Bon, mes chères lectrices, ceci est un sérieux avertissement. Profitez du début pour prendre une grande respiration vous n'allez pas pouvoir la relâcher avant quelques chapitres.

Lalala1995 : A chaque chapitre, il y en a une de vous pour dire 'je veux que Thorin et Bilbon se retrouvent'. Et à chaque chapitre, je rigole parce que vous allez encore devoir attendre...

Flower black : Haha la fin de chapitre a suscité des réactions similaires un peu partout^^

Justelaura : Oui Ecthelion est extrêmement buté, et il va payer le prix fort pour ça vis-à-vis de son fils... Legolas et Kili ne sont pas discrets, nous sommes tous d'accord. Et Fili et Dernwyn sont adorables.

Haliah : :O Mais comment tu fais pour tout lire d'un coup à ce stade ? Tu dors plus ? En tout cas, oui, je vais aussi traduire les suites. Pas d'inquiétude pour ça, c'est prévu. Il y a en effet pas mal de choses après cette histoire.

Sabrinabella : Le chapitre portait bien son nom, on va dire^^

Citwhoille : Ne te mets pas en retard juste pour cette traduction ! Le chapitre ne disparaît pas si tu ne le lis pas dans la journée, tu sais ! L'avertissement sur Bilbon avait de nombreuses destinataires lol

Noooo Aime : Effectivement tu nages dans les sous-entendus XD C'est amusant de voir que tout le monde aime Denethor maintenant, alors qu'au début tout le monde le détestait. L'angoisse monte, hein ? Elle est pas près de redescendre... On ne tue pas Bofur ! Et oui j'ai survécu à ton commentaire mais il m'a bien fait rire quand même !

Julindy : Hihi la haine que tout le monde avait pour Denethor au début s'est reportée sur Ecthelion... Contente que le reste t'ait plu aussi ! En matière de xénophobie les nains et les elfes se valent, hein...

Aliena wyvern : Oui hein ?

Plan d'attaque

« Thorin ? »

Thorin leva les yeux du sol. Gandalf le regarda avec de la compassion dans les yeux.

« Vous avez fait une bonne action, dit-il doucement. »

ç'avait été un moment de bonheur, ne serait-ce que pour un temps court, cela était certain. Quand Fili était venu le voir, demandant sa bénédiction pour épouser Dernwyn devant tout le monde, et il n'avait vu aucune tresse dans ses cheveux, aucune perle ou barrette pour signaler la décision de Fili. Puis son regard avait été attiré sur la main que Fili tenait dans la sienne, et le petit anneau d'or autour de son doigt. Fili avait accepté et embrassé la culture des hommes pour l'honorer, elle et sa famille, et Thorin avait accordé la bénédiction avant que son esprit n'en comprenne le sens. Mais le bonheur sur le visage de Fili, la joie tranquille qu'ils avaient partagé avec la compagnie là-bas, tout cela en avait valu la peine.

Même Kili avait été content, bien qu'il soit resté en arrière, anormalement silencieux. Legolas s'était tenu à côté de lui, presque assez proche pour le toucher, mais aucun n'avait regardé l'autre. C'était la première fois que Thorin avait ri depuis la bataille, et ça avait attiré leur attention.

« Quoi ? avait demandé Kili.

- Est-ce que toi, tu vas me demander une bénédiction ? avait demandé Thorin. »

La surprise sur leurs visages avait été amusante, et même Denethor avait souri. Il se souvenait que Kili avait balbutié :

« Te d-demander... pourquoi je te demanderais ? »

Par chance, Bofur lui avait coupé la parole.

« On sait pour Legolas et toi, mon gars. Laisse tomber. »

Le visage de Kili avait viré à un blanc alarmant, tandis que Legolas avait cillé.

« Mais... mais on, je veux dire, vous, on ne l'a dit à personne ! »

Dwalin avait hurlé de rire.

« Mahal, vous croyiez tous les deux que vous gardiez ça secret ? »

Kili avait failli trébucher sur ses propres pieds, fixant tout le monde qui se mettait à rire. Mais il avait enfin osé venir vers Thorin, les yeux brillants mais pleins d'espoir, et Thorin l'avait gratifié d'un sourire joyeux.

« Tu n'es pas... contre ? avait demandé Kili à voix basse.

- Je suis amoureux d'un hobbit, Kili, avait-il dit avec un sourire ironique. Je ne peux pas être contre, même si je le voulais. »

Il avait été étrange d'admettre qu'il n'était pas contre, et il avait béni Kili un instant plus tard. Legolas lui avait fait une profonde révérence et la compagnie avait continué à les taquiner sans merci pour avoir été 'tout sauf subtils' en se faisant la cour.

