Baissez vos armes ou je fais exploser ce chapitre ! XD
Hellow mes peluches, comment allez-vous ? =3
Navrée pour le retard, j'ai vraiment eu beaucoup de mal avec ce chapitre. Pour tout vous dire, il était même pas à la moitié le jour de sa sortie. Je l'ai fini dimanche, la correction s'est achevée hier et je viens tout juste de finir la relecture finale. La raison ? Bah oui, faut bien que je vous en sorte une. Alors, qu'est-ce que j'ai dans mon chapeau ? Mais oui ! Les études ! Non je blague XD ou du moins en partie, car la principale raison c'est que j'arrivais pas à commencer ce chapitre. J'ai du le recommencer un bon nombre de fois, effaçant parfois au moins trois pages. Je déteste le temple de l'Ombre et je suis pas à l'aise avec tout ce qui est morbide, mais en même temps j'adore Bongo Bongo et tout le background de cet endroit. Du coup... vous me direz ce que vous en pensez =P
Remerciements à tous ceux qui continuent de me suivre, vous êtes des amours =3
Spécial thanks à toi vona-Elisha, ton commentaire était parfait XD Et il m'a fait rudement plaisir =D Vraiment désolée pour Link et Sheik mais... si ça peut te rassurer, il ne sait rien passé entre ces deux là, si tu vois ce que je veux dire ;) C'est des gens civilisées quand même, et puis n'oublions pas qu'il y avait deux mégères qui pouvaient débarquer à tout moment. Niveau romantisme, on est loin là XD Ah oui les Twinrova... Elles m'ont aussi beaucoup marquées ces deux là. Par contre, comme je confond parfois les deux, ça n'a pas toujours été évident pour l'écriture XD Kaepora Gaepora est juste LE relou de service, rien que pour écrire son prénom U_U Heureuse de savoir que j'arrive à garder les personnages comme ils sont dans le jeu, c'est vrai que c'est parfois délicat (notamment pour Link qui ne parle pas à la base) =/. J'aurais préféré écrire ta proposition et sauter le temple de l'Ombre XD Mais bon... j'espère que ça te plaira tout autant (même si entre une bande de mort-vivants et deux amants, le choix est vite fait... On prend la bande XDD). Oui, du coup plus que deux chapitres maintenant Oo Je suis pas prête à terminer TwT (et en même temps j'ai trop hâte de faire l'épilogue Mouahaha XD). Bref, encore merci pour ton commentaire, il m'a fait énormément plaisir =D (PS : Pas besoin de meurtre, y a assez de mort comme ça dans ce chapitre U_U XD)
Egalement un spécial thanks à toi shadowthewolf04, très heureuse de recevoir ton commentaire =) Ne parlons pas de fin, ça me brise mon ptit cœur ToT XD Alors pour le « porteuse » et « manieuse » c'est normal que c'est féminin, ce n'est pas une faute d'inattention =O J'ai peut être pas était très clair mais en fait c'est pour dire que Sheik (je crois que c'est elle) prend la main de Link, celle qui porte la marque et qui manie l'épée, en gros sa main gauche quoi XD Et pour le chameau, je... Je sais pas quoi dire XD Il me fallait une monture, j'avais joué à BOTW, et du coup j'ai pensé à Vah Naboris et je me suis dis « tiens ! Pourquoi ne pas trouver une origine à cette créature divine ? » Et du coup voilà... Après je voulais pas me lancer dans quelque chose de trop complexe à mettre en place, comme le fait qu'elles utilisent un bateau (même si l'idée est hyper génial =O) et je trouvais que les morses de sable pour le coup faisait trop BOTW =/ Quant à la raie géante, j'ai moi aussi eut cette idée XD Mais... je la conserve pour une potentielle future histoire ;) Et puis c'est beaucoup trop classe pour n'apparaître qu'un fragment de seconde dans une historie =O Comme tu dis, on fonce vers la fin XD En espérant qu'on se prenne pas un mur en chemin... En tout cas merci pour tes frustrations, ça m'a permis de voir que je suis pas toujours très clair (même si je le sais déjà XD) et de confirmer mon idée de raie =3 En espérant la suite te plaise tout autant =D
Je tiens à préciser que le monde et les personnages de Zelda appartiennent entièrement à Nintendo, seul ce que j'en fais n'appartiens qu'à mon imagination...
Attention, en théorie (si j'ai bien fait mon job) certaines scènes peuvent choquer les plus sensibles (mais genre vraiment les plus plus sensibles). Mais bon, en même temps, c'est le temple de l'Ombre, vous vous doutiez bien qu'on allait pas parler de bisounours XD Sur ce, bonne lecture mes petits effrois =D (oubliez pas de faire une pause dès que possible, les scènes sont assez longues pour une fois)
Chapitre XXVIII
La maison des morts
Posté sur le pont principal de l'embarcation, là où avait été tracé le symbole divin sur le parquet craquelé, il laissait l'essence de la relique prisonnière de ses doigts prendre progressivement possession de son esprit. Les lamentations funèbres se turent momentanément autour de lui, tout comme le chant des tambours. Quelques notes de musique s'élevèrent doucement dans les airs, formant l'inoubliable berceuse royale. Un tintement de clochette répondit à la mélodie. Rouvrant les paupières, le jeune homme décrocha alors lentement ses lèvres de son instrument, son regard rivé sur la poulaine du bateau. À celle-ci était accroché un imposant squelette encapuchonné dans un linceul carmin, camouflant son crâne noircit. Entre ses mains décorées de bracelets dorées, les fameuses clochettes firent de nouveau entendre leur chant. L'instant d'après, la barque se mit en mouvement, ses roues mécaniques la faisant doucement avancer dans la rivière de brume en contre bas pour rejoindre ce qui semblait être un tunnel interminable.
Laissant l'arche psychopompe effectuer librement son voyage, Link rangea soigneusement son ocarina avant de venir s'asseoir sur le rebord du pont. Ses yeux se perdirent alors dans la contemplation des rouages anciens à moitié avalés par la fumée blanche qui ne cessait de s'épaissir. Autour de lui, les mânes sortirent de leur léthargie provisoire pour reprendre leur macabre requiem, mélangeant pleurs et cris de rage, des mots prononcés dans une langue ancienne que lui ne comprenait pas mais qui parvenaient souvent à faire frissonner sa partenaire. Celle-ci avait refusait de lui traduire la totalité de ces échanges spirituels, mis à part quelques phrases non prises au hasard dans le flot les entourant.
« Reposent au fond des ténèbres pièges vicieux, trappes sournoises, et l'ombre qui masque le chemin. »
Un avertissement qui s'était avéré juste très rapidement. Contrairement aux temples qu'ils avaient déjà pu visiter, celui des Ombres avait la particularité de présenter une progression linéaire. La salle principale avait ainsi laissé place à de nombreux chemins possibles s'engouffrant tous dans les profondeurs des ténèbres. Les illusions étaient courantes, tout comme les pièges. Sans le Monocle de Vérité, il était quasiment impossible de progresser sans tomber dans un traquenard empli de monstres pour la plupart déjà défunts depuis longtemps. Ici, la mort était omniprésente, faisant de ces lieux sa demeure principale. La plupart des salles étaient construites en pierres grises, mais certaines, directement creusées dans la roche telle de gigantesques tombes, présentaient un sol jonchant d'os du genre humain. Et alors que la première zone du temple lui avait rappelé son périple dans le puits sept ans plus tôt, sa rencontre avec un deuxième Poignant ayant réveillé des souvenirs qu'il aurait préféré oublier pour de bon, il s'était vite rendu compte qu'il s'agissait là d'une véritable idylle comparé à ce qui l'attendait par la suite...
« Seuls ceux aux pieds légers pourront traverser la vallée des morts... »
Se remémorant ces mots, il dévia son regard en direction de ses bottes brunes à présent décorées de chaussons ambrés. Sur chacun de ses talons, une paire d'ailes, animée d'une volonté lui étant propre, battait lentement l'air au rythme imposé par les clochettes. C'était grâce à ces bottes des airs, découverts dans le coffre gardé par le Poignant, qu'il avait pu rejoindre la deuxième zone du temple, et découvrir par la même occasion le véritable visage de cet endroit morbide. L'ambiance anxiogène n'avait cessé de s'intensifier au fur et à mesure de sa progression, le son des tambours devenant de plus en plus perceptibles et les âmes beaucoup plus violentes dans leurs propos. Il avait réussi à en faire abstraction, tout comme il parvenait plus ou moins bien à ignorer l'odeur putride qui emplissait chacune des nombreuses salles qu'il avait pu visiter. Plusieurs fois pourtant, il avait senti son ventre se retourner dans son abdomen, déversant l'acidité de sa propre bile dans sa gorge. Il en avait vu des choses durant sa courte existence, de multiples cadavres d'hommes, de femmes, et même d'enfants. La vision de la mort n'avait plus aucun effet sur lui, du moins le pensait-il avant de voir ces paysages cauchemardesques. Des statues de faucheuses faisant lentement tournoyer leur arme au tranchant inévitablement mortel. Des torches accueillant des flammes bleues, aussi froides que la mort, dans de véritables crânes. Des gargouilles délivrant un flux d'air, tentant de le projeter dans les nombreux gouffres sans fonds fragmentant certaines salles en plate-formes. Sur les murs, des sculptures représentant des visages au sourire malsain soutenus par des mains griffues et donnant l'impression d'être constamment épié. Des pointes de métal sur lesquelles reposaient encore des cadavres aux orbites vides. Des cellules contenant intact les effets personnels de ses anciens détenus et aux parois complètement recouverts de symboles tracés à l'hémoglobine. Des giclées de sang sur le sol, les murs et même sur les chaînes pendant au plafond de certaines pièces. L'une d'elles enserrant le cou de ce qui semblait être une petite fille, ses vêtements complètement déchiquetés révélant un corps dévoré par les vers, qui s'était animé à l'instant où il avait franchi le seuil de la salle. Des Grossbaffes rodant dans les labyrinthes, poussés par leur envie vorace d'étouffer une énième victime de leur poigne desquamée. Des monticules de chair se mouvant dans sa direction, les membres multiples s'en échappant tentant de le saisir de leurs doigts anormalement pliés vers l'arrière. Des guillotines, décorées de rats sournois en métal, qui barraient le chemin de leur tranchant encore entaché par le sang de leurs anciennes victimes. Il y avait eu ce groupe d'effrois qui s'étaient mis à le traquer et qui, absents de toute conscience, n'avait pas chercher à esquiver ces lames mécanisées et avaient fini en charpie. Il revoyait parfaitement les rivières de boyaux desséchés se dessiner sur le sol tandis que l'avant de certaines créatures rampait dans sa direction, abandonnant derrière eux leurs jambes encore mobiles...
Link ferma brusquement les yeux, voulant chasser ces nombreuses images glauques de son esprit. Il tenta d'ignorer la menace émise par ses viscères qui ne demandaient qu'à pouvoir se libérer de tout ce sentiment d'horreur ressentit ces dernières heures. Mise à part celui de la forêt, chaque temple représentait autrefois un lieu de culte pour le peuple en charge de sa surveillance. En l'occurrence, il s'agissait ici des Sheikahs, un peuple qui avait quasiment disparu depuis de nombreuses années. Aussi, à la vue de cette énorme nécropole mort-vivante, il ne pouvait empêcher la naissance de nombreuses questions dans sa tête. Pourquoi les lieux regorgeaient-ils autant d'ondes négatives ? - l'absence totale de l'essence de Ganondorf indiquant que ce dernier n'avait pour une fois joué aucun rôle dans la corruption du temple. À qui appartenaient tous ces corps que la mort ne semblait guère vouloir cesser d'utiliser comme des pantins ? Quelles raisons de vengeance retenaient toutes ces âmes sur terre ?
« Temple de l'Ombre. Ici sommeillent les légendes sanglantes d'Hyrule, faites de haine et de cupidité... »
Ces mots que ne cessaient de répéter les mânes au creux de ses tympans, comme un énième avertissement, retentirent de nouveau. Il pouvait sentir leur regard inexistant sur sa silhouette absinthe, la caresse de leurs membres immatériels sur sa peau, dressant un à un chacun de ses poils. Le froid lui mordait les os au travers de ses couches de chair, et pourtant n'était que très peu responsable des frissons multiples chatouillant son échine. Il détestait cette impression, se sentant comme un poisson hors de l'eau entouré de nombreuses mouettes affamées. Il détestait cet endroit beaucoup trop obscur pour un champion de la Lumière tel que lui, la pénombre prenant par moment d'égarement une forme familièrement cauchemardesque. Seule la lueur réconfortante de sa partenaire, perchée sur son épaule, les mains plaquées sur ses oreilles pour filtrer au mieux le chant des âmes, permettait de percer les ténèbres denses les enveloppant, et par occasion de chasser ces ombres moqueuses. Il pouvait également compter sur le Monocle de Vérité pour déceler le vrai du faux. Cependant, il tentait de l'utiliser au minimum, l'emploie de son filtre parme étant beaucoup trop énergivore. Repensant à l'objet l'ayant guidé jusqu'ici, il porta sa main à sa ceinture où il l'avait accroché, ses doigts rencontrant la surface lisse et froide. Son autre main vint quant à elle distraitement masser son arcade sourcilière où trois entailles rougeoyantes étaient encore visibles, marquant le lieu d'ancrage de l'œil artificiel. Au même moment, Navi se redressa avec hâte sur son épaule, son mouvement soudain empêchant son protégé de replonger dans ses songes. Elle retira lentement ses mains de ses oreilles, semblant guetter quelque chose. Le regard tourné dans sa direction, Link observa alors ses sourcils se froncer progressivement.
« - Qu'y a-t-il ? Demanda-t-il alors, intrigué »
Elle leva un instant sa main, lui faisant comprendre de patienter. Obéissant, il riva son attention vers le point que semblait fixer la petite fée. Mais il comprit rapidement qu'il ne s'agissait pas d'une chose visuelle, l'entendant à son tour. Les tambours avaient accéléré, créant un rythme parfaitement synchronisé avec les battements de son propre cœur. Poussé par un instinct primitif de survie, il se releva brusquement. Sa main gauche trouva naturellement le chemin menant à la garde de son épée. Le chant métallique de cette dernière se fit entendre, dominant durant un court instant les lamentations funèbres.
« - Ils sont en routes, marmonna Navi, toujours concentrée par ce qu'elle percevait. Le maître a donné l'ordre. Ils seront bientôt là.
- Qui ? »
Elle plissa davantage les yeux, se mettant en quête de l'information permettant de répondre à sa question. Et lorsque les deux paires céruléennes se croisèrent, Link comprit qu'elle venait de l'obtenir.
« - Les nochers des Enfers. »
À l'entente de ces mots, le guerrier ouvrit la bouche, s'apprêtant à répondre. Il fut cependant coupé dans son élan par un soubresaut qui parcourut soudainement l'embarcation. Déstabilisé, il perdit l'équilibre et chavira en direction de la rivière brumeuse.
« - Link ! Entendit-il juste avant de voir les lames de bois défiler devant son visage »
Juste à temps, son épée parvint à se loger dans la coque du navire, traçant une fissure de quelques centimètres dans le bois avant de se stopper définitivement. Il grimaça légèrement en sentant l'onde de choc se propager le long de son bras. Son regard s'attarda ensuite un instant sur les roues juste en dessous de lui. Elles continuaient de tournoyer, fondant la rivière immatérielle au milieu de laquelle des mains nébuleuses se tendaient dans sa direction, désireuses de l'accueillir dans une étreinte mortelle.
