Chapitre 29: D'étranges réactions.
Lily fit passer le paquet de nounours gélifiés à Hestia et avala elle-même une des friandises, verte et gluante. Il devait bien être deux heures du matin, mais elles avaient toutes les quatre décidé de profiter de leur dernière nuit au Ministère pour parler et rire jusqu'au lever du jour. Prenant exemple sur leurs camarades de Gryffondor, elles étaient allées après le dîner se promener dans le Londres moldu et avaient dévalisé les boutiques de confiseries. Elles avaient ensuite trouvé un supermarché encore ouvert et s'étaient empressées d'accompagner leurs provisions de sodas et de gâteaux à apéritif. Les bras chargés, elles étaient rentrées au Ministère sous les regards amusés des derniers employés et avaient tout déposé dans la chambre de Gwenog et Lily. Celle-ci avait accepté d'oublier l'accrochage qui était survenu après la dernière séance avec Neil, même si elle n'avait pas changé de point de vue à son sujet. Cet homme pouvait aussi bien être un fou furieux qui cachait bien son jeu qu'une personne simplette et sympathique. Ce qui était certain était le fait qu'il avait littéralement conquis la confiance de James en se montrant dès le début comme un homme doté d'humour et à l'écoute des autres. Et c'était, si vraiment il était malhonnête, un très joli coup de sa part, surtout si par derrière il avait l'intention de le détruire moralement. Lily était sûre d'elle : elle avait entendu trop de fois la version des Potter sur ce qui était arrivé à Rosanna pour savoir que Neil avait menti à James, exagérant les faits. Rush savait que les Potter étaient soudés, et il avait très bien pu le rapporter à ses alliés. De plus, que faisait un homme comme lui à un cocktail pour la haute société ? Il n'était ni riche, ni influent, ni proche du Ministre. Les autres pourraient dire ce qu'ils voudraient, pour il y avait forcément quelque chose de louche chez cet homme.
Heureusement, Sirius s'occupait de réconforter James. Il ne fallait pas qu'il se laisse abattre par quelque chose qui à coup sûr n'était même pas vrai. Seul Williams avait eu le droit de rendre visite à Rosanna et jusqu'à nouvel ordre, elle était encore en vie. C'était tout ce à quoi il fallait se fier. Mais une nuit à marauder dans les couloirs du Ministère lui ferait du bien. Il retrouverait ses repères, laisserait le goût de l'aventure s'insinuer en lui. Elle ne pensait pas qu'elle le dirait un jour, mais c'était bien. Elle s'était acharnée à faire comprendre aux quatre compères que sortir la nuit était mal, mais elle s'était trompée. Pour quelqu'un comme James, qui ne tenait pas en place, c'était presque un besoin de sortir de temps en temps après le couvre-feu. Elle ne l'avait jamais compris auparavant…
Comme si un coup de fatigue les avait toutes assommées, Lily voyait ses amies observer le vague autour d'elle. Elles semblaient toutes s'être perdues dans leurs pensées, mâchant machinalement leurs bonbons, tenant automatiquement leurs gobelets de limonade. Alice devait penser à Franck, dans une des deux chambres mitoyennes. Cela faisait plus d'un an qu'ils sortaient ensemble et jamais ils ne s'étaient vraiment disputés. Durant l'été, chacun avait fait la connaissance des parents de l'autre, comme un petit couple qui allait se marier. Lily ne doutait pas que ce serait ce qui arriverait si leur histoire perdurerait de la sorte. C'était plaisant de voir que malgré la guerre, l'amour était toujours là, partout autour d'eux, comme une sorte de bouclier leur permettant de penser à autre chose qu'aux atrocités de ce qui se déroulait à l'extérieur.
Hestia, elle, devait rêver, comme souvent. Elle cachait bien son jeu, mais Lily savait qu'au fond d'elle, elle était une grande romantique et que bien souvent, elle imaginait comment serait sa vie quelques années plus tard. Mais quelle jeune femme n'y songeait jamais ? Lily elle-même laissait parfois son esprit vagabonder à ce genre de rêveries naïves mais tellement agréables. Depuis quelques temps, James y avait toujours sa place. En temps qu'ami le plus souvent, mais aussi en temps que compagnon quand l'envie lui prenait. Et malgré elle, elle ne trouvait pas cela déplaisant. Cela la faisait même sourire, de s'imaginer mariée à lui. Mais la raison la reprenait bien vite : elle, rebaptisée Lily Potter ? Cela sonnait assez mal à ses oreilles, et elle n'était pas certaine de pouvoir supporter James toute une vie…
Le bâillement de Gwenog rompit le silence et dans un sursaut commun, les filles sortirent de leurs songes et se sourirent mutuellement. Ce stage aurait été épuisant. Beaucoup plus que ce que Lily aurait imaginé, en tout cas. Bizarrement, le fait que James maîtrisât déjà le transplanage lui avait fait penser que cette pratique n'était pas si compliquée que cela. Ses efforts tout au long de la semaine lui avaient prouvé à quel point elle s'était trompée. Son passé houleux avec lui lui avait joué des tours : elle s'était mis dans la tête quelques années plus tôt qu'il était un garçon assez paresseux, et cela l'avait bien arrangée de faire comme si elle le pensait toujours. Cela lui avait permis de se rassurer, d'arriver sereine au Ministère, persuadée qu'elle réussirait. Mais le problème était que James n'était pas plus paresseux qu'un autre, et que le transplanage nécessitait beaucoup de travail. Il avait dû s'ennuyer, l'été, pour décider d'apprendre tout seul le principe des trois D… Mais au moins il ne repartirait pas bredouille le lendemain. En revanche, elle avait plus de chances de rater son test. Un peu comme Lyudmila, elle avait du mal à rester debout lors de ses arrivées. Mais c'était toujours mieux qu'Alice, qui à chaque essai laissait ses cheveux derrière elle. C'était étrange de la voir chauve, et pour elle ç'avait dû être difficile à assumer, surtout devant Franck, mais Neil s'était montré très gentil et avait su que faire pour lui rendre sa chevelure. Ce Neil, encore ce Neil… Il avait un don pour charmer ses élèves, et elle avait l'impression d'être la seule avec Nikita à ne pas l'adorer aveuglément sans garder un esprit critique. Peut-être même que c'était le cas. Si James s'était laissé piéger, lui, le fils d'un si grand auror, pourquoi pas les autres ?
Lily ne se considérait pas comme une personne paranoïaque. Bien sûr, parfois elle avait des soupçons sans aucune raison. Croiser un homme louche dans la rue l'inquiétait. Rester seule après la tombée de la nuit la mettait mal à l'aise. Mais c'était normal par les temps qui couraient. On ne pouvait pas être prudent sans se méfier des choses un peu étranges. Et ce Neil en faisait partie. Pourquoi avoir menti à James ? Pourquoi restait-il seul lors des leçons à chaque fois, sans jamais aller se plaindre du comportement de Mederick Gale au directeur du département des transports magiques ? Pourquoi était-il allé se coucher sans même dîner ? Pourquoi avait-il été invité à cette soirée pour la haute société ? Avait-il seulement été invité ?
-Si on allait réveiller les autres ? proposa soudain Gwenog. Ca serait marrant, non ?
Hestia haussa les épaules.
-Certainement plus marrant que de rester là à s'endormir, en tout cas, répondit-elle. Moi je suis partante !
-Lily ? questionna Alice, indécise.
-Si t'y vas, j'y vais, dit-elle seulement.
Elle cacha son enthousiasme mais au fond d'elle, tout bouillonnait. Trois fois cet été, James l'avait réveillée au beau milieu de la nuit, juste pour le plaisir de la voir furieuse. L'heure de la vengeance avait sonné…
-Allez ! s'exclama Gwenog, tout sourire.
Toutes les quatre se levèrent et se précipitèrent vers la porte, mais Gwenog s'arrêta avant de l'ouvrir.
-On commence par James et Sirius, j'imagine ? demanda-t-elle.
-Non, Franck et Nikita ! répondit Alice. Parce que si on réveille les deux autres énergumènes, ils seront tellement en colère qu'ils vont hurler et réveiller tout le monde ! Donc ça ne sera pas drôle !
-Hum, elle a raison, admit Hestia. J'ai déjà vu Sirius en colère au beau milieu de la nuit, et ça déménage…
-Mais personnellement, je n'ai pas très envie de tester sur Nikita, avoua Gwenog. Il est sympa comme ça, mais à mon avis quand un soviétique se met en colère, ça doit aussi être quelque chose…
-Et bien le plus simple, c'est qu'on se sépare, déclara Lily. Alice et Hestia, vous faites la partie droite du couloir et nous la partie gauche. Comme ça tout le monde est content !
Les deux jeunes filles se regardèrent un instant puis hochèrent la tête d'un commun accord.
-La palme reviendra à celles qui font hurler le plus fort, lança Lily en se dirigeant déjà vers la chambre de James et Sirius. Tous les coups sont permis !
Gwenog éclata d'un rire d'excitation et rejoignit son amie qui jeta un rapide coup d'œil par dessus son épaule : Alice et Hestia partaient toutes les deux de l'autre côté du couloir, gloussant à l'idée de faire ce qu'elles allaient faire.
