Voilà donc le chapitre suivant. La bataille va enfin commencer. En espérant que cela vous plaise toujours.

Je rappelle que tous les personnages appartiennent à SM.

...

Chapitre 29: la défaite

J'aurai voulu que l'aube ne se lève jamais.

Moi qui avait toujours aimé admirer du haut d'un arbre l'astre solaire s'éteindre sur la ligne de l'horizon pour renaitre quelques heures plus tard à son opposé, moi qui avait tant admiré durant des milliers d'années ses couleurs flamboyantes, pour une fois, je haïssais le soleil !

Il signifiait tant de choses pour les hommes : il avait été tour à tour un Dieu, une étoile, une énergie, le sentiment d'un renouveau, une aide salutaire. Pour moi, à cet instant précis, alors que j'ouvrai les yeux ce matin là et que j'apercevais le ciel rouge orangé, témoin de sa levée imminente au travers de la forêt entre Forks et Seattle, il était le dernier témoin de mon existence.

Aujourd'hui, j'allai mourir.

Alors que jusqu'ici, ce n'était qu'un pressentiment, une conclusion possible parmi tant d'autres de faits, c'était maintenant une certitude. J'avais accepté de venir vivre avec les Cullen, ce qui m'avait fait rencontrer Tulsa. J'avais sauvé Tulsa d'une mort certaine, ce qui avait révélé ma présence à ceux qui était assez puissant pour le percevoir. J'avais nié les meurtres qui s'accumulaient à Seattle pour enfin avoir une relation normale avec d'autres individus sous le regard bienveillant d'Edward. J'avais ainsi rencontré les Quileutes et je m'étais liée avec eux.

Tout cela ne pouvait conclure qu'à ce combat.

Maintenant je savais que c'était une certitude. Je voyais s'approcher au travers de du filtre de mon esprit l'armée de Chléon qui s'avançait entre les branchages des grands épicéas. Ils avaient les prunelles rouges, le regard fou et effaré par leur maître. Ils arrivaient rapidement, ne s'adressaient pas la parole, parfois quelques regards furtifs, pour se jauger.

Lui, je ne le voyais pas. Mais je sentais sa présence, ses pensées, cette soif de puissance. Je me rendis compte que je voyais les évènements se dérouler à travers ses yeux.

Il voulait me montrer son puissance, sa détermination. Comme s'il voulait me montrer que la lutte était vaine. Quoique j'entreprenne, quoique soit les plans que nous ayons fomentés, la fin serait toujours la même : il allait être le seul et l'unique vainqueur.

- Ils arrivent, cria une voix.

Nous nous regroupâmes tous au centre de la clairière. Et je réalisai que ce n'était pas moi qui avait annoncé cela. Tous les regards convergeaient vers Alice qui, les yeux perdus dans le futur, développait son exclamation.

- Ils sont une quinzaine, peut-être moins. Ils seront ici dans une heure, tout au plus !

Pourquoi Chléon lui laissait accès à ce futur ? Comme moi, il pouvait bloquer n'importe quel pouvoir vampiriques. Quel était son intérêt ? Accroitre notre peur ? Juger de notre détermination ?

Je me plongeai dans l'esprit d'Alice pour confronter sa vision à la mienne. La sienne était plus floue, comme si l'image de Chléon passait à travers un verre déformant.

- Son armée n'est pas organisée, ils avancent tous sur une seule ligne, de front. C'est comme s'ils ne savaient pas que nous les attendions ici et qu'ils foncent droit vers Forks, continua Alice.

- C'est impossible, murmurai-je, même si j'avais été aussi étonnée par cette bizarrerie de combat. Chléon sait forcément que nous sommes ici. Il ne peut pas en être autrement. Il y a une raison qui nous échappe. Nous ne devons pas pour autant nous éloigner de notre plan initial. Je lui parlerai seule pour juger de ce qu'il veut et si c'est possible, trouver un moyen de le déstabiliser. Comprenez bien qu'il peut lire dans votre esprit comme moi. Attention à vos pensées !

Je m'écartai d'Edward sans un regard et vint me poster au bord de la clairière, pour être sure que je sois la première qu'il voit.

Il n'était plus temps maintenant des regards langoureux, des déclarations amoureuses et des baisers enflammés.

La guerre allait commencer.

