Bonjour, bonjour ! Voici donc le chapitre 29 avec de l'action, comme promis. Il faut bien faire avancer tout ça.

Peut-être vous demandez-vous pourquoi je me casse la tête à décrire cette ascension alors que je pourrais faire grimper nos protagonistes en deux bonds, tel Zero qui se hisse jusqu'au sommet grâce aux ronces du Bloody Rose. Tout d'abord, parce que ce ne serait pas épique et que je n'ai pas envie de précipiter leur arrivée. C'est mon côté « gameuse » qui parle, sans doute. Je m'imagine leur avancée un peu comme une progression dans un jeu vidéo.

Cela rallonge aussi l'espérance de vie de Rido. Non pas que je déborde d'affection pour lui, mais bon…

Je remercie mes revieweuses : noominaome, Aria, Melli-Mello, qui me motivent toujours autant, ainsi que vous, lecteur. Un grand merci !


Je réponds aux revieweuses à qui je n'ai pas pu envoyer de mp :

Aria : Haha, je m'attendais à cette question ! Justement, je suis contente que tu l'aies posé parce que c'est vrai que cela aurait pu changer pas mal de choses. Une partie de la réponse se trouve dans ce chapitre donc je n'en dis pas plus )

Melli-Mello : ça me fait plaisir que tu aies bien aimé les pensées de Shiki car j'avais peur que ce soit un peu trop confus. Pour ce qui est de l'aveu de leurs sentiments, ben… ce sont des boulets ! Disons que leur relation dépend de beaucoup de facteurs, ce qui la rend compliquée. Oui, j'aime quand c'est compliqué xD


Chapitre 29 : L'ascension

Les murs du château s'étiraient vers le ciel, voilant la lune. Deux ailes divisaient la bâtisse de façon parfaitement symétrique et en son centre trônait une immense tour qui crevait la nuit. La pierre avait un aspect rugueux et froid sous mes doigts, tandis que ma main cherchait une prise pour débuter ce pari fou que nous avions fait, Shiki, Tôya et moi-même. Je jetais un rapide coup d'œil à mes « camarades », l'une à ma gauche, l'autre à ma droite. Ils avaient déjà entamé l'ascension, n'ayant visiblement qu'une vague idée de ce qu'était le vertige. Pour ma part, j'éprouvais encore pas mal de difficulté à faire le lien entre l'herbe sous mes pieds et le sommet du château, à me convaincre que j'allais devoir grimper jusque là-haut. Je ne haïssais pas l'escalade -quoi que la fibre sportive m'ait boycotté depuis longtemps- mais l'idée d'escalader un château sans précaution me laissait une drôle d'impression. Un vampire pouvait aisément survivre à une chute, mais il n'échappait peut-être pas à la tétanie ou toute autre réaction due au vide.

Laissant de côté ces considérations, je me propulsais à la même hauteur que mes deux compères du soir, saisissant la première prise qui me tombait sous la main. Être vampire avait bien quelques avantages, je m'en rendais à présent compte, bien que l'utilité d'être bon en escalade m'échappe un peu hormis dans la situation présente, mais j'espérais ne pas me retrouver tout le temps dans ce genre de pétrin.

Nous avancions silencieusement sur la paroi, telle des ninjas à l'assaut d'une forteresse. Cependant, au profit de la discrétion, nous avions sacrifié la rapidité. Notre progression se faisait donc lente, mais assurée. Débarquer en mode « coucou, c'est moi ! » alors que l'on nous attendait peut-être au sommet avait tout du mauvais plan. Et pour une fois, nous avions réfléchi au préalable, histoire de prendre la bonne décision.

Mon regard se porta brièvement vers Shiki, sur ma droite. Je remarquais la crispation de ses mains et la lividité de son teint. Son état ne s'améliorait pas, à mon grand désarroi. Les traces de sa lutte avec Rido demeuraient encore ancrées en lui et mon… prélèvement de sang, dirons-nous, ne l'aidait pas à retrouver la forme. Je songeais alors aux paroles que Tôya m'avait adressées un peu plus tôt :

« Aussi bien émotionnellement que physiquement, je ne pense pas qu'il sera en mesure de faire face à tous les dangers. »

Je l'avais expérimenté, le mental jouait aussi bien que le physique il était même plus important car il permettait de dépasser ses propres limites. Sans la tête, le corps ne suivait plus. Contre Rido, mon aveuglement avait bloqué mes pouvoirs. Le désir de vengeance qui me poussait à des actions insensées n'avait fait que me précipiter vers ma propre chute. C'est en prenant conscience de ce pourquoi je voulais me battre que j'avais trouvé la force de puiser dans mes propres ressources.

Shiki devait faire de même. Il fallait qu'il découvre la raison pour laquelle il cherchait à se mouvoir. Malheureusement, l'adversaire qui lui bloquait la route était son propre père. Que pensait-il de lui ? Que serait-il capable de faire face à son géniteur ? Toutes ces questions, il devait certainement se les poser en ce moment même. S'il ne trouvait pas de réponses avant la fin de notre ascension, il ne pourrait se mesurer à Rido. Ce dernier était à présent en pleine possession de ses moyens. Il se montrerait certainement redoutable et sans pitié.

Shiki, se sentant observé, tourna la tête vers moi. Nos regards se croisèrent en silence, sans qu'aucune parole ne soit échangée.

