Merci à Devil Horse et Lily&Maya pour leur review ! Et Merci à Guest, pour sa review anonyme. Voilà la suite que tu demandais!
Titre:Bullets and Blood's Family
Chapitre 10: The Sleep of Babies (part 3) Témoin ou Suspect ?
Auteur:Edeinn
Rating: T (Attention aux plus jeunes : Langage vulgaire/Mots de sexe …)
Spoilers: Saison1 pour le moment/ Épisode 12 The Sleep of Babies ( Protéger les innocents en français)
Résumé général: Sept ans qu'elle avait fait le chemin inverse pour fuir à l'Est. Fuir toute cette merde, toute cette haine et cette douleur qui l'avaient bouffée, presque détruite. Jamais Charlie n'aurait pensé revenir. Et pourtant, elle revenait.
Disclaimer:Les éléments scénaristiques de la série, les personnages, et certains dialogues sont la propriété du génial Kurt Sutter. Je ne perçois pour cette fiction aucune contrepartie financière. /!\ Disclaimer spécial: Dans ce chapitre, certains éléments et personnages empruntés pour ce chapitre sont la propriété de Shane Brennan et Donald Bellisario pour la série (je vous mettrais le titre à la fin pour pas dévoiler le secret tout de suite). Je ne perçois pour cette utilisation aucune contrepartie financière.
Bonne Lecture…
31 octobre 2008
Témoin ou Suspect ?
Charlie sursauta quand trois coups brefs et sonores furent frappés contre la porte de sa chambre de motel. Elle jeta un coup d'œil au réveil : 02h35. Qui donc pouvait lui rendre visite à une heure pareille ? Elle retira ses écouteurs, rabattit le clapet de son ordinateur qu'elle glissa sous le lit puis, toujours méfiante, elle attrapa son Beretta avant d'aller ouvrir.
― « J'ai vu de la lumière, se justifia immédiatement Happy, devant le regard suspicieux de Bax.
― T'es sûr qu'on ne t'a pas suivi ? demanda-t-elle en passant la tête à l'extérieur, regardant de droite à gauche. Je ne voudrais pas voir Gemma débarquer avec son trente-huit pour nous coller une balle dans le cœur, répliqua-t-elle avec un sourire devant la moue étonnée du biker. Alors, l'issue de ce combat ? s'enquit-elle avec une nonchalance feinte, en vérité dévorée par la curiosité, alors que Happy refermait la porte.
― Chibs a gagné, et il…
― Je ne te demande pas qui a gagné : c'était assez flagrant, tu t'es presque couché, le coupa Baxie amusée, tirant une grimace au biker.
― Je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais je crois que c'était juste pour la forme ce combat, avoua Happy en balayant d'un geste large les vêtements qui encombraient le bout du lit, pour s'y asseoir. Rien que le fait qu'il ait fait ça sur le ring…
― Mais je t'en prie, fais comme chez toi, Mister Killer, ironisa Charlie en rassemblant les habits qui jonchaient dorénavant le sol. Comme d'hab', Chibs s'est emballé, a menacé dans le vent et s'est retrouvé comme un con, obligé de jouer les Rocky pour ne pas perdre la face ! Vous les mecs, vous n'êtes pas croyables ! railla-t-elle en levant les yeux au ciel.
― Ne nous mets pas tous dans le même sac. On est loin d'être tous pareils, protesta le biker de Tacoma.
― J'en doute.
― Tu trouves que j'ai quelque chose en commun avec Slimy Pete ? la provoqua-t-il.
― Pete ! Personne n'a manqué nos retrouvailles, on dirait, rigola-t-elle.
― Jax lui a expliqué sa façon de penser après que tu sois partie, l'informa le grand tatoué.
― J'imagine que ça va revenir aux oreilles de Jerry. J'espère qu'il prendra la branlée de sa vie, ce petit con, répliqua-t-elle, l'air sournois.
― En tout cas, je suis bien content que toute cette histoire avec Chibs n'aille pas plus loin, soupira-t-il avec soulagement en se laissant tomber sur le lit, scrutant le plafond à la peinture écaillée Par contre il m'a conseillé de ne plus t'approcher tant que tu ne serais pas mariée : il dit que Gemma pourrait même attenter à ma vie, si jamais je te parlais plus de trois minutes d'affilées, ricana Happy, en allumant une cigarette.
― J'ai été contente de te connaître, Hap, répondit mystérieusement la brunette, avant d'expliquer sa pensée avec un sourire amusé. Je crains que cet échange soit donc le dernier que nous aurons : je suis en train de développer une allergie chronique au mariage. Le simple mot me file de l'urticaire !
― Tu vas briser le cœur de ce pauvre Pete ! se moqua-t-il allègrement en attrapant au vol le cendrier en alu qui lui envoyait Bax, en même temps qu'un regard furieux. Ok, c'est bon je plaisante ! Mais ça m'arrange en fait, j'aurais eu des scrupules à rendre ton futur mari cocu.
― Arrête de te la jouer, mec : t'es loin d'être irrésistible ! renchérit Baxie, en poussant un soupir blasé.
― Qui est-ce que tu essaie de convaincre, là ? la nargua-t-il en lui adressant un regard chargé de sous-entendus.
― Ta mère, connard !
― Fais gaffe quand tu parles de ma mère, toi ! la menaça Happy. En parlant de mère, la tienne ne recule devant rien : tu savais que Gemma avait cafté à Chibs pour... enfin tu sais...y'a sept ans, bredouilla-t-il, encore incrédule suite aux révélations que lui avait fait Chibs après leur combat.
― Gemma est complètement cinglée, rectifia Charlie. J'ai appris aujourd'hui qu'elle avait carrément dressé une liste de maris potentiels, à une époque ! Aberrant, grogna-t-elle en se laissant lourdement choir sur le lit, acceptant la cigarette que lui offrait le biker. Enfin bref, je m'occuperais de son cas en temps voulu. D'ailleurs, qu'est-ce que tu peux me dire d'un certain Vesper, à Tacoma ?