Edward aperçut les pensées des nouveau-nés. Comme l'avait pressenti Alice, l'armée ne savait pas que nous étions stationnés ici à les attendre. La mission qui leur était confiée était d'entrer dans Forks et de se nourrir de tous les humains : aucun de devait être épargné. Le maître ne devait être dérangé par aucune âme vivante pendant qu'il accomplissait la tache qu'il s'était assigné et dont ils ignoraient tout.

Edward commentai chaque pensée perçue avec un ton neutre et détaché qui me donnait la chair de poule. Parfois, il disait même entendre l'esprit de Chléon, de manière troublé et chaotique, comme une radio qui capterait mal des ondes. Ses pensées étaient essentiellement dirigées vers moi – Quelle surprise ! – et son inquiétude à ce que je me sois déjà enfuie.

Et bien il était temps que je calme son angoisse.

Quelques branches frémirent, les animaux cessèrent de faire du bruit. Et là, au milieu d'un silence pesant, ils apparurent.

Les nouveau-nés ne m'intéressaient guère. Il s n'avaient que quelques mois, six pour les plus âgés, peu entraînés et indisciplinés. Les Cullen et les Quilleutes en viendraient à bout facilement, d'après ce que j'avais vu de leur entraînement la veille.

Mes yeux étaient rivés sur lui.

Son image restait gravée dans ma mémoire, malgré les milliers d'années qui nous séparait de notre dernière rencontre. Je me souvenais qu'il était plus grand que moi, de deux bonnes têtes, d'une musculature impressionnante, bien plus que celle d'Emmett, les cheveux blonds jusqu'aux épaules, reliés souvent à la nuque. Il avait des yeux noirs, inquisiteurs, toujours mauvais, ce petit sourire aux lèvres qui ne le quittait jamais et qui montrait son assurance et sa suffisance.

Mais là, alors qu'il était encore à une centaine de mètres de moi, j'étais… choquée !

Ses muscles avaient fondu, il était maigre comme un fil de fer tordu, la tête légèrement basculée en avant, comme si elle était devenue trop lourde à porter. Ses cheveux filasse tombaient sur son visage émacié. Ses yeux, brouillés, ressortaient d'autant plus que ses joues étaient creuses.

Ma mémoire m'avait-elle jouée un tour ? Nous, les premiers vampires, étions comme les autres : notre immortalité nous avait fixé dans un âge immuable et, en tant que tel, nous ne pouvions pas vieillir.

Mais la réalité me prouvait le contraire : j'avais l'impression de voir un vieillard, un de ses êtres tellement abrutis par les années qu'on ne sait plus leur donner d'âge.

Avais-je changé moi aussi ? Parviendrait-il à me reconnaître ? Son petit sourire dominateur et ses yeux perçants lorsqu'il me fixa me prouva le contraire.

En un dixième de seconde, son image apparut à quelques centimètres du mien. Son haleine nauséabonde balayait ma peau et je me retins de détourner la tête. Ses deux prunelles me scrutèrent quelques instants cherchant une réponse à une question dont j'ignorai tout. Puis il afficha à nouveau son petit sourire vainqueur et despotique.

- Enfin, Bella, murmura-t-il d'une voix crispante. Je t'ai tant attendue.

J'entendis frémir derrière moi. Je ne pouvais pas leur demander de ne surtout pas réagir et j'espérais que Carlisle et Sam auraient suffisamment de sang-froid et de sens des responsabilités pour maîtriser leurs troupes.

- Bonjour Bella, continua-t-il sur le même ton mielleux.

Ma gorge s'assécha. Dans mon clan, tous les matins, le même cérémonial avait lieu. Chléon venait me dire le bonjour, signifiant qu'il m'autorisait à ce que je lui adresse la parole et je devais lui demander ce que je pouvais faire pour lui. Rien n'avait changé ! Il voulait que rien ne change ! Et je devais lui obéir.

- J'ai dit bonjour, Bella, répéta-t-il un peu plus durement.

J'avalai pour reprendre contenance et parvint à sortir un mince filet de voix.

- Bonjour, Chléon.

Ses traits se détendirent. Sa main frêle et décharnée se leva devant mes yeux et lissa une de mes mèches. J'eux la désagréable impression d'être touchée par une momie.

- Tu n'as pas changé, continua-t-il. Il est vrai que nous, les premiers, avons une mémoire parfaite. Mais il est toujours réconfortant d'en avoir la confirmation. Tant de siècles m'ont séparé de toi. Mais je t'ai enfin retrouvée. Aujourd'hui est pour moi un grand jour de joie.