Mais au milieu du bonheur, Thorin s'était retrouvé chagriné de ses propres mots, et il s'était excusé de leur foule joyeuse. Ses neveux étaient vivants, et amoureux. Dwalin avait Ori, et même Aragorn avait trouvé sa reine. Mais Thorin...

Il baissa de nouveau la tête.

« Accorder à Kili une chance d'être avec Legolas, c'est plus que n'importe lequel de vos ancêtres aurait fait, à votre place, poursuivit Gandalf. Mais je sais pourquoi vous vous êtes caché ici, maintenant, quand vous pourriez vous réjouir avec votre famille.

- Dites-moi que vous le voyez maintenant, se surprit Thorin à supplier. Dites-moi que vous voyez toujours Bilbon. »

Gandalf ne dit rien, et Thorin ferma étroitement les yeux. Chaque jour apportait un nouveau défi, mais aucun ne le rapprochait de Bilbon. Il n'y avait rien qu'il puisse faire, rien, pour aider celui qu'il chérissait le plus dans son cœur.

La broche était lourde dans sa bourse, une pierre de culpabilité qui hantait ses pensées. Son esprit ne cessait de le ramener à leur voyage ensemble, à la façon dont il avait traité Bilbon au début, dont il avait enfin vu la valeur de l'homme devant lui, dont ils avaient partagé leur respiration et s'étaient enlacés et avaient été si amoureux que Thorin ne savait pas comment il l'avait manqué. Mais il l'avait manqué et ignoré, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour le faire sien.

Ce n'est qu'une babiole.

Le regard dans les yeux de Bilbon, la peine, la douleur, la diminution de la lumière qui semblait être une étincelle constante chez le hobbit, et qu'il avait éteinte comme on piétine une flamme.

« Cessez immédiatement ces pensées, Thorin Ecu-de-Chêne, dit sévèrement Gandalf. »

Thorin leva brusquement la tête, surpris, et Gandalf soupira.

« Penser au passé ne vous servira à rien quand vous cherchez le futur.

- Je n'aurai aucun futur avec lui à moins de le retrouver, insista Thorin. Je dois le retrouver.

- Et nous le retrouverons, j'en suis certain. »

Gandalf regarda Minas Tirith. Il pleuvait, une bonne pluie qui nettoierait le sang sur le sol. Il pensait que les morts avaient enfin été retirés du champ, mais il ne le savait pas. Il avait été trop concentré sur aider là où il pouvait ces derniers jours, à forger des agrafes d'acier et de fer pour soutenir les murs et les arcades brisés jusqu'à ce qu'ils puissent reconstruire. Il avait aidé dans les maisons de guérison, secondant les elfes et les hommes comme il pouvait.

« Vous êtes bien reçu ici, au Gondor. Vous vous êtes fait un allié puissant qui vous servira au long de votre règne. »

Il le savait. Il avait entendu les murmures, l'admiration et la quasi-vénération qu'il avait reçus. Il était Thorin de la Forge, Thorin le Fort, Thorin le Tueur d'Orques. Thorin l'Aide du Gondor. C'étaient tous de bons titres. La plupart des autres avaient également gagné des chansons et des surnoms, mais aucun n'avait gagné de louanges autant qu'Aragorn et Arwen. Des murmures de la gentillesse et des talents de l'une, des mains tendres et de la patience de l'autre, s'étaient répandus comme un feu de forêt dans la ville. Quand Aragorn serait annoncé comme roi, il serait bien reçu, et Arwen aussi. Le Gondor soutiendrait Erebor en tant qu'allié puissant, et Thorin savait que son nom serait bien-aimé ici, dans la citadelle blanche.

Bien-aimé. Il n'y avait qu'une personne dont il voulait recevoir cet épithète, et il jeta un regard vers le Mordor avec un cœur tremblant. Bilbon était loin de lui, quelque part, et le seul fait de penser à son gentil hobbit au milieu de la tempête et du mal lui faisait peur.

Gandalf soupira et posa une main sur son épaule. Thorin ne put arracher son regard du Mordor.

« Je pourrais parler pendant des heures des grandes actions que vous avez faites, de l'alliance politique qui a été créée par vos mains, de la bonté dont vous avez fait preuve envers votre famille et des étrangers... mais il n'y a qu'une personne que vous voulez à vos côtés en ce moment, et ce n'est pas moi, alors je vais vous laisser en paix. Quand vous serez prêt, nous nous retrouverons dans la salle du trône pour discuter de notre prochain coup. Et cela, je peux vous l'assurer, aidera celui que vous aimez. »

Sur ces paroles, Gandalf le quitta.

