Bonjour à tous ! :D

Me revoilà donc pour ce dernier chapitre ! Il devrait vous donner les clés pour comprendre ce qu'il adviendra de Elewë, même si les derniers détails seront donnés dans l'épilogue ;)

Un immense, gigantesque merci à mon ami Strider pour ses reviews toutes plus sublimes les unes que les autres, et à tous ceux m'ayant laissé une review depuis la dernière fois : Melior Silverdjane, ma Toutouille, Ninlhinn, LegolasKili, La plume d'Elena et bloues ! Votre fidélité me fait chaud au cœur !

Et sans plus attendre, je vous laisse avec ce chapitre, enjoy ! ;)


Une nouvelle vie commence

Pourquoi les oiseaux chantent-ils si fort ce matin ? Se demanda Elewë en se réveillant le lendemain. La jeune Elfe émergea de sous les couvertures et referma vivement les yeux. Et pourquoi le Soleil brille-t-il autant ? On pourrait croire que nous sommes en pleine après-midi. Un examen plus poussé après quelques instants d'acclimatation répondit rapidement à sa question. Par les Valar, mais nous sommes l'après-midi ! S'exclama-t-elle intérieurement. Mais que …

Elewë se redressa et fut brutalement stoppée en plein mouvement. Un violent mal de tête venait de s'abattre sur son crâne, résonant comme un gong à l'intérieur. Son estomac faisait farouchement part de son mécontentement, forçant la jeune Elfe à se rallonger quelques instants. Son esprit enfin réveillé fit finalement le lien entre son état et les souvenirs vaguement brumeux qu'elle gardait de la soirée de la veille. Idiote ! Tu n'aurais pas dû boire autant. Tu as bien vu à quel point cela n'avait jamais réussi à Lindir ! Se morigéna-t-elle.

Regardant autour d'elle, Elewë vit la robe de Arwen déposée sans ménagement sur la chaise de sa chambre, et s'aperçut que dans sa grande fatigue elle n'avait pas pris le temps de défaire la coiffure de la veille, et que ses cheveux s'entremêlaient dans une tignasse peu présentable. Un brin de toilette te fera à l'évidence du bien et te remettra les idées en tête, décida-t-elle en se redressant un peu moins brusquement que auparavant pour ménager sa tête. Pour sa première gueule de bois, elle avait définitivement fait fort. Au moins semblait-elle conserver l'ensemble de ses souvenirs de la veille, et après les avoir parcourus rapidement, constata avec satisfaction qu'elle n'avait rien fait qu'elle aurait regretté aujourd'hui. Au moins un point positif ressortait de tout ceci.

Alors qu'elle se lavait dans le grand bac d'eau fraîche mis à sa disposition – rien de tel qu'une douche froide pour se remettre les idées en place ! - Elewë réalisa à quel point, malgré les difficultés de son réveil peu matinal, elle avait apprécié et profité de cette soirée. L'espace d'une nuit elle avait pu être libre de toutes ses pensées et ses soucis, oubliés au profit de la danse, de la musique, des rires, et de l'alcool.

La jeune Elfe s'habilla rapidement lorsqu'elle fut séchée et que ses cheveux ne ressemblaient plus à un nid de Crebain, enfilant ses vêtements de voyage ayant été lavés par les serviteurs depuis qu'elle était rentrée. Elle se sentait à l'aide dans ces vêtements pratiques et confortables, même s'ils étaient bien loin de l'élégance vestimentaire des Dames de la cité. Elewë avait auparavant circulé dans Imladris en étant un homme, et devait encore s'acclimater à ce que ce changement de sexe impliquait. De plus, elle avait envie de bouger aujourd'hui, et une longue robe était peu propice à cela.

Attachant par réflexe le fourreau de son épée à sa taille, Elewë revêtit sa cape légère – l'hiver se faisait moins rude dans la Vallée Cachée – et descendit dans le hall du bâtiment qui l'hébergeait pour profiter des restes du repas de midi qui y avait été servi. Un léger sourire étira ses lèvres lorsqu'elle vit que la mine de nombre d'Elfes n'était pas au beau fixe, certains paraissant réellement peu à leur avantage.

La jeune Elfe s'assit discrètement à une des grandes tables dressées dans la salle et mangea copieusement pour essayer de chasser la sensation si désagréable qui occupait son estomac. Prêtant peu d'attention à ce qui se disait autour d'elle, elle entendit néanmoins de nombreux Elfes parler déjà du retour dans leurs Royaumes respectifs. La cité n'avait pas les moyens de loger et nourrir éternellement toutes les troupes, et ces dernières devaient rentrer chez elle à partir de la semaine prochaine, permettant à chacun de profiter d'un repos mérité avant de reprendre la route. Cela voulait dire qu'il restait encore une semaine à Elewë pour prendre une décision concernant son futur. Et le moins qu'on puisse dire était qu'elle ne comptait absolument pas la prendre aujourd'hui.

Lorsque les remous de son estomac semblèrent enfin se calmer et qu'elle ne put plus rien avaler, Elewë se décida à prendre l'air et sortit du bâtiment. Encore une fois elle fut frappée par la beauté majestueuse de l'endroit, et ce peu importe les saisons. Le murmure des cascades parvint jusqu'à elle et la fit sourire. Elle n'avait aucune idée d'où aller, mais se perdre dans Fondcombe et en contempler la beauté lui semblait soudain une excellente idée. Prenant sur sa gauche un large escalier menant à un niveau supérieur, Elewë déboucha sur une petite place d'où partaient d'autres escaliers, et elle en prit un autre au hasard, qui se courbait pour disparaître derrière un bâtiment.