-Bon, on y va ? questionna Lily quand elles arrivèrent devant la chambre qu'elles désiraient atteindre. Une vengeance pour toutes les mauvaises blagues qu'ils nous ont faites ?
Gwenog respira profondément et lui fit signe d'y aller. Lily fit glisser doucement sa main jusqu'à la poignée, resserra ses doigts et s'apprêta à ouvrir la porte, mais un éclat de rire de l'autre côté de la cloison arrêta son geste instantanément. Il lui sembla que son sang se glaçait dans ses veines, comme si ce rire remettait en question toute la gaieté de la scène. C'était le rire de James, certes, mais il était mêlé à un autre rire. Celui de Lyudmila. Que faisait-elle dans sa chambre à une telle heure ? Que faisait-elle entrain de rire avec James à une heure où tout le monde était sensé dormir ?
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Gwenog, les sourcils froncés. Pourquoi tu ne rentres pas ?
-Ils ne dorment pas, répondit Lily d'une voix rauque.
-Quoi ?
-Il y a cette soviétique avec lui ! Non, Gwen, désolée mais je ne rentre pas…
Gwenog parut déconcertée.
-Mais qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-elle. Qu'est-ce que ça fait que Lyudmila soit avec lui ? Et c'est qui, lui ?
-Mais James ! répondit Lily comme s'il s'agissait d'une évidence. Qui veux-tu que ce soit d'autre ?
-Ah, évidemment, c'est de James dont il s'agit ! répliqua Gwenog, les yeux au plafond. Suis-je bête, depuis le début du stage tu n'as fait que me parler de lui, j'aurais dû m'en douter… Reste ici !
Elle empoigna le bras de Lily pour l'empêcher de s'en aller.
-Eh, tu ne vas pas renoncer, Lilou ! bougonna-t-elle. On est venu pour s'amuser, non ?
-Tu crois vraiment qu'on va s'amuser avec l'autre cadavre en putréfaction ? Et puis tu sais ce qu'elle fait dans sa chambre, à cette heure-ci ? Elle essaie de le séduire de la même façon que Neil !
-Non mais ça ne va pas la tête ? demanda Gwenog, alarmée. Tu t'écoutes, parfois, quand tu parles ? James, entrain de se faire draguer par une fille telle que Lyudmila ? Je te rappelle que c'est à toi qu'il a fait des avances durant tout l'été !
-Et bien entre, et tu verras ! rétorqua Lily avec tant de colère qu'elle fut persuadée que de l'autre côté de la porte, on l'avait entendue.
Gwenog ne prit même pas la peine de répondre avant d'obéir : d'un geste sec, elle tourna la poignée et entra sans gêne dans la chambre de James et Sirius.
La première réaction de Lily fut de plisser les yeux, car la lumière vive qui émana de la pièce l'éblouit un instant après l'obscurité du couloir, puis son regard glissa jusqu'à James. Adossé au mur contre lequel était collée une partie de son lit, il avait revêtu un caleçon pour dormir, comme il le faisait de temps en temps quand il avait trop chaud pour trouver le sommeil. D'habitude, cela ne la gênait pas mais d'habitude, il était seul dans sa chambre avec éventuellement ses cousins et elle. Puis, ses yeux ignorèrent totalement Sirius, absorbés par le visage fin d'une jeune fille qu'elle eut du mal à reconnaître, mais le rire entendu précédemment la mit aussitôt sur la voie. Lyudmila avait pris le temps de se changer, et avait remplacé ses vieux pull-overs ternes et bien larges par une veste blanche et courte mettant évidemment en valeur son décolleté, qui il fallait l'admettre devait être agréable à regarder pour James.
-Oh, vous… euh…bredouilla Gwenog.
Elle osa jeter un regard à Lily qui ne pouvait refermer la mâchoire tellement sa stupéfaction et sa colère étaient grandes.
-C'est certain qu'elle a gagné au change, la Lyudmila, rétorqua-t-elle d'une voix mauvaise.
La soviétique ouvrit de grands yeux ronds vers elle. De grands yeux aussi bleus que les siens étaient verts, avec des cils longs et recourbés. Son petit visage innocent semblait la provoquer, comme s'il était écrit « frappe-moi » sur chacune de ses joues pâles et lisses. Ses lèvres rouges et pulpeuses la suppliaient de les entailler. Et si seulement elle avait pu arracher ces cheveux longs et d'un noir aussi profond que le roux des siens…
-Bon, on pensait vous faire une surprise, mais visiblement c'est vous qui nous surprenez, bafouilla Gwenog, alors on va retourner…euh, bah on va retourner dans notre chambre, hein Lilou ?
-Non, attends deux minutes, sois gentille, lança Lily presque sans remuer les lèvres tellement ses dents étaient serrées. Je veux savoir ce qu'elle fout là, celle-là…
Elle désigna la soviétique du menton, la faisant hausser les sourcils.
-Il y a un problème, Lily ? interrogea Lyudmila.
-Ouais, je viens de dire que je veux savoir ce que tu fous ici…
-Mais Lily, calme-toi ! tenta de l'apaiser Sirius. Lyudmila est juste…
-Tais-toi, je veux l'entendre de sa bouche, coupa sèchement Lily.
La jeune soviétique échangea un regard avec James puis reporta son attention sur Lily, qui la fixait comme si elle désirait la tuer rien qu'en l'observant.
-Alors ? Qu'est-ce que tu fabriques dans la chambre de James à une telle heure ? demanda-t-elle, agressive. Et pourquoi est-ce que comme par hasard, tu ne ressembles plus à une pomme de terre desséchée ?
-Mais Lily, qu'est-ce qui te prends ? intervint James en se levant pour se rapprocher d'elle.
-Et je te fais remarquer que je dors aussi ici, rappela Sirius. Ce n'est pas seulement la chambre de James…
-Et moi je te fais remarquer que vous êtes tous les deux en compagnie d'une superbe fille qui hier était laide comme tout et de qui, comme par hasard, vous ne vouliez pas avant qu'elle ne rende visite à ta tante ! Et d'ailleurs, comment est-ce qu'elle a réussi à la convaincre, hein ?
-Je n'ai eu à convaincre personne, dit Lyudmila, se décidant enfin à parler. Je suis tombée sur un certain Regulus qui a persuadé sa tante de s'occuper de moi, et voilà. Mon problème venait de ce qu'elle a appelé la Magie Noire Avancée, mais elle a réussi à me rendre mon apparence. Et si je suis ici, c'est parce que j'ai rencontré James et Sirius dans le couloir au moment où je rentrais, et qu'ils m'ont proposé de rester discuter avec eux dans leur chambre, c'est tout.
-Et toi tu n'as pas dit non, évidemment ! rétorqua Lily. Pourquoi refuser l'invitation de deux beaux garçons comme eux ?
-Lily, s'il te plaît, on rentre, soupira Gwenog. Tu es entrain de te rendre ridicule, là !
-Je me fiche d'être ridicule, je sais juste qu'il y a une semaine, c'est moi qui dormais dans la chambre de James !
Lily perdit le contrôle de ses nerfs et saisit la valise qu'elle avait devant elle. Sirius protesta mais elle ne l'écouta pas : de rage, elle la lança sur Lyudmila qui s'écarta, et la lampe de chevet de James fut brisée en deux. Cependant, elle ne s'arrêta pas là et saisit sa baguette magique, qu'elle brandit en direction de la jeune fille, prête à l'attaquer. Cette soviétique riait de tous ses poumons et la narguait en lui faisant signe de la main. James se dirigea vers elle et l'enserra tendrement de ses bras, respirant son parfum. Il déposa un baiser dans son cou puis releva la tête vers Lily, lui souriant méchamment. Lyudmila pouffa de rire et inclina légèrement la tête pour réclamer un second baiser. Lily ne put le supporter.
-Endolor…
-Lily, arrête ! cria Gwenog en déviant son bras pour l'empêcher d'aller au bout du sortilège. Tu viens avec moi et tu ne fais pas d'histoire !
Elle ne lui demanda pas son avis et la tira de force à l'extérieur de la chambre. Lily, avant d'être emmenée hors du champ de vision de James, croisa son regard moqueur et son sourire charmeur, puis, quand elle le perdit de vue, poussa un cri de colère, proférant des menaces envers Lyudmila. Gwenog tenta tout pour la calmer : paroles rassurantes et réprimandes, allant même jusqu'à la gifler. Mais comme sa fureur ne passait pas, Lily eut tout juste le temps d'apercevoir un éclair de lumière rouge avant de sentir ses forces l'abandonner.
oOo
James signa en bas du parchemin qu'on lui tendait, répondit au sourire de Neil et lui rendit la jolie plume bleue et verte qu'il lui avait prêtée. La fatigue accumulée tout au long de la nuit n'avait heureusement pas joué en sa défaveur, et il avait excellé lors du test de transplanage. Ses amis avaient tous très bien réussi également, et même Peter avait obtenu son permis. Seule Lily n'avait pas pu passer l'épreuve.
