Je pense honnêtement que m'excuser d'un retard pareil ne servirait à rien… Presque un an sans nouvelles, beaucoup d'entre vous ont dû se dire que j'avais abandonné la fic, mais non ! A vrai dire, j'ai finit de l'écrire en Décembre, et je vais dorénavant pouvoir finir de publier, aussi vite que possible !

Je m'excuse tout de même de la longue absence, ne serait-ce que pour la forme, le fait est que mes études m'avaient grandement occupées pendant cette année…

Bonne lecture à ceux qui retomberont sur ces chapitres !


Chapter 29 : A Fight for the Future

« N- non, c'est impossible ! »

S'était soudain écriée Rin, une fois que son esprit eut finit de décortiqué les mots de la jeune Yuki. Elle fut la première à avoir reprit le contrôle sur leur surprise et l'éclat de voix, maladroitement haut perché, suffit à ramener les sept autres sur terre. A leur différence, Yuki et Rion semblaient plutôt avoir été plongées dans une sorte d'hypnose par la réaction de la blonde dans la direction de laquelle leur regard écarquillé s'était posé.

Mikuo se rendit alors compte à quel point le brusque refus, venant qui plus est de cette même jeune fille qui leur avait peu de temps auparavant sourit et donné des explications avec patience, devait leur sembler suspect. Il ne s'attendait pas à ce que les deux enfants devinent tout de la raison de leur présence près de leur village, cependant, il pouvait tout à fait les concevoir en train de les harceler d'une multitude de questions jusqu'à ce qu'ils donnent une excuse incohérente et facilement démasquable sous la pression.

« Désolé mais nous sommes pressés. » Tenta-t-il d'expliquer, il aurait bien ajouté quelques faux détails, comme un marché à conclure Rion ne lui en laissa toutefois pas le temps.

« Ce n'est pas comme si vous deviez prendre une semaine ici ! C'est malpoli de repartir sans remercier ceux qui vous ont donné ces vêtements et puis notre village est très joli d'abord ! » Voir la plus âgée des deux prendre le flambeau les força à échanger un regard et l'expression abattue qu'affichait dorénavant Yuki fut le coup de grâce.

La petite fille semblait avoir comprit qu'ils ne pouvaient rester et, à la différence de sa sœur, s'était résignée ce qui aurait du rendre les choses plus simples. Pourtant, au contraire, la petite moue que formaient ses lèvres et la façon dont elle regardait ses chaussures tout en donnant un petit coup de pied dans des cailloux de temps à autre était sans aucun doute l'argument le plus redoutable.

Est-ce que s'ils attendaient plus elle se mettrait à pleurer ? Le souvenir de son sourire chaleureux et de ses imitations de bonne manière rendait le spectacle un peu plus difficile à affronter. Avec un petit soupire, Akaito se rendit compte qu'il s'était attaché à ces deux petites filles bien plus rapidement qu'il ne l'aurait cru, et à en juger par la façon dont certains évitaient de poser les yeux sur Yuki, il pouvait en conclure qu'il n'était pas le seul.

En mettant la robe et les couettes de côté, il pouvait presque revoir Kaito dans ses jeunes années. Certes son royal demi-frère n'était pas aussi jeune à l'époque de leur rencontre mais il n'avait toujours que dix ans à l'époque, question de maturité ou pas, il avait eu le même regard à chaque fois qu'il lui avait dit de garder leur lien secret. Ce ne fut que plusieurs mois, et crèmes glacées, plus tard que le jeune prince avait comprit et donnait même l'impression d'avoir effacé de sa mémoire toute déception passée. Il ne pouvait pas rester à ne rien faire face à cet air de chiot abandonné.

« Je suppose que l'on pourrait vous suivre un peu, saluer vos parents, et reprendre notre chemin. » Neru serrait le bas de sa jupe entre ses doigts fins tout en parlant, montrant sa gêne à l'idée de se retrouver être l'objet de l'attention des deux fillettes.