Ses doigts se portèrent d'eux-mêmes vers la bourse, et il en sortit la broche. Elle brillait, même sous la pluie, et il la caressa tendrement du doigt. Il se souvint de la nuit où il l'avait offerte à Bilbon, du sourire qu'il avait placé sur le visage de son bien-aimé. Il se souvint de Bilbon la portant fièrement avec son nouveau manteau et la bordure brodée qui le marquait comme membre de la famille Durin. Thorin avait été si près, si près, du vrai bonheur, et maintenant...

Ses yeux descendirent vers son poignet. Il était déchiré et usé et raide d'avoir été lavé après la bataille, mais le long morceau de tissu était encore en place. S'ils ne retrouvaient jamais Bilbon, si Bilbon ne lui revenait pas, ce serait tout ce qu'il lui resterait de celui qu'il aimait. Ce serait tout ce qu'il aurait pour se souvenir de son beau et courageux hobbit.

Il pensa aux boucles fines et clairsemées, auxoreilles légèrement pointues qui devenaient rouges à la moindre provocation, aux yeux brillants qui l'avaient regardé avec tant d'amour-

Il s'écoula un certain temps avant que Thorin ne retourne à l'intérieur pour rejoindre la salle du trône. Ses pensées étaient sombres et lugubres lorsqu'il arriva là-bas, et seuls quelques membres de la compagnie attendaient. Les autres n'étaient pas encore arrivés. Il prit place sur l'une des chaises et essaya de respirer.

Quand Balin vint s'asseoir à côté de lui, Thorin accorda à son vieil ami toute son attention. Balin le regarda de haut en bas, comme s'il cherchait quelque chose, avant de secouer la tête.

« Je t'avais dit que vous pourriez ne pas le rattraper, n'est-ce pas ? dit le vieux nain, mais il n'y avait pas d'humour dans son sourire. »

Thorin repensa à ce jour, si longtemps auparavant, où ils étaient partis d'Erebor, et il secoua la tête tandis qu'un rire impuissant, frappé de chagrin s'échappait de ses lèvres comme un sanglot.

« J'aurais dû te faire confiance, dit-il. »

D'une façon ou d'une autre, la pensée de ce qu'il était parti faire, de ce qu'il avait échoué à faire, l'envahit comme une vague pour le noyer. Il baissa la tête et pleura silencieusement. Bilbon, son Bilbon, était quelque part dans le Mordor, seul, Mahal, tellement seul, avec personne pour le défendre tandis qu'il traversait le plus vil des endroits. Kili avait failli lui être arraché par l'orbe voyante enchantée, et Fili et lui avaient été blessés dans la dernière bataille, et ils étaient aussi loin de la paix qu'ils l'avaient jamais été. Cette bataille était loin d'être terminée. Bilbon était loin d'être en sécurité. Et il était loin de là où Thorin aurait pu le serrer contre lui et murmurer des excuses et des mots d'amour.

« Ah, mon gars, murmura Balin. »

Des bras puissants s'enroulèrent autour de lui. Thorin s'agrippa à Balin comme il l'avait fait après la chute d'Erebor : agrippant ses robes, s'autorisant à sangloter et pleurer ce qu'ils avaient perdu. Et tout comme il l'avait fait le jour oùSmaug avait désolé les terres, Balin le serra dans ses bras et le réconforta.

Quand ses yeux furent douloureux et que son cœur ne put supporter davantage de tristesse, Thorin se força enfin à se lever. Ses joues étaient humides, mais il ne les essuya pas.

« Est-ce que d'autres suivent pour nous rejoindre ? semanda-t-il. »

Il devait être fort. Il le devait. Pour Fili, pour Kili, pour Dernwyn aussi, désormais. Elle faisait partie de sa famille de toutes les façons sauf l'officielle. Peut-être que c'était déjà le cas, depuis le jour où elle s'était battue aux côtés de Fili en Isengard. Et maintenant, maintenant elle n'avait personne. Holdwine pourrait ne jamais se remettre, et Thengel-

Plus de chagrin le frappa comme un coup bien placé, et il se força à prendre une respiration calme. On avait besoin de lui. Il ne pouvait pas vaciller maintenant.

Balin attendit que Thorin ait complètement repris son sang-froid pour parler.

« Trop loin pour nous aider. Dain nous vient en aide, mais son but était d'atteindre Erebor et de la renforcer, de peur que d'autres orques essayent de l'attaquer. »

Même si le refus de Dain d'aider Thorin dans sa quête pour Erebor l'agaçait encore, il savait que Dain n'était pas du genre à essayer de le détrôner pour Erebor. Dain se satisfaisait des Montagnes de Fer. Il aimait son peuple, qui l'aimait en retour. Qu'il sorte de son royaume pour aider à préserver Thorin était un cadeau et une excuse de ne pas avoir fourni de forces pour la quête. Thorin reconnaissait une offre de paix quand il la voyait, et il la prendrait.

