Chapitre corrigé grâce à une remarque de l'attentive Sundae Vanille (heureusement qu'elle est là, je n'aime pas laisser des bêtises si je peux facilement les enlever !)
Le temps passe et le printemps s'annonce, il va falloir songer à repasser à l'action (mais pas tout de suite) ! L'idée de la première partie de ce chapitre m'a été soufflée par Malta Til'Kenway.
Chapitre 29 - La tanière du loup
Le vent frémissait dans les hautes haies sombres et faisait voleter sa cape et ses cheveux. La silhouette du manoir se détachait sur le gris pâle du ciel, loin au bout de l'allée. Une grille noire lui barrait la route, entrelacs complexe de fer forgé ensorcelé. Il leva le bras gauche et elle se volatilisa devant lui dans une bouffée de fumée.
De l'autre côté, les haies se poursuivaient de part et d'autre de l'allée ; quelques paons albinos paradaient tout en haut des ifs. Il haussa un sourcil : quelqu'un venait de sortir de l'ombre de la haie, et pas n'importe qui.
« -Voilà un accueil auquel je ne me serais pas attendu de ta part, Bellatrix, dit-il de sa voix basse, veloutée et vénéneuse. Ta situation a-t-elle tant changé ? »
La femme aux cheveux bruns lustrés et aux lourdes paupières leva le menton pour le toiser avec dédain.
« -Ma situation n'a pas du tout changé, Rogue, répliqua-t-elle âprement. Le Seigneur des Ténèbres sait que nous avons fait tout notre possible. Il pardonne à ceux qui lui sont fidèles.
-Tu m'en vois ravi », répondit Rogue d'un ton indifférent.
Il se détourna et commença à remonter rapidement l'allée en direction du manoir. Bellatrix lui emboîta le pas.
« -Si tu m'as attendu pour m'assurer que l'épée que je t'ai confiée se trouve toujours dans ta chambre forte, reprit Rogue de sa voix doucereuse, je le sais déjà. Quelle chance qu'un gobelin ait été là pour certifier que l'autre était fausse.
-Je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement, dit Bellatrix d'un ton cassant.
-Comment Potter s'est-il procuré cette copie ? demanda Rogue d'un air songeur. Pour quelle raison, d'ailleurs ? Quel dommage, soupira-t-il, qu'il t'ait à nouveau échappé.
-À nouveau ? répéta Bellatrix, furieuse. Ce n'est pas moi qui ai échoué à le capturer quand il a quitté la maison de ses Moldus, l'été dernier !
-Non, c'est vrai, convint Rogue en inclinant la tête. Lucius et toi, vous l'avez laissé s'enfuir ici même, alors qu'on vous l'avait livré pieds et poings liés, désarmé.
-Il n'était pas seul ! se défendit Bellatrix, blême de rage. Et il a reçu de l'aide...
-De la part d'un elfe de maison, compléta Rogue, paisible. Je sais tout cela, Bellatrix. Le Maître me l'a raconté. À présent, il parvient à en rire. »
Bellatrix n'aimait pas du tout le fin sourire de mépris amusé qui étirait les lèvres du directeur de Poudlard.
« -Bien sûr, poursuivit-il, il n'oublie pas que tu as échoué à l'arrêter au ministère de la Magie, il y a deux ans.
-Il ne... il ne voulait pas qu'on le tue, balbutia Bellatrix, mortifiée à ce souvenir. Il voulait s'en charger lui-même. Ce sont toujours ses ordres.
-C'est vrai, reconnut Rogue dans un murmure alors qu'ils atteignaient le porche du manoir. Et c'est sans doute ce qui explique sa clémence à ton égard : il est tellement plus difficile de prendre les gens vivants plutôt que morts. »
Il tendit la main vers la poignée de la porte mais suspendit son geste, tournant vers Bellatrix un regard scrutateur.
« -Son pardon ne va toutefois pas jusqu'à t'autoriser à remplacer ta baguette perdue », observa-t-il avec une tranquillité cruelle.
Cette fois, Bellatrix rougit violemment.
« -Nous n'avons plus Ollivander sous la main ! répliqua-t-elle. Gregorovitch est mort ! Les autres fabricants...
