Chapitre 29

L'océan n'a pas de mémoire


You are the avalanche
One world away
My make believing
While I'm wide awake

Just a trick of light
To bring me back around again
Those wild eyes
A psychedelic silhouette

I never meant to fall for you but I
Was buried underneath and
All that I could see was white
My salvation
My salvation

You are the snowstorm
I'm purified
The darkest fairytale
In the dead of night

"Salvation"


La neige descendait du ciel grisâtre, s'évadait des cieux pour aller recouvrir le duel mené à terme. Aux murs de la capitale tout comme à la lisière de la forêt, tous restaient muets. Le silence baignait les lieux, accompagnant la fin de l'affrontement décisif. Le temps s'était ralenti, s'écoulant aussi lentement que la mare de sang se répandant sous Lexa.

Nia roula sur le côté, s'étendit à la droite de la commandante dont le regard était toujours tourné vers le ciel. Les prunelles vertes fixaient le ciel, perdues dans le lointain. L'une près de l'autre, elles restaient là, sous la neige qui continuait de les recouvrir. Tout comme Lexa, Nia fixait le ciel dans un dernier regard figé, partit par-delà le lointain, par-delà le temps et l'espace. La dague de la commandante enfoncée en plein cœur, elle continuait à se vider de son sang, élargissant l'étendue vermeille sous les opposantes.

La caresse du vent vint parcourir le visage de Lexa, dispersant sa faible respiration. Immobile, elle avait encore les pupilles vacillantes, perdues dans le délire causé par les vapeurs de la reine. Ses mains étaient encore au-dessus d'elle. D'une elle tenait fermement le pendentif volé à Dria, et de l'autre, ses doigts restaient dans la mémoire du manche de sa dague. Cette main était totalement recouverte de sang, celui de Nia. Il avait glissé le long de son bras, coulé sur son flanc pour aller se disperser dans l'herbe enneigée.

Lexa se sentait partir, voguer avec ses pensées troublées. Ses paupières s'alourdirent alors que des voix lui parvenaient en écho. Elle n'arrivait plus à en discerner la provenance, à distinguer le vrai du faux. Et là où elle était maintenant, cela n'avait plus aucune importance. Elle referma les yeux, s'abandonna à la noirceur.


Aux ordres des deux conseillers de la défunte reine, les grandes portes de la capitale furent ouvertes. On laissa entrer les armées des mines et des bois. Aucun tambour ne fut entonné, aucun cri d'acclamation de fut poussé. Dans un silence le plus complet, on porta les corps des chefs à l'intérieur de la cité et Nia fut rendue aux siens.

À l'approche de Ryder qui tenait Lexa dans ses bras, Clarke s'était jetée vers lui. Octavia avait couru à sa rencontre, quittant Indra et bousculant tous ceux qui s'étaient trouvés sur son passage. Elle l'avait entourée de ses bras, l'avait retenue dans tous ses pleurs implorants et désespérés. La blonde s'était débattue, l'avait ruée de coups pour tenter de se libérer, mais en vain, Octavia avait tenu bon. À bout de souffle, Clarke s'était laissée tomber à genou, toujours dans les bras de la brune qui ne la relâchait pas, la gardait près d'elle.

On libéra le peuple de Polis maintenu prisonnier dans la chapelle, fit sortir hommes, femmes et enfants. La foule se rependait sur la place alors que Clarke continuait à pleurer près d'Octavia qui tentait de la réconforter. Ryder regardait les habitants se disperser, cherchait ses trois filles. Igrit et Yari accoururent vers lui les bras tendus en pleurant. Bolfir, qui observa la scène se précipita vers lui, reprenant de justesse Lexa avant qu'il ne la lâche sous le poids de la triste nouvelle. Les bras libérés, ses cadettes se jetèrent à son cou, pleurant leur ainé, Briseïs.

Bolfir regarda la commandante dans ses bras, fit querir Dria en toute hâte. Il hurla son nom, non pas pour la prévenir que pour exiger ses compétences incomparables. Lexa n'était pas morte, mais n'en était pas loin. Il s'époumona, mais l'intendante ne vint pas. Razan se présenta à lui et scruta leur commandante. L'air inquiet, il lui indiqua de le suivre à sa demeure. Quand Clarke comprit que Lexa était toujours en vie, elle se dégagea d'Octavia qui n'opposa aucune résistance. Les autres membres du conseil la suivirent, quoiqu'avec moins d'empressement.

Razan demanda à Bolfir d'étendre Lexa sur une grande table dans sa cuisine. Il passa à une petite pièce à l'arrière de la maison, revint avec le nécessaire médical. Clarke entra à la volée, dans un sillon de neige se répandant dans l'entrée. Bolfir la retint de se jeter sur la commandante. Elle le martela de ses poings, n'en pouvant plus d'être tenue à distance.

Le guérisseur se fit alors plus autoritaire, la prévenant qu'elle se devait d'être utile ou de disposer. Elle reprit donc ses esprits, essuya ses joues et inspira profondément. Nama, Irsil et Wost entrèrent à leur tour. Razan garda Nama et Clarke, mais fit sortir les autres.

Les conseillers allèrent donc faire ce pour quoi ils étaient ainsi nommés, ils allèrent diriger la capitale. Ils se présentèrent aux généraux et au chef du clan des mines. Les guerriers d'Azgueda furent regroupés, acculés près de la chapelle, sans possibilité de fuir ou de riposter. Mais encore, ce n'était qu'un maintien en l'attente des ordres de la commandante, si elle revenait à elle. Les conseillers n'avaient d'autre espoir, car en l'absence de l'intendante, qui alors prendrait le flambeau, qui en serait digne pour tenir les rênes avant que la prochaine Heda ne leur soit présentée. En ces temps de crise, il n'était pas bon d'imaginer le transfert de l'esprit de Heda, non. Les peuples des trois clans attendirent donc sous la neige qui les ensevelissait peu à peu, espérant dans le froid glacial.

On avait retiré l'armure de la commandante, exhibé ses nombreuses blessures. Elle était si pâle, avait perdu beaucoup de sang, et continuait d'en perdre. On se hâta de panser ses plaies, de contrôler les saignements. Malgré tout, Razan rassura Clarke, lui affirmant que son souffle était constant et profond, elle était faible certes, mais ça ne semblait pas être dû à ses blessures, du moins pas totalement. Cette autre cause lui échappait, car il n'avait pas assisté au duel, n'avait pas été témoin des vapeurs délirantes qu'avait jetées Nia.

Tous trois sursautèrent quand Lexa reprit conscience. Elle s'était cambrée violemment, inspirant comme si elle était en train de se noyer. Razan tenta de la maitriser, de la garder immobile. Dans sa manœuvre il croisa son regard, remarqua ses pupilles dilatées et tremblantes. Il passa son pouce sous le nez de Lexa, releva le reste de poussière inusitée qu'on lui avait infligé. Le guérisseur goûta le bout de son doigt pour rapidement en recracher le contenu. Il sembla hésiter, chercher ce que cela pouvait bien être. En ce moment, il aurait tout donné pour que Dria soit là à l'assister. Enfant, il l'avait conduite au Nord Vert, et en quelques années, elle était revenue meilleure soigneuse que lui et ses semblables ne le seraient jamais. Mais aujourd'hui, elle n'était plus là et seul, il se devait de trouver la solution.

