me reste une dernière chose à faire, avant de pouvoir vivre l'esprit serein, à Vert-Bois. Cela achevé, j'aimerais ensuite pouvoir rester à tes côtés... Ici, enfin... Je suis si fatiguée de la cruauté de ce monde... Si fatiguée de ne pas trouver le repos de mon esprit.

Le roi elfe lui jeta un regard à la fois courroucé et surpris, s'écartant d'un pas pesant de la demoiselle pour se servir une coupe de vin, afin d'assimiler ce qu'elle venait de dire. Il dû faire un effort monumental pour ne pas se laissé aller à sa colère et à sa déception, car qu'il fût en vérité qu'à demi surpris d'entendre ses paroles, car ses intentions, il les avaient devinés depuis son arrivé en voyant son regard fuyant.
Niphredil était comme le vent au plus profond d'elle : nul ne serait la retenir.

-Quelle est donc cette affaire qui te fait repartir si rapidement ? N'en as-tu pas assez fait pour les autres ?

-Une histoire de nains, à l'Est... Dit-elle de manière évasive, cherchant à camoufler le sanglot de sa voix, sachant qu'il ne chercherait pas à en savoir plus à ce sujet.

Il haïssait bien trop cette race pour vouloir en entendre davantage. L'elfine savait qu'elle devait à tout prix quitter la ville avant qu'il apprenne sa disgrâce et s'intéresse de trop prêt à ses projets.
Car sans aucun doute, il préférait la jeter au cachot, plutôt que de la laisser faire si il savait de quoi il était question.

Une grimace de dégoût s'afficha sur le visage du roi qui dit d'une voix inquiétante :
-Je veillerais à ce que tu tiennes parole, jeune elleth. Pour l'heure, dit-il alors qu'une flamme s'alluma dans son regard, jusqu'à l'aube, tu es mienne et uniquement mienne, je ne veux plus entendre parler de ces créatures.

Cette nuit parut bien trop courte selon Niphredil, dont la torpeur avait diminué dans les bras de Thranduil qui avait rapidement su mettre son courroux de coté pour quelque acte bien plus passionné et tendre.

Elle avait rapidement fondu en larmes dans ses bras, puis il l'avait serré contre son cœur, lui murmurant des paroles réconfortantes qui sonnèrent juste, bien qu'il ne posât pas la moindre question, désirant lui laisser le temps de se décider à lui raconter son aventure par elle-même.
Bien qu'elle n'en fît rien ce soir-là, Thranduil se laissa aller à sa joie de la revoir saine et sauve, rendant hommage à son corps de guerrière dans une douceur infinie avant qu'ils ne sombrent ensemble dans un sommeil bienheureux.

Un bonheur qui ne fut que de courte durée, car c'est le rêve d'un dragon ravageant une cité des hommes qui éveilla en sursaut l'elfine qui était lové dans les bras de son roi, alors que l'odeur de la chaire brûlée et de la mort lui donnait la nausée.

Tant à contre-cœur que déterminée, elle alla revêtir des vêtements de voyage propre, neutre et dans un geste silencieux, elle ouvrit le placard qui contenait le râtelier des armes du roi.
Là se trouvait plusieurs épées, plus ou moins longues, avec le plus en évidence, les deux jumelles d'un acier de grande qualité qui avait la préférence du roi des elfes.
Plus en retrait, rutilante, se trouver la lance qui avait tué les dragons du nord. Elle devait bien faire deux mètres de haut, avec un manche d'argent et de cuir sculpté, alors que la pointe était couleur d'ébène, forgé de les mêmes métaux que les flèches noires des nains.
Le seul métal capable de percer l'écaille d'un dragon.

D'une main tremblante, elle s'en saisit, réalisant d'un coup à quel point elle s'apprêter à commettre un acte aussi fou, que désespéré.
Néanmoins, la nouvelle de ma disgrâce auprès de Thorin ne tardera pas à se faire connaître et à tout prix, elle devait prouver sa valeur.