Nous poursuivîmes notre route verticale comme si de rien n'était.

Nous arrivâmes à la première fenêtre, au premier étage. Tôya jeta cependant un coup d'œil furtif à l'intérieur, avant de s'élancer un peu plus haut. Ses bras se déliaient souplement pour agripper chaque prise. Elle avançait à la manière d'un félin, gracieuse et adroite.

_ Il n'y a aucun mouvement à l'intérieur, lança t-elle. Soit les Levels E sont sortis lorsqu'ils ont flairé l'odeur du sang, soit ils se replient dans les étages supérieurs.

_ Une partie se trouve sans doute avec Rido, déclara Shiki. Il y a une légère odeur de sang qui plane. Et de mort aussi.

Ces propos ne me rassuraient guère. Rido se servaient des Levels E pour faire son plein de fluide vital. Il semblait aimer le sang au-delà de toute raison. Un vampire alcoolique, en gros…

Nous ne perdîmes pas plus de temps en paroles. Il fallait avancer au plus vite. Si Rido Kuran décimait sa propre armée en se nourrissant, c'est qu'il ne craignait pas d'éventuelles attaques ou que le nombre de Levels E était supérieur encore à ce que nous avions calculé. Cela n'augurait rien de bon pour nous, comme pour la Night Class qui traquait les vampires dans la forêt.

_ Je sens sa présence, mais elle est encore faible. Il doit se trouver tout en haut, dit soudainement Shiki.

_ Tu en es sûr ? Demandais-je. Comment peux-tu le sentir autant ?

Un soupir s'échappa des lèvres du vampire.

_ Parce que c'est mon père, laissa t-il tomber d'une voix morne tout en reprenant son ascension.

Je lui jetais un regard triste, avant de le suivre.

_ Tu pourras atteindre le sommet ? Demandais-je soudainement alors que mon nez arrivait près de sa chaussure.

Shiki venait de se stopper pour atteindre une prise. Je me fis la réflexion qu'il ne sentait pas des pieds, au moins. Encore une preuve qu'il n'était pas humain. Hem… je m'égarais peut-être un peu…

Ledit qui ne sentait donc pas des pieds tourna légèrement la tête vers moi, une fois mes paroles prononcées. Ses yeux bleus me jaugèrent par-dessus son épaule et je le vis hausser un sourcil.

_ Tu doutes de moi, Chargée de discipline ?

Tout de suite les grands mots !

_ Je dirais plutôt que ton état me préoccupe, concédais-je à regret car je ne voulais pas le vexer.

L'idée de sous-entendre que je m'inquiétais pour lui me fit rougir, malgré tout ce que nous avions traversé. Après tout, notre relation demeurait toujours incroyablement compliquée.

_ Délicate façon de répondre oui à ma question, lança t-il, ironique.

Je n'avais pas envie de me disputer avec lui, encore moins accrochée à un mur que j'avais entrepris d'escalader.

_ Je voulais juste m'enquérir de ta santé, répliquais-je.

Il esquissa un sourire microscopique, avant de se détourner et d'attraper une nouvelle prise.

_ Je vais bien. Ne te soucies pas de moi.

_ Facile à dire, marmonnais-je sans qu'il ne m'entende.

Tout en gardant un œil discret sur le vampire, j'étirais mon bras pour atteindre une pierre. Dans un même mouvement, je me propulsais un peu plus vers le haut. Malgré la nuit bien avancée, mes yeux se promenaient sur le moindre détail du mur, nullement gênés par l'obscurité.

A mesure que nous avancions, le vent s'engouffrait dans nos cheveux, glacial comme l'hiver. Il nous giflait le visage et plaquait nos corps à la paroi. Un humain aurait déjà commencé à éprouver des difficultés et la tétanie aurait bientôt guetté ses membres. Mais nous étions des vampires. La brise cinglante et le froid n'étaient pas encore assez forts pour nous barrer la route.

Nous avions dépassé le premier étage, déjà assez haut, et bientôt, mes doigts passèrent tout près des carreaux de la fenêtre du deuxième. La pluie ne tarda pas à tomber, s'écrasant sur nos têtes avec de plus en plus de violence. Tout pour plaire, en somme…

Tôya, qui se trouvait plus haut que Shiki et moi, nous lança un regard inquiet.

_ Il y a du mouvement à l'intérieur. Il ne faut pas qu'on nous voie.

Je m'éloignais de la fenêtre, passant sur le côté. A ma droite, Shiki avançait sans se préoccuper de l'information. Il semblait songeur.

Une fois la fenêtre dépassée, je me rabattais juste au-dessus de celle-ci, trouvant de meilleures prises dans ce coin là. La pluie rendait chaque mouvement difficile le mur était glissant. Comble du malheur, le vent souffla soudainement avec une force inouïe, projetant des cailloux depuis le sommet. Avec ma chance coutumière, je m'en reçus un en pleine face alors que je les regardais dégringoler. Déstabilisée, je ratais ma prise, ce qui me fit chuter d'environ deux mètres. Je pus cependant me rattraper de justesse, soufflant un bon coup. Mes jambes pendaient cependant dans le vide, car juste en dessous se trouvait la fenêtre. Je n'avais rien pour caler mes pieds. Je dus pousser sur mes bras pour me hisser vers le haut, tandis que Shiki s'était déplacé à une vitesse incroyable dans ma direction.

