Chapitre 29 - Lullaby For The Taken
And now there's a mountain goat
Precariously balanced on the frog stuck in my throat
It says "sometimes whispering's okay,
But maybe you'd feel better if you screamed today
[Kimya Dawson - Lullaby For The Taken]
- Alors comme cela Blaine, tu es en terminale avec Finn ? demande alors mon père
Nous nous sommes installés depuis une dizaine de minutes autour de la table familiale, en train de manger les lasagnes de Carole. La première rencontre de Blaine avec Burt c'est bien passée, ils se sont franchement serré la main, et Blaine a été irréprochable. Il a aidé Carole et moi à mettre la table, tout en discutant avec mon père du garage. J'avais oublié son talent à jouer à l'homme parfait. J'avais oublié qu'avec les autres il gardait toujours le masque. Mais dans cette situation, c'est tant mieux.
Effectivement, mieux vaut pas qu'il répète à Papa Hummel ce qu'il t'a dit dans la voiture. Arrête, tu vas me faire rougir. Et c'est pas vraiment le moment. C'est le but mon cher ami. Mon activité favorite même. Chut. Tu m'empêches de raconter la suite de l'histoire.
Mais la partie difficile va venir. Le repas. Avec les questions indiscrètes de mon père ultra protecteur. Ça m'énerverait si c'était pas aussi mignon. J'espère juste que Blaine ne va pas en prendre ombrage, mon père n'est pas méchant. Je lui fais confiance, il comprendra. Heureusement, pour le moment, Finn n'est pas encore là : il rentre plus tard de son entrainement de foot et nous ne l'attendons pas pour commencer à manger dans ces cas-là. A vrai dire, j'espère qu'il n'arrivera qu'après le dîner, pour ainsi éviter qu'il ne gaffe et raconte tout à mon père, détruisant toutes les chances de Blaine de repasser le seuil de la porte un jour.
Mais si, il pourra le repasser. Bien déguisé, et il restera pas très longtemps avant de se faire chasser, mais il pourra toujours, je pense. Merci pour le soutien.
Blaine répond alors, après avoir avalé sa bouchée de lasagnes :
- Oui, monsieur, et j'ai d'ailleurs été dans sa classe une majeure partie de mon parcours scolaire.
- D'accord. Et qu'est-ce que tu veux faire l'année prochaine ?
Je me crispe un peu. A chaque fois que je lui ai posé la question, les plans de Blaine se résumait à... Et bien à peu près rien en fait. "Partir vendre des churros en Californie" était sa première réponse, avec "Devenir Dingo à Disneyland" comme second choix. Je doute toutefois qu'elles satisfassent mon père. J'espère qu'il a une réponse de Blaine-parfait à lui fournir.
- J'hésite encore un peu, mais je pense aller à l'université pour étudier l'histoire ou la musique, et devenir un jour professeur, répond-t-il d'un ton assuré.
Il a tout prévu. J'ignore si c'est vrai, je lui demanderais. Je pense qu'il ferait un bon professeur en tout cas. Il se tourne alors vers moi, me fait un sourire en coin canaille et je me retiens de rire. J'imagine qu'il a une part de vérité dans ce qu'il dit, mais sans que celle-ci n'est sans doute pas totale.
- D'accord, conclut alors mon père.
Il s'écoule quelques instants de silence avant que l'on entende la porte d'entrée s'ouvrir avec fracas. Finn sans doute. Regardant l'heure sur le four, je fronce les sourcils : il est plus tôt que d'habitude. Ce qui n'est pas pour m'arranger. Pas du tout.
C'est alors qu'il se met à nous parler, sa voix nous parvenant étouffée de l'entrée. J'imagine qu'il est en train de se déchausser. Cependant, la phrase qu'il commence me glace le sang :
- Hey, je suis rentré ! Vous devinerez jamais ce que j'ai appris à l'entraînement...
Je m'immobilise, tendu d'un seul coup. Un regard à Blaine m'informe qu'il se trouve dans le même état.
- Il parait que...
Sa voix se fait alors plus forte : il vient d'apparaitre dans l'encadrement de la porte. Il finit pas sa phrase et s'exclame :
- Blaine ?! Qu'est-ce que tu fais ici ?
Son ton est étonné mais je décelé une légère pointe de colère. Il est au courant, c'est certain. Je tente alors de désamorcer la situation :
- Papa a invité Blaine à manger pour le rencontrer.