Tout comme un jour, les elfes découvriront ce qui me lie à leur roi... Seule une preuve de courage aussi forte sauvegardera notre honneur...

Elle enroula la lance dans un tissu noir afin de ne pas éveiller les soupçons des autres elfes qu'elle croiserait et avant de partir, puis, elle déposa à la place de la lance une fleur d'hiver blanche, très présente en cette saison dans les jardins du roi. Cela fait, elle s'enfuit sans se retourner, le cœur lourd à la pensée que dans quelques heures, Thranduil, s'éveillerait, seul.
Qu'à moins qu'un valar ne veuille en personne sur elle, jamais plus elle ne reverrait ses magnifiques cheveux d'argents s'étaler sur les draps de soie vert, ni entendre son rire, trop rare à son goût, illuminer ses journées plus certainement que le soleil lui-même.

Père disait que la chance sourit aux audacieux...

Niphredil, sachant la santé de Ialla encore fragile, voulu prendre un autre orignal afin de ménager ses forces, mais la monture semblait têtue et repoussa toutes ses tentatives de sceller une autre monture qu'elle même à coup de tête, en grondement contrarié.
Touché, mais soucieuse, elle murmura doucement ces folles ambitions à cet animal bien plus intelligent qu'un non-initié ne pourrait l'imaginer, mais rien ne semblait pouvoir dissuader l'orignal qui commençait à atteindre un âge respectable.
C'est donc sur sa fidèle compagne de route que les gardes de la ville la vit disparaître vers l'Est, les yeux brûlants de poser mille questions, tout en sachant que rien ne leur en donner le droit : le roi avait été formel, elle pouvait aller et venir à sa guise dans le royaume.

Le voyage fut rapide jusqu'à Esgaroth. Là, Niphredil décida de s'accorder une nuit de repos en auberge, ainsi que la meilleure écurie possible à Ialla, afin qu'elle soit dorlotée avec le plus grand soin, car la monture déployait tous ses efforts pour garder une allure rapide et par fierté, elle en faisait plus encore que ce que son cavalier ne lui demandait.
Les habitants furent étonnés de voir une elfe seule dans leur cité. Or, nul ne se mêla de trop prêt de ses affaires, de peur d'offenser le Grand Roi des Elfes, qui était parmi l'un des rares seigneurs à permettre encore à cette ville pauvre et empestant le poisson de pouvoir survivre, et assurément le plus riche de tous.
Lacville était de loin la cité qui répugnait le plus l'elfine, qui ne parvenait pas à comprendre comment des hommes pouvaient vouloir vivre dans pareil endroit, qui pourrissait lentement mais irrémédiablement sur leurs pilotis vermoulus, menant de père en fils une vie de misère.

Le matin suivant son départ, c'est avec soulagement qu'elle profita des premières lueurs du soleil, si rares, bien qu'ils ne parvenaient pas à atténuer le froid mordant de l'hiver de cette région montagneuse, alors qu'elle se dirigeait au grand galop vers Dale.
Une ville cimetière, ou aucun homme n'avait remis les pieds depuis que Smaug l'avait ravagé. Pas mêmes les quelques bergers errants de ces régions qui faisaient pâtre leurs moutons sur le flanc Est de la montagne solitaire.
C'était une folie aux yeux du monde, mais ces bergers, rustres et illettrés ignoraient de toute leur force la vérité à propos du dragon qui veillait dans la région. S'ils étaient convaincus que les ruines de Dales et d'Erebor étaient maudites, ne s'en approchant sous aucun prétexte, étonnement, ils étaient en aucun cas capable de croire qu'une créature de Morgoth, le plus grand des dragons de sa création, y sommeillait.
Niphredil, le découvrit par elle-même, interrogeant un jeune couple de berger dans l'espoir de découvrir si Smaug avait été vu dernièrement, mais les deux rustres se contentaient de répéter avec un accent idiot « l'grand peur d'montagne, faut pas en parler ! » « Pas dragon, démon ! Pas dire son nom, ou il viend'a bouffer nos moutons ! »