Alors qu'il traversait le couloir afin de regagner la cafétéria, James ne put s'empêcher de se remémorer la crise de colère dont elle avait été victime durant la nuit. Ce n'était pas normal du tout. Lily n'était pas fragile nerveusement, et était même plutôt calme de nature –hormis les nombreuses fois où elle lui avait crié dessus pour n'importe quoi. La fatigue du stage, sans doute, et peut-être la tension accumulée depuis le début de la semaine. Selon ses amies, elle avait de sérieux doutes sur Neil sans raison vraiment valable. La présence de cet homme la mettait peut-être mal à l'aise, et à force de subir de la pression, elle avait craqué. Mais pourquoi là, pourquoi sur Lyudmila ? Parce qu'elle était dans sa chambre pendant la nuit ? Pourtant, après l'été qu'ils avaient passé, elle aurait dû savoir mieux que quiconque qu'une fille pouvait venir passer la nuit dans sa chambre sans qu'il ne se passe rien… Etait-ce, en plus d'être une crise de nerfs, une crise de jalousie ?
Gwenog avait pris la bonne décision en l'emmenant directement voir Williams. James –et visiblement elle aussi– savait qu'à une telle heure de la nuit, si quelqu'un travaillait encore, c'était bien lui. Il l'avait emmenée au manoir, où Lucy s'était occupée d'elle. Depuis, plus personne n'avait eu de nouvelles.
Comme personne n'avait vraiment envie de terminer le stage sur une note aussi triste, pas plus que sur un infecte repas préparé par les employés du Ministère, ils s'étaient tous mis d'accord pour aller manger dans un fast-food moldu. Comme Gwenog, Alice et Hestia y étaient déjà allées une fois avec Lily, qu'elles avaient trouvé cela très amusant bien qu'un peu fatiguant, et que Lyudmila n'avait pas assez d'argent pour se payer un bon restaurant, personne n'avait rechigné. James espérait que ce dernier repas tous ensemble avant la rentrée leur ferait oublier un peu la nuit agitée qu'ils avaient passée. Hestia avait murmuré à Gwenog qu'au final, c'était Lily qui avait remporté la palme d'il ne savait quoi, et elles avaient souri tristement. Il n'avait pas cherché à comprendre. Les histoires des filles étaient trop compliquées pour lui, et il n'était pas d'humeur. Manger un hamburger en engloutissant des frites, voilà ce dont il avait envie, et cela n'allait plus tarder puisqu'il avait été le dernier à passer son test.
-Alors ? s'enquirent ses amis quand il poussa la porte et entra dans la cafétéria.
Il sourit et mit en évidence la petite carte grise qu'on lui avait remise. Ce petit bout de carton plastifié lui offrait la liberté d'aller où il voudrait quand il voudrait. Il était désormais adulte et libre de chacun de ses mouvements…Il en avait souvent rêvé tout en se disant que ce moment était encore loin, et pourtant, il y était… C'était fou ce que le temps pouvait passer vite. Dix-sept ans déjà, et il ne lui restait qu'une année à Poudlard. Après, il serait lâché dans le vrai monde, ce monde où tout brûlait, ce monde dans lequel la seule règle respectée était la loi de la jungle. Est-ce que cela viendrait aussi vite que le reste ? Est-ce qu'un jour il se remémorerait cet instant et se dirait que finalement, oui, c'était venu vite, et qu'il aurait dû profiter de sa jeunesse et de son insouciance estudiantine plus intensément ?
-Je le savais ! s'exclama Sirius. Cornedrue, t'es le meilleur !
-Alors, on se la fait, cette sortie chez les moldus ? lança James.
-Oui, moi je suis d'accord ! répondit Gwenog avec enthousiasme. Qui m'aime me suit !
Personne ne songea à rester en retrait pour l'agacer, et tous la suivirent gaiement, curieux de découvrir ce monde moldu qu'ils connaissaient pour la plupart trop peu.
-J'espère que vous avez pris des sous, parce qu'il va falloir prendre le métro ! prévint Alice.
Lyudmila fut la seule à ne pas répondre par une exclamation d'excitation. James s'en rendit compte et lui sourit gentiment, faisant tinter les pièces d'or qu'il avait déposées dans sa poche, prêtes à l'emploi.
-Je peux bien te payer ton ticket pour me faire pardonner de la réaction de Lily, dit-il. Je te dois bien ça…
-Non non, je m'en charge ! assura Sirius. Après tout, c'est aussi un peu de ma faute…
James haussa les sourcils en sa direction et le sonda du regard, surpris que Sirius fasse une telle offre à une fille, mais il ne dit rien et haussa simplement les épaules d'un air qui laissa comprendre que c'était comme il voulait. Néanmoins, il ne manqua pas de remarquer que son ami en faisait beaucoup pour cette fille qu'il connaissait à peine. Mais après tout, elle avait du caractère. Un peu comme Hilary…
James passa un après-midi qui lui redonna tout le dynamisme que les problèmes lui étant tombés dessus avaient enfoui au fond de lui. De la même façon que sa sortie nocturne lui avait fait du bien, passer de tels moments avec ses amis était aussi revitalisant qu'une partie de Quidditch, la présence de Lily ou les crumbles aux pommes d'Oboulo. Les fast-food portaient bien leur nom : à peine étaient-ils arrivés que les serveurs les harcelèrent de questions sur ce qu'ils désiraient commander. Le temps de réflexion que chacun s'accorda les agaça visiblement, surtout dès qu'une file d'attente se forma derrière eux, et au final ils prirent tous le même menu. James fit éclater de rire ses amis quand il se mit à répondre effrontément à la vendeuse, qui devait être aussi serviable que Mederick Gale. La jeune femme finit par appeler un agent qui vint mettre de l'ordre, mais James ne se laissa pas abattre : ses amis n'en revinrent pas quand il rétorqua d'une voix excessivement bourrue que s'ils le prenaient comme cela, il choisirait la formule à emporter.
Ce fut avec une pointe de tristesse qu'ils se quittèrent après une séance de shopping mouvementée au cœur du centre commercial le plus proche. James s'était autorisé à acheter une toute nouvelle tenue de moldus pour ses week-ends à Pré-au-Lard, quand il serait autorisé à porter autre chose que les robes de Poudlard. Il se permit aussi d'acheter à Lily une nouvelle peluche, au cas où elle lui en voudrait toujours pour la présence de Lyudmila dans sa chambre. La première lui avait fait plaisir, et il espérait que ce serait encore le cas quand il irait la lui apporter. Il fallait juste qu'elle aime les mammouths rouges, verts et poilus…
Quand il rentra au manoir, il eut la mauvaise surprise de voir, posée devant la cheminée du salon, une valise qu'il aurait reconnue entre mille. Le petit porte-clés en forme de vache qui était accroché à la fermeture avait été offert à Lily par sa sœur, plusieurs années plus tôt, à l'époque où elles s'entendaient encore bien. C'était Lily elle-même qui le lui avait avoué pendant son séjour. Il aurait pensé qu'elle serait restée auprès de Lucy jusqu'à la rentrée pour s'assurer que tout irait bien avant son départ pour Poudlard, mais visiblement elle n'avait pas changé d'avis quant à sa famille. Il ne lui en voulut pas mais en fut triste.
Whitney, qui s'amusait dans le canapé avec Noël et la petite Clara, lui sourit de désolation. Il soupira, posa le sac contenant la peluche contre la valise et monta l'escalier d'un pas lourd, bien décidé à s'expliquer avec Lily avant qu'elle ne s'en aille. Il pria Luke et Steven, le duo infernal, de ne pas le harceler de questions, et continua sa route vers le second étage. Par chance, le reste de ses cousins avait élu domicile au troisième, et Lily était seule dans sa chambre quand il y entra. Accoudée à la fenêtre ouverte, elle se retourna pour le regarder le temps d'une seconde, puis replongea ses yeux dans les profondeurs du ciel d'Æternum Asylus. Pour une fois, le soleil avait percé la couche nuageuse et éclairait les arbres de la forêt. Elle le lui fit remarquer, songeuse, puis redevint silencieuse comme si elle avait sous les yeux le plus beau spectacle qu'elle eut jamais vu. James la laissa profiter des derniers instants qu'elle passait dans cette pièce et, pour s'occuper, vérifia qu'elle n'avait rien oublié. Cela sembla la tirer de sa rêverie, car elle se tourna vers lui et le regarda faire.
-Tu as hâte de me voir partir, on dirait…murmura-t-elle.
James s'arrêta net alors qu'il venait de trouver au fond d'un tiroir un morceau de papier plié mais froissé, comme s'il avait été lu plusieurs fois. Renonçant à le déplier, il fit face à son amie qui parut aussi triste qu'à son arrivée au manoir. Cela vint pincer le cœur de James, qui fit doucement non de la tête.
-Tu devrais, pourtant…soupira Lily. C'est la dernière lettre que tu m'as envoyée avant que je débarque ici, ajouta-t-elle en montrant du regard le papier qu'il tenait dans la main. Je l'avais laissée ici exprès pour ne pas me souvenir de… enfin…
Elle n'acheva pas sa phrase de baissa les yeux.
-Je crois que je vais m'en aller, dit-elle en passant inconsciemment une main dans ses cheveux pour rabattre derrière ses oreilles les mèches qui lui tombaient devant les yeux. Je n'étais même pas sensée revenir…On se verra à la gare.