Bientôt la jeune Elfe fut définitivement perdue, et l'idée la réjouit. Elle n'avait jamais pu réellement découvrir la cité, courant toujours d'un endroit à un autre sans prendre le temps de s'arrêter. Elle parcourut maints chemin isolés, traversa de nombreux petits ponts sculptés avec grâce, et découvrit des clairières ou des petits espaces boisés dont elle avait jusqu'alors ignoré l'existence. Tout au long de son périple le bruit des cascades, s'accentuant ou au contraire s'amenuisant, continuait de l'accompagner, toute comme la douce brise qui soufflait sur la cité et faisait légèrement voleter des mèches de ses cheveux, portant également les joyeuses trilles des oiseaux perchés dans les arbres. La jeune Elfe avait l'impression d'être à Valinor, même si elle savait que la grande beauté de la cité ne parviendrait jamais à égaler la splendeur de celle d'antan.

Un bruit de ferraille et de martèlements attira son attention alors qu'elle redescendait un escalier. Intriguée, elle suivit les bruits de métal et se trouva rapidement face à la forge de la cité. Plusieurs Elfes y étaient affairés et travaillaient le métal de ce que Elewë devinait être des sabres elfiques. La Galadhrim observa pendant de longues minutes le travail de précision de ces véritables artistes dont le talent était tant réputé, puis, décidant de continuer son exploration, elle continua de marcher à travers les bâtiments de cet étage. De nouveaux bruits d'épée et d'éclats de voix parvinrent rapidement à ses oreilles, et la jeune Elfe déboucha sur un grand espace plat et dégagé donnant sur une portion de la forêt entourant Imladris. Plusieurs bâtiments juxtaposés se dressaient à côté d'un grand terrain vert s'étendant jusqu'aux arbres, et quelques cercles de terre été tracés un peu plus loin. Elewë avait découvert la caserne de la cité.

Restant dans un premier temps en retrait, la jeune Elfe observa l'agitation qui y régnait. De jeunes archers s'entraînaient au pas de tir, de grandes cibles statiques étant disposées à différentes distances sur le grand terrain des pages et des soldats traversaient la cour parfois à toute allure, portant un message ou se rendant à un entraînement. Les bruits d'épées et les clameurs qu'elle avait entendu juste avant provenaient d'un des cercle de terre autour duquel était réunie une foule qui se faisait plus dense, et qui invectivait les deux combattants qui joutaient à l'intérieur du cercle. De plus en plus de soldats arrêtaient leurs activités pour venir observer le duel.

S'approchant également, Elewë réussit à se frayer un chemin à travers les quelques soldats lui bloquant la vue et se retrouva au premier rang. À sa grande surprise, elle trouva Elrohir et Legolas au centre du cercle, leurs longues épées elfiques fendant l'air pour essayer de percer les défenses de l'adversaire. Ils enchaînaient attaques, parades, feintes, roulés, acrobaties pour tenter ne serait-ce que toucher l'autre la vitesse de leurs passes était tout simplement phénoménale, les coups se suivant les uns après les autres, sans qu'aucun ne semble avoir le dessus sur l'autre. Leur expérience militaire et leurs centaines d'années d'entraînement leur conférait un niveau égal, même si Legolas pouvait être meilleur en terme de stratégie et Elrohir de vitesse. C'était tout simplement une démonstration d'adresse et de force comme elle n'en avait jamais vu dans sa longue vie, et à voir les Elfes regroupés autour d'elle, elle ne semblait pas être la seule. Elewë se rendit compte que même si parfois Legolas avait élevé la cadence face à elle, leurs duels n'avaient jamais atteint une telle proportion. La jeune Elfe avait parfois soupçonné que le Prince n'était pas au maximum de ses compétences contre elle, mais elle n'aurait jamais pu imaginer à quel point.

Sous leurs yeux ébahis les deux Elfes continuèrent leur combat, commençant chacun à montrer des signes de fatigue de lutter aussi longtemps à un tel niveau, la vitesse de leurs frappes déclinant imperceptiblement. Ils prenaient de plus en plus de risques pour essayer d'en découdre rapidement. Cependant les minutes continuaient de s'écouler, sans qu'aucun ne prenne le dessus, et Elewë pouvait voir de plus en plus des indices de leur fatigue. Elle crut que le combat touchait à sa fin lorsque Elrohir glissa soudainement, mais il rétablit rapidement son équilibre et raffermit la prise sur son arme. La petite foule massée autour d'eux commençait à montrer des signes d'impatience, voulant savoir qui sortirait vainqueur de cet échange. Mais la jeune Elfe voyait qu'aucun des deux n'était prêt à lâcher l'affaire, comme si leur honneur en dépendait à présent, qu'ils avaient laissé trop d'énergie dans ce duel pour arrêter maintenant. Ce petit jeu pourrait durer encore longtemps, et Elewë voyait que ce qui avait été de prime abord amical menaçait de tourner au vinaigre.

Une idée lui vint soudain alors que les deux combattants marquaient une pause pendant quelques instants, à moitié courbés en deux pour reprendre leur souffle. Franchissant la limite du cercle, elle s'avança sur la terre en direction des deux Elfes qui semblaient ne pas l'avoir aperçue.

« Votre Altesse, » fit-elle en s'adressant à Elrohir, prenant garde d'inclure les marques de respect qu'elle avait fini par abandonner avec le temps, ne voulant pas déclencher des rumeurs alors qu'ils étaient observés d'un grand nombre. « Votre frère vous mande de toute urgence. »

Elrohir leva le regard vers elle et sembla enfin réaliser qu'elle se tenait devant lui. Se redressant, il fit mine de reprendre contenance.

« Cela ne peut-il attendre ? » demanda-t-il pour la forme. Elewë voyait briller dans ses yeux une lueur d'espoir et de soulagement.

« Il avait l'air de dire que c'était de la plus haute importance. » ajouta-t-elle.

Elrohir fit semblant de peser le pour et le contre, jetant un regard à Legolas qui acquiesça silencieusement. Le Prince rengaina alors son épée, et se retourna vers Elewë.