« - On a dû frôler un rocher, lâcha-t-il pour rassurer sa partenaire qui... n'était même pas là pour s'assurer de son état. »
Intrigué par cette réaction inhabituelle pour la petite fée, qui en temps normal se serait déjà précipité à ses côtés pour guetter la présence de la moindre blessure, il leva les yeux pour chercher la silhouette nimbée de bleu. Elle se tenait au même endroit qu'auparavant, voletant au-dessus du pont en lui tournant le dos. Agissant comme s'il ne venait pas de passer littéralement par-dessus bord.
« - Merci de t'inquiéter, rouspéta-t-il alors en resserrant sa prise sur la garde de son épée, je devrais pouvoir m'en sortir si cela t'intéresse.
- Tu ferais mieux de rester là où tu es jusqu'à la fin de cette petite croisière, l'entendit-il murmurer sans se retourner. »
Il haussa un sourcil. Plaît-il ? Se rendait-elle au moins compte de la position dans laquelle il se trouvait ? Comment voulait-elle qu'il passe le reste du voyage ainsi, suspendu par la seule force de ses bras au-dessus d'un fleuve d'âmes tourmentées ? N'y tenant plus, il fourra sa main libre dans sa sacoche et s'empara de son grappin. Le crochet alla solidement se planter sur le haut de la coque. Aidé de ses bottes ailées, il parvint ensuite à escalader les derniers centimètres pour rejoindre le pont central à quatre pattes.
« - Tu aurais mieux fais de m'écouter, l'accueillit-elle en soupirant.
- Sans façon, répondit-il légèrement essoufflé »
Les yeux clos, il s'accorda un instant pour retrouver une respiration convenable. L'odeur putride, étrangement plus intense que précédemment, emplit alors ses poumons.
« - Ce n'était pas un rocher, déclara soudainement Navi comme pour attirer son attention vers quelque chose. »
Ne comprenant pas les mots de son amie, il rouvrit les paupières pour l'interroger du regard. Seulement, au lieu de tomber sur la silhouette féerique, ses yeux se posèrent sur ce qui ressemblait étrangement à une paire de tibias décharnés. Des lambeaux de chair pendouillaient lamentablement sous les genouillères, camouflant la vision des rotules sans aucun doute dans le même état. Les lignes des fémurs guidèrent ensuite son regard vers un bassin et une cage thoracique complètement vidés d'organes, puis vers les épaulettes de métal encadrant la nuque uniquement composée de vertèbres. Le crâne les surplombant semblait sourire, la lueur rubiconde dans chaque orbite vide lui donnant un côté malsain qui s'accordait à la perfection avec l'arme rouillée prisonnière des phalanges. Comme ayant attendu la fin de son inspection, la créature émit un puissant cri strident lorsqu'il reporta son attention sur le visage nacré. L'haleine fétide se mêla au parfum de la chair décomposée, gâtant les narines vivantes de ce cocktail immonde. Puis, tandis que le blond effectuait déjà une roulade sur le côté, anticipant les actions de ce qui allait être son adversaire, le squelette leva son arme en l'air pour venir l'abattre sur le parquet du pont.
« - Tu aurais put me le dire qu'on avait un visiteur, maugréa-t-il ensuite en se redressant.
- Tu veux plutôt dire des visiteurs, le corrigea sa partenaire en attirant son regard en direction de la cabine. »
Sur cette dernière se tenait une vingtaine de silhouettes semblables à celle l'ayant accueilli, leurs iris carmin braqués dans sa direction. Une armée de Stalfos, une armée de morts-vivants, une armée immortelle. Car si au moins l'un d'entre eux parvenait à rester debout après la mort de ses congénères, un simple cri suffirait à réanimer ceux ayant péri. L'unique solution contre ce soutien macabre était de réduire en poussière les squelettes mis à terre. Malheureusement, il s'agissait là d'une option non-envisageable, et de loin. L'utilisation de bombes ou de flammes était en effet à proscrire sur un navire en bois, notamment lorsque celui-ci voguait au milieu d'âmes tourmentées.
« - C'est une plaisanterie, rit amèrement le jeune homme.
- J'aurais préféré, crois-moi. »
Mais en même temps, cela était à prévoir. Une simple croisière de santé aurait juré avec le décor sordide du temple. Ici, les ennemis semblaient compenser leurs faibles capacités offensives par leur nombre commensal. De plus, hormis les Saigneurs et les Skulltulas peuplant les recoins des salles, ses adversaires avaient principalement été soit des cadavres animés, soit des pièges de métal. Or, là où l'acier ne craignait en rien le tranchant de son épée, les corps sans vie continuaient d'attaquer en ignorant complètement les assauts adversaires. Au final, peut-être s'était-il plaint trop rapidement des Haches-Viandes qui, à défaut de combattre sans répit, conservaient tout de même un semblant d'humanité. Car une fois à terre, eux ne revenaient pas miraculeusement à la vie, comme c'était constamment le cas ici, l'absence totale des flammes bleues de la mort permettant aux corps tombés au combat de se réanimer.
Le Stalfos d'accueil émit de nouveau un cri, rapidement imité par ses alliés qui brandirent devant eux leurs armes. Puis, comme un seul squelette, ils se mirent à frapper le parquet de leurs bottes usées, empruntant le rythme conservé par les cloches du navire. Les tambours continuaient quant à eux de marquer les temps et les contre-temps, formant rapidement une cacophonie oppressante capable de faire trembler l'embarcation. Conservant son regard fixé sur les silhouettes, ou du moins sur autant qu'il pouvait, Link équipa prudemment son bras de son bouclier. Ce simple geste fut alors rapidement interprété par ses adversaires qui sautèrent d'un même mouvement de la cabine pour atterrir lourdement sur le pont central.
« - On a déjà vu pire, non ? Tenta-t-il d'ironiser en adoptant une posture de défense, l'armée squelettique reprenant déjà son tempo de guerre
- Tu veux dire pire qu'un escadron de Stalfos ? »
Ils échangèrent un regard. Pouvait-on réellement dire qu'il y avait des choses pires que d'autres ? Malheureusement, ils ne purent converser davantage sur cette question car un énième cri les rappela à l'ordre. L'instant d'après, la lame du hurleur rencontra la surface de son bouclier. Puis, comme si cette simple offensive était le signal de départ, les dix-neuf autres squelettes se mirent à courir dans sa direction. Les coups pleuvaient de partout et, pourtant, ne semblaient même pas l'effleurer. Du moins le pensait-il avant de sentir une lame émousser entailler la chair de son épaule. Grimaçant, il donna un puissant coup de pied dans le diaphragme du responsable pour le faire reculer. Une seconde lame frôla son mollet, déchirant à peine la surface de son bas. Très vite, il se rendit compte qu'il était encerclé, les Stalfos sans cesse en mouvement tournant autour de lui en se mêlant les uns aux autres. Comprenant cette stratégie de meute, qui consistait à attirer l'attention de la proie à plusieurs endroits pour pouvoir l'attaquer dans son angle mort, Link plissa légèrement les genoux et brandit son épée vers l'arrière, préparant une attaque circulaire. Effectuant sa rotation, il constata cependant la présence que de peu de contact contre sa lame, son offensive ne parvenant qu'à faire reculer seulement deux ennemis. Les autres avaient conservé leur position, ignorant complètement l'onde d'énergie produite par l'épée de Légende. Il comprit rapidement la raison lorsque, donnant un coup horizontal au squelette face à lui, sa lame se contenta de trancher du vide, traversant sans encombre ce qui aurait dût être la solidité d'un crâne.
« - Ceux son des illusions ! Déclara Navi au moment même où le mot apparaissait dans son subconscient »
Des illusions, oui, de simples ectoplasmes ayant pris la forme de ses adversaires. Meg, l'aînée de la Confrérie, avait déjà utilisé cette tactique sur lui, créant des clones d'elle-même pour tournoyer autour de lui et le frapper de sa torche par-derrière.
Sur sa droite, un Stalfos leva son arme. Par réflexe, il bloqua le coup de son bouclier. Seulement, au lieu de rencontrer la surface dure de ce dernier, la lame adverse le traversa littéralement tandis qu'une seconde, bien réelle cette fois-ci, vint s'enfoncer dans la chair de son épaule droite au niveau de son omoplate. Se retournant brusquement, il donna un violent coup de bouclier dans la tête du perfide. Sous le choc, le crâne se décrocha des vertèbres et s'envola par-dessus bord. Le corps, quant à lui, recula de quelques pas, son bras détaché restant agrippé à l'arme émoussée. Enroulant ses doigts autour du radius, Link retira ensuite lentement l'épée de sa chair, grimaçant pour étouffer un gémissement de douleur. Un flot de sang s'échappa alors de la plaie, coulant le long de son dos. Mais il n'y prêta pas attention car déjà, averti par sa partenaire, il bloqua à l'aide du membre squelettique l'attaque du second Stalfos non-fantôme. L'avant-bras alla ensuite rejoindre sa tête dans la rivière brumeuse tandis que lui s'emparait déjà du Monocle de Vérité pour le placer devant son œil gauche. Aussitôt, les excroissances carmin vinrent s'ancrer dans son arcade sourcilière, rouvrant les lésions creusées précédemment. La sensation désagréable de ponction énergique se mit ensuite en place, tout comme le filtre parme qui, lorsqu'il ferma son deuxième œil pour ne garder que cette vision révélatrice, fit disparaître la plupart des ennemis. Comme il le pensait, seuls deux Stalfos étaient véritables, les autres n'étant que mensonges.
« - C'est déjà mieux, dit-il en affichant un sourire en coin. »
Et, passant outre les corps illusoires se mettant sur son trajet, il fonça en direction du squelette ayant encore la tête sur les épaules. Comprenant lequel il souhaitait attaquer, la lueur de sa partenaire lui indiqua où frapper. Le tranchant de son épée s'insinua ainsi juste entre deux vertèbres, séparant la cage thoracique du bassin. Sa partie haute à terre, le Stalfos émit alors un cri strident de mécontentement. Le corps décapité de son confrère le rejoignit aussitôt, attrapant au passage les jambes toujours mobiles du premier pour s'en servir d'armes et attaquer celui qui osait être vivant à bord de ce navire funèbre. Link bloqua ses coups de tibia à l'aide de son bouclier, reculant progressivement vers la cabine. Puis, lorsqu'un second cri retentit, le Stalfos sans tête fit demi-tour et vint s'accroupir à côté de son allié. Les os des deux corps se mélangèrent alors, créant un monstre munit de trois bras chacun armé d'un fémur ou de l'épée restante. Aux commandes de ce nouveau corps, le crâne fit claquer ses mâchoires d'où s'échappa un rire caverneux.
« - Navi, trouve-moi le point faible de cette... chose.
- C'est comme si c'était fait ! Déclara-t-elle en se propulsant en direction de ladite chose »
Mais à peine eut-elle le temps de battre des ailes que l'adversaire se tenait déjà devant son protégé, utilisant les jambes non reliées au corps pour se déplacer plus rapidement à quatre pattes. Bouclier brandit au-dessus de sa tête pour encaisser le coup des deux tibias, il para l'épée rouillée à l'aide de la sienne à quelques centimètres de son flan. Profitant de son immobilité forcée, le Stalfos mutant tendit alors le cou et vint mordre violemment l'avant-bras droit du guerrier. Du sang gicla sur les joues osseuses, rehaussant la tinte vermeil des pupilles artificielles. Pour la seconde fois, Link retint un gémissement de douleur, sentant les dents mastiquer sa chair sous son vêtement nimbé de rouge. Prenant sur lui, il repoussa de toute ses forces l'épée de la créature et, visant la lueur bleue féerique, décapita la tête. Repoussant les armes squelettiques avec son bouclier, il fit ensuite un salto arrière pour s'éloigner un instant et arracher le crâne resté planté dans son bras avant de l'envoyer par-dessus bord. Il entendit son cri se répercuter contre la coque du bateau, rapidement engloutit par les lamentations des défunts. Soupirant, il fit quelques pas en arrière et laissa son dos s'appuyer un instant contre le mur de la cabine. Instinctivement, il vint poser sa main sur sa plaie. Son bras droit commençait à s'engourdir et la douleur devenait presque insoutenable. Seulement, avant de quérir l'aide d'une fée guérisseuse, il voulait mettre un terme à ce combat, s'assurant ainsi d'encaisser un maximum de dégât avant, pour ne pas devoir en utiliser une seconde plus tard. Navi sembla le comprendre car n'émit aucun reproche vis-à-vis de son inconscience comme elle avait coutume de le faire, se contentant de taire son inquiétude pour son protégé. Après tout, qui pouvait bien savoir quelles monstruosités ce temple pouvait encore cacher ?
Voyant au loin son adversaire se diriger dans sa direction, il se redressa doucement. Sa partenaire fut la première à retourner au combat, tournoyant déjà autour du tronc aux membres multiples. Les doigts nimbés de son propre sang, Link resserra quant à lui sa prise sur son épée, attendant le bon moment pour frapper. Au moment où le Stalfos se tint juste devant lui, levant déjà en l'air ses trois bras pour attaquer, le blond se baissa et esquiva sur le côté pour se retrouver dans son dos. Suivant la lueur céruléenne, il priva ensuite le squelette de ses rotules, le faisant chavirer en avant pour coincer la cage thoracique contre la cabine. Le reste fut un jeu d'enfant, démembrer et réduire en mille morceaux les pièces osseuses étant nettement plus simple que de lutter contre une armada de morts-vivants. Et il ne cessa de trancher le cartilage qu'après l'apparition des flammes mortelles, ayant pour l'occasion arborées une teinte beaucoup plus verdâtre. Des grincements, comme tout plein de cris d'agonie, s'échappèrent du petit tas de cendres en train de se former sur le pont, se joignant au chant funèbre. De son côté, Link se laissa alors tomber à genoux, essoufflé, sa lame lui échappant momentanément.
« - Il a pas intérêt à revenir celui-là, soupira-t-il ensuite en retirant précautionneusement le Monocle de Vérité. »
Sa camarade, soulagée, rit à sa remarque. En protectrice modèle, elle s'engouffra dans la sacoche du blond pour en extraire une fiole contenant une fée guérisseuse endormie.
« - Tu as été très courageux, je suis fière de toi.
- Serait-ce de l'ironie que je perçois dans ta voix ?
- Va savoir ! Rit-elle de nouveau en venant se positionner devant lui »
Elle posa ensuite sa main sur le bouchon de la bouteille et releva les yeux, sourire aux lèvres. Cependant, ce dernier se fana bien vite et, tandis qu'un sentiment d'effroi s'installa progressivement dans son regard céruléen, la fiole lui échappa des mains. Link eut juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne se fracasse sur le pont, tendant la main en avant pour la cueillir dans les airs. Puis, intrigué, il interrogea du regard son amie pour son comportement. Elle ne porta toutefois pas attention à ses questions muettes, gardant ses iris rivés en direction d'un point situé derrière lui. Soupirant, il l'imita, se retournant pour se figer à son tour l'instant d'après. Comprenant que la croisière cauchemardesque ne faisait que commencer.
« - Tiens, tiens ! Déclara une voix rayée par les âges qu'il ne connaissait à présent que trop bien. Ne serait-ce donc pas ce jeune impudent, Koume ?
