Blabla du 25/06/2010 : Dernier chapitre ! Et pile à l'heure ! J'espère que vous ne le trouverez pas bâclé, mais il faut que je vous avoue que je ne suis pas très à l'aise sur le récit du retour au bercail. Il n'est pas bien long non plus, c'est vrai. Bref, tout d'abord, un grand merci à vous, mes revieweurs et revieweuses adorés. Sans vous, comme je me plais à vous le dire de temps en temps, les Chroniques de Minerva en seraient encore au Tome 1 chapitre 2... Vous m'encouragez, vous me donnez votre avis, vos critiques, vos doutes, vos encouragements, et c'est mon leitmotiv pour continuer à écrire. J'aime passionnément écrire ces Chroniques, n'en doutez pas, seulement j'ai parfois du mal à avancer, et c'est dans ces moments là que vous me permettez de passer le cap. De voir plus loin. Cela fait maintenant 2 ans et demi que je poursuis l'écriture des Chroniques, et jusqu'alors, aucun de mes écrits n'avait été aussi abouti. Et, je ne ferai pas ma Ashkelm, à vous faire peur en prétendant ne pas aller jusqu'au bout des Chroniques : non, j'ai commencé, je suis en plein dedans, et je les terminerai. Même s'il me faudra un certain temps ! Bref, mille mercis à tous ceux qui ont reviewés plus ou moins assiduments ce Tome, à savoir : Lolilup, ziya, Lorraine, Bergamote,Diox Veritae, Manone, AKP, Mrs. T, Geminerica, EirwenOfStrahnbrad, Megane, Raphale, Shebang, Audace, Bergère, Sophie Rostochine, Etoile de Neige, Shinakun, Umbris, Titemaya, Selene Appia, Sellesta, Camille 13, Caramelise, Natsuki, Ashkelm et Victoria ma Boubouille.
Un petit bout de Chroniques de Maeva : comme je vous l'ai dit à plusieurs reprises, je pars tout l'été en tant qu'animatrice sur une colonie de vacances à Barcelonnette (dans les Alpes, un très joli coin !) je n'ai pas de pc portable, donc impossible de poursuivre mes chroniques là bas, surtout que les horaires de taff sont plus ou moins de 7h du mat' à minuit/1h. Donc, écriture impossible. Je m'y remets à fond dès Septembre, avec le nouveau chapitre, dont je vous livre le résumé officiel en bas de page. Et sinon, avec le petit animateur dont je me suis éprise ? Il est une énigme vivante (d'autant plus qu'il est pas très loquace !) un paradoxe à part entière, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas envahissant... Je ne sais pas trop qu'en penser, et puis, on verra bien. Tout ça pour vous dire : bonne lecture !
ENCORE UNE ANNEE TERMINEE
Un léger pli au coin de sa bouche trahit son sourire froid.
– Autre chose, Minerva Liv ? Non, n'est-ce pas, tu peux t'en aller.
Il m'adressa un geste sec du poignet, et rajouta, acéré :
– Nous nous reverrons l'an prochain.
Ce fut moi, cette fois-ci, qui sortit sans répondre. Je dévalai les escaliers en courant, et ce ne fut qu'une fois arrivée devant la salle commune de Gryffondor que je m'arrêtai. Je m'adossai à côté du portrait de la Grosse Dame, tout en réfléchissant à ce que je venais de découvrir. Un détail me revint en mémoire : c'était bien Cleveland qui avait mentionné pour la première fois les Atouts à Poudlard. Je me souvenais d'une conversation entre Alphard Black et Caliste Nott durant un cours de Potion, et le jeune Serpentard révélait à sa camarade que Cleveland avait parlé des Atouts à la classe de son frère. Inquiétant.
– Tu as oublié le mot de passe ?
Astrée me regardait avec un sourire amusé aux lèvres.
– Pas vraiment. Je réfléchissais.
– Comment peut-on « pas vraiment » oublier le mot de passe, nota-t-elle les yeux pétillants.
Je lui souris : elle semblait d'humeur taquine.
– Bonne question.
– Tu as eu ton évaluation ? « Blanche Licorne » rajouta-t-elle à l'attention de la Grosse Dame.