-Pourquoi ne pas t'adresser au repreneur de la boutique d'Ollivander, sur le Chemin de Traverse ? l'interrompit Rogue de son ton doucereux. Les première année en sont très satisfaits. »
Il laissa passer quelques secondes pendant lesquelles Bellatrix écuma de rage et d'humiliation muettes, puis reprit :
« -Il est vrai que le statut du sang de ce Rabbani laisse à désirer. Le ministère l'aurait arrêté depuis des mois si nous disposions d'autres fabricants aussi habiles. »
Rogue soupira, comme si le problème de Bellatrix le préoccupait sincèrement.
« -Il existe un grand maître, en Corée du Sud, dit-il tout bas comme s'il se parlait à lui-même. Les Espagnols et les Hongrois ne sont pas mauvais non plus... Quelqu'un pourrait certainement te procurer une baguette qui te convienne, si... »
Ses yeux noirs insondables vrillèrent ceux de Bellatrix, qui cilla pour s'en détacher.
« -Si tu obtiens son autorisation, compléta-t-il. Est-ce pour cela que tu m'attendais ? Pour que j'intercède en ta faveur ? »
La mâchoire carrée de la femme Mangemort se crispa ; ses lèvres ne formaient plus qu'une ligne dure en travers de son visage. Elle ne répondit pas.
« -Je suis sûr qu'il te le permettra bientôt, assura Rogue. Tu es une servante si loyale... »
Il y avait de la raillerie dans son ton, même si tous deux savaient que c'était la vérité. Bellatrix se consola de l'ironie de Rogue en songeant qu'il n'avait aucune idée de la profondeur de sa loyauté, de l'étendue des services qu'elle était prête à rendre au Maître – et de ceux qu'elle lui avait déjà rendus. Sa disgrâce serait de courte durée.
Rogue poussa la porte et pénétra dans le grand hall. Seul le silence l'accueillit. La splendeur du décor, conçu pour susciter le respect et l'admiration du visiteur, était ternie par la pénombre et l'atmosphère qui imprégnait le manoir : l'air était épais, lourd, poisseux de peur. Rogue y était habitué. C'était déjà l'ambiance qui entourait le Seigneur des Ténèbres autrefois, avant la chute.
« -Il est allé prendre l'air, chuchota Bellatrix. Dans le parc. »
Même elle était impressionnée par cette pesanteur, bien qu'elle n'en ait sans doute pas conscience.
« -Lucius et Narcissa en profitent pour reprendre des forces ? demanda Rogue d'un ton narquois.
-Il se reposent, siffla Bellatrix, contrariée. Ces derniers jours ont été éprouvants. »
Rogue n'insista pas. Il n'avait rien contre les Malefoy, et ne doutait pas que l'atmosphère de peur dans laquelle ils étaient désormais contraints de vivre les ait durement éprouvés ; il le constatait à chacune de ses visites. Le Maître aussi le savait. Cela faisait partie de leur châtiment pour s'être détournés de lui autrefois, et pour n'avoir pas su regagner sa confiance. Ils n'avaient pas la ferveur de Bellatrix.
« -Tu m'as l'air bien sûr de toi, reprit celle-ci en lui tournant autour, le regard mauvais. Aurais-tu une bonne nouvelle à lui apporter ?
-À quel sujet ? demanda-t-il, indifférent.
-Au sujet de ta mission ! »
Rogue sourit avec indulgence.
« -Ma chère Bellatrix, il va falloir te montrer plus explicite. Les nombreuses tâches que le Seigneur des Ténèbres m'a fait l'honneur de me confier...
-Je te parle de cette chienne de Moldue ! coupa Bellatrix avec hargne. De cette enragée et de son complice, ce Lupin ! Tu étais censé leur mettre la main dessus !
-Ah, fit Rogue. Bien sûr. Alifair Blake. Tu es toujours incapable de prononcer son nom ? »
Pour toute réponse, Bellatrix cracha sur le sol de marbre.
« -Je ne souillerai pas ma bouche avec ce nom impur ! Alors ? insista-t-elle impérieusement.
-Ce n'est pas à toi que je dois mes rapports, dit Rogue. Et je suis surpris que cela t'intéresse autant : Rodolphus et toi viviez séparés depuis votre sortie d'Azkaban, n'est-ce pas ? Je ne pensais pas que sa mort t'affecterait à ce point.
-C'était un Sang-Pur ! s'étrangla Bellatrix. Comment cette sale petite ordure a-t-elle seulement osé poser la main sur lui ?
