Merci à Ezra Robin pour ton enthousiasme ! :D Nous reverrons Hypérion dans le prochain chapitre mais j'espère que celui-là te plaira ! :)
Merci à Brenda : je ne ferais plus autant de description je te le promets ;) Selena a eu de la chance dans le manoir des Malefoy, c'est vrai, mais un jour la chance tourne !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 28 : Black & White
Le 5 Mars 1978,
Je suis sortie ce matin de l'infirmerie. Sirius est venu me chercher et m'a tenue par la taille, soutenant mon poids, comme si j'étais une impotente. Je n'ai pas osé lui faire remarquer, cela partait d'une bonne intention et j'ai mordu ma langue pour ne pas laisser échapper une réplique acerbe. Il y a trois mois je ne m'en serais pas privée, sans même ressentir une once de culpabilité. Non, cela m'aurait même emplie de satisfaction. Mais aujourd'hui, alors que le sourire de Sirius illuminait son visage, débordant de tendresse, je n'ai pas eu envie de mettre une ombre au tableau. Mais encore plus surprenant de ma part, c'est la cape de Potter qui m'a intéressée avant de répondre aux questions de Sirius sur mon état de santé.
Les Maraudeurs doutaient du fait qu'Avery ait risqué d'envoyer la cape d'invisibilité par hibou. Vodemort semblait y tenir. Et une cape interceptée par un inconnu ne lui était d'aucune utilité. Si le département de la régulation des transports magiques mettait la main sur ce colis et en informait le département de la justice magique, c'en était fini du je-ne-sais quel plan de Voldemort.
C'est pourquoi les garçons pensent que les Serpentard ont attendu ce week-end pour rencontrer un intermédiaire à Pré-au-lard. Il fallait donc agir aujourd'hui pour tenter de récupérer le bien de Potter. Lupin pensait qu'il fallait en parler à Dumby puisque qu'apparemment il entretenait pour le morceau de tissu un intérêt mystérieux. Mais le binoclard avait répliqué qu'ils pouvaient se débrouiller seuls, que quelques Vert-et-Argent ne lui faisaient pas peur et Sirius l'avait soutenu.
J'ai voulu participer, non seulement parce que j'étais la raison pour laquelle l'item avait été dérobé, mais surtout pour me venger du salopard qui m'avait tranché la peau, ouvert la gorge sans une once d'humanité. Évidemment Sirius n'était pas d'accord. Tiens ça m'aurait étonnée ça ! Monsieur était toujours partant pour partir à l'aventure mais quand il s'agissait de moi ce n'était pas prudent ! Je ne suis pas en sucre Morgane ! Donc bien sûr cela a fait l'objet d'une dispute. Je ne suis pas du genre à me laisser dicter ma conduite, j'ai toujours pris mes décisions seule, et le fait qu'il m'interdise toute participation n'a fait qu'attiser et renforcer ma volonté. C'est devenu comme un défi à relever.
Chose à laquelle j'ai échoué lamentablement. Sirius avait l'air particulièrement motivé à ne pas me voir sortir de l'enceinte du château. Il a posé ses mains sur mon ventre légèrement rebondi après près de trois mois de grossesse et a prononcé très distinctement ces mots, les énonçant clairement et lentement comme si j'avais les capacités mentales d'un Niffleur :
« S'il te plaît Véga, mon étoile, ne viens pas. Je n'ai pas envie que tu risques quoique ce soit. Avery ne te fera pas de cadeau, et cette fois je pourrais te perdre, vous perdre. »
J'ai haussé les sourcils, arrondissant mes yeux et, avec un sourire faux, lui ai répondu de l'exacte même manière :
« Cet idiot ne représente aucun risque, ni pour moi, ni pour le bébé. »
Il a levé un sourcil peu convaincu en jetant un coup d'œil à ma gorge et je me suis sentie terriblement vexée. C'était bas, Avery et ses acolytes m'avaient prise en traître, venant de derrière, me menaçant d'une baguette. Je n'avais eu aucune occasion de reprendre le dessus. Je n'étais pas folle, un mouvement brusque et il m'aurait coupé la gorge, séparant ma tête de mon corps.