« En ce cas, je m'y rends immédiatement. »

Traversant le cercle de terre, il passa à quelques centimètres de la jeune Elfe et murmura un imperceptible remerciement à son encontre, et Elewë dut faire des efforts redoutables pour retenir le sourire qui menaçait de fleurir sur son visage. Elle saurait leur rappeler ce qu'elle venait de faire pour eux. Elrohir traversa la foule qui s'ouvrit sur son passage, murmurant de déception et commençant déjà à se disperser pour retourner à ses activités.

Ayant également rengainé son arme, Legolas se dirigea à son tour vers la Galadhrim.

« Le message de Elladan tombait à point nommé, je saurai le remercier de cette intervention opportune » murmura-t-il en lui adressant un clin d'œil, les yeux exprimant les remerciements qu'il ne pouvait formuler à voix haute. Elewë répondit d'un hochement de tête neutre, rendant discrètement son clin d'œil à l'Elfe.

Une crise diplomatique d'évitée, et quelques orgueils brisés en moins : on pouvait dire que sa journée n'avait pas été si improductive que cela. Une fois que les Elfes furent tous repartis de là où ils venaient, il restait nettement moins de monde dans la caserne, et Elewë se retrouva au beau milieu sans trop savoir que faire. Tournant son attention vers le pas de tir, elle vit que le cours de tir à l'arc de jeunes ellons avait repris, et elle décida d'y assister quelques instants. S'approchant du terrain, elle s'assit à la bordure sur une grosse souche, et observa la leçon.

L'enseignant, un Elfe d'un certain âge, paraissait débordé, et courait d'un élève à un autre pour corriger une position, donner des conseils ou observer les résultats, et gérait les volées pour éviter que les ellons ne se fassent percer par les flèches de leurs camarades en allant déloger les leurs des cibles. Mais le groupe semblait bien trop nombreux pour qu'il puisse s'en sortir avec succès, une vingtaine d'élèves s'alignaient face aux cibles, et le pauvre Elfe ne savait plus où donner de la tête.

Alors qu'il était à l'opposé de l'endroit où elle était assise, Elewë vit le petit Elfe brun posté juste devant elle qui paraissait avoir du mal à adapter sa viser à la nouvelle distance qui venait d'être allongée. Jetant un coup d'œil à l'enseignant qui était plongé dans les conseils qu'il prodiguait à un autre de ses élèves, Elewë décida de se lever et de s'approcher discrètement de l'ellon brun. Ce dernier venait d'encocher une flèche et de bander la corde de son arc, et faisait osciller la pointe de haut en bas pour essayer d'anticiper la trajectoire de son projectile. Après quelques instants d'observation plus poussée, et un nouveau tir raté du garçon, Elewë mit le doigt sur ce qui n'allait pas.

« Si tu veux que ta flèche aille plus haut, il ne suffit pas seulement de lever ton arc. Ta main doit également légèrement descendre le long de ta joue pour insuffler une trajectoire différente. Essaie donc comme cela, tu verras la différence, » le conseilla-t-elle.

Le jeune Elfe sursauta, tout concentré à sa tâche il ne l'avait pas vue approcher. Il la regarda avec curiosité et suspicion.

« Comment pouvez-vous dire cela, alors que vous n'êtes … pas un soldat ? » demanda-t-il.

Pas un homme, avait-il failli dire, corrigé à la dernière minute par l'once de tact qui semblait résider en lui. Mais Elewë ne tint pas rigueur de la déconcertante franchise des jeunes êtres, et lui répondit avec un sourire.

« Fais confiance à quelqu'un qui parle d'expérience, » fut la seule réponse à laquelle il eut droit.

Se résignant en ce disant qu'un conseil bon ou mauvais était toujours mieux que pas de conseil du tout, le garçon encocha une nouvelle flèche sur son arc et prit son temps pour régler sa visée. Elewë le vit abaisser légèrement sa main droite le long de sa joue, poser son souffle, et lâcher doucement l'empennage de sa flèche en faisant attention à garder son bras bien droit et dans la continuité du mouvement. (1) L'ellon lâcha un cri de joie lorsque la flèche se ficha dans la cible – dans le cercle le plus extérieur, certes, mais cela était toujours mieux que celles plantées dans l'herbe tout autour.

« Ça a marché ! » s'enthousiasma-t-il en se tournant vers Elewë qui ne put retenir un sourire face à la joie du jeune Elfe.

« Ne jamais se fier à l'apparence, jeune homme, voilà une leçon supplémentaire que vous retiendrez aujourd'hui, » lui répondit Elewë avec un clin d'œil. Le garçon hocha la tête avec conviction et retourna de suite à son arc, trop heureux d'avoir trouvé un nouveau moyen de progresser.

Elewë retourna s'asseoir sur son tronc lorsqu'elle se fut assurée que son protégé avait bien saisi ce qu'elle venait de lui enseigner, et resta une bonne heure à le corriger de loin, lui donnant de petites astuces pour s'améliorer. D'autres élèves situés à proximité avaient vus la scène et remarqué les progrès soudains de leur camarade, et au bout de quelques minutes étaient venus tour à tour demander conseil à cette Dame qui semblait savoir tant de choses sur cet art si précis et délicat.

Elewë était enchantée que ces jeunes osent s'adresser à elle après un instant de réflexion, et appréciait cette spontanéité si propre aux enfants qui ne semblaient pas la juger à chacune de ses paroles ou de ses actes. Jetant de temps en temps un œil au professeur qui continuait de passer dans les rangs, elle le vit plusieurs fois lui adresser un regard soupçonneux avant de retourner s'occuper de ses élèves, au final trop heureux d'être soulagé d'une partie de sa charge pour en tenir compte.

