Lorsque tomba la nuit et le silence avec elle, Mylerna avait enfin achevé son ouvrage. Elle quitta la chambre où elle avait installé son amie et ne fut pas étonnée de trouver Van, Dryden et les Généraux de Fanélia arpentant le corridor avec anxiété.

La voyant arriver, Van fut le premier à réagir, se lançant à sa rencontre, son visage tiré par l'inquiétude.

- Alors ? Comment va-t-elle ? Puis-je la voir ?

Mylerna essuyait encore ses mains tâchées de sang avec un chiffon humide. Elle soupira :

- L'hémorragie s'est arrêtée, j'ai pu lui faire quelques points de sutures et lui appliquer un baume qu'il faudra appliquer trois fois par jours. C'est pour la guérison.

- Des séquelles, demanda Dryden qui lisait dans les traits sévères de son épouses une mauvaise nouvelle.

- Oui, avoua la reine blonde. Ses ailes on été... endommagées. Tout le ligament des deux ailes a été tranché, l'os même a failli en pâtir. Je ne sais pas pourquoi, mais ses ailes ont quitté leur emplacement. Si elle s'est juste pris un coups de dos, elle aurait dû avoir ne aile blessée, pas les deux ligaments tranchés !

- Tu as une hypothèse, hasarda Dryden.

- Hmm... Je pense que c'était instinctif. Les ailes ont tenté de se déployer quand elle a protégé Van. Comme quand elle est tombée par la balcon.

- Quelles sont les séquelles, demanda Van d'une voix blanche.

Mylerna posa sur lui un regard désolé. Elle dit :

- Elle ne pourra jamais voler. Si elle déploie ses ailes, elle tombera comme un oisillon.

Van hocha lentement la tête et rejoignit le chevet de son amante sans dire mot. Tous le laissèrent, jugeant impoli de lui imposer une présence de plus.

C'est la douleur qui poussa ses yeux à s'ouvrir. Sourcils froncés, étouffant une plainte dans sa gorge, elle battit des paupières à plusieurs reprises avant de comprendre ce qu'il lui arrivait.

Elle se souvint alors de son entraînement avec le melef. De son combat pitoyable contre cet homme violent... Allen. Elle se releva d'un bond, cherchant des yeux son amant, se souvenant enfin de l'affrontement qui l'avait opposé au chevalier. Elle ne le trouva pas dans la pièce. Cela ne faisait que nourrir son angoisse. Elle se leva, se mettant sur ses pieds et se dirigea vers la porte. Vêtue d'une courte chemise blanche qui s'arrêtait au haut de son genoux, elle quitta la pièce. Elle tituba à travers le corridor, pas assez longtemps pour croiser quelqu'un. Il faisait nuit noire. Nul n'était dans les couloirs à cette heure ci. Elle fut contrainte d s'arrêter à un moment, trop fatiguée pour aller plus loin. Elle glissa sur ses genoux,se demandant où elle allait et où elle était. Elle finit par se relever et s'affala sur le premier divan qu'elle trouva. Sous une fenêtre, au beau milieu d'un corridor, sur un divan pour invités, la jeune femme se laissa tomber et ne tarda pas à fermer les yeux, espérant que le sommeil viendrait malgré la douleur.

Cette fois ci c'est le contact froid sur sa peau qui la ramena à la réalité. Sentant des doigts glacés lui parcourir la joue, elle s'éveilla en sursauts. Qui ? Elle croisa alors le regard saphir d'une homme qu'elle n'avait jamais vu. Ses sourcils se froncèrent, elle paniquait à petit feu, prenant conscience de la situation.

Elle avait été placée dans un lit qui n'était pas le sien et cet inconnu était assis à ses côtés ! Au moins, il n'était pas sous les draps mais assis sur le rebord ! Elle s'exclama :

- Qui êtes vous ?

- Celui qui vous a trouvée endormie sur un divan et porté jusque là, fit-il en souriant. Il passa sa main dans ses longs cheveux roux, ce geste fit sourciller la jeune lança :

- Que m'avez-vous fait ?

- Oh... Rien. Pas encore. Mais vous serez bientôt mienne, jeune inconnue.

Elle se leva d'un bond, décidée à quitter cette pièce. Il se plaça entre elle et la porte, disant :

- Voyons ! Quelle impolitesse ! Je ne sais même pas qui vous êtes ! Et un chevalier mérite bien plus de respect.

- Du respect ? Vous prévoyez de me faire vôtre et vous croyez que je vais vous accorder une once de respect ! Ha ! J'en rirai si je n'étais pas si écœurée ! S'exclama la jeune femme.

Le chevalier roux renifla à ces insultes. Il siffla :

- Veuillez, ma lady, retirer ces injures. Je ne pense pas que toutes les servantes aient la chance d'être choisies par moi.

- Quel orgueil ! Dieux, je vais défaillir ! Descendez de vôtre petit nuage, Casanova ! Je ne suis pas une de ces idiotes qui finissent dans vos bras !

- Assez de vôtre arrogance. Je vais perdre patience.

- Eh bien perdez donc patience ! Tentez donc de me faire vôtre ! Vous en subirez les conséquences, même si ma dignité en prend un coups ! Même si mon honneur est souillé ! Vôtre crime ne sera pas impuni !

D'un leste mouvement du bras, il la saisit par la nuque, son regard luisant de colère dans l'émeraude emplit de crainte et de mépris.

- Sire chevalier perdrait-il patience, siffla-t-elle.

- Qui êtes vous pour faire preuve de tant d'insolence ?

- Vôtre ignorance causera un jour vôtre perte. Je suis Hitomi Kanzaki de la Lune des Illusions.

- Ah. Celle là...