Il fit volteface et retourna à son petit atelier adjacent, laissant Clarke seule pour maitriser Lexa. Après des minutes aussi pénibles qu'interminables, il revint. Il s'essuya le front du revers de la main, sachant que dans son état, le mauvais remède pourrait lui être fatal. Et ce n'était pas n'importe qu'elle vie qu'il jouait à l'instant. Il inspira fortement et tenta ce qu'il croyait juste. Razan broya les plantes médicinales qu'il était allé chercher, les réduisit en poudre et plaqua sa paume au visage de la commandante. Elle lutta, résista, mais finit par respirer les herbes.

En un instant, elle se rallongea, le regard encore plus perdu qu'à son éveil. Clarke et Nama le dévisagèrent, mais il leva la main vers elles, les pria d'attendre que l'effet soit total. Puis, Lexa se redressa lentement. Razan lui demanda de s'étendre à nouveau, mais elle refusa, lui empoigna violemment le bras quand il posa la main sur elle. Sous son regard noir, il se recula, la laissa se lever de la table.

Une fois sur ses pieds, elle tituba sous son propre poids. Clarke se précipita sur elle et la prit dans ses bras. À ce contact toutefois, Lexa ne se déroba pas, mais elle l'écourta rapidement, écartant Clarke pour se diriger vers la sortie sans un mot. Tous trois la regardèrent s'éloigner, encore subjuguer par ce réveil aussi subit que précipité.

S'ils n'arrivaient pas à comprendre le pourquoi de pareil empressement, Lexa y arrivait à peine de son côté. Bien qu'elle tentait de ne rien laisser paraitre, tout chancelait autour d'elle. Les visages étaient flous, les voix troubles. Ses souvenirs étaient embrumés, elle revoyait les yeux de la reine alors qu'elle lui soufflait au visage. Après cela rien n'était clair. C'était comme tenter de se souvenir d'un rêve après un éveil brutal. Plus on se concentre et plus il nous échappe. Il n'y avait que des brides de mémoire, de la douleur, du sang et de la neige.

Arrivé au bas des marches de la maison de Razan, elle inspira profondément l'air froid, en ressentit instantanément les bienfaits. Elle referma les yeux un court moment et s'immobilisa, tenta de se stabiliser tant sur ses jambes que dans la réalité. Quand elle rouvrit les paupières, le monde avait cessé de trembler, il n'y avait plus que ce mal à l'âme, une impression d'être au sol et à la fois balloté en haute mer, un mal de terre.

Irsil, Bolfir et Wost se présentèrent à elle, lui offrirent leur aide pour la soutenir, mais elle refusa, ne désirant montrer aucun signe de faiblesse, pas maintenant. Elle se redressa, réafficha le masque de Heda et toute la prestance qui l'accompagnait. Suivi de ses conseillers, elle passa à la grande place, là où les guerriers d'Azgueda étaient tenus en retrait, menacés par les armées des bois et des mines. Horol alla à sa rencontre, s'inclina en lui résumant la situation.

La cité avait non seulement été envahie, mais également saccagée, les maisons pillées et ravagées. À contrecœur, le chef des mines lui apprit ce qui avait été fait à la maison de soin, comment elle avait été incendiée, elle et tous ceux qu'elle abritait. Plus il décrivait les dommages infligés à sa cité et à ses habitants, plus la commandante se durcissait, noircissait son regard, serrait les poings et la mâchoire. Quand Horol cessa son rapport, elle marcha vers la nation de glace, vers les deux conseillers se tenant devant le corps de leur reine.

Lexa alla demander Ryder, mais à la vue de ses filles endeuillées et de son visage anéanti, elle se ravisa. Elle se tourna vers Indra, la fit approcher. Sans même la regarder. Elle exigea son épée. La générale la lui tendit, sans un mot, mais avec quelques réserves. Devant les yeux horrifiés de tous, Lexa leva la lame haut dans les airs, et dans un hurlement à faire glacer le sang, l'abattit sur Nia. La commandante rendit son arme à Indra, comme si rien ne s'était passé, comme si elle ne dégoulinait pas de sang trahissant son usage vengeur.

Lexa s'approcha de la tête qu'elle venait de trancher, l'observa durant des instants aussi longs que malaisants pour tous ceux qui en furent témoins. Si l'acte semblait démesuré maintenant que la capitale avait été reprise, il avait une toute autre signification pour elle. Dans ce seul coup d'épée, elle lui avait tranché le cou, avait rendu justice à son amour de jadis, Costia. Dans cette volée d'agressivité libérée, elle avait vengé Dria, sa sœur torturée et défigurée. Elle se pencha et empoigna la tête par ses cheveux noirs. Elle la leva pour la regarder droit dans les yeux, pour la posséder jusqu'à la fin, la vaincre jusque dans cet autre monde où elle était allée. Lexa s'approcha des deux conseillers, leur parla, mais sans les regarder, fixant encore la tête de Nia.

- Deux conseillers, un message, deux clans du nord à prévenir… cela va suffire.

Elle se recula et les invita à la suivre, à s'éloigner des leurs toujours encerclés. Lexa les fit se placer de chaque côté d'elle et s'agenouiller. Puis elle se retourna vers Indra avec cette même furie qui avait guidé son bras, avait coupé cette tête qu'elle trainait encore avec elle. L'ordre fut donné et suivit d'un silence lourd de conséquences.

- Tuez-les tous…

Accroupis par terre, les deux conseillers regardèrent les leurs être massacrés jusqu'au dernier. Dans des hurlements d'agonie, des supplications interrompues, leurs frères furent exécutés bien loin de leur terre. Dans sa conquête teintée de folie, tous avaient suivi leur reine au bas de leur montagne pour ne jamais y revenir. Dans sa noirceur, elle les aura guidés, abandonnés à leur sort et aux mains d'une commandante lasse d'être jugée faible par son désir de coalition et de paix. Elle n'avait été que trop défiée, et aujourd'hui, Heda n'était ni clémente ni miséricordieuse, elle était assassine.

Quand le bain de sang fut terminé, quand il ne resta plus aucun survivant, Lexa retourna son attention sur les conseillers. Comme elle leur avait dit, ils auraient un message à livrer, et ce, dans les deux clans s'étant soulevés contre elle.

- Vous retournerez au Nord, aux basses montagnes et à votre sommet blanc. Vous rapporterez la mort de vos dirigeants et de tous ceux qui ont daigné les suivre…

Avant qu'ils ne se relèvent, la commandante souilla ses doigts du sang de la reine et les approcha de leur visage. Elle traça des sillons traversant de leurs sourcils à leurs joues.

- Voyez avec de nouveaux yeux… sans jamais oublier que de ma main je peux vous les fermer à jamais. Partez, prévenez les vôtres que bientôt je viendrai sur vos terres… rien n'est terminé… tout ne fait commencer…

On les jeta hors de la ville, sans chevaux, sans vivres, rien. Une longue route les attendait, tant pour le voyage que pour le message à transmettre jusqu'aux leurs. Leur reine avait réveillé quelque chose qui aurait dû rester endormi. Sa provocation avait été tels les ravages de leur sommet. Dans une mer blanche dévastatrice, la montagne avait tremblé, avait relâché l'avalanche qu'était je joug de la commandante. Et dans sa rage meurtrière elle les avait tous engloutit, eux, ceux qui n'auraient jamais dû abandonner leurs terres des hauteurs. Tel était le message qu'ils devraient porter, pas qu'une défaite non, l'éveil de ce qu'il ne croyait présent qu'en leur souveraine.