Par ailleurs, ces gens, que Thorin nommait jadis avec condescendance « les crétins des montagnes » semblaient ne jamais avoir vu d'elfe, et encore moins de personne montant sur un orignal, et insistèrent pour lui offrir une peau de mouton odorante « cadeaux, pour bel'dame, envoyé des dieux, 'vec de grandes oreilles ! ».
Si elle accepta en songeant en premier lieu à se débarrasser de cette puanteur au plus vite, l'odeur du mouton fit naître dans son esprit l'ébauche d'un plan, qui pourrait peut-être lui permettre d'entrer dans Erebor sans éveiller le mal qui y dormait.

Déjà quatre jours que Niphredil était partie, et depuis lors, un manteau blanc se dessiner au-dessus de la grande forêt du Rhovarion.
Silencieusement, pareil à la saison qui avait fait taire l'habituelle vie grouillante de Vert-Bois, en ce matin ou la neige tombé à gros flocons sur le refuge des elfes, Thranduil lisait distraitement son courrier matinal.
De bonnes nouvelles du Rohan annonçant que son fils et les dernières équipes de secours en poste rentreraient sans doute avant la fin de la semaine, soit bien plus vite que les dernières nouvelles qui lui avaient été portées par Wilwarin quelques jours plus tôt.
L'épidémie semblait définitivement vaincue. Si le Rohan avait connu de lourdes pertes, soit plus de la moitié de la population, les seigneurs elfes avaient la certitude que ce peuple ne tarderait pas à donner naissance à de nouveaux guerriers et que les Rohirrims perdureraient à honorer leurs titres de seigneur des chevaux encore bien des générations.

Ces hommes sont certes sensibles aux temps, les calamités qui se sont abattues n'ont pas réussi à vaincre ces forces de la nature, seulement à les rendre plus forts.

Par ailleurs, le roi Theodred offrait à Thranduil un petit troupeau de quatre méaras, ces plus beaux chevaux, car même si il n'ignorait pas que les elfes sylvestres montaient rarement ce type de monture, ils savaient également que Thranduil appréciaient les belles bêtes à leurs justes valeurs.
Mais entre tous ces rapports soporifiques des contrés plus au sud, se trouvait une lettre en provenance des Monts de Fer.
Intrigué, le souverain elfe ouvrit le courrier et fut presque surprit de voir que des caractères en langue commune, alors qu Daïn se faisait généralement un malin plaisir de lui écrire en Kuzdul, qu'il ne comprenait résolument pas, tant par entêtement que par ce ce qu'il lui manque de motivation. Après tout, il ne tarderait pas à retrouver sa chère interprète.
Mais sa surprise se fit plus grande encore quand il comprit la teneur de cette lettre, si bien qu'il en lâchât sa tasse de thé qui vint en se briser sur le sol.
Noir sur blanc, s'étalait devant lui un acte légitimant par le sceau royal des Monts de Fer l'abandon et le dés-héritage totale de Niphredil par son père adoptif, Thorin, fils de Thrain.
Il du relire plusieurs fois la missive, ou s'étaler l'écriture des deux nains, pour parvenir à assimiler la nouvelle.

Que s'était-il donc passé lors de son dernier voyage ?

Thranduil resta là un moment, à relire la lettre encore et encore comme pour être sûr qu'il ne rêvait pas. Au fur et à mesure qu'il revoyait les caractères, jusqu'à les connaître par cœur, un mauvais pressentiment grandissait dans l'esprit du roi.
Il avait la certitude qu'elle lui avait caché tout cela pour une bonne raison et son esprit était obsédé par cette question : pourquoi ? Par quelle espèce de procédé obscur espérait-elle vaincre l'entêtement des nains ?