― Vesper ? Holy shit ! Prends un ticket, ma grande, la file d'attente est longue ! s'exclama Happy avec malice.
― Non merci, sans façon, je passe mon tour.
― T'as peut-être tort sur ce coup, c'est vraiment un chic type, rétorqua-t-il avec sincérité.
― J'ai appris à me méfier des chics types. Des moins chics aussi, d'ailleurs. Je méfie de tout ce qui a un pénis, en fait, conclut-elle.
― Rien à voir : tu te méfies de tout le monde. Homme ou femme ! la corrigea Happy. Est-ce que ça t'arrive de penser que les gens n'ont rien de répréhensible à cacher ?
― Tu es bien naïf, Hap. Tout le monde a quelque chose à cacher. Tout le monde a des arrières pensées ; on attend toujours quelque chose de l'autre et on le manœuvre en conséquence.
― Vraiment ? Alors quelles sont mes arrière-pensées en ce moment ? demanda-t-il en se redressant, vrillant un regard intense dans les yeux de Bax.
― Tu te demandes comment tu vas ramener ta mère et ma visite à Bakersfield sur le tapis, déclara simplement la brunette.
― Ou peut-être que tu te trompes et que…
― Je lis en toi comme dans un livre ouvert mon p'tit Hap ! insista-t-elle, pas dupe de la raison qui lui valait cette visite nocturne. Nan, nan ! Je n'ai pas dit petit. Je retire ! se reprit-elle précipitamment alors que le biker avait haussé un sourcil, prêt à répondre à la provocation.
― Je suis grillé alors… se désola-t-il faussement. Dommage, je pensais en profiter.
― T'es transparent, mec ! Je passerai voir ta mère demain, l'informa Charlie. À moins que tu aies le temps d'y passer : Clay m'a dit que vous alliez jusqu'en Arizona.
― On ne passe pas par Bakersfield, on fait juste l'aller-retour jusqu'à la frontière, où SAMTAZ prendra le relais. Mais si tu n'as pas le temps, j'irais la semaine prochaine, quand…
― Non, j'irai, assura Baxie. Je crois qu'après le remue-ménage que j'ai fait ce soir, disparaître pendant quelques heures ne sera pas une mauvaise idée. Et puis, ils vont régler le deal avec les Mayans, à Oakland demain. Je n'ai pas envie d'être dans leurs pattes !
― Merci Bax. T'es une chic fille !
― Il paraît, ouais. Mais ça reste entre nous pour Bakersfield, d'accord. Clay n'a pas besoin de savoir que j'y suis allée.
― Clay a un problème avec ma mère ? s'étonna le biker, d'un coup très attentif.
― Gemma a un problème avec toi. Et gérer l'hystérie de Gemma est le problème de Clay, alors je crois qu'il préférerait s'éviter des ennuis avec sa régulière, expliqua-t-elle. Chibs lui a dit. Ou plutôt a confirmé ce que Clay savait déjà. Depuis le départ, ajouta-t-elle d'un air entendu.
― Mais il n'a jamais…
― Je m'en fous de tes histoires de cul, Charlie ! parodia Bax en imitant la grosse voix bourrue de son père. Bref, ce n'est pas son problème tant que je m'abstiens de foutre la merde. Bon sur ce coup là…
― On s'est un peu planté, compléta Happy en grimaçant.
― Grave ! s'exclama Charlie, prolongeant le mot dans un long bâillement d'épuisement. »
Alerté par le bâillement de la jeune femme, Happy scruta ses traits plus attentivement, l'air sérieux et soucieux. Les cernes qui marquaient le contour des yeux de Bax semblaient y être incrustés depuis des mois. Sa peau était plus pâle qu'à l'ordinaire, alors même que son retour sous le soleil californien aurait dû y mettre des couleurs. Il s'attarda sur les mouvements de la fille de Clay, percevant leur lenteur et leur lourdeur. Il avait bien remarqué son air las, son sourire plus rare qu'avant, et ses yeux presque éteints, trop souvent voilés par une ombre indéchiffrable. Il avait mis ça, sur le deuil qu'elle vivait ; sur les derniers événements qui avaient frappé SAMCRO, c'était logique. Mais seulement maintenant, il réalisa que tout cela pesait sur les épaules de Baxie, telle une chape de plomb. Elle était épuisée tant physiquement que moralement.
― « Holy shit Bax ! Depuis quand est-ce que tu n'as pas eu une vraie nuit de sommeil ? s'inquiéta franchement Happy, en la voyant papillonner des yeux.
― Je ne sais pas. À vue de nez, je dirais depuis 2001, marmonna-t-elle en laissant aller sa tête contre le mur. Pourquoi, ça se voit tant que ça ? ironisa-t-elle.
― Essaie de dormir, tu veux. Je ne voudrais pas que tu fiches un arrêt cardiaque à ma mère avec ta tronche de zombie.
― T'as toujours le compliment qui fait mouche, Hap !
― Laisse tomber pour ma mère, ok. Je me chargerai de ça, toi, tu te reposes, lui ordonna-t-il avec sérieux.
― Nan, j'irai, insista-t-elle. Je te l'ai dit : je préfère ne pas être dans leurs pattes demain. »
Happy se préparait à protester, mais Bax le prit en traître, lui accordant son regard le plus suppliant, la bouche en cœur, comme si elle demandait une faveur : elle inversait les rôles. Aussi, il abdiqua, au grand plaisir de la brunette qui n'avait pas menti : elle voulait vraiment fuir SAMCRO demain. Parce que son père avait l'air sur les nerfs. Tig aussi. Jax aussi. La merde entre eux ne s'arrangeait pas, et cela commençait à devenir aussi pesant qu'inquiétant. Les regards voilés de menaces qui s'échangeaient ; les provocations de Jax à l'égard de Clay ; les embryons d'affrontement entre Tig et Jax : tout cela devenait de plus en plus problématique. Tout le monde ressentait cette pression malsaine, cette violence latente qui ne demandait qu'à éclater. Et ce n'était bon pour personne : ni pour Jax, ni pour Clay, et surtout pas pour SAMCRO.