Lorsqu'il sembla que le cours touchait à sa fin, Elewë se leva et se dirigea discrètement vers la sortie de la caserne et un chemin qui la mènerait elle ne savait où. Mais la scène n'était pas restée inaperçue et quelqu'un l'attendait à quelques mètres du pas de tir, observant de loin ce qu'il se passait. La jeune Elfe reconnut Aranwë alors qu'elle s'approchait, se demandant depuis combien de temps le vétéran était posté là. Nul doute qu'il avait assisté à une partie de la séance. Lorsqu'elle fut devant lui, Elewë vit qu'un fin sourire étirait son visage.

« Vous aviez l'air tout à fait à l'aise au milieu de ces enfants, Elewë. Vous sembliez sereine et apaisée. » dit-il en allant droit au but.

« Je m'étais rarement aussi bien sentie depuis mon retour, je dois l'admettre, » reconnut Elewë alors qu'elle réalisait à quel point ses paroles sonnaient juste.

Aranwë acquiesça comme s'il l'avait toujours su, et invita la jeune Elfe à marcher avec elle. Elle accepta de bon cœur, et se laissa guider à travers d'autres endroits de la cité qu'elle n'avait encore jamais vus. Ils marchaient lentement et cela n'était pas dû à la jambe de Aranwë ils profitaient de leur discussion et échangeaient de tout et de rien. Elewë aimait parler avec le vétéran, qui avait un point de vue de la vie qui était toujours déconcertant et extrêmement passionnant. Elle apprenait beaucoup à son contact, et appréciait de pouvoir parler librement de nombreux sujets avec lui, tous plus différents les uns des autres. Enfin, son expérience et son recul sur la guerre lui étaient extrêmement profitables et l'aidaient à réfléchir à son ressenti des batailles qu'elle avait vécues et à son futur. Alors qu'ils discutaient de la vie quotidienne à la caserne, Aranwë vint à mentionner le duel ayant eu lieu un peu plus tôt.

« Vous avez su mettre fin à cette situation délicate avec beaucoup de tact, je dois l'admettre, » fit remarquer le vétéran avec un sourire entendu. Ainsi donc il n'avait pas été dupe sur la raison de son intervention, elle n'en aurait pas attendu moins de lui.

« Il me semblait que cela allait dégénérer en continuant, » expliqua Elewë et elle vit l'Elfe acquiescer, étant parvenu aux mêmes conclusions qu'elle.

« Comme vous l'avez mentionné hier soir, vous paraissez relativement bien connaître Elladan et Elrohir ainsi que le Prince Legolas, je le remarque à présent. »

Elewë devina que sa phrase était une invitation à développer davantage le sujet.

« Plusieurs mois passés ensemble et des combats livrés côte à côte créent des liens, » répondit-elle par une bien piètre pirouette qui, elle s'en doutait, n'allait pas rassasier la curiosité de son interlocuteur.

« C'est en effet ce que vous m'avez répondu la dernière fois, » répliqua-t-il sans céder d'un pouce. « Mais je doute qu'autant de soldats étant revenus de cette expédition aient eu la même chance alors qu'ils ont vécu les mêmes événements que vous, Elewë. » insista-t-il avec un sourire.

Elewë réfléchit quelques instants à ce qu'elle pouvait bien répondre à cela. Il était vrai que pour quelqu'un observant attentivement quelques minutes un échange entre la Galadhrim et un des trois Elfes, la situation sautait aux yeux. C'était la première fois qu'on la confrontait réellement à ce fait, et la jeune Elfe ne savait pas comment réagir.

« Cela serait bien trop long à expliquer. Pour que vous puissiez réellement comprendre, il me faudrait tout vous conter dans les moindres détails. » finit-elle par lâcher, ne sachant pas si elle devait regretter ou non ce qui ressemblait fort à une invitation à poser davantage de questions.

« A quoi bon être immortels si nous ne pouvons profiter de l'éternité qui nous est offerte ? » répondit intelligemment Aranwë.

Elewë sentait qu'elle avait besoin de confier tout ce qui s'était passé à quelqu'un n'ayant pas prit part aux événements, une personne qui aurait un regard neuf et objectif sur la situation, et qui saurait émettre avec justesse une opinion, voire même des critiques (les Valar savent à quel point elle regrettait certaines de ses actions !). Et en cela Aranwë était la personne idéale avec qui tout partager.

Ce dernier, sentant l'hésitation de Elewë, sut trouver les mots justes pour chasser les derniers doutes qui subsistaient.

« Un lourd fardeau semble peser sur vos épaules Elewë, et ce depuis votre arrivée. Il n'est point bon de conserver tout cela en soi. Si ce n'est avec moi, alors trouvez quelqu'un d'autre à qui le confier, mais ne restez pas ainsi trop longtemps. » conseilla sagement le vétéran.

Elewë finit par accepter, et Aranwë lui désigna un banc situé dans un endroit calme, où les doux pépiements des oiseaux se faisaient entendre et la vue de la cité qui s'offrait à leurs yeux était magnifique. Les deux Elfes s'assirent quelques instants en silence, avant que Elewë ne soupire doucement avant de se lancer. Elle commença par le début, à savoir un bref résumé des centaines d'années qu'elle avait vécu avec Lindir, afin que Aranwë puisse pleinement sentir la puissance du lien qu'il y avait eu entre eux. La relation avec son père ne fut également pas passée sous silence, ni les aspirations de Elewë avant son départ de la Lórien, de sorte que l'Elfe ait une idée un peu plus précise de qui était la jeune Galadhrim au moment de partir de chez elle, lui qui ne connaissait que sa version présente. Il lui semblait important qu'il voit cela, et qu'il comprenne par la suite ce qui avait dicté ses actes.