-Nous ne sommes pas certains qu'elle l'ait tué, nuança Rogue. Tu te souviens sans doute que j'ai examiné le cadavre de ton mari : le poison qu'il a ingurgité correspond au contenu de ses pustules...
-Et comment lui ont-elles poussé ? trancha Bellatrix dont la voix résonnait avec force dans le hall désert. Elle lui a frotté la tête avec je ne sais quel poison moldu, elle l'a torturé, défiguré et, pour finir, assassiné !
-Peut-être, concéda Rogue à voix basse. Mais les deux autres... »
Bellatrix attendit, haletante, foudroyant du regard le sorcier tout de noir vêtu si calme devant elle alors qu'il réfléchissait.
« -Quels autres ? aboya-t-elle comme il ne daignait pas poursuivre par lui-même.
-Dans sa lettre, Blake fait allusion à une double disparition...
-Et alors ? s'impatienta Bellatrix.
-Alors, expliqua posément Rogue, il semble bien que deux de nos concitoyens aient disparu le soir du réveillon. Blake n'a pas revendiqué l'attaque, mais elle a prouvé depuis qu'elle était tout à fait capable d'enlever des sorciers dans des lieux publics pour les faire ensuite réapparaître ailleurs – ou pas.
-Elle n'est capable de rien du tout ! s'emporta Bellatrix, tapant du pied, sa colère éveillant des échos dans le hall. Ce n'est qu'une Moldue, un animal savant, et tu voudrais me faire croire qu'elle a fait ça toute seule ? Si c'est vrai, pourquoi les bras cassés du ministère sont-ils incapables de la trouver ? Pourquoi toi, en es-tu incapable ? Elle t'a insulté deux fois : dans cette minable campagne d'affichage et en accrochant ces deux abrutis sur la grille de Poudlard ! Depuis, il a fallu placer des Détraqueurs autour de ton école pour rassurer les parents ! Que faut-il qu'elle fasse pour que tu te mettes sérieusement au travail, Rogue ? Tu devrais peut-être te concentrer là-dessus, au lieu de tenir le compte des disparus dont personne ne se soucie ! À moins, dit-elle lentement, soudain douce et malveillante, à moins que tu ne te sentes une certaine sympathie pour elle ? Aurait-elle réveillé l'orgueil de ton côté moldu, Rogue ? »
Le visage du sorcier se figea, tout son corps se raidit et sa main se crispa tout près de sa baguette magique. Sa voix n'était guère plus qu'un souffle lorsqu'il répondit :
« -Tu sais comme moi que les Moldus ne m'ont jamais inspiré que mépris et aversion. Si le Maître tolère mon sang mêlé et me gratifie de sa confiance et de l'honneur de servir sous sa Marque, je n'ai pas à m'en justifier auprès de toi. Ou penses-tu être plus avisée que le Seigneur des Ténèbres ? »
Ce fut au tour de Bellatrix de se figer, le souffle coupé. La morgue avait cédé la place à la peur sur son visage. Des deux, Rogue se détendit le premier.
« -Tu as raison sur un point, reprit-il d'un ton presque courtois. La Moldue n'agit pas seule. La mésaventure de ta sœur l'a prouvé. L'Ordre du Phénix est rené de ses cendres pour lui porter secours.
-S'allier à une Moldue, grimaça Bellatrix avec dégoût. Ces gens-là n'ont donc aucun honneur.
-Aucun, confirma Rogue. Je suis heureux que ta sœur se soit finalement souvenue des devoirs de son sang. »
Bellatrix eut une exclamation dédaigneuse.
« -Elle n'en est pas moins la belle-mère d'un sous-sorcier et la grand-mère d'une aberration. Le fait que Lupin ait versé son sang ne la nettoie pas de son impureté. Tu sais qu'elle a réclamé le corps du Sang-de-Bourbe pour le faire enterrer ? »
Rogue ne répondit pas. On entendait à présent des bruits à l'étage supérieur : Narcissa s'agitait dans son boudoir. Depuis sa fenêtre, elle avait dû apercevoir le Maître rentrer de sa promenade. Bellatrix lissa les plis de sa robe et rectifia sa coiffure. Le gravier de l'allée crissait : jetant un regard par la lourde porte restée entrouverte, Rogue vit des silhouettes sombres avancer vers le manoir.