À ce stade, les autres étaient entrés dans la pièce, la réjouissance de tout à l'heure disparue. Fili et Dernwyn partirent dans un coin, la tête de Fili toujours blessée mais en train de guérir, sa main serrée dans celle de Dernwyn. Kili entra avec Legolas, et tous deux allèrent immédiatement les rejoindre. Les deux frères appuyèrent leurs fronts ensemble un long moment, s'agrippant l'un à l'autre, et Thorin détestait d'avoir amené cette douleur sur eux, cette peur de la mortalité. Ils l'avaient connue, pendant la quête, mais jamais auparavant ils n'avaient été forcés de voir leur frère tomber si bas. Il ne pouvait que remercier Mahal qu'ils soient encore là, encore vivants pour avoir peur l'un pour l'autre. Legolas croisa son regard à l'autre bout de la pièce, et Thorin lui adressa un signe de tête en remerciements.

Bard entra peu après, ses longs cheveux éloignés de son visage pour les aider à sécher après la pluie. Ses manches étaient retroussées, et ses vêtements humides. Thorin savait qu'il avait aidé le Gondor là où il le pouvait, lui aussi, mais quand Bard regarda vers eux, il fit une révérence à Thorin. Thorin lui rendit un signe de tête, et il sut que Balin n'avait pas demandé de l'aide à cet homme. Bard l'avait offerte, volontairement. D'une façon ou d'une autre, Thorin s'était fait un allié de l'homme. Peut-être même... un ami.

Quand tout le monde fut arrivé, Gandalf s'avança, ses pas ne faisant pas un bruit.

« Je ne vois plus notre hobbit, dit-il. Bilbon est au-delà de ma vision, maintenant. Il est entré profondément en Mordor. »

Thorin le fixa, réduit au silence. Ce n'étaient pas les paroles qu'il avait espérées. C'était là une mauvaise surprise.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Denethor à mi-voix. Pour nous, pour lui ?

- Pour lui, ça veut dire que je ne peux rien faire, admit Gandalf avec regret. Je ne peux pas voir s'il a besoin d'aide, ou s'il est blessé. Il est au-delà de ma portée. »

Si ça continuait, le cœur de Thorin allait se déchirer. Il se dressa, incapable de rester assis plus longtemps, seulement pour s'appuyer contre une colonne, se forçant à respirer régulièrement. Il devait être fort, il le devait.

Bilbon, mon bien-aimé, s'il vous plaît, s'il vous plaît allez bien, vous devez revenir, vous le devez...

« Pour nous... ça reste à décider. »

Gandalf promena son regard sur le groupe.

« Je ne sais pas comment nous pouvons l'aider. Le Mordor est rempli d'orques et de plus d'Uruk-haï que même Saroumane n'aurait pu appeler à son aide. Des trolls et des wargs attendent également notre hobbit, mais le pire de tous reste l'Œil de Sauron. »

Dans son coin, Kili eut un long frisson. Sans un mot les autres furent là, Fili serrant son frère contre lui, Legolas enroulant une main forte autour desépaules de Kili.

« Si SaurontrouveBilbon,alors tout est perdu. Bilbon ne pourra jamais échapper à ce regard, ou au sort qui le suivra. Le regard de Sauron est fixé sur le Mordor. Bilbon ne peut traverser les plaines jusqu'au Mont du Destin pendant que Sauron regarde, à moins de se cacher avec des orques. »

Et la probabilité en était bien faible.

« Alors détournons son regard. »

Tous les yeux se tournèrent vers Aragorn.

« Juste 'détourner son regard', dit Dwalin d'un ton pince-sans-rire. Ouais. On va lui d'mander de regarder ailleurs une minute ou deux. »

Aragorn eut un petit sourire.

« J'ai quelque chose d'encore mieux que ça.

- Ben voyons. »

Dwalin semblait cependant plus amusé qu'inquiet.

« Nous pouvons attirer les armées du Mordor et braquer son regard sur nous. »

Dwalin s'étrangla. Fili et Kili fixèrent Aragorn, bouche bée. Même Gandalf sembla surpris.

« Les attirer ? demanda Gimli avec incrédulité. Vous voulez dire-

- Il me cherche désormais, tout comme il cherche Bilbon, insista Aragorn. Vous savez que c'est vrai. L'Armée des Morts ne pouvait être appelée que par le Roi du Gondor, et il doit savoir ce qui s'est passé. Il sait que je suis en vie, et il me craint. Je peux utiliser cela à notre avantage, attirer son armée, vider ses terres. »

Thorin se redressa, et sa respiration était forte et profonde.

« Nous prendrons la pression du regard de Sauron et donnerons à Bilbon l'occasion dont il a besoin. »

Aragorn hocha la tête, le regard approbateur.