J'appuie mes paroles d'un regard appuyé. Pitié, faites qu'il comprenne. S'il vous plait. Un éclair de perplexité passe dans ses yeux, mais il se reprend, hausse les épaules et acquiesce :
- Ah d'accord.
Il s'avance, et s'installe. J'ignore s'il a compris mais il ne fait en tout cas pas mine de finir sa phrase. C'était sans compter mon père, qui reprend :
- Alors, cette grande nouvelle ?
- Ah oui, euh.. bafouille-t-il. Bah en fait... Sam m'a dit qu'un recruteur devait venir bientôt nous regarder ! C'est cool non ?
Il a presque crié la dernière partie de la phrase, et je suis convaincu que ce n'était pas la grande nouvelle prévue à la base. Tout le monde sait qu'un recruteur doit bientôt venir... Mon père lui-même ne semble qu'à moitié dupe :
- Ah. Tu ne nous l'avais pas déjà dit il y a quelques semaines ? J'avais cru.
- C'est possible. En tout cas, ça se précise ! Sam parle du prochain match.
Mon père hoche la tête et ne cherche pas plus loin, heureusement pour moi. J'estime que Finn s'est bien rattrapé et je lui adresse un discret signe de tête pour le remercier. Celui-ci, toutefois, continue à regarder Blaine d'un air mauvais.
- Et sinon, Blaine, quelles sont tes passions ? demande Carole d'un ton doux.
Le diner se poursuit ainsi, entre questions et réponses. Blaine se débrouille bien, mais je ne peux m'empêcher d'être inquiet concernant les ondes de tension que je peux percevoir entre mon petit ami et mon demi-frère, qui ne sont pas du meilleur augure. Popatootcha ! C'était quoi ça ? La musique "Nous avons des problèmes." Effectivement. J'imagine que tu trouves fatigant de la chanter en continu ? Vu que c'est toi le problème ! Eh, c'est pas gentil. Oh, c'est bon, je plaisantais. Je sais. Je veux juste te faire culpabiliser. Saleté !
A la fin du repas, qui a été comme d'habitude excellent, mes parents nous autorisent à quitter la table, tout en disant qu'ils n'ont pas besoin d'aide pour ranger. Nous partons donc sans nous faire, Blaine, moi et... Finn, qui s'est sauvé également avant de se faire embaucher. Il semble d'humeur sombre. Sans lui prêter attention, je fais visiter à Blaine le salon, puis nous montons à l'étage, où se trouve ma chambre. C'est alors que mon père m'appelle d'en bas. Je regarde Finn et Blaine rapidement :
- Finn, tu peux montrer à Blaine ma chambre s'il te plait ? Je n'en ai pas pour longtemps, Papa doit sûrement avoir perdu quelque chose.
Finn grommelle, ce que je prends pour une approbation, et je descends. Mon père ne sait effectivement pas où ranger le fouet, je lui montre donc l'endroit avant de remonter.
C'est en remontant que j'attends des éclats de voix.
" Mais qu'est-ce que tu fous, espèce d'abruti ? Lâche-moi bordel !"
Blaine. Mon dieu. Finn. Je monte les dernières marches quatre à quatre, tombant sur la scène que je n'aurais pas souhaitée voir. Finn a plaqué Blaine contre le mur, agrippant son pull des deux mains. Il semble furieux, et avant que je n'ai eu le temps d'intervenir, il prononce ces mots :
- Espèce de connard, t'ose encore t'afficher avec mon demi-frère alors que t'as détruis la vie de Quinn ? Tu crois vraiment que je vais te laisser faire du mal à Kurt ? Je le savais que tu n'étais pas ce type parfait irréprochable, mais une putain de saloperie. Alors casse-toi de ma maison !
Les insultes me font réagir. Pris par l'adrénaline, je m'approche à grands pas, tire violemment Finn, le faisant par la même occasion lâcher Blaine. En colère, je fais toutefois attention à ne pas hausser la voix pour ne pas alerter mon père :
- J'ai pas besoin de toi pour décider ce que je veux. Alors arrête de juger Blaine, arrête de le menacer comme ça, parce que là, c'est toi qui passe pour un con. Tu sais rien, et tu cherches juste un prétexte pour être violent contre un type qui a toujours été une meilleure personne que toi. Barre-toi loin de moi, tu me dégoutes, j'ai pas besoin de toi, tu m'as jamais aidé pour quoique ce soit alors te mêle pas de ma vie privée.