Alors, si Charlie tenait une occasion d'échapper à tout cela, ne serait-ce que quelques heures, elle n'allait pas la rater. Bien sûr, elle aurait pu le faire d'elle-même, sans se contraindre à prendre la route vers Bakersfield : elle aurait pu aller faire du shopping, sortir avec Tara ou Donna, ou encore donner rendez-vous à Sheldon pour reprendre leur conversation avortée. Mais la jeune femme, même si elle ne l'avouerait jamais à l'intéressé, avait été très touchée de la confiance que le biker de Tacoma avait placé en elle.
Baxie savait que dans la vie d'Happy, sa mère était la seule personne qui soit plus importante que le Club. Et qu'il se soit adressé à elle, presque spontanément – si on oubliait la ruse employée par le grand tatoué pour l'amadouer – lui avait fait plaisir, parce qu'Happy n'en exigeait aucune contrepartie. Il ne lui posait pas de question ; ne cherchait pas à lui faire avouer telle ou telle chose : il avait simplement décidé de lui faire confiance. Et c'était pour cette raison qu'elle tenait tant à remplir la mission pour laquelle elle s'était engagée : par fierté, pour se montrer digne de la confiance qu'il lui accordait.
― « Au fait, ta mère, c'est grave ? demanda doucement Baxie, et une ombre passa sur le visage du biker, témoignant d'un profond attachement et d'une réelle inquiétude.
― Elle se remet difficilement d'un cancer du côlon. Ne sois pas surprise demain : la chimio, tu vois.. grimaça-t-il, mal à l'aise.
― Pas de souci ! Je lui apporterai une perruque plutôt que des fleurs ! plaisanta-t-elle, soucieuse d'alléger l'ambiance, ressentant la gêne du biker.
― Évite la perruque ! s'esclaffa-t-il. Et elle adore les lys blancs. Embrasse-là pour moi.
― C'est noté !
― Je te laisse dormir, alors, termina Happy en se levant. Sauf si tu veux que je reste… proposa-t-il d'un ton neutre, alors qu'il hésitait sur le pas de la porte.
― T'as raison, remettons de l'huile sur le feu ! railla Charlie. Allez, dégage sale gosse ! ordonna-t-elle en lui lançant un oreiller.
― Bonne nuit, Bax, dit-il en fermant précipitamment la porte alors que le projectile de plume s'écrasait brutalement sur le panneau de bois »
OoOoOoOoO
― « Baxter, annonça Charlie en décrochant son téléphone.
― Charlie où est-ce que tu es passée ? demanda Wyatt d'une voix stressée. Tout le monde te cherche, et tu n'as prévenu personne que tu...
― En effet, l'interrompit-elle en soupirant. Et ce pour la bonne et simple raison, que je suis majeure et vaccinée, et que comme tout citoyen américain, j'ai le droit de me déplacer dans ce pays sans être obligée d'en informer qui que ce soit. Pas même ma folle de belle-mère.
― Oui, eh bien tu lui expliqueras ça toi-même, parce que dans moins d'une minute, elle va voir que je téléphone et va venir m'arracher le portable des mains, renchérit l'avocat, un peu nerveux. Clay a laissé entendre que tu serais peut-être repartie à Boston. C'est vrai ?
― Non. Mais ça ne me dérangerait pas qu'il continue de le croire.
― Tu es en voiture ? l'interrogea-t-il en entendant le bruit caractéristique du moteur. Où vas-tu ?
― Officiellement, où tu veux. Officieusement, Bakersfield, avoua Bax.
― Tu vas voir la mère de ce … Lucky ?
― Happy, corrigea la jeune femme en ricanant. Oui, j'ai promis que je ferais l'aller-retour pour ses bouquins. Mais n'en parle ni à Clay, ni à Gemma. Ou même à Chibs… En fait, n'en parle à personne, résuma-t-elle, sûre que ce que les Sons ignoraient ne pouvait pas leur faire de mal, et surtout lui éviterait un tas d'explications embarrassées.
― Ce que vous pouvez être compliqués dans cette famille ! s'exclama son associé en soupirant. Bon c'est bien beau tout ça, mais il va falloir me donner ta version officielle et vite : ta belle-mère m'a repéré et elle a l'air hystérique, l'avertit-il en voyant arriver Gemma comme une furie, l'air déterminé.
― T'as qu'à dire que c'est pour un boulot. À Burbank. Un tuyau à vérifier, débita précipitamment la brunette.
― C'est elle ? Passez-la moi ! gronda Gemma en arrachant le téléphone des mains de Wyatt. Holy shit, Charlie, ça te tuerait de décrocher ce putain de téléphone quand je t'appelle ? s'emporta-t-elle immédiatement.
― Relax, mam ! Je ne captais pas, répliqua calmement la chasseuse, ayant préparé sa justification à l'avance. Il y'a toute une portion de la quatre-vingt-dix-neuf, entre Modesto et Fresno, où la couverture réseau est quasi absente.
― Qu'est ce que tu fiches sur la quatre-vingt-dix-neuf ? s'exclama l'Old Lady ahurie, mais soulagée : cette route allait vers le sud, et non vers l'est, et sa fille ne rentrait donc pas à Boston comme l'avait supposé son mari.
― Je suis en route pour Burbank, c'est pour le boulot : une piste à confirmer.
― Burbank ? Mais c'est à Los Angeles ! Tu ne seras jamais de retour pour…
― Je te promets d'être rentrée à temps pour la fête d'Abel, lui assura Charlie, bien décidée à être là quand son neveu adoré rentrerait chez lui.
― T'as plutôt intérêt, sinon, je te jure que tu passeras un sale quart d'heure, la menaça Gemma avec sérieux. Et sois prudente, tu veux, ajouta-t-elle en se radoucissant.