« Nous pouvons aider Bilbon de cette façon. »

Enfin, enfin, il y avait quelque chose que Thorin pouvait faire. Il pouvait faire le bien, il pouvait aider Bilbon. Il se sentit soudain si léger, qu'il eut peur de se mettre à flotter dans les airs.

« En affrontant toutes les forces du Mordor, dit Bofur. »

Il leva les sourcils si haut que son chapeau se souleva. Il attendit puis haussa les épaules.

« Pourquoi pas ?

- Une diversion, dit Legolas en hochant la tête. Je suis d'accord.

- Une mort certaine, une faible chance de succès, dit Gimli en secouant la tête. Mais qu'attendons-nous ?

- Mes hommes se tiennent prêts à aider, dit Bard. »

Tauriel en annonça autant des elfes qui étaient venus avec elle. Thorin sentit presque son cœur tambouriner tant il éprouvait de gratitude envers eux.

Gandalf eut un bref sourire, qui ne tarda pas à retomber.

« Sauron soupçonnera un piège, prévint-il. À moins de lui donner une vraie raison d'avoir peur, il ne mordra pas à l'appât. »

Aragorn marqua une pause, mais Thorin pouvait voir qu'il avait déjà sa réponse.

« Avez-vous le Palantir ? demanda-t-il tranquillement. »

Kili inspira brusquement.

« Aragorn, non.

- C'est la seule façon dont je peux l'atteindre, dit doucement Aragorn. Il le faut. Pour le bien de Bilbon, pour notre bien à tous.

- Vous ne comprenez pas, insista Kili. Cet, cet Œil, vous ne comprenez pas ce que c'est. Il brûlera à travers vous. C'est... »

Il déglutit péniblement et serra ses poings tremblants.

« ça ne ressemble à rien de ce que vous avez déjà combattu, et vous devrez vous battre, et vous battre dur. »

Jamais auparavant Thorin n'avait ressenti tant de peine ou de fierté pour son neveu. Le simple fait de prononcer ces paroles était manifestement douloureux pour Kili, mais il les énonça néanmoins, déterminé à être fort et à ne pas laisser le souvenir de l'Œil le tirer vers le bas. Legolas et Fili se tenaient à ses côtés, refusant de le laisser seul. Quand les yeux de Kili osèrent enfin se lever, Thorin lui fit un sourire aussi fier que possible. Kili eut un sourire tremblant en retour.

Aragorn lui adressa un hochement de tête reconnaissant.

« Je le ferai. Merci. Je n'ai pas envie de faire cela, mais je le dois. Si nous voulons donner une chance à Bilbon, si nous voulons mettre fin au règne de Sauron, alors ce doit être fait. »

Ils pouvaient faire cela. Ils pouvaient aider à protéger Bilbon.

« Je... déteste devoir gâcher l'ambiance, dit Ori avec hésitation, tout sauf content de ce qu'il allait dire, mais si Bilbon tente sa chance, qui nous dit que l'armée ne fera pas demi-tour ? Qui nous dit que Sauron ne détournera pas son Œil ? »

Dwalin commença à répondre, puis s'arrêta. Même Gandalf se mordit la lèvre, incapable de répondre. Thorin sentit son cœur s'enfoncer. Si proches. Ils avaient été si proches, et pourtant...

« On leur coupe la route. »

Tous les yeux se tournèrent vers Kili.

« Leur couper la route ? demanda Dernwyn avec incrédulité. Je croyais que c'était Fili qui avait une blessure à la tête, pas vous. »

Fili lui fit une grimace mais ne put retenir le sourire sur son visage.

« Gandalf peut le faire, dit Kili. En fait, ce sera la partie la plus facile de cette idée. »

Gandalf lui adressa un regard qui était loin d'être amusé.

« Kili, aussi bonne que soit votre foi en moi, il y a des choses qui sont au-delà même de mes talents. Comment attendez-vous de moi que je leur 'coupe la route', comme vous dites ? Quels moyens pensez-vous que je possède pour arrêter une armée ? »

Kili haussa les épaules, mais c'était un geste triomphant, comme si Gandalf avait dit exactement ce qu'il voulait qu'il dise.

« Vous savez appeler les Aigles, n'est-ce pas ? »

Lentement Gandalf commença à sourire.

« Il est rare que je puisse dire cela, mais c'est une idée merveilleuse que vous avez là. »

Kili s'illumina sous le compliment, puis marqua une pause, comme s'il vérifiaitqu'il avait aussi été insulté. Bofur ricana.

Aussi amusant qu'il soit de taquiner Kili – encore plus de le voir répondre de cette manière si insouciante typique de Kili – Thorin ne pouvait qu'être d'accord avec Gandalf.

C'était un bon plan.

(-)

La première fois qu'il s'était réveillé, il avait vu des orques autour de lui, qui riaient tandis qu'il essayait de se défaire de ses liens pour s'enfuir.