Elle piétina un moment sur place avant de se décider à franchir la porte derrière James, qui ne put se résigner à la retenir. Les mots ne franchirent pas ses lèvres. Alors, parce qu'il ne savait que faire d'autre pour ne pas se faire assaillir par les regrets, il déplia précautionneusement la lettre pour ne pas l'abîmer plus et laissa ses yeux la parcourir de long en large, se pinçant les lèvres pour ne pas lui hurler de rester un moment. Il en avait envie, pourtant : c'était trop bête de se quitter sur une telle note. Peut-être même qu'elle n'attendait que ça. Mais quelque chose le retenait, comme s'il ne savait pas pourquoi il devrait le faire. C'était Lily qui s'était énervée, pas lui. Elle s'était toujours arrangée pour créer des conflits quand ils s'entendaient trop bien. Et si pour une fois, c'était elle qui faisait des efforts pour que tout s'arrange ?
Chère Lily Jolie,
Je profite de cette trêve entre nous deux pour te redonner de mes nouvelles, puisque tu me les demandes avec tant d'insistance. Deux lettres en une semaine, je bats des records.
Pourquoi cette crise au Ministère ? Pourquoi cette jalousie envers Lyudmila alors qu'elle avait passé l'été avec lui ? Elle avait dormi dans sa chambre, elle avait passé des heures dans son domaine au quatrième étage, elle avait même eu la chance de le voir danser sur la table du salon… Alors pourquoi être jalouse d'une inconnue ? Pourquoi être jalouse tout court ?
A ce sujet, mes cousins Tim et Tom m'ont dit qu'ils étaient prêts à accueillir dans la famille ma future femme. Si tu te demandes pourquoi je te dis ça à toi, et bien…
C'était clair, pourtant ! Il lui avait montré à plusieurs reprises au court de l'été que rien n'avait changé pour lui, et qu'elle restait cette fille… Si le voir avec d'autres l'insupportait ainsi, alors pourquoi restait-elle sur ses positions, à lui répéter qu'ils n'étaient que des amis ? Pourquoi ne fonçait-elle pas, lui faisant comprendre ce qu'elle voulait ?
Pris d'une soudaine pulsion, James bondit hors de la chambre et dévala l'escalier en priant tous les cieux de ne pas arriver trop tard. De soulagement, il la vit remercier une dernière fois Lucy et se diriger vers sa valise. Elle déposa un petit mot, d'au revoir sûrement, sur la cheminée et voulut s'emparer de ses bagages, mais le sac que James avait déposé l'intrigua. Lucy comprit que son cousin désirait lui parler en tête-à-tête, aussi s'éclipsa-t-elle silencieusement dans la cuisine. Lily ne dut pas s'en rendre compte, car quand elle sortit la peluche du sac, elle se tourna vers l'endroit où la jeune femme se trouvait quelques secondes plus tôt. Interloquée, elle commença un tour sur elle-même pour voir si elle était seule, et son regard se porta inévitablement sur James.
-Ca vient de toi, j'imagine ? questionna-t-elle en remettant la peluche dans son sac.
James fit oui de la tête.
-Tu n'aurais pas dû, dit Lily en s'accroupissant pour s'assurer que sa valise était bien fermée.
James la soupçonna de ne le faire que pour rester écouter ce qu'il avait à dire. Il estima donc qu'il valait mieux y aller directement, sans passer par quatre chemins.
-Je ne vais pas t'empêcher de partir, ni te forcer à répondre, dit-il, mais je voudrais juste savoir pourquoi est-ce que tu as réagi comme ça hier soir –ou plutôt cette nuit.
-Je n'en sais rien, répondit Lily. Je n'étais pas dans mon état normal, c'est tout ce dont je suis certaine.
-Ca, tout le monde l'avait remarqué, Lily. Mais pourquoi cette jalousie ?
-Ca n'était pas de la jalousie, répliqua Lily en prenant bien soin de ne pas le regarder. Juste une crise de nerfs, et j'ai saisi le premier prétexte pour partir en pleine folie, c'est tout. D'ailleurs j'ai l'intention de m'excuser la prochaine fois que je verrai Lyudmila.
-A la gare dans trois jours, alors, annonça James, déçu qu'elle nie tout. Lyudmila a l'intention de continuer ses études à Poudlard de la même façon que Nikita.
-C'est super pour elle.
-Cache ta joie, surtout, railla James.
-Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? s'énerva Lily. Que je te dise suis heureuse qu'elle aille à Poudlard ? Je ne la connais pas assez pour sauter de joie à une telle annonce.
-Je veux tout simplement que tu admettes que ce n'était pas par hasard que tu t'en es pris à elle, ce matin, répondit calmement James. Ca serait un grand pas pour nous deux.
-Mais nous deux quoi, James ? s'impatienta Lily. Il n'y a pas de nous deux, tout comme il n'y avait aucune jalousie dans ma crise de cette nuit !
-Alors comment expliques-tu cette valise que tu as voulu lui lancer à la figure sous prétexte qu'une semaine plus tôt, c'était toi qui avais le droit de dormir dans ma chambre ?
-Bon, j'avoue, c'est sur toi que j'aurais dû la lancer, ça te va ? ironisa Lily. Tu veux accueillir toutes les filles que tu croises dans ta chambre et tes bras ? Ok, pas de problème, mais ne viens pas te lamenter sous prétexte que je ne te comprends pas !
-Mais…
-Au revoir ! coupa-t-elle, rouge de colère.
Elle saisit d'une main sa valise, de l'autre une poignée de poudre de cheminette, et quelques secondes plus tard elle s'en était allée, laissant derrière elle la peluche et son sac. James, à bout, se laissa tomber mollement dans le fauteuil le plus proche et ferma les yeux de lassitude. Il entendit Lucy revenir, et le rire d'un bébé lui fit comprendre qu'elle était en compagnie de Whitney.
-Je vais me reposer un peu, leur dit-il pour éviter leurs questions. Réveillez-moi pour le dîner.
Il monta dans sa chambre, s'allongea sur son lit et, contrairement à ce qu'il avait pensé, s'endormit presque aussitôt, épuisé par son stage, sa nuit blanche et sa lassitude.
Mais la sieste fut de courte durée, car moins d'une demi-heure plus tard, Klaus vint lui secouer l'épaule pour le réveiller lentement. Son visage désolé annonça tout de suite qu'il était au courant pour Lily, mais il n'en toucha pas un mot et James lui en fut reconnaissant : il ne voulait plus en entendre parler avant la rentrée.
-Tout le monde est rentré tôt, ce soir, lui murmura Klaus. Même ton père, qui est épuisé par la nuit de travail qu'il vient de passer. On t'attend dans le salon, le repas est prêt.
James se frotta les yeux et lui répondit qu'il arrivait. Dans le miroir à double sens qui pour une fois reflétait son visage au lieu de lui montrer celui de Sirius, il s'examina un instant puis préféra le reposer : il avait une petite mine et ses cheveux étaient tellement en bataille qu'on aurait pu croire qu'il avait une crête sur le dessus de la tête. Mais ce n'était plus comme s'il avait quelqu'un à qui plaire…
-Hum, j'en connais un qui va bien dormir ce soir ! commenta Williams en le voyant quand il fut descendu.
Cela faisait longtemps qu'il n'était pas rentré à l'heure du dîner et James, malgré son épuisement, ne put s'empêcher de lui sourire. C'était rare que toute la famille soit réunie comme cette fois. Il ne manquait plus que Kayna, David, Hilary et inévitablement Andrew…Et Rosanna. Au final, cette fois non plus la famille n'était pas au complet, à son grand désarroi.
-J'ai appris que tu avais eu ton permis, Jamesie, déclara Williams. Mederick Gale m'a dit qu'il avait rarement vu quelqu'un transplaner si bien dès le premier jour de stage. C'est bien, mon fils, je suis fier de toi.
Il étreignit brièvement James.
-En même temps, Gale n'a pas beaucoup d'expérience, fit remarquer celui-ci, donc c'est normal.
-Gale a une petite dizaine d'années d'expérience, James, corrigea Williams. Pourquoi est-ce que tu dis ça ?
James fronça les sourcils.
-Parce que c'est ce que Neil nous a dit, répondit-il. Que Gale avait été au service de Rush et qu'il avait perdu du pouvoir lorsque Freeman a pris sa place de Ministre…
-Neil comment ?
-Anderson. Un peu petit, un peu grassouillet, très souriant, et chauve.
-Ah, oui, Neil Anderson… se souvint Williams.
Un petit sourire non pas d'amusement mais de réflexion vint se dessiner sur ses lèvres.
-Tu l'as cru, quand il t'a dit ça, James ?
-Bah oui… Pourquoi ?
-Juste parce que ce Neil est un bon ami à moi et tes oncles, répliqua Williams avec une gaieté qui n'était pas naturelle.
-Il nous a causé pas mal de problèmes du temps où Rush gouvernait, certifia Bruce. Je ne pensais pas qu'il aurait le culot d'aller jouer l'hypocrite avec toi…
James les dévisagea tous un à un et dut se rendre à l'évidence : ils ne plaisantaient pas.
-Mais… C'est impossible ! bredouilla-t-il. Il a été super gentil avec moi toute la semaine… Il m'a même expliqué ce qui s'est passé au Ministère, l'attaque de maman et tout ça !
-Pourtant, s'il avait été présent on l'aurait vu et mis à la porte, crois-moi, assura Christopher. J'imagine qu'il t'a raconté des choses horribles ?