- Il semblerait en effet, Kotake ! Répondit une seconde, tout aussi désagréablement familière »
Les sorcières jumelles se tenaient de l'autre côté de l'embarcation, lévitant sans leur balai au-dessus de la poulaine, de part et d'autre du squelette encapuchonné. L'auréole qu'elles avaient acquise en trépassant était toujours présente au-dessus de leurs cheveux grisonnant, ayant cependant perdu son éclat initial. Surgit alors derrière elles ce qui ressemblait au squelette d'un énorme serpent, ou plutôt celui d'un dragon, et même plus exactement celui de Volcania. Link ne put que se souvenir, en voyant le corps osseux enveloppé de flammes violettes s'enrouler autour du navire, l'enfer que sa partenaire et lui avaient dût vivre dans le temple du Feu. Il pouvait presque sentir la lave lui brûler de nouveau la plante des pieds et entendre les gémissements de douleur de la pauvre petite fée aux ailes carbonisées. Puis, tels des fantômes de son passé, apparurent autour de lui bon nombre d'adversaires qu'il avait affronté et tué. Des Danses-Flammes, qui tournoyaient joyeusement sur le haut de la cabine, aux Draco-Lule, voletant au-dessus du pont principal en laissant derrière elles une traînée d'électricité rapidement absorbée par les Bari, représentations miniatures de la mortelle Barinade, qui flottaient au-dessus de la rivière imaginaire.
« - Il est plus difficile... de chasser les ombres... de son propre cœur... murmura une voix dans son dos. »
Sursautant, le guerrier se retourna alors vivement, faisant face au masque de Majora ancré sur le visage inerte de cet enfant rencontré sur la Lune. Derrière lui tournoyaient, telles les aiguilles d'un clocher, les masques de Rhork, Odolwa, Gyorg et Skor, encerclant la porte de la cabine à présent ouverte sur le corps de Dodongo. Ou plutôt ce qu'il en restait. À la vue de la chair verdoyante explosée, Link sentit son estomac se retourner, se remémorant les morceaux de la créature gicler dans tous les sens, recouvrant sa tunique d'enfant de viscères en bouillie.
« - Mais qu'est-ce que...
- Surtout, gardons notre calme. Ceux ne sont que des illusions, rien de plus, déclara Navi sans pour autant pouvoir détacher son regard de ces différentes silhouettes défuntes. »
Comme pour vérifier ses dires, elle s'empara du Monocle et le porta à hauteur des yeux de son ami, la magie de l'objet picotant le bout de ses doigts. Le filtre parme se superposa alors avec la vision peu ragoûtante du gros reptile explosé. Ses contours se floutèrent légèrement, son corps devint quelque peu translucide, mais la créature ne s'effaça pas tels les dix-huit Stalfos précédemment.
« - C'est... C'est impossible, murmura-t-elle tétanisée par cette découverte, la relique Sheikah devenant soudainement trop lourde entre ses petites mains de fée. »
Ce n'était pas des illusions. Toutes ces créatures, mortes au combat par la main de l'élu, ou par la conséquence de ses actes, étaient bien réelles.
Deux petites Zora, mortes étranglées en représailles pour ne pas avoir livré la Gerudo Inelle, apparurent un peu plus loin sur le pont, la plus jeune courant après la seconde en émettant des rires joyeux. La marque de la strangulation était encore visible sur leur peau azurée, ainsi que les nombreuses stries creusées à l'aide d'un fouet sur le dos de l'aînée. Perdant lentement de l'altitude pour venir se poser sur la cuisse du blond, Navi les suivit du regard, son souffle bloqué dans sa cage thoracique. Toutes ces âmes étaient réelles, affichant tel un trophée amer la raison de leur mort. Les petites filles aquatiques passèrent à côté de leur bourreau, assit sur le sol, sa tête coiffée de cornes en bronze posée entre ses jambes. Immobile, le capitaine Zieran ne leur prêta pas même un regard, tout comme elles ne se soucièrent pas de sa présence, poursuivant leurs jeux comme si de rien n'était. Elles passèrent au travers de ce qui ressemblait à un duo d'effrois déformés avant de disparaître par-dessus bord, regagnant les tréfonds brumeux. Tout comme la petite fée, Link avait contemplé leurs amusements, son regard soudainement assombri par toutes ces pensées insupportables qu'il croyait archivé au fond de son esprit depuis fort longtemps. Seulement, au lieu de les observer effectuer leur gracieux plongeon, son attention s'était entièrement stoppée sur les deux cadavres mouvants qu'elles avaient traversés. La peau de ces effrois était noircie, comme carbonisée. Le plus grand des deux possédait une déformation au niveau de son torse, qui s'avérait être un troisième corps, beaucoup plus petit. Comme comprenant qu'elles étaient observées, la seconde tendit dans sa directement son bras où le poignet manquait à l'appel, laissant apparaître au milieu de la chair brûlée la blancheur altérée de l'os. Les yeux du guerrier s'ouvrirent alors lentement en grand, comprenant l'horreur de la situation, tandis qu'un simple mot s'échappa des lèvres réduites en poussière.
« - Lyn... »
Il porta ses mains tremblantes à sa bouche, maculant ses joues de son propre sang. Un cri de détresse resta bloqué dans ses cordes vocales. Ayant à son tour reconnu le corps des trois fermières, Navi parvint quant à elle à détourner le regard, tout comme elle l'avait fait ce-jour-là en découvrant le cadavre carbonisé de Jun sous les décombres. Cet endroit était un cauchemar sans fin, un îlot de terreur perdu au milieu d'un funèbre fleuve infini. Ou presque. En déviant son attention, quelque chose attira la curiosité de la petite fée. Par-dessus les trois sœurs consumées, par-delà les torrents brumeux, une imposant silhouette se dressait avec en son centre un troue aussi sombre que les ténèbres. Rapidement, Navi reconnu les traits irréguliers dessinant le tronc d'une vieille connaissance, morte elle aussi. Tel la porte finale menant à l'autre monde, le Vénérable Arbre Mojo se tenait prêt à accueillir en son être le bateau du dernier voyage, ainsi que tous ses passagers... Les morts comme les vivants.
« - Oh non ! S'affola-t-elle en se propulsant soudainement dans les airs. Link ! Nous devons impérativement quitter cette arche ! »
Mais le garçon ne sembla pas l'écouter. Un sentiment nouveau, refoulé depuis bien trop longtemps, venait de ressurgir. Profitant de ce moment de faiblesse provoqué par la vue de tous ces morts, la culpabilité tenait à présent prisonnière la raison héroïque. Le maintenant clouer au sol, les yeux rivés sur ces corps sans vie pas sa faute, les doigts entachés de sang. Des mots se répétèrent dans son esprit, telle une litanie capable de chasser ces visions insoutenables.
« - Link, je t'en prie ! L'appela sa partenaire en cherchant à croiser son regard malheureusement perdu dans les limbes de remords
- Je suis tellement désolé... finit-il par prononcer à voix haute.
- Nous le sommes tous les deux, mais par pitié Link...
- Link, l'appela au même moment une autre voix. »
Et, à son entente, il cessa de respirer. Il la reconnaissait parfaitement, ayant hantée le moindre de ses rêves durant ces sept dernières années. Mais cela était impossible, car l'entendre ici signifiait que... Les cadavres de Jun et Kaifa s'éloignèrent, révélant derrière elles une silhouette beaucoup plus petite. Il s'agissait d'un squelette où des lambeaux de peau encore présentes laissaient apparaître un sourire juvénile et un iris safre. Une grande fissure parcourait la gorge de l'enfant, déversant sur la robe blanc et rose poudrée des flots de sang. Tout comme le bas du jupon et ses manches bleutées, la coiffe en satin était déchirée, révélant une chevelure blonde à moitié tressée. Un médaillon doré ornait son front, affichant fièrement le symbole de la Triforce.
« - Link, répéta la princesse en faisant un pas dans sa direction. J'ai mal, Link. Tellement mal... »
Elle tendit sa petite main dans sa direction, faisant glisser son bracelet en or le long de son avant-bras osseux. Non, elle ne pouvait pas être vraie. La princesse Zelda ne pouvait pas être morte, il le savait, elle était... Et pourtant, les larmes naissant au creux de l'œil restant ne cessaient d'affoler son instinct de protection. Il devait veiller sur elle. Plus que tout au monde, elle était ce qu'il avait de plus cher. Sa souffrance était la sienne.
« - Ne l'écoute pas ! Cria Navi en le voyant tendre à son tour sa main en direction du squelette royal. La princesse Zelda est en vie Link, tu le sais parfaitement ! Ceci n'est qu'une illusion ! »
Toutes les âmes présentes à bord de ce bateau étaient réelles, alors pourquoi en serait-il autrement pour la princesse ? Telle un pantin tiré vers le haut, le garçon se redressa sur ses jambes engourdies. Ses yeux toujours rivés sur la pseudo princesse, il amorça ensuite un premier pas dans sa direction, alarmant de plus en plus sa partenaire dont les supplications, pourtant hurlées en pleine face, ne semblaient guère l'atteindre. Comme si l'état de choc provoqué par cette mascarade macabre avait annihilé toute la clairvoyance du jeune homme.
Les doigts de chair n'étaient plus qu'à quelques centimètres de ceux osseux. Quand soudain, à l'instant même où ils allèrent entrer en contact, une énième silhouette fit son apparition sur le pont. Plus vivace que les autres cependant, elle se rua sur le jeune homme vêtu de vert, soulageant un instant la petite fée qui tentait vainement de faire barrage de son propre corps. Dans l'élan, Link fut projeté en dehors de la barque, passant par-dessus bord pour rejoindre la rivière de brume en contrebas. Là, des mains nébuleuses se chargèrent de l'accueillir, enveloppant leurs doigts glacés autour de lui pour l'entraîner dans les profondeurs de la mort. Cependant, le responsable de sa chute ne sembla guère du même avis puisqu'il sentit une poigne se resserrer autour de son poignet gauche et le tirer vers le haut. Pris au piège dans cette dispute, il ferma momentanément les paupières. La voix de Navi résonnait non loin de là, lui indiquant qu'elle l'avait suivi par-dessus bord. Cependant, ce ne fut pas sa voix qu'il entendit en dernier, ni même le chant des âmes tourmentées ou la mélodie des tambours. Tandis qu'il se sentait partir vers une torpeur forcée, ce fut la voix d'une étrangère qui vint le bercer, chantonnant une berceuse qu'il ne se remémorait pas mais qui lui évoquait inéluctablement un édredon orné d'un parfum fleurit apaisant et un mobile aux chevaux dansant au-dessus de son couffin. Il y avait également cette femme aux traits incertains, penchée sur son petit corps et s'assurant de ses doigts fins qu'il soit correctement bordé. Il revoyait plus nettement son corps allongé dans l'herbe, ses soyeux cheveux blonds couverts de feuilles mortes et sa voix, aussi douce que du velours, répéter inlassablement :
« - Prenez soin de mon petit, je vous en supplie... »
Puis le néant s'empara de son esprit, ne laissant que son propre prénom prononcé par les lèvres de l'inconnue.
OoO
« - Et voilà ! S'écria l'ouvrier Drek en balançant son dernier seau d'eau sur les flammes récalcitrantes de la chaumière »
Du revers de la main, il essuya ensuite la sueur perlant sur son front. La pluie avait cessé depuis peu, ayant fortement aidé à atténuer au maximum l'incendie, et par conséquence à limiter les dégâts qu'il avait laissé. De l'incident, il ne restait à présent plus que quelques nuages de fumée se dissipant dans le ciel grisâtre et la suie sur la charpente de quelques maisons. Fort heureusement, peu de villageois avait été blessé, la plupart ayant simplement inhalé un peu trop de gaz asphyxiants. Les plus âgés, tel que le professeur Shikashi, tentaient encore de rassurer les enfants, certains en état de choc. Même les cocottes s'en était sortie, leur plumage d'ordinaire blanc arborant quelques assombrissements par endroit. Au final, il y avait eu plus de peur que de mal. Ou du moins c'était ce que pensaient les villageois, ignorant totalement l'origine réelle de l'incident ainsi que les événements se tramant au même instant sous leurs pieds, dans les profondeurs des ténèbres.
« - Ma chérie, pourrais-tu prévenir qu'ici il n'y a plus rien s'il te plaît ? Poursuivit l'homme en se tournant vers une petite fille assise non loin dans l'herbe »
Obéissant immédiatement, l'enfant se redressa sur ses bottines, épousseta rapidement l'arrière de sa robe crème et se mit à courir en direction des escaliers menant au Mont du Péril. Derrière elle, son ami Jill la suivit de près, trébuchant sur les quelques poutres barrant le chemin. Les deux enfants gravirent ainsi les escaliers pour se stopper non loin d'une maison. Sur le toit de cette dernière se tenait une silhouette indigo. Les bras croisés sur son torse, l'étrange personnage avait son regard tourné en direction du cimetière, ne remarquant pas tout de suite la venue des plus jeunes.
« - Sieur Sheik ? Appela alors timidement la fillette avant de devoir insister. Sieur Sheik ! »
Acceptant enfin de renoncer un instant à ses réflexions, l'interpellée tourna enfin ses iris flamboyants dans sa direction.
« - Mon père vous fait savoir que le dernier foyer vient d'être complètement éteint.
- Très bien. Merci Pixie. »
Puis elle retourna à sa contemplation, retrouvant ce mutisme qu'elle avait adopté après avoir mené le village tout entier d'une voix et d'une main de fer. Sans elle, les villageois auraient sans doute laissé l'angoisse s'installer, créant dans tous les sens des émeutes qui auraient pu être responsables de nombreux blessés. Il avait suffi d'un ordre de sa part pour que tous se calment, suivant ses instructions à la lettre. Certains s'étaient chargés de mettre à l'abri les plus jeunes, d'autres avaient pris en charge les blessés, tandis qu'un dernier groupe s'occupait d'éteindre les flammes.
Comprenant qu'elle n'obtiendrait guère plus de paroles, Pixie rebroussa chemin, ses deux nattes brunes se balançant dans son dos tandis qu'elle redescendait les escaliers. De son côté, la musicienne permit un soupir de s'échapper de ses lèvres. Savoir le village hors de danger était un poids en moins à porter, un poids malheureusement presque insignifiant comparé à l'inquiétude qui ne cessait de croître à mesure que le temps défilait. Plusieurs heures s'étaient déjà écoulées depuis l'entrée du héros dans le temple de l'Ombre, bâtisse renfermant à présent l'existence de celle lui ayant tout apprit et de celui qu'elle était censée guider. Elle ne parvenait pas à chasser ces nombreuses images funèbres de son esprit, la sensation de l'étreinte obscure encore présente sur sa peau.
« - Courage Link, murmura-t-elle pour elle-même, ceci est la dernière étape. »
La dernière étape avant la bataille finale. Le dernier sage à sauver avant de devoir affronter le plus féroce des cauchemars. La dernière épreuve avant de gagner la tour de Ganon...
OoO
Lorsqu'il revint enfin à lui, après avoir passé ce qui lui semblait être une éternité dans les bras des spectres nébuleux, l'éclat soudain du soleil vespéral l'obligea à cligner plusieurs fois des yeux. Le crépuscule commençait à peine à étendre ses teintes orangées au-dessus de la verdoyante plaine se dessinant face à lui. Assit sur des marches en pierre, qu'il reconnut comme étant celles menant au village Cocorico, il observait sans savoir pourquoi ce spectacle captivant. Tout lui semblait familier, du petit cours d'eau séparant le village du reste de la plaine, aux remparts de la citadelle se dressant au loin. Et pourtant, ces similitudes cohabitaient avec des incohérences visuelles tel que l'arbre en bas des escaliers, connu en son temps pour sa robustesse et n'étant là qu'une jeune brindille en phase de croissance. Il y avait également ces nombreux bâtiments, dressés à la périphérie du bourg pour accueillir sans doute le surplus de population.