La deuxième fois qu'il s'était réveillé, il avait vu l'orque qui l'avait déjà assommé deux fois, et on lui avait dit de commencer à marcher, parce qu'il avait des jambes.

La troisième fois qu'il se réveilla, il sentit quelque chose de froid contre son poignet, et ses poumons étaient lourds dans sa poitrine. Bilbon se débattit et entendit des chaînes cliqueter autour de lui. Avec un mauvais pressentiment, il se retourna pour regarder autour de lui.

Il était attaché au plafond par les bras et suspendu dans les airs. Il se sentait trop étiré, son corps pendu douloureusement, et ses pieds bien trop loin du sol. Il était dans une sorte d'alcôve, et il pouvait seulement entendre d'autres êtres bouger autour de lui, mais il n'avait aucune idée d'où ils étaient exactement, ou de combien il y en avait. Cela combiné à ses poumons, qui ne marchaient pas bien pour une terrible raison inconnue, l'effrayait.

Son épée. Son épée avait disparu. Son sac était ailleurs, et même sa fiole de lumière n'était plus dans sa poche. Sa chemise avait disparu, aussi. Son pantalon était toujours là, mais tout le reste avait disparu. Y compris...

Bilbon se débattit frénétiquement mais ne put sentir le balancement de la chaîne autour de son cou. L'Anneau. L'Anneau avait disparu. Les menottes cliquetèrent au-dessus de lui et il toussa, longtemps et fort, ses poumons cherchant désespérément de l'air. Quand il réussit à reprendre sa respiration, il s'aperçut qu'un orque avait passé le coin.

« Oh, il est réveillé, dit-il. »

Il le reconnut de la marche des derniers jours. Il n'avait pas passé beaucoup de temps conscient, mais il se souvenait de celui-là. Difficile de ne pas se souvenirde l'orque qui n'arrêtait pas de le frapper à la tête pour l'assommer.

Il se dirigea vers lui, léchant ses lèvres noires, et Bilbon frissonna et essaya de se pencher en arrière.

« T'es une bonne friandise, dit-il. Mais j'aime que mes repas se débattent. »

Il se pencha en avant, comme pour lui mordre l'oreille, et Bilbon poussa un cri et essaya de se jeter en arrière. Les chaînes refusèrent de bouger d'un pouce. Ses poignets le brûlaient et glissaient dans les menottes de métal.

Par chance, l'orque fut arrêté par celui plus large qui avait attrapé Bilbon.

« Bas les pattes ! gueula-t-il. »

L'orque fit un bond en arrière, fusillant l'autre du regard.

« Il est pour le Maître, comme tout le reste !

- Mais on l'a trouvé, geignit le petit orque. Pourquoi on peut pas le manger ? Toi et moi, on partag'rait un r'pas. Tu f'rais pas ça pour moi ?

- Il est pour Sauron, insista le large orque. »

Il observa Bilbon d'un air soupçonneux, et Bilbon se pencha en arrière.

« Je veux savoir pourquoi il se baladait dans le coin, tout seul.

- Y s'est perdu, j'm'en fiche, dit le petit orque. »

Il fixa Bilbon de ses yeux noirs et perçants.

« L'a pas beaucoup d'graisse, mais j'm'en fiche. Je l'mang'rai quand même. C'est d'la viande fraîche.

- Il est pour Sauron ! cria le large orque. Tu t'approches encore de lui et je t'éventre ! »

Le petit orque siffla mais laissa enfin Bilbon en paix. Bientôt ils ne furent que des ombres sur le mur, et Bilbon commença à paniquer.

S'ils emmenaient l'Anneau et lui à Sauron, tout était perdu. Encore maintenant, il avait de la chance qu'ils n'aient pas essayé l'Anneau ou deviné ce que c'était. Mais il n'était pas là, pas plus que les perles à côté, ou le pendentif de cheval que lui avait offert Thengel. Disparu, tout avait disparu.

Bilbon ferma les yeux mais sentit quand même la brûlure des larmes. Il était tellement fatigué, et maintenant il était suspendu dans une petite alcôve il ne savait où, prisonnier des orques, fatigué et sale et étourdi. Et maintenant l'Anneau avait disparu.

« Bilbon. »

Bilbon leva les yeux en entendant la voix douce, si douce. Soudain il n'était plus dans l'alcôve sombre mais dans un champ herbeux, et devant lui se trouvait la Dame Galadriel. Elle lui sourit gentiment, un sourire qu'il n'avait pas vu depuis si longtemps.