Comme souvent quand il ne trouvait pas de réponse à ces interrogations, il prenait les armes, pour quelques duels avec Gondren, qui avait le don de lui éclaircir les idées en laissant s'exprimer ses sentiments les plus violents.
Mais alors qu'il alla se saisir de ses épées de duelliste, il remarqua immédiatement la fleur d'hiver qui fanait, à la place de sa lance d'argent.
Nimim, ou perce-neige, avec quoi il avait vaincu les grands serpents du Nord.
Il se figea, devant livide, alors que derrière lui, Gondren entra à grand fracas dans son appartement, ne prenant pas la peine de frapper, et s'exclama d'un ton enjoué alors que son armure cliquetait au rythme de son pas hâtif.
-Alors, mon cher roi des bois, on hésite à choisir l'arme avec laquelle je vais te coller une danse ?

Thranduil ne se prit pas la peine de se tourner vers lui, ses doigts frôlant la fleur blanche déjà bien flétri, attirant le regard de l'ellon à la longue chevelure brune.
Ce dernier posa son regard bleu d'acier sur la fleur, et se raidit à son tour et dit :

-Nimim, la lance d'Oropher... Ou est-elle...

-Niphredil...

Gondren écarquilla les yeux, et dit d'un ton sombre après un instant de réflexion :

-Cette elfine ne sait donc que commettre folie sur folie ! Je pars sur l'heure, et la traînerais par les cheveux s'il le faut. Cette fois par mon sang, elle ne quittera plus ces murs avant un siècle !

Thranduil resta un instant silencieux, sachant que Gondren avait raison, qu'il était sans nul doute le seul a qui il confirait une telle mission... Hors, il brûlait d'emprunter une toute autre route, bien loin des sentiers de la raison.
Un sentier qu'il savait trop dangereux pour un roi, or, il ne pouvait se résoudre à l'impuissance... Une fois de plus.

-Non. Je vais y aller, rétorqua le roi elfe, il faut la rattraper avant qu'elle n'entre dans la montagne, et ne rencontre le dragon...

-Crois-tu qu'elle irait réellement jusqu'à commettre pareille folie ? Pourquoi ? Elle n'a aucune chance ! Avec elle, elle pourrait condamner la race des elfes à subir le courroux du Smaug ! Tempêta Gondren, réalisant difficilement l'ampleur de ce qui pourrait se produire par la folie d'une seule elleth, bien qu'il savait qu'elle n'était pas simplement partie à la chasse au sanglier.

De cette elleth.

-Par ce que Thorin l'a renié, elle est prête à tous pour lui prouver qu'elle est digne de sa reconnaissance...
Gondren lui jeta un regard étrange, puis insista :
-Il n'est pas le rôle d'un roi, que de risquer sa vie pour un seul sujet... Fais-moi confiance, je prendrais grand soin de la fille de Lalaith... Tu sais combien sa vie m'est précieuse...

-Je le sais, approuva Thranduil, l'air grave. Protège mon fils, conseille-le en mon absence. Si je ne revenais pas, protège-le des vautours et apprend-lui à devenir un vrai roi, aussi bien que tu le fit pour moi quand je perdis mon père. L'esprit de Niphredil est malade, bien plus que je ne l'aurais cru, et ce n'est pas réellement du dragon qu'il faut la sauver, mais d'elle-même... Hors cela, je suis le seul à pouvoir le faire, avant que cela ne lui soit fatal.

Thranduil lui tourna le dos pour s'affairer à partir dans les plus brefs délais, mais il sentit la main de Gondren se poser sur son épaule :
-Tu dois être prêt à tout pour protéger ton peuple de sa folie, avant tout.
-Je sais.
-Tu dois être prêt à prendre sa vie pour cela. Pour ton peuple... Pour ton fils...
-Je sais...