_ Tu n'as rien ? Demanda t-il.

Je secouais la tête.

_ Juste une petite frayeur. Ne faites pas attention.

Tôya reprit la route verticale, alors que je tentais de calmer les battements de mon cœur. Shiki, quant à lui, me jeta un drôle de coup d'œil. Il mit un temps avant de repartir. En fait, il attendit que j'en fasse de même. Cela me toucha, mais quelque part, je fus peinée de faire si tâche dans le décor. Pour une Sang-Pure, il devait vraiment me prendre pour un boulet.

Evidemment, il avait fallu que ce fichu caillou s'écrase en plein sur mon visage ! Discrimination contre les Sang-Purs !

Je fis bien attention à mes prochaines prises, veillant à ne plus lever les yeux au ciel sans prendre d'infimes précautions au préalable.

Mais alors que je reprenais possession comme je le pouvais mes moyens, un bruit de casse retentit juste en dessous de moi. J'écarquillais les yeux, avant de sentir avec horreur une main empoigner ma jambe. Des griffes s'enfoncèrent dans ma peau, tandis qu'un cri effrayé s'échappait de mes lèvres. Tout se passa si vite que je n'eus même pas le temps de regarder vers le bas je me sentis entraînée par la main. J'essayais tant bien que mal de rester accrochée à ma prise, mais la pression exercée sur mon corps me fit lâcher.

Au dernier instant, Shiki saisit ma main. Lui aussi semblait choqué de ce qui était en train de se produire. Je compris très vite qu'en chutant, l'un des Levels E à l'intérieur du château avait dû apercevoir mes jambes pendant dans le vide. Il avait brisé la vite pour m'attraper et m'entraîner à l'intérieur du bâtiment de cours. Heureusement, il n'y était pas encore parvenu.

Je jetais un œil éperdu à Shiki. S'il me lâchait, je me retrouverais face à la créature en pleine dégénérescence. Peut-être y en avait-il même d'autres qui l'accompagnaient. Je vis au regard du vampire aux yeux clairs qu'il en était conscient.

La main du Level E me tira à nouveau, faisant grimacer Shiki. J'allais l'entraîner dans ma chute si cela continuait. C'était trop dangereux.

_ Lâche-moi ! M'écriais-je, tout en couvrant le bruit du vent et de la pluie.

_ Pas moyen ! Répliqua t-il vivement sur le même ton.

Le Level E tira de nouveau sur ma jambe, m'arrachant un nouveau cri. Ma main glissait peu à peu entre les doigts de Shiki. Il tenta de la retenir en resserrant ses phalanges sur ma peau. Son visage trahissait l'effort, mais il ne semblait pas décidé à lâcher. Il luttait pour me ramener vers lui, ce qui était peine perdue. Il l'avait compris, lui aussi, seulement il le refusait visiblement.

_ Senri ! Insistais-je.

_ Non ! Ne fais pas ça !

Son regard se fit suppliant. J'en eus le cœur serré.

_ Désolée, murmurais-je.

Je lâchais sa main, laissant alors le Level E m'emporter. Je heurtai le bord de la fenêtre, avant d'être entraînée de force à l'intérieur par des griffes qui lacérèrent mes vêtements. Il faudrait franchement penser à investir dans la manucure…

Les yeux rouges du Level E m'apparurent dans toute leur horreur et il me fallut user de tous mes réflexes pour saisir au plus vite Artémis. Je n'en eus cependant pas le loisir, projetée dans le couloir par la créature. Je me rattrapais comme je le pouvais, atterrissant sur mes pieds sans trop savoir comment. Mon instinct prit le pas sur mon cerveau et j'évitais une attaque du Level E qui, par chance, était seul. Ma main agrippa enfin mon arme anti-vampire que je braquais sur mon assaillant. Ce dernier recula de quelques pas afin de jauger la situation. Je le tenais en respect avec Artémis, mais il n'était pas dit qu'il ne tenterait rien non plus. Nous nous observâmes un long moment, presque une éternité, chacun attendant que l'autre esquisse le pas décisif.

Un long cri s'éleva depuis l'autre bout du couloir le Level E se tourna vers la source du bruit et j'y vis une ouverture à ne pas manquer. Artémis prit sa forme de faux, tandis que je me ruais vers la créature. Mon adversaire ne me vit arriver qu'au dernier moment et il eut juste le temps de saisir la faux entre ses griffes, tentant de la repousser loin de son visage. Mais, à son grand malheur, les éclairs de l'arme anti-vampire explosèrent entre ses mains, lui infligeant une douleur au-delà de toute raison. Il lutta encore, mais je choisis de mettre un terme à ses souffrances, le fauchant en un seul coup.

Le silence revint subitement et l'horreur du moment s'ancra dans mon esprit. Je haïssais la forme de cette arme. Lorsque j'étais encore humaine, il s'agissait d'un simple bâton rétractable, un moyen de défense, un appui au cœur des ténèbres. Mais aujourd'hui qu'étaient réveillés mes pouvoirs de vampire, je tenais entre mes mains une arme de destruction. Sa forme elle-même ne laissait pas de doute quant à sa fonction : elle fauchait la vie. Une vie que je venais de prendre à l'instant, bien que ce ne soit plus qu'un semblant d'existence, si l'on tenait compte de son état avancé vers la dégénérescence. J'avais réussi à préserver mes mains pures et blanches jusqu'à présent. Voilà que le sang et la cendre commençaient à les souiller lentement mais sûrement.