Le rouquin regardait la scène, aussi bien étonné d'avoir entendu ces mots être prononcés par une autre voix que de par l'identité de celle qui avait prise la parole. Depuis quand un détour était-il envisageable ? Avait-elle vraiment craqué pour les deux fillettes même si elle ne leur avait que tout juste adressé la paroles une fois ou deux ? L'idée qu'elle aurait pu deviner ses pensées lui traversa furtivement l'esprit mais fut bien vite chassé par la voix de sa raison. C'était tout bonnement impossible. Et pourtant, faisant une nouvelle fois preuve de cette étrange synchronisation avec ses pensées, la blonde ajouta vivement à l'adresse de chacun :

« On pourrait y apprendre des choses utiles ! Et ils doivent bien avoir quelques boutiques… » Sa voix marquée par le malaise s'éteignit dans un murmure, qui espérait-elle tromper ? Il était évident qu'un village perdu dans une forêt n'aurait pas de commerces, il n'y avait tout simplement aucun client potentiel. Ce genre de communautés survivait sur l'entraide. Mais espérer que cette aide s'étende jusqu'à eux pouvait être vue comme une ébauche de plan. Quand avaient-ils fait un véritable repas pour la dernière fois ?

Un gargouillement discret s'éleva près de lui, Rin avait passé ses bras autour de son ventre et fixait le sol les joues rosies dans l'espoir de passer inaperçue. Cela ne servit bien évidemment à rien, ce geste avait déjà été prit pour un avis positif par la majorité. La blonde fut tentée d'aller se taper le front contre le tronc le plus proche lorsqu'elle entendit Ron s'exclamer tout en avançant d'un pas vers les fillettes :

« Alors allons-y ! »

Il n'en avait pas fallu plus pour que la petite moue de Yuki se transforme rapidement en un sourire éclatant. Il n'y avait plus aucune trace de regret ou de tristesse, si bien qu'ils ne purent pas s'empêcher de se trouver stupides pour être tombés dans le piège de l'innocence. Avant qu'ils n'eurent le temps de se rétracter cependant, Rion s'était emparée de la manche d'un Matsuda blasé et le forçait à avancer en direction du petit village. Le reste du groupe fut bien obligé de suivre, au moins pour empêcher que le bleuté ne mette la ville à feu et à sang.

Comme le laissaient supposer les quelques pâturages et champs qu'ils avaient dû longer pour arriver jusqu'au village, l'endroit était modeste. Ce que Yuki avait introduit comme étant le 'cœur' de l'endroit était en vérité une vague assemblée de bâtiments importants et une imposante source dont la structure de base ressemblait à un large puits et faisait remonter l'eau dans des bacs de forme rectangulaire. Certes, beaucoup de personnes y étaient assemblées, mais l'endroit ne valait pas même les rues les plus désertes de la capitale.

Le petit groupe n'allait toutefois pas se plaindre de la simplicité de l'endroit. Rin se sentait bien plus à l'aise que précédemment et prenait tout juste la peine de garder sa capuche sur sa tête sans veiller à ce que son visage soit ombragé. Ce relâchement avait vite été communiqué à Gakupo qui, bien qu'il restait vigilant du fait de sa position dans le pays, ne faisait guère plus que rabattre le fin foulard lorsqu'un courant d'air tentait de l'emporter dans une danse voluptueuse. Le fait de pouvoir à nouveau se détendre un peu dans une zone habitée était le bienvenu pour les nerfs de chacun d'entre eux.

Les fillettes avaient mit un point d'honneur à les présenter à chaque personne qu'ils pouvaient croiser et ils constatèrent qu'elles avaient déjà mémorisé leurs noms à la perfection. Bien rapidement ils se retrouvèrent immobilisés par les habitants curieux de voir des voyageurs dans la région et leur demandant des nouvelles des villes voisines avec lesquelles ils n'entretenaient pas beaucoup de communication.

Les questions fusaient de tout côté et tombaient lourdement sur les jeunes gens sans leur laisser le temps de répondre complètement, mais cela ne sembla pas gêner les curieux, une simple présence suffit toutefois à ramener l'ordre, éclipsant les tentatives des deux enfants. La petite foule amassée créa bien rapidement un passage pour le vieil homme qui s'avançait vers les voyageurs. Le bruit de ses pas, lourd dans le silence, ponctué par le son plus creux du bâton qu'il tenait dans sa main droite et l'aidait à marcher. Le regard aigue du personnage suffisait à comprendre son importance.

« Je vois que vous avez été escorté par ces jeunes demoiselles. » Constata-t-il avec un regard mi sévère mi amusé pour les sœurs, Yuki lui répondit d'un de ses sourires angéliques tandis que Rion frottait le sol de la pointe de ses chaussures. « Veuillez accepter mes excuses si elles se sont montrées gênantes, d'une façon ou d'une autre. » Cette fois-ci le regard acéré s'était planté sur Matsuda.

« Ce n'était pas un problème. » S'était empressé de répondre Mikuo avant que l'ancien soldat n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche.