Le crépuscule.
Niphredil rodait d'un pas silencieux, pareil à un spectre parmi les dépouilles blanchies par le soleil des cadavres qui remplissaient Dale d'une ambiance dès plus macabre qui soit.
Sur son dos, des frusques crasseuses de tissu et de mailles qu'elle avait volés à l'un des rares soldats qui n'avait pas fini totalement carbonisé par la bête, dégageant autour d 'elle une odeur de vieille mort et de mouton crasseux.
C'est ainsi qu'elle avançait dans les ombres qui s'allongeaient, en silence, embaumant la même odeur de vieille mort que tout ce qui peuple ces landes désolées, si bien que quiconque ait croisé sa route l'aurait prise pour une âme en peine, perdue entre vie et mort.
L'estomac noué, elle passa le pont qui relié Erebor au reste du monde. Un lieu où il ne raisonnait aucun bruit.
Même les tombes grouillent de plus de vies...
Songea-t-elle, alors que depuis des jours, des idées de plus en plus morbides se pressaient dans son esprit, annihilant peu à peu ses espoirs de réussite les plus fou.

Sans troubler la paix mortifère de ses lieux, elle passa les créneaux à moitié détruits pour entrer dans le hall de pierre, aussi démesuré par sa grandeur, que désespérément désert.
Les morts de ces lieux-là étaient depuis longtemps réduits en poussière par les passages du dragon il y a bien longtemps. A présent, il semblait évident que la bête n'était pas passée depuis un long moment, tant la couche de poussière blanche qui recouvrait les dalles de marbre sombre était épaisse.
L'air elle-même était chargée de poussière sèche, comme un grenier abandonné depuis un temps certain, suffoquant quiconque y passerait de nouveau.
Peut-être est-il déjà mort...
Courant parmi les ombres à pas de loup, elle ne tarda pas à se retrouver dans le hall suivant, ou le dragon avait amasser tout l'or d'Erebor.

De l'or, au-delà de toute imagination.

Au-delà même de la raison...

Même si Niphredil voyait toutes ses richesses de ses yeux, elle peinait à croire que cela soit possible, que les nains aient pu à ce point se repaître des entrailles de la montagne, la vider comme l'on vide un gibier vaincu, pour en produire ce trésor maudit, qui avait causer leur perte.
Elle fit un pas sur les pièces d'or pur devant elle, et ces dernières glissèrent les unes sur les autres dans un tintement léger, qui raisonna néanmoins dans tout le hall, ou il n'y avait pas trace du dragon.
Elle fit encore un pas parmi les pièces qui glissaient les unes sur les autres, et s'immobilisa d'un coup, agilement et sans bruit.
Cet or maudit signait sa perte si le dragon l'entendait, or, il n'était pas loin, elle en avait la certitude.
Juste sous ces pieds en vérité, à en juger par la queue de la bête qui dépassé de l'or, à quelque dizaine de mètres d'elle.
Se cacher sous l'or, aussi malin que jouissif pour une telle créature...

Elle resta un long moment sans bouger, se demandant comment elle pourrait débusquer la bête endormie sous ses pieds, sans pour autant l'éveiller.
Les heures passaient lentement, pendant que Niphredil se concentrait, écoutait le dragon respirer lourdement, profondément endormi, des pièces glissant parfois sur son flanc, de manière régulière, quand son ventre se gonflait d'air.
Elle prit le rythme, profitant de ses instants pour se déplacer lentement, mètre après mètre pour se retrouver au niveau du flanc du dragon qui se découvrait parfois ses écailles.
Mais jamais celle dont la légende parlait, que le roi de Dale aurait délogé.
Il y' avait qu'une rangée intacte d'écailles aussi dure que la pierre sous ses doigts fin et sale.

Comment ne pas craindre une telle créature, plus proche du Valar que de l'animal? Comment tuer un tel monstre...

Plus elle étudiait la situation, plus elle réalisé qu'un seul coup de lance ne suffirait jamais.

Il lui fallait plus de distance, plus de force...

Les arquelances de nains n'étaient pas là pour rien. Thorin avait raison de te dire indigne de lui...Folie que de t'être cru capable de réussir ou des armées avaient échouées...