Dans le même empressement qu'avait eu Lexa d'éliminer ce qui restait d'Azgueda, elle fit préparer des buchers. Il y avait trop de corps jonchant la capitale, tant des leurs que des intrus. On érigea les amoncellements de bois, un à l'extérieur des murailles, dans ce champ incendié, et un autre au centre de la place. Même réduit en cendre, les hommes du Nord n'auraient pas leur place à Polis, n'aurait pas l'honneur d'y être emporté dans l'autre monde. Sans un seul spectateur ils bruleraient, derrière les portes closes, loin des regards. Quant aux siens, ils furent tous disposés ensemble sur un tout autre type de bucher. Plus solennel, commémoratif et démontrant tout le respect qui leur était dû. Les tambours résonnèrent à nouveau dans une complainte lente et profonde. Tous se rassemblèrent autour du feu en devenir, attendant que la commandante fasse ses derniers au revoir. Néanmoins, elle se contenta de ces simples mots.

- Yu gonplei ste odon.

Dans toute la noirceur des jours précédents et présents, dans toutes ces morts injustes et innocentes qu'étaient les siennes, elle ne fit pas de discours. L'émotion violente et assoiffée de sang qui avait mené son épée guidait maintenant le flambeau d'adieu. Les yeux voilés, le cœur lourd, elle embrasa le bucher, joignant par le feu tous ceux qui avaient basculé dans l'autre monde, mais jamais dans l'oubli. Et en un instant, le brasier s'éleva dans le ciel, illumina la capitale. La lumière contrasta avec la mort qu'elle accompagnait, l'emportait avec elle dans le firmament, loin de cette terre de colère et de tourment.


Les flammes qui avaient été vives et aveuglantes n'étaient plus. Il ne restait que les cendres et une épaisse fumée grisâtre. La foule rassemblée pour l'immolation de leurs morts se dispersa. Retrouvés et endeuillés rentrèrent dans ce qui restait de leur demeure. Les défunts avaient été honorés, il fallait maintenant chérir les vivants.

Alors que tous s'éloignaient, Clarke revit Ryder entourant ses deux enfants de ses bras, Igrit et Yari. Le guerrier impassible pleurait sa fille ainée, cette chère Briseïs. À cette vue, sa gorge se noua, sachant comment la perte d'un enfant était le pire des deuils. Un départ prématuré et contre nature. Car aucun parent ne devait survivre à sa descendance, la voir s'éteindre et emporter tout l'espoir d'un futur à perpétrer.

Le garde s'éloigna avec ses filles en pleurs, parti comme le reste des habitants et des guerriers. Bolfir fit assigner des résidences pour les soldats des mines, pour que tous puissent aller à ce repos tant mérité. Bientôt, il ne resta plus que la commandante, les membres du conseil, Clarke et Razan. Maintenant que le feu avait emporté ce qui restait de cette guerre, Lexa se devait de recevoir les soins qu'elle avait écourtés plus tôt.

Pour le moment toutefois, elle désirait surtout recevoir les explications de son conseil sur les événements passés. Elle consentit néanmoins à effectuer cette rencontre à la demeure de Razan. La maison de soin ayant été totalement détruite par la nation de glace, il ne restait plus que les domiciles des quelques guérisseurs survivants. Le vieil homme les escorta donc jusque chez lui, les fit gravirent les marches et passer à l'intérieur.

La commandante et le conseil fut relégué au salon alors que Clarke et Razan allèrent chercher remèdes, pansements et tout le nécessaire. Dans une petite pièce au fond de la maison, la blonde admira tout l'éventail de plantes séchées suspendues au plafond. Elle en reconnut quelques-unes, les ayant maintes fois observées sur les cadres au mur de la chambre de Dria.

- Cueille celle-ci, Clarke, lui indiqua l'homme en pointant une fleur dorée.

Elle s'étira le bras et avec délicatesse, retira le bouton jaunâtre de la tige indiquée. Elle la tendit à Razan qui la broya dans sa paume, ignorant tout le soin qu'avait pris Clarke pour cueillir la plante. La blonde le regarda préparer une mixture avec la fleur, les bandages, du fil et des aiguilles. Razan la fit stériliser les pointes avec la flamme d'une chandelle. Quand le nécessaire fut prêt, ils se dirigèrent vers le salon. Ils s'arrêtèrent en percevant la voix de la commandante s'élevant contre ses conseillers. Les guérisseurs se fixèrent un court moment avant de se résigner à entrer dans la pièce.

- Heda nous avons… commença Wost.

Lexa leva la main en l'air quand elle aperçut Clarke et Razan. Le jeune homme se tut et se recula. La blonde sentit l'hésitation du vieil homme à ses côtés et décida de s'avancer en premier, ne craignant pas Lexa. Elle s'assied sur le canapé à côté d'elle et Razan s'accroupit près de la petite table au centre du salon. Il y étala ce qu'ils étaient allés chercher au fond de la maison.

- Alors… j'attends, Wost, lança Lexa d'un ton froid.

Clarke se força à ignorer cette réunion peu habituelle. Elle se concentra à dégager les pansements de Lexa qui couvraient des plaies à refermer.

- Hum…ils ont encerclé la ville, nous ont d'abord renvoyé les têtes des messagers que nous vous avions envoyés, fini par dire Wost.

- Ils ont demandé notre reddition avant d'entamer les assauts, dit Irsil.

- Et lequel d'entre vous a daigné leur répondre? demanda-t-elle avec une pointe de défi.

- L'intendante, dit doucement Nama.

Lexa tourna son regard noir vers elle, mais pour la première fois, ne se laissa pas attendrir par celui-ci.

- C'est donc à ce moment qu'ils ont cru à ma présence à la capitale… comment ont-ils pu nous confondre, je me le demande bien, dit Lexa sous un faux questionnement alors qu'elle les toisait tous.

- C'est moi… je me suis incliné devant elle et l'ai appelé Heda devant les messagers de la reine.

Lexa tressaillit à la vive douleur au flanc. Clarke venait de lui appliquer la pommade dorée préparée par Razan. Au contact, la brulure fut aussi vive qu'une flamme, mais elle s'efforça de ne rien laisser paraitre.

- Continuez, je ne vous ai pas demandé de vous arrêter. Je veux savoir ce qui s'est passé pour qu'à mon retour la ville soit entre les mains d'Azgueda.

Irsil se releva, posa sa main sur l'épaule de Bolfir déjà bien accablé par le sort qu'il avait infligé à Dria. Le vieil homme se mit à faire les cent pas derrière le fauteuil où était Nama.

- Les messagers de la reine leur ont rapporté la réponse de Dria, que nous ne cèderions pas devant l'envahisseur.

Il marqua une pause alors qu'il se frottait les tempes, se rappelant les événements des jours passés.

- Nous avons fait rassembler la foule, les anciens et les enfants ont été envoyés à la chapelle avec Nama et tous les autres ont été préparés pour les attaques à venir. Nous les avons armés, nous avons organisé nos défenses selon nos aptitudes respectives.

Irsil poursuivit ses explications en désignant chacun d'un signe de main ponctuant ses dires.

- Je me suis chargé des murailles, Wost du peuple, Bolfir des gardes et avec Clarke de notre défense aux champs.