Elle conta ensuite l'arrivée à Fondcombe et les événements du tournoi, même si Aranwë avait déjà entendu et vu une partie de ce qu'elle lui narrait. Elle parla de sa première rencontre avec Orodreth, qui avait ensuite commandité son enlèvement (Elewë tut en premier lieu son implication, pensant que le vétéran devait revivre dans le même ordre qu'elle ce qu'il s'était passé, pour comprendre dans les moindres détails), du désespoir qu'elle avait ressenti en pensant que ses rêves d'aventures avaient été anéantis par son absence à la dernière épreuve, et de son soulagement à l'annonce de la décision de Elrond de la laisser partir. Ce fut à partir de ce moment que les jumeaux commencèrent à intervenir dans son récit, et Elewë choisit de ne rien cacher à Aranwë de ce qu'il s'était passé avec Elrohir.

Alors qu'elle racontait la première rencontre avec les deux frères, la jeune Elfe réalisa enfin que ce moment précis avait marqué le début des hostilités entre Lindir et Elrohir, et elle le sentait, de la réalisation de son ami des sentiments qu'il lui portait. Elle avait été tellement aveugle de ne pas s'en apercevoir plus tôt, cela sautait pourtant aux yeux ! Elle aborda alors le départ de Fondcombe et les premiers jours compliqués de cette aventure où elle avait dû faire sa place et être acceptée de ceux qui l'entouraient. Elle fit également mention qu'au début de leur voyage, sa relation avec Elrohir n'avait pas été des plus chaleureuses, renforcée uniquement après l'embuscade de laquelle ils étaient ressortis tous deux et de la méfiance première de Legolas à son égard. Comme les choses avaient changées à présent, réalisa-t-elle.

Au cours du trajet leurs relations avaient eu le temps d'évoluer, Lindir devenant de plus en plus étrange et colérique, Legolas réalisant qu'il l'avait mal jugée, Elrohir se rapprochant davantage d'elle, et Elladan étant tout simplement Elladan, le seul ayant été constant avec elle. L'attaque des ouargues avait eu lieu dans l'intervalle, durant laquelle Elewë avait bien cru qu'elle allait y laisser la vie. Le sauvetage de Elrohir n'avait fait que renforcer l'attitude de ce dernier et celle de Lindir à son égard. Les doutes concernant le traître informant l'ennemi de leur avancement avaient commencé à être émis à partir de ce jour.

Il y avait alors eu cette fameuse nuit à l'auberge du Poney Fringant. Discuter avec la jeune serveuse de l'auberge, Anna, avait commencé à faire réaliser à Elewë que faire la guerre uniquement par rêve d'aventures était naïf, et que c'était pour protéger des personnes telles qu'elle qu'il y aurait toujours besoins de soldats sur cette Terre. Mais surtout, cette nuit avait marqué un tournant dans sa relation avec Lindir. La jeune Elfe avait été réellement idiote d'avoir refusé de voir ce que la déclaration alcoolisée de son ami, mais une déclaration tout de même, signifiait réellement. Elle avait à l'évidence préféré se mentir plutôt que d'admettre une vérité qui aurait changé sa relation avec Lindir, elle qui s'accrochait à cette si belle amitié qu'ils avaient jusqu'ici et qui menaçait de s'effondrer par sa faute.

Elewë expliqua alors à Aranwë que c'est également à partir de cet instant que Elrohir et elle avaient doucement commencé à se rapprocher de façon plus intime. C'est avec une certaine gêne qu'elle aborda ce sujet avec lui, alors qu'il la fixait, une lueur de curiosité brillant au fond des yeux, et qu'il l'encourageait à poursuivre. Il commençait à deviner ce qui allait se passer avec Lindir et Elrohir.

C'est avec une voix légèrement bouleversée que Elewë parla ensuite de l'annonce de la mort de son père. Avec le temps la blessure avait finit par guérir, mais le vétéran pouvait sentir que la jeune Elfe porterait à jamais les remords de cette relation incomplète avec son père. Elrohir l'avait aidée à faire son deuil, et Aranwë comprit que cela n'avait fait que renforcer cette affection naissante de Elewë à son encontre.

La rupture avec Lindir avait été nette et douloureuse. La trahison de Orodreth avait achevé de l'affaiblir mentalement, maintenant qu'elle se retrouvait désespérément seule. Elle était également passée à deux doigts de la mort durant le face à face avec Orodreth, et cela l'avait marquée. Legolas avait été là à ce moment pour l'aider, à travers leurs duels et ses conseils, forgeant durablement cette nouvelle amitié qui avait commencé entre eux.

Enfin, venait Fornost, là où tout se jouait, commençait et se terminait. Le cauchemar prémonitoire de Elewë lui avait fait réaliser à quel point elle tenait à Lindir, mais les deux amis avaient échoués à se retrouver à la veille de cette terrible bataille, et la jeune Elfe porterait à jamais les remords de cet échec, son ami étant mort alors qu'ils ne s'adressaient plus la parole. Sa relation avec Elrohir y avait à la fois atteint son apogée et son point le plus bas après la mort de Lindir, et une partie de Elewë s'était éteinte avec son ami. Aranwë comprit enfin le lourd fardeau qui reposait sur ses épaules. Même si l'intervention de Elphir l'avait aidée à faire son deuil et à réaliser que le décès de Lindir n'était pas de sa faute, elle porterait à jamais les regrets de n'avoir su se rapprocher de son ami à la veille de la bataille. Le vétéran se doutait que plusieurs centaines d'années passeraient avant que ce sentiment ne s'estompe, voire même des millénaires.

À travers le récit de ses aventures, Aranwë comprit également ce qui avait amené la Galadhrim à être la personne qu'elle était aujourd'hui. Elle avait été marquée par la trahison, la perte des deux êtres les plus chers à son cœur, la naissance et le déclin d'un amour balbutiant, et l'effondrement même de sa vision de la vie et de ses rêves d'aventures glorieuses. Elle avait également connu les traumatismes de la guerre auxquels elle n'était pas préparée. Il y avait de quoi secouer même l'Elfe le plus endurci. Et ces amitiés profondes avec les jumeaux et Legolas trouvaient leur sens parmi toute cette histoire.