Il se dégage de ma poigne, semblant se rendre compte de ce qu'il a fait.
- Tout le monde sait que ce type va te briser le cœur, Kurt. Mais tu veux pas m'écouter, alors bonne chance avec ça. Je n'essayerai plus de te protéger, compris. Plante-toi, mais ne compte pas sur moi pour te consoler après.
- Je vois qu'on est d'accord. Maintenant, loin de ma vue, sinon j'appelle mon père pour lui expliquer que tu maltraites les invités.
Prenant ma menace au sérieux, il s'en va dans sa chambre. Je reste quelques secondes à le regarder, tremblant de fureur. Je le déteste plus que tout à cet instant : comment ose-t-il interférer dans ça alors que LUI a passé sa vie à ME violenter ? Je sens alors les larmes me piquer les yeux, de rage, mais je me retourne pour m'occuper de Blaine, qui n'a rien dit durant tout l'échange.
- Ça va Blaine ? Il t'a pas fait trop mal cet abruti ? dis-je, sans pouvoir retenir mes larmes.
Il me regarde alors avec un regard triste, m'attire à lui et je me blottis dans ces bras. Il murmure à côté de mon oreille :
- Shh Kurt, ça va, je n'ai rien, c'est juste un ignorant, il faut pas lui en vouloir, il veut juste te protéger. Ça va aller, calme-toi.
- C'est... c'est juste que tu es venu ici pour ne pas penser à ça et ça te retombe dessus quand même ! Je voulais pas que ça se passe comme ça.
Il m'embrasse sur la tempe, avant de me répondre, sur un ton désolé :
- Malheureusement, je crois qu'il va falloir qu'on s'habitue à ce genre de situation. Les gens vont profiter de ce malheur. Il faudra être fort. Mais je sais que ça ira, parce que je t'ai et que tu me comprends, chuchote B.
- Oui, c'est vrai. Même si je me sentirais mieux si on pouvait lutter tous ensemble, avec Quinn, nos amis, contre les autres.
Je le sens se raidir, c'est pourquoi je reprends immédiatement ma phrase :
- Je sais que tu veux pas pour l'instant, mais tu me promets que tu seras gentil avec elle et que tu y réfléchiras ? demandé-je
- Promis, j'y penserai.
Je souris, tentant d'oublier Finn et ses conneries afin que la soirée ne soit pas totalement ruinée. Je me dégage doucement de ses bras avant de l'embrasser rapidement sur les lèvres, comme pour le remercier.
- Allez viens, je vais te montrer ma chambre.
Lui prenant la main, je l'emmène devant la porte, avant de l'ouvrir.
Ma chambre est loin d'être aussi spacieuse que celle de mon petit ami mais je l'aime bien quand même. Mon lit une place se situe juste à gauche de la porte, et fait face au bureau, qui est sous la fenêtre. A gauche de celui-ci, l'armoire où je range tous mes vêtements, avec à coté ma bibliothèque qui déborde de livres. Les murs sont bleu très clair, et le sol est recouvert d'un plancher brun foncé. Ma fenêtre donne sur le coin de jardinet qu'entretient mon père. Quand l'envie lui prend, c'est à dire quand tout est pourri/fané. Et l'herbe fait souvent une trentaine de centimètres.
- Ça te plait ? demandé-je à Blaine
- C'est très sympa, dit-il en saisissant un livre au hasard. Sur la Route ? Tu as du goût. J'aime beaucoup ce livre.
- J'aime l'esprit de liberté absolue qui s'en dégage. L'idée que tout ce que tu veux faire est possible. Et puis, faire un road-trip est quelque chose que j'aimerais faire, plus tard, avoué-je.
- Moi aussi ! Qui sait peut-être qu'on pourra le faire ensemble ? sourit-il avant de s'affaler sur mon lit, faisant grincer les ressorts. Hum, confortable. Tu viens ?
Mon lit n'est pas très large mis on y tient à deux en se collant un peu - beaucoup. Ce qui n'est pas pour me déplaire, évidemment. Je m'installe précautionneusement, évitant de nous faire tomber tous les deux. Je finis par trouver une position agréable en mettant ma tête contre son épaule, m'allongeant de biais à moitié sur son torse. Il passe aussitôt son bras derrière mon dos, empêchant toute chute, et joint nos deux mains les plus proches. Je me sens tellement bien que je pourrais m'endormir.