― Promis, mam. Tu veux bien dire à Wyatt que je le rappelle du prépayé, je n'ai plus de batterie, fit sa belle-fille avant de raccrocher. »
Charlie coupa son téléphone personnel et le fourra dans son sac, extirpant du même coup son prépayé. Elle composa le numéro de Wyatt, qui décrocha à la première sonnerie.
― « Plus de batterie ? C'est une blague ! s'exclama immédiatement son ami dans le combiné. Tu n'es jamais assez imprudente pour partir avec un téléphone déchargé.
― À ton avis, Wyatt, quelles sont les chances que la même voiture me suive pendant près de trois heures, depuis que j'ai quitté Charming ?
― Merde, les fédéraux ?
― En tout cas, ça m'en a tout l'air, confirma la brunette. Une Ford grise banalisée. Pas d'autocollant ou de signe distinctif. Deux types. Vêtements passe-partout, décrivit-elle. Ils ont gardé une cinquantaine de mètres de distance tout le long du trajet, en me laissant un peu plus d'avance de temps à autre. Je trouve que ça ressemble assez aux méthodes des feds.
― D'où l'appel en prépayé, en déduisit Wyatt avec pertinence. Tu penses que c'est à cause de SAMCRO ?
― L'ATF ? Non, répondit-elle, convaincue. Me suivre hors de Charming, alors que je suis seule, n'aurait pas de sens. Je veux que tu mettes Sabi sur le coup : qu'il cherche mon nom dans toutes les bases de données fédérales auxquelles il pourra accéder, lui demanda-t-elle. Si j'ai une enquête sur les fesses, je veux le savoir.
― Ok, je t'appelle dès que j'ai du nouveau, accepta l'avocat avant de couper la communication.»
Tout en balançant son téléphone sur le siège passager, Charlie jeta un regard contrarié dans son rétro. La voiture banalisée était toujours derrière elle. Il n'y avait que deux options : soit ces types étaient bien des agents fédéraux en filature, comme elle l'imaginait ; soit ça sentait très mauvais pour elle. Si les deux hommes dans cette voiture n'étaient pas des fédéraux, alors elle était prête à parier que ce n'étaient pas des gentils. Tout en doublant Delano, maintenant séparée de Bakersfield par une trentaine de miles, Charlie se prit à espérer pour la première fois de sa vie que ses poursuivants étaient bien des fédéraux. Sinon, ça sent le sapin pour moi, songea-t-elle avec anxiété.
OoOoOoOoO
Quand Charlie sentit le prépayé vibrer dans sa poche, elle attrapa son sac et se rendit directement dans les toilettes. Le téléphone avait cessé de vibrer tandis qu'elle vérifiait que les lieux étaient libres, puis s'enfermant dans l'un des box WC, elle rappela Wyatt.
― « Sabi a trouvé quelque-chose ? demanda-t-elle sans préambule.
― Oui. Tu ne t'étais pas trompé, ce sont sans doute des fédéraux, confirma l'avocat. Ils sont toujours derrière toi ?
― Je me suis arrêtée dans un coffee-shop près de Beach Park. Je veux savoir pourquoi ils sont là avant de prendre le risque de les amener à Mamy ! Y'en a un qui est installé à une table près de la porte. Le deuxième doit guetter ma voiture au cas où j'essaierais de leur faire faux-bond, expliqua la jeune femme. Sabi a sorti mon nom dans une enquête en cours ? l'interrogea-t-elle avec impatience. Ah merde ! grogna-t-elle, alors qu'elle s'était appuyée sur le bouton de déclenchement de l'évacuation des WC par mégarde.
― Est-ce que c'est une chasse d'eau ? Tu es aux toilettes ! s'exclama son associé en percevant le bruit.
― Sans savoir s'ils écoutent mes conversations ou non, je n'allais pas sortir mon prépayé sous leur nez : avec un peu de chance, ils ignorent l'existence de celui-là, se justifia Baxie.
― Micro ?
― Mon téléphone et mon ordi sont clairs. Je n'ai pas pu fouiller la voiture sans risquer de les griller. Je veux savoir pourquoi ils sont là avant de dévoiler mon jeu.
― Eh bien, je peux te dire qu'ils ne sont pas là pour SAMCRO, l'informa son ami. Ton nom est en effet sorti d'une enquête fédérale en cours, et tu ne vas pas aimer ça, prédit-il en grimaçant. Les gars qui te suivent sont du NCIS.
― Oh quelle merde ! jura-t-elle en écarquillant les yeux de stupeur. J'ai quitté les Marines depuis deux ans, que peut bien me vouloir le NCIS ?
― Ce qui doit les intéresser, ce sont tes liens avec Chris. Sabi a élargi la recherche quand il a vu sur quoi reposait l'enquête : son nom est sorti en même temps que le tien, lui raconta-t-il, créant chez sa collègue la même surprise qui l'avait saisi quand Sabi lui avait fait part de sa trouvaille, pour le moins inquiétante.
― Chris ? Mais qu'est-ce qu'ils veulent à un ancien Marines, chasseur de primes décédé ? répliqua Charlie, abasourdie. Ce n'est certainement pas sa mort qui les intéresse.
― Pas directement, c'est certain, en convint Wyatt. Sabi n'a pas pu accéder aux détails, mais il a trouvé ça : le NCIS de Los Angeles a ouvert une enquête sur des soldats en service actif, qui seraient recrutés par des Cartels mexicains. Ces soldats assureraient la sécurité et le passage de la drogue dans les zones à risques, narra-t-il. Soudan, Yémen, Afghanistan…
― Et Irak, ajouta Bax en ayant perçu la suite logique. Fait chier ! Et mon nom est ressorti parce que j'ai fait la quasi-totalité de mon service en Irak avec Chris, et qu'on a bossé ensemble après avoir été démobilisés. Ils pensent que je sais quelque-chose et ils ne vont pas me lâcher, soupira-t-elle.
― C'est le cas, tu sais quelque chose ?