Lexa baissa les yeux vers Clarke qui s'apprêtait à recoudre la plaie l'ayant cloué au sol par Nia. Leurs regards se croisèrent en un mélange d'incompréhension et de surprise. La commandante n'avait aucune idée du rôle qu'avait joué la blonde durant les assauts, n'avait idée de rien en fait.

- Prends une profonde inspiration, lui dit Clarke alors qu'elle allait percer sa peau pour la première fois.

Lexa hocha la tête et s'exécuta. Elle referma les yeux et serra la mâchoire quand l'aiguille traversa sa peau. La pommade avait commencé à engourdir la blessure, mais l'effet n'était pas encore totalement présent.

- Nous les avons repoussés, Heda, encore et encore, nous avons résisté pendant toute une nuit, en sommes ressortis vainqueurs, ajouta Wost tout en se relevant pour aller rejoindre Irsil.

Lexa tourna son regard vers eux, avec cette même malice qu'elle leur vouait depuis son arrivée.

- Ils ont battu en retraite pour nous envoyer un autre messager demandant un duel contre Heda, reprit Irsil.

- Si vous les avez si bien repoussés, alors pourquoi consentir à cet affrontement? Dis Lexa alors que la colère montant en elle devenait de plus en plus visible.

- Durant le premier assaut, nous avons tout donné, n'avons rien pu garder en réserve. Nous étions quelques-uns contre des centaines, nous avions basé notre défense sur leur méprise.

- Leur méprise…

- C'est pour nous avoir crus nombreux qu'ils ont attaqué par vagues et sans nous anéantir d'une seule volée. C'est pour avoir été dupes à la présence… à votre présence qu'ils nous auront offert ce duel.

- Tu en parles comme d'un présent, ils nous ont offert… reprit Lexa les dents serrées.

Irsil prit appui sur le rebord du fauteuil de Nama et inspira profondément. Il savait ce qui se devait d'être dit à Lexa, savait que ce n'était pas ce qu'elle voulait entendre.

- La chance de continuer à espérer… ce sont les mots de Dria, ceux qu'elle nous a donnés pour justifier sa décision.

- Sa décision! Non, votre décision!

Lexa referma les yeux et s'arrêta là, inspira profondément. Clarke fit un nœud et cassa le fil avec ses dents. Dans le silence oppressant, elle appliqua de nouveaux bandages autour de la taille de la commandante.

- Heda… je prends l'entière responsabilité du sort de votre sœur. C'est moi qui l'ai d'abord appelée Heda, ai semé le doute chez l'ennemi. Et quand ils sont venus demander à parler à la commandante, j'ai envoyé chercher Dria…

Il fit une pause et se releva, mais resta devant son siège.

- Je lui ai fait porter une armure, ai marqué son visage de noir et l'ai envoyé seule confronter le messager. Quand le duel a été offert, elle n'a eu d'autre choix que d'accepter. Ce n'était ni sa décision ni celle du conseil… ce fut la mienne…

Lexa écarta la main de Clarke qui tentait de dénouer un nouveau bandage. Elle se releva et avança lentement vers son conseiller. Elle le toisa avec tout le mépris et la rage qui bouillonnait en elle.

- Continue, le défia-t-elle.

Il baissa le regard au sol en signe de soumission et poursuivit.

- J'ai tenté de l'entrainer durant la nuit j'ai…

Sa voix se brisa dans sa gorge nouée et il se rassied. Le visage de Lexa se crispa dans une expression de dégoût et de rancœur.

- Je lui ai fait préparer votre armure, Heda, et je lui ai tressé les cheveux comme les vôtres, dit Nama faiblement.

- Et moi… j'ai peint son visage de noir, ajouta Clarke.

Lexa se retourna, fixant tour à tour Nama et Clarke. Le bleu et le vert se croisèrent, échangèrent en silence bien des sentiments contraires.

- Au terme du duel, Azgueda a réclamé la cité lui revenant de droit, poursuivit Irsil.

- De droit… DE DROIT!

Lexa se passa la main sur le front, pivota sur elle-même alors qu'elle n'arrivait plus à garder en elle toute la douleur qui la rongeait.

- SORTEZ- TOUS! Les sages… les stratèges, murmura-t-elle en riant faussement.

Ils se regardèrent les uns les autres un court moment.

- SORTEZ! hurla-t-elle à nouveau.

Les membres du conseil obéir sans dire un mot, quittèrent la maison de Razan. Clarke resta là sur le canapé, à regarder Lexa dans toute sa furie. Mais par-delà cette noirceur où elle sombrait, elle savait que rien n'avait à voir avec le sort de la capitale. En son absence ils avaient réussi l'impossible, avaient tenu à peu contre une armée. Leur défaite n'avait pas été de céder Polis à Azgueda, non, c'était d'avoir offert à Nia ce que Lexa leur avait laissé à protéger. Et supplantant tous les reproches qu'elle leur vouait, il y avait ceux qu'elle se réservait à elle-même. Car tout comme eux, elle n'avait pu la protéger, ni même la retenir, elle l'avait perdue.

- Toi aussi… sors, Dit Lexa en allant se rasseoir devant Razan.

Clarke toisa la commandante qui était à se frotter les yeux, ne put croiser son regard. Elle dévia vers le soigneur près de la petite table du salon. Il fit signe à la blonde qu'il terminerait seul, l'incita à partir tel que demandé.

Clarke sortit à son tour, se retrouva à nouveau dans l'air froid du dehors. Les membres du conseil n'étaient pas allés bien loin, s'étaient regroupés au bas des marches de la maison de Razan. Elle dévala les escaliers et alla les rejoindre.

- Et les conseillers de la reine renvoyés, pouvons-nous croire à la soumission des clans du nord? Demanda Wost tout en se passa la main au visage.

- Notre rôle n'est pas d'y croire, mais de… commença Irsil.

- De conseiller Heda? Le coupa Bolfir. La commandante a perdu toute confiance en nous vieil homme. Comment lui porter conseil si elle ne daigne pas nous écouter? Nous avons failli, tous autant que nous sommes.

- Nous n'avons été ni sages ni stratèges, dit Nama d'une voix presque inaudible.

- Nous avons perdu la cité et bien des vies, mais nous avons tout tenté, si seulement Dria était là elle pourrait peut-être… tenta de dire Wost.

- DRIA N'EST PLUS LÀ! lança Bolfir, hurlant vers le jeune homme à côté de lui.

- Ce n'est ni la capitale, ni même son peuple que pleure notre Heda… non… c'est cette unique vie perdue, la seule que nous n'avons pas défendue, la seule que nous avons livrée, soupira Irsil.

- Mais Dria n'est pas morte… où est-elle? demanda Wost, non sans dévisager Bolfir, craignant une nouvelle réaction telle que la précédente.

- Elle est partie, dit Clarke, ses premiers mots depuis qu'elle les avait rejoints.

Les membres du conseil se tournèrent vers la blonde, comme s'ils prenaient tout juste conscience de sa présence.

- Heda aura besoin de temps, devra faire son deuil… tout comme elle l'a fait avec Costia, dit Irsil.

Nama s'avança, alla prendre la main de Clarke dans la sienne et plongea son regard dans ce bleu teinté de tristesse.

- Ce deuil est bien différent mes chers… il sera long… et oh combien pénible, dit la vieille dame.

- Les jours passeront, il n'y a rien que le temps ne puisse effacer, fini par dire Bolfir en soupirant, levant les yeux au ciel.

