Les jours suivants se ressemblèrent étrangement, Morgane restait le plus souvent avec May, Arthur ou Merlin, quelque fois elle passait quelques heures avec son père sans pour autant qu'ils n'arrivent à réellement discuter de ce qui avait conduit à ce désastre. Tous se contentaient de la chaperonner, l'amenant dans chacun de leur déplacement, chacune de leur réunion, l'incluant simplement à la reconstruction de Camelot. La jeune femme se laissa faire, se laissa guider par ces personnes qui étaient véritablement sa famille, abandonnant peu à peu ses idées de vengeance d'abord parce qu'elle n'avait aucun moyen de les assouvir étant toujours privée de ses pouvoirs, ensuite parce qu'aucun d'entre eux ne lui faisait le moindre reproche quant à son passé. Tous essayaient réellement de repartir sur de nouvelles bases, faisant table rase du passé sans pour autant l'oublier pour ne pas répéter les même erreurs. Au fil des jours, une relative confiance s'était installée, Morgane pouvait aller et venir à sa guise du moment qu'une personne soit avec elle ce qui lui avait apporté une véritable bouffée d'oxygène, elle n'était plus prisonnière de ses quartiers et tributaire du bon vouloir d'autrui pour sortir. Elle devait admettre qu'elle commençait à apprécier cette vie, à attendre avec impatience le lendemain. Et cela la troublait au plus haut point. Elle avait cru pouvoir résister à cette débauche de bons sentiments, de chaleur humaine et de bonne humeur mais au fil des jours puis des semaines, elle s'était rendue compte qu'elle commençait à aimer la vie ici auprès de sa famille. Ici elle se sentait aimée et respectée. Morgane voyait quotidiennement des gens utiliser la magie à commencer par May et nul n'y trouvait à redire. Ce que son père lui avait dit le premier jour était donc vrai finalement. Il laissait une place aux magiciens à Camelot. Et il y avait également une place pour elle…alors qu'elle avait essayé de tous les tuer un par un.

Morgane n'avait jamais abordé de sujet sensible avec sa famille, elle s'était peu à peu ouverte, prenant part à diverses conversations, au début par un simple hochement de tête quand son avis était demandé puis au bout de quelques jours par des remarques plus réfléchies entrant dans leur jeu. Mais elle avait été surprise la première fois où quelqu'un lui avait demandé son opinion sur un sujet, plus que surprise en réalité, puisque la première personne à l'avoir incluse était son père, et le sujet n'était autre que la modification de la loi sur l'interdiction de la magie à Camelot. Elle avait été la première personne à qui il avait montré son ébauche de loi, attendant avec anxiété sa réaction quand à la teneur du texte. Morgane se souviendrait toute sa vie le jour où elle avait réalisé ce qu'elle avait entre les mains.

Ce jour-là, elle avait été conviée à rejoindre une réunion du Conseil abordant différents sujets du moment pour la reconstruction de Camelot. A la fin de la cession où elle n'avait prononcé aucun mot, son père lui avait demandé de rester, congédiant le reste des personnes présentes, y compris son fils et May…

Morgane l'avait regardé avec une expression neutre sur son visage, aucune émotion n'était lisible en elle parce qu'en ce moment même, elle ne ressentait rien. Elle avait toujours un mépris pour sa famille, surtout envers son père. Comme souvent, il avait commencé à parler sans attendre de réponse de sa part, puis lui avait demandé de l'attendre ici quelques secondes disparaissant vers la salle attenante à la salle du conseil et été réapparu avec un parchemin dans les mains, le regard très incertain. Uther avait alors expliqué à sa fille qu'il n'avait montré cela à personne et qu'il voulait qu'elle soit la première à lire son contenu. Sa voix était devenue grave alors qu'il lui parlait et Morgane savait depuis longtemps que c'était une preuve irréfutable de son anxiété, il redoutait sa réaction. Elle avait attrapé le dit parchemin alors qu'il lui tendait et avait commencé à le lire. Elle avait relevé son regard quasi instantanément, les premiers mots du texte étant si inattendus qu'elle voulait vérifier que cela n'était pas juste une plaisanterie de très mauvais goût… « Continue de lire jusqu'à la fin, je veux ton avis » avait ajouté son père. Et elle avait continué. Jusqu'au dernier mot tracé par l'écriture caractéristique d'Uther. Il avait écrit chacun de ces mots, pensé chacune de ces phrases…et c'est cela qui avait bouleversé Morgane.

« La Loi précédente est modifiée comme suit : les articles I et II sont abrogés et remplacés par les articles suivants.

Article III : La magie est autorisée dans le royaume de Camelot. Les personnes douées de magie devront se faire connaître auprès du représentant du Roi pour être recensées selon la particularité de leur don.