« J'ai cru comprendre que vous avez beaucoup voyagé dans le pays. Vous sauriez peut-être nous renseigner sur l'état de la capitale ? »

Un murmure inquiet parcouru la foule à la notion. Le petit groupe échangea un regard curieux. Ils étaient donc au courant de la situation du pays, ce constat fut surprenant du fait de l'isolation de l'endroit. Malgré les nombreux contrôles de l'armée ils n'avaient vu personnes enquêter dans les parages, avaient-ils été mis au courant par des personnes extérieures ? Une fois la question posée, d'autres personnes vinrent se joindre à la petite foule, principalement des hommes qui ne s'étaient pas montrés aussi enthousiastes que leur femme à leur approche.

Gakupo rabattit nerveusement le foulard imprimé devant son visage. Il regrettait soudain d'avoir les cheveux aussi longs alors que l'ambiance lourde reprenait ses droits sur la petite place.

« Nous nous dirigeons justement vers la capitale, nous n'avons donc pas entendu beaucoup plus que des rumeurs. » Quelques exclamations de surprise commentèrent leur objectif. Neru était aussitôt retombée dans le silence et Mikuo se chargea de compléter un peu ses dires pour ne pas attirer les suspicions :

« Au Nord on ne parle que du grand feu qui a saisit la capitale après la prise de pouvoir, mais on a découvert de nombreux contrôles de l'armée pour retrouver l'Intendant dans la région. Celui-ci semble introuvable cependant… » Oui, ceci n'était que des informations qu'ils avaient apprit au cours de leurs déplacements, tant qu'ils n'en disaient pas plus ils n'étaient que de simples voyageurs. Mais évidemment la question redoutée tomba.

« Et qu'allez vous faire au Sud, jeunes inconscients ? Ce n'est pas une place pour des enfants. » Trancha soudainement l'homme, toutefois ses mots bien que durs ne transmettaient aucune véritable opposition. Au contraire, son ton tenait plus d'une muette fierté.

« Nous ne savons pas vraiment, mais nous tenteront de faire de notre mieux pour aider à retrouver le pays. » Le vieil homme quitta le turquoise des yeux de Mikuo pour évaluer chacun d'entre eux puis un fin sourire releva légèrement sa moustache d'argent.

« Tant qu'il y aura quelqu'un pour refuser de poser les armes nous auront une chance. Le cauchemar de jadis est bien terminé, ce n'est pas cette comédie qui ébranlera le pays et le nouveau régime. » Le vieil homme leva son regard vers le ciel bleu au-dessus de leurs têtes. « Les hommes de ce village voudraient bien partir eux-aussi et prendre les armes, mais nous sommes tout juste assez nombreux pour repousser les petit malins qui jouent les brigands en profitant des troubles. Mais que cette soit disant princesse approche, nous ne nous laisserons pas faire. »

Ses iris brûlaient d'une nouvelle force qui contrastait avec son allure chétive. Mikuo ne put retenir un léger sourire à la vue. Gakupo, lui, était resté de marbre à la tirade de l'homme, le 'nouveau régime' était le nom donné à son gouvernement, il avait bien du mal à digérer cette soudaine expression de confiance. Jusqu'à présent, tout le monde lui avait reproché sa disparition, lui le premier, mais cet homme, non, ce village, à en juger par les rumeurs approbatrices, n'en semblaient pas gêner le moins du monde. Certaines personnes lui faisaient donc confiance ?

Soudain la présence de Luka se fit plus imposante à ses côtés un vif mouvement de tête de la part de Neru le mit en garde contre toute stupidité. Pourtant il brûlait d'envie de leur crier qu'il se battait pour eux, que leurs espoirs n'étaient pas en vains. Pourquoi devait-il toujours rester dans l'ombre ? Que ce soit sous le commandement du Roi Kaito, ou en ces temps de crise. Il avait l'impression d'être inutile, bien loin de l'image qu'il se faisait d'un dirigeant.

Une soudaine pression exercée sur sa main attira son attention plus bas. Deux grands yeux marrons l'engloutissaient complètement, un sourire de neige était alors son seul phare dans l'obscurité noisette. Yuki détourna son regard de lui et, comme si elle avait su capter chaque mot qui avait traversé son esprit, lui rappelant alors étrangement le comportement de la rosée, s'adressa avec nonchalance avec l'homme le plus respecté de son village :

« On doit y aller grand-père ! On doit leur montrer encore pleins de choses ! » La petite fille se mit à marcher à grands pas, levant les genoux bien plus haut que nécessaire dans une démarche comique. Les pouffements du vieil homme se firent entendre, aucunement gêné par le manque de respect de sa plus jeune habitante.