James haussa les épaules.
-Il m'a dit qu'il était surpris que maman soit toujours en vie, oui, admit-il. Mais vous pensez qu'il y est pour quelque chose ?
-Personnellement, je ne le crois pas capable de diriger une telle créature, dit Williams. Il est du genre de types qui suivent les personnes charismatiques, espérant ainsi être protégés par elles.
-Un chien-chien, en d'autres termes, renchérit Joshua. Tout sauf courageux, tout sauf puissant, mais qui peut parfois se montrer très agaçant quand il se met à croire qu'il l'est.
-Alors il m'a menti…résuma James, dépité.
Le fin mot de l'histoire était que Lily avait eu raison de se méfier. Lui, il avait eu tout faux sur toute la ligne. Comme souvent.
-Et oui, Lily avait vu juste…railla Lucy comme si elle avait lu dans ses pensées.
-Mais tout le monde ne s'amuse pas à balancer des valises parce qu'il a raison, répondit sèchement James. La pauvre Lyud…
-Sérum F7V3, coupa Lucy. Tu connais ?
-C'est ce qu'il y avait dans son sang après sa crise, expliqua Klaus.
-Qu'est-ce que c'est ? demanda James. Et quel est le rapport avec Neil ?
-Le rapport avec Neil, il n'y en a pas, répondit Lucy. Pas à ma connaissance, en tout cas. Mais je sais que le sérum F7V3 est une drogue parfois hallucinogène assez puissante qu'on lui a fait ingérer au maximum douze heures avant sa crise, au minimum trois heures.
-Une drogue ? répéta James, incrédule. Lily a été droguée ?
Lucy hocha la tête et remercia Oboulo qui lui servait une part de tourte au poisson.
-F7, ça veut dire que sous les effets de la drogue, le consommateur atteint le niveau de folie numéro sept sur l'échelle de Sir Nicholas, qui en compte dix. Etre fou au premier degré de cette échelle, c'est une folie qu'on peut comparer à celle de quelques verres d'alcool. Ce n'est pas vraiment de la folie, d'ailleurs. En revanche, selon Nicholas, une personne atteignant le niveau dix de son échelle est une personne qui peut tuer sans raison, soit par plaisir soit par réelle inconscience. Les mangemorts, par exemple, sont classés au niveau neuf. Voldemort au niveau dix.
-Alors si Lily a agi de la sorte, c'était uniquement parce qu'elle était sous l'emprise d'une drogue qui l'avait rendue violente ? récapitula James.
Encore une fois, il avait été totalement à côté de ses chaussures, et il s'était humilié devant elle en lui demandant d'avouer qu'elle avait piqué une crise de jalousie, ce qui n'était pas du tout le cas. Quel idiot il faisait… Il pouvait toujours rêver pour que les choses s'arrangent, après une telle bévue ! Lui demander d'avouer des sentiments qu'elle n'éprouvait pas et qu'elle n'éprouverait probablement jamais…
-Elle sait qu'elle a été droguée ? questionna-t-il pour savoir s'il pourrait éventuellement rattraper le coup par il ne savait quel moyen.
-Oui. Je lui ai dit la vérité dès que j'avais terminé l'analyse de son sang. Une chance que je n'aie pas travaillé aujourd'hui !
James soupira. En plus d'avoir complètement déliré, il n'y avait aucun moyen de trouver une excuse en profitant de l'ignorance de Lily. Et dire qu'il avait pensé qu'avec le temps, ils finiraient pas sortir ensemble… Qu'allait-il faire, désormais ? Se persuader que tout ceci n'avait été qu'un beau rêve et qu'il devait passer à autre chose ?
-Et V3, ça veut dire quoi ? s'intéressa Sophia.
-Visibilité 3. C'est la rapidité avec laquelle les traces de la drogue se dissipent. Toujours sur une échelle de dix échelons. Trois, c'est assez lent, et c'est pour ça que j'ai pu déceler la substance dans le sang que je lui ai prélevé ce matin. Et si tu veux mon avis, c'est aussi pour ça qu'elle s'est encore énervée contre toi tout à l'heure. Elle n'était pas… enfin disons que si elle n'avait pas été droguée, elle n'aurait sans doute pas réagi comme ça. Pas aussi violemment, en tout cas.
James leva les yeux au plafond, signe qu'il n'y croyait pas trop.
-Mais non, c'est moi qui ai encore déliré, bougonna-t-il. On ne demande pas à Lily Evans d'avouer sa jalousie, surtout quand elle est imaginaire !
Lucy lui sourit gentiment.
-Le F7V3 fait péter les plombs à partir de quelque chose qui existe déjà chez la personne, James, murmura-t-elle pour lui redonner espoir. Si Lily a piqué une crise de jalousie si importante, c'est bien sûr parce que le sérum a fait son effet, mais c'est aussi parce que le malaise existait avant. Aucune potion de ce type n'a le pouvoir d'inviter un sentiment pour l'amplifier et le faire exploser…
-Donc ça veut dire que même sans cette potion, elle aurait été jalouse ? résuma James, sceptique. Dans ce cas, pourquoi est-ce qu'elle a tout nié ?
-Là est toute la complexité des femmes, plaisanta Williams. Tu ne sais jamais ce qu'elles ont derrière la tête, et elles naissent toutes avec le don de rendre compliquées les choses qui pourraient être très simples.
-Là, je ne suis pas d'accord ! riposta Katleen. Lily et moi sommes un peu pareilles : un homme que nous détestions est tombé amoureux de nous. On ne va pas lui sauter dans les bras comme ça !
-Exactement, il faut qu'il comprenne à quel point il nous a agacées, et ce même s'il est le plus bel homme de la Terre ! approuva Britney. C'est ce qui fait la différence entre nous les femmes et vous les hommes : vous, vous seriez totalement incapables de résister à la tentation plus d'une semaine. Nous, nous savons prendre sur nous et repousser nos sentiments pour parvenir à nos fins. Ensuite, quand nous estimons que nous avons assez fait attendre l'homme, la satisfaction de nous retrouver dans ses bras est d'autant plus grande, parce que c'est la preuve que nous tenons les rênes.
-Et si l'homme s'en va avant que nous ayons décidé d'arrêter de le faire poireauter, c'est que ce n'était pas un homme digne de nous, conclut Kitty. Prenez-en de la graine, les filles ! lança-t-elle à l'adresse de Sophia, Naomi et Melissa. Il n'est jamais bon de céder directement aux avances d'un garçon. Il faut les faire mijoter pour s'assurer qu'ils ne préparent pas un coup tordu !
-Et bien si Lily a l'esprit aussi tortueux que le vôtre, je peux attendre encore longtemps, marmonna James. Vous pourrez dire tout ce que vous voudrez, votre méthode n'est qu'une perte de temps et d'occasions. Parce que j'aime Lily, mais à force de me faire balader comme ça je ne sais pas si ça va durer !
-Ca, c'est bien parlé ! félicita Matthew. Je te trouve très patient, James, voire trop ! Si Lily te perd, elle perdra gros…
-Et bien allez le lui dire, répliqua James, bougon, puisque apparemment elle ne s'en pas compte toute seule ! Klaus, tu veux ma part de tourte ? Je n'ai pas faim pour du poisson, je vais aller me faire un croque-monsieur.
oOo
Le domaine familial semblait différent depuis que Lily avait fait la découverte de l'univers des Potter. Moins de charme, moins d'espace, moins d'unité. Moins de monde, aussi. Mais plus de tranquillité, d'intimité et d'insouciance. La tension qui animait parfois la famille de James était loin derrière elle. Ici, personne ne songeait au sort de Rosanna quand il était seul dans son lit. Ici, on ne pensait qu'à vivre sa vie sereinement, en évitant de croiser un sorcier aux intentions mauvaises, et en s'abandonnant aux plaisirs qu'on trouvait sur sa route sans se demander s'il y avait un risque. Le monde moldu avait ses qualités, qu'on ne pouvait bien discerner qu'en ayant connaissance de l'autre monde, le monde magique. Mais l'étreinte de ses parents n'eut pas le même effet sur elle qu'aurait eu l'étreinte de Rosanna pour son fils. Les mots désagréables de sa sœur n'eurent pas le même impact qu'auraient eu ceux de Williams. Les photos du salon semblaient ternes et inutiles à côté de l'intensité de celles qui représentaient Carlton.
Lily se demanda si Sirius avait ressenti ce désir de faire demi-tour quand il avait dû quitter une telle famille. Malgré tout ce qu'elle avait pu dire à James, elle s'était vraiment sentie chez elle, car les Potter l'avaient prise sous son aile comme si elle faisait elle aussi partie de leur cercle de vie. Et quitter le manoir de cette façon lui laissait un goût d'amertume sur les lèvres.