Article IV : La magie dite noire est proscrite dans le royaume de Camelot. La peine encourue pour usage de magie noire est la peine de mort. Toute personne étant prise sur le fait d'usage de magie noire sera emprisonnée sur le champ en attendant son procès devant le Roi.

Article V : Emrys est nommé magicien de la cour.

Article VI : Les Dragons, Druides et autres créatures douées de magie ne sont plus interdits dans le royaume de Camelot. »

Rien que ces quelques articles suffisaient à faire tourner la tête à Morgane mais l'article VII était sans doute celui qui lui fit réaliser le chemin parcouru par son père au cours de l'année écoulée.

« Article VII : Uther Pendragon adresse ses excuses à l'ensemble de son peuple pour l'avoir opprimé depuis la promulgation de l'Article I. Les personnes ayant fait l'objet de condamnations pour usage de magie « blanche » sont réhabilitées. Cet article vaut également pour Morgane Pendragon. »

Après cet article, la proposition de loi d'Uther se poursuivait par les modalités de recensement des magiciens, les différents dons et savoirs considérés comme magie blanche, ce qu'englobait la magie noire…mais la vérité était que Morgane tenait dans ses mains les excuses publiques de son père envers elle, sa reconnaissance de ses torts et le pardon qu'il lui accordait en ce jour. Tout ce qu'elle n'avait pu d'obtenir au cours de sa vie près de lui lorsqu'il été roi. Elle avait été incapable de prononcer le moindre mot, elle avait juste pu acquiescer en lui tendant le parchemin les yeux humides. Son père n'avait alors rien ajouté, il avait juste repris le texte lentement sans la quitter des yeux. Beaucoup de choses s'étaient passées dans la tête de Morgane ce jour-là, elle avait alors réalisé qu'il ne jouait aucun jeu avec elle, que tous étaient honnêtes dans leur démarche, que tout ce qu'ils entreprenaient n'étaient pas un leurre mais ce qu'ils désiraient vraiment. Et elle avait compris combien elle s'était trompée sur son père et sur elle-même.

Quelques jours plus tard, May lui avait demandé de l'aider à remettre sur pied une partie de la grande bibliothèque du château, là où étaient entreposés tous les ouvrages importants mais aussi les registres et les parchemins officiels. La pièce avait beaucoup souffert dans les combats, son plafond avait résisté mais toutes les étagères étaient au sol, ayant déversé dans un chaos indescriptible leur contenu. D'autres personnes s'étaient jointes à elle, notamment Geoffrey et Gaius qui connaissaient les lieux parfaitement. Le déblayage prit une journée entière même aidés de la magie de la compagne d'Uther, et le tri des livres prit une autre journée. May l'avait observé pendant ces trois jours, surprise apparemment qu'elle ne fasse aucun commentaire sur cette tâche fastidieuse, voire la remplissant avec une certaine énergie. La vérité était que Morgane commençait à apercevoir cette vie que lui avait proposée son père, et qu'elle lui faisait envie. Et sa décision avait été prise quand elle avait eu en main un livre particulier qu'elle aurait reconnu entre mille, le registre officiel de la famille royale. Ce livre dont la couverture de cuir était richement décorée et dont la reliure était marquée par des consultations répétées, recensait les différents membres de la famille Pendragon ainsi que leur lien de parenté et leur ordre d'accession au trône de Camelot. Elle n'avait pu résister à l'envie de savoir, savoir si ce que Uther lui avait dit sur cette enceinte du château la nuit de l'attaque était vrai, si elle avait vraiment été reconnue. Elle s'était isolée dans un recoin de la pièce et avait commencé à feuilleter les pages du précieux livre, cherchant par la fin pour trouver « son acte ». Elle dut passer plusieurs pages, dont l'acte de décès de son père, d'Ygraine , des frères d'Uther et de nombreuses autres personnes qui lui étaient inconnues, avant de finalement tomber sur la sienne. Car oui, il y avait bien un acte la concernant et il était daté non pas du jour de son arrivée à Camelot mais de sa naissance. Un second acte était bien présent le jour de son arrivée la reconnaissant officiellement comme héritière au trône de Camelot. Les deux actes étaient signés de la main de son père, et il était écrit en toutes lettres qu'elle était héritière légitime du trône de Camelot, deuxième dans l'ordre de succession après Arthur. Personne n'avait annulé ces actes depuis leur rédaction et elle était donc toujours restée officiellement héritière au trône. Morgane n'avait pu retenir un rire nerveux à la lecture de ces lignes. Tout ce qu'elle avait pensé, cru au cours des dernières années, la honte de son père à son encontre, sa préférence pour Arthur, le fait qu'il ne pourrait jamais devenir le père dont elle avait rêvé volait petit à petit en éclats au fil des jours passés à Camelot. Elle s'était trompée.