Je me tournais vers la vitre brisée, mon reflet apparaissant comme difforme à cause des fêlures.

_ Miroir, mon beau miroir, n'y a-t-il aucun moyen de préserver ma pureté d'humaine ?

Je laissais errer ces mots dans le couloir désert et morne. Je n'obtins aucune réponse, mais le contraire aurait été plus que surprenant.

Je promenais mon regard vers la faux entre mes mains. J'avais là le seul moyen d'éradiquer Rido Kuran, je le savais. Je ne pouvais pas faire la fine bouche chaque fois qu'une situation me déplaisait un instant, je bénissais mes pouvoirs qui m'apportaient une aide précieuse, sans quoi je serais dix pieds sous terre, puis le moment d'après, je les trouvais monstrueux et les rejetais. Il s'agissait là encore des pensées d'une enfant. Je n'avais cependant plus le temps d'être une petite fille.

Je fis de nouveau face à mon reflet déformé, le regard déterminé cette fois-ci.

_ Très bien. J'accepte d'être un vampire. J'admets enfin que Yûki Kuran soit moi, de la même façon que Yûki Cross.

A force, j'allais donner l'impression de devenir schizophrène…

Mes yeux me semblèrent plus lumineux, malgré une certaine mélancolie qui ne semblait plus vouloir les quitter.

Forte de mes nouvelles convictions, je m'engageais prudemment dans le couloir, en direction des bruits que j'avais entendu quelques minutes auparavant. Je ne savais pas sur quoi j'allais déboucher, mais je ne comptais plus fuir. Tout le monde se battait dans l'enceinte de l'Académie pour préserver ce havre de paix. C'était aussi ma guerre à moi.

J'eus une pensée pour le Directeur, mais je le chassais très vite de mon esprit afin de ne pas céder à tout excès de sentimentalisme. Cela pourrait m'être néfaste.

Je me reposais désormais sur mes sens de vampire. A l'affût du moindre son, j'avançais lentement dans le silence pesant des lieux.

La lune se trouvait de l'autre côté du bâtiment, aussi c'était une obscurité opaque qui traversait les fenêtres sur la droite, pour se répandre sur le sol et remonter le long des murs. Les lumières accrochées tout le long ne fonctionnaient visiblement pas, comme pour témoigner de la fin du règne des humains sur l'Académie et le début de l'empire des créatures de la nuit.

Rido ne faisait pas les choses à moitié, ce qui devait certainement s'inscrire dans le code génétique de notre famille.

Plus important, il fallait que j'accède aux étages afin de trouver le fameux tonton. Je me doutais bien que le Level E égaré ici savait très bien ce qu'il faisait et qu'il devait y en avoir d'autres, d'autant plus qu'un cri avait retenti précédemment. D'ailleurs, je me retrouvais dans le cas de figure que Shiki, Tôya et moi souhaitions éviter par-dessus tout : passer par l'intérieur du bâtiment de cours.

_ Cette situation est juste définitivement pourrie, me lançais-je à moi-même sur un ton dépité.

Alors que j'arrivais au bout du couloir sans un bruit, ce dont je me félicitais, une silhouette surgit soudain, me bloquant le passage.

Je n'eus pas besoin de lui demander sa carte d'identité, puisque ses deux yeux rouges luisaient tel un brasier dans la nuit. Un grognement montait lentement du fond de sa gorge, tandis que je constatais avec dépit que je ne pouvais pas faire trois mètres sans tomber sur un Level E. Rido risquait de m'attendre. Non pas que je sois très à cheval sur la ponctualité, mais bon… Il y avait urgence, comme on dit.

Malgré son air asocial qui lui vaudrait une chance de figurer dans le club « anti-sourire » de Zero, je remarquais que ce Level E gardait encore des traces d'humanité. Son visage était bien moins grimaçant que ceux que j'avais pu croiser jusqu'à présent et il luttait visiblement pour ne pas perdre le contrôle de lui-même et analyser la situation. Peut-être avais-je une chance d'en tirer quelque chose. Je levais une main apaisante, pas trop près de lui non plus au cas où il s'imagine que je lui tendais un casse-croûte.

_ Ecoutez, je sais ce que Rido Kuran vous a fait, lui dis-je tout en détachant bien chaque mot.

Je guettais sa réaction. Il pencha légèrement la tête sur le côté pour m'observer d'un œil curieux, quoique méfiant. Bon, au moins, il paraissait enclin à m'écouter. Je poursuivis donc :

_ Je ne vous veux aucun mal tout ce que je souhaite c'est de mettre un terme à ce conflit qui n'a que trop duré. Laissez-moi passer et votre vie sera sauve. Vous n'êtes pas ma cible, vous comprenez ?

Pour toute réponse, il dévoila ses crocs tout en feulant comme un fauve. Un rugissement guttural s'échappa de ses lèvres pour résonner dans tout le couloir, tandis que ses griffes jaillissaient de ses mains.

_ Oui, euh… c'est un argument comme un autre, concédais-je sur un ton morne.

On ne pourrait pas me reprocher de ne pas avoir essayé.