J'ai jeté un regard noir à Sirius et je suis retournée dans la Salle-sur-Demande où nous passions notre samedi après-midi. Je n'aurais pas dû. Cela a été mon erreur. Oh je suis certaine qu'il savait que ce qu'il s'apprêtait à faire allait me rendre furieuse, mais il l'a tout de même fait. Ce fourbe a profité de mon entée dans la pièce pour créer un serrure dans la lourde porte de bois. Bien sûr j'ai tenté une bonne dizaine de fois de l'ouvrir grâce à des Alohomora, mais non seulement l'imbécile avait fait disparaître la serrure, mais en plus il s'était assuré de lancer un sort de glue éphémère à la tapisserie du follet en tutu. Sort que de l'autre côté de la porte je n'ai pu défaire.
J'ai parfaitement pu visualiser le sourire satisfait qu'il devait arborer pendant les minutes qui ont suivi. Il est revenu quelques heures plus tard , oui, après plusieurs interminables heures à ne rien faire. On pourrait croire que dans un lieu où tout est possible, il y aurait eu un million d'activités à faire et que le temps passerait très vite. C'est là que réside l'erreur. La fin d'après-midi s'est déroulée à une vitesse incroyablement lente, car je n'avais absolument aucune envie d'arrêter de bouder, recroquevillée en une position fœtale sur le lit, puis assise en tailleur à passer le temps.
Quand il est entré dans la salle, faisant grincer le bois usé de la porte, je ne me suis pas retournée. Certes la colère était passée mais tout de même je suis restée dos à lui. Je l'ai entendu s'approcher et il s'est mis à ma hauteur, faisant craquer ses genoux en se baissant, pour déposer quelques baisers sur ma nuque. Sans bouger, je lui ai très calmement et très froidement demandé de s'en aller pour lui signifier mon mécontentement. Mais se croyant malin, il s'est contenté de rigoler doucement, presque attendri par mon attitude enfantine.
« Tu sais que je l'ai fait pour te protéger. » m'a-t-il dit.
J'ai grogné sachant pertinemment que je ne pouvais pas réfuter cet argument malgré mon vif désir de le faire. Il a entouré mon buste et je ne l'ai pas repoussé. Précautionneusement ses mains se sont glissées sous mon haut et l'a fait passer au-dessus de ma tête. Il a embrassé mon omoplate révélée et m'a renversée sur le lit. J'ai senti ma respiration se couper, mais pas pour la raison habituelle. Ce n'est pas les caresses de Sirius qui m'ont fait haleter mais la vue de ma poitrine séparée en deux par une longue ligne rosée. Des larmes ont coulé sur me tempes, échouant sur l'oreiller. Témoignant des soubresauts de mon corps motivés par mon bouleversement, il a relevé le visage et ses pupilles se sont teintées d'inquiétude mêlée à de la peine. Caressant ma joue d'une paume chaude, il m'interrogea silencieusement et mes yeux se posèrent sur les boursouflures ignobles qui marquaient mon corps depuis hier. Suivant la direction de mon coup d'œil, il a compris la raison de mon agitation et il a blotti mon corps contre le sien, passant une main du haut de mon crâne à la base de ma nuque, glissant sur ma chevelure.
Alors que mes larmes silencieuses continuaient toujours leur chemin, il m'a bercée amoureusement, tentant d'apaiser mes convulsions. La peur qui m'avait envahie alors que le bout de la baguette s'enfonçait dans ma chair, la terrible souffrance qui m'avait lancée quand ma peau avait été exposée à l'air et la frustration de ne rien avoir pu faire, ni pour me délivrer ni pour éclipser la terreur et la culpabilité dans les prunelles de Sirius, tout cela est ressorti de mon corps tel un cataclysme. Mes mains se sont accrochées à son dos et mes ongles ont zébré sa peau. Ses doigts ont cajolé ma chute de rein et j'ai frissonné au contact aussi léger qu'une plume. Puis ses lèvres sont descendues à la base de mon cou, là où la blessure s'inscrivait sur ma peau brune et il l'a embrassée de long en large.