Les jours se suivirent et se transformèrent en semaines, puis en mois, et Morgane était toujours présente à Camelot. Uther lui avait répété à plusieurs reprises qu'elle était libre de partir quand elle le voulait, ne souhaitant pas qu'elle se sente prisonnière parmi eux, mais elle était restée. Toujours privée de sa magie, elle essayait de se réadapter à cette famille si hétéroclite, de se rendre utile appréciant petit à petit leur démarche de ne pas la juger sur son passé et attendant ainsi qu'elle ne les juge pas sur les leurs. Mais ce silence forcé sur ses actions passées commençait à peser lourd dans l'esprit de Morgane, personne ne lui avait demandé d'explication et elle avait maintenant besoin de parler de ce qu'il s'était passé et qui avait conduit à l'attaque de son propre foyer…

C'est ainsi qu'un jour May se retrouva en selle pour une ballade vers la forêt en compagnie de la sœur d'Arthur, après que celle-ci lui ait demandé de l'accompagner. Elles avaient chevauché pendant près d'une demi-heure avant que Morgane ne décide de s'arrêter et de descendre de sa monture pour continuer à pied. La compagne d'Uther avait fait de même, attachant son cheval près de celui de Morgane et avait rejoint sa belle-fille.

Morgane avait choisi une partie de la forêt très calme peu fréquentée et traversée par une petite rivière. Et c'est au bord de celle-ci qu'elle s'assit lentement, ses pieds à quelques centimètres de l'eau. May s'assit à côté d'elle, prenant une position similaire à la sienne et ouvrit sa veste pour laisser la chaleur de l'air l'atteindre. C'était une belle journée avec peu de vent et les rayons du soleil inondaient le bord de la rivière. Morgane laissa un léger silence s'installer, cherchant comment débuter cette conversation qu'elle attendait tellement.

- Pourquoi moi, demanda May doucement brisant le silence.

Morgane tourna la tête vers sa belle-mère la dévisageant calmement. La compagne de son père avait tressé ses longs cheveux châtain et la regardait avec bienveillance. Depuis leur accrochage le premier jour au cours duquel Morgane avait pris conscience de la puissance de May, elle avait ravalé sa fierté contrainte et forcée et avait subi les premiers jours en silence. Mais elle avait finalement compris qu'en agissant ainsi elle gaspillait la deuxième chance accordée généreusement par son père et elle avait donc décidé de suivre leurs conseils. Voyant que Morgane réfléchissait toujours à sa réponse, May précisa un peu plus sa question :

- Pourquoi maintenant, pourquoi moi ? J'aurais pensé que la première personne à qui tu te serais ouverte aurait été ton père…, expliqua-t-elle.

Morgane laissa sont regard se perdre dans les yeux azurs et calmes de la compagne d'Uther et sourit avant de lui répondre.

- J'ai besoin de connaître certaines réponses avant de…lui parler. Et mon père t'a fait confiance alors je pense que je peux faire de même.

May n'avait rien laissé paraître, mais quand Morgane avait appelé Uther mon père cela avait été une réelle joie, c'était en effet la première fois qu'elle reconnaissait leur lien de parenté dans ses paroles. Elle était elle-aussi en train de changer radicalement, acceptant la vérité comme elle était et le fait qu'il ne pouvait en être autrement.

- Et je t'apporterai ces réponses, confirma May. Que veux-tu savoir ?

Morgane attendit quelques secondes avant de commencer ses questions, cherchant par laquelle débuter.

- Comment as-tu fait pour le sauver ?

- Uther ?

- Oui. Il était mort, vraiment mort…et tu l'as ramené de l'au-delà ce qui est impossible. Du moins sans conséquence...

- J'avais placé une amulette sur lui qui l'a protégé, au lieu de mourir après le sort d'Emrys, son âme est restée dans une zone frontière entre la vie et la mort jusqu'à ce que je puisse le ramener de côté des vivants. Nous avons ensuite placé un corps à sa place et jeté un sort pour qu'il prenne l'apparence d'Uther.

- Très ingénieux, souffla Morgane admirative.

- Merci. Personne à Camelot ne se doutait qu'il était toujours vivant et c'était le but. Nous sous sommes ensuite enfui pour rejoindre un endroit sûr et où nous pourrions nous reconstruire.

- Laisse-moi deviner…chez les Druides ? dit Morgane en désignant un groupe de Druides.

- C'était le seul endroit où Uther était en sécurité et où nous pouvions mettre au point un plan pour défendre Camelot sans que personne ne nous trahisse.

May marqua une pause, cherchant ce que voulait réellement savoir Morgane. Et le fait que sa première question soit en rapport avec son père voulait tout dire pour elle. Morgane avait toujours aimé son père, ils ne s'étaient que rarement compris, mais leur attachement mutuel était sincère quoiqu'elle en dise. Et c'est pour cela que ses décisions, sa dissimulation de leur lien l'avait tellement blessée.