― Nada ! Si c'était le cas, je ne galérerais pas à remettre la main sur cet enfoiré. Je te laisse, y'a quelqu'un qui vient d'entrer, fit-elle précipitamment en murmurant de manière à peine audible. Je te tiens au courant. Les toilettes pour messieurs, c'est l'autre porte, lança-t-elle en sortant du box WC, pour tomber nez à nez avec l'un des deux agents.
― Oh pardon ! Je ne fais jamais attention aux écriteaux sur les portes, répondit négligemment l'agent blond, en gratifiant Charlie d'un large sourire charmant.
― Vraiment ? renchérit-elle avec une innocence feinte, avant d'afficher un sourire suffisant pour continuer. Un tel manque d'observation est regrettable pour un agent fédéral. Je pensais le niveau de recrutement du NCIS plus élevé.
― D'accord… ricana l'agent, visiblement pas étonné de la réflexion de la jeune femme. Depuis quand vous nous avez repéré ? demanda-t-il en s'appuyant nonchalamment sur le plan de travail, dos au lavabo, de sorte que face à lui, Charlie pouvait aussi voir son propre reflet dans le miroir.
― Depuis Modesto. Alors, monsieur l'agent, voudriez-vous bien m'expliquer pourquoi le NCIS me fait suivre ?
― Si on sortait de là, avant que quelqu'un ne se fasse des idées, proposa l'agent avec un sourire amical.
― Dites plutôt que vous voulez reprendre le contrôle de la situation en ayant l'appui de votre coéquipier, répliqua Charlie, pas dupe de son petit jeu.
― T'entends ça, Sam ? On est tombé sur une maline, se moqua-t-il en s'adressant à son coéquipier via l'oreillette. Après vous, Mlle Baxter, fit-il en lui ouvrant la porte.
― Et galant avec ça ! Vous avez tout pour plaire, agent…
― Callen.
― Eh bien, agent Callen, je suis sûre que le NCIS sera ravi de m'offrir le café. Je vous laisse régler, dit Charlie en quittant le coffee shop. »
Elle aurait sans doute pu profiter de l'occasion pour fuir, mais elle préférait avoir le fin mot de l'histoire et savoir ce qui avait mené le NCIS jusqu'à elle. Peut-être que sans le vouloir, ces deux agents lui en apprendraient plus sur les activités de Chris, et feraient avancer ses recherches. Aussi, elle attendit sagement que l'agent Callen règle la note, tout en allumant une cigarette, fixant avec un sourire amusé le grand agent noir qui l'observait de l'autre côté du parking.
― « De loin, j'ai l'impression que votre copain ne m'aime déjà pas, agent Callen, rigola la brunette quand le blond sorti de la boutique.
― Mlle Baxter, voici mon coéquipier, l'agent Hanna, lui présenta Callen quand ils eurent rejoint la voiture des deux fédéraux.
― Nan, vous n'êtes pas sérieux ? s'exclama-t-elle en riant. Le grand black super musclé avec un air de gros dur, il s'appelle vraiment Hanna ? murmura-t-elle à l'adresse de Callen.
― Je vous entends, grogna Hanna sur un ton de reproche qui fit frémir Charlie.
― Nan, mais ce que je voulais dire, c'est que c'est … original, balbutia-t-elle. Mais très classe ! Hanna, c'est chouette, ça vous va très bien, reprit-elle précipitamment alors que l'afro-américain lui jetait un regard noir. Bref. Qu'est-ce que je peux faire pour vous, messieurs ? Non, attendez, je vais nous faire gagner un temps précieux : je vais le faire moi-même, déclara Baxie avant qu'ils ne prononcent un seul mot. Charlie Baxter. Marines déployée en Afghanistan en février 2002. J'ai fait partie des troupes déplacées en Irak en juin 2003, débita-t-elle avec automatisme. J'ai fait partie de la même unité que Chris Perez à partir de septembre 2002. Nous avons mené toutes nos opérations conjointement, jusqu'à ce que nous soyons démobilisés pour blessures à quelques mois d'intervalle, fin 2005 pour lui, début 2006 pour moi. Suite à cela, j'ai exercé avec lui la profession de chasseur de primes à Boston, jusqu'à ce que Chris se lance en solo, puis qu'il soit tué. Est-ce que j'ai oublié quelque chose pour l'anamnèse ? fanfaronna-t-elle en adressant un sourire comique aux deux hommes.
― Non, répondit l'agent Hanna, le premier à se ressaisir de son étonnement. On aurait quelques…
― Questions à me poser. Oui, je connais la chanson, l'interrompit la jeune femme. J'étais dans le Dakota quand Chris a été tué. Diverses vidéos de surveillances le prouvent : votre Magicien de l'informatique les a sans doute trouvées, ou les trouvera sans mal. Je ne sais pas qui a tué Chris. J'ignore quelles étaient les activités exactes de Chris avant sa mort, énuméra-t-elle rapidement, tachant de ne pas laisser de blanc qui pourrait donner la possibilité aux agents de réagir. Je ne savais rien de ses liens avec un Cartel mexicain avant de le découvrir par moi-même, après qu'il a fait fureur à un barbecue. Je ne connais aucun de ses contacts. Quant à cette histoire de soldats à la solde des Cartels, censés sécuriser le passage de la drogue dans les zones à risques, je n'en soupçonnais même pas l'existence avant de chercher pourquoi vous vous intéressiez à moi. Donc, je ne peux pas affirmer ou ni infirmer l'implication de Chris dans cette affaire. J'ai bien répondu ? Remarquez que je nous ai fait gagner un temps précieux, plaisanta-t-elle à nouveau.
― C'est vrai. Impressionnant, admit l'agent Hanna en la fixant d'un air inquisiteur. Si tous les suspects étaient aussi coopératifs, nous…
― Suspect ? J'ose espérer qu'il ne s'agit que d'une banale confusion lexicale, agent Hanna, intervint Charlie, un peu cassante. Je ne suis pas un suspect, mais un témoin. Très coopératif de surcroît.
― Un témoin qui sait beaucoup de choses, renchérit Callen pour appuyer son partenaire.