En tant que bons touristes, il prirent le temps d'adresser leurs salutations aux personnes les plus proches, s'inclinant vivement devant le patriarche. La visite guidée reprit aussitôt, sous le regard amusé des habitants qu'ils croisaient. Il n'y avait pourtant pas grand-chose à voir, mais Yuki et Rion leur présentaient les habitations de leurs voisins comme s'il s'agissait de monuments érigés à la gloire d'un Dieu tout puissant.

Vraiment. Pourquoi continuaient-ils à suivre ces deux gamines ? Ce simple fait dépassait Ppoiyo. Mais ce qu'il comprenait encore moins c'était pourquoi lui-même les suivait encore. Il n'avait vraiment pas eu de chance, d'abord la fillette aux cheveux violacés l'avait fait la suivre avec une force qu'il n'aurait pas suspecté, et, alors qu'il en était enfin débarrassé, Ron semblait avoir prit la relève et le suivait partout en commentant chaque détail de l'endroit. La ressemblance du brun avec les deux fillettes de presque dix ans ses cadettes aurait pu le faire ricaner s'il n'avait pas eu à supporter son bavardage.

« Hey Matsu' ! Tu ne trouves pas que ce chien a une tête bizarre ? » Dit-il avec enthousiasme tout en montrant le bâtard du doigt. Il n'eut toujours aucune réponse, pas même la plus petite attention. « Cette maison est tellement grande ! Je me demande à combien on peut vivre dans un truc pareil… »

Il se demanda si le brun réagissait ainsi car ce village était lié à des personnes qu'ils connaissaient dorénavant. Bien vite ses interrogations se portèrent sur la raison qui le faisait rester aux côtés d'un être aussi bruyant. Ah oui, c'est vrai… ils étaient déjà bien derrière le reste du groupe et savait, pour avoir essayé, qu'une longueur de plus en arrière apporterait l'attention de Rion qui viendrait le chercher tout en s'attirant les bouderies de Ron. A choisir, il préférait cet imbécile, au moins, il pouvait le frapper.

« Tu es trop silencieux. » Il était certain d'avoir entendu ces mots, dits d'une façon tellement détachée, presque rude. Il lui avait fait un reproche, pourtant, la lourdeur de l'air fut vite chassée par une nouvelle réplique sans intérêt. Se fichait-il de ce qu'il pouvait en dire ? Cette simple idée rendit les commentaires de Ron encore plus agaçants.

Ppoiyo jeta un rapide coup d'œil en direction du groupe qui les devançait d'une bonne quinzaine de mètres, ils ne se souciaient absolument pas de ce qu'ils faisaient bien qu'il fut certain que l'absence du brun était remarquée. Son regard rougeoyant se posa un bref instant sur le profil du jeune homme bruyant. Il voulait vraiment la paix. C'est pourquoi il le fit.

« Ron. » Comme à chaque fois qu'il l'entendait dire son prénom, le brun se retourna sans un instant de réflexion. Il n'eut plus qu'à se saisir de la main droite du jeune homme qui pendait à ses côtés pour le forcer à se pencher de ces quelques centimètres qu'il détestait tant. Ce qu'il vit ensuite, ce furent les yeux turquoise écarquillés dans l'étonnement le plus pur alors qu'il brisait le baiser fugace.

Quelques secondes immobiles passèrent, il entendit vaguement la voix d'Akita les ramener à l'ordre et reprit la marche, le brun l'imitant dans un silence complet. Il venait de trouver une astuce en or.

Peu de temps après, le petit groupe se retrouvait face à face avec les parents des deux jeunes filles, des parents qui semblaient avoir été surpris de les voir dans leurs vieux vêtements mais n'avaient pas chercher à les récupérer, sans doute par compassion. Ils grondèrent plus ou moins les diablotins leur servant d'enfants mais semblaient, comme eux-mêmes, pris au piège par le sourire de la cadette. De brèves salutations et remerciements un peu gênés furent échangés puis, bien vite, la mère au longs cheveux encre retourna dans leur maison alors que son mari partait aux champs en demandant à ses filles de ne pas rentrer trop tard.

Un court silence confortable s'installa alors et, très naturellement, Mikuo le brisa tout en replaçant la bandoulière supportant sa lance sur son épaule droite :

« Nous allons repartir maintenant. » Comme il s'y était attendu, deux regards horrifiés montèrent à l'unisson jusqu'à lui et il ne sut leur rendre qu'un petit sourire contrit mais décidé.

