Providence


Chapitre 28 : It's time to speak out


A écouter pendant la lecture Charlotte Gainsbourg Time Of The Assassin http:/www point deezer point com/listen-4733910

Ianto rejoignit la cuisine, il était cinq heures du matin, tout était calme. En passant dans le salon, il ajouta quelques bûches au feu central qu'il regarda crépiter quelques instants. S'il ne bougeait pas, il allait s'endormir sur place, il continua son chemin vers la cuisine.
Il commença par préparer un café, un peu corsé, il en avait besoin … il était matinal mais pas à ce point-là. Jack en aurait besoin, il comptait bien lui extirper ses soucis. Lui se sentait étonnamment bien, encore un peu endormi mais apaisé … heureux. Il expérimentait ce sentiment, cela faisait si longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Il repensa à la soirée et à leurs ébats … cela avait été vraiment exceptionnel mais avec Jack, ça l'était toujours. En repensant à tout ce qu'ils avaient fait, il se sentait à nouveau vigoureux … il posa un coude sur le plan de travail en regardant couler le café. Hypnotisé, il finit par s'endormir.
Il se réveilla en sursaut quelques minutes après, il avait failli tomber. Il se passa un peu d'eau froide sur le visage et décida de prendre en vitesse une douche. Propre et définitivement réveillé, il sortit différents mets du cellier, il restait une profusion de nourriture. Il choisit du sucré, ce qui lui semblait le mieux convenir à un petit déjeuner. Il garnit un plateau et retourna à pas de loups dans la chambre.

Jack l'attendait accoudé à la fenêtre, Ianto capta son regard avant qu'il ne cache ses émotions sous son masque habituel. Il sourit en voyant le plateau coloré et s'installa dans le lit en l'attendant mais Ianto ne bougea pas.
« Ok … ce sont les miettes dans le lit ? » dit-il d'une voix légèrement agacée.
« Oui … mais je suppose que de toute façon, il faut changer les draps avec ce que nous avons fait cette nuit ... »
Il posa le plateau sur le lit et s'assit en face de Jack qui lui souriait, son magnifique sourire auquel personne ne pouvait résister surtout pas lui. Ianto se laissa entraîner par ce sourire en le détaillant. Il n'avait pas pris la peine de s'habiller, il était en sous vêtements et il eut soudainement envie de lui sauter dessus ... une véritable invitation à la débauche et le regarder manger n'allait pas arranger les choses.

Jack lui lança un regard grivois tandis qu'il se léchait les doigts après avoir mangé salement une tarte. Il avait menti en disant qu'il avait des manières atroces au lit, en revanche il était vrai qu'il mangeait sans aucune manière. Ianto se dit que ça n'allait pas vraiment être facile de parler. Il le revoyait léchant chaque parcelle de son corps, s'attardant autour de son sexe sans jamais le toucher … il l'avait supplié jusqu'à ce qu'il le prenne en bouche, qu'il enferme son sexe dans la chaleur de sa bouche … et cela avait été si bon … il l'avait sucé fort et doucement sans jamais cesser ses caresses, sa langue avait joué avec son sexe l'emmenant lentement vers la délivrance … mais cela n'avait été que le début de leurs jeux. Un smack ! le tira de ses pensées, Jack avait consciencieusement terminé de nettoyer ses doigts et le regardait avec des yeux remplis de désir. Un coup d'œil sur son boxer lui indiqua qu'il avait le même genre de pensées que lui. Eh merde se dit-il, à ce jeu là je serais toujours perdant. Il s'approcha du Capitaine qui n'avait pas bougé et lentement descendit son boxer pour révéler son sexe déjà fièrement dressé, qui clairement réclamait son attention. Ianto embrassa Jack furieusement laissant s'exprimer son désir, il avait envie de lui faire subir les mêmes outrages ...