Nous pénétrâmes dans la salle commune. Une poignée d'élèves y étaient installés, et bavardaient ou jouaient aux échecs.
– Oui. Ca ne s'est pas trop mal passé. J'avais Cleveland.
Elle eut un hochement de tête en signe de compassion.
– Moi j'ai eu Dumbledore. Il m'a dit qu'il était très satisfait de mon travail.
– Comment pourrait-il ne pas l'être, m'esclaffai-je. Tu es l'une des meilleures élèves de notre année. Quelles options vas-tu choisir pour l'année prochaine ?
Elle s'installa dans un fauteuil, et réfléchit quelques instants. Ses cheveux noirs et crépus semblaient avoir poussé, malgré le chignon qui les retenait.
– La Divination, l'Etude des Runes. Et j'aimerais bien étudier l'Arithmancie aussi.
– Rien ne t'effraie, comme toujours. Ca va être chargé comme programme, tu ne crois pas ?
– Ca ne me dérange pas. Et toi, tu as déjà choisi ?
– Priorité sur la Divination, déclarai-je. Ca m'a toujours fasciné. Les autres matières ne me disent rien. Sauf peut-être l'Etude des Moldus.
– Cerena aussi va prendre l'Etude des Moldus.
– J'aimerais bien en savoir plus sur eux, mais mon frère Firmin me dit que cette matière ne sert à rien.
Les sourcils d'Astrée se froncèrent légèrement et elle demanda :
– Il est contre les moldus ?
– Je crois qu'il est contre le monde entier, pouffai-je en espérant qu'il ne serait jamais au courant du cynisme qu'il m'inspirait. Je plaisante, il a pris cette option et il trouve les cours complètement à côté de plaque, comparé à la réalité.
A ce moment là, Artémis fit irruption dans la salle commune, et tout en me levant pour aller à sa rencontre, je dis à Astrée :
– On se voit tout à l'heure ? Il faut absolument que je parle à 'Témis.
– Pas de problèmes.
Artémis m'avait vu venir vers elle. Un grand sourire dont elle seule avait le secret me salua.
– Alors Min', ça s'est bien passé ?
– Viens, je dois absolument te dire quelque chose.
Nous sortîmes du château, et prîmes la direction du lac, tandis qu'elle me harcelait de questions. Mais j'attendis que nous soyons confortablement installées au bord de l'eau, sur un tapi d'herbes vertes, pour parler.
– C'est Cleveland la Panthère.
Son visage passa de la plus grande surprise à une expression radieuse. Alors je lui racontai mon entretien avec lui, couvée par son regard brillant de mille feux.
– Incroyable ! J'aurais adoré être avec toi quand tu l'as surpris.
– 'Témis, mets de côté ton enthousiasme, et dis-moi ce que tu penses de cette situation, lui lançai-je sèchement.
Elle leva vers moi un regard un peu vexé, mais hocha la tête. Je poursuivis, tout en jetant un caillou dans l'eau du lac :
– Moi, ça me fait peur. Personne ne se méfie de Cleveland, et pourtant il est capable de voler le Ministère.
Elle me regarda fixement, sans rien dire. Des mèches s'échappaient de son chignon desserré et frémissaient sous la caresse de la légère brise. Je crois qu'elle était partagée entre deux sentiments : l'exaspération que lui inspirait toujours ma méfiance et mon scepticisme, elle qui aimait s'enflammer sans réfléchir, mais aussi, à mon avis, une part de peur. Certainement pas la peur de la Panthère, ou quoi ce soit, mais une peur directement issue d'un manque de confiance en elle. Je lui parlais sérieusement, et lui réclamais un avis réfléchi : rares étaient les gens qui pensaient Artémis capable d'une telle prouesse. Elle véhiculait tant d'insouciance qu'elle devenait victime de sa propre image, et à la fois se cachait derrière : les gens ne voyaient pas plus loin. Et l'épisode de la robe déchirée durant le numéro du Q.A.F n'avait aidé à la rendre plus crédible. Or, je savais, (ou bien ne faisais-je encore qu'espérer, à cette époque) que mon amie avait bel et bien un cerveau opérationnel, et qu'elle pouvait faire preuve de réflexion. Je l'ai compris bien plus tard, mais je pense qu'Artémis craignait de me décevoir. Elle avait peur que je pense, à l'instar des autres, qu'elle n'était finalement guère plus que ce qu'elle donnait l'impression d'être.