- Mais son absence n'affectera pas que notre Heda, non… l'intendante devait conclure cet échange de paix… ajouta Nama en tapotant la main de Clarke dans la sienne.

À nouveau, tous les regards se posèrent vers elle, la fille du ciel.

- Clarke ma chère, nous savons toute l'importance que tu as aux yeux de la commandante… de Lexa, poursuivit Nama, sa voix devenant plus profonde, plus personnelle.

- Ton retour est attendu auprès des tiens… mais…

Irsil ne finit pas sa phrase, Clarke ayant fait un pas vers lui, sans relâcher la main de Nama dans la sienne.

- Le moment venu, je devrai retourner, oui, mais seulement pour mieux revenir… définitivement, dit Clarke en les regardant tous, l'un après l'autre, finissant avec Bolfir.

Nama resserra ses doigts autour de ceux de la blonde et Irsil posa sa main sur son épaule, lui souriant avec toute la gratitude qu'inspirait sa réponse. La blonde soutint son regard, sachant combien elle aurait à faire. Si l'absence de Dria les accablait eux, elle aurait tôt fait de détruire ce qui restait de bon en Lexa. Clarke ne pouvait partir, pas maintenant, et comme le lui avait si bien dit Bolfir alors qu'elle tentait d'aller sauver Dria du duel « je ne peux en perdre deux ». L'évidence l'avait alors choqué, qu'on la juge plus importante à protéger que sa propre sœur. Mais maintenant, elle réalisait la responsabilité accompagnant ce lien qui l'unissait à Lexa. Le conseil s'abandonnait à elle et à son influence, celle qu'avait jadis eue Dria, celle de l'intendance.

- Allez auprès des habitants, allez faire ce que vous faites mieux que quiconque, dirigez et maintenez la capitale, n'ayez crainte… je me charge de Lexa.

Clarke inclina légèrement la tête et tous lui rendirent son geste. Ils s'éloignèrent, allant enfin chercher ce repos qu'ils n'avaient pu prendre depuis le début du siège de la ville. Bien des années de service envers les précédentes Heda leur courbaient le dos, les avaient marqués. Il y avait eu nombre de victoire et peu de défaites, mais celle que leur reprochait Lexa les hanterait à jamais. Même sans ses reproches ils étaient déjà accablés par le remord et la honte. Mais comme l'avait dit Bolfir, il n'est rien que le temps ne peut apaiser. Alors ils attendraient, laisseraient passer les jours, ceux qui leur rendraient la foi et la confiance de leur commandante endeuillée. Ainsi ils repartaient, se reposant ce soir pour reprendre leurs tâches au matin, pour diriger dans l'ombre, faire tout ce que Heda ne pouvait accomplir seule.

Clarke les regarda partir, leur souhaita en silence de trouver la paix d'esprit, celle qu'ils méritaient tous malgré ce qui s'était passé. Puis elle tourna son regard vers la maison de Razan. Bientôt Lexa cesserait de se laisser soigner, jugerait qu'il en était assez, retournerait à ses quartiers et à ce moment elles se retrouveraient seules, enfin. À cette pensée, elle soupira en baissant les épaules. Elle fit demi-tour et se mis en marche vers la demeure de la commandante.

Quand elle passa les grandes portes du manoir, elle ne sentit pas la chaleur qui en émanait normalement. C'était comme si l'on avait laissé l'hiver y entrer. Il y avait de la neige sur le sol près de l'entrée, les rideaux dansaient dans l'air passant par les fenêtres laissées ouvertes. L'endroit était vide, mais il y avait cette impression qui planait, ce sentiment d'intrusion. Clarke secoua la tête pour se dérober à pareille rêverie et grimpa les escaliers quatre à quatre. Elle longea le couloir menant à l'aile ouest, y découvrant Rhen qui était à donner des indications à deux autres domestiques.

- Commencez par la chambre de la commandante, que le lit soit changé, les vêtements lavés, je ne veux plus qu'il reste de trace de…

Il s'interrompit à l'approche de la blonde.

- Clarke… dit-il en s'inclinant. Heda est avec vous? Demanda-t-il l'air inquiet.

- Non, mais elle devrait arriver bientôt.

Il se frotta les mains, comme pour se ressaisir. Puis il la laissa, retourna au personnel de maison qui se devait de se hâter maintenant. Elle les regarda s'affairer, l'un était à allumer un feu dans l'âtre et l'autre à rassembler les draps et les habits du placard. Les bras chargés ils quittèrent la pièce et Rhen revint auprès de Clarke dans le corridor.

- La reine est venue ici, soupira-t-il.

Clarke n'eut pas besoin de plus amples explications, compris le pourquoi de pareilles activités. Elle s'était introduite ici, au cœur de l'intimité de Lexa. C'était donc cela, cette impression, cette ambiance d'hiver intérieur.

- Plus tard nous fermerons la chambre de Dria… elle ne…

Clarke fit non de la tête. Rhen passa à côté d'elle et ouvrit la porte, révélant les quartiers de l'intendante.

- Je vous aviserai lorsque la chambre de Heda sera prête, dit-il avant de partir rejoindre ses comparses.

La blonde entra, referma derrière elle et s'adossa à la porte. Ici aussi, il y avait ce froid omniprésent, ce sentiment d'imposture languissant. Ses yeux baissèrent, se posèrent sur le cadre brisé sur le plancher. Elle s'en approcha précautionneusement, écarta le verre en éclat, saisit la fleur séchée. Du bout des doigts elle la caressa, avec la plus grande délicatesse elle l'admira. Clarke ne put s'empêcher de faire le parallèle avec Dria. Une fleur ayant été ramenée du Nord vert, mise en évidence, encadrée dans un rôle bien précis. Une beauté lointaine et fragile ayant été brisée et défigurée tel le verre sur le sol. Elle passa sa main à son cou, chercha sous ses vêtements pour trouver son pendentif. Clarke referma les yeux et l'embrassa, dis au revoir à celle avec qui elle avait tant espéré le retour de Lexa, partagé un amour différent. Elle se releva et alla la porter sur la commode adossée au mur où toutes les autres plantes étaient accrochées.

De l'autre côté du couloir, elle entendit les domestiques continuer à œuvrer dans la chambre de la commandante. Ne pouvant les déranger, risquer de les ralentir, elle se résigna à attendre ici. Son ancien lit l'appela et elle ne se fit pas prier d'aller s'y étendre. Elle ramena les épaisses couvertures sur son corps, savoura le réconfort immédiat qu'il lui procura. Sans même pouvoir lutter, elle referma les yeux, se laissa aller et en un instant, s'endormit.


Clarke se réveilla en sursaut. Elle cligna des yeux à maintes reprises, tentant de clarifier sa vue. Son cœur se débattait dans sa poitrine sous l'effet de l'éveil subit. Ella passa sa main à ses yeux, ne se souvenant plus de ce qui l'avait sorti du sommeil de la sorte. Puis elle entendit crier à nouveau de l'autre côté du corridor, réalisa pourquoi elle s'était réveillée tout d'un coup. Elle se releva et sortit en trombe, passa à la chambre de l'autre côté du couloir, de là où provenait les hurlements. Elle ouvrit la porte à la volée, y trouva Lexa qui balançait un vase en terre cuite de l'autre côté de la pièce. Il alla se fracasser à côté de la porte donnant sur le balcon. Celle-ci était légèrement entrouverte, laissait l'air froid ramper sur le sol en un souffle condensé.