Bien sûr, elle était fautive. Fautive car droguée, certes, mais fautive tout de même. Elle s'était mal comportée envers Lyudmila, puis envers James. Elle aurait mille fois préféré terminer le stage en beauté comme tous les autres au lieu d'être contrainte de rester au lit le temps que les effets de la drogue qu'on lui avait fait avaler se dissipent. Mais James aussi, devait se sentir coupable. Il avait qu'à ne pas inviter Lyudmila dans sa chambre sans l'inviter elle, et encore moins l'embrasser sous ses yeux. C'était vrai, après tout ! Qui était sensée être devenue une bonne amie, et qui avait passé l'été chez lui ? Et plus que tout, de qui «était-il sensé être amoureux ? Mais non, Monsieur avait préféré la petite frimousse toute neuve d'une soviétique… Et après, il osait lui demander d'avouer sa jalousie ! Oui, elle était jalouse, mais pour rien au monde elle ne l'aurait avoué avant qu'il soit venu s'excuser. Et puis sa façon de parler d'eux deux comme s'ils étaient déjà ensemble, alors qu'il venait tout juste de s'exhiber avec une autre ! Pour qui se prenait-il ? Quand elle serait prête à sortir avec lui, elle lui ferait signe, mais ce n'était pas le cas. Pas encore. Et encore moins maintenant. Même si elle avait appris à l'adorer. Même si elle l'avait trouvé très mignon, durant l'été. Il n'avait pas à la presser pour ce genre de choses, ni à tenter de la rendre jalouse en sortant avec une autre. S'il voulait qu'ils finissent ensemble, il devrait rester tranquille et attendre qu'elle décide du bon moment. Que diraient les autres, à Poudlard, s'ils voyaient que lui et elle s'étaient quittés à la fin de l'année en étant à peine amis et que le temps d'un été ils s'étaient mis à sortir ensemble ? Et que diraient les professeurs ? Non, il fallait d'abord qu'elle montre à tout le monde qu'ils étaient de bons amis, et après elle pourrait envisager autre chose. S'il venait la voir pour s'excuser, naturellement. Elle ne s'excuserait elle-même que si c'était lui qui faisait le premier pas. Il était le premier fautif, après tout. Il aurait dû l'inviter dans sa chambre à la place de Lyudmila, il ne l'avait pas fait, c'était son problème. Elle ne cèderait pas, à moins de ne plus supporter la tension entre eux deux. Ce qui n'arriverait jamais, car celui qui était amoureux c'était lui, pas elle. Et s'il préférait rester avec sa soviétique, et bien elle n'aurait plus qu'à lui dire au revoir. Un dérapage, cela pouvait arriver. Elle était prête à le pardonner s'il montrait qu'il regrettait vraiment. Restait à savoir si c'était le cas…
-Je suis heureuse que tu sois revenue, Lilou, avoua Mrs Evans. Tu nous as beaucoup manqué… Je suis sincèrement désolée d'avoir douté de toi, je ne…
-Ca va, pas la peine de reparler de ça, Maman, c'est déjà oublié…assura Lily en s'efforçant de refouler sa rancœur.
-Mais ça nous met mal à l'aise…
-Je vous assure qu'il n'y a pas de quoi.
-Pétunia, tu n'accueilles pas ta sœur ?
-Pourquoi est-ce que je l'accueillerais ? rétorqua-t-elle d'une voix désagréable, comme à chaque fois qu'elle parlait de Lily. Personnellement, j'étais très bien quand elle était chez les Potter.
Mr et Mrs Evans furent désolés mais Lily leur fit signe de ne pas s'inquiéter.
-De toute façon il ne reste que trois jours, dit-elle.
-Je te promets que nous rattraperons le temps perdu aux vacances de Noël, jura Mrs Evans. Ma chérie, je suis tellement navrée…
-J'ignore si je passerai Noël ici, avoua Lily. Avec l'été que j'ai passé, c'est un peu comme si je faisais partie de la famille Potter, et ils vont sûrement m'inviter cet hiver. Ne le prends pas mal, Maman, mais au moins chez eux tout le monde connaît la signification du mot « unité ». N'est-ce pas Pétunia ? Chez eux, il n'y a personne pour venir cracher son venin dès que tu ouvres la bouche. Et chez eux, il n'a pas ce gros et stupide Vernon Dursley.
Pétunia devint blême.
-Répète ça ! grinça-t-elle entre ses dents, agressive et prête à bondir.
-Je disais que chez les Potter, il n'y a pas ce gros et stupide Vernon Dursley, répéta Lily par pure provocation. Je suis sûre que même nos parents le haïssent, pas vrai Papa ?
Lily jubila intérieurement en voyant que son père rougissait légèrement en cherchant ses mots.
-Oeil pour œil, dent pour dent, sœurette, railla-t-elle. Fais attention, j'ai passé une très mauvaise journée et je suis très en colère.
-Tu aurais dû rester chez eux, siffla Pétunia.
-Oui, c'est aussi ce que je commence à me dire, mais je ne suis pas aussi égoïste que toi, et quand mes parents m'appellent, j'accours. On appelle ça la famille. Mais je crois que tu connais mal ce terme…
-Mais moi je ne passe pas mes vacances chez des inconnus à moitié cinglés, riposta Pétunia.
Lily leva les yeux au plafond et refusa d'en entendre plus. Bien décidée à mettre le plus de distance possible entre elle et sa sœur, elle saisit sa valise et se démena tant bien que mal pour la hisser jusqu'à l'étage. Retrouver sa chambre lui fit du bien mais elle ne put s'empêcher de noter en s'étendant paresseusement sur son lit que le matelas était moins confortable qu'à Æternum Asylus. La couette moins bien étendue. L'espace plus restreint. Finalement, elle n'avait jamais aussi bien dormi que chez James…
Elle se maudit pour avoir de telles pensées à lui trotter dans la tête. Voilà qu'elle se mettait déjà à regretter d'être partie de chez James Potter… Où était donc passée toute sa fierté ?
-James Potter, je te hais pour la confusion que tu crées en moi ! marmonna-t-elle pour elle-même.
Elle dut cependant bientôt se rendre à l'évidence qu'il y avait beaucoup moins de choses à faire pour tuer le temps désormais qu'elle était seule. James n'était plus là pour la faire rire, ni Sophia pour parler entre filles, ni aucun des oncles pour plaisanter avec elle, ni aucune des tantes pour parler de sujets sérieux qu'elle n'osait pas forcément aborder avec les autres. Rien d'autre qu'une sœur qu'elle ne supportait pas et qui le lui rendait bien, et des parents qui ne connaissaient strictement rien à la magie… Le monde moldu avait du bon, certes, mais s'était surtout beaucoup éloigné d'elle.
Le jeu télévisé qu'elle suivit pour passer les quelques dizaines de minutes qui la séparaient du dîner n'eut pas d'autre effet que de la faire rire. Pas parce que c'était particulièrement drôle, mais parce que les moldus se préoccupaient de choses si peu importantes que c'en était ridicule. Néanmoins, c'était triste de constater qu'ils ignoraient tout de ce qui se passait autour d'eux. Le secret de l'existence de la magie se devait d'être gardé, mais à quel prix ? Des millions de personnes vivaient dans le mensonge. Un arbre déraciné ? C'était une rafale de vent. L'écroulement d'un bâtiment ? Explosion de gaz ou incendie. Des meurtres inexpliqués ? Sans doute des délinquants récidivistes. Tout avait une explication. Mais pas la bonne…
Son regret d'être partie de chez les Potter se confirma quand elle passa à table. Ses parents furent géniaux, et sa mère avait soigneusement préparé le repas afin de la satisfaire au plus haut point, mais le crumble à la rhubarbe était loin d'égaler la saveur de celui d'Oboulo. Même si tout fut délicieux, il manquait une petite touche à laquelle elle s'était volontiers habituée.
Avec nostalgie, elle regagna sa chambre, le ventre plein mais le regard vide. Elle sursauta donc quand, sans même s'être aperçue de sa présence auparavant, elle entra en collision avec un Sirius à l'air assez coléreux, à en croire ses bras qu'il avait croisés sur son torse. Sa première réaction fut de s'excuser pour ce choc, avant qu'elle ne réalise qu'il n'était pas du tout sensé l'attendre dans sa chambre à une telle heure de la soirée. Sa gêne laissa alors place à la surprise : les sourcils froncés, elle l'interrogea du regard, mais il ne bougea pas d'un pouce. Ses pupilles sombres semblaient comme immobiles, ne se détachant pas de son visage. Cela la mit mal à l'aise, bien qu'elle devinât rapidement la raison de sa visite.
-C'est très malpoli de transplaner chez les gens comme ça, fit-elle remarquer pour engager la conversation. C'est une violation de domicile…
-Je me fiche pas mal de ce que c'est, répondit sèchement Sirius. Je ne suis pas venu pour ça.
-Tu es venu pour me parler de James, soupira Lily, lasse. Je me trompe ?
-Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Ca t'amuse ?
-Ecoute, ce qui se passe entre James et moi ne te regarde pas, Sirius.
-J'estime que tout ce qui touche à James me touche aussi, répliqua froidement le jeune homme. Et je pensais que tu avais compris que si tu t'en prends à lui, c'est comme si tu t'en prenais à moi.
-Je l'avais compris, assura Lily avec un sourire exagéré, tu me le répètes à chaque fois que tu es mécontent de quelque chose que j'ai fait à James.
-Alors tu dois aussi savoir que je n'apprécie pas trop la façon dont tu l'as envoyé balader en début de soirée.
-Il m'a énervée, j'étais fatiguée et j'étais encore un peu droguée, énuméra Lily.