« On ne peut pas vous laisser faire ça ! » S'écria soudainement Rion, surprenant même sa sœur de par le haussement de ton. « Vous ne devez pas aller à la capitale ! » Sa sœur sembla comprendre ce qu'elle avait derrière la tête et ses fins sourcils se froncèrent à leur tour alors qu'elle renchérissait :

« Oui c'est dangereux là-bas ! Il y aura bientôt une guerre, vous devez rester ici, vous serez en sécurité, promis ! » Le léger trémolo dans la voix de la plus jeune suffisait à traduire la peur partagée par les deux sœurs.

Elles n'étaient que des enfants après tout, des enfants qui avaient survécus à la première guerre. Ils n'avaient pas vu d'autres enfants dans ce village, étaient-elles les seules à avoir survécues aux temps de famines ? Cette idée ne les surprendrait pas, les endroits les plus isolés n'étaient pas forcément les plus préservés. Elles n'étaient que des enfants qui se savaient faibles, évidemment elles chercheraient à rester près des hommes du village, elles ne seraient pas assez folles pour risquer de quitter la sécurité, et elles ne laisseraient pas cette même folie atteindre leurs nouveaux amis.

Mikuo vit Ron s'agiter du coin de l'œil et échangea un bref regard avec Akaito et Neru dans une concertation silencieuse. Gakupo lui jeta ensuite un regard lourd de sous-entendu, un de ces regards de politique qu'il reconnaissait souvent chez le violacé. Il questionna silencieusement Rin, celle-ci semblait partagée mais il prit son absence de réaction pour un accord. L'échange ne dura qu'un infime instant, celui d'après le turquoise se trouvait déjà accroupi, à la hauteur des deux fillettes :

« En fait… » Il regarda autour d'eux pour s'assurer qu'ils étaient à l'abris des oreilles indiscrètes et reprit d'une voix faible : « Ce doit rester secret, mais on doit aller à la capitale pour mettre fin à ces problèmes et empêcher la guerre de recommencer. C'est pourquoi on a voyagé jusqu'ici avec mes amis. Vous, restez ici en sûreté, ne vous inquiétez pas, tout se passera bien. Pas vrai ? » S'enquit-il avec un regard jeté derrière lui vers les autres. Un écho de 'bien sûr que oui' appuya ses dires, accompagné de sourires.

Lorsque les orbes turquoises se posèrent une seconde fois sur Yuki et Rion, leur expression avait changée du tout au tout. Il n'y avait plus de place pour la peur d'un avenir effrayant, plus un doute quant au possible retour du cauchemar. Non. Il n'y avait plus qu'espoir et admiration pour le groupe se tenant devant eux et ces grands yeux noisette et rose leur donna plus de courage et de peurs qu'aucun autre regard auparavant.

Ils devaient réussir, mais le pourraient-ils au juste ?

« Nous allons réussir, c'est certain. Alors gardez le sourire. » Mikuo orienta vivement son regard vers Rin qui se tenait dorénavant à ses côtés, ses mains jointes contre les plis de sa robe, à peine visible sous sa cape. Il avait du mal à croire que ces mots venaient d'elle, pourtant, c'était bien de la détermination qui se lisait sur son visage.

Le turquoise se releva finalement, après avoir fait promettre aux deux petites filles de garder ce qu'ils venaient de leur confier pour elles. Elles ne semblèrent pas gênées par l'idée de cacher cette information à leurs parents ou le chef du village, probablement car elles venaient tout juste de découvrir ce merveilleux secret. Rion perdit cependant de sa bonne volonté lorsque vint le moment des au revoir, montrant alors à quel point sa sœur cadette pouvait être plus mature, à sa manière :

« Ne t'en fais pas Rion, ils vont vite revenir et on fêtera ça avec les gâteaux de maman ! » Lui assurait-elle avec son habituel sourire, vite soutenue par Ron qui décida de mettre son différent avec Rion de côté pour cette fois. Ce n'est qu'à cette condition que la petite fille accepta de faire ses au revoir et laisser le groupe de ses nouveaux amis reprendre la route.

Tandis que l'horizon absorbait au plus vite les huit formes qui s'y avançaient, ils savaient qu'à chaque fois qu'ils se retourneraient, ils verraient les deux fillettes, de plus en plus petite, leur faire signe de la main et leur crier 'bon voyage', attention qu'ils leur retourneraient alors.