Il était si tendre que je savais qu'il tentait de me faire accepter l'entaille. Bientôt elle disparaîtrait en partie mais demeurerait une infime relique de la coupure et je devais faire la paix avec elle. Madame Pomfresh avait déjà réussi à éviter que je garde quelques jours une croûte de sang et je devais lui en être reconnaissante. Des personne inattentives ne sont même pas capables de remarquer la cicatrice et c'est une bénédiction parce que je n'ai pas besoin d'attirer l'attention sur moi en ce moment. Il faut déjà que je commence à faire attention à ne pas mettre des hauts trop moulants pour ne pas qu'on découvre mon état. Pourtant je sais que bientôt, plus vite que je ne le pense, mon ventre sera trop proéminent pour être dissimulé et tout le monde sera au courant. Je ne sais pas si mes parents sont au courant de ma relation avec Sirius, je pensais que quelqu'un aurait craché le morceau mais si cela avait le cas j'aurais reçu une lettre de reniement depuis longtemps. Ils n'étaient pas du genre à prendre cela à la légère.
Ses lèvres se sont ensuite posée sur ma seconde balafre qui traçait une ligne entre mes seins et j'ai senti sa langue taquiner ma peau sensible. C'était doux et cela n'avait rien d'érotique. C'était de l'amour pur.
« Tu es belle, m'a-t-il chuchoté. Chaque jour de ta vie, tu sera pour moi la plus belle chose que la magie est crée. N'en doute jamais. Et ce n'est pas cette plaie qui va empêcher cela. Je t'aime. »
J'ai souri devant son élan d'affection et après quelques secondes de silence, il s'est exclamé mi-amusé mi-vexé, que je pourrais lui répondre la réciproque. Ce fut à mon tour de rire et il a fondu sur mon corps, emprisonnant mon visage entre ses paumes et je ris de plus belle. Alors que je me débattais, m'esclaffant devant sa fausse contrariété, il a prononcé ces mots :
« Tais-toi et embrasse-moi. »
Hier c'était moi qui avait donné cet ordre et aujourd'hui la situation s'inversait. J'ai exécuté sa demande sans broncher, le remerciant de son attention et de son dévouement pour ma petite personne. Je ne regrettais pas ces incisions sur ma peau car elles prouvaient que je ne m'étais pas dérober et que je ne comptais pas le faire. J'ai dû payer ma relation avec Sirius, je suis maintenant la proie des Serpentard, le talon d'Achille de l'intouchable Black, mais je ne le déplore pas si ça veut dire que je suis à lui et qu'il est à moi.
Le 11 Mars 1978,
Cela fait une semaine que je porte mon écharpe à l'effigie de ma Maison. Je ne m'habile plus devant la glace, je fais tout pour éviter d'être confrontée à la vision de ces affreuses cicatrices. Quand je prends ma douche, je préfère fermer les yeux, quand je mets mon collier, je fais attention à ne pas effleurer l'ancienne blessure. Mais le plus dur, c'est de voir continuellement Délia, en cours, aux heures de repas, dans la salle commune et surtout dans le dortoir. Elle est là, en face de moi, sans m'adresser un seul regard, comme indifférente à ma présence. Pourtant moi, je ne peux pas oublier la sienne car même quand je ferme les paupières, je la vois en train de m'observer de ses yeux verts parmi le groupe de Serpentard qui m'ont pris comme monnaie d'échange. Malgré nos nombreuses années d'amitié, elle s'est fondue avec une telle facilité parmi eux, se liant avec Avery, Rosier ou Mulciber, les laissant me blesser. Il faut que j'arrête de la pleurer, elle ne reviendra pas, n'est-ce pas ? Il faut que j'avance de mon côté. Elyon est d'une grande aide et si je la vois parfois en compagnie de mon ancienne meilleure amie, je sais que je ne peux rien lui reprocher. Cependant, cela ne m'empêche pas d'être follement jalouse de leur relation presque intacte. Je les contemple s'esclaffer ensemble, se prendre dans les bras, échanger des confessions et mon cœur se morcelle rire après rire. Parce que je tuerais pour que ce soit moi.