− 'Témis ? la relançai-je doucement.
Sa voix était un peu hésitante lorsqu'elle parla :
− Je crois que Cleveland est bien plus manipulateur qu'il n'y laisse paraître.
− Parce qu'il a manipulé Caliste toute l'année ?
Elle hocha la tête, et rajouta, tout en arrachant nerveusement de petites touffes d'herbe autour d'elle :
− Quel est l'intérêt pour lui que nous possédions les Atouts ?
− Je n'en sais rien. Mais il en a certainement un.
− C'est là que je veux en venir : nous faire entrer en possession des Atouts lui a pris une année entière, avec apparemment un plan assez bien ficelé. Mais ce n'est peut-être que la première partie de son plan, lâcha-t-elle avec un regard mal assuré dans ma direction.
Je n'en croyais pas mes oreilles. Mon amie, Artémis Evans, la tête brûlée, la tornade rousse raisonnait avec une sacrée dose de logique, et paraissait attendre nerveusement ma réaction. Je dis aussitôt :
− Tu penses qu'il a déjà un plan tout conçu, et que cette année n'était qu'à fins de nous utiliser par la suite, nous et les Atouts ?
Elle haussa les épaules, manifestement incapable de répondre. Mais elle glissa ensuite :
− Je n'en sais rien, mais sinon, quel intérêt pour lui de nous servir les Atouts sur un plateau d'argent ?
− Tu as raison. D'autant plus qu'il a pris des risques pour dérober la Mallette au Ministère, et il y a forcément un but derrière. Un but à long terme.
− Lié à l'utilisation et les effets des Atouts, renchérit-elle, cette fois les yeux un peu plus animés.
Nous demeurâmes un moment silencieuses. Le soleil de midi étincelait sur l'eau du lac, et les éclats lumineux me brûlaient les yeux, tandis que ma peau découverte semblait brunir petit à petit. Je finis par déclarer :
− Tout ça n'est pas bien rassurant. Si Cleveland est capable de nous manipuler toute une année pour ne servir qu'une infime partie de son plan, je me demande bien de quoi il peut être capable lorsqu'il sera question de nous utiliser.
− Inutile de se casser la tête maintenant, on ne peut pas faire grand-chose de toutes manières, trancha mon amie, tout son aplomb retrouvé.
− Ca ne m'empêche pas d'avoir peur. Tu te rends compte de sa patience, de sa précision, et de sa minutie ? Son but doit avoir beaucoup d'importance pour que tout soit si bien orchestré. Et quel genre de but peut nécessiter des objets tels que les Atouts ?
Artémis était en train de se lever. Elle s'épousseta et déclara :
− Ce n'est certainement pas lui qui nous en tiendra informées. Tu sais quoi, Min' ? On va arrêter de penser à tout ça, on va aller manger, on va faire nos valises, et puis on quittera Poudlard. Le mystère des Atouts et de la Panthère attendra septembre prochain, ça ne sert à rien de se prendre le chou tout l'été à propos de ça. Un drôle d'été nous attend.
Ses yeux s'écarquillèrent brièvement, avant qu'un sourire un peu faux n'étire ses lèvres. La dernière phrase semblait lui avoir échappée. Je m'empressai d'approuver sombrement en songeant à mes fiançailles :
− Un drôle d'été, oui.
Nous échangeâmes un regard mi-interrogateur, mi-complice. Elle sembla sur le point de me faire un aveu, avant de se raviser. Je me levai à mon tour, et nous prîmes le chemin du château, en bavardant de sujets sans intérêts.