« Aidez-moi, murmura-t-il. Je vous en prie, aidez-moi. »

Elle sembla regarder droit à travers lui, et il se demanda si elle voyait les ténèbres entrer dans son cœur, si l'Anneau avait commencé à pourrir en lui. Il savait que oui. Sa voix l'avait nargué tandis qu'il marchait avec les orques jusqu'ici. Il l'avait imploré de le mettre au doigt, d'échapper aux orques quand ils le frappaient et le blessaient. Il lui avait murmuré à quel point il serait facile de tous les tuer, de régner sur eux, de les mettre à terre comme ils l'avaient fait pour lui. Il lui disait maintenant de le retrouver, de le placer sur son doigt. Il baissa la tête avec honte. Si proche, tellement proche... et il leur avait tous fait défaut.

« Reprenez courage, lui dit-elle. »

Il releva lentement la tête. Ses poumons lui firent mal quand il fit cela, et il ne comprenait pas. Tout ce qu'il savait c'était que respirer était dur, mais qu'il était ailleurs, dans un bon endroit. Quelque part où il y avait du soleil et de l'herbe chaude et une brise calme et douce.

Elle tendit la main vers lui, et il se retrouva toujours attaché.

« S'il vous plaît, implora-t-il. S'il vous plaît.

- Si vous ne pouvez le faire, personne le peut, lui dit-elle, et il s'immobilisa. Vous devez faire cela. »

Elle tendit de nouveau la main, juste hors d'atteinte. Bilbon ferma étroitement les yeux, et essaya si fort de l'atteindre, mais sa main ne voulait pas se libérer.

Quand il ouvrit les yeux, ce n'était plus la Dame devant lui, mais Thorin, avec une main tendue.

« Venezavecmoi, le pressa Thorin tandis que l'herbe murmurait autour d'eux. Bilbon, venez. »

Bilbon pinça les lèvres et tira, et sa main se tendit immédiatementvers celle de Thorin. L'herbe et le soleil disparurent, et Thorin avec eux, et la dernière chose qu'il vit fut le large sourire de Galadriel avant qu'il ne soit de retour dans l'alcôve, seul.

Mais sa main était toujours tendue devant lui. Bilbon cligna des yeux, stupéfait. Son poignet semblait à vif et déchiré, du sang coulant le long de son bras, mais ses doigts étaient tous là, et d'une façon ou d'une autre, il s'était libéré. Il pencha la tête en arrière le plus loin possible et découvrit une menotte vide se balançant doucement au-dessus de lui. Il était trop petit pour elles, réalisa-t-il avec un sursaut. Il n'était pas de la bonne taille pour la menotte, il était trop petit. Il avait juste eu besoin du sang pour aider sa main à glisser. Et ça signifiait qu'il pouvait se libérer, il pouvait s'enfuir, il pouvait libérer son autre main et courir-

Le petit orque apparut dans son champ de vision, et Bilbon sauta frénétiquement vers la menotte pour s'y accrocher. Quand l'orque regarda vers lui, Bilbon était suspendu comme il était censé l'être. Ses doigts le brûlaient en agrippant la menotte vide, mais au bout d'un moment, l'orque marmonna quelque chose sous sa barbe et s'installa sur un petit tabouret près de l'alcôve. Le large orque n'était nulle part en vue.

Ils se tournent les uns contre les autres aussi facilement que contre un nouveau-né.

Les paroles de Mablang résonnèrent soudain à ses oreilles, et Bilbon dit d'un ton hésitant :

« Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?

- T'emmener à notre Maître, le Seigneur Noir, dit l'orque avec un grand sourire. »

Ses dents étaient noires et brillantes de crasse, et Bilbon frissonna de dégoût.

« Il te fera parler, bien assez tôt.

- Et mes affaires ? demanda-t-il, incapable de se retenir. »

L'orque se mit à rire.

« J'vais en garder certaines pour moi. Z'ont pas toutes besoin d'aller au Seigneur, et qu'est-ce qu'il f'rait du butin, detoute façon ? »

L'Anneau nefut pasmentionné. Bilbon inspira etsentit ses poumons brûler.

« Eh bien, je suis content d'avoir mangé avant que vous me capturiez, alors, dit-il. »

Au mot 'mangé', l'orque perdit soudain son sourire et se pencha en avant. Bilbon déglutit et continua aussi naturellement que possible.

« Quel repas délicieux, meilleur que le gruau que vous m'avez donné pendant le voyage. »

Le pire gruau qui soit, et il l'avait seulement avalé pour garder des forces. Il était presque reconnaissant d'avoir été inconscient la plupart du temps, s'épargnant de devoir en manger plus de deux fois.

« De la sauce et de la viande, hmmm. Délicieux. »

L'orque avait l'air de baver. Encouragé, Bilbon poursuivit.