Rin s'était considérablement détendue depuis leur départ du petit village. Il ne pouvait se résoudre à penser que cela venait de la nouvelle distance avec le village, non, l'amélioration de son humeur avait bien trop étrangement coïncidé avec sa prise de parole. Il en était presque certain, elle avait finit par reprendre confiance en leur voyage et en leurs choix. Au fond il avait conscience de pouvoir se tromper, mais il avait trop attendu le retour d'une Rin plus naturelle pour faire réellement attention à cette possibilité.

L'ancienne princesse était un être difficile à suivre, elle lui donnait l'impression de constamment changer, passant de la plus cruelle des personnes à la plus attachante en un battement de paupière. Néanmoins, il savait également que parfois il s'emportait ou se braquait sur les défauts de la jeune fille à cause de leur passé commun, ce passé qui empêcherait à jamais leurs rapports d'être saints. Elle avait tué sa sœur jumelle, il l'avait haïe de tout son cœur pendant trois longues années.

Oui, Rin resterait à jamais liée à la Rose Jaune dans son esprit. Mais Rin, elle, pouvait changer, car à la différence des souvenirs, les êtres humains ne sont pas figés dans le temps. Elle pourrait changer, elle pourrait devenir celle qu'on lui avait interdit d'être de part son éducation. Une femme épanouie et soucieuse, une femme aimant son prochain.

Cette personne là, elle l'était déjà un peu, elle l'avait toujours un peu été, mais il n'avait pas su regarder. Alors qu'il n'en voyait que de brefs éclats qu'il rejetait vivement, cette Rin là avait toujours été là, cachée dans les sourires sincères, cachée dans les larmes désespérée, cachée au fond de ses yeux. S'il détestait la Rose Jaune, cette Rin-là lui était amicale. Dans d'autres circonstances, ils seraient certainement devenus amis, Miku, Len, elle et lui.

C'est pour cette pensée là, qu'il trouva le courage de s'emparer du poignet de la jeune fille, l'arrêtant avec lui dans leur marche. Luka et Gakupo les dépassèrent, mais ils ne semblèrent pas le remarquer, ou alors, la rosée avait comprit ce qu'il se tramait ça ne l'aurait pas surpris.

« Je suis désolé, Rin. » Il observa un instant les yeux vert d'eau osciller dans une appréhension qui n'avait pourtant rien à faire là. « Pour la dernière fois, je n'aurais pas du t'en vouloir alors que tu t'inquiétais sincèrement. Je suppose, » il prit une courte respiration, « je suppose que j'étais trop sur les nerfs pour pouvoir supporter quelqu'un de plus céder au doute. Et je m'excuse aussi de ne pas avoir pu le dire avant. »

Il releva les yeux vers la jeune blonde pour tomber sur des pommettes légèrement rougies et, assez comiquement, voir la gêne de la jeune fille suffit à empourprer ses joues également. Il passa une main à la racine de ses cheveux, se rendant compte bien vite que son mouvement était gêné par sa nouvelle coupe.

« Je sais que je n'ai pas fait grand-chose pour avoir le droit de dire ça. Je veux dire, jusqu'à présent je n'ai jamais été très compréhensif et même assez lunatique. » Il vit Rin entrouvrir ses lèvres comme pour alléger ses mots mais ne la laissa pas faire. Il savait très bien que le courage qu'il venait de trouver repartirait vite. « J'ai vraiment apprécié ces moments où on se contentait de parler, comme des personnes normales en oubliant presque le passé. J'ai aimé te parler de Miku et t'entendre parler de ton frère. C'est juste que… je ne voulais pas l'admettre. Mais j'ai beau être un parfait imbécile des fois, sache que tant que tu voudras aider les autres, tant que tu laisses celle que tu étais derrière toi, tu pourras compter sur moi, enfin, nous. »

Les rougeurs sur le visage de Rin s'étaient nettement propagées, elle se mit à balbutier des mots décortiqués en sons incompréhensibles et, lorsqu'elle semblait parvenir à reprendre le dessus sur ses émotions, elle fut interrompue :

« Dépêchez-vous tous les deux ou on vous laisse derrière ! » La voix grave d'Akaito eut le don de leur redonner de l'intérêt pour ce que faisaient les autres et ils purent constater qu'ils étaient déjà bien loin devant, d'ailleurs, Ron n'était même plus visible d'où ils se trouvaient.

Mikuo reçut un regard moqueur de la part du rouquin qui suffit à le faire se remettre en marche plus que n'importe quel ordre. Il connaissait bien trop cette lueur dans les yeux vermeille. Il n'avait aucune envie de devoir subir les remarques du jeune adulte, surtout dans ce domaine.