- Bon, honnêtement, je préfère mon lit, rit-il. Chez moi, j'ai pas peur que tu tombes au moins !
- Sans doute, mais bon, c'est amusant aussi ici. J'avais jamais eu l'utilité d'un lit deux places auparavant, tu vois ? ris-je
- Je vois.
Il descend alors sa bouche, la plaquant contre la mienne, et nous nous embrassons doucement, bouche contre bouche, langue contre langue. C'est doux, c'est chaud et ça fait du bien. Nous restons ainsi quelques minutes, en nous embrassant tendrement, sans ardeur, calmement. Nous nous écartons enfin pour reprendre notre souffle, et je me résous à poser la question qui me fait souci :
- B. ?
- Oui ?
- Ce masque de type parfait, est-ce que tu l'as toujours quand tu es avec moi ? osé-je
- Honnêtement ? J'ai du mal à être moi-même avec les autres, et malheureusement, cela t'inclut. J'essaye de limiter, de me reprendre quand je vois que je le fais mais c'est difficile. Mais je te promets que je fais de mon mieux. Disons que pour moi, c'est plus facile d'être le gars que les gens veulent voir, avec qui ils veulent être. Je veux que tu sois heureux, tu sais. Et... Je ne suis pas sûr que tu aimerais ma personnalité véritable, sans artifices.
- J'aimerais juste que tu sois toi-même, que tu sois heureux, toi. C'est tout. Mais après, je ne t'oblige à rien, c'est ton choix d'être celui que tu es et je le respecte. Je te fais confiance.
Je suis certes un peu déçu qu'il ne laisse pas tomber le masque totalement, même pour moi, mais je l'aime. Et je veux le comprendre, lui laisser de l'espace. Je crois en lui et je sais que ça s'arrangera avec le temps. Il faut que je lui laisse du temps.
- C'est gentil Kurt. Je te promets d'essayer en tout cas de te dissimuler le moins de choses possibles. Parce que tu mérites de savoir. Quand je me sentirais prêt, on en reparlera ok ? Là, avec Quinn et le bordel, il faut que je sois le type qu'on veut que je sois. J'ai pas d'autres choix.
- Je comprends, t'inquiète. Désolé d'avoir abordé le sujet, vu que ça t'a rappelé, encore une fois, notre problème.
- Pas de problèmes, c'est normal de te poser des questions, hésite pas.
- Ça marche.
Nous restons une vingtaine de minutes allongés avant que Blaine ne regarde l'heure et dise :
- Bon, je peux pas vraiment dire que mes parents m'attendent, mais je vais quand même y aller, je voudrais pas déranger.
- D'accord, mais reste si tu veux hein, tu déranges pas ! protesté-je
- Non, t'inquiète, je sais mais je vais y aller quand même.
Il se lève, remet sa veste, et je l'accompagne en bas. Il salue mon père et Carole avant de se diriger vers la porte d'entrée.
Je lui ouvre, avant de sortie sur le palier en chaussettes, refermant doucement la porte derrière moi.
- Bon, bah, rentre bien, dis-je.
Il m'embrasse rapidement en mettant ses mains de chaque coté de mon visage.
- J'ai passé une très bonne soirée, à par l'autre con, mais je l'ai déjà oublié. Appelle-moi si tu veux qu'on se voit ce weekend, déclare-t-il
- D'acc. Demain soir peut-être ? demandé-je
- Euh... J'ai déjà un truc de prévu, mais dimanche aprem si tu veux.
- Je dois aider mon père au garage. C'est pas grave, on se voit lundi. Tu fais quoi samedi ?
- Pas grand chose, un truc avec Jesse.
- Ok, dis-je sans chercher à en savoir plus.
Je n'ai pas à l'espionner, il a le droit à sa vie d'ailleurs. Il doit simplement pas ça comme intéressant. Je me baisse pour l'embrasser une dernière fois, plus longuement, avant qu'il s'en aille.
- Salut Kurt ! Bonne nuit.
Il s'en va alors, sans se retourner, et je songe que ce soir ne risquait que d'être une parenthèse avant un retour à nos vies compliquées. Mais je suis prêt à tout endurer pour être avec lui.