« Je ne me souviens pas du type de viande, mais elle était fraîche, comme achetée au marché le jour même. Qu'est-ce que je donnerais pas pour de la viande... fraîche... juteuse. »

L'orque s'avança lentement vers lui, et Bilbon faillit lâcher la menotte de sa main libre tandis que son cœur commençait à tambouriner. Faillit. Il ne s'enfuirait jamais s'il faisait ça, cela dit. Pas quand l'orque le regardait comme un festin rare. Il déglutit et essaya de ne pas se pencher en arrière ?

« Je suppose que vous n'avez pas de viande fraîche par ici, n'est-ce pas ? »

L'orque grogna et se pencha en avant, montrant les dents, et Bilbon ferma les yeux.

« Ne me mangez pas ! cria-t-il aussi fort qu'il put. »

Tout ce qu'il ressentit fut la respiration chaude dans son cou, puis l'orque fut tiré en arrière.

« Je t'avais prévenu ! rugit le grand orque. »

Il donna un coup de poing qui poussa le petit orque à tirer une larme tordue. Bilbon entendait le fracas du métal et les grognements de la bataille tandisqu'il tirait sur son autre poignet. Il saignait, il le savait, et en tirant fort il se libéra enfin. Il tomba au sol, incapable de rester debout. Le combat continuait toujours.

Avec hésitation il passa la tête hors de l'alcôve. C'était une pièce circulaire, large et pleine d'autres orques qu'il n'avait pas entendus. Des escaliers dans le coin opposé contenaient encore d'autres orques qui venaient se joindre à la mêlée. Le mur à sa droite était vide, et Bilbon commença lentement à le contourner. Une table n'était pas loin, et il y trouva toutes ses affaires juste devant lui. La chaîne avec l'Anneau et les perles, il la passa rapidement sur sa tête, et il essaya d'ignorer à quel point ça faisait du bien d'avoir de nouveau l'Anneau à sa place. Son épée et la fiole étaient là aussi, et sa chemise, de même que le bouton de son manteau. Quand le tissu sembla bizarre contre sa peau, il réalisa qu'il lui manquait quelque chose. La cotte de mithril. Mais il ne restait rien sur la table.

L'orque l'avait prise. Et son sac avait disparu. Bilbon essaya de chercher dans la pièce, mais il était introuvable. Le combat commençait à devenir mortel, et deux corps tombèrent au sol. S'ils le trouvaient maintenant, il était mort. Il rampa vers les escaliers et commença à descendre.

Il ne respira pas avant d'être sorti du bâtiment. De l'extérieur, ça ressemblait à une tour, et il entendait encore le combat à travers les fenêtres ouvertes plus haut. Il se frotta les poignets et frissonna.

Puis il se figea. Ses poignets. Ses poignets nus. Le tissu brodé avait disparu.

La broche. La cotte de mithril. Le morceau brodé de son manteau, la dernière chose qu'il lui restait de Thorin, et ils avaient tous disparu. Cela suffit à le faire tomber à genoux, et il faillit pleurer. Il ne restait rien de Thorin, désormais. Rien qu'un souvenir de ses yeux bleus vif, sa barbe noire, son sourire content-

Des yeux en colère, rageurs, des mains le secouant par-dessus le mur, des rugissements de fureur, juste une babiole et rien de plus.

Bilbon chassa le souvenir, une main sur sa tête. Il devait continuer d'avancer. Ils ne tarderaient pas à découvrir qu'il avait disparu. Il sentait encore la respiration de l'orque sur son cou, sentait leursmains l'agripper, le frapper, le pousser au sol, et des larmes lui montèrent aux yeux. Il voulait être à la maison, il voulait être à la maison.

Il se força à se relever et serra les dents. Il ne pouvait pas s'arrêter maintenant, il ne pouvait pas vaciller maintenant. Il essaya de regarder autour de lui à travers ses larmes. Là, le Mont du Destin. Plus proche maintenant qu'il ne l'avait jamais été, et il était presque à sa porte. Ils l'avaient emmené plus près, alors. Pas plus loin. C'était une bénédiction, n'est-ce pas ?

Il toussa, une toux longue et terrible qu'il essaya de couvrir de ses mains. Ellesemblait tellement forte, et soudain Bilbon fut terrifié. Il leur avait à peine échappé, ainsi qu'à la mort qu'ils avaient prévu pour lui, et maintenant, maintenant ses poumons décidaient de se rebeller contre lui comme ils l'avaient fait dans les Montagnes Blanches avec tant de volume ?

Il ne regarda pas en arrière : il se mit juste à courir. Et il savait qu'ils seraient juste derrière lui.

Le Mont du Destin, il était presque au Mont du Destin, il pouvait monter, il pouvait faire ça.

Il posa un pied déchiré devantl'autre et continua de courir avec une énergie qu'il n'avait pas. Il devait avancer. Si vous ne pouvez pas faire cela, personne ne le peut.

Derrière lui, les cris des orques se firent plus forts.

Il pressa le pas.