Le lendemain, ce serait le départ de Poudlard. Lors du dîner, je m'écartai imperceptiblement des autres, et ne suivis pas les conversations. Je regardai mes amies. Artémis, penchée par-dessus la table, qui parlait avec entrain, et ne nous le cachons pas, volontairement plus fort que les autres. Et pourtant, dans les coups d'œil qu'elle jetait parfois autour d'elle, il y avait un soupçon de manque d'assurance : ne l'avais-je jamais remarqué, ou bien étaient-ce les séquelles de son humiliation lors du numéro des Qafettes ? Les Weaslettes, l'une à côté de l'autre comme toujours, se tenaient légèrement en retrait de la table, mais ce n'était pas pour autant qu'elles n'étaient pas présentes. Elles étaient assises bien au fond de leur chaise, et observaient les autres d'un œil vif : souvent, elles lançaient quelques piques mordantes, et des remarques qui déstabilisaient ou faisaient rire leur interlocuteur. Astrée mangeait tranquillement, tout en conversant avec d'autres Gryffondors. Au premier regard, il était impossible de se douter du feu brûlant qui l'habitait. Elle était tellement posée, tellement réfléchie. Alaric, Heinrich et Neil bavardaient entre eux, et échangeaient parfois des plaisanteries avec les Jumelles. Ils parlaient manifestement de la Compagnie de la Comète, et du tout nouveau balai que Mr. Keitch et Mr. Horton concevaient. D'ailleurs, Dolly Horton tentait vainement de participer à la conversation, mais, excepté les regards compatissants de Neil, et les explications presque fraternelles d'Alaric, elle était plutôt mise à l'écart. Cerena avait le nez dans son assiette, et ne le relevait brièvement que pour répondre aux questions que lui posaient nos camarades. Je ne dirais pas qu'elle avait pris de l'assurance, depuis sa première année, mais elle ne paraissait plus traumatisée à chaque fois que quelqu'un lui adressait la parole, et c'était probablement un bon début.
Pourquoi fus-je soudain prise d'un sentiment de tristesse ? J'étais entourée de gens qui comptaient pour moi. Du coin de l'œil, je pouvais apercevoir Hadrien qui parlait à sa table, tandis que la plupart de ses camarades l'écoutaient et le regardaient avec pour certains de l'admiration. Et Firmin, qui, de son côté, souriait en papotant avec Violette et Madeline Baldwin, les anciennes Qafettes. Il avait rarement l'air aussi détendu que ce soir-là. Pourtant, une étrange angoisse m'enserrait le cœur. Le pressentiment que ce bien-être apparent était précaire. Aujourd'hui, je me demande encore par quelle magie je présageais le sombre horizon qui m'attendait, mais ce qui est certain, c'est que je ne me trompais pas.
Je ne voyais qu'un seul exutoire à cette détresse incompréhensible. Il se trouvait sur les toits de la tour Gryffondor, et se nommait :
– John ?
– Je suis là.
Debout au bord du précipice, de dos. Son profil se découpant sur un coucher de soleil lointain. Il ne se retourna pas pour me répondre, et sa voix était murmurante. Je m'avançai vers lui à grands pas assurés.
– Je t'attendais, dit-il en tournant la tête dans ma direction.
Son regard mêlé de dureté et de douceur se riva au mien.
– Tu m'attends souvent ?
– Seulement quand tu as besoin de moi.
Lentement, il m'ouvrit ses bras, et sans hésiter je m'y réfugiai, nichant mon visage au creux de son épaule. Cette étreinte imprévue me semblait plus naturelle que les mots. Ses mains me caressaient le dos avec douceur, et il me serra un peu plus fort. Son odeur elle-même était rassurante : indéfinissable, elle m'évoquait celle apaisante de Bobine, le mouton en peluche qui m'avait aidé à trouver le sommeil toutes mes nuits d'enfance. Autrement dit, mon doudou. John sentait comme mon doudou.
– Regarde, chuchota-t-il à mon oreille, en m'indiquant la tour en face de nous.
Je m'écartai un peu de lui, et observai. Il s'agissait de la tour d'Astronomie, et je savais qu'il voulait parler du bureau de Cleveland.
– Cela devait faire un mois qu'il était anxieux, annonça John d'un ton peu amène, parce que la Mallette était dans son bureau, et qu'il n'arrivait plus à dormir.