-Il a voulu comprendre, il t'a parlé gentiment, il s'est fait rembarré sans aucune raison.
-Si, il y avait une raison, il y en a même deux ! La première, c'est qu'il ose prétendre être amoureux de moi alors qu'il s'amuse à enlacer la première fille qui vient !
Le visage de Sirius se décomposa et montra toute son incompréhension.
-Quoi ? s'énerva-t-elle.
-Tu délires, ma pauvre… James n'a jamais enlacé personne…
-Tu vas me dire que j'ai rêvé, cette nuit, peut-être ?
Sirius parut encore plus alarmé.
-Ma foi, si tu n'as pas rêvé, c'est que la drogue qu'on t'a fait avaler était sérieusement hallucinogène…
Lily fronça les sourcils.
-Vous avez monté un plan, James et toi, ou quoi ? s'enquit-elle. Il t'envoie pour me faire croire qu'il est innocent, c'est ça ?
-Non, à vrai dire il ne m'envoie pas du tout et c'est moi qui viens de mon plein gré m'informer de ce qui se passe dans ta tête… Et visiblement il y a des choses dont il n'était pas au courant. Qu'il a enlacé Lyudmila, par exemple.
-Je ne te crois pas.
-Et bien tu devrais, car je ne mens pas. On peut demander à Gwenog une confirmation, si tu veux. Elle aussi a été témoin de la scène… James n'a jamais touché à Lyudmila.
-Mais je n'ai pas halluciné, tout de même ! se défendit Lily.
-James m'a dit que Lucy lui avait appris que le F7V3 pouvait être hallucinogène, répondit Sirius. A mon avis, tu as cru voir James avec Lyudmila, ce qui t'a rendue jalouse ; cette jalousie a été amplifiée par la drogue, et tu as pété un plomb.
-Je n'étais pas jalouse ! Et c'est d'ailleurs ma deuxième raison de l'avoir remis à sa place : c'est que sous prétexte que nous avons passé un merveilleux été ensemble, je suis forcément jalouse de toutes les filles qui l'approchent ! Alors d'accord, je n'aurai pas dû m'énerver comme ça s'il ne l'avait pas embrassée, ni même enlacée, ni même touchée, mais il n'a pas à croire que ça y est, je suis jalouse !
-Tu as prouvé à Lyudmila que c'était le cas, en tout cas, lança Sirius. Elle n'a pas trop compris, d'ailleurs…
-Je n'ai pas aimé qu'elle passe la nuit avec vous, c'est vrai, admit Lily. L'histoire s'arrête-là.
Sirius eut un petit rire dépourvu de joie.
-L'histoire s'arrête-là, tu dis ? répéta-t-il. Tu plaisantes, j'espère ? C'est là que tout commence, au contraire ! C'est là qu'enfin, tu montres des signes de faiblesse !
-Des signes de f…
-Tu ne contrôles plus tes sentiments, coupa Sirius en comptant sur ses doigts, tu ne…
-Je contrôle très bien mes sentiments ! protesta Lily.
-Ah ouais ? Tu vas sûrement me dire que l'idée d'être jalouse de celles qui s'approchent de James te plaît ? minauda Sirius. Que tu n'as pas envie de chasser cette jalousie loin de ton esprit ? Que tu n'as pas voulu massacrer Lyudmila ?
Lily ouvrit la bouche pour répondre mais se rendit vite compte qu'elle n'avait rien à répliquer, aussi la ferma-t-elle dans un soupir, se sentant incapable de nier une nouvelle fois. De toute façon, Sirius savait tout. Lors du dernier bal de l'année passée, il avait deviné d'où provenait son trouble. Et puis ce serait se mentir à elle-même : Lucy avait été formelle quand elle avait affirmé que la drogue lui avait fait péter les plombs en se basant sur des sentiments qui existaient déjà en elle, même si elle avait omis de l'informer des hallucinations qu'elle pouvait provoquer.
Mais tout cela était tellement nouveau pour elle… Comment avouer sa jalousie à un garçon qu'elle avait détesté mais que désormais elle adorait, sans lui faire de faux espoirs et sans lui faire de mal ? Comment lui avouer qu'elle s'était sentie trahi quand elle avait cru voir Lyudmila dans ses bras mais qu'elle n'avait pas envie d'y être ? James ne pourrait pas comprendre. Pour lui, ce serait sans doute que soit elle était jalouse et ils sortaient ensemble, soit elle n'était pas jalouse et ils restaient amis. Il trouverait cela insensé qu'elle puisse être jalouse sans avoir envie d'aller plus loin…
Mais Sirius n'était pas James. Peut-être que lui, il comprendrait. Son histoire avec Hilary avait dû lui faire ouvrir les yeux sur beaucoup de choses, en ce qui concernait les histoires de cœur. Et il n'était pas personnellement concerné, aussi aurait-il un peu plus de recul que son ami. Lily avait envie de tout lui dire. Parler à quelqu'un qui voyait les choses différemment. Avoir le point de vue d'un garçon pourrait être intéressant, non ? Peut-être que cela lui permettrait de découvrir comment James raisonnait. Il était vrai qu'elle n'était pas la seule à être incomprise, dans cette histoire. James aussi ressentait des choses. James aussi avait été jaloux quand elle était sortie avec Evan McCartee. Avait-elle donc le droit de blâmer pour la présence de Lyudmila dans sa chambre ?
-Ok, soupira-t-elle, ok. Je ne sais plus ce que je veux, c'est vrai.
-Ah, et bien tu vois qu'on avance ! s'exclama gaiement Sirius. Alors maintenant explique-moi pourquoi est-ce que tu as envoyé bouler James de la sorte. Selon lui, il t'a simplement demandé d'admettre que tu étais jalouse. Et tu t'es énervée.
-C'est comme ça que ça s'est passé, confirma Lily.
-Pourquoi ?
-Parce que je n'ai pas apprécié l'hallucination que j'ai eue. Voir Lyudmila avec lui m'a rendue jalouse, c'est vrai. Et qui dit jalousie dit sentiments. En théorie, tout du moins. Et si j'avais dit à James que j'avais été jalouse, il aurait cru des choses qui sont fausses.
-Je ne suis pas certain qu'elles soient si fausses que ce que tu veux penser, Lily. Je t'ai déjà donné mon avis à ce sujet en mars, si tu te souviens bien.
-Je sais ce que tu penses, assura Lily. Tu penses que je veux me persuader moi-même que je ne l'aime pas.
-Et toi, qu'est-ce que tu penses ?
-Moi je pense qu'une fille peut éprouver beaucoup d'affection pour un garçon sans forcément y voir plus que de l'amitié.
Sirius haussa les sourcils.
-Dans ce cas la fille en question a intérêt d'être claire dès le début, dit-il d'une voix grave, car le garçon peut vite penser qu'il y a anguille sous roche. Surtout quand il est amoureux.
Lily soupira à nouveau et se laissa tomber en position assise sur son lit.
-Ce qu'il y a, c'est que je ne sais plus trop quoi faire quand je suis avec lui, avoua-t-elle. Je sais que je regrette déjà d'être rentrée, mais si je retourne au manoir je ne pourrai pas m'empêcher d'être désagréable avec lui.
-Si tu devais mourir dans une heure, qu'est-ce que tu ferais ? demanda Sirius comme si c'était une question qu'on devait se poser tous les jours.
Lily fut prise au dépourvu.
-Je… Je n'y ai pas vraiment songé, pourquoi ? bredouilla-t-elle.
-C'est une bonne façon de faire le tri dans sa tête, expliqua Sirius. C'est la question que je me suis posée au début de l'été dernier. Je ne savais pas si je devais rester Square Grimmaurd ou fuir le plus loin possible mes parents. J'ai décidé de fuir car si on m'accordait une heure avant de m'achever, je m'arrangerais pour revoir James une dernière fois. Et ça sera comme ça toute ma vie, c'est pourquoi je ne regrette pas mon choix.
Lily leva les yeux vers lui et lui sourit faiblement.
-Tu arrives à t'imaginer une heure avant ta mort ? s'étonna-t-elle. Je ne sais pas si moi, j'en suis capable.
-Regarde ce qui se passe autour de toi et tu verras que ce n'est pas si dur que ça, répondit tristement Sirius. Et si là encore tu n'y arrives pas, souviens-toi du mois de mars. Si tu devais refaire cette nuit-là, aurais-tu fui pour empêcher Voldemort de t'ensorceler et ainsi assurer ta sûreté, ou serais-tu restée quand même auprès de James ?
-Mais ce n'est pas du tout pareil, Sirius…s'exclama Lily d'une toute petite voix. Cette nuit-là, tu aurais été à la place de James que ça n'aurait rien changé à mon choix… Il m'a laissé la possibilité de fuir, mais je n'ai pas pu m'y résoudre, c'est tout…
-Parce qu'il t'avait sauvée juste avant ?
-Parce qu'on n'abandonne pas un innocent à la mort…
-Mais quelle qu'en soit la raison, tu es restée et tu l'as sauvé, rappela Sirius. Tu lui as sauvé la vie en négligeant la tienne. Et si c'était à faire, tu le referais. Ajoute à cela ta crise de jalousie. La drogue a beaucoup joué, j'en ai bien conscience, mais si on refaisait la scène sans cette drogue, si tu rouvrais la porte et découvrais Lyudmila dans cette chambre, serais-tu restée de marbre, insensible, ou aurais-tu tout de même ressenti de la jalousie pour cette fille qui avait pris la place que tu as occupée tout l'été ?