Je brandis alors Artémis, au moment où le Level E se jetait sur moi. Comme l'arme était imposante et difficile à manier, je m'écartais d'un bond rapide sur le côté, histoire d'avoir une portée plus large. Le problème de cette faux c'est que les combats rapprochés, dans un lieu étroit qui plus est, devenait vite un handicap. En plein air, j'avais assez d'espace pour manier Artémis, sans me retrouver acculée.

Le Level bondit sur le mur au dessus de moi, y laissant des traces des marques profondes. Je m'éclipsais à nouveau avec vivacité, au moment où la créature jaillissait, griffes fendant l'air, pour me déchiqueter.

Tant de personnes qui voulaient ma mort, cela devenait frustrant un peu…

Au moment où le vampire posa les pieds au sol, j'exécutais un grand mouvement circulaire avec Artémis. La pointe de la faux vint cueillir mon adversaire pour le réduire en poussières, mais il parvint à se dégager. Néanmoins, du sang dévala son bras, signe que j'avais réussi à le toucher assez gravement.

Il était intelligent. Un juste milieu entre la raison, la logique et un instinct très développé. Il pouvait anticiper mes gestes, je le sentais. A chaque mouvement que j'exécutais, il y avait une réponse de sa part. Il se déplaçait toujours au bon moment.

Je compris alors quelque chose de fondamental. Peut-être que j'éprouvais des difficultés à combattre pour la simple raison que je réfléchissais beaucoup trop. J'avais conscience de mes propres limites, je ne me fiais pas assez à mon instinct. Pourtant, celui-ci m'avait aidé plus d'une fois.

Soudainement, je ne fis plus rien. Je me surpris même à abaisser mon arme, les traits impassibles. Le Level E s'étonna de ce brusque changement et il hésita. Je fermais les yeux, ce qui aurait pu paraître suicidaire au vu de la situation. Je me forçais à respirer calmement, puis je me mis à compter lentement.

Un… le calme parfait.

Deux… un son qui venait remettre en cause ma quiétude. Mon pied gauche se décala sur le côté.

Trois… un léger courant d'air sur ma peau. Je basculais lentement vers l'arrière.

Quatre… un frisson parcourant mon dos. Artémis suivait le mouvement de mon bras.

Cinq… j'ouvris les yeux.

Le Level se trouvait juste devant moi, prêt à mordre. Mais j'étais déjà en position d'attaque. Je me baissais au moment même où il se jeta sur moi. D'un coup de pied puissant, je l'envoyais rouler au sol. Il eut seulement le temps de lever les yeux pour voir fondre sur lui la lame d'Artémis.

_ Puisse-tu retrouver la paix, murmurais-je, tandis que la cendre se laissait emporter par la brise.

Je frissonnais légèrement au contact du vent. Je me rendis compte que, dans notre combat, j'avais brisé plusieurs vitres avec ma faux.

_ J'espère que le Directeur ne m'en voudra pas trop. J'espère aussi qu'il a fait des économies, les réparations coûteront cher…

J'empruntais alors le chemin que me bloquait auparavant mon adversaire vaincu. J'ignorais encore ce qui m'attendait en haut de l'escalier.

oOo

POV : Narrateur

Des bruits de fenêtres brisées retentirent. Les morceaux de verre s'éparpillèrent en contrebas jusqu'à ce que le calme revienne. La nuit s'agitait et le vent se mit à rugir aux oreilles de Shiki. Le vampire baissa la tête, observant par-dessus son épaule les fenêtres du deuxième étage. De là où il se trouvait, il ne pouvait rien distinguer, pas le moindre mouvement parmi les ombres. Il entendait à peine à cause de la brise. Il demeura un instant immobile à promener son regard sur les carreaux brisés.

Le souvenir de Yûki lâchant sa main demeurait encore bien vivace dans son esprit. Il revoyait parfaitement son visage désolé se transformer subitement en une expression résolue. Il n'aurait pas dû la lâcher, se disait-il avec culpabilité, étouffant ses propres plaintes à l'intérieur de lui. Il aurait dû resserrer plus fermement ses doigts encore. Il devait bien y avoir un moyen de la tirer vers lui, de l'extraire de la poigne du Level E. Comment continuer son ascension alors qu'il avait laissé derrière lui la chargée de discipline ?

« Elle a sacrifié ses chances d'arriver en haut pour moi », constata t-il.

Shiki, malgré sa faiblesse, résistait plutôt bien jusqu'à présent. Il n'était pas certain de dire dans quel état il serait lorsqu'il attendrait le sommet, mais il supportait toute cette situation de façon incroyable.

_ Shiki, appela une voix chantante mais à l'accent froid.

Il leva la tête, croisant l'extraordinaire regard électrique de Rima. La rousse était descendue un peu plus bas après avoir constaté que Shiki ne suivait plus.

_ Culpabiliser ne l'aidera pas, dit-elle sur un ton tranchant, destiné à le faire réagir.

Il le savait. Néanmoins, peut-être avait-il quand même besoin de l'entendre. Il hocha la tête.

_ Ton état ne s'améliore pas, poursuivit la rousse. Il faut arriver au plus vite, avant que tu ne perdes tes forces. Pourquoi n'as-tu pas demandé à la chargée de discipline de te donner un peu de son sang ?

Il lui jeta un regard sans vraiment la voir, puis il se saisit d'une prise pour parvenir à sa hauteur. Rima le dévisageait sans comprendre comment son ami avait-il bien pu changer autant sans qu'elle ne s'en aperçoive.