Lorsque Elewë termina son récit, elle réalisa à quel point cela lui avait fait du bien. Aranwë était parfois intervenu en posant quelques questions pour qu'elle lui apporte davantage de détails, et l'avait écoutée avec une curiosité non feinte. Il ne la jugeait pas, et cherchait simplement à comprendre ce qu'il lui était arrivé et qui elle était devenue. Enfin, lorsqu'elle se tut, n'ayant plus rien à dire, il se mit à son tour à parler, lui donnant son point de vue sur tout ce qu'elle venait de lui confier.

Ses paroles sages et pleines d'expérience sur la guerre terminèrent de l'apaiser, lui faisant réaliser qu'elle avait désormais besoin de tourner la page, et de sérieusement considérer son avenir. Elewë ressentit une profonde gratitude envers Aranwë, qui avait été là depuis son arrivée à Fondcombe pour la soutenir et partager avec elle sa sagesse. Elle lui adressa un véritable sourire pour le remercier, auquel ce dernier répondit en toute honnêteté, lui assurant qu'elle serait toujours la bienvenue pour discuter avec lui ou avec les autres soldats de la caserne lors de leurs réunions. Une douce chaleur l'envahit alors, réalisant la force du lien qui venait de se créer entre les deux Elfes malgré leur rencontre si récente.

Ils restèrent à discuter, assis sur ce banc, durant encore une heure, jusqu'à ce que le ciel ne commence à s'assombrir, la nuit élargissant doucement son étreinte sur la cité. Ayant seulement une vague idée d'où ils se trouvaient, Elewë demanda à Aranwë de l'aider à retrouver son chemin jusqu'au bâtiment où elle résidait, ce que ce dernier accepta avec plaisir. Il insista pour l'accompagner jusqu'à la porte de sa chambre, et une fois arrivés la jeune Elfe le remercia chaleureusement, non seulement pour le trajet du retour mais pour tout ce qu'il avait fait pour elle. Le vétéran balaya ses remerciements comme si ce n'était rien, et lui souhaita une bonne nuit avant de la laisser sur le pas de sa porte, rassérénée de s'être confiée à lui.


Les cinq jours qui suivirent passèrent à une vitesse folle et lente à la fois. Folle, car dans deux jours les troupes repartaient dans leurs Royaumes respectifs, et Elewë n'avait toujours pas décidé si elle souhaitait rester ou non à Imladris. Lente, car elle avait bien du mal à trouver quoi faire pour remplir ses journées. Arwen et ses frères avaient beau lui accorder un peu de leur temps lorsqu'ils en avaient l'occasion, ils ne pouvaient faire en sorte qu'elle ait quelque chose à faire à chaque heure du jour, les deux frères en particulier ayant beaucoup de responsabilités depuis leur retour et Legolas quant à lui préparait le retour de ses troupes chez lui. Autant dire qu'elle s'ennuyait fermement.

Pour s'occuper, elle passait de nombreuses heures avec Ninqueloté qu'elle avait eu tendance à négliger les premiers jours de son arrivée à Imladris, et la petite jument était heureuse de retrouver sa cavalière. Son amour inconditionnel réchauffait le cœur de la jeune Elfe qui, bien qu'elle se soit résolue à aller de l'avant et à trouver quoi faire de son avenir, n'arrivait tout simplement pas à démêler la situation.

Elewë passait donc beaucoup de temps à faire la seule chose qui lui permettait de réfléchir tout en ne restant pas oisive : s'entraîner. Elle se rendait presque tous les jours à la caserne pour une séance sur le pas de tir, profitant de la sorte de torpeur qui prenait place en elle lorsqu'elle effectuait des tirs simples et automatiques pour essayer de mettre ses pensées au clair. Mais cela était toujours voué à l'échec.

La Galadhrim avait ainsi l'occasion de voir tous les jours les différents apprentis de la caserne venir s'entraîner à tirer à l'arc ou à manier toutes sortes d'armes. Les jeunes Elfes de sexe masculin apprenaient tous au plus jeune âge à se servir d'un arc et d'une épée, peu importe leurs aspirations futures, de sorte qu'en cas de danger chacun soit capable de défendre sa vie et celles de ses proches. Les enfants défilaient donc à longueur de journée par groupes, alternant l'école et cet apprentissage particulier, et Elewë avait parfois l'occasion d'adresser un conseil ou deux à l'un d'entre eux, même si elle n'osait jamais trop s'impliquer par peur de froisser leur enseignant.

Elle croisait parfois Aranwë, qui ne manquait pas d'échanger quelques paroles avec elle entre deux obligations. Elle le sentait parfois l'observer de loin, lorsqu'elle conseillait un jeune ou bien qu'elle décochait des flèches, et qu'il pensait qu'elle ne le voyait pas. Ce manège l'intriguait mais elle n'osait lui parler. Cependant, l'après-midi du cinquième jour, il vint vers elle alors qu'elle rangeait ses flèches dans son carquois. Elewë le laissa approcher, et le salua alors qu'il arrivait devant elle. Il répondit à sa salutation avant de continuer.

« J'aimerais vous parler de quelque chose d'important Elewë, auriez-vous un instant à m'accorder ? »

Intriguée, elle acquiesça alors qu'il lui faisait signe de la suivre à l'écart pour s'asseoir sur un tronc d'arbre.