Cette voix dans son esprit, grave et cruelle.

Tu as peur, car jamais tu ne seras ne serait-ce que l'ombre du guerrier qu'il est... Lâche...

Cette voix qui semblait raisonner dans les cavernes qui l'entourait aussi sûrement que si elle émaner de l'or sous ses pieds.

Cet endroit...

Est ton tombeau...

-Non ! Hurla-t-elle en se débattant contre ses démons intérieurs avec de plus en plus de difficultés alors que dans ses yeux une lueur de folie s'allumait.

Puis telle un tremblement de terre, il y eut un grondement, et les milliers de pièces se mirent à glisser les unes sur les autres, faisant apparaître peu à peu le dragon qui s'éveillait d'un long sommeil.
Immense, et démesuré, a l'image du lieu qui l'avait volé aux nains

Mue par un instinct de conservation irrépressible, elle se précipita dans le grand hall alors que derrière elle, entendant la bête gronder, puis se mettre en marche. Sentant son pas faire trembler le sol, Niphredil alla se glisser dans le renfoncement d'une sculpture de nain pour tenter d'échapper à la vigilance de la bête qui ne tarda pas à la suivre.

-Je sais que tu es là, petite être trop curieux. Inutile de tenter de fuir, je serais toujours plus rapide. Inutile de te cacher, car je te débusquerais !

Niphredil sentit son corps se paralyser en entendant cette voix sourde, grondante, tel un orage auquel on ne peut échapper.

-Je sens ta peur, petit être qui sent la mort et le bétail... Je sens ton âme, soit-disant immortelle, si fragile, sur le point de rompre...

Il fit le tour du poteau où elle s'était cachée, puis s'en détourna, ne l'ayant pas vu, minuscule dans ses lieux gigantesques. L'elfe en profita pour se faufiler silencieusement plus prêt de la sortie, tantôt marchant tentant rampant pour rester hors de la vue du dragon qui poursuivait ses recherches.

Au bout d'un moment, alors qu'elle avait enfin atteint les portes de le montage maudite, quand elle se retourna, comme pour s'assurer qu'elle avait réussi à fuir, Niphredil se retrouva nez-à-nez avec le dragon qui la gratifiant d'un sourire carnassier, alors que la satisfaction brillait dans son regard, éternellement cruel.

-Trouvée.

Niphredil ne bougea pas d'un pouce, ces yeux rivés sur la créature, le souffle coupé devant le spectacle terrifiant qu'il offrait, alors qu'il s'approchait d'elle. D'un geste vif, elle fit mine de l'attaquer, et envoya la lance voler sur le flan de la bête, mais la lance ricocha contre l'écaille, et alla voler par-dessus le rempart, heurtant la pierre au loin dans un tintement léger.

Contrarié, mais pas moins joueur, les lèvres reptiliennes de Smaug s'étirèrent en un sourire horrible, il posa l'une de ses énormes pattes sur l'elfe, la clouant au sol avant même qu'elle n'est plus réagir. Satisfait, l'énorme reptile se penchant de manière nonchalante sur l'elfe, si minuscule entre ses griffes, et dit :
-Que voilà un vain courage, petite créature de lumière...

-Je ne crains pas la mort !

Un son rauque, sans doute un rire, sorti de la gorge du dragon et dit : Non, tu ne vas mourir, petite chose, ou personne ne sera jamais ce qui arrive à ceux qui osent venir troubler mon repos avec leurs armes inutiles...

Dans les yeux du dragon, Niphredil vit qu'il ne mentait pas, car Smaug Le Terrible était le fléau de Durin, digne de sa réputation, à la hauteur des promesses de sa réputation.

Néanmoins, L'elfine n'était en aucun pas disposé à être le jouet de la créature de Morgoth et n'hésita pas une seconde, sortant sa dague pour l'enfoncer sous l'ongle de la bête qui était a sa portée, et quand surpris, il la libéra de son emprise, elle sauta par-dessus les remparts pour atterrir souplement plus d'une dizaine de mètres plus bas, amortissant la chute dans une roulade.