Le 14 Mars 1978,
Les vacances sont dans dix jours et je n'ai absolument aucune envie de rentrer au Manoir. L'idée que mon père me snobe pendant toute la semaine et que ma mère me dénigre « pour mon bien » n'est pas du tout réjouissante. Mais pire que tout, j'ai très peur de ce qu'ils vont me dire et que s'ils ne sont pas encore au courant pour ma grossesse, ils la découvrent.
J'aimerais juste rester à Poudlard avec Sirius. Malheureusement ce n'est pas non plus possible de son côté car les Potter l'ont invité à venir passer les vacances de Pâques avec eux. Je me dis qu'avec un peu de chance, je serai à même de voir Ely si elle ne passe pas tout son temps libre à s'éclipser voir son Moldu. Bon, rien qu'en l'écrivant je me rends compte que ce n'est pas gagné. Je ne peux pas lui en tenir rigueur, elle passe l'intégralité de son temps avec moi ici même, si elle devait aussi me supporter pendant les vacances sa vie serait un terrible enfer !
Peut-être que je devrais seulement annuler le voyage et prétexter que je préfère réviser pour mes examens tranquillement à Poudlard. Non, s'il on doit reconnaître une qualité à mes parents, c'est qu'ils sont malins, ils comprendraient qu'il y a un strangulot sous roche. En effet je ne suis jamais restée dans le Château durant les congés. Oh et puis peu importe cela doit bien arriver un jour ou l'autre, non ? Ils sauront tôt ou tard la vérité et si la leur faire découvrir signifie être libre de leur emprise et bien autant que ce soit le plus tôt possible !
Le 15 Mars 1978,
Je regrette en partie ce que j'ai dit hier soir. Oui, Mère et Père n'étaient peut-être pas les meilleurs parents du monde magique, mais ils étaient les miens et pour cette raison je ne pouvais m'empêcher de les aimer. Je sais que c'est réciproque, après tout je suis la chair de leur chair et ils ne peuvent pas outrepasser ce lien si fort. J'ai longtemps cru que c'était le cas mais depuis que j'ai ce tout petit être en moi, je ne peux imaginer qu'une mère, qu'un père ne puisse ignorer son enfant. Que chacun de mes sourires ne soit pas la chose qui compte le plus à leurs yeux.
Je n'ai pas grandi entourée d'amour, c'est le cas de le dire. Mère n'a jamais eu la fibre maternelle, ne m'a jamais nourrie, lavée ou couchée elle-même, il y avait Misa pour ces tâches. Mère n'était là que pour me dire de me tenir droite à table, m'apprendre à ne pas confondre la fourchette à salade de celle à dessert, à ne pas montrer mes émotions ou à parler correctement et pas à n'importe qui. Cette distance, je peux même dire cette froideur m'a profondément affectée un moment mais j'étais une enfant et je ne savais rien de ce qu'il se passait dans les autres familles.
C'est peu avant ma Première année à Poudlard que je me suis rendue compte de la différence entre l'éducation que j'avais reçu et celle des autres. Quand j'ai transplané accompagnée de mon Elfe de Maison dans la rue de Traverse, j'ai pu contempler tellement de familles souriantes et affectueuses que ma tête a tourné un instant. De nombreuses petites filles de mon âge portaient des robes colorées à pois et même si j'admets que cela relève d'un très mauvais goût, pour ma part je n'avais le droit qu'à des habits épurés et sombres et paraissaient l'être encore plus à cause de la couleur de ma peau. Elles avaient le droit de s'esclaffer en pleine rue, à la vue de tous et tiraient même leurs parents par les mains. De mon côté, je n'avais que Misa qui me regardait avec une lueur triste dans le regard qui reflétait la mienne.