Il pencha sa tête vers moi pour me respirer. Il eut alors un mouvement de recul. Son teint blanchit, ses mâchoires se crispèrent, il plissa son nez. Il était en colère. Mon cœur palpita un peu plus fort et un peu plus vite. Je tentai de combattre cette peur qui coulait involontairement dans mes veines. Je n'avais pas oublié combien il pouvait être effrayant quand il était en colère. Et je n'avais pas oublié combien il pouvait faire mal.

Mais cela faisait parti de notre plan. Nous devions le mettre en colère. Et l'odeur de mes amis sur moi en était un des moyens.

Son armée, aussi, devait, le savoir. Car elle trépigna comme un enfant dandine devant son père, attendant la punition.

- Je te suggèrerai un bain, cingla-t-il.

Son regard se porta derrière moi et il s'aperçut enfin que je n'étais pas seule. Je le vis d'abord observer les Cullen, sceptique puis encore plus surpris, les Quileutes.

- Que voilà un curieux clan ? Puis-je savoir ce qu'ils font ici ?

Je me raclai brièvement la gorge pour tenter d'avoir la voix la plus claire et la plus posée possible.

- J'ai du mal à les maîtriser, je n'ai pas ta force de caractère.

Il eut un bref soupir de plaisir. Je savais encore comment l'amadouer.

- Ils sont venus me dire au revoir avant que je ne parte avec toi. Ils craignent que les nouveau-nés ne s'en prennent aux habitants de la commune proche d'ici après notre départ.

Son attention se reporta à nouveau sur moi. Il chercha encore une réponse énigmatique puis me sourit pleinement.

- Te moquerais-tu de moi, petite sœur ? ricana-t-il.

Je me crispai subitement.

- Je ne comprends pas, balbutiai-je.

- Voilà des milliers d'années que je cherche à te retrouver. J'ai souvent été à ça – il me montra le pouce et l'index de sa main droite très proche l'un de l'autre – de te rattraper. Et je sais que jamais, jamais tu n'as voulu former de clan. A peine as-tu laissé un vague souvenir chez certains humains. Et voilà que soudain, tu t'installes avec quinze personnes. Pas m'importe quelles personnes : des vampires et des lycaons.

Il prit un moment pour continuer, comme si tous les deux nous ne savions pas qu'il avait déjà tout compris et peut-être certainement lu dans l'esprit de mes amis.

- Pourquoi ce changement subit de comportement ? J'aimerai croire que j'en suis la cause et que tu attendais ma venue.

Il s'approcha de mon oreille et me susurra :

- Mais nous savons l'un comme l'autre qu'hélas, ce n'est pas le cas.

La chair de poule me vint. Il semblait se délecter de ce moment.

- Je ne prémédite pas mes déplacements, m'emportai-je.

- Oh que si ! Du moins jusqu'au l'automne dernier. Qu'est ce qui t'a donc fait changer d'habitude ? Certainement pas une bande de buveur de sang, aussi curieux soit leurs yeux, que quelques chiots de la côté ouest. Allons ! Bella, ma belle Bella, aurai-tu trahi le pacte de notre clan ?

- Quel pacte ? lui demandai-je, ne saisissant pas.

- Notre mariage, voyons !, s'exclama-t-il.

Il s'éloigna de moi et je me retournai pour le suivre du regard. Il alla se planter devant les Cullen et les Quileutes à une distance raisonnable.

Carlisle fit un geste d'apaisement à ses compagnons et aux loups-garous.

- Notre propre père nous a unis ce jour-là. Quel jour ! souffla-t-il. Te souviens-tu, Bella ?

- Oui, en partie, répondis-je. Comment l'oublier ?

- Cela a beau faire des millénaires, tu restes mienne.

- Et c'est pour cela que je suis ici. Pour partir avec toi.

- Non, voyons ! Non ! Tu veux partir pour éviter que je ne le tue, lui !

J'ouvris la bouche, incapable de sortir le moindre mot. Mes mains se mirent à trembler. Il savait ! Il avait tout découvert. Et maintenant, Edward était perdu !

- Et maintenant, poursuivit-il, il s'agit de trouver lequel de ses hommes est ton amant !

- Je n'ai pas d'amant, répondis-je un peu trop vite.

- Tsst ! Tsst ! Tsst ! Allons, ma chère. Ne rajoutons pas le mensonge au nombre de tes défauts, veux-tu ? Lequel de ces gentlemans ? Certainement pas un loup-garou ! Nous savons, toi et moi, comme tu peux les tenir en aversion.

- Nous nous entendons très bien, lança alors Jacob.