Ialla vint vers elle au galop et Niphredil bondit sur son dos d'un geste agile, lui intimant de se diriger au plus vite vers la rivière, espérant semer le feu par l'eau.
Le dragon gronda, contrarié, mais ne passa pas à l'attaque.
Non, il les ignora délibérément, et Niphredil vit avec horreur le monstre se diriger vers la plaine ou les bergers vivaient en nomade. Il y avait plusieurs lieux entre la plaine d'herbe grasse et l'antre du dragon, mais en un battement d'aile, il était au-dessus de ces petits points de lumières éparses, feux de camps allumés pour chasser les terreurs de la nuit.
Nul doute qu'aucun de ces braves idiots ne surent ce qui leur arrivaient avant qu'un enfer dantesque ne s'abattent sur eux sous le regard dévasté de l'elfine, impuissante.

Tant son mort ce soir, seulement par-ce que j'ai porté l'une de leurs peaux de mouton...Par mon orgueil et ma folie, les noms des hommes des plaines du Rohvarion sont tombés dans le néant en un instant...
Sans qu'ils n'aient fait quoi que ce soit pour mériter pareille fin...

La plaine était devenue un champ de feu dès le premier passage de la bête, mais tant pour s'assurer que rien n'avait survécu, que pour se délecter du spectacle, il repassa plusieurs fois, alimentant à chaque fois un peu plus le brasier qui libérait une chaleur qu'elle ressentait malgré l'éloignement.

A l'aube, le brasier s'éteindrait sans doute enfin, mais jamais rien ne pousserait derrière le passage de Smaug, dont le feu malfaisant corrompait la terre.

Tant de morts, par ma seule faute...

Dévoré par les remords, Niphredil se cramponner à Ialla comme a une bouée de sauvetage alors que l'orignal repoussait les limites de ses forces pour aller le plus vite possible, avec l'espoir fou de pouvoir distancer le dragon en se dirigeant vers Dale, pour trouver refuge.

Flap.

Mais aucune créature foulant la terre ne pouvait semer le grand dragon de Morgoth.
Flap

Malgré tous les efforts de Ialla, c'est aux portes de Dale que le dragon les rattrapa, se posant devant eux dans un simple bruissement léger, sans que l'imposante masse d'écailles et de muscle ne fasse le moindre bruit en touchant le sol :

-Tu ne peux pas m'échapper, petite créature de lumière. Maintenant, tes amis qui empestent le mouton sont morts... Ces bergers idiots qui pensaient pouvoir me défier, par leur présence, leur destin fut bien plus miséricordieux que le tien.

Ialla s'était immobilisé, mais loin d'être affolé par le dragon, elle restait droite et fière, comme défiant la menace qui lui faisait face, déterminé à rester digne devant un futur inévitable. Une attitude qui déplut à Smaug, car il n'hésita pas un instant à faucher la monture et son cavalier, faisant rouler Niphredil au sol, alors que dans un coup de dent, Ialla disparu à jamais.

L'elfine vit sa fidèle amie disparaître le visage quoi, incapable de réagir.

La mort est sur mes talons depuis aussi longtemps que je me souvienne...

Ialla... Les bergers... Les habitants d'Entalluve …. Nali et Navri... Tous ces guerriers qui ont défendus notre refuge tant dans les montagnes bleues que dans les monts brumeux... Et... Mère.

Je n'ai même pas de souvenir de son visage... Seulement le souffle de la mort dans ma nuque à chacun de mes pas depuis toujours.

Smaug ne rata rien de la guerre intérieur qui déchirait l'elfine face à lui, et eut un rictus victorieux quand les armes lui glissèrent des mains et que ses jambes devinrent flageolante.

-Tu as perdue, tempétueuse enfant.

Je n'ai pas peur de la mort.