- SORS D'ICI! Hurla Lexa.

Clarke se figea sur place, croyant que ses paroles lui étaient adressées. Mais un second objet vola dans les airs pour s'abattre en mille morceaux sur le mur. La blonde baissa les yeux, remarqua Trikova recroquevillé dans un coin, pris entre une commode et les assauts de la commandante.

- NE REVIENS PLUS JAMAIS, SALE BÊTE, NE VIENS PLUS LA CHERCHER ICI! pesta Lexa à nouveau.

Elle tourna sur elle-même cherchant un autre projectile. Ses yeux se verrouillèrent sur le mur couvert d'armes en tout genre. Elle se saisit d'une des dagues et l'envoya vers le pauvre animal qui fuit juste à temps, se dérobant dans un gémissement implorant.

- LEXA! Cria Clarke pour la ramener à la raison.

Mais celle-ci n'entendait plus rien. Elle alla se saisir d'une nouvelle arme et chercha le raton qui avait fui sous le meuble.

- ELLE N'EST PLUS LÀ NE LE VOIS-TU DONC PAS… ELLE… elle est partie…

La dague tomba par terre alors que Clarke se pressait de la rejoindre.

- Lexa regarde-moi, regarhhh…

Clarke n'arriva pas à terminer sa phrase, sa gorge étant prise entre les doigts de Lexa. Leurs regards se croisèrent, mais ne purent se reconnaitre immédiatement. Le bleu clair implorait un vert teinté de noir, lui suppliait de s'y retrouver.

- Lex… aaa… c'est moi…

La commandante la tenait plaquée contre le mur, fermement adossé contre les armes placées en décorations. Sous le choc plusieurs étaient tombées, jonchaient le sol à leurs pieds. Après des secondes aussi longues que des heures, elle relâcha légèrement son emprise, assez pour la laisser respirer, mais pas pour qu'elle s'en dérobe. Dans sa furie, son regard avait été attiré par un reflet pendant à son cou. De son autre main vacante elle alla le saisir, le caresser du bout des doigts, décela ce qu'il représentait, une étoile. La colère quitta son regard noir, le laissa sous un voile larmoyant.

- Parce qu'il est parsemé d'étoiles, dit-elle d'en un murmure à peine audible, reprenant les paroles de Dria avant son départ.

Une larme glissa le long de sa joue alors qu'elle libérait Clarke.

- Elle veille sans cesse, ajouta Lexa, poursuivant de répéter les paroles de sa sœur.

Elle se recula en titubant, passant sa main à son front, honteuse et troublée par ce qu'elle venait de faire. Clarke fit un pas en avant, s'éloignant des lames lui ayant presque entaillé le dos. Elle se massa la gorge et s'approcha de Lexa. Elle la prit par les épaules, la força à se retourner et à lui faire face. Elle lui releva le menton pour qu'à nouveau leurs regards se croisent. Le vert était présent à nouveau, ayant abandonné cette noirceur qui l'avait aveuglé.

- Je suis là, Lexa… je suis là.

Lexa passa sa main à la joue de Clarke, traça la courbure de sa mâchoire. Elles y étaient finalement, réunies. Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis leur dernière rencontre, quand elle et Dria lui avaient fait leur au revoir à l'Arche. Pourtant c'était comme si des mois s'étaient écoulés, le temps aussi pénible que lent dans cette course pour enlacer leurs chemins à nouveau. Et aussi hasardeux qu'ils fusent, ils avaient néanmoins trouvé le moyen de se renouer. Par le feu, la mort et le sacrifice de tant de vies, elles y étaient, l'une devant l'autre.

- Tu es là, dit Lexa, la voix tremblante, comme si elle le réalisait pour la première fois.

La réalité s'imposait comme une impossibilité. Comme si le rêve de la revoir était devenu un espoir davantage pour se forcer à continuer d'avancer. Un mirage à pourchasser, vers lequel on se rue sans cesse sans jamais l'atteindre. Mais elle était là, un réel tout droit sortit des rêveries utopiques.

- Reste avec moi, ajouta Lexa en allant appuyer son front contre le sien.

Dans sa voix, il y avait toute la fragilité provenant de sous un masque abimé. Heda qui baissait le voile, révélait son désir le plus cher, ne pas être laissée seule à nouveau.

- Toujours…

Clarke la pressa contre elle, l'enlaça dans ses bras. Lexa en fit de même, la serrant fort, comme s'il restait encore des craintes qu'elle ne s'envole, ne s'avère qu'être le fruit de son imagination ayant été si troublée jusqu'à maintenant. La blonde la tint contre elle dans cette accolade teintée de désespoir. Pour la première fois, elle la sentit petite entre ses bras, comme si elle se laissait enfin protéger, avouait la vulnérabilité.

Clarke se recula, prit son visage entre ses mains, la regarda droit dans les yeux. Lexa s'approcha, posa ses lèvres contre les siennes. Elle y était, à cet endroit dont on ne s'éloigne que pour mieux y revenir, chez soi. Clarke sentit ses joues devenir humide, les larmes de Lexa glissant entre leurs visages à toutes deux.

- Lexa, dis Clarke en se reculant légèrement

- Shhhh, lui répondit Lexa en passa son pouce sur sa lèvre inférieure.

La blonde essuya les larmes de la commandante du revers de la main, admira ses magnifiques yeux verts.

- Il n'y a plus que toi et moi… ajouta Lexa.

- Ici… murmura Clarke.

- Maintenant… compléta Lexa.

Ce fut les derniers mots qu'elles échangèrent. Leurs lèvres se retrouvèrent à nouveau. Elles s'embrassèrent en prenant tout le temps du monde, savourant plus que se dépêchant. Clarke passa ses doigts à l'arrière de la tête de Lexa, les enfouit dans sa chevelure tressée. La brune descendit ses mains au bas du dos de la blonde, la ramenant plus près. Le baiser d'abord doux s'anima avec plus de vigueur. Lexa se recula pour changer l'angle de leur baiser. Du bout de sa langue et caressa les lèvres de Clarke. Celle-ci se les mordit un bref instant avant d'entrouvrir la bouche, permettant l'entrée. Lexa releva leur baiser, pressant sa langue sur celle de la blonde.

Clarke laissa échapper un gémissement assourdi entre leur embrassade. Mais ce bruit si enivrant parvint à la commandante. Elle se laissa emplir par lui, résonnant jusqu'au plus profond d'elle-même. Pour la première fois depuis trop longtemps, elle sentit la chaleur la prendre, s'éveiller et commencer à la consumer. Le froid avait fait son temps, la quittait enfin.

Leurs bouches s'activaient sans relâche, ne se lassant jamais de celle de l'autre. Mais ce n'était pas assez, pas après toute cette absence, tout ce temps où elles avaient été tenues à distance. Clarke la conduisit au pied du lit et la fit asseoir, prenant les rênes pour une des rares fois. Elle avait envie de s'abandonner à Lexa tout entière, mais celle-ci était encore blessée. Si le désir ne les arrêtait pas, il faudrait néanmoins prendre toutes les précautions nécessaires.

Debout devant elle, Clarke alla se placer entre ses jambes, prit son visage entre ses mains et déposa un court baiser sur le dessus de sa tête. Lexa appuya son front sur son ventre, puis passa ses doigts à son dos, glissant sous son gilet. Le contact de sa peau lui donna la chair de poule. La brune releva la tête pour fixer ces magnifiques yeux bleus. Ses pouces passèrent vers l'avant sur ses hanches puis remontèrent, entrainant avec eux le vêtement qui empêchait la vue tant désirée. Clarke termina de retirer le chandail et le laissa tomber au sol.