― C'est parce que je suis très intelligente, répliqua-t-elle avec un sourire moqueur. Et qu'il ne faut pas être un génie pour assembler les pièces du puzzle.
― C'est pour cette raison que vous êtes revenue à Charming ? Pour assembler les pièces du puzzle. Mettre la main sur quelqu'un peut-être, avec l'aide de votre père et des Sons of Anarchy, renchérit le blond, avec assurance. Qu'est-ce que vous dites de ma théorie ?
― J'en dis que si je ne suis pas un témoin, mais un suspect, je devrais peut-être ne plus répondre à vos questions sans la présence de mon avocat, répondit Charlie, n'ayant rien trouvé de mieux à dire, déstabilisé par l'agent Callen.
― Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Kensi, fit Callen, en parlant un interlocuteur invisible, dont la voix résonnait dans son oreillette.
― Et j'en dis que c'est très impoli de parler dans votre oreillette, alors que nous sommes en pleine conversation, agent Callen, lui reprocha ouvertement la chasseuse, contrarié qu'il ait sur elle cet avantage technologique. J'ai entendu parler du NCIS de LA. C'est vrai que vous êtes aussi bien, voire mieux équipés que la CIA ?
― Peut-être bien, éluda l'agent Hanna. Quelles étaient la nature de vos rapports avec Chris Perez ? lâcha-t-il brusquement.
― Sérieusement, agent Hanna ? s'exclama Baxie, estomaquée. Vous êtes vraiment chiants vous, les feds : il faut toujours que vous fassiez répéter les trucs que vous savez déjà, ronchonna-t-elle. Mes rapports avec Mr Perez dépassaient le cadre strictement professionnel. Satisfait ? répondit-elle d'un ton qu'elle aurait voulu neutre, mais qui laissait néanmoins transparaître une pointe d'acidité qui n'échappa pas aux deux équipiers. Mais ce n'est pas pour autant que j'étais au courant de cette histoire de soldats à la solde des Cartels. Et si vous voulez mon avis – même si vous ne le voulez pas d'ailleurs – Chris n'aurait jamais trempé là-dedans. Il n'était peut-être pas sans tâches, mais la drogue, c'est un truc qu'il ne cautionnait pas. Et vous le savez, puisque vous avez sans doute épluché sa vie dans les moindres détails. Son fils a souffert d'avoir une mère junkie, et Chris était un fervent opposant à la drogue, affirma-t-elle avec conviction.
― Vous ne le connaissiez peut-être pas aussi bien que vous le pensiez, contra Callen.
― Si pensiez vraiment ce que vous dites, agent Callen, vous ne m'auriez pas demandé de repréciser la nature de mes relations avec Chris. Je le connaissais, rétorqua-t-elle avec fermeté.
― Alors comment étiez-vous au courant de notre enquête ? renchérit Hanna.
― Possible que mon Magicien d'Oz ait hacké le vôtre, confessa Baxie avec une moue angélique. Mais ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr.
― Éric ? appela l'agent Callen.
― Rappelle-moi pourquoi Hetty t'a embauché ? grogna l'afro-américain après avoir écouté la réponse de leur informaticien dans l'oreillette.
― J'en connais un qui va se faire taper sur les doigts, ricana la jeune femme.
― Vous faites preuve de beaucoup de franchise, reprit le blond, assez étonné de la coopération de la brunette.
― Je n'ai rien à cacher, agent Callen. Ou presque rien, rectifia-t-elle immédiatement. Tout le monde a ses vilains petits secrets.
― Tu crois qu'on devrait lui poser la question ? demanda Hanna à son équipier.
― Pourquoi pas, ça vaut le coup de tenter, répondit son partenaire.
― Mais si…
― Eh, Laurel et Hardy ! les interrompit Charlie avec impatience. Vous jouerez au bon et au méchant flic plus tard. Là, je suis un peu pressée, vous voyez !
― Où est Chris Perez ? lâcha Hanna en guettant avec attention la réaction de la chasseuse.
― Quoi ? s'exclama-t-elle incrédule, avant de réaliser que l'agent était sérieux. Ok je la refais, au cas où vous auriez loupé un épisode : Chris Perez est mort. Et enterré, insista-t-elle les sourcils froncés par la perplexité. Je le sais, j'y étais. J'ai même dû identifier son corps brûlé et mutilé, alors même que le FBI savait qu'il était méconnaissable. C'était juste de la pure cruauté : ils ne sont pas commodes vos collègues, râla-t-elle.
― Il n'a pas essayé de vous contacter ? ajouta Callen.
― Vous voulez que je tente le coup de la voyante ? railla Bax, impertinente. Bon c'est quoi ce merdier ? finit-elle par soupirer, agacée par le jeu tordu auquel les deux hommes semblaient décidés à se livrer.
― Est-ce que vous reconnaissez l'homme sur cette photo ? lui demanda l'afro-américain en affichant un photo sur son smartphone. »
Charlie attendit que l'agent lui tende le téléphone pour qu'elle puisse voir l'image, mais il n'en fit rien, se contentant de rester près de la voiture, lui faisant signe d'approcher. Tout en obtempérant, elle perçut le rapide coup d'œil de l'homme vers un petit objectif, camouflé dans le support du rétroviseur intérieur de la voiture. Charlie sourit, en songeant que la subtilité n'était vraiment pas le fort de Hanna : il était maintenant évident que quelqu'un derrière un écran, dans leur QG, voulait observer attentivement son attitude quand elle découvrirait le visage de l'homme sur la photo.
― « Si vous vouliez que je me place devant la caméra embarquée, suffisait de le demander gentiment, agent Hanna, le provoqua-t-elle. Je peux faire coucou ? Oh, attendez, je vais peut-être me repoudrer !
― La photo ! ordonna-t-il, de plus en plus irrité par cette jeune femme qui le faisait tourner en bourrique.