Rin se remit également en marche, regardant Mikuo partir devant à pas précipités. Il eut vite rejoint le niveau d'Akaito et commençait à lui ordonner de se taire avant que le plus âgé ait pu dire quoique ce soit. Toutefois, la jeune blonde n'y fit pas vraiment attention car, rapidement, son attention fut redirigée vers les mots du turquoise.

Elle ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi elle s'était sentie si soulagée lorsqu'elle lui avait affirmé qu'elle pouvait compter sur eux. Bien sûr, elle était touchée par les mots de Mikuo, mais son esprit restait bloqué sur ce détail. Elle s'était pourtant promise de ne pas mettre une nouvelle fois des innocents en danger. Elle avait fait fausse route tout du long… D'abord elle aurait du partir de son côté pour s'opposer à cette Lily elle-même, ensuite, elle aurait du rester la princesse qu'elle avait toujours été, celle que seul Len n'avait pas détesté.

Elle ne l'avait pas fait pourtant. Elle n'avait pas pu s'y résoudre. Tout ce temps au fond, elle avait voulu être leur amie et elle n'avait pas pu vaincre ses propres désirs, faible qu'elle était. Oui, c'était ce qu'elle voulait, elle avait peur d'être seule. Elle voulait pouvoir compter sur eux, pouvoir leur faire confiance, comme elle l'avait fait vis-à-vis de son frère. L'idée de se battre seule l'effrayait… mais elle n'était plus seule.

Bien qu'elle venait tout juste de rattraper l'avancée du groupe, elle arrêta soudainement d'avancer. Cette fois-là la réaction fut plus rapide et Matsuda planta son regard sanguin sur elle, elle ne s'était jamais habituée à ce regard froid et ne put retenir un frisson.

« Qu'est-ce qu'il y a encore ? » Demanda-t-il de ce ton sec qui lui était propre et montrait clairement qu'il n'en avait rien à faire de la réponse. En temps normal, elle se serait vivement excusée de peur de mettre le jeune homme en colère et marcherait déjà à ses côtés mais son corps préféra ne pas écouter son esprit pour une fois et elle s'inclina vivement vers l'avant. Elle resta ainsi, le visage penché vers le sol, le dos plié dans un angle droit parfait et ses poings fermés sur le tissu de sa robe. Rapidement, toute l'attention fut sur elle.

« Je suis désolée pour tout ce que j'ai pu dire ou faire jusqu'à présent. Je ne parle pas de mes actes en tant que dirigeante du Pays Jaune… » Elle se redressa soudain, ses yeux à nouveau visibles aux autres. Elle remarqua un léger sourire sur le visage de Mikuo. « Je n'ai pas de mots pour m'excuser de mes crimes passées. » Rin ne dit plus un mot pendant quelques instants, peu sûre de la suite, mais se décida finalement à continuer, il était trop tard de toute façon. « Une partie de moi veut encore s'emparer égoïstement de ce pouvoir. Parfois je me dis que je devrais essayer de reprendre mes droits de naissance, je ne supporte pas l'idée que d'autres personnes aient prit ma place. Mais je ne dois pas me permettre de tels caprices. Ce que je veux et dois faire c'est écarter cette nouvelle menace et offrir à ce pays ce que je n'ai pas pu. »

Son regard tomba cette fois sur Gakupo qui semblait avoir du mal à soutenir l'échange. Rin ne se rendait pas compte de la force qu'elle dégageait à cet instant présent, elle savait cependant que ses mots étaient ambiguës et elle ne s'attarda pas plus sur le visage du violacé :

« J'ai été désignée Princesse avec le but de servir ce pays et ses habitants dans leur intérêt. J'ai été détrônée, et même si le Pays Jaune n'existe plus officiellement, je saisirais cette dernière chance de racheter mes erreurs. Même si c'est la dernière chose que je ferais. Je veux offrir un véritable future à des enfants comme Yuki-chan et Rion-chan… Je… je sais que je ne peux pas réaliser un projet aussi important seule. C'est pourquoi… » Elle s'inclina vivement une seconde fois. « C'est pourquoi je vous demande de me laisser utiliser votre force, s'il vous plait ! »

Elle n'avait pas changé dans le fond, elle était toujours aussi faible, toujours aussi égoïste. Pensait-elle vraiment qu'elle avait le droit d'exiger de telles choses ? Et s'ils étaient blessés par sa faute ? Et si… et si, comme Len, ils devaient perdre la vie pour elle ? Elle ne pouvait supporter cette idée, elle ne pouvait accepter l'idée de nouveaux sacrifices. Pas pour une seule vie, pas pour une femme aussi cruelle qu'elle. Et pourtant… elle se trouvait bien là, la tête penchée vers le bas, à leur demander de mettre leurs vies en jeu pour réparer ses propres erreurs. Si elle avait été une bonne monarque, rien de tout cela ne serait jamais arrivé.