Dans cette marée de couleurs vives qui me piquait les yeux, j'ai aperçu un petit garçon qui s'accrochait vainement à sa mère car elle ne lui portait aucune attention. Coiffée d'un haut chapeau à plumes, elle conversait avec une autre femme à l'air pincée qui je m'en souviens avait une chevelure d'un blond étincelant. Alors que je me croyais seule dans ce raz-de-marée de cris et d'éblouissement, je me suis soudainement sentie soulagée de trouver un petit garçon comme moi, ne recevant pas plus d'amour de sa mère que moi de la mienne. C'était un peu cruel je le reconnais, de me réjouir du malheur d'un autre, mais je me suis dit à l'époque que si peut-être nous pourrions être amis à Poudlard.
Je ne savais pas vraiment ce que signifiait l'amitié à 11 ans. Mère avait des amies qui venaient prendre le thé au Manoir une fois par semaine, mais dès qu'elles avaient quitté l'enceinte de notre demeure, elle leur crachait dessus, une était trop quiche, l'autre trop prétentieuse, une encore trop tolérante envers les Moldus… Mais ce que je savais c'est que si nous vivions une vie similaire, alors nous devions avoir des points communs et je n'avais pas à être jalouse de sa petite vie parfaite avec ses parfaits petits parents. Si l'un de nous deux devait être jaloux alors ce serait sûrement lui, car je ne recevais peut-être pas d'amour mais en ce qui concerne le reste, je n'étais pas à plaindre, je ne le suis toujours pas.
C'est sur cette pensée que je me suis dirigée dans la première boutique. Après avoir acheté mes manuels, ma baguette, mon nécessaire de potion et un hibou grand-duc, malgré ma préférence pour un chat. « Un chat n'a aucune utilité, m'avait dit Mère. Il ne fera que dormir, manger et déposer ses poils partout. Non, tu auras un hibou, grand-duc évidemment, nous ne voudrions pas nous retrouver avec une chouette de la trempe de celle de ces guignols de Weasley ! »
Malheureusement, mes plans sont rapidement tombés à l'eau. Je connaissais le fonctionnement de Poudlard depuis que j'étais toute petite. Il y avait de fortes chances pour que je tombe à Serpentard, j'en étais même persuadée. J'avais intérêt à y être envoyée. Au pire, il y avait Serdaigle mais si le Choixpeau avait choisi une autre Maison pour moi, mes parents auraient porté cette expression de déception pendant des années. Bref, bien avant de m'asseoir sur le tabouret, j'ai reconnu le garçon monter sur l'estrade avec une nonchalance qui contrastait avec notre appréhension à tous. La décision a été très rapidement prise et j'ai poussé un soupir déçue tout en baissant le visage. Il était désormais hors de question de devenir amie avec un Gryffondor.
Pourtant je n'ai jamais vraiment pu l'oublier. Oublier sa mine déconfite, tirant sur la robe violette de sa mère, le regard gris comme un triste ciel d'automne. Oublier ce garçon. Et j'ai fait en sorte d'exister pour lui. Puisqu'il hantait mes rêves, je devais hanter les siens, même s'ils étaient des cauchemars.
Je ne supportais pas de le voir rire, et plus le temps passait plus il se faisait une place parmi les Rouge-et-Or. Il s'était fait de très bons amis, ils étaient inséparables et je voyais s'esclaffer lui aussi, comme ces filles aux robes à pois. Je suis devenue jalouse et amère, il n'avait pas le droit d'être autant heureux alors que je ne l'étais pas. J'appréciais Elyon et Adélia mais je ne m'ouvrais pas encore à elles. J'étais comme enfermée dans un château de pierre duquel il s'était enfuit. Moi ce que je voulais c'était le rattraper et le remettre dans sa cage. Je voulais qu'il soit malheureux également, comme moi, avec moi. Il n'avait pas le droit de m'abandonner, de me laisser seule dans le noir. J'avais si peur de ne jamais pouvoir rire moi aussi, de demeurer misérable toute ma vie.