― Ok, on se détend ! abdiqua Charlie en se concentrant sur la photo, un peu intimidé par l'air exaspéré de l'agent Hanna. Visage très commun. Corpulence et taille moyenne. Pas de signe distinctif, détailla-t-elle tandis qu'elle observait avec attention le visage sur le smartphone. Si j'ai croisé ce type, je ne m'en souviens plus.
― Alors on a un problème, répliqua Hanna.
― Cet homme est Chris Perez, ajouta Callen.
― Ou pas, répondit immédiatement Charlie, cette fois-ci bel et bien déboussolée. Ou alors, pas mon Chris Perez. Mais j'imagine que chez les latinos, Perez c'est assez courant. Et Chris, ce n'est pas un prénom hors du commun, non plus, supposa-t-elle, cherchant à trouver une explication logique à toute cette folle histoire. Un homonyme ? proposa-t-elle.
― Un homonyme avec les mêmes empreintes et le même ADN ? douta l'agent Hanna.
― On a trouvé les empreintes de cet homme, sur un emballage de tacos, dans la chambre qu'il occupait, il y'a encore deux semaines. Elles sont parfaitement identiques à celles que l'on a extraites du dossier militaire de Chris Perez, expliqua l'agent Callen pour appuyer les dires de son collègue. L'ADN du sang relevé sur un rasoir dans cette même chambre correspond en tout point à celui prélevé par le FBI dans une enquête de 2007.
― Impossible. Ces preuves sont forcément fabriquées, ou les analyses falsifiées, réfuta Baxie, convaincue. Ce n'est pas Chris.
― Reconstruction faciale par chirurgie ? proposa Hanna.
― Ok, au cas où ça vous aurait échappé : je couchais avec Chris, répliqua-t-elle sèchement, l'incompréhension lui faisant perdre son sang-froid. Alors je peux vous assurer que ce mec n'est pas Chris, tant au niveau du visage, que du corps. À vue de nez, il a dix bons kilos de moins. Les épaules moins carrées. Et pas du tout la même posture, énuméra-t-elle en cherchant à nouveau sur la photo les détails qui discordaient d'avec le physique de Chris. Alors, je ne sais pas pourquoi quelqu'un voudrait faire croire que Chris est en vie, ou usurper son identité, mais j'ai bien l'impression que ce quelqu'un vous mène en bateau.
― Ou alors, vous le couvrez, supputa l'afro-américain.
― Le couvrir ? Mais de quoi ? s'écria Baxie, cette fois totalement perdue au milieu de tous ces éléments plus absurdes les uns que les autres. Écoutez, je suis sans doute celle qui désire le plus au monde avoir ne serait-ce qu'un espoir qu'il soit en vie, confia-t-elle. Mais Chris est mort. J'ai vu son corps. J'ai lu le rapport d'autopsie. Les examens ADN. Les comparaisons dentaires, débita-t-elle très vite, envahie par un agacement croissant. Alors, je sais où il est aujourd'hui : à Boston, sous une pierre tombale de St Joseph.
― Qu'est-ce que tu en penses, Nate ? demanda Callen, s'adressant de nouveau à un interlocuteur, qui lui répondit immédiatement dans l'oreillette.
― Vous êtes sérieux ? J'ai été coopérative, vous pourriez au moins avoir la décence de me laisser entendre ce que dit votre copain sur moi, s'offusqua Charlie.
― Bien, concéda Callen en retirant le relais Bluetooth de son smartphone, avant de mettre ce dernier sur haut-parleurs. Tu peux répéter, Nate ?
― La gestuelle et les yeux ne laissent paraître aucune nervosité quand elle répond aux questions, et on observe une réelle surprise face aux éléments que vous apportez, commença à résumer l'homme à l'autre bout du fil. Le visage trahit une émotion palpable, et non feinte quand on évoque la mort de Perez. Une intonation affirmée : elle croit en ce qu'elle dit. Pour moi, elle ne le couvre pas : elle est sincère, analysa-t-il.
― Alors, autant, je n'aime pas les psys, autant vous, vous me plaisez, s'exclama la brunette en souriant. Merci… Nate, c'est ça ?
― Je suis assez impressionné par votre technique de contre-interrogatoire, Mlle Baxter. D'où est-ce que vous tirez votre expérience ? demanda Nate.
― Vous n'avez pas envie de le savoir, éluda Charlie, se sentant toujours menacée en présence – virtuelle ou non – d'un psychologue, d'un criminaliste, ou autre : elle n'aimait pas les gens qui avaient la salle manie d'interpréter et analyser la moindre de ses paroles.
― Contre-interrogatoire ? répéta Callen, dubitatif.
― Un débit de paroles ininterrompu qui laisse penser qu'elle livre plein d'infos, sans en donner trop. C'est une manière d'orienter l'entretien, s'expliqua le psychologue. Tout raconter avant que vous ne le lui demandiez, pour vous mettre en confiance et prouver sa bonne volonté. Elle a cherché à créer un lien émotionnel simple avec vous, acheva-t-il tandis que Charlie essayait de se faire toute petite sous le regard accusateur de Callen.
― En nous tapant sur les nerfs ? Pas très réussi ! ronchonna l'agent Hanna.
― Mais si, agent Hanna : vous m'aimez déjà, je le vois bien ! tenta de plaisanter la jeune femme, sans grand succès.
― Donc, ça veut dire qu'elle en sait plus qu'elle ne le dit, déclara l'agent Callen.
― Pas forcément. Elle n'a pas menti mais cherche à garder des informations pour elle, nuança Nate. Des informations plus personnelles, j'imagine. Technique acquise en Irak ? demanda-t-il avec curiosité.
― Non, une adolescence rebelle, éluda-t-elle à nouveau. Écoutez, c'était très sympa, mais il faut vraiment que j'y aille, leur annonça la brunette.
― On a encore quelques questions à…
― Agent Callen, je suis au regret de vous dire que j'ai moins peur du NCIS, que de ma belle-mère, et si j'arrive en retard à sa petite fête de ce soir, vous pourrez ajouter mon certificat de décès à votre dossier.
― Juste quelques photos, Mlle Baxter, s'il vous plait, intervint Hanna avec une certaine douceur qui étonna la chasseuse.