Un mouvement sur sa droite attira son attention. Tournant la tête, son regard croisa alors celui rougeoyant d'une silhouette. Il crut tout d'abord reconnaître les iris de Sheik, mais il se ravisa rapidement lorsque quelques mèches cramoisies tombèrent sur les traits beaucoup trop juvéniles pour appartenir à la musicienne. Il s'agissait d'une enfant, à peine la dizaine d'apparence, au sourire espiègle masqué par une épaisse écharpe blanche. Trois triangles orangés inversés étaient dessinés sous ses paupières, rappelant les excroissances décorant le monocle. Sans savoir pourquoi, il sentit ses lèvres s'étirer, répondant au sourire de l'enfant. La fillette reporta ensuite son attention sur le paysage tandis que lui continuait de la fixer de manière bienveillante. Il ressentait étrangement de l'affection pour cette inconnue, une envie de la protéger et de la rendre heureuse. Prisonniers de la main juvénile, ses doigts ne demandaient qu'à replacer les mèches rebelles derrière les oreilles pointues de la fillette. Aussi, manqua-t-il de sursauter lorsque cette dernière se redressa brusquement.
« - Grand frère ! Cria-t-elle ensuite en adressant de grands gestes de bras au lointain »
Instinctivement, il tourna son regard dans la même direction que l'enfant. Une silhouette encapuchonnée de noir venait de traverser le petit pont, l'arsenal de son destrier sombre arborant fièrement l'emblématique œil Sheikah. Rapide, la fillette dévala les escaliers pour le rejoindre, se jetant dans ses bras à l'instant même où il posa pied à terre. Riant gaiement, le nouveau venu fit tournoyer celle qui devait être sa petite sœur dans les airs, faisant danser dans son dos son écharpe beaucoup trop grande. Guidé par son corps qu'il ne contrôlait pas, il les rejoignit d'un pas lent, sourire aux lèvres, avant d'offrir une révérence respectueuse au cavalier. Quelques mèches blanches tombèrent alors devant son visage, validant l'hypothèse que ce corps n'était pas le sien. Et lorsque la main bandée de l'inconnu vint se poser sur sa tête pour caresser affectueusement ses cheveux tressés, il sentit les joues de son hôte s'échauffer.
« - Heureux de te revoir, Impa. »
Alors que lui s'étonnait à l'entente de ce prénom, le corps qu'il habitait apprécia de retrouver cette voix grave visiblement familière. Ses lèvres d'emprunt s'étirèrent davantage tandis qu'elle relevait la tête pour admirer le visage du nouveau venu. Au même moment, sa vision se brouilla et, instinctivement, il ferma les paupières.
Lorsqu'il les rouvrit, ce fut pour découvrir un paysage complètement différent. Les vastes étendus d'herbe avaient laissé place à des murs en briques grises, dessinant les contours d'une chambre à coucher. Par la petite lucarne faisant face au bureau empli de paperasses, l'aurore commençait à s'étendre. Les premiers rayons de soleil étant insuffisants pour éclairer la pièce, des lanternes avaient été installé sur la table de chevet et la commode, créant une atmosphère feutrée autour du lit. L'enfant était de nouveau présente, sa natte beaucoup plus longue que précédemment lui faisant comprendre que le temps avait passé. Assise sur un tabouret en bois, elle tenait prisonnière entre ses doigts cette même main bandée. Suivant la courbe du bras de ses yeux, il put enfin apercevoir nettement le visage du jeune homme à qui elle appartenait. En sueur, il semblait avoir du mal à respirer. Ses longs cheveux blancs lui collaient au visage à moitié recouvert de bandages. À l'emplacement de ses yeux, les fins morceaux de tissu étaient entachés de sang. Des éclaboussures carmin nimbaient également les draps, ainsi que les mains d'une seconde jeune fille, un peu plus âgée que la première, aux cheveux blancs tressés sur son épaule gauche. Armée d'une serviette, elle tentait d'essuyer la sueur sur le visage du blessé qui, de sa main libre, intercepta au passage son poignet, la faisant sursauter.
« - Louées soient les Déesses, soupira-t-elle en se détendant. Bongo, tu...
- Impa, la coupa-t-il en resserrant sa prise. »
Il reporta alors toute son attention sur la soignante. Il y avait bien un air de ressemblance avec celle qu'il connaissait, les triangles argentés ornant déjà son regard de braise. Bien que ne parasitant plus son corps, il semblait que son esprit conservait un lien avec celui de la Sheikah, ressentant l'inquiétude qui noyait cette dernière. Des images s'imposèrent alors dans sa tête. Cachée derrière une porte, serrant le corps tremblotant de l'enfant contre sa poitrine pour camoufler sa vue, la jeune Impa observait l'homme lui tournant le dos dans la salle d'eau. Dans la vasque au-dessus de laquelle il était penché, du sang s'écoulait à grosses gouttes. Une main appuyée contre celle-ci, il tenait dans les doigts maculés d'hémoglobine de l'autre ce qui ressemblait à un œil. Des nerfs pendaient encore de l'organe qui, bien qu'arraché de l'organisme, continuait de se mouvoir. L'iris carmin balaya la pièce de son point de vue nouveau avant de se stopper sur la silhouette cachée derrière la porte. Son regard croisa celui horrifié de la jeune fille qui resserra inconsciemment son étreinte autour de l'enfant, comme pour lui épargner cette vision cauchemardesque.
« - Vous ne devriez pas être là, soupira l'homme en fermant son poing autour de l'œil, brisant le contact visuel établit. »
Au même moment, le paysage changea de nouveau, recréant un extérieur proche de celui qui existait en son temps à Cocorico. Impa et le dénommé Bongo étaient encore présents, tous les deux assis sur les marches menant au moulin. D'un regard bienveillant, ils observaient la plus jeune jouer au loin avec d'autres enfants du village. Posées sur la pierre, leurs mains n'étaient qu'à quelques centimètres l'une de l'autre, leurs genoux se frôlaient et quelques mèches s'échappant de la couette de l'homme venaient caresser la joue de la future nourrice royale.
« - Comment s'est passé ton entrevue au palais ? Demanda-t-il sans lâcher sa petite sœur du regard
- Bien, je suppose. J'ai pu rencontrer la Reine. Elle était gentille.
- Tous les nobles le sont, rit-il amèrement. Mais je dois bien admettre que, pour une fois, le Roi a sut faire le bon choix. »
Penchant la tête sur le côté, il dévia un instant son iris en direction de la jeune fille, attirant son attention.
« - Tu es la Sheikah la plus prometteuse que je connaisse. »
Puis il retourna à son observation, ratant de peu les rougeurs apparaissant sur les joues féminines. Un silence s'instaura ensuite entre eux, laissant les rires enfantins parvenir jusqu'à eux. Effleurant du bout des doigts ceux voisins, il reprit quelques minutes plus tard :
« - Ne laisse jamais qui que ce soit de corrompre. Toi et Azrily êtes ce que j'ai de plus cher au monde. »
Fermant son unique œil, il laissa ensuite sa tête retomber contre l'épaule de sa cadette. L'instant d'après, sa respiration se fit entendre, plus forte, suivant un rythme régulier et apaisant. Il venait de s'endormir. Et tandis qu'un sourire affectueux se dessinait sur les lèvres de la Sheikah, un cri tonitruant fit trembler l'image paisible de ces deux jeunes gens.
« - Comment as-tu pu nous faire ça ?! »
Le paysage changea radicalement, passant des maisonnettes composant le village au sentier escarpé menant au mont du Péril. Une armada de soldats formait un véritable blocus, épées, lances et boucliers brandis devant eux. Au centre du cercle qu'ils formaient, Bongo était maintenu au sol, le visage contre la terre poussiéreuse et les bras accrochés dans le dos. Six soldats, arborant le noble blason de la famille royale, s'occupaient en effet de l'immobiliser tandis que lui n'avait d'yeux que pour la frêle silhouette gardée à l'écart derrière les armures métalliques. Les mains contre la bouche, elle observait d'un air horrifié la scène se jouant devant elle, sans même intervenir pour sauver l'un des siens.
« - Comment as-tu pu ?! Cria-t-il de nouveau en relevant la tête, ignorant complètement la main agrippant sa tignasse blanche
- Par l'ordre de sa majesté, le Roi... débuta l'un des soldats avant d'être coupé par le prisonnier.
- Comment as-tu pu trahir ton peuple ? Tes amis ? Ta famille ? Comment as-tu pu me trahir, Impa ? »
Ne sachant quoi répondre, la jeune femme détourna les yeux. Sa culpabilité était grande à ressentir, le noyant dans un flot de remords. Mais cela n'était rien comparé à la rancœur qu'il parvint à percevoir, se matérialisant littéralement sous la forme d'une aura noir enveloppant le corps du détenu. Cette obscurité s'étendit de plus en plus, engloutissant les différents personnages et le décor pour en créer un tout nouveau. Toujours prisonnier de ces souvenirs ne lui appartenant pas, il observa les murs se dresser autour de lui, formant ce qu'il reconnut aisément comme étant le temple de l'Ombre. Ou plutôt ce que ce dernier était avant, à savoir un lieu de détention. Son esprit fut automatiquement connecté aux pensées sombres emplissant celui du jeune homme lui faisant face dans une cellule. L'œil Sheikah avait été tracé au sang sur le mur derrière lui. La maigreur de son corps indiquait qu'un certain nombre de jours, voire de mois s'était écoulé depuis son incarcération. Et alors qu'il se faisait progressivement happé par le corps du prisonnier, il pouvait presque ressentir les différents supplices qu'avait reçus le Sheikah comme s'ils étaient les siens. De longues stries vermeil parcouraient sa chair, une torture insignifiante comparé à toutes les autres qu'il avait dû endurer. Sa colonne vertébrale avait été sectionnée au niveau de ses vertèbres lombaires, le privant de ses jambes pour l'empêcher de fuir. Ses mains avaient été amputées, le risque de le voir utiliser la magie ésotérique de son peuple étant beaucoup trop grand. Sa langue lui avait été arrachée, réduisant ses cris blasphématoires envers la couronne pour ne laisser qu'un goût ferreux dans sa bouche.
« - Debout sale rat ! Déclara son geôlier en pénétrant dans la cellule avant de ricaner sournoisement. Mille excuses, j'avais presque oublié que tu ne pouvais pas. »
Son imposante main vint agripper la chevelure blanche de Bongo, le soulevant de terre pour le traîner ensuite littéralement sur le sol. Accroché au cœur de ce pauvre malheureux, son esprit les suivit, redécouvrant les couloirs sombres du temple sous un tout nouveau jour. Squelettes et effrois avaient été remplacés par des corps à l'agonie. Certains tendirent leurs doigts complètement arrachés dans sa direction, voyant s'éteindre dans le départ du prisonnier leur dernière lueur d'espoir. De toute façon, ils étaient déjà tous des hommes morts, les viscères pour la plupart répandus sur le sol couvert de sang, emportant dans leur dernier souffle les cris de douleur de leurs semblables.
Arrivé devant une grande porte en fer décorée d'un crâne souriant, le geôlier déposa son colis qui fut pris en charge par une silhouette encapuchonnée. Celle-ci traîna à son tour le prochain supplicié dans la salle circulaire où se tenaient d'autres personnes. Derrière leur masque en forme de charognard se cachaient des pères de famille, des protecteurs du royaume, des serviteurs de la famille royale. Mais lui savait que, derrière la justice qu'ils osaient clamer, se camouflait la perfidie de ce peuple arrogant qui avait osé anéantir les siens sans l'once d'un remords. Arborant les traits d'un oiseau au bec plus long, son bourreau le traîna jusqu'à son lieu d'exécution, une sorte de plate-forme en bois. Au centre de celle-ci se trouvait un billot sur lequel on l'obligea à poser sa tête. La surface rugueuse écorcha au passage sa joue, rajoutant une plaie bien insignifiante comparée aux autres. Et, tandis que son regard fut plongé en direction du panier censé recueillir son crâne, ses iris croisèrent ceux jumeaux d'une frimousse familière. Un cri resta bloqué dans ses cordes vocales. La vision des traits figés dans l'horreur de sa petite sœur maltraita ses viscères, le menaçant de vomir sur les soyeux cheveux cramoisis qu'il aimait tant caresser. Ne pouvant en supporter davantage, il détourna son attention. C'est alors qu'il la vit au milieu des autres charognards, sa silhouette beaucoup plus petite que les autres et ses cheveux blancs trahissant ses origines. Retirant son masque, elle lui offrit un dernier regard empli de larmes. Ces iris, qu'il avait chéris durant des années, fut alors la dernière vision qu'il eut avant qu'une lame aiguisée ne vienne s'abattre sur son cou. La douleur fut brève, la tête roula dans le panier pour rejoindre celle de sa cadette et le corps tomba lourdement sur le sol. Cependant, la rancœur, elle, ne disparut pas, laissant entendre même après la mort de son propriétaire les dernières paroles de ce dernier.
« - Soyez tous maudits ! »
OoO
Link se réveilla en sursaut, happant goulûment l'air, ses doigts s'agrippant férocement à ce qu'ils pouvaient. Il était vivant. Tout ceci n'était qu'un cauchemar. Il avait pu ressentir les derniers battements de cœur du Sheikah. Aussi, la sensation du sien pulsant à toute vitesse dans sa cage thoracique était un véritable délice. Sa vision était encore floue, ne laissant apercevoir que la pénombre autour de lui. Ne supportant pas de rester allongé, comme l'avaient été ces corps en fin de vie dans sa torpeur, il se redressa hâtivement. La douleur au niveau de son épaule s'éveilla alors, le faisant grimacer.
« - Cesse de bouger, espèce d'idiot ! Maugréa une voix dans son dos qu'il reconnut comme étant celle de sa partenaire »
Cependant, lorsqu'il tourna la tête pour lui répondre, ce fut dans un regard carmin que ses iris plongèrent. À sa vue, il eut un mouvement de recul, se remémorant les yeux sans vie de la petite Azrily et ceux larmoyant de la jeune Impa. Des brides oniriques refirent alors surface, lui redonnant l'impression d'avoir été la personne assassinée. Il revoyait parfaitement la lame lui sectionner le cou, le bruit des vertèbres se disloquant résonnant tel un écho. Aussitôt, ses doigts resserrèrent leur prise sur ce qu'ils avaient réussi à emprisonner dans leur étreinte, s'agrippant à ce point d'ancrage pour ne pas ressombrer. Cherchant à échapper à ce regard beaucoup trop remémoratif, il porta donc toute son attention sur ses mains. Entre celles-ci se trouvait un poignet couvert d'un gantelet noir. Intrigué, il fronça les sourcils et releva la tête pour affronter de nouveau les iris carmin. C'est alors qu'il le vit, cet éclat de malice complètement absent de sa torpeur qui donnait une toute autre teinte aux yeux lui faisant face. Puis il aperçut le sourire en coin, ce sourire taquin qu'il croyait ne plus jamais revoir.
« - Bonjour belle endormie, le salua son interlocuteur. »
Une petite silhouette auréolée d'une lueur rubiconde vint se poser sur l'épaule vêtue de noir, mettant en valeur le soulagement qui pouvait se lire sur les traits moqueurs.
« - Tu peux parler, répliqua la nouvelle venue, faisant rire son perchoir.
- Il est vrai que j'ai un peu pris mon temps. Mais veuillez me pardonner, gente dame, la mort n'est pas un sommeil dont on peut se réveiller facilement.
- Avoue que cela t'arrange plutôt bien, paresseux. »
La remarque le fit de nouveau rire. Et tandis que les deux partenaires entamaient une petite dispute amicale sur les différents défauts que pouvait présenter l'homme en noir, Link fut soudainement éblouie par la lueur céruléenne de son amie.
« - Louée soient les Déesses, souffla-t-elle en prenant entre ses bras la joue de son protégé, j'ai bien cru que tu ne te réveillerais pas.