- Uther ne savait pas pour ta magie je suppose ou il ne t'aurait jamais suivie…

- Au début il ne savait pas. Quand il était prisonnier dans les geôles il y a plus d'un an, je suis venue lui apporter une arme et enchanter ses chaines pour le libérer au moment opportun. C'est là qu'il a appris.

- Et comment a-t-il réagi ?

- Il n'a pas réagi ( May détourna son regard pour fixer un point imaginaire entre ses pieds), si on veut être honnête. Ta prise de pouvoir sanglante et ta haine non dissimulée envers lui l'avaient brisé. Alors le fait que je sois une magicienne n'était pas vraiment important sur le moment.

- Uther t'aimait, cela a dû le détruire.

- (la jeune femme releva les yeux pour voir les réactions de sa belle-fille à ses réponses) En réalité, à ce moment-là il était juste heureux de savoir que j'étais en vie…mais cela lui a fait remettre en question pas mal de choses dans sa vie. Toi, puis moi étions des magiciennes et avions des comportements radicalement différents avec notre magie. Cela lui a permis de comprendre que la magie n'est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que nous en faisons.

- Est-ce que tu savais qui il était quand vous vous êtes rencontrés ? Je me suis toujours demandée si…

- Si je l'avais séduit délibérément pour prendre le pouvoir sur Camelot? (May laissa un sourire apparaître sur ses lèvres en se remémorant leur rencontre cela lui semblait si loin maintenant) Non je ne savais pas qui il était, ce que nous vous avons raconté était vrai. J'ai rattrapé son cheval dans la forêt et c'est comme cela que nous nous sommes rencontrés. Je ne savais pas qu'il était le Roi de Camelot, si je l'avais su, mon comportement envers lui aurait été radicalement différent…j'ai juste vu quelqu'un couvert de boue, énervé et fatigué de courir après son cheval et j'ai surtout vu un homme très très séduisant…admit la jeune femme.

Morgane sourit à son tour en voyant sa belle-mère se souvenir de leur rencontre, revivant apparemment ce qu'elle avait ressenti alors.

- Je n'avais aucun moyen de savoir qu'il était issu de la royauté, pas d'armoiries, ni de garde et il n'a rien fait pour me détromper…son comportement était radicalement différent de ce que je croyais savoir d'Uther Pendragon, il était insouciant, se contentait de peu de choses, et ne s'est jamais comporté comme un roi en mettant une quelconque distance entre nous…

- Et vous êtes tombés amoureux…

- Oui. Et même plus…

- Des âmes sœurs, précisa Morgane.

- Arthur ? demanda May surprise qu'elle sache ce point de détail.

- Merlin, corrigea Morgane. Il m'a expliqué ce que cela signifiait, j'ai eu du mal à y croire mais en le voyant se comporter ainsi avec toi et travailler si durement pour reconstruire un royaume en paix je commence à envisager que cela soit possible.

Les deux jeunes femmes tournèrent la tête en même temps en entendant un groupe d'oiseau prendre son envol soudainement de l'autre côté de la rivière. Puis le calme revint au bout de quelques secondes.

- Tu as beaucoup blessé Uther en complotant derrière son dos, murmura May. Il n'aurait jamais cru possible que tu te retournes contre lui...

Morgane baissa les yeux à cette remarque n'ayant rien à opposer à cela, May aimait profondément son père, au point de dissimuler sa magie pendant plus d'un an pour rester à ses côtés, il était plus que normal qu'elle aborde le sujet. Mai aujourd'hui la sœur d'Arthur était prête à répondre de ses actes devant n'importe qui, même son père.

- J'en suis consciente aujourd'hui, mais jusque il y a quelques semaines je ne ressentais que de la colère et de la haine au fond de moi, et cela m'a aveuglée. J'ai essayé de lui faire admettre notre parenté quand j'ai su, de lui faire voir que la magie n'était pas une menace mais une chance pour Camelot. J'ai essayé beaucoup de méthodes au cours des dernières années, mais rien n'y a fait, il continuait dans son délire de persécution…pour moi le tuer était devenu le seul moyen de sortir Camelot de cette terreur et permettre au gens de revivre.

- Il est facile de le dire maintenant, mais tu aurais dû avoir un peu plus de patience, me faire confiance et venir me parler...

Explication 1ere partie dans la famille Pendragon...j'ai opté pour une Morgane qui suit la voie de la rédemption pour avoir une happy end...ou alors j'aurais dû la tuer et je n'en avais pas envie...Morgane n'a jamais eu le loisirs de s'expliquer sur ses actions et ses pensées. J'ai pensé que ce serait une bonne idée qu'elle devienne quelqu'un de bien...suite dans le prochain chapitre ( un des derniers, avant l'épilogue) R&R