Je demeurai quelques instants interdite, avant de demander d'une voix blanche :
– Comment le sais-tu ?
– Je sais beaucoup, beaucoup de choses.
Aucune prétention. Seulement le constat neutre de sa condition. Il poursuivit, du même ton plein de ressentiments :
– Il a vu arriver la fille et le garçon. Il était furieux qu'elle n'ait pas été seule.
Je compris qu'il parlait de Caliste et de Virgile Dubois.
– Et puis l'autre garçon est arrivé, suivi de cinq Gryffondors. Ce salaud était blanc comme un linge. Et quand tu as ouvert la Mallette, il a entreprit de détruire tout ce qui se trouvait à sa portée.
– Pourquoi ?
– Il ne voulait pas que tu sois mêlée à tout ça.
– Pourquoi, répétai-je.
John écarta les bras en signe d'ignorance. Je tranchai, sans trop savoir ce que j'en pensais :
– De toutes manières j'y suis mêlée maintenant. Que sais-tu des Atouts ?
– Rien. Mais je sais ce que tu as ressenti ce soir, rajouta-t-il d'un ton douloureux.
Sa main se posa sur mon bras : il cherchait mon regard. Derrière nous, le soleil s'était couché depuis un petit moment déjà, et bien qu'il ne fît pas encore complètement nuit, le ciel se parsemait d'étoiles.
– Je suis triste, mais je ne sais pas pourquoi, admis-je.
– Tu es triste parce que tu aimes les choses telles qu'elles sont aujourd'hui, et que tu sais que rien n'est immuable.
Il avait parlé avec douceur, et tristesse. Comme si lui aussi ressentait ma peine. Je m'assis sur le toit, et laissai mes jambes balancer dans le vide. Il s'installa à côté de moi.
– C'est incompréhensible, m'insurgeai-je à voix basse. Pourquoi les choses changeraient ? J'aime les gens qui m'entourent, et je me sens bien avec eux. Ca, ça ne peut pas changer !
– C'est justement toi qui en doutes. Et je te trouve bien plus clairvoyante d'en douter, que de te persuader du contraire.
Il me caressa les cheveux d'un geste presque fraternel.
– Mais l'amitié, c'est immuable…
Ma voix sonnait comme une supplication, et il dû le percevoir. Son ton était infiniment triste lorsqu'il dit :
– Non. Rien n'est immuable, et personne n'est éternel. Jamais une soirée ne sera la même que celle-ci, et pourtant elle n'a rien de spécial, si ce n'est que tous les gens que tu aimes t'entourent.
Son regard s'était perdu au loin, caressant la cime des arbres. Il finit par rajouter doucement :
– Tu ferais mieux d'être heureuse avec eux, plutôt que triste avec moi.
– Pourquoi je ne te vois jamais, parmi les gens qui m'entourent ?
Nos regards se croisèrent. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres, mais son expression n'était guère joyeuse.
– A chacun ses petits secrets.
– Moi je n'en n'ai aucun pour toi.
Cette fois il me sourit plus sincèrement, mais une lueur d'amertume dansait encore dans ses yeux.
– Un jour, toi aussi tu sauras tout de moi. Et tu seras très triste.
Malgré ses paroles étranges, je me sentais d'humeur plus légère. Comme toujours, il dissipait mes peines. Je remarquai avec une pointe de malice :
– Comment pourrais-tu me rendre très triste, alors que tu n'apparais toujours que pour me remonter le moral ?
De profil, je vis qu'il ne restait de son sourire plus qu'un léger pli au coin de la bouche.
– Va retrouver les personnes que tu aimes, Minerva. C'est la dernière soirée.
Je suivis son conseil. Je passai une bonne partie de la soirée dans la salle commune, en compagnie de mes amies. Les Septièmes années fêtaient leur départ avec exubérance, mais ne niaient pas ressentir une certaine nostalgie au souvenir de leurs sept années passées à Poudlard.
– Un jour, ce sera ton tour, m'adressa une des sorcières aux cheveux blonds. Toi aussi tu passeras ta dernière soirée ici, et tu auras du mal à croire que c'est vraiment la dernière.