_ Pourquoi Shiki ? Insista t-elle alors qu'il la dépassait, le visage livide.

_ Parce que ce n'était pas le moment. L'odeur de mon sang t'avait déjà attiré, toi, ainsi que la Level E que tu as éliminé. Le sang des Kuran en aurait ameuté bien d'autres.

La rousse n'y avait pas pensé. Shiki réfléchissait plus qu'il n'y paraissait, mais cela ne l'étonnait guère. Bien souvent, ses phrases anodines, jetées de façon détachées, soulevaient un point que d'autres n'auraient pas relevé. Ce n'est pas parce qu'il ne s'impliquait pas que le vampire ne savait pas analyser correctement une situation. Son détachement lui permettait justement de se montrer plus lucide que ses pairs. Néanmoins, cela ne l'empêchait pas de se voiler parfois la face, comme dans le cas présent.

_ Tu refuses tout simplement qu'elle te vienne en aide.

Shiki s'arrêta net. Ils touchaient pratiquement le sommet de l'Académie. La présence de Rido Kuran se faisait plus écrasante.

_ Yûki m'a déjà beaucoup aidé, répondit Shiki d'une voix lente, tout en accentuant chaque mot d'une façon presque mécanique. Elle n'est pas encore prête à me donner son sang. Pas temps qu'elle n'a pas accepté sa nature de vampire.

Sur ce, il se hissa plus haut d'une seule impulsion du bras, avant d'atterrir sur la surface plane du toit. Il ne leur restait plus qu'à pénétrer dans la tour principale, au centre du bâtiment. Rido se trouvait certainement là.

« Un perchoir en hauteur, parfait pour son égo démesuré », songea le vampire en sondant le sommet de la tour de ses yeux clairs.

_ Il y a une autre raison encore, n'est-ce pas ? Demanda Rima, alors qu'il l'aidait à grimper.

Un sourire sans joie étira les lèvres de Shiki.

_ Tu es vraiment trop perspicace, Rima.

Il ne répondit cependant pas à la question, gardant la vérité au fond de lui. La rousse le connaissait assez bien pour qu'il ne puisse pas la duper facilement. Sachant qu'elle n'en saurait pas davantage, elle se concentra sur leur objectif principal.

_ Il se trouve dans la tour ?

Cela sonnait plus comme une affirmation, aussi Shiki hocha simplement la tête. Alors qu'il esquissait un pas en direction de la tour, il se rendit compte avec étonnement que Rima ne le suivait pas. Elle restait debout, les bras croisés, le vent s'amusant à semer le désordre dans ses jolis cheveux couleur miel.

_ Cela ne me plait pas, mais je vais le faire quand même, répondit-elle à l'interrogation muette de son ami.

Shiki haussa un sourcil, totalement pris au dépourvu.

_ De quoi tu parles ?

Rima poussa un soupir, avant de planter dans les yeux clairs de Shiki son regard déterminé et infaillible.

_ T'es vraiment long à la détente parfois, tu sais ? Lança t-elle sur un ton presque amusé.

oOo

POV : Yûki

Une embuscade. Il n'y avait pas d'autres mots qui me venaient à l'esprit. A peine l'étage supérieur atteint que trois Levels E m'avaient sauté dessus. Les vaincre ne fut pas une partie aisée, mais j'avais finalement réussi à les attirer dans un piège. Comme l'espace était assez étroit, je m'étais repliée dans l'endroit le plus exigu, pour éviter qu'ils ne m'attaquent en même temps. Leur erreur tenait de leur envie violente de tuer et de se nourrir. Ils s'étaient disputés à leur manière, jouant des griffes et des crocs pour m'atteindre. Cet instant de distraction m'avait permis de prendre un avantage sur eux. J'avais fait d'une pierre deux coups, dirons-nous…

Malheureusement, l'un des trois s'était enfui et je n'aimais pas avancer en sachant qu'un ennemi m'épiait, tapi quelque part où je ne pouvais le voir.

Pourtant, je n'avais pas le temps de partir à la chasse. Il me fallait trouver au plus vite Rido Kuran. Shiki et Tôya devaient certainement se tenir proches du but, mais j'espérais néanmoins rattraper mon retard. Si seulement, je n'étais pas constamment retardée par les Levels E !

Heureusement qu'aucun humain arpentait le bâtiment !

J'avançais dans un nouveau couloir. Un peu plus loin, il y avait un escalier qui conduisait au toit et se prolongeait jusque dans la tour centrale. Je décelais la présence de mon oncle dans cette partie là. J'allais devoir à nouveau gravir des marches. Je me demandais ce qui était le pire entre ça et l'escalade. Cela revenait à choisir la peste ou le choléra.

_ Je l'ai déjà dit, mais cette situation est vraiment pourrie.

Artémis avait retrouvé sa forme de bâton rétractable, car porter la faux trop longtemps m'épuisait. Elle s'adaptait certes à mes mouvements, mais elle restait imposante et lourde. De plus, se déplacer avec un objet aussi massif n'était pas bien aisé dans un environnement aussi fermé. Et puis, j'avais assez fait de dégâts dans les couloirs…

L'escalier finit par apparaître et je m'étonnais qu'il ne soit pas gardé par les sbires de Rido. Des bruits de pas retentirent alors, me faisant comprendre que j'avais pensé trop vite.