- D-Désolé... Je ne comprends pas, qu'est-ce qui s'est passé ? Et comment se fait-il que... ? »
Il tourna son attention en direction de son jumeau qui continuait de taquiner sa propre fée. Ce dernier, sentant les iris du blond se poser sur lui, cessa sa discussion pour lui adresser un nouveau sourire. Sa main toujours prisonnière de celles du blessé, il la bougea légèrement pour venir entrelacer ses doigts avec leur copie conforme tandis que Navi reprit d'une voix hésitante :
« - Eh bien... Le bateau a sombré. Et... Nous aurions fait de même si Dark Link ne serait pas intervenu.
- Dark Link ? Répéta son protégé
- Classe, pas vrai ? Se vanta le dénommé. Il fallait qu'on trouve un moyen de nous distinguer. On a profité de l'attente pour réfléchir et du coup on est arrivé à la décision très originale que tu serais Light Link et moi Dark Link.
- On est allé au plus simple, soupira la fée rouge en percevant l'ironie dans la voix de son partenaire.
- Bref, reprit la bleue, en sautant du bateau, tu es visiblement entré en contact avec la brume, ce qui a dû t'entraîner dans un rêve forcé.
- Dans un cauchemar tu veux dire, rit amèrement le vêtu de vert. »
Et les images défilèrent de nouveau dans son esprit, le faisant frissonner. Les doigts gantés de noir resserrèrent leur prises, attirant son regard dans celui carmin de son jumeau. Il put alors y lire cette même terreur ressentit durant le récit onirique, lui remémorant le fait que tout ce que lui ressentait, son double obscur le vivait plus intensément. Leur âme était connectée, partageant leurs expériences. Aussi, savoir que quelqu'un savait exactement ce qu'il avait pu vivre le soulagea quelque peu. Il parvint même à adresser un sourire réconfortant à son pareil, faisant écho à celui qu'affichait déjà le ténébreux. Puis, l'une des questions qui n'avait pas encore reçu sa réponse revint chatouiller sa curiosité.
« - Comment se fait-il que vous soyez là tous les deux ? Je vous croyais...
- Morts ? Compléta Dark Link en rigolant. C'est le cas. Et, bien que j'ignore encore pourquoi je suis en mesure de te toucher, je suis bel et bien un esprit. »
Disant cela, il baissa son regard sur leurs doigts enlacés.
« - La seule chose que je sais, c'est que j'étais prisonnier d'une torpeur sans fin, voguant sans doute vers ma dernière demeure. Et puis, j'ai entendu ton appel de détresse. »
Ses iris s'ancrèrent de nouveau dans les perles azurées.
« - Cela doit provenir du lien peu ordinaire qui vous lie tous les deux, supposa la fée rouge. Quoi qu'il en soit, le bateau a dû jouer un rôle dans l'histoire. L'arche des morts a pour rôle d'expier les pêchées de ses voyageurs en les mettant face à leurs plus grands remords. Dans ton cas, Light Link, il s'agissait d'affronter les âmes dont tu es responsable du trépas.
- Ou du moins celles dont tu te sens responsable, corrigea son protégé en voyant les iris de lumière s'assombrir. J'en suis le parfait exemple.
- Je t'ai tué.
- Tu ne m'as pas tué.
- Peut-être pas directement de ma main, mais cela revient au même !
- Non Link, mon sacrifice n'était que pur égoïsme ! Si je me suis donné la mort, c'était pour te permettre de sortir. Si je tenais tant à te faire sortir, c'était pour que tu achèves ta quête, pour que tu éveilles les sages manquants et affrontes cette saloperie de Gan', pour que tu sauves ta princesse mais également la mienne. En poursuivant ta quête, tu donnes un sens à la mienne. Te voir finir tes jours dans cet endroit croupi revenait à dire que tout ce que j'avais sacrifié jusque-là n'avait servi à rien ! »
Il plissa légèrement les yeux, comme retenant des larmes imaginaires. Sa poigne était tellement forte que le blond ne sentait plus le bout de ses doigts, mais il n'en avait cure. Le sentiment qui pétillait dans les iris carmin était bien plus fascinant, un véritable joyau rare. Et c'est alors qu'il comprit. Si lui-même était empli de remords, culpabilisant pour un grand nombre d'actions faites durant son périple, son jumeau était submergé de regrets, de toutes ces choses qu'il aurait voulu faire ou ne pas faire. Il avait toujours suivi à la lettre le parcours tracé par les Déesses, et ce même s'il devait ôter de ses propres mains la vie de toutes les personnes importantes pour lui. Son seul et unique caprice avait été de se sacrifier pour échapper au devoir d'éliminer celle qui comptait le plus pour lui.
« - Tu n'es pas un tueur Link, tu es un sauveur. »
Il apposa sa main libre sur la joue du blond et, fermant les paupières, colla son front contre le sien. Leur souffle se mêla, la fraîcheur du défunt se mêlant à la chaleur du vivant. L'étreinte autour de ses doigts se dissipa progressivement, le sang pulsant dans les extrémités longtemps peu irriguées.
« - C'est pour cela que je te le demande, encore une fois. »
Son corps devenait de plus en plus translucide, la sensation de contact contre son visage diminuant en même temps. L'élu de la lumière ferma à son tour ses yeux, voulant emprisonner son existence derrière ses paupières, refusant de le voir disparaître pour la deuxième fois. Et tandis que la brume vint enlacer le corps de Dark Link, les derniers mots de ce dernier retentirent au creux de son oreille.
« - Sauves-la, je t'en supplie. Sauve ma princesse... »
Puis ce fut le silence. Durant de nombreuses minutes, il resta ainsi, immobile, les paupières closes, laissant le chant des morts reprendre le contrôle de l'environnement. Durant son mutisme, il sentit une fée guérisseuse venir enrober son corps de son essence apaisante, soignant les plaies de son corps mais ne pouvant hélas rien faire pour les lésions de son esprit. Quelque chose vint ensuite caresser sa joue. Rouvrant enfin les yeux, il tomba directement sur la silhouette de sa partenaire, occupée à nettoyer son visage de son propre sang. Sentant le regard de son protégé posé sur elle, Navi stoppa un instant sa tâche pour l'observer à son tour, un sourire affectueux peignant ses lèvres.
« - Nous devrions nous remettre en route, déclara-t-elle ensuite en effaçant la dernière trace sanglante. Impa doit sans aucun doute nous attendre.
- Impa, répéta le héros d'un air songeur, ces souvenirs devaient être ses remords.
- Des souvenirs ? Alors c'est ça que tu as vu dans la brume ?
- Je suppose... »
Soupirant, il se releva, chancelant légèrement avant de retrouver son équilibre. La fatigue, en partie causée par le monocle de Vérité, était encore présente malgré le somme qu'il semblait avoir fait. Pourtant, il devait poursuivre son chemin, affronter l'ombre qui régnait sur ce temple, libérer le dernier sage et se rendre à la tour de Ganon pour en finir.
« - Tu as raison Navi, nous avons assez traînassé. »
Disant cela, il fit quelques pas en avant, étudiant l'endroit où il se trouvait. Derrière lui, le fleuve nébuleux qu'il avait emprunté continuait sa course dans les abysses. Face à lui, une rivière plus petite lui barrait également le passage. Et de l'autre côté de celle-ci se dressait la suite du temple, des portes en fer n'attendant qu'à révéler de nouvelles pièces plus macabres que les précédentes. Tandis qu'il cherchait un moyen de rejoindre la rive opposée, son attention fut attirée par la présence d'une statue à l'effigie d'un oiseau. Le même animal qui ornait le masque du bourreau dans les souvenirs de la nourrice. Un petit tas de Choux-Péteurs était disposé aux pieds du volatile, ne demandant qu'à exploser simultanément.
« - Ça devrait faire l'affaire, déclara le héros en décochant une flèche dans leur direction. »
Et, comme prévu, les fleurs en forme de bombe déclenchèrent une détonation en chaîne, parvenant à fissurer le bas de la statue. Celle-ci, fragilisée, tomba alors vers l'avant pour venir planter son bec à quelques centimètres devant eux, formant de son corps une passerelle au-dessus de la rivière damnée. Navi émit un sifflement d'admiration qui eût le don de faire apparaître un léger sourire sur les lèvres de son protégé.
« - En route, lâcha ce dernier en empruntant le chemin nouvellement formé.
- Je te suivrais jusqu'en enfer ! »
OoO
L'orage grondait à l'extérieur, le vent violant faisant trembler les grandes vitres du palais. La salle était plongée dans la pénombre, n'étant éclairée que par les nombreux candélabres. Dans la cheminée, un chaudron avait été placé sur les braises, son contenant en train de bouillir émettant des clapotements irréguliers. Sur le bureau en chêne massif étaient éparpillés des documents en tout genre : des ouvrages ouverts sur des cercles magiques, des parchemins recouverts de symboles anciens, des feuilles annotées d'arabesques sombres propre au peuple du désert. La paperasse s'étalait ensuite jusqu'au canapé installé contre la fenêtre dans laquelle une silhouette était assise, appuyé contre l'accoudoir, un imposant volume posé sur ses cuisses. Sa tête posée contre son poing gauche, il leva au-dessus de sa tête une petite fiole contenant un liquide rose pâle.
« - Enfin ! Déclara l'homme de sa voix grave. Enfin je te tiens, misérable princesse. »
Et, disant cela, il laissa entendre un rire tonitruant qui ricocha contre les pierres sombres de son palais, en écho avec la tempête faisant rage à l'extérieur.
OoO
Lentement, il ouvrit sa paupière, faisant apparaître au travers du filtre parme révélateur les plate-formes manquantes pour rejoindre l'autre côté du gouffre. Porté par les bottes des airs, il gagna ainsi la grande porte en fer décorée d'un crâne au sourire carnassier, cette même porte devant laquelle le Sheikah dans sa vision avait été traîné par son geôlier. Il échangea ensuite un regard avec sa partenaire qui, acquiesçant, inséra la grosse clef, laborieusement gagnée, dans l'imposant cadenas bleu et or. Le mécanisme tomba sur le sol et la porte s'entrouvrit dans un grincement strident. La pièce qui se dévoila ensuite était circulaire, creusée dans la roche. Le chant des morts se tût progressivement, tout comme l'écho des tambours, tandis que lui s'avançait dans l'ancienne chambre d'exécution. La porte se referma ensuite, gémissant telle une personne au supplice, avant de faire entendre son verrouillage. Il n'était plus possible de faire marche arrière. Comprenant parfaitement cela, Link ne s'en formalisa pas, analysant déjà les alentours. La salle était complètement vide, ou du moins parvenait-il à le deviner à l'aide de la faible lueur que lui offrait son amie. Faisant quelques pas en avant, il se remémora la mise à mort du dénommé Bongo, superposant les images oniriques au paysage réel. Voletant dans la pénombre, Navi révéla la présence d'un gouffre en plein cœur de la pièce, là où se tenait autrefois le billot. Prudemment, Link se pencha au-dessus. De là, le sol était visible, des reflets verdâtres se dessinant à sa surface crème. Le trou semblait profond, mais il avait déjà connu pire comme chute et, de toute manière, ils n'avaient guère d'autre choix que de descendre.
« - C'est dans ces moments-là que je regrette de ne pas être un simple pêcheur tranquillement en train d'attendre que le poisson morde, soupira-t-il.
- Par ces moments-là, tu veux dire sur le point de sauter dans un trou obscur sans savoir ce qui nous attend en bas ? »
La question, pleine d'ironie, de sa partenaire le fit sourire. Puis, prenant une longue inspiration, il s'avança au-dessus du gouffre. Ses bottes ailées le firent un instant flotter dans le vide, retardant l'inévitable, avant de laisser la gravité reprendre ses droits et entraîner le corps de l'Hylien vers les tréfonds. Sans l'once d'une hésitation, Navi plongea à sa suite, sa lueur céruléenne dessinant progressivement les contours de ce qu'ils avaient cru être le sol. Anticipant sa chute, le jeune homme grimaça d'avance. Aussi fut-il surpris lorsqu'au lieu de s'étaler lourdement et de ressentir l'onde de choc remonter le long de ses jambes, il rebondit plusieurs fois sur le sol, les bottes le maintenant à chaque rebond quelques secondes dans les airs. Une fois stabilisé, Link fit ensuite un tour sur lui, étudiant le nouveau terrain. Le trou semblait avoir été creusé dans la roche, créant des parois irrégulières où, par endroit, se formaient des protubérances rocheuses. La même odeur putride qui régnait dans tout le temple se mêlait ici avec un parfum peu familier.
« - De l'eau empoisonnée, murmura Navi en portant sa main à son nez. »
L'éclat verdâtre qu'il avait vu d'en haut appartenait en effet au liquide entourant la plate-forme circulaire sur laquelle il se tenait. Celle-ci était d'ailleurs assez intrigante, chaque pas que réalisait le garçon à sa surface la faisant vibrer tel... un tambour sur lequel on frapperait. Chose que fit justement l'imposante main à la chair noircit qui venait d'apparaître devant lui. Sa jumelle ne tarda pas à la rejoindre. Rebondissant de nouveau, le guerrier comprit alors rapidement d'où provenait précédemment les tam-tams régulant le chant des morts. Mais également la situation bien plus que délicate dans laquelle il se trouvait à présent car, au-dessus des deux mains libres, apparut le corps d'un véritable titan. Le bas de son corps était plongé dans l'obscurité du plafond, ne laissant de visible que sa colonne vertébrale hérissée et ses bras aux poignets sectionnés, les os encore apercevables au milieu de la chair à vif. À la place de sa tête ne subsistait qu'un imposant œil vermeil, le même qu'avait tenu dans sa main l'homme de ses souvenirs, identique à celui décorant la lentille du monocle de Vérité.
Les trois images se superposèrent alors dans l'esprit de Link, enveloppant la légende contée par le professeur Shikashi sept ans plus tôt. « Le regard perçant d'un habitant de ce village lui permettait de voir la vérité. » se remémora-t-il, « le puits fut construit là où se trouvait sa maison ». Le puits, l'endroit où il avait découvert le monocle de Vérité dont la morphologie du cristallin était basée sur les yeux si caractéristiques des Sheikah. Ou plutôt fabriqué à partir d'un authentique œil, arraché de son organisme, tout comme celui de Bongo... Le garçon écarquilla progressivement les yeux à mesure que l'information se concrétisait dans sa tête.
« - Nom de... lâcha-t-il, l'état de choc l'empêchant de finir sa phrase. »
Jamais encore il n'avait vu un monstre de cette taille-là. La simple vue des mains décrochées du reste du corps, agissant telles de Grossbaffes indépendantes, lui donnait l'impression de n'être qu'un simple grain de poussière. Comment était-il supposé affronter cette chose ? Cependant, il n'eut guère le temps de tergiverser davantage que les mains de la créature reprirent leurs mouvements sur l'énorme tambour servant de champ de bataille. Le sol trembla alors de nouveau sous ses pieds, le faisant jouer avec la gravité. Le monstre de l'Ombre ferma quant à lui ce qui lui servait de paupière et alla se camoufler dans la pénombre. Le monocle de Vérité toujours fixé devant la vision du blond, il resta tout de même dans le champ de vision de ce dernier. La bataille venait de débuter.
Frappant sur le rebord du tambour, la main droite conservait un rythme régulier. L'intervalle entre chaque frappe était suffisant pour faire décoller l'intrus au moment même où ses pieds frôler le sol, l'empêchant ainsi d'approcher. La main gauche, quant à elle, jouait de manière plus nerveuse et imprévisible. Pour espérer accéder au point faible de son ennemi, qu'il devinait aisément être son œil, il devait parvenir à neutraliser les deux maestros. Et pour espérer atteindre la rebelle, il devait tout d'abord acquérir plus de stabilité.