« -Sur quoi portera la réunion, à ton avis ? s'enquit Bellatrix.
-À part Potter, tu veux dire ? répliqua-t-il aussitôt, sarcastique. Le Maître prendra sans doute des nouvelles de notre bien-aimé Ministre, ainsi que de l'état de ta chambre forte.
-Et la révolte de Poudlard, comment se porte-t-elle ? attaqua Bellatrix, prête à s'emporter de nouveau.
-Tu sais très bien que la répression relève essentiellement des Carrow, répondit Rogue d'une voix douce. J'ai assez à faire avec Alifair Blake, Sainte-Mangouste et le reste...
-Sainte-Mangouste ? s'étonna Bellatrix.
-Les guérisseurs se sont révélés incapables de réaliser une potion Wiggenweld efficace pour réveiller nos deux camarades endormis. Apparemment, Blake et ses amis ont modifié la recette classique du philtre de Mort Vivante. Le Maître m'a chargé de trouver un antidote. »
Il soupira et sourit.
« -Moi qui craignais, une fois directeur, de n'avoir plus de temps à consacrer aux potions... »
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Tonks ne put assister à l'enterrement de son père car le Polynectar était strictement déconseillé aux femmes enceintes ; en tant que Métamorphomage, elle aurait certes pu modifier les traits de son visage, mais son gros ventre risquait de la trahir. Alifair avait craint que la mort de Ted la fasse sombrer dans le désespoir, mais la jeune sorcière encaissa ce nouveau coup du sort avec stoïcisme ; sa mère et elle avaient redouté pendant des mois ce qui avait fini par arriver et, en un sens, la fin de cette attente était un soulagement.
Et puis, vers la mi-mars, Bill Weasley vint à la maison Faraday, porteur d'une histoire incroyable : Harry Potter avait été capturé avec ses deux compagnons de fuite et emmené dans un repaire de Mangemorts d'où il était miraculeusement parvenu à s'échapper, emmenant avec lui d'autres prisonniers. Tonks décida aussitôt qu'il fallait fêter ça, avant de se rappeler qu'elle n'était pas chez elle ; mais, bien sûr, Alifair n'y voyait aucun inconvénient. Les seules ombres au tableau venaient du fait que la famille Weasley, dont le fils cadet avait été vu avec Potter, était à présent contrainte de vivre cachée et, surtout, que l'exploit avait coûté une vie : celle de Dobby, l'elfe de Poudlard, grâce auquel toute la bande avait pu s'échapper. Crickey en fut particulièrement affectée.
« -Dobby était un elfe courageux, sanglota-t-elle en préparant un gâteau pour célébrer l'événement. Il a sauvé tant de gens... Et même si Crickey désapprouvait sa façon de vivre, il avait un bon fond. Crickey regrette de s'être montrée si dure avec lui...
-J'aurais aimé le connaître, dit Alifair à voix basse en lui posant une main sur l'épaule. Je sais qu'Abelforth aussi l'aimait beaucoup. »
Elle écarta doucement Crickey du plan de travail et s'occupa du reste du repas pour permettre à l'elfe de pleurer tout son soûl. Le dîner oscilla entre joie et tristesse, de nombreux toasts furent portés aux vivants et aux morts, et tout le monde se coucha un peu ivre, sauf Tonks, naturellement. Le lendemain, la jeune sorcière prit une résolution.
« -Ils ont déjà chassé mon père de sa maison, ils ne nous chasseront pas, moi et mon enfant ! Je retourne chez ma mère, et c'est là qu'il verra le jour ! »
Lupin s'y opposa vigoureusement, tout comme Hestia qui s'était engagée à assister Tonks lors de l'accouchement. Même Andromeda, lorsqu'elle apprit la décision de sa fille, émit une objection :
« -Tu sais que j'en serais ravie, ma chérie, mais Rogue peut revenir à tout moment.
-Pas si nous lançons un nouveau sortilège de Fidelitas, contra Tonks, décidée. Maintenant, nous avons le temps de le faire proprement, avec l'aide de l'Ordre si c'est nécessaire. »
Lupin souligna que cela ne manquerait pas d'attirer l'attention des Mangemorts mais reconnut que, puisqu'ils étaient déjà sur leur liste noire et que le sort protégerait également Andromeda, cela n'aurait pas grande importance. Curieusement, Andromeda elle-même ne semblait guère favorable à cette solution. Alifair s'en étonna : elle voyait bien que l'idée d'avoir de nouveau sa fille auprès d'elle la tentait. Tonks, elle, était blessée par le refus de sa mère.