A la hâte, je me dissimulais dans un recoin pour éviter d'être vue, histoire de déterminer le nombre exact d'ennemis. Voilà que je parlais comme une guerrière, maintenant. A ceci près que j'en étais pas une et que je ne le deviendrais sans doute pas.

Je tenais Artémis serrée contre mon cœur, retenant mon souffle contre le mur qui m'abritait. Les bruits se rapprochèrent, ainsi que des chuchotements indistincts. Je pouvais même entendre leur souffle, à cette distance. Ils ne devaient pas se trouver bien loin. A l'angle du couloir, tout au bout, peut-être.

J'attendis encore un peu, dans la pénombre. Je dissimulais au maximum mon aura de Sang-Pur, la rendant imperceptible.

C'est alors que je compris qu'il ne s'agissait pas de chuchotements que j'entendais mais plutôt de sons incohérents. Ils témoignaient leur faim, leur envie de tuer et autres projets absolument attrayants

Je risquais un coup d'œil. Le couloir était désert, mais des silhouettes ne tardèrent pas à apparaître. Elles avançaient d'une démarche quasi robotique. Leurs yeux rouges luisaient dans la nuit, mais jusqu'ici rien d'anormal, me direz-vous. Je commençais à avoir l'habitude.

Ils prirent alors le chemin de l'escalier. Ils risquaient de se lancer à la poursuite de Shiki et Tôya et cela, je ne pouvais le permettre. L'un deux néanmoins, pris sans doute d'un excès de dissidence, décida d'explorer le reste du couloir. Or, je me trouvais précisément dans le reste du couloir.

Nul doute qu'un petit face à face improvisé se ferait entre nous très rapidement.
Je fermais les yeux, me concentrant sur la respiration saccadée du Level E. Lorsque je le sentis assez proche de moi, je jaillis tel un pantin de sa boîte, abattant Artémis sur son crâne. L'arme anti-vampire fit jaillir une myriade d'éclairs. La créature s'effondra au sol, complètement sonnée. Il faut dire que je n'y étais pas allée de main morte. Je n'avais pas le temps de finir le travail, mais je supposais qu'il resterait dans les vapes assez longtemps pour me donner une longueur d'avance.

Sans demander mon reste, je m'engageais prudemment dans le couloir pour me poster près de l'escalier. Visiblement, les autres étaient déjà montés. La voie demeurait libre.

Je commençais donc à gravir les marches, tel un fauve aux aguets, fière de ma nouvelle technique qui consistait à assommer sévèrement les Levels E et qui m'empêchait par cela même de culpabiliser ensuite.

Malheureusement, ce moment d'allégresse cessa très vite car des bruits lourds retentirent juste au dessus. Peut-être m'avaient-ils entendu arriver. Pour des créatures censées perdre toute raison, je les jugeais incroyablement prévoyants.

Un corps roula alors le long de l'escalier pour s'affaisser à mes pieds. Il s'agissait de l'un des Levels E et je me mis aussitôt en position d'attaque, tout en me posant des questions sur cette étrange attaque qui consistait à… faire le mort ? De plus, je remarquais que son corps fumait un peu de partout, comme une merguez un jour de barbecue. Je me penchais vers le corps. Il semblait vivant, mais nul doute qu'il avait reçu une puissante décharge. Un humain ordinaire n'aurait pu y survivre.

C'est alors que deux autres corps tombèrent de la même façon, pour s'écraser, selon un procédé aussi miraculeux qu'inconnu, devant mes pieds. Interloquée je levais la tête, juste avant d'écarquiller mes yeux, alors ronds comme des soucoupes.

Peut-être était-ce une hallucination, mais Tôya se trouvait en haut des escaliers, jouant avec les éclairs bleutés qui sillonnaient sa main.

_ Tôya-senpai ! M'exclamais-je, sans trop savoir pourquoi.

Le choc, dirons-nous…

_ Tu as vraiment le don pour te mettre dans le pétrin, lança t-elle en guise de préambule.

Oui, j'avais déjà remarqué.

_ Qu'est-ce que tu fais là ? Demandais-je.

Elle descendit quelques marches, me sondant un moment de ses immenses yeux bleus, avant de détourner le regard. Merci, car je commençais à me sentir mal à l'aise.

_ Shiki se trouve dans la tour.

Oui… Cela ne répondait pas tellement à ma question. Je lui avais demandé ce qu'elle faisait là, pas où se trouvait Shiki, bien que l'information soit bonne à prendre.

_ Tu n'avais pas dit que tu assurerais ses arrières ? Lui rappelais-je.

Elle soupira.

_ Je voudrais en être capable, mais je ne suis pas de taille à tenir tête à Rido Kuran. Shiki non plus. Toi, en revanche, tu possèdes une arme capable de le détruire. Ne crois pas que cela me plaise, mais tu es la seule qui soit en mesure de vaincre Rido.

Cela ne me mettait pas du tout la pression…

Néanmoins, les paroles de Tôya me mirent mal à l'aise. Je sentais son désarroi, bien qu'elle tente de me cacher son regard. Sa voix tremblait légèrement. M'avouer son incapacité à tenir tête à notre adversaire –à l'adversaire de Shiki- devait lui être insupportable. Reconnaître que j'en étais capable n'arrangeait rien.

Comme je ne disais toujours rien, Tôya reprit la parole :

_ Je suis parfaitement en mesure de m'occuper des Levels E. Rejoins Shiki et charge-toi de Rido. Il n'y a que toi qui puisses le faire.