« - Navi ! Déclara-t-il en s'équipant de son arc. Vise la main droite ! »
Aussitôt, la petite fée se mit à la tâche, indiquant de sa lueur bleue où il devait frapper. Profitant des quelques secondes offertes par ses bottes ailées dans les airs, il décocha alors sa première flèche qui fit mouche. Le monstre émit un grognement de douleur, secouant sa main blessée tandis que l'autre prit de l'élan pour lui donner une grande gifle. Cependant, Link ne se laissa pas faire, décochant déjà une deuxième flèche qui alla se planter au creux de la paume ouverte. De nouveau, un cri de mécontentement se fit entendre. L'œil rubicond refit son apparition derrière les lambeaux de chair. Puis la créature descendit légèrement son corps pour faire face à son adversaire et, poings serrés, fonça sur lui à toute vitesse. La troisième flèche alla directement toucher son poing faible, le faisant s'écrouler dans un vacarme assourdissant juste devant le guerrier. En un instant, celui-ci s'empara de son épée pour affronter l'organe globuleux aussi grand que lui. Chaque coup porté était un véritable supplice pour la créature dont les complaintes résonnaient tels des échos insupportables dans la salle, ressemblant à s'y méprendre à des gémissements humains. Car, après tout, c'était ce qu'était cette chose dans sa vie antérieure, un homme ayant passé ses derniers jours dans la douleur absolue. Furieux, le titan obscur donna alors un puissant coup de poing sur le sol, créant une onde de choc qui propulsa la silhouette du héros hors d'atteinte de son œil. Link roula quelques mètres plus loin, se stoppant dangereusement à quelques centimètres du rebord. L'odeur de l'eau empoisonnée juste sous son nez lui donna inéluctablement la nausée, un véritable supplice pour ses viscères déjà trop mis à l'épreuve durant tout le temple. Aussi ne résista-t-il pas plus longtemps, il déversa le contenu de son estomac dans le liquide verdâtre, sentant ses boyaux se tordre pour lui donner tout ce qu'ils avaient. Chancelant, il se releva ensuite, essuyant un filet de bile du revers de sa main droite. Néanmoins, il dut rapidement se rebaisser lorsqu'une main passa juste au-dessus de lui, allant fracasser la roche juste derrière. Prenant sur lui, et pour éviter les projectiles rocailleux, Link se hâtât de retourner au centre du tambour, les doigts maléfiques ayant déjà repris leur activité musicale sur un tempo légèrement plus rapide.
Le jeune homme dut répéter le même procédé plusieurs fois : immobiliser chacune leur tour les deux mains, viser l'œil vermeil de son arc puis le frapper à l'aide de son épée en ignorant au mieux les cris de plus en plus humains. Et plus il enchaînait ses coups, plus le tempo de la main droite augmentait, plus la violence de la gauche devenait dangereuse. Étant parvenu à l'emprisonner, celle-ci l'avait secouée dans tous les sens, le frappant contre les murs et la percussion avant de le balancer au loin. Fort heureusement, Link était parvenu à se rattraper à l'une des pierres protubérantes formant la paroi de la salle. Puis, sautant dans le vide, il avait flotté jusqu'à se laisser tomber sur le tambour. Il s'était fait également aplatir, toujours par cette même main, sur le sol résonnant. Le choc l'avait momentanément privé d'air, appuyant sur sa colonne vertébrale pour le priver de sa mobilité. Il ne devait son salut qu'à sa partenaire qui, en se faufilant entre les doigts du mort, était parvenu à enclencher le mécanisme du grappin dont la pointe était venue se planter dans la paume offensive. Au final, les attaques de la créature, bien qu'augmentant en rapidité, devenaient progressivement prévisibles. Il fallait notamment se méfier des coups à revers, chose qu'il avait appris à ses dépens en recevant les phalanges, longues comme son bras, en plein abdomen. La zone était d'ailleurs toujours douloureuse, le faisant grimacer à chaque fois qu'il devait se baisser brusquement.
« - Cette fois-ci c'est la dernière, souffla le héros pour la énième fois en décochant l'une de ses dernières flèches dans la main droite, beaucoup plus énergique qu'au début. »
La lueur de sa partenaire se déplaça ensuite en direction de la deuxième qui préparait déjà sa vengeance. Tout comme sa jumelle, elle fut paralysée, provocant la réouverture de l'œil carmin. Ne semblant pas comprendre la leçon, le monstre de l'Ombre réitéra ensuite cette même attaque qu'il faisait à chaque fois que ses deux mains étaient touchées, à savoir foncer littéralement tête baissée sur son ennemi. La flèche atteignit sa cible, rapidement remplacée par la lame purificatrice. Donnant tout ce qui lui restait comme énergie, Link enchaîna alors les attaques tel un dément, ignorant les cris de douleur et le sang qui lui gicla au visage.
« - Non ! Parvint-il à entendre tandis que sa lame alla se planter jusqu'à la garde dans l'iris vermeil »
Et, alors qu'il la retirait d'un coup sec pour l'abattre de nouveau, un coup de poing le fit propulser au loin. Il dérapa sur toute la longueur de la percussion, ricochant musicalement, avant de passer par-dessus la plate-forme. Il parvint fort heureusement à planter son arme dans la peau tendue de l'instrument géant, stoppant sa course à quelques millimètres de l'eau empoisonnée en dessous de ses pieds. De son côté, pris dans une folie intenable, le monstre de l'Ombre se mit à frapper le sol de toutes ses forces. Ses cris d'agonie devinrent si intenables que le garçon ferma automatiquement les yeux en serrant des dents. Des larmes de sang s'échappèrent de l'œil, tombant à grosses gouttes sur le tambour. Le rythme, quant à lui, ralentit progressivement, permettant au héros de regagner la terre ferme. Lorsqu'il se redressa sur ses jambes, le corps titanesque commença à se désintégrer, la pupille tournoyant sur elle-même comme possédée. Elle se stoppa finalement en direction de la silhouette absinthe, son regard rivé dans les perles céruléennes. Ou plutôt dans le cristallin du monocle qui, durant un court instant, fit vaciller son filtre révélateur. Puis, les mains tombèrent lourdement sur le tambour, dans un vacarme assourdissant. Et alors que le corps finissait de se consumer, les derniers mots du monstre de l'Ombre retentirent autour d'eux.
« - Sois... maudit... »
Puis il explosa en brume sombre, laissant seul le héros essoufflé et sa partenaire. Le téléporteur apparut l'instant d'après au centre du tambour, confirmant la fin du combat. Ne désirant pas passer une minute de plus dans cet endroit morbide, Link s'y précipita presque, appréciant la lueur chaleureuse qui l'enveloppa pour l'emmener loin de ce royaume funèbre.
L'éclat soudain qui émanait du sanctuaire l'obligea à fermer momentanément les paupières. Il perçut le clapotis régulier et apaisant des cascades infinies qui continuait de se déverser inlassablement autour de lui. Rouvrant lentement les yeux, la magnificence de ce royaume construit en dehors de l'espace et du temps le frappa à nouveau, comme à chaque fois qu'il frôlait la surface de cet immense hexagone azur. Une à une, les stèles de couleur sur lesquelles s'étaient tenus les sages déjà éveillés accrochèrent son regard. La dernière, frappée d'un triangle inversé entouré de trois sphères, arborait une coloration améthyste. Dessus se tenait la silhouette d'une femme qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Vêtue d'une armure indigo prêt du corps, elle affichait une musculature assez imposante, notamment au niveau de ses biceps et de ses quadriceps où l'absence de vêtement mettait en valeur les contours robustes. Dans son dos était accroché un poignard dont le fourreau, tout comme le plastron de la femme, arborait un œil versant une larme, symbole des Sheikah. Ses cheveux blancs, coupés courts, étaient maintenus en queue-de-cheval sur sa nuque, mettant en évidence ses oreilles pointues et dégageant son visage aux traits durcis par le temps. Ses iris carmin, identiques à ceux de Sheik, luisaient d'une lueur de détermination. Des triangles inversés argentés soulignaient son regard, rappelant à Link la jeune fille de la vision.
« - Jeune garçon à l'ocarina, le salua la femme, bras croisés sur sa poitrine. Enfin tu es venu. Mon nom est Impa des Sheikahs. Je suis la nourriture de la princesse et le sage du temple de l'Ombre. »
Dans un sens, bien que l'ayant peu côtoyé, entendre cette voix légèrement grave, qui l'avait mis de nombreuses fois en garde, avait quelque chose d'apaisant. Il avait toujours eu un peu peur de cette femme à la carrure imposante et aux sourcils souvent froncés. C'était cette même voix qui l'avait grondé à chaque fois qu'il rendait visite à la princesse étant enfant, s'amusant de la naïveté des gardes pour entrer en douce dans la cour royale. Le raccompagnant à chaque fois que le soleil déclinait un peu trop dans le ciel, au grand dam des deux amis qui auraient préféré rester plus longtemps ensemble. C'était cette même voix qui, une fois arrivés devant la grille du château, le remerciait finalement d'être passé et d'avoir rendu à la princesse son adorable sourire.
« - Depuis des siècles, poursuivit-elle, les Sheikahs furent les serviteurs de la famille royale d'Hyrule. Toutefois... »
« Un incident s'est produit » compléta-t-il mentalement, « un incident colossal qui a conduit au déclin d'un peuple tout entier ». Il aurait aimé en apprendre davantage sur cet épisode remontant visiblement à de nombreuses années. Link avait entendu des pierres à Potin confesser que la nourrice Sheikah était au service de la famille royale depuis deux générations, et ce malgré ses trente ans d'apparence. Aussi semblait-il que ce peuple possédait une durée de vie beaucoup plus longue que celle des Hyliens. Cependant, la furtive ombre de tristesse qui obscurcit un instant l'éclat rubicond de son interlocutrice lui fit comprendre qu'il ne valait mieux pas creuser le sujet, au risque de faire remonter des démons du passé. Et, si ce qu'il avait vu était juste, faisant de l'enfant qu'elle était le bourreau de son peuple, peut-être était-il préférable de garder enfoui au fond de ce maudit temple ces remords inavouables.
« - Il y a sept ans, continua Impa en ellipsant une partie de son discours, Ganondorf lança son attaque et le château d'Hyrule dû se rendre après une très courte bataille. Ganondorf était à la recherche de l'une des clés du Saint Royaume, le secret de la famille royale.
- L'Ocarina du Temps, compléta le jeune homme.
- Mon devoir était de mettre la princesse Zelda à l'abri. Je me souviens t'avoir vu lors de notre fuite... »
Oui, lui aussi s'en souvenait parfaitement. Les trombes d'eau qui s'écoulaient du ciel telles les lamentations des âmes venant de perdre la vie le grondement du tonnerre zébrant l'obscurité céleste le destrier blanc emportant au loin la princesse Zelda et sa nourrice les yeux larmoyants de l'enfant qui venait de tout perdre, sa petite main tendue dans sa direction comme lui quémandent de l'aide l'Ocarina du Temps volant dans les airs avant de s'échouer dans les douves le second étalon, au pelage abyssal, portant sur son dos l'incarnation du Mal le rire diabolique de Ganondorf le défiant de haut puis l'inquiétude qu'avait alors ressentit le garçon, à peine âgé de dix ans, en voyant le fils des Ténèbres partir à la poursuite de la princesse sans que lui ne puisse rien faire.
« - Tu es devenu un valeureux guerrier, déclara Impa, accordant enfin un sourire à son auditeur comme pour le réconforter de son incapacité passée. La princesse est à l'abri maintenant et, très bientôt, elle viendra tout t'expliquer. »
Son sourire s'effaça.
« - Les six sages enfin réunis, il ne te reste plus qu'à détruire le Roi Sombre. Mon devoir est de rester ici. Trouve la princesse Zelda et protège-la à ma place, bien que je suppose... que tu le ferais sans que je ne te le demande.
- Est-ce si évident ? Rit doucement le jeune homme. Mais si cela peut vous rassurer, je sacrifierai ma vie si cela est nécessaire.
- Bien... Je vais maintenant te transmettre mon pouvoir grâce à ce médaillon. »
Et, disant cela, elle leva les bras au ciel. Un éclat améthyste aveugla ensuite le garçon qui, plissant les yeux, put apercevoir un médaillon de la même couleur descendre lentement des airs pour atterrir dans sa paume. Le symbole de l'Ombre, identique à celui présent sur la stèle du sage, ornait les deux faces de la relique. L'aura d'Impa s'en évapora doucement et, enveloppant le corps du héros, vint se mêler à celles de ses confrères déjà éveillés. Fermant les paupières, il apprécia cette chaleureuse sensation. Six énergies différentes cohabitaient à présent en lui, gravitant autour de son esprit tels des électrons à la périphérie d'un atome. Pourtant, il avait l'impression qu'il lui manquait quelque chose, une pièce maîtresse pour rendre le tout cohésif.
« - Prend bien soin de la princesse, déclara la voix de la Sheikah tandis qu'il s'attendait à ressentir les remous de la téléportation censée l'amener hors du sanctuaire. »
Cependant, rien ne se produisit. Intrigué, il rouvrit alors les yeux. Le Saint Royaume se dessinait encore autour de lui, vide de toute présence. Fronçant les sourcils d'incompréhension, il tournoya plusieurs fois sur lui-même pour inspecter une à une chacune des stèles. C'est alors qu'il le vit, se tenant droit sur celle teintée d'or, enveloppé dans une large toge de même couleur, le tout premier sage l'ayant accueilli au sein du sanctuaire.
« - Link, commença Rauru de sa voix calme semblant venir d'un autre temps, le héros. Enfin les six sages sont éveillés ! L'heure est venue pour toi de défier le seigneur du Malin ! Mais avant de croiser le fer avec le vil Ganondorf, il te reste une personne à rencontrer... »
L'incompréhension du jeune homme ne fit que s'accroître. Sentant les interrogations brûler les lèvres de l'Hylien, le vieil homme les fit taire en levant une main ridée. Sa vision commença alors à se brouiller, faisant tanguer le décor autour de lui. Et, tandis qu'une vive lumière blanche emplit les lieux, l'entraînant dans les vertiges de la téléportation, les derniers mots de Rauru résonnèrent à son oreille.
« - Cette personne t'attend au temple du Temps. Rends-toi là-bas et toute la vérité te sera révélée. »
Puis ce fut le néant. Lorsque la vision lui fut enfin rendue, soit quelques minutes plus tard, les contours de ce qu'il reconnut comme étant le cimetière saluèrent son retour. Faisant quelques pas en avant, il observa un instant ce paysage de tombes. Le soleil s'éveillait à l'horizon, chassant les teintes de gris pour instaurer des oranges plus chaleureux. Quelques gouttes tombaient encore du ciel, les dernières d'un long chagrin céleste, réveillant le pétrichor. Enfin à l'air libre, enfin en paix, Link prit une grande inspiration, humant ce doux parfum de géosmine agréable à ses narines. Le vent se leva à son tour, faisant danser le bonnet du garçon sur son épaule tandis qu'il se tournait vers l'entrée creusée dans la roche. Le crépitement des torches, qu'il savait allumées en bas des escaliers plongeant dans l'obscurité, lui parvint alors, tel un murmure d'outre-tombe.
« - On retourne y faire un petit tour ? Proposa Navi en taquinant sa joue de son coude
- Sans façon, rit-il avant de tourner le dos définitivement à la maison des Morts. »
Le Nocturne de l'Ombre était une mélodie magnifique, pleine de mélancolie et de douceur. Mais plus jamais il ne l'entonnerait pour se rendre dans cet enfer pavé de cadavres, ou du moins l'espérait-il.