« Je vous ai longuement observée ces derniers jours, » reconnut-il, un air mystérieux plaqué sur le visage. « Vous avez passé beaucoup de temps sur le pas de tir, notamment à aider les enfants s'y entraînant quand leur enseignant avait le dos tourné. »

« Je m'excuse Aranwë, si je l'ai vexé je … »

« Il n'en est rien, » la coupa le vétéran, avant d'ajouter doucement. « C'est même plutôt le contraire. Cela fait quelques mois que Artanis me fait part de sa difficulté à continuer d'assurer efficacement ses cours, et avec le départ de l'armée pour Fornost je n'avais pas réellement eu le temps d'y consacrer plus de temps et d'attention. Vous l'avez vous-même fait remarquer Elewë, vous êtes à l'aise au milieu des enfants, et je pense que nous pouvons admettre sans fausse prétention que vous êtes une des meilleures archères qu'il m'ait été donné de rencontrer. Artanis pense la même chose que moi. » Il marqua un temps d'arrêt, observant la réaction de Elewë.

« Je ne suis pas bien sûre de saisir où vous voulez en venir … » hésita la jeune Elfe, voulant s'assurer que l'idée qui était en train de se former dans sa tête était la bonne, et qu'elle ne se faisait pas de fausses illusions.

Aranwë laissa échapper un petit rire amusé. « Vous m'avez parfaitement compris Elewë, vous êtes une jeune femme vive, cela ne fait aucun doute, » se moqua-t-il gentiment.

La pique la fit froncer les sourcils avant qu'elle ne se détende, comprenant qu'il avait raison. Mais cela semblait être trop beau pour être vrai. La solution à toutes ses questions se trouvait sous ses yeux tout ce temps, et elle avait été incapable de la trouver.

« Me proposez-vous un poste d'enseignant à la caserne ? » osa-t-elle demander pour être définitivement fixée sur la question.

Aranwë laissa échapper un soupir. « Oui Elewë, alors faites-moi le plaisir d'accepter avant que mon offre ne soit plus valable. » menaça-t-il d'un ton léger.

Elewë ne prit pas le temps d'y réfléchir à deux fois. « J'accepte, Aranwë. J'accepte avec grand plaisir ! » répondit-elle immédiatement, de peur qu'il ne mette sa menace à exécution. Et même si cela n'avait pas été le cas, elle aurait accepté son offre sur le champ. Il lui présentait un projet, quelque chose pour occuper le restant de ses jours, qui mettrait à contribution ses compétences si particulières sans pour autant retourner se battre, auprès d'enfants au milieu desquels elle se sentait elle-même et libérée de toute contrainte et formalité. Elle n'aurait pu imaginer meilleure solution, et bénit les Valar que le vétéran ait eu cette idée brillante.

« Parfait, je ne saurais imaginer personne plus compétente pour ce poste, » affirma Aranwë avec une gentillesse et une confiance en elle qui lui fit chaud au cœur, et la prit un peu au dépourvu. Elle rosit légèrement devant la louange, faisant sourire le vétéran qui lui offrit son bras pour l'accompagner dans son bureau afin de régler les détails administratifs. Artanis continuerait d'exercer son enseignement durant encore une année, pour aider Elewë à s'acclimater à ses nouvelles responsabilités et veiller à ce qu'elle se lance sur le bon chemin. La suite ne dépendrait alors que d'elle, mais Aranwë serait toujours là pour jeter un œil aux avancements de la jeune Elfe. Il fut décidé qu'elle commencerait d'ici une semaine, une fois les troupes parties et le calme revenu dans la cité. Le vétéran lui promit aussi qu'elle aurait le droit à un logement de fonction non loin de la caserne.

Une fois les quelques papiers réglementaires remplis et signés, Elewë prit congé d'Aranwë, et se dirigea dans un état second vers ses appartements, commençant à présent à se repérer correctement dans la cité au fil des jours et des promenades qu'elle pouvait faire avec ses amis. Perdue dans ses pensées, elle faillit percuter l'Elfe qui se retrouva devant elle, et qui réussit à l'esquiver habilement.

« Ah, Elewë, vous êtes justement la personne que je cherchais ! » s'exclama une voix amicale qui la fit revenir sur terre. Posant les yeux sur son interlocuteur, elle vit qu'il s'agissait du Seigneur Haldir.

« Que puis-je pour vous monseigneur ? »

« Comme vous devez vous douter je suis en pleins préparatifs pour le retour à Caras Galadhon, et j'ai besoin de savoir le nombre exact de personnes qui prendront la route avec nous. N'ayant pas eu l'occasion de vous recroiser depuis notre arrivée ici, vous ne m'avez pas fait part de votre décision. Serez-vous des nôtres pour rentrer chez nous ? » demanda-t-il.

« Malheureusement monseigneur ma place n'est plus en Lórien, plus rien ne m'y attache à présent. » répondit-elle doucement. « On vient de m'offrir un poste d'enseignant à la caserne, et je me suis empressée d'accepter. Il y a peu de chances que je retourne un jour au Bois d'Or, je n'ai donc plus l'utilité de ma maison là-bas, vous pourrez l'affecter à quelqu'un qui en aura plus besoin que moi. Pourrais-je cependant vous demander de me faire parvenir les quelques effets personnels s'y trouvant ? »

« Il en sera fait ainsi, Elewë, » répondit Haldir, percevant la tristesse affleurant dans la voix de Elewë, mais à la fois la volonté qui lui était si propre une fois qu'elle avait pris une décision. « Vous me voyez ravi que vous ayez trouvé un poste ici, même si la Lórien regrettera votre départ. »

« J'en doute fort, monseigneur, » répondit-elle avec une légère amertume dans la voix.

Haldir ne répliqua pas, sentant en un sens que cela était probablement vrai, et ils se quittèrent après quelques paroles.