Mais je crois que finalement j'ai plutôt bien réussi mon entreprise. Pas un seul jour il n'a pas pensé à moi, bon peut-être lors des congés, mais là encore je faisais en sorte qu'il ne se désintéresse pas de moi. Pour cela je lui envoyais des lettres, concises mais claires, cherchant à le faire courir. Ce qu'il faisait toujours pour mon plus grand plaisir.
Mais si aujourd'hui je dois lui envoyer des courriers, ils seront d'un tout autre genre. Car aujourd'hui ce garçon aux prunelles sibyllines partage chacune de mes journées en diverses occupations bien plus douces. Agréables je ne sais pas, j'adorais me chamailler avec Sirius, cela avait quelque chose de diablement excitant. Et aujourd'hui je sais enfin la réponse à ma question, oui je peux être heureuse et je le suis. Grâce à lui.
J'aime mes parents, c'est inscrit dans mes gènes mais si je dois faire un choix entre eux ou Sirius, alors je n'hésiterais pas beaucoup.
Le 19 Mars 1978,
Sirius voudrait faire quelque chose pour mon anniversaire qui est dans une semaine désormais. Mais je ne crois pas pouvoir le rejoindre pendant la semaine de Pâques. Misa se tairait si je le lui demandais puisqu'elle est devenue mon Elfe quand j'ai atteint ma majorité, mais mes parents trouveraient un moyen de savoir ce que j'avais fait de ma journée et je ne tenais pas à ce qu'il le découvre. Pas Sirius. Ils seraient capables de lui faire du mal, Père a des contacts un peu partout et je ne veux pas risquer le bien-être, peut-être même la vie qui sait de Sirius. Evidemment ce ne sont que des spéculations mais on n'est jamais trop prudent je crois.
Donc s'il ne peut pas le fêter le jour même il a décidé de faire quelque chose la veille du départ, jeudi soir. Je ne veux pas le montrer mais j'ai hâte. C'est la première fois. Que j'ai hâte je veux dire, mais c'est également la première fois que je me sentirais aimée lors de l'un de mes anniversaires. J'ai raconté à Sirius que Père avait souvent manqué mes dîners d'anniversaire, il avait des affaires plus importantes. Il croyait faire amende honorablement en m'envoyant un sublime bouquet de fleurs qui finissait le soir même à la poubelle. S'il croyait que cela suffisait ! Les fleurs ne dureraient pas, elles étaient vouées à se dessécher, à mourir quelques jours plus tard. Moi j'aurais aimé avoir la preuve d'un attachement éternel, ni quelque chose qui se fane, ni quelque chose qu'on a expédiée avec seulement une minuscule carte de vœux bateau.
Sirius m'a souri mélancoliquement et a embrassé ma tempe sans rien dire. Je crois qu'il n'a pas eu beaucoup plus de chance. C'est son petit frère, Regulus qui recevait tous les compliments, les sourires de fiertés, les héritages familiaux pour ses anniversaires. Et plus importants, l'amour de sa mère. Je crois que Sirius en a cruellement manqué et parfois, quand il se blotti tout contre moi, comme s'il voulait se fondre dans ma peau chaude et nue, je peux ressentir ce manque. Je ne pensais pas ressentir une émotion du genre avec une telle intensité, mais en le voyant respirer mon odeur comme si c'était de l'oxygène, j'aurais tout donné pour le savoir éternellement heureux et aimée. C'est à ce moment-là que pour la première fois, j'ai véritablement entraperçu un avenir avec lui. Ça me fait peur autant que cela m'attire. C'est déstabilisant. Sirius Black est déstabilisant.
Le 24 Mars 1978,
J'étais trop fatiguée pour avoir la force d'écrire hier soir. La soirée s'est formidablement bien passée. Sirius m'a emmenée dîner dans les cuisines où les Elfes s'affairaient. Ce n'était pas un cinq baguettes, mais je crois qu'un repas ne m'a jamais paru aussi délicieux qu'en sa compagnie. Il avait fait la cuisine, si je te jure ! Et cela me met la pression parce que je me dis que s'il l'a fait pour moi, alors je vais devoir lui cuisiner un repas pour son anniversaire ! Je n'ose même pas imaginer le carnage, le Château de Poudlard sera surement ravagé par les flammes avant qu'il n'ait eu la (mal)chance de goûter à mes plats !