« - À ton avis, quelle est cette personne que nous devons rencontrer ? Demanda le garçon en s'emparant de son ocarina, une pointe d'ironie transperçant dans sa voix
- Bonne question très cher, répondit sa partenaire en rentrant dans son jeu. Mais il y a fort à parier qu'elle soit à ton goût. »
Riant, Link leva les yeux au ciel et, tandis que la petite fée prenait place sur son épaule, il porta le bec de son instrument à ses lèvres. Quelques notes s'élevèrent ensuite dans les airs, composant le noble Prélude de la Lumière. La mélodie enveloppa ensuite son créateur d'une chaleureuse lueur dorée avant de l'emporter loin de la nécropole, vers un lieu où les ombres n'ont pas leur place.
OoO
Les doucereuses notes du Prélude de la Lumière s'estompaient progressivement autour de lui, regagnant les cieux que cette mélodie lui avait permis de traverser. L'atmosphère imposante des lieux s'imposa alors aussitôt. Tels des litanies censées repousser le Mal, des chœurs graves résonnèrent aux oreilles pointues du jeune homme, bien plus agréables que les cantilènes funèbres des âmes. La soudaine clarté de la bâtisse, jurant avec la pénombre oppressante qu'il n'avait eut de cesse de côtoyer dans la maison des morts, l'obligea à plisser les paupières. Se réhabituant peu à peu à ce monde de lumière, il balaya ensuite son nouvel environnement d'un mouvement lent du regard. Il n'était pas serein, s'attendant à voir surgir des ombres crées par les piliers une quelconque silhouette perfide. Il reconnut parfaitement les nobles courbes permettant de tracer la silhouette du Temple du Temps, les vitraux, jadis colorés, à présent capables de recueillir le moindre rayon solaire pour l'amplifier. Son regard capta le carmin du velours qui s'étendait jusqu'aux pieds de l'autel. Au-dessus de celui-ci, les Trois Pierres Ancestrales continuaient de tournoyer lentement, comme si la fin de l'univers elle-même ne pourrait stopper leur valse aérienne. Derrière elles, les portes du Temps ouvertes laissaient entrapercevoir la chambre d'Excalibur et le piédestal en granit qui avait logé sa lame durant des centaines d'années. C'était par ces mêmes portes que sa quête avait réellement débuté. Il se souvenait encore précisément de cet instant où il avait enroulé ses doigts autour du pommeau de l'Épée, le picotement familier qui avait parcouru son bras pour venir chatouiller son échine, le chant si caractéristique du métal et la douce impression de saluer une vieille amie absente depuis trop longtemps.
« - Je t'attendais, Link. »
La voix se fit entendre derrière lui, se calquant sur celle déjà présente dans son esprit. Le timbre familier se répercuta contre les murs du temple pour gagner les hauts plafonds. Répondant à l'appel de son prénom, le jeune homme stoppa son observation et se tourna en direction de l'entrée. Face à lui se dessina alors la silhouette d'une musicienne qu'il ne connaissait que trop bien. Son corps était baigné par la faible lumière en provenance du dehors, mettant en valeur la dorure des mèches s'échappant des bandages. Ses iris bleus captèrent immédiatement ceux rougeoyants de Sheik. Un sentiment étrange s'en dégageait, mélange de soulagement et d'inquiétude. L'air grave, elle restait plantée à l'entrée du temple, comme si son indécision émotionnelle la maintenait enchaînée sur place. Voulant alors détendre cette atmosphère bien trop éloignée de toutes celles qui avaient accompagné leurs différents échanges, il tenta un trait d'humour en écartant les bras et en déclarant :
« - Veuillez pardonner mon retard, gente dame, mais il y avait fort monde sur le trajet. À présent je suis tout à vous. »
En vain. Pas même un battement de cils ne fut émit de la part de son interlocutrice. Il crut entendre Navi ricaner du vent monumental qu'il venait de se prendre mais, bien trop occupé à soupirer longuement de dépit, il préféra reporter à plus tard son sermon. La jeune femme était fâchée, il en était certain. Depuis ce qui s'était passé dans le désert, ils n'avaient pas réellement eu le temps de discuter convenablement de... cette scène. Il se souvenait parfaitement des rougeurs adorables qui avaient gagné les joues de la musicienne, s'accordant à la perfection avec son regard de braise et ses lèvres colorées par les multiples baisés. Et, rien qu'à cette pensée, il n'avait qu'une seule envie : franchir les quelques mètres les séparant et redonner à ce visage qu'il aimait tant la teinte qui lui sciait à merveille. Aussi, lorsque la Sheikah reprit la parole, la chute de son petit nuage onirique fut brutale.
« - Link, héros du Temps, lâcha-t-elle sur un ton solennel, et il comprit que les embrassades ne seraient pas pour tout de suite. Tu as traversé bien des épreuves pour éveiller les six sages. Il ne te reste plus que la dernière épreuve, la plus terrible !
- La confrontation finale avec Ganondorf, le seigneur du Malin, dirent-ils en cœur. »
Et, de nouveau, un soupir s'échappa de ses lèvres. Évidemment, sa quête ne serait pas achevée avant que le roi des Voleurs n'ait rendu son dernier souffle, avant qu'il ne lui enfonce sa fidèle lame en plein dans son cœur, avant qu'il n'ait livré l'ultime bataille de son existence héroïque, avant qu'il n'ait une fois de plus dansé avec la mort. Rêver d'une quelconque idylle à ce stade était stupide. On ne gagnait pas avec des rêves chimériques, on luttait pour permettre leur éclosion.
« - J'ai certaines choses à te dire, reprit-elle, écoute-moi bien. Voici une autre légende sur la Triforce, connue des Sheikah, qu'il me faut te faire savoir. »
Fermant les yeux, elle invita Link à faire de même. Plongé dans l'obscurité de ses paupières, le jeune homme vit alors défiler dans son esprit une myriade de lueurs. Un ciel étoilé se répandit sur la membrane de ses paupières, dessinant le fond sur lequel des ombres amorphes apparurent. Lentement, elles se mouvèrent, suivant le rythme des paroles de Sheik, illustrant ses mots qui résonnèrent dans le temple du Temps.
« - Toi, quêteur des Saints Triangles, écoute bien. Les Triangles Sacrés reposent en un lieu mystique, un miroir reflétant l'intérieur de l'âme. »
Tournoyants sur eux-mêmes, trois triangles parfaitement équilatéraux apparurent, éblouissant la toile sombre de leur éclat doré. Deux silhouettes, l'une se confondant avec la noirceur du tableau et l'autre se détachant de par sa teinte blanche, firent ensuite leur apparition, main tendue en direction du trésor divin.
« - Si une âme noire y pénètre, le royaume deviendra chaos et flammes. Si elle est pure, il se changera en paradis. La Triforce est une balance qui équilibre les trois puissances sacrées : Force, Sagesse et Courage. »
Les mots apparurent en même temps dans leur triangle respectif, leur hylien ancestral semblant se graver à leur surface. Les deux êtres continuèrent quant à eux de se rapprocher, le sombre effleurant avec convoitise le trésor divin du bout de ses griffes.
« - Si l'âme du porteur des Saints Triangles préserve cet équilibre, alors le porteur aura l'ultime puissance. Mais si son âme est tourmentée, la Triforce se brisera en trois parties : la Force, la Sagesse et le Courage. »
La Triforce imaginaire, comme obéissant aux mots de l'oratrice, se scinda en trois. Deux de ses fragments disparurent dans la pénombre, tout comme l'être blanc. La silhouette sombre, quant à elle, subsista et s'empara du triangle supérieur, refermant sa pogne griffue sur l'éclat doré de la Force.
« - À celui qui a brisé l'équilibre, il ne restera qu'une pièce, celle correspondant le plus à ses ambitions. Et s'il cherche l'Ultime pouvoir, il devra acquérir les deux autres pièces. »
Les fragments de la Sagesse et du Courage fendirent le ciel nocturne de leur éclat, matérialisant autour de leur lumière le corps d'une femme pour l'un et celui d'un homme pour l'autre. Tournant son regard inanimé dans leur direction, l'ombre tendit alors sa main libre vers eux, conservant la seconde et le précieux trésor dérobé contre son cœur.
« - Ces deux pièces seront transmis aux élus du Destin. Ils porteront la marque de la Triforce au dos de leur main. »
Sheik acheva sa dernière phrase en diminuant le volume de sa voix, marquant ainsi la fin de son récit. Les images s'estompèrent doucement, englouties par les méandres de l'imaginaire. Un picotement s'éveilla ensuite sur la main gauche du guerrier qui, rouvrant lentement les yeux, riva ces derniers sur le dos de sa mitaine. Intrigué, il commença alors à défaire les boucles maintenant en place son gantelet tandis que son interlocutrice continuait de parler.
« - Lorsque tu as retiré l'Épée de Légende, Ganondorf en a profité pour emprunter la porte que tu as ouverte dans le temple du Temps et ainsi violer le Saint Royaume. Mais en posant la main sur la Triforce, la légende est devenue réalité. La Triforce s'est brisée en trois parties. Ganondorf possède la Triforce de la Force grâce à laquelle ses pouvoirs maléfiques se sont décuplés. Mais ses ambitions maléfiques n'ont pas de limites. »
Link leva un instant son regard dans sa direction, faisant progressivement le lien entre la légende qu'elle venait de compter et les récents agissements de son Némésis.
« - Pour devenir le maître du monde, Ganondorf cherche les élus du destin pour s'approprier les deux pièces restantes de la Triforce. Or il s'avère que le porteur de la Triforce du Courage c'est... »
Le garçon retira enfin son gantelet, révélant une peau légèrement plus pâle que le bout de ses doigts. Levant lentement le dos de sa main au niveau de ses yeux, il admira la faible lueur qui se dégageait de la marque en forme de Triforce, et plus particulièrement du triangle en bas à droite.
« - Moi, déclara-t-il.
- Toi, confirma-t-elle. »
Et, tandis qu'il tournoyait délicatement son poignet dans tous les sens pour faire vaciller la lueur du triangle, la voix de sa partenaire, camouflée sous son bonnet pour lui permettre un peu d'intimité, laissa entendre un « Incroyable ! » d'exclamation. Il était même certain qu'elle n'avait put résister à l'envi de glisser son nez à l'extérieur pour observer de ses propres yeux ce stigmate divin auquel il n'avait jamais prêté attention. Champion de Farore, ça il le savait depuis de nombreuses années, mais être porteur de son fragment était tout autre chose car cela faisait de lui une proie potentielle pour le vil Ganondorf. Et, bien plus qu'il craignait pour sa propre vie, il ne pouvait s'empêcher de penser à celle du troisième détenteur, celui affichant à la surface de sa main la marque de Nayru. Automatiquement, alors que l'angoisse commençait à gagner ses viscères, il reporta son regard sur la musicienne.
« - Le détenteur de la Triforce de la Sagesse, reprit-elle alors en défaisant lentement les bandages de sa main droite, est le septième sage dont le destin est de conduire les autres éveillés. Ce septième sage est... »
Mais elle n'eut le temps de finir sa phrase que des lèvres fermes vinrent étouffer ses mots dans un brusque baiser. Surprise, elle écarquilla les yeux. Des doigts s'enroulèrent autour du poignet dévoilé tandis que l'autre main guerrière s'aventura derrière sa nuque, rapprochant davantage leur visage. Le baiser s'intensifia alors, déversant un torrent de lave dans les veines de la Sheikah qui sentit ses joues doucement s'empourprer. Un picotement désagréable se fit sentir au niveau de sa main prisonnière. Au travers des doigts masculins se déversa une chaleureuse lueur dorée qui enveloppa rapidement le corps des deux adolescents, obligeant l'un à fermer ses paupières sur les iris carmins de l'autre. Et lorsqu'il les rouvrit quelques secondes plus tard, ce fut un océan d'un bleu profond qui l'accueillit. Un bleu une teinte plus sombre que le sien, qu'il avait cru durant de nombreuses années ne jamais revoir. Un bleu qu'il contempla longuement, les plongeant tout deux dans un mutisme prolongé.
Un Celestia passa, suivit de toute une flopée, avant qu'il ne se décide enfin à éloigner son visage de celui de la nouvelle apparue.
« - C'est... moi, prononça alors la jeune femme, humectant timidement ses lèvres rubescentes. Zelda, princesse d'Hyrule. »
Link eut un rire en coin. Comme si elle avait besoin de préciser une évidence pareille. Le monde, son monde, ne possédait qu'une seule et unique Zelda. Tout comme il ne possédait qu'une seule et unique Sheik.
« - Pardonne moi de t'avoir caché ma véritable identité, reprit-elle légèrement mal à l'aise d'être ainsi le centre d'intérêt du héros, mais je...
- Je sais, la coupa-t-il en apposant son pouce sur sa bouche. »
Il avait toujours su, depuis l'instant même où le prénom de la musicienne lui était venue à l'esprit lors de leur toute première rencontre en ces lieux. Son étonnement n'était pas dû au retrait de cet alter-ego qu'il avait côtoyé ces derniers jours, mais plutôt à l'apparence actuelle qu'arborait sa précieuse princesse. Durant ces sept longues années, il n'avait eut de cesse de s'imaginer à quoi elle pourrait bien ressembler, son esprit tentant de modeler les traits candides qu'il gardait en mémoire en les calquant sur les peu de souvenirs qu'il lui restait de son ancienne vie. Au final, elle était juste parfaite, bien mieux que tous ces croquis mentale qu'il avait pu élaborer Caressant de son pouce la joue gauche de la noble, il contempla minutieusement chaque trait afin de les graver au plus profond de lui. Elle avait conservé ses pommettes de petite fille qui lui donnait cet air angélique. Sur ses tempes, deux mèches solaires ondulaient légèrement, offrant un cadre parfait pour ses perles célestes. Le reste de ses cheveux était maintenu en arrière, formant une cascade dorée dans son dos, et coiffés d'une tiare surmontée d'un rubis. Ses oreilles, aussi pointues que celles de Link, arboraient de symboliques Triforces qui dansaient de part et d'autre de son cou à chaque mouvement de tête. Ses épaulettes dorées lui donnaient un peu plus de carrure, tout comme sa robe aux différentes teintes de rose soulignait sa morphologie gracile.
« - En ce jour maudit, il y a sept ans, poursuivit-elle en venant poser sa main gantée sur celle pressée contre sa joue, je me souviens t'avoir vu lors de ma fuite du château d'Hyrule. Je pensais que te confier l'Ocarina était notre seule chance. En te le confiant, je pensais pouvoir empêcher Ganondorf de... »
Elle tut la fin de sa phrase, les multiples images d'un peuple souffrant, devant payer les conséquences d'une guerre ne les concernant nullement, lui revenant à l'esprit telles des coups de fouet infatigables.