Je fis un pas vers Chléon, tentant de le retenir. Jacob lui avait adressé la parole sans autorisation. Cela n'était pas permis.

Chléon serra ses mains quelques secondes puis sembla se calmer.

- Pas à ce point là, tout de même !renchérit-il. Mais revenons à nos moutons. Je rechercherai donc chez les vampires, plus prompt à me succéder.

- Tes nouveau-nés s'impatientent, Chléon. Nous devrions partir avant qu'un accident n'arrive.

- Ils ne bougeront pas sans mon ordre. Du temps, j'en ai donc.

Il se planta devant Carlisle et le jaugea tranquillement, comme un homme déjà sur de son fait. Et s'il se trompait ? Carlisle allait-il lui laisser croire ? Et surtout, Edward allait-il laisser son père être puni à sa place ?

- Non ! finit-il par dire. Trop vieux, trop chef, trop blond, trop moi. A me remplacer, autant prendre quelqu'un qui ne me ressemble pas.

- Il n'a rien à voir avec toi, lançai-je un peu sèchement pour que sa colère revienne vers moi.

Il fit un geste de désinvolture de la main.

- Comme tu peux être aveugle, ma pauvre Bella. Peut-être est-il moins dominateur que moi, plus subtil. La psychologie semble être à la mode depuis quelques décennies. Mais sa place dans le clan est là, je le sens. Il est un chef, celui que tu n'es pas d'ailleurs.

Il me lança un sourire narquois pour me montrer que jamais il n'avait été dupe.

- Je suis sur qu'il n'a jamais pu te toucher. Et je peux également éliminer le grand baraqué – il regarda Emmett qui se mit à grogner – Trop physique. Pas du tout ton genre. Il nous reste donc ces deux là.

Il dévisagea tour à tour Edward et Jasper. Pourquoi jouait-il ce jeu là ? Qu'attendait-il pour en finir avec cette mascarade grotesque et montrer où il voulait en venir.

- Tous deux conviendraient… quoique – il pointa son doigt vers Jasper – il est tellement droit, fier. Un soldat sans aucun doute. Et nous savons tous deux combiens tu peux haïr les guerriers. Il ne reste plus que lui.

Edward ne paraissait pas nerveux. Lui aussi s'attendait certainement à ce dénouement. Maintenant allait commercer l'acte II de cette mascarade.

Chléon pencha la tête d'un côté puis de l'autre, sa bouche faisait une petite moue qui ressemblait à du dégout. Il jaugea Edward des pieds à la tête, son menton posé sur la main droite, comme un critique qui jugerait une œuvre d'art.

- Je suis déçu par ton choix, Bella, finit-il par dire au bout de plusieurs secondes qui me semblèrent interminables. Il doit avoir quoi… une petite centaine. Pour nous, c'est presque un nouveau-né. Regarde le, un enfant dégoulinant de romantisme comme peuvent l'être ces humains du début du XXème siècle. Et puis, regarde-moi ses yeux…

Je me sentis soudain vidée. Combien de temps allait-il encore jouer avec nos nerfs ?

- Ca suffit, Chléon, murmurai-je. Que cherches-tu, à la fin ?

Il me regarda surpris par ma réplique. Je sentis alors une énorme énergie naître en lui et se propager vers ses mains. Il allait attaquer, d'une force qu'hélas, je ne pourrai jamais égaler.

- Tu as raison, maugréa-t-il. Cela suffit !

Il se retourna vers Edward. Et je compris immédiatement ce qu'il allait faire ! Comme moi, Chléon pouvait anéantir un vampire en un instant, le réduire en cendres. Il voulait le brûler et l'anéantir.

Je me précipitai vers Edward sans trop savoir ce que j'allai pouvoir faire pour le protéger. Mon corps fonctionnait tout seul, mû par ma peur et ma volonté, ferme mais inutile, de sauver celui que j'aimais.

Comme je me trouvais entre lui et Chléon, une immense chaleur me toucha le dos, si forte et si intense que je me mis à hurler de douleur. La force du vent du feu me plaqua contre Edward. Je tentai de m'enrouler autour de lui pour le protéger un tant soit peu.

Et dans un éclair de lucidité, j'eus presque un sentiment de paix : au moins, nous allions périr ensemble. Je n'aurai pas à subir durant les prochains siècles la violence et le despotisme de Chléon. Je n'aurai pas à me souvenir éternellement que j'avais été la cause de la mort du seul être que j'eus jamais aimé.