La blonde prit les mains de Lexa dans les siennes, en embrassa les extrémités avant de les lever dans les airs. Puis elle s'agenouilla, et avec la plus grande délicatesse, remonta le vêtement qui couvrait le torse de la commandante. Mais contrairement à elle, il y eut peu de peau à révéler. S'enroulant autour de sa taille, d'épais bandages couvraient les profondes blessures infligées pas la reine Nia. Clarke s'approcha, glissa ses mains à l'arrière de son dos, passant au nœud gardant le dernier linge masquant la poitrine de Lexa. Contre toute attente, elle parvint à le dénouer seule et dans un long mouvement, le retira de tous les tours qu'il faisait. Suite au dernier il tomba par terre, offrit à Clarke une vue magnifique.

Elle se pencha vers l'avant, entreprit de déposer de court baiser sur toutes les parcelles de peau nue enfin révélée. Du bout des doigts elle traça les limites des pansements, insuffla des vagues frissonnantes à Lexa. Elle prit un de ses seins dans sa paume, vint y passer sa langue, l'embrasser avec tendresse. Alors qu'elle passait à l'autre, elle le sentit se dresser dans l'air plus froid que son souffle.

Lexa la ramena vers elle, ses lèvres se languissant d'elle. La blonde se redressa et la commandante défit les liens de ses derniers vêtements. Le bout de ses ongles descendit avec ses pantalons alors que la gravité les rappelait à elle. Clarke les écarta sur le côté, puis retira ce qu'elle avait aux pieds. Elle caressa l'arrière de la tête de Lexa, puis l'incita à se reculer sur le lit, à s'étendre sur le dos. Clarke la suivit un court moment, déposa un baiser au côté de son nombril et elle s'attaqua à la ceinture de la commandante. La boucle lui céda dans un tintement métallique, lui laissa enlever le vêtement couvrant les jambes de Lexa. Encore une fois, Clarke dut prendre tout son temps, car d'autres bandages s'enroulaient ici et là.

Bientôt, leurs tenues à toutes deux furent un amoncellement sur le plancher. La blonde passa au-dessus de la commandante qui se redressa à son arrivée. Elle embrassa le haut de ses hanches, puis alla retirer le tissu maintenant la poitrine de Clarke en place. Elle soupira quand ils furent enfin visibles librement. Elle les observa un court instant avant de glisser sa langue sur leur extrémité. La blonde pencha la tête vers l'arrière à la sensation, partant de la bouche de Lexa, mais se répandant en écho jusqu'entre ses cuisses.

Lexa fit descendre ses mains au bas du dos de Clarke, passa à ses sous-vêtements. Elle la fit passer à côté d'elle afin de pouvoir les lui enlever. Et ensuite, la blonde ne tarda pas à soustraire Lexa des siens également. Et en un battement de cils, elles furent peau contre peau, aussi près qu'il est possible de l'être, du moins presque.

Assises au beau milieu du lit, leurs jambes entourant le corps de l'autre, elles reprirent ces baisers interrompus depuis trop longtemps. Leurs mains traçaient le long des cicatrices et des grains de beauté, les reliant en constellation sur ce ciel plus magnifique encore que celui des cieux. Des frissons ondulaient sur leur peau exposée, créés par les caresses du bout des ongles, l'anticipation criante au bas de leur ventre.

Clarke lova sa main sur l'un des seins de Lexa, en caressa la courbure de son pouce. La brune passa sa langue sur ses lèvres, l'invitant à nouveau dans un baiser plus langoureux. Tout en allouant l'entrée, Clarke prit la main de Lexa dans la sienne, vint la guider là où elle la voulait depuis si longtemps. La blonde se défit de leur baiser quand elle sentit les doigts de Lexa passer en elle. Sans résistance, l'attente ayant préparé cette arrivée tant désirée.

Le souffle haletant, Clarke passa son autre main le long de la cuisse de Lexa, puis descendit plus bas, pénétra en elle à son tour. La brune laissa aller sa tête sur le côté, inspirant difficilement maintenant. Les doigts de Clarke allaient sans cesse, ajoutant avec chaque retour plus de plaisir perceptible aux sons qu'abandonnait Lexa. Leur rythme s'accéléra, leurs mouvements complices s'affairant entre elles. L'air semblait s'être volatilisé. Chacune avait peine à le rattraper alors que leur peau devenait moite, la transpiration commençant à perler sur elles.

Lexa la saisit par la chevelure, approchant son visage du sien. Leurs fronts se touchèrent en angle, le bout de leur nez se frôla. Elles respiraient fortement, leurs lèvres à proximité sans se toucher. Clarke passa son pouce au bas de sa bouche et Lexa le caressa du bout de sa langue. Le contact la parcouru toute entière, vint s'ajouter au plaisir travaillé plus bas. La blonde lui releva le menton alors que leurs souffles devenaient de plus en plus sonores.

Le bleu se fondit dans le vert. Elles se fixèrent intensément, virent leurs pupilles vacillantes et dilatées sous l'excitation à son paroxysme. Faisant durer le moment, s'attendant l'une l'autre, elles se cambraient suivant les doigts qui les torturaient de plus en plus. Et d'un même soupire étouffé, elles laissèrent aller. Leurs corps s'arquèrent, se pressèrent plus encore. Dans cette vague qui les submergea toutes entières, elles finirent de se rejoindre, enfin.

Elles restèrent immobiles, enlacées et toujours tremblantes. Quelques soubresauts les faisaient encore tressaillir alors qu'elles s'embrassèrent à nouveau. Puis elles se prirent dans leurs bras, ses serrèrent dans tout ce flot d'endorphine qui les baignait. Le souffle court elles s'étendirent sur le lit, cherchant ensemble cet air qui leur manquait.


Ni l'une ni l'autre n'avait pu trouver le sommeil, et ce, malgré tout le poids de la fatigue qui les submergeait. Elles s'étaient enfin retrouvées, étaient enfin réunies, et la simple idée d'échapper une seule seconde, même au sommeil, leur semblait impossible. Elles étaient donc restées là, enlacées, à laisser le temps passer, celui qui n'apportait plus d'envahisseur à leur porte, plus de duel incertain à mener.

La neige finit par cesser, le couvert nuageux par s'amincir. La chambre avait été jusqu'alors un refuge pour les amantes, les gardant de tout ce qui s'était passé, des échos qui en restaient hors de ses quatre murs. Elles s'y étaient cloisonnées, réfugiées seules, mais seules ensemble.

Lexa passa ses doigts dans la chevelure blond clair, traça le côté du visage de Clarke. Elle déposa un baiser sur son front, puis se redressa sur le matelas. Les draps glissèrent sur son corps, exhibant sa peau nue à l'air. Hors des bras de la blonde, elle frissonna, mais ne revint pas auprès d'elle. Lexa empoigna une couverture et la passa sur son dos, s'y enveloppa avant de se relever. Elle s'arrêta au pilier du pied du baldaquin et y prit appui. Ses yeux se posèrent sur la silhouette de Clarke cachée bien au chaud. La commandante esquissa un léger sourire que la blonde lui rendit à son tour.