Lily ne répondit rien, mais Sirius ne semblait pas attendre de réponse.
-Il y a des signes qui ne trompent pas, Lily, conclut-il d'une voix douce très rare chez lui. James a raison de croire que les choses évoluent, car tout le monde l'a remarqué à part toi. Tu refuses de voir la vérité en face, c'est tout ! Je comprends que tu n'aies pas envie de sortir avec lui tout de suite ! Tu l'as haï pendant des années et tout d'un coup, il est devenu une personne chère à ton cœur, cela a de quoi désorienter n'importe qui, mais pourquoi nier ? Pourquoi ne pas tout lui dire en jouant carte sur table ?
-Il ne comprendrait pas…
-Il comprendrait très bien, au contraire ! assura Sirius. Et au moins il saurait quoi faire ! C'est juste malentendu, tout ça ! Dis-lui ce que tu m'as dit, et il attendra le temps qu'il faudra ! Mais l'attente sera plus supportable s'il sait que ce n'est qu'une question de temps ! S'il te plaît, Lily, dis-le lui…
-Je ne sais pas…
-Lily… murmura Sirius, presque suppliant. Il t'a sauvé la vie, tu as sauvé la sienne… Vous n'allez tout de même pas rester sur cette histoire ! James n'avait pas spécialement envie que Lyudmila vienne, et c'est moi qui suis coupable ! C'est moi qui ai tenu à ce qu'elle reste avec nous ! Ne le fais pas payer pour une faute qu'il n'a pas commise…
-Le problème ne vient pas de lui, mais de moi, Sirius…
-Je te laisse dix jours pour te décider, prévint le jeune homme. Passé ce délai, je parlerai à James, que tu le veuilles ou non. Il a le droit de savoir.
-Non, Sirius, s'il te plaît…
Mais Sirius avait déjà transplané avant même qu'elle ne finisse sa phrase. Néanmoins, il fut évident pour elle que si elle devait mourir à la fin de la journée, elle se hâterait d'arranger les choses avec James pour s'en aller sans aucun remord.
oOo
-Tu voulais me voir, Phil ?
-Ouais. J'ai eu du mal à te trouver, d'ailleurs. Ces stupides moldus avaient refusé de me dire où tu étais. Et je n'avais pas du tout envie de jouer aux devinettes pour trouver ta nouvelle cellule.
-Et comment tu t'en es sorti ?
-Je les butés, évidemment ! On ne change pas les bonnes habitudes !
-C'est vrai ! Mais fais gaffe, certains moldus sont moins stupides qu'ils en ont l'air ! Et je te parle en connaissance de cause, crois-moi !
-Ouais, t'inquiète pas, je m'en étais rendu compte. Dis-donc, c'est pas mal ici, pour une prison. Cette cellule est beaucoup mieux que l'autre. Quand je vois Azkaban à côté…
-Oui, j'ai eu pas mal de chance de me retrouver ici. Les autres détenus sont tous moldus, alors il n'y a aucun risque qu'on me soupçonne de quoi que ce soit. Ils me prennent tous pour un malade mental.
-Les vrais malades mentaux, ce sont eux, Jake. Toi, tu as un don pour manipuler les gens et leur faire croire tout ce que tu veux. En plus de cela, tu lis en eux pour leur retirer toutes les informations dont tu as besoin. Et après cela, ils osent croire que tu es fou ?
Le dénommé Phil ricana.
-Ah, Jake, ce que les moldus peuvent être bêtes, parfois… Je suis certain que tu pourrais te servir de quelques uns d'entre eux pour t'évader de prison.
-Pour le moment, je me contente de faire ce que tu me demandes de faire, mon ami. Car vois-tu, la prison, ce n'est pas drôle tous les jours, mais si j'en crois ce que j'ai vu dans le regard d'un garçon qui est passé par là rendre visite à son père, pour toi non plus ce n'est pas drôle tous les jours, en ce moment… Et puis j'ai un ami très proche qui s'arrange pour me faire sortir le temps de mettre à terme un mauvais coup savamment préparé ensemble…
A nouveau, Phil gloussa.
-Tu sais,le père Potter s'arrange pour faire de ma vie un enfer, mais il a trop de travail pour que ce soit vraiment efficace, dit-il. Je reçois de temps en temps quelques inquisitions, et environ une fois par semaine des menaces qui me disent que si je récidive, je risque gros, mais rien de très sérieux. Sur ce coup-là, c'est un sacré service que nous offre le Seigneur des Ténèbres !
Ce fut au tour de Jake de rire, d'un rire gras qui résonna dans le parloir.
-Bon, assez discuté, passons aux choses sérieuses, dit soudain Phil. Comment t'a paru le garçon ?
-Troublé, c'est le moins qu'on puisse dire. Tu sais comme j'aime inventer des histoires horribles pour détruire mentalement les gens. Et là, ma foi, ça a plutôt bien marché. Il est reparti plus perturbé que jamais.
-Il a eu son permis de transplanage, pourtant, Jake. Cela n'a pas l'air de l'avoir tant marqué.
-Oh si, crois-moi ! Quelques minutes ont suffi pour le ravager. Mais avec ce que je lui ai dit, il risque de ne pas trop en parler. Ce ne sont pas des choses qu'on crie sous tous les toits. Je pense néanmoins que ses proches remarqueront quelque chose de bizarre dans son comportement, si ce n'est pas déjà fait.
-Bon, je te fais confiance. Du moment que ça peut nuire aux Potter, tu sais…
-Oh, ça leur nuira, je t'assure, Phil ! Même si j'admets que ce sera sans doute à plus long terme que ta stratégie à toi.
-Ah, je vois que tu as reçu mon courrier ! se réjouit Phil. Ca t'a plu ?
-Oh que oui ! Truffé de jeux de mots, de codes et de symboles à déchiffrer, mais cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de courrier aussi divertissant. Et quand j'ai appris ce qui était arrivé à la pauvre Rosanna…
-Mais ce n'est que le début. Les Potter vont s'éteindre à petit feu, tu verras. A long ou court terme, je te promets qu'ils vont payer pour tout ce qu'ils m'ont fait. Tu me suivras jusqu'au bout ?
-Evidemment ! On ne change pas une équipe qui gagne.
Phil sourit.
-Alors je te dis à très bientôt, Jake. Les dés sont jetés, et la machine est en route. Par tous les côtés, ils seront attaqués, jusqu'au jour où ils ne pourront plus résister… Et une fois qu'il n'y aura plus de Potter, à moi le Ministère, et à toi la liberté…
-Je suis déjà libre, Phil. C'est ma volonté qui me retient ici.
-Je le sais bien, et c'est exactement ce qu'il faut continuer à désirer. Tant que tu es ici à leurs yeux, on ne peut pas t'accuser.
-Et qui sera accusé à ma place ? s'enquit Jake.
-Hum… Un petit gros comme le môme venu rendre visite à son père… Tous deux ne se doutent de rien, et c'est ça qui est génial. Agir par dessus et tout révéler au dernier moment, quand pour eux il est trop tard…
Bon, beh voilà un chapitre de plus...
Quand je l'ai relu, je n'en étais pas entièrement satisfaite, mais ça fait trop longtemps que je l'ai écrit pour pouvoir refaire ce qui ne me plaît pas. J'espère que vous ne m'en voudrez pas...
Le prochain chapitre sera le chapitre 30: ce bon vieux Poudlard. Malgré les vacances, mon avance se réduit encore, puisque je suis actuellement entrain d'écrire le début du chapitre 35. J'espère pouvoir le terminer vite pour en entamer un autre (je commence enfin à sentir que l'histoire se met en route) mais comme je viens de le commencer, ça ne sera pas pour tout de suite. Cependant je préfère prendre mon temps et faire bien les choses plutôt que de les bâcler. Je pense que vous me comprendrez...
-Tu ne sembles pas réaliser à quel point je suis heureux, Reg'. Rosanna Potter va crever. James Potter va être effondré.
Lily sentit son cœur se serrer et son estomac se nouer. D'anxiété, elle se mordit la lèvre inférieure, prête à fuir ces informations qui arrivaient mais incapable de bouger pour ne pas les perdre. Regulus Black n'était pas enchanté du sort de Rosanna, mais Rogue en bouillonnait de bonheur. Rogue, qui allait à la fin de l'année se faire mangemort…
-A ta place, j'attendrais un peu avant de crier victoire, avoua Regulus. Tu sais comme moi que tu étais persuadé que James Potter serait mort noyé en mars dernier, et au final il est toujours là. Il est même devenu un héros.
Rogue fit claquer sa langue d'agacement.
-Mais qu'est-ce que tu as, à la fin, Reg' ? On dirait que tu t'en fiches, de ce qui s'est passé !
-Je ne m'en fiche pas, mais on ne sait rien de l'identité des responsables ! Et si c'était une ruse ? Si c'était un plan de l'Ordre du Phénix ?
Voilà qui devrait vous satisfaire jusqu'à dimanche prochain...
D'ici là, bonne lecture, et bien sûr, bonne année!