Un peu plus tard, la plupart des Septièmes années prétendirent avoir rendez-vous avec les élèves des autres maisons dans le parc, et ils disparurent dans le couloir avec la discrétion d'une horde de Trolls adolescents.
– Je ne leur donne pas dix minutes avant de se faire rapatrier ici par Dippet, commenta Josie de son ton sarcastique.
– Je t'ai entendue, la menaça un Septième année qui n'avait pas encore passé le portrait de la Grosse Dame.
– C'est bien. J'en parlerai à mon hibou, lui rétorqua tranquillement la Weaslette.
Et notre petit groupe se mit à glousser. Mais finalement, dix minutes plus tard, personne ne s'était fait ramener par l'oreille aux dortoirs.
– A mon avis, déclara joyeusement Alaric, Dippet ferme les yeux là-dessus. Après tout, c'est leur dernière nuit à Poudlard.
Cette soirée fut agréable : elle avait commencé sur le ton de la convivialité. Tous les Gryffondors s'amusaient avec tous les Gryffondors. Elle se termina en petit comité : Les Jumelles, Artémis, le trio Alaric, Heinrich, Neil, et moi. Nous parlâmes du Q.A.F (Vive les équipes mixtes), des professeurs (à bas Binns), des Septièmes années qui allaient nous manquer (et de ceux qui nous feraient de l'air), des futurs Préfets-en-Chef (Nous étions tombés d'accord sur Yolande Retriever), des BUSES qu'allaient passer les trois garçons, de qui serait Préfet à Gryffondor, et à combien étaient estimées les chances d'Alaric et d'Heinrich.
– Ce sera forcément l'un de vous deux, décréta Artémis sur le ton de l'évidence. Certainement Alaric, d'ailleurs.
Ce dernier eut un sourire amusé, et la contredit :
– Je ne pense pas, je ne suis pas assez à cheval sur le règlement. Hein' ferait un parfait Préfet.
– Un parfait tyran, oui, intervins-je pince-sans-rire.
Ils me regardèrent un peu surpris, me croyant sérieuse. Je finis par sourire, et Artémis renchérit :
– Un parfait donneur de leçons qu'il est déjà.
Le concerné grommela :
– Vous avez quelque chose contre moi, ce soir ? (Ses yeux pétillaient néanmoins) Artémis et Minerva, si je suis Préfet, croyez-moi : vous serez ligotées à vos lits le soir.
– C'est injustifié, s'exclama mon amie avec mauvaise foi. On n'a presque pas fait perdre de points à Gryffondor cette année.
Nous rigolâmes tous. Au bout d'un petit moment, Neil déclara d'un air absent :
– Il y a aussi le poste de Capitaine de l'équipe de Quidditch qui se libère.
– Eh bin voila : Al' tu vas être Capitaine, et Heinrich Préfet, conclut Artémis.
– Ca ne me dérangerait pas, sourit Alaric d'un ton rêveur.
Heinrich renchérit, enthousiaste :
– Avec un choix pareil, c'est la coupe de Quidditch et la coupe des Quatre Maisons assurées !
– Et Neil, demandai-je, dérangée qu'il soit ainsi mis de côté.
Je perçus une sincère affection dans le regard qu'adressa Alaric à son ami. Il souffla en souriant :
– Neil est notre conscience. Il nous ouvre les yeux sur ce que nous ne voulons pas voir. Et si je suis Capitaine, et Heinrich Préfet, ce sera Neil qui tirera les ficelles dans l'ombre.
– Clairement, l'approuva Heinrich en tapant dans le dos de Neil. Ce n'est pas pour rien que ce petit gars est notre ami.
Nous allâmes nous coucher peu après. « Merci John, pour m'avoir fait profiter de cette soirée », songeai-je en m'endormant. Le lendemain, Dippet annonça la victoire des Poufsouffle à la Coupe des Quatre Maisons, qui fut une déception pour notre tablée.
– L'année prochaine, ce sera différent, assura Artémis en adressant un clin d'œil à Heinrich.
Sa remarque nous tira un sourire complice. Nous fîmes nos valises, et très vite, nous retrouvâmes à bord du Poudlard Express.