D'ailleurs la magie fait bien les choses, Sirius est né en plein mois d'aout, c'est-à-dire qu'il est Lion en signe astrologique. Bas tiens ! Mais bon en suivant cette logique j'aurais dû être Scorpion, Poissons ou peut-être Cancer mais pas Bélier. Parce que je ne suis pas irascible, ni même agressive… pas beaucoup…non ?
Après avoir fini le dessert composé de muffins en référence à l'un des premiers aliments que nous avons mangé ensemble il y a deux mois, il a pris la parole :
« Véga, tremblota-t-il, perdant son habituelle décontraction, je ne vais pas te faire une déclaration d'amour guimauve qui serait gênante à la fois pour moi mais également pour toi. De manière générale, je n'ai pas de mal pour parler librement et spontanément, mais c'est toi qui te trouves en face de moi, et au risque de me rendre ridicule, et bien tu me rends fébrile.
- Fébrile ? » l'ai-je questionnée joueuse avec un clin d'œil, tentant au passage de détendre l'atmosphère et de lui faire relâcher ses épaules contractées.
Il a rigolé nerveusement et m'a tendu une fleur. Mais pas n'importe quelle fleur. Il a délicatement posé une rose en papier dans ma paume
et m'a souri comme si c'était une blague entre nous.
« Tu m'as avoué il n'y a pas longtemps que tu n'aimais pas les choses qui ne duraient pas. Mais je trouvais cela dommage de ne pas pouvoir t'offrir des fleurs, parce qu'elles sont aussi belles que toi. Alors j'ai dû trouver une solution. »
J'ai fait tournoyer l'origami entre mes doigts et l'ai remerciée d'une voix presque inaudible. Les yeux rivés sur la fleur je n'ai pas osé les relever, pas tout de suite, car de fines larmes faisaient briller mon regard.
« Attends ce n'est pas fini, a-t-il ajouté. Je ne sais pas pour qui tu me prends, mais si je t'avais seulement offert une rose, quel genre d'homme aurais-je été ?
- C'est bien plus qu'une rose. » ai-je murmuré.
Je pense qu'il m'a entendue puisque qu'en se positionnant dans mon dos, il a gentiment embrassé ma joue. Puis j'ai senti ses mains effleurer ma nuque et soulever mes cheveux pour les mettre sur le côté.
Doucement il a attaché une chaîne autour de mon cou en déposant un nouveau baiser cette fois sous mon oreille.
« Je t'aime ma petite étoile. »
Mes doigts se sont portés sur le pendentif et j'ai découvert sous mon toucher cinq petits diamants formant une étoile. Ses bras m'ont enlacée et je me suis calée contre lui, levant ma main pour la poser sur son cou, me tournant légèrement pour tenter d'atteindre ses lèvres. Me voyant me contorsionner, avec un petit sourire amusé, il a baissé son visage à ma hauteur, permettent à nos lèvres de se lier avec une tendresse déconcertante.
« Moi aussi je t'aime Sirius. »
Il m'a retournée, veillant à écarter la fleur en papier de l'étreinte de nos deux corps. Après l'avoir mise en sécurité, il a passé ses bras sous mes fesses et m'a portée tout contre lui avant de me reposer sur le plan de travail de la cuisine. Les Elfes étaient partis depuis un moment déjà, il devait être minuit passé. C'est ainsi que nous avons inauguré les cuisines de Poudlard. Ne me blâme as Journal, tu ne connais visiblement pas les hormones de femme enceinte ! Et puis d'abord ce n'est pas de ma faute, c'est celle de Sirius ! Merlin qu'il va me manquer , cet espèce d'imbécile irrésistible !