Elewë passa le reste de la journée dans ses appartements, repassant encore et encore dans son esprit l'entretien qu'elle avait eu avec Aranwë et cette magnifique opportunité qu'il lui avait offerte. Elle n'aurait pu imaginer meilleur arrangement, et sentait qu'elle avait fait le bon choix en acceptant. Fondcombe avait quelque chose qui l'apaisait au plus profond d'elle-même, et la jeune Elfe comprit pourquoi tant d'Elfes y ayant trouvé refuge finissaient généralement le reste de leur vie ici. Oh les bois de la Lothlórien avaient également une aura magique qui leur étaient propres, mais la Galadhrim savait qu'elle ne pourrait jamais être heureuse là-bas. D'autant plus qu'elle avait ici toutes les personnes qui comptaient à présent à ses yeux, et qu'elle n'avait nullement envie de quitter. Oui, elle avait fait le bon choix, elle en avait la certitude.


Imladris toute entière était sujette aux bruits, aux éclats de voix, aux chants et à la musique, alors que des centaines d'Elfes se pressaient aux portes de la cité pour se rendre sur le grand terrain dégagé en-dehors des murs protecteurs. Quelques tables avaient été dressées, et croulaient sous les mets et la boisson, dernière célébration avant le départ des autres Royaumes. Toutes les montures étaient déjà harnachées, et attendaient patiemment leurs cavaliers dans un immense enclos prévu à cet effet les paquetages depuis longtemps préparés disposés un peu partout à leurs côtés.

La veille, Arwen avait invité Elewë à prendre part à une dernière soirée en petit comité avant que Legolas ne reparte pour la Forêt Noire. Il y avait eu beaucoup de rires et d'histoires, de danses et de chants, et Elewë avait enfin eu l'impression d'avoir entièrement sa place ici. C'était un sentiment des plus grisants.

Quand vint enfin l'heure des adieux, Elewë échangea quelques mots avec certains des soldats de la Lórien qu'elle connaissait déjà ou qu'elle avait rencontré durant le voyage, ne regrettant absolument pas de ne pas prendre le départ avec eux. Elle salua une dernière fois Haldir, et lorsqu'elle en eut l'occasion, en fit de même avec Legolas.

« Vous serez toujours la bienvenue à Mirkwood, Elewë, » lui assura chaleureusement le Prince. « Nos duels me manqueront. »

« Il est en effet bien plus agréable de se battre contre quelqu'un de moins expérimenté, » le taquina-t-elle en référence au combat avec Elrohir.

Legolas laissa échapper un rire. « Il m'est agréable de voir votre effronterie revenir au galop, mon amie. Vous semblez redevenir vous-même de jour en jour. Elrohir et Elladan ne connaissent pas encore leur malheur que ayez décidé de rester ici. »

Elewë rit à son tour. Ils échangèrent encore quelques paroles avant que Legolas ne soit appelé ailleurs, l'heure du départ approchant, mais seulement lorsqu'il réussit à lui arracher la promesse qu'elle viendrait un jour lui rendre visite dans son Royaume, ce à quoi la jeune Elfe avait accepté de bon cœur. La sagesse et l'amitié du Prince lui manqueraient, de même que leurs fameux duels.

Un cor retentit finalement dans les airs, coupant court aux rires et aux chantes, appelant les cavaliers à rejoindre leurs montures. Chacun se plaça auprès de la bannière de son peuple, et bientôt deux longues colonnes se formèrent derrière leurs représentants. Elewë rejoignit Arwen qui contemplait la scène à côté de ses frères. Elle vit au loin Glorfindel échanger de dernières paroles avec Legolas avant de retourner auprès de Elrond.

Balayant la foule qui se massait autour des cavaliers, Elewë contempla ce qu'avait accompli cette guerre : malgré les centaines de morts qui resteraient à jamais gravées dans les mémoires, cette bataille avait rapproché les différents peuples elfiques entre eux, créant des amitiés qui résisteraient au long passage des années, promesses de maintes retrouvailles à venir. Il était beau de voir que dans la douleur et la mort de si belles choses puissent surgir. La jeune Elfe se souviendrait à jamais de ce constat.

Enfin le dernier cor retentit, et le sol se mit à trembler du roulement de sabots des centaines de chevaux se mettant en marche. L'endroit commença doucement à se vider alors que les cavaliers disparaissaient de leur vue, quittant la Vallée Cachée et la Dernière Maison Simple. Elewë resta quelques instants auprès d'Arwen, observant les soldats s'en aller, sentant qu'une page de sa vie se terminait pour qu'une autre puisse enfin commencer.


(1) sentez-vous toute l'expérience que mon année à jouer à l'Elfe en tirant à l'arc m'a apporté ? Les difficultés de ce garçon ont été rencontrées par votre aimable serviteur qui aurait aimé avoir un Elfe pour la conseiller :P


Et voilà, c'est avec une certaine fierté que je vous annonce qu'il ne me reste plus qu'un épilogue à écrire ! Je n'aurais jamais imaginé il y a près de 5 ans que j'arriverais un jour où j'en suis aujourd'hui. C'est en grande partie grâce à vous tous qui avez laissé un petit message ou m'ayant ajouté en suivi. Alors un grand merci, du fond du cœur.

Je touche au but, j'y suis presque. Alors n'hésitez pas à me laisser un petit message pour marquer votre passage et la presque fin de cette fiction.

Vous doutiez-vous de la proposition de Aranwë et de la décision de Elewë ?

Je ne suis pas entièrement convaincue de tout le passage résumant grossièrement ce qui s'est passé dans cette fic, mais il me semblait que c'était important de montrer rapidement tout ce par quoi Elewë est passée, et que Aranwë puisse comprendre ce qui avait fait la personne qu'elle est aujourd'hui. Donnez-moi votre avis dessus !

Voilà voilà, je pense poster l'épilogue d'ici un mois maximum, en attendant, bonnes vacances à ceux qui ont la chance d'en avoir, et bon courage aux autres, portez-vous bien !

Bises,

Mimi:)