– Quoi de prévu pour cet été, Heinrich ? questionna Neil gentiment.
Le visage de ce dernier s'éclaira d'un grand sourire.
– Je vais passer quelques semaines en France, à Paris. Mes parents ont des rendez-vous pour le travail.
– Ils font quoi, demanda Astrée.
Un éclat d'orgueil passa dans le regard du jeune garçon.
– De la haute couture sorcière. Et Paris est le cœur de ce milieu.
– Et notre ami Heinrich n'en n'est pas peu fier, se moqua Alaric en se passant la main dans les cheveux.
Le concerné réagit au quart de tour :
– On voit que ce n'est pas toi qui va à Paris. Tu fais quoi de ton été, d'ailleurs ?
Bien malgré moi, mon regard croisa celui de mon futur fiancé. Il garda néanmoins tout son aplomb.
– Je reste à l'auberge. Mon père m'a proposé de travailler sur l'aérodynamisme de son nouveau balai.
– Tu vas tester le prochain Comète ? m'étonnai-je, admirative.
Alaric eut un petit pouffement de rire, partagé entre la modestie, et l'entrain, avant de me répondre :
– Mon père et Basil…
– Basil ?
– Basil Horton, son associé, clarifia-t-il rapidement. Le papa de Dolly. Bref, mon père et Basil comptent sur moi pour tester les nouveaux Comètes, et les aider à concevoir un balai qui révolutionnera le marché des balais de sport.
– C'est vrai que le Comète 140 commence à traîner un peu la patte, lâcha Josie. Surtout depuis la sortie du Brossdur 2.
– Le Brossdur 2 est sorti il y a au moins cinq ans, objecta Heinrich.
– Justement, il est temps que la Compagnie de la Comète se mette à la page. Qui, de nos jours, vole encore sur un vieux Comète 140 alors que le Brossdur 2 a un système de freinage très élaboré, et des accélérations de folie ?
Des regards désapprobateurs convergèrent vers la Weasley.
– Tu leur fait de la pub ou quoi, s'exclama Heinrich, les sourcils froncés.
Mais Alaric s'interposa, d'un ton conciliant :
– Elle a raison, le Comète 140 a fait son temps. C'est pourquoi on va mettre les bouchées doubles, papa, Basil et moi, pour que le prochain Comète soit le balai de référence dans le monde du Quidditch.
– On y travaillera aussi, assura férocement Josie. Il n'y a pas que toi qui testeras les nouveaux balais.
– Mais vous partez…
– Vous partez ? demandai-je aux Jumelles.
Un sourire leur fendit le visage.
– Oui, une semaine entre fin juillet et début août. Dolly, ma sœur et moi, on va chez la tante de Dolly en Norvège.
Je ne fis guère attention à la destination. Je ne remarquai qu'une seule chose : les dates coïncidaient exactement avec celles de mes fiançailles. Un autre détail m'alarma :
– Et toi, 'Témis, tu ne pars pas ?
Son regard devint fuyant, et sa réponse me parut légèrement guindée :
– Si tout le monde s'en va, il n'y aura plus personne pour s'occuper de l'auberge. L'été prochain ce sera moi qui me ferai la malle, pendant que les autres travailleront.
Mais elle semblait être la seule guère convaincue de ce qu'elle avançait. C'était pertinent, mais louche. Cependant, j'étais déjà rassurée que les Jumelles et Dolly soient absente lors de mes fiançailles. Pour Artémis, ça me dérangeait moins : de toutes manières, il allait bien falloir que je lui en parle un jour.
Nous finîmes par apercevoir le quai de la voie 9 ¾ par la fenêtre.
– Encore une année qui se termine, conclus-je simplement.
– Ce n'est que ta deuxième, me lança Heinrich avec un clin d'œil. Attends d'arriver à la quatrième.
Nous passâmes aux « au revoir » sur le quai. Un simple geste de la main pour Alaric, Neil et Heinrich, une tape dans le dos de la part des Jumelles, une étreinte émouvante avec Cerena, un sourire et quelques mots avec Astrée, un hochement de tête sobre de la part de Dolly (qui valait mieux que le sourire hypocrite auquel je m'attendais), des signes de la part de plusieurs ex-Qafettes, un échange de regards avec Jedusor, pour en arriver à Artémis.