Profitant de cet égarement dans le fil de ses pensées, elle lui asséna un coups de sa paume de bas, frappant son menton avec violence. Rejeté en arrière par la force de l'impact, le chevalier s'écroula à terre, la lâchant, aveuglé une instant par douleur et incompréhension.

Hitomi l'enjamba rapidement et se hâta de fuir par la porte. Elle fut plus que ravie de croiser des serviteurs même si ceux si paniquaient en voyant la blessée de Fanélia courir ainsi en chemisette de nuit. Elle stoppa une servante, demandant prestement :

- Où se trouve la chambre du roi Van de Fanélia ?

- Seigneur Van Slanzar de Fanélia... En face de la vôtre milady, tout droit, la seconde porte après l'escalier.

- Merci, convoques y les généraux de Fanélia , s'il te plaît ! fit Hitomi en reprenant sa course, remarquant du coin de l'œil le chevalier roux qui la poursuivait.

Haletant sous l'effort, son dos la tiraillant de douleur, ses plantes de pieds douloureuses à force de courir pieds nus sur le marbre de glace, elle finit par atteindre l'escalier. Essoufflée, elle lança un regard par dessus son épaule pour remarquer que le chevalier roux était à quelques pas d'elle !

Elle ne prit pas la peine de frapper, entra précipitamment dans la chambre de son amant. Ce dernier, torse nu, séchait ses cheveux trempés.

- Hi... Hitomi ? Que...

Il ne pût achever sa phrase, elle plongea dans ses bras alors que le chevalier roux entrait dans la chambre en hurlant :

- Courez ! Courez ! La fuite n'est pas une solution, juste un contre temps !

Van, ses bras serrant son amante tremblante et brûlante de fièvre, fixait cet intrus avec une colère contenue. Il lança :

- Que voulez-vous ?

- Encore un inconnu incapable de me laisser en paix, grogna le chevalier en s'avançant.

- Vous m'ôtez les mots de la bouche. Hitomi, que t'est-il arrivé ?

- Elle s'est refusée à moi ! S'exclama le roux avec un ton dramatique tintant de colère.

- J'espère pour vous que vous ne lui avez rien fait, siffla Van soudain sérieux et menaçant.

Hitomi secoua doucement la tête sans se détacher de son amant, sans déloger son visage du creux de son épaule, sujette à une profond malaise dû à sa température. Van passa sa main contre sa nuque avec délicatesse, irrité de la voir dans cet état.

- Bon, Casanova, allez- vous la lâcher que je... soupira l'intrus roux avec lassitude. Van glissa son amante derrière lui, souriant de manière cruelle, il dit :

- Je ne sais pas qui vous êtes mais si vous ne voulez pas finir sur un échafaud pour tentative d'agression et harcèlement vis-à-vis d'une protégée royale, partez !

- J'ai pour habitude de toujours avoir ce que je veux,fit l'homme en souriant de manière sadique. Hitomi tressaillit. Elle entendit des pas précipités à l'extérieur. Elle fut rassurée de voir les Cinq Généraux de Fanélia surgir derrière le chevalier pour le plaquer à terre, l'immobilisant.

Van soupira de contentement, ayant craint que cela ne tourne de duel et que Hitomi ne soit prise dans le tourbillon. Il s'avança vers l'individu, demandant :

- Pour qui œuvres tu ?

- Je suis chevalier.

- Je ne tiens pas à te torturer, j'ai mieux à faire. Réponds à ma question.

Le saphir de son regard resta planté dans l'écarlate des prunelles de Van. Il soupira alors que le Général Jiyu pénétrait l'esprit de l'individu pour y trouver la réponse convoitée.

Van avait pris son aimée dans ses bras, espérant que les tremblements de la jeune femmes finiraient pas se dissiper et qu'il pourrait lui transmettre tout le réconfort et la chaleur qu'il avait.

-Un Masque Rouge... Feru, annonça finalement le Général alors que l'intrus gisait inconscient, poings liés.

- Encore, grogna Van avec mépris.

Hitomi glissa sur ses genoux, incapable de tenir plus longtemps. Van, navré, la souleva avec délicatesse alors que les Généraux emmenaient l'intrus en cellules. Le jeune roi posa son amante sur son propre lit, la sachant encore convalescente.

- Dors, Hitomi, je vais faire appeler Mylerna à ton chevet, susurra-t-il en la couvrant. La jeune femme prit sa main qui tirait le drap, soufflant :

- Ne me laisses pas... Je t'en prie.

- Je resterai là, dors maintenant, la rassura-t-il en posant un baiser léger sur son front.

Ses yeux émeraudes, brillant d'épuisement, finirent par se voiler. Van enfila une chemise de soie rouge sombre, brodée de l'insigne royal sur sa poitrine. Il alla à la porte où deux gardes se tenaient, tous deux soldats de Fanélia. Il remarqua que d'autres soldats de l'escorte arrivaient au pas de course, cela le fit sourire. Il dit :

- Je vais chercher Dame Mylerna, gardez un œil sur elle, elle risque de paniquer si elle se réveil en mon absence.

- Bien, Majesté ! Firent les soldats. Ils étaient six. Deux devant les portes. Deux défilant le long du corridor et deux au pas du balcon, dans le jardin.

Van trouva la reine d'Astria en bibliothèques. Il l'informa de l'état inquiétant de son amante, la jeune femme sachant déjà par ses agents qu'un infiltré au palais avait failli s'en prendre à son amie.

Les deux têtes couronnées se dirigèrent donc vers la chambre bien gardée. Van fut ravi de constater que son amante ne s'était pas réveillée. Sa trousse de soins près d'elle, Mylerna se hâta d'examiner son amie qui souffrait d'une fièvre si forte que cela l'inquiétait.

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