« - Malheureusement, cela ne fut pas suffisant. Car, privé de la Triforce, Ganondorf s'est tourné vers des rites maléfiques, dépassant les droits offerts par les Déesses. Il est parvenu à s'infiltrer dans l'Autre Monde pour s'emparer des pouvoirs du septième sage de cette dimension, créant ainsi un déséquilibre spatial aux conséquences désastreuses. Ganondorf s'est ensuite proclamé Roi du Mal et, sous son règne de haine, Hyrule s'est transformé en une terre hostile. »
La voix de la princesse se brisa tandis qu'elle prononçait ces derniers mots, créant mille et un remords dans le cœur de son héros. Tout était de sa faute. À lui, pas à elle. Telle une élue respectable, Zelda avait suivi le chemin tout tracé que lui avaient dicté les Déesses, n'écoutant que la sagesse dont elle était la digne représentante. De son côté, lui, avait fait tout l'inverse, refusant le repos de l'épée pour profiter pleinement de ces sept ans afin de protéger au mieux les peuples d'Hyrule et désamorcer le plan de conquête de son Némésis. Du moins, tel était son plan initial, bien avant que les Déesses, sans aucun doute furieuses de son hérésie, ne reprennent le contrôle de ses agissements et ne le tiennent éloigné du royaume durant les sept années qu'il aurait dû passer dans le coma. Au final, il n'avait rien changé du tout si ce n'était de mettre en péril leur monde et les dimensions juxtaposantes, ainsi que d'angoisser pour rien sa souveraine. Comment avait-elle réagi en apprenant son départ imprévu du royaume ? Quels ennuis cela lui avait-il causé ? Avait-elle douté ne serait-ce qu'un instant que jamais plus il ne reviendrait ?
« - Lorsque Impa m'a confiée le choix que tu avais fait, continua-t-elle comme si elle lisait dans son esprit, j'ai eu très peur. Peur pour le peuple, mais surtout peur de ce qu'il pourrait t'arriver. Jamais je n'ai douté de tes intentions, et c'est justement parce que je savais que tu reviendrais tôt ou tard que je pris l'apparence d'un Sheikah, attendant patiemment ton retour. Pendant sept longues années...
- Je suis désolé, souffla-t-il en éloignant sa main qui retomba contre son flanc, les doigts toujours enlacés avec ceux gantés.
- Tu n'y es pour rien. Ce qui devait arriver, personne ne pouvait le modifier.
- J'aurais pu revenir plus tôt. J'aurais pu sauver toutes ces personnes, empêcher les Ténèbres de se répandre, t'éviter de prendre autant de risque. »
Sa mâchoire se crispa au fur et à mesure qu'il sentait sa culpabilité se répandre dans ces mots bien trop vides de sens à son oreille. Soupirant longuement, Zelda resserra sa prise autour des doigts du jeune homme, avant de reprendre d'une voix emplie de compassion.
- Mais les Déesses ne te l'auraient pas permis. Elles ne te l'ont pas permis, se corrigea-t-elle, ce qui attira le regard mi-intrigué mi-coupable du héros. Tu as tenté plusieurs fois de revenir en Hyrule, en vain, car les Déesses t'ont maintenu à distance afin que se réalise la destinée du royaume. L'équilibre de ce monde a déjà fort était menacé, aussi les rires et les larmes, les joies et les souffrances, les naissances et les morts ... tous devaient se réaliser. »
De sa main libre, elle vint essuyer une larme imaginaire sur la joue du guerrier.
« - Tu n'aurais pas pu les sauver. Mais désormais, grâce à toi, le règne maléfique de Ganondorf va prendre fin. »
Étirant ses lèvres en un sourire adorable, elle apposa son front contre le torse vêtu de vert, fermant momentanément les yeux pour humer le parfum si caractéristique de son héros.
« - Les six sages ouvriront le sceau pour attirer Ganondorf dans le Saint Royaume, expliqua-t-elle. Je fermerais ensuite la porte. Pour toujours... Et ainsi, Ganondorf, le seigneur du Malin, disparaîtra d'Hyrule. Link...
- Dîtes-moi ce que vous attendez de moi. »
Le passage au vouvoiement irrita le cœur de la princesse. Chacun reprenait le rôle qu'était le sien. Il ne s'agissait plus de deux enfants jouant ensemble. Il ne s'agissait plus non plus de deux âmes égarées dans la passion qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Non, il s'agissait là du Héros du Temps offrant ses services à la Princesse de la Destinée et Septième Sage, tout deux élus des Déesses.
« - Dites-moi ce que je peux faire pour vous satisfaire, susurra-t-il en accolant ses lèvres contre son crâne blond. »
De nouveau, elle se sentit rougir, les chemins de feu qu'avait tracé le guerrier sur son corps en cette nuit désertique s'éveillant un à un.
« - Ton devoir est de me protéger pendant l'exécution de ce plan, prononça-t-elle alors d'une voix qu'elle désirait sérieuse. »
Chose qu'elle regretta presque lorsque son partenaire de destinée répondit ironiquement :
« - N'est-ce donc pas ce que je m'évertue à faire chaque jour qui passe ?
Elle leva les yeux au ciel, un sourire marquant malgré elle ses lèvres. S'éloignant ensuite, quittant à regret le cocon chaud et apaisant qu'offraient les bras solides de son chevalier servant, la princesse joignit ses mains en prière et commença à murmurer des mots dans une langue ancienne.
« - Voici une arme qui pourra pénétrer les défenses du Seigneur Maléfique, déclara-t-elle une fois sa litanie achevée, écartant légèrement ses doigts pour révéler une lueur dorée. L'arme sacrée de l'élu. La clarté de la Justice capable de dissiper le Malin. »
L'éclat s'intensifia, prenant forme au creux de ses paumes pour donner :
« - La sainte flèche de lumière. »
Du bout des doigts, Link vint cueillir l'arme en question. Tout comme les flèches élémentaires déjà présentes dans son arsenal, celle de lumière n'était pas quelque chose de matériel. Lorsqu'il toucha sa surface éblouissante, la flèche s'évapora en effet en millier de fragments incandescents avant de venir se mêler à son essence naturelle. Il sentit ainsi cette énergie nouvelle se loger au creux de son âme, prenant place au côté des autres pouvoirs déjà en sa possession.
Au même moment, tandis qu'il rouvrait les paupières qu'il ne se souvenait pas avoir fermé, un tremblement de terre se fit ressentir. En alerte, Navi sortit aussitôt de sa cachette tandis que, perdant l'équilibre, Zelda fut rattrapée de justesse par les bras du guerrier. Le temple tout entier sembla grincer, allant même jusqu'à déstabiliser le tournoiement régulier des Pierres Ancestrales qui se désynchronisèrent.
« - Cette secousse, murmura la princesse tandis que Link l'aidait à se remettre sur ses jambes, c'est... !? »
Un rire grave, reconnaissable entre mille, se répercuta dans la bâtisse, faisant taire les chœurs religieux. Sursautant, elle se mit à balayer frénétiquement les alentours de son regard, espérant apercevoir l'ombre de ce vil personnage. De son côté, le garçon s'empara de sa lame et de son bouclier, guettant le moindre mouvement suspect autour d'eux. Cependant, il n'entendit que trop tard l'exclamation apeurée de sa protégée car, lorsqu'il tourna son regard dans sa direction, celle-ci était déjà prisonnière d'un étrange cristal rose pâle.
« - Non ! Hurla-t-il en venant abattre son épée sur la surface rigide de ce qui devait être un sortilège. »
Malheureusement, imperméable aux coups physiques, la barrière magique conserva son intégrité. Ce qu'il craignait venait de se réaliser, confirmant le mauvais pressentiment qu'il avait ressentit en voyant la jeune femme retirée son déguisement. Il aurait dû s'en douter, prévoir les intentions de son pire ennemi qui n'avait pour seul but que de s'emparer des fragments manquants de la Triforce. Il aurait dû l'emmener en dehors du temple, la mettre à l'abri. « Où ça ? » répliqua une voix à l'intérieur de son subconscient. Maintenant qu'il possédait la Triforce de la Force, aucun lieu en Hyrule ne pouvait échapper au contrôle de Ganondorf. Et à présent qu'il connaissait le subterfuge mis en place par sa proie, plus jamais il ne se ferait avoir. « Tout doit se réaliser » poursuivit cette même voix tandis qu'il sentit ses doigts se resserrer autour de son pommeau, blanchissant ses phalanges.
« - Link ! Appela la fille de Nayru en posant ses mains contre le cristal, la peur pouvant se lire sur son visage
- Princesse Zelda, rit de nouveau la voix omniprésente de Ganondorf, petite cachottière ! Je te félicite d'avoir échappé à mes recherches pendant sept ans. Mais tu as baissé ta garde. Grâce à ce gamin, encore une fois, j'ai pu te retrouver. »
À l'entente du « encore une fois », Link sentit la rage bouillir dans ses veines. Sans aucun doute, le roi des Voleurs faisait référence au fait qu'en retirant l'Épée de Légende, il lui avait permis de dérober le fragment de la Force. Prenant sur lui pour ne pas s'acharner en vain sur cette saloperie de cristal et prendre le risque de blesser la princesse, Link vint poser sa main tenant Excalibur contre le sortilège. Sans ce dernier, ses doigts auraient pu sans effort caresser ceux gantés de la jeune femme. Leur océan se rencontra, le regard de l'un déversant un message dans celui de l'autre. Semblant le déchiffrer, Zelda acquiesça lentement de la tête, refoulant les larmes de panique qui menaçaient de perler sur ses joues. Non, les pleurs, ils les garderaient pour le final, lorsque toute cette mascarade serait enfin terminée, lorsqu'ils pourraient enfin se prendre dans les bras sans risquer de se faire poignarder par-derrière. Des larmes de joie, telles étaient les seuls joyaux ayant le droit d'orner les douces prunelles de la princesse.
Alors, tel un signe d'abandon, la jeune femme laissa ses mains glisser le long du cristal, ignorant les appels de Navi de l'autre côté. La pauvre petite fée, ne comprenant pas ce qui se passait, continuait en effet de marteler la surface rosâtre de ses poings bien trop minuscules pour espérer briser ce que la lame purificatrice même n'avait pas même réussi à égratigner.
« - Cela en serait presque touchant, rit une fois de plus le Seigneur du Malin de sa cachette avant de prendre un timbre beaucoup plus sombre. Ma seule erreur fut de te sous-estimer gamin.
- Link est bien plus qu'une simple erreur de parcours, lâcha la prisonnière.
- Silence ! Rugit son geôlier »
Et, tout à coup, comme si elle fut privée d'air, Zelda porta ses mains à sa gorge, suffoquant. Face aux traits déformés par la souffrance de sa princesse, le guerrier eut un mouvement en avant, se remémorant qu'après qu'il ne pouvait rien faire pour la secourir. Percevant sans nul doute cette prise de conscience du héros, Ganondorf eut un nouveau rire, camouflant les cris désespérés de la petite fée, paniquée à la vue de la septième sage perdant connaissance.
« - Bien plus qu'une simple erreur de parcours, dis-tu ? Reprit le Gerudo, continuant de s'adresser à sa prisonnière à présent dans les vapes. Mais sa puissance n'est que misère ! Sa seule force est la Triforce du Courage ! Or, grâce à la Triforce de la Sagesse que vous allez gentiment m'offrir, princesse, deux parties seront en ma possession. Et bientôt, héros, tu me remettras ton fragment. Je serais alors le maître du monde ! »
Ces derniers mots lui étant enfin destinés, Link leva la tête vers le haut plafond d'où provenait la voix et vers lequel commençait à s'élever doucement le cristal, emportant petit à petit Zelda sous le regard impuissant de Navi.
« Si tu veux sauver la princesse, continua Ganondorf, parfaitement conscient que le garçon suivait également l'enlèvement de son regard, viens donc la chercher au château ! »
Et, c'est sur ces dernières paroles qu'il ponctua d'un ricanement méprisant, le cristal s'évaporant dans l'obscurité du plafond. L'instant d'après, les chœurs graves reprirent progressivement leur chant. Les deux amis se murèrent quant à eux dans le silence, continuant de fixer l'endroit où la prison ensorcelée avait soustrait à leur vue le minois conquit par l'angoisse de Zelda. Puis, rengainant son arme dans son fourreau, le garçon tourna les talons en direction de la sortie.
« - Link, l'appela alors sa partenaire en voletant à sa suite tandis qu'il rejoignait le dehors. Où comptes-tu aller comme ça ? La princesse est...
- Tu as entendu comme moi ce que cette crapule a dit, non ? Il compte la retenir en otage au château. »
Il descendit d'un pas pressé les escaliers de la bâtisse, rejoignant le petit jardin dans lequel aimaient autrefois s'amuser les chiens des habitants du bourg. De l'herbe dense et des fleurs multicolores, il ne restait à présent qu'une terre aride exempte de végétation. Cherchant à suivre les pensés de son partenaire, les siennes étant déjà pas mal chamboulées par la découverte de la véritable identité de Sheik - car oui, contrairement au jeune homme, elle l'ignorait complètement – et par son enlèvement, la petite fée vint se poster devant le visage du blond.
« - Une petite seconde, le conjura-t-elle, et s'il s'agissait d'un piège ?
- Évidemment que s'en est un ! C'est ça qu'il veut ! Rajouta-t-il en brandissant le dos de sa main gauche entre eux. Sans la Triforce du Courage, jamais il ne pourra mener à bien ses desseins de conquête. C'est la raison pour laquelle il ne m'a pas encore tué, tout comme la raison pour laquelle il ne tuera pas Zelda. Du moins, pas tout de suite.
- Donc nous avons encore une chance de sauver la princesse ? S'enjoua sa partenaire, ses ailes frétillant dans son dos à la vue du guerrier acquiesçant »
Affichant un faible sourire en coin, il lui tapota ensuite la tête du bout du doigt. Puis, retrouvant son sérieux, il gagna les escaliers menant à ce qui fut jadis la place du marché.
« - En route Navi, déclara-t-il tandis que la petite fée prit place sur son épaule. Allons récupérer notre princesse. »
C'était découvrez l'anatomie avec Kisa =3 XDD Si vous saviez le nombre de recherche que j'ai dû faire pour ce chapitre (champs lexicaux, mythologie, anatomie, décapitation, …) =O Bref, peut être que je vous aurait apprit deux trois trucs XD
Alors ce chapitre ? Comment l'avez-vous trouvé ? Ai-je réussi le pari du temple de l'Ombre, moi qui déteste tout ce qui est... burk ? Qu'avez-vous pensé de mon petit Bongo ? (peut-être qu'un jour vous aurez droit à la version complète de son histoire =D) Heureux de retrouver Dark Link (que je me suis rendu compte que j'avais jamais nommé ainsi de tout le récit XD) ? Vous remarquerez aussi la présence de plusieurs anciens personnages, par exemple Pixie et son papa Drek en provenance direct du chapitre 7 =3 On revoit aussi le capitaine Zieran, tué par Link quand il se faisait passé pour un Lynel, et les deux Zoras sont celles dont il était fait référence juste avant sa mort. Quant aux trois sœurs, Suya, Jun et Keifa, je vous renvoie au chapitre 26 pour le passé de Link =3
Au niveau bestiaire qui apparaît dans ce chapitre, on a les monstres (plus ou moins) classiques du temple, Majora et les quatre boss de MM ( Rhork, Odolwa, Gyorg et Skor), Dodongo, notre bon vieux Volcania (qui, je vous le rappelle, avait été « ramené à la vie » par Ganonforf). On a aussi des Danses-Flammes (les mini boss du temple du feu), des Draco-lule (trouvables dans les marais de MM) et les Bari (méduses dans Jabu-Jabu).
Tant que j'y pense, j'ai emprunté le prénom Azrily à une Sheikah apparaissant dans le jeu Hyrule Total War (je sais pas si vous voyez ce que c'est =/) et du coup je me suis inspiré d'elle pour les cheveux cramoisis et les triangles oranges.
Voilà, voilà... Je crois que j'ai tout dit =O Un avis ? Des questions? Faites vous plaisir =3 J'essaierai de vous répondre au plus vite (si ma connexion de … pamplemousse ne me l'empêche pas)
Au mois prochain pour, cette fois-ci, une visite guidée d'un lieu encore jamais visité ;) En attendant, prenez soin de vous les amis !
Chu