– Le meilleur pour la fin, commenta-t-elle joyeusement.
Mes frères m'attendaient un peu plus loin. J'entendis mon amie me dire :
– A cet été, alors.
Echange de regards interloqués. D'un ton hésitant, je demandai :
– Tu… tu es au courant ?
Je tombais des nues. Artémis savait que je venais à l'auberge : elle savait donc que j'allai me fiancer à l'auberge. Elle rectifia aussitôt :
– C'est plutôt toi qui es au courant.
– Je n'en n'ai parlé à personne, me défendis-je vivement.
Ses yeux bleus semblaient désolés. Elle ne paraissait pas vexée que je ne lui en aie pas parlé moi-même.
– Moi non plus, dit-elle sur un ton d'excuses. Tu l'as appris quand ?
– Au début de l'année, par mes frères.
Elle plissa les yeux, et s'écria aussitôt :
– Par tes frères ? La vache, ils n'ont pas perdu de temps !
– Heureusement qu'ils me l'ont dit, la contredis-je. Si j'avais appris la nouvelle au dernier moment, je n'imagine même pas ma réaction.
Elle hocha la tête, compréhensive. Une lueur de remords dansait dans ses yeux lorsqu'elle dit :
– Tu ne m'en veux pas, j'espère.
– T'en vouloir ? Mais de quoi ?
– De ne pas t'en avoir parlé plus tôt, lâcha-t-elle d'une toute petite voix.
– Tu le sais depuis longtemps ?
Elle détourna le regard.
– Depuis le début. C'est ma mère qui me l'a dit.
J'étais ébahie. Et révoltée. Je m'exclamai avec véhémence :
– C'est tout de même gonflé que tu l'ais su avant moi !
– Tu vas loin, là, coupa-t-elle fermement. C'est normal que j'ai été la première informée. C'est moi la concernée après tout.
Nous nagions en plein délire. Artémis qui se trouvait plus concernée que moi. Mais je n'étais tout à coup plus très certaine que nous évoquions le même évènement. Je lâchai néanmoins :
– Je veux bien admettre que ça te concerne, mais ce n'est pas toi la fiancée.
Du tac au tac, elle répliqua :
– Bin si, justement.
Nous nous regardâmes fixement durant quelques secondes, sans émettre un son. Nous étions sans doute aussi étonnées l'une que l'autre par le tour qu'avait pris la conversation. Je finis par demander :
– De quoi tu parles ?
Mais au même moment, Firmin se planta à mes côtés, et râla :
– Min', on t'attend depuis tout à l'heure. Tu finiras tes petites conversations une autre fois. Dépêche-toi.
Artémis, de son côté, se faisait embarquer par les Jumelles. Elle me lança de loin :
– A cet été, Min' ! Je t'expliquerai tout !
– Tu promets ?
Sa voix me parvint, lointaine, et je vis ses bras me lancer des signes :
– Parole de McGonagall !
Encore un Tome de terminé, j'ai envie d'vous dire. Plus que 5 ! Bon, sans plus attendre, résumé officiel, et résumé format du Tome 3 :
TOME III L'Oeil du Chat : / A VENIR / M. McGonagall, treize ans, à la cérémonie de répartition. Elle ignore que le demi-géant, là-bas sous le Choipeau, sera à Gryffondor, que certains professeurs s'intéresseront subitement à elle, que les hormones rendent déloyale, et qu'il n'y a guère besoin de morts pour annéantir une famille. La troisième année de Minerva s'assombrit : l'insouciance de la jeunesse est toujours là, mais au-dessous se cachent des questions et des réflexions bien sérieuses.
Et la version raccourcie :
McGonagall: troisième année. Surviennent des évènements sans liens apparents (l'étrange intérêt que lui portent des professeurs, l'irascibilité de son fiancé, les menaces de son frère, des cours secrets) dont le pire restera le déchirement de sa famille.
Voila, on se retrouve en Septembre ! Je vous souhaite un très bon été, et à bientôt les z'amis ! Poutous !