« -Cela lui tient beaucoup à cœur, expliqua Lupin à sa belle-mère, un soir qu'elle était venue dîner à la maison Faraday – Tonks était montée se coucher et Andromeda s'apprêtait à partir. Écoutez, parlons franchement... Si c'est mon retour sous votre toit qui vous pose problème, dites-le. Je comprendrai, assura-t-il en s'efforçant de cacher son amertume. Je resterai ici, et vous n'aurez qu'à m'envoyer chercher le moment venu. »
Alifair trouva que cette décision ne manquait pas de noblesse, même si voir Lupin se placer dans cette position humiliante lui déplaisait : il était le mari de Tonks, pas un chien qu'on siffle quand on a envie de le voir. Ses sentiments apparaissaient clairement sur son visage et elle ouvrit la bouche pour les exposer, mais Andromeda soupira, désemparée.
« -Je n'ai rien contre vous, Remus, murmura-t-elle. Il est vrai qu'au début, quand Dora nous a annoncé sa décision de vous épouser, sachant que vous êtes... ce que vous êtes... il m'a été difficile de l'accepter, avoua-t-elle, tête basse. Vous êtes un homme charmant, intelligent et plein d'attentions, mais...
-Mais je ne suis pas le genre de parti dont on rêve pour sa fille », acheva Lupin d'une voix douce.
Andromeda hocha la tête. Elle avait honte, c'était visible.
« -Quoi qu'il en soit, ce n'est pas à cause de vous que je ne veux pas que Dora revienne, reprit-elle fermement. Nous nous entendons bien, finalement, vous et moi, dit-elle avec un faible sourire. Et vos... vos crises ne sont pas un problème grâce à la potion Tue-Loup, ajouta-t-elle en inclinant la tête en direction d'Alifair.
-Alors, qu'y a-t-il ? » demanda Lupin.
Andromeda répugnait à s'expliquer. Il le fallait si elle ne voulait pas froisser définitivement sa fille et son gendre, mais quelque chose l'empêchait de se livrer.
« -Oh, bon sang, accouchez ! s'impatienta Alifair. Il est presque onze heures, Crickey doit vous ramener chez vous et on a encore toute la vaisselle à faire, alors soit vous parlez, soit vous ne dites rien, mais décidez-vous ! »
Andromeda ne put retenir un sourire. Elle prit une inspiration, regarda Lupin dans les yeux et lâcha, raide et droite :
« -Après votre départ et celui de Rogue, il s'est passé quelque chose. Bellatrix est venue me voir.
-Quoi ? s'écria Lupin tandis qu'Alifair haussait les sourcils – elle savait que Bellatrix Lestrange, la groupie la plus fervente du Maître des Serpents, était la sœur d'Andromeda.
-Oui, confirma la sorcière, l'air pincé. Oh, elle ne venait pas prendre le thé, naturellement. Elle voulait vérifier par elle-même que Rogue n'avait pas oublié un indice quelconque, je suppose. Elle a exigé de fouiller la maison, et je n'étais pas en état de m'y opposer. »
Andromeda se raidit encore, furieuse et humiliée à ce souvenir.
« -Elle n'était pas plus douée que Rogue, dit-elle. Elle n'a pas découvert la tanière.
-La tanière ? releva Alifair.
-La tanière du loup, précisa Andromeda, et l'ombre d'un sourire malicieux éclaira son visage. Dans le contexte actuel, il n'était pas question que Remus batte la campagne pendant ses transformations : il aurait pu faire une mauvaise rencontre. Alors nous avons aménagé la tanière.
-Il existe une cavité naturelle sous la maison d'Andromeda, expliqua Lupin. Elle fait presque toute la longueur du bâtiment, elle est donc assez spacieuse pour qu'un loup s'y ébatte le temps d'une nuit. Nous n'avons eu qu'à percer un escalier sous le salon et à ensorceler le plancher pour que la trappe soit invisible de l'extérieur. Simple précaution.