Je n'étais pas certaine d'en être réellement capable, mais je m'abstins de le lui dire. Cela ne me plaisait pas de laisser Tôya en arrière, surtout dans ces circonstances. Néanmoins, je devais bien lui concéder sa lucidité. Elle saurait mieux que moi contenir les Levels E –bien que je sois toujours fière de ma technique pour les assommer- et j'étais la seule à pouvoir manier Artémis sans me blesser. Sans compter le fait que je ne laisserai personne d'autre se charger de cet individu. Pas temps que je n'avais pas obtenu les réponses à mes questions.

Je hochais légèrement la tête.

_ Je te fais confiance, Tôya-senpai.

J'eus seulement le temps de capter son expression surprise, avant de grimper les escaliers. Il n'y avait pas une minute à perdre. Je devais rattraper Shiki, avant qu'il n'atteigne Rido !

oOo

Je gravis la tour le plus vite possible, trébuchant parfois sur quelques marches. Je me reprenais aussitôt, calmant les battements de mon cœur. Je dus m'arrêter pour respirer un peu, non pas parce que j'étais essoufflée, mais à cause du stress. Je ne gagnerais rien à m'agiter dans tous les sens. Au contraire, j'avais besoin de concentration. Je pris donc quelques minutes pour m'apaiser, lorsque de nouveaux bruits de pas se firent entendre.

Décidément, je ne pouvais jamais me reposer dans cet endroit !

Lassée de cette nuit qui n'en finissait pas, je me saisis d'Artémis, prête à frapper.

Les pas se rapprochèrent, mais ils se firent plus prudents. Peut-être avait-il senti ma présence.

J'attendis que le Level E s'avance, mais il se faisait désirer. J'exécutais un pas vers l'avant, puis un deuxième, gravissant les marches de la façon la plus lente possible. J'avais beau entendre des sons, je ne voyais aucune silhouette se profiler. Etrange. Pourquoi n'attaquait-il pas s'il savait que je me trouvais là ? Hésitait-il ? Pour une fois que j'étais prête à me battre… Force était de constater que les Levels E et moi ne nous comprenions pas.

Un tintement sonore retentit soudainement, me faisant sursauter. Aussitôt, je plaçais Artémis devant moi pour protéger mon visage.

Je fus surprise lorsqu'un fouet de sang s'enroula autour de l'arme, faisant jaillir des étincelles qui me forcèrent à reculer. La liane rouge exerça une pression sur Artémis, me tirant vers l'avant. Je faillis trébucher, mais je pris appui sur le mur afin de conserver mon équilibre. Mon autre main tenait toujours l'arme anti-vampire, laquelle ne supportait pas le lien qui la maintenait prisonnière.

L'esprit hébétée, je fixais le bâton, ne sachant quelle attitude adopter. Soudain, le fouet libéra Artémis qui se rétracta.

_ Yûki ! S'exclama une voix, crevant les ténèbres.

Je levais les yeux, lorsque j'entendis cette voix que je reconnaîtrais entre mille. A ce moment là, une foule de mots se bousculèrent au seuil de ma bouche mais aucune ne parvint à franchir mes lèvres. J'étais trop choquée pour parler. J'esquissais seulement un sourire, submergée par l'émotion en découvrant Shiki devant moi. Il me tendit la main pour m'aider et je la saisis, refusant de céder à l'envie de me blottir contre lui. A ma grande surprise, Shiki me tira vers lui, m'attirant dans ses bras. Son odeur m'envahit aussitôt, fraîche et apaisante.

_ Je savais que ce serait toi, dit-il contre mon oreille, tout en resserrant son étreinte.

J'eus un rire nerveux.

_ Menteur.

_ Un peu.

Il s'écarta légèrement pour me regarder. Moi je n'osais pas esquisser le moindre geste, de peur de briser l'instant présent.

Ses doigts blancs et interminables se posèrent alors sur ma peau pour incliner mon visage vers lui.

_ Yûki, regarde-moi.

Je finis par lever les yeux vers lui, croisant son regard bleu et limpide. Nous restâmes ainsi un moment, court ou long je ne saurais le dire. Il aurait pu durer une seconde, trois minutes ou l'éternité, cela m'aurait fait le même effet.

Shiki se pencha finalement vers moi et joignit ses lèvres aux miennes. Il eut une brève hésitation, juste avant de prendre mon visage en coupe et d'approfondir le baiser. J'y répondis avec la même ardeur, le cœur battant frénétiquement, le souffle court. Après la douceur de tendres retrouvailles se succédait peu à peu la frénésie des affamés. En nos cœurs résonnaient le besoin d'amour avant d'affronter la mort, le désir de se sentir vivant peut-être pour la dernière fois.

Cependant, cet instant irréel s'acheva brutalement. L'heure était au face à face. Un dernier regard échangé et il fallut gravir les marches, le cœur à la fois léger et lourd. Il était temps d'en finir.


Le prochain chapitre arrivera sans doute le week-end prochain, comme d'habitude, et nous y retrouverons -avec une joie discutable- Rido. Le chapitre 30, vous vous rendez compte ? On approche de la fin de cette fanfiction, mine de rien. Oui je sais, je ne m'en rends compte que maintenant.

Sur ce, je vous dis à bientôt. Passez une très bonne semaine !