Le silence prolongé la força à relever les yeux, la première chose qu'elle vit fut une paire d'yeux turquoise la fixant, non, fixant quelque chose très près d'elle. Par réflexe elle orienta son propre regard vers ce qu'elle pensait concerné mais ne vit que le sol à ses pieds. Soudain, cela lui parut évident.

« Len ? » Sa voix ne fut qu'un chuchotement, elle n'était même pas sûre qu'on l'avait entendue. Le mouvement de ses lèvres dû suffire à amener un peu de vie dans les personnes qui l'observaient toujours. Neru s'approchait rapidement d'elle, passant devant Mikuo sans sembler remarquer que le turquoise était comme figé sur place.

« Rin. » Commença doucement l'autre blonde, pour la première fois elle ne marqua aucune hésitation à parler si familièrement à celle qu'elle vouvoyait dans sa jeunesse. « Nous aurons également besoin de ta force, tu veux bien nous la prêter ? » Le visage d'habitude réfugié dans l'impassibilité lui offrit soudain un doux sourire qui surprit autant Rin qu'Akaito la première faisant tout de même l'effort de répondre par l'affirmative.

« Tu n'as pas à avoir peur. » La soudaine prise de parole de Mikuo la prise de court. Quand s'était-il rapproché d'elle ? Len était-il parti ? « S'il… nous arrivait quelque chose, » le cœur de Rin manqua un battement, entendre ses pensées noires d'une autre bouche les rendait bien trop réelles, « ce serait de notre propre chef. Je suis certain que pour ton frère aussi, c'était son choix. Et s'il regrettait de t'avoir protégée, il ne chercherait pas à faire la même chose une seconde fois. »

Il prononçait ces mots avec une telle facilité. Ne se rendait-il pas compte de ce qu'il insinuait ? Dire que Len s'était avancé vers la mort sans regret… Elle ne pouvait pas croire une telle chose. Personne ne pouvait penser ainsi. S'il était bien là aujourd'hui, il devait y avoir une autre explication. C'était ce don elle essayait de se convaincre depuis qu'elle avait apprit la présence de l'esprit de son frère dans ce monde. Mikuo venait de pulvériser ses efforts en si peu de temps, c'était injuste.

Le turquoise posa une main sur son épaule, lui donnant une courte pression et Rin ne put que hocher faiblement la tête, dans l'espoir qu'il ne rajouterait rien et que les dents plantées dans sa lèvre inférieure suffiraient à contenir les larmes qui menaçaient de couler. Elle ne pouvait pas pleurer, pas maintenant, pas alors que Len était là.

Gakupo observait la scène du coin de l'œil, ayant encore plus de mal que précédemment à regarder sa prédécesseur. Il s'en voulait terriblement pour les pensées qu'il avait pu avoir, pour avoir toujours regardé Rin d'une façon différente de celle dont il regardait les autres membres de ce groupe. Il aurait pourtant dû comprendre que les personnes présentes ici étaient réunies dans un seul et même but, sans exception il avait été trop fier pour l'accepter.

Petit à petit le groupe se remit en marche, Matsuda était parti en tête peu concerné qu'il était par la scène. Bientôt il ne resta plus que Luka, immobile, fixant l'endroit où se situait Rin juste auparavant. Il avait rarement vu un air aussi morose sur le visage de la jeune femme, à vrai dire, la seule fois dont il se rappelait remontait à cette nuit suite aux confessions qu'elle avait faites à la jeune blonde.

Il sut aussitôt qu'il ne pouvait se permettre de réfléchir plus longuement. Il n'avait certes pas le même don pour deviner les pensées que la rosée et était loin de penser que les yeux océans tentaient de percevoir ce qui resteraient de la présence de l'enfant disparu. Il ne pensait pas qu'être incapable de voir ce garçon quelle avait recueillit, ce garçon qui l'avait sauvé, l'atteignait autant. Mais Gakupo n'avait pas besoin de cela. Il se saisit doucement du bras de la femme, juste en dessous de son coude, et la guida ainsi à la suite des autres.

L'intendant comprit qu'il avait le bon choix lorsqu'elle ne chercha pas à se débattre, elle ne retira même pas son bras de sa prise.