-Bella n'était pas venue pour ça, reprit Andromeda. Elle ne savait pas que la tanière existait, et d'ailleurs ça n'avait aucune importance. Elle a... Elle estimait que je m'en tirais à trop bon compte, et qu'on ne pouvait pas me faire confiance. Alors, elle a marqué la maison. »
Alifair haussa derechef les sourcils : l'image d'une femme toute de noir vêtue taguant la porte de la maison d'Andromeda s'imposait à son esprit, mais ce n'était sans doute pas ce que la sorcière voulait dire. Lupin paraissait tout aussi perplexe qu'elle.
« -C'est une nouvelle technique d'intimidation, expliqua Andromeda. Maintenant, quand une maison paraît suspecte aux Mangemorts, ils y apposent la Marque des Ténèbres. Le maléfice est invisible, bien sûr, mais il rentre dans les murs et les planchers. C'est une sorte de souillure qui empêche la réalisation de sortilèges de protection : Repello Moldum, Protego Totalum et, bien sûr, le sortilège de Fidelitas ne peuvent plus y être appliqués. La maison et tous ses occupants se retrouvent vulnérables. C'est pour ça que les Weasley ont dû se réfugier chez une de leur parente : leur maison aussi a été marquée. »
Dans le silence qui suivit, Alifair entendit distinctement la sorcière ravaler des sanglots de honte. Andromeda était une femme fière ; il devait lui en coûter de révéler l'affront qui lui avait été infligé par sa propre sœur.
« -Tonks va être encore plus déterminée quand elle le saura, dit posément la Moldue. Qui se charge de le lui dire ? »
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Sa prédiction s'avéra exacte : après avoir appris comment sa mère avait été traitée, Tonks considérait plus que jamais le fait d'accoucher chez elle comme un acte de résistance. Malgré les prières de Lupin, les lamentations d'Andromeda et les avertissements d'Hestia qui lui rappela que, dans quelques jours, le transplanage lui serait interdit, Tonks s'accrochait à sa résolution. Alifair préférait ne pas se mêler aux débats ; tout comme Crickey, elle comptait les points. Finalement, la jeune sorcière trouva elle-même une solution radicale.
« -Puisqu'ils n'ont pas trouvé la tanière, c'est là que j'irai, décréta-t-elle. Il suffit d'y descendre un lit et une baignoire. Maman me portera à manger et je remonterai le soir pour respirer un peu d'air frais. Si quelqu'un arrive, il suffira de verrouiller la trappe et de jeter un sortilège de silence depuis l'intérieur c'est un enchantement mineur, le marquage n'aura aucun effet sur lui. »
Andromeda et Lupin se récrièrent : il n'était pas question que Tonks passe ses dernières semaines de grossesse dans un cachot. Mais la jeune sorcière menaça de transplaner immédiatement dans la tanière et de s'y enfermer, aussi finirent-ils par céder. Avec l'aide d'Hestia et d'Alifair, ils aménagèrent le lieu de la façon la plus agréable possible : après avoir aéré la tanière qui sentait le chien mouillé, ils fixèrent des tentures sur les murs de pierre heureusement secs, placèrent des coussins sur le sol, descendirent une table, deux chaises et un grand lit. Des chandelles magiques donnaient de la lumière, mais Hestia insista pour que Tonks monte tous les jours prendre le soleil à l'aube et au crépuscule. Lupin accompagna sa femme pour lui tenir compagnie et veiller sur elle. Il fut décidé que, pour sa prochaine transformation, Crickey viendrait le chercher et le conduirait dans la campagne, loin du domicile de sa belle-mère.
Alifair se retrouva donc seule dans la maison Faraday avec pour seule compagnie Crickey, les portraits, et French et Montague qui n'étaient pas causants. Mars céda la place à avril et elle se remit à penser à sa prochaine action coup de poing contre l'oppression. Certes, elle avait promis de ne plus rien faire sans l'aval de Lupin et des autres, mais cela ne lui interdisait pas d'y réfléchir. Une idée lui vint un jour qu'elle flânait dans les rayons d'un magasin de jouets à la recherche d'un cadeau pour le bébé, et elle en ressortit bien plus chargée qu'elle ne s'y était attendue. Elle n'eut toutefois pas l'occasion de développer ses plans car à peine Crickey l'avait-elle ramenée à la maison que le Patronus de Lupin surgit dans le hall en traversant la porte.
« -Venez tout de suite, dit-il. Dora est entrée en travail. »