― D'accord, mais faites vite, accepta-t-elle.
― Est-ce que l'un de ces hommes vous est familier ? demanda l'afro-américain en s'approchant de Charlie pour lui montrer des photos sur le smartphone. Ils auraient pu vous aborder à Boston, ou vous auriez pu les voir avec Perez.
― Non. Non, fit Charlie à chaque visage inconnu qui défilait sous ses yeux. Oh qu'il est laid ! Si j'avais rencontré celui-ci, croyez-moi je m'en souviendrais ! se moqua-t-elle. Non plus. Non… Attendez ! s'écria-t-elle. Revenez sur celle d'avant. Vous pouvez zoomer ? demanda Bax, ayant eu l'impression de reconnaître un visage familier sur la dernière photo.
― Vous le connaissez ? demanda Hanna avec l'excitation propre au chasseur qui flaire sa proie.
― Pas lui. Le type en arrière plan, précisa la jeune femme en pointant un homme d'une trentaine d'année sur l'écran. Agrandissez encore. Oui, lui je l'ai déjà vu : c'était un client régulier, confirma-t-elle en reconnaissant clairement l'hispanique en arrière plan.
― Le strip-bar ? supposa Callen avec un léger sourire qui déplut à Charlie.
― Quoi ? Comment est-ce que vous savez pour … Je croyais avoir fait effacer ça, grommela-t-elle en baissant les yeux, gênée.
― Effacer ? releva Hanna en haussant un sourire.
― Bref. D'abord, ce n'était pas un strip-bar, mais un bikini-bar. Nuance, répliqua-t-elle acerbe. Et je ne l'ai pas vu là-bas. Il prenait très souvent son café dans le même coffee shop que moi. Le Marilyn's Table. A l'angle d'Everett et de Western, précisa-t-elle.
― Il était à Boston, dit Callen à son coéquipier, d'un air entendu. Un nom ?
― Non, désolée, je ne lui ai jamais parlé : pas mon type, répondit-elle. Maintenant, si on a terminé. Agent Callen. Agent Hanna. Et tous leurs copains dans l'oreillette, une bonne fin de journée ! s'exclama Charlie en filant vers l'Impala, avant que l'un des agents ne lui pose encore une question.
― On la laisse partir ? demanda Hanna en regardant la jeune femme monter dans sa voiture.
― Elle s'est montrée coopérative, fit son partenaire en guise de réponse. Il vaut mieux la garder dans de bonnes conditions pour la suite, on pourrait avoir besoin d'elle pour d'autres infos. Éric ? interpella-t-il l'informaticien dans son micro.
― Le traceur sur sa voiture est activé. On va pouvoir suivre tous ses déplacements, affirma Éric dans leurs oreillettes.»
Charlie se hâta de reprendre la route. Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour passer chercher les affaires de Mme Lowman, les lui amener et lui faire un peu la conversation, avant de reprendre la route vers Charming pour arriver à temps, et ne pas subir le courroux de Gemma. En quittant le parking du coffee shop, elle jeta un œil dans son rétro pour voir les deux agents échanger quelques mots, avant de se figer pour écouter quelqu'un leur parler dans l'oreillette. Depuis qu'elle leur avait tourné le dos, Callen et Hanna n'avait pas lâché Charlie des yeux, et ils la suivirent du regard jusqu'à ce qu'elle se soit engagée sur la 21th, hors de leur vue. La chasseuse n'avait pas le moindre doute : aucune chance qu'ils la laissent partir aussi facilement. Et s'ils ne l'avaient pas suivie…
Suivant les indications sur la carte que Happy lui avait laissé, elle descendit la 21th puis Cedar street, quand elle aperçut un jeune garçon d'une douzaine d'années qui patientait sur le trottoir, une pancarte en carton devant lui, proposant ses services pour laver les voitures.
― « Les flics ne te font pas de problèmes avec ça, mon gars ? lui demanda Baxie par sa vitre ouverte, en s'arrêtant à sa hauteur.
― Vous êtes flic, m'dame ? répliqua le garçon sur la défensive.
― J'ai l'air d'un flic ? rétorqua-t-elle.
― Non m'dame. Et les flics, ils me laissent tranquilles, parce que je fais ça derrière, dans le jardin : personne ne me voit, répondit le garçon. Faut descendre un peu dans la ruelle, et prendre la petite allée. Elle est vraiment canon, votre caisse, m'dame : je pourrais lui donner un petit coup, proposa-t-il.
― Ouais, et arrête de m'appeler madame : je ne suis pas ta grand-mère. Pourquoi tu fais ça ? Le fric, t'en fais quoi ? l'interrogea-t-elle.
― Vous voyez le BMX du gars, là-bas ? fit le garçon en désignant un gamin à peine plus jeune que lui sur le trottoir d'en face.
― Le quoi ?
― Le BMX. Le vélo ! précisa-t-il avec un air réprobateur. Vous n'y connaissez rien, hein ? soupira-t-il.
― Pas vraiment, non, avoua Charlie. Tu veux le même, c'est ça ? Pourquoi tu ne te contentes pas de lui piquer ?
― Je ne suis pas un voleur ! s'insurgea l'adolescent. Je veux gagner les choses honnêtement ! Mais il coûte cher alors…
― Alors, tu t'es trouvé un petit boulot pour le payer : c'est très mature pour un garçon de ton âge, le félicita la brunette. Dis-moi, le garde-meuble sur la 18th, il est loin à pied ?
― Non, m'dame, vous en avez pour dix ou quinze minutes, selon comment vous marchez.
― Alors voilà, ce qu'on va faire… »
À suivre, Chapitre 10 : The Sleep of Babies (part 4) Bakersfield
Pour ceux qui ne connaîtraient pas les protagonistes évoqués dans ce chapitre, les agents G. Callen et Sam Hanna, le psycho-criminologue Nate Getz et l'informaticien Eric Beale, sont des personnages de la série NCIS: Los Angeles.