Clarke se redressa et vint réduire la distance qui les tenait éparses. Lexa entrouvrit les bras, offrant sa propre chaleur et celle de la couverture. Elles se prirent dans les bras l'une de l'autre et se serrèrent de longs instants.

- Tu viens avec moi? demanda Lexa sans la relâcher.

Clarke hocha la tête, sans même savoir où elle désirait aller. Car maintenant elle ne la laisserait plus, plus jamais. Elles passèrent au placard et revêtirent des vêtements chauds. Vêtues de tenues hivernales, elles sortirent de la maison de la commandante, plongèrent dans le froid et la nuit qui tirait à sa fin.

Les rues étaient désertes, tous étaient dans leur foyer, à chérir ceux qui étaient revenus, ceux qui avaient survécu à leur absence. Personne n'avait osé se soustraire de leur demeure et la fine couche de neige trahissant cette simple vérité. Un léger tapis floconneux recouvrait la cité, les toits, les allées, et aucune empreinte de pas ne s'éloignait des porches. Elles avancèrent côte à côte, laissant le chemin parcouru derrière elles. Dans le silence de la nuit, Lexa les mena à ce repère gardé d'une porte rouge. Elles parcoururent les ruelles lentement, la commandante regardant ici et là tout le saccage qui avait été fait à sa cité.

Au pied des marches de la petite maison recouverte de lierres, elles s'arrêtèrent. La porte était entrouverte, oscillant sur ses goujons arrachés près du cadrage. Clarke sentit les doigts de Lexa se resserrer autour des siens. La brune osa un autre pas vers l'avant, puis alla pousser sur la porte dans un grincement métallique. Elles traversèrent la maison, enjambant les meubles fracassés au bas des murs. Si la demeure avait été assaillie, ce n'était rien comparé à ce qui les attendait dans la serre.

Lexa relâcha la main de Clarke qui n'osa aller plus loin, sentant qu'elle se devait de la laisser poursuivre seule. Les pas de la commandante résonnèrent sur tout le verre cassé jonchant le sol. Elle avança lentement, son regard parcourant la pièce. Les grandes fenêtres avaient été brisées en d'innombrables éclats, avaient laissé le froid pénétrer les lieux. Une fine couche de neige s'était déposée, avait ravi ce qui restait à prendre. Lexa s'approcha de l'une des plantes tombées à la renverse. De son index et son pouce, elle caressa l'une des feuilles désormais givrées. Au contact, celle-ci se détacha de sa branche, glissa au creux de la paume de Lexa, redevint verte, perla le gel fondu. La brune la regarda un moment, puis referma sa main en un poing, continua à déambuler au hasard.

Elle traversa la pièce, alla se poster devant le mur de brique. Lexa l'admira une nouvelle fois, toisant chaque détail. Elle entendit le bruissement du verre derrière elle alors que Clarke se risquait maintenant à venir la rejoindre. La brune posa sa main sur l'arbre peint, à la hauteur des sillons de l'emblème des sœurs. La petite feuille la quitta, virevolta en spirale avant de s'échouer par terre.

- Dria est partie, finit par dire Lexa, une fois de plus.

Mais maintenant la voix était toute autre. Ce n'était plus sous un ton d'accusation ou dans un cri de douleur, non. Elle avait laissé aller cette vérité avec résignation.

- Elle reviendra, tenta de dire Clarke d'un espoir peu convaincant.

- Non… pas cette fois.

Lexa passa sa main à son cou, caressa les deux médaillons qu'elle avait. Elle les sentit lourds maintenant qu'ils étaient réunis, comme s'il était étouffant de les porter ensemble, car ils ne devaient jamais être qu'à une seule des sœurs.

- Cette fois-ci, c'est différent. La nuit avant le duel elle est venue à moi, m'a demandé de lever les yeux au ciel.

En disant cela, Lexa posa son regard sur le haut de la peinture de Clarke, sur la lune et le soleil au-dessus du grand chêne d'Alexandria.

- Elle m'a fait remarquer la beauté du ciel, que même sans la lune il restait magnifique. Car il était parsemé d'étoiles et que contrairement à la lune, elles veillaient sans cesse. Elles ne sont pas changeantes, mues par un cycle d'absence à venir. Elles restent là…

Lexa se retourna vers Clarke et s'approcha d'elle. Du revers de la main, elle écarta le col de son manteau, dégagea le pendentif qu'elle portait. Elle le prit entre ses doigts alors qu'elle plongeait son regard dans le sien.

- Elles brillent entre nous… entre la lune et le soleil…

Ses mots se brisèrent dans sa gorge nouée. Son menton se crispa et ses yeux se voilèrent.

- Je n'ai pas su la retenir, dans ses yeux il y avait cette envie de partir, plus qu'un désir… un besoin. Je lui ai demandé de rester avec moi…

Clarke alla caresser sa joue.

- Mais elle s'en est allé, ajouta la blonde.

- Ne me laissant que ma mémoire pour l'oublier, compléta la commandante.

Clarke passa l'une des mèches de Lexa derrière son oreille, lui sourit du mieux qu'elle put, tentant de la réconforter. Lexa baissa les yeux vers le médaillon en forme d'étoile.

- Elle brille entre nous, redit-elle en caressant le pendentif.

- Je suis là, Lexa.

- Mais tu devras repartir, l'échange est terminé, ou du moins interrompu. Sans elle pour apprendre des tiens, tu dois t'en aller tu…

- Non, dit doucement Clarke en prenant la main de Lexa dans la sienne, celle qu'elle avait posée sur son pendentif en forme d'étoile.

De son autre main la blonde caressa le visage de Lexa, traça sa mâchoire du bout de son pouce.

- Ma place est ici… avec toi… dans cette nuit sans lune… les étoiles veillent sans cesse, ne l'oublie jamais.

- Clarke…

Lexa la prit dans ses bras, la serra aussi fort que tendrement. Clarke se laissa aller dans cette accolade dont elle ne voulait plus jamais se dérober. Le temps pouvait s'arrêter, les abandonner ici, peu importait, elles étaient seules, mais seules ensemble.

Elles restèrent là, sans compter les minutes qui les accompagnaient. Elles finirent par quitter la serre givrée, repasser la porte rouge chancelante. Les souvenirs de jadis avaient été gelés, brisés, réduits en cendre. Polis avait saigné, été mise à mal, mais comme toutes deux, elle était encore là. De ses ruines elle se reconstruirait, suivant cette vérité aussi simple qu'évidente, il n'est rien que le temps de peut guérir.

Elles marchèrent vers le port, allèrent à cette petite plage où Lexa lui avait fait voir la mer pour la première fois. Malgré la morsure du vent d'hiver, elles s'assirent sur le sable figé en fines dunes ondulantes. Après tout ce qui s'était passé, il y avait quelque chose de libérateur à observer pareil immensité. Et les premiers rayons de clarté finirent par percer l'horizon. Les nuages abdiquèrent leur règne incessant, relevant leur voile grisâtre qui avait recouvert la capitale. Le bleu revenait de sa longue absence, enveloppait l'orangé de l'aurore. Le soleil se leva sur un jour nouveau, le premier d'une longue lignée prometteuse. Les jeux de couleur se peignirent en miroir sur la vaste étendue d'eau, s'étirèrent au fil des vagues s'échouant sur la plage. Les amantes improbables restèrent là, contemplant en silence ce que l'océan semblait faire si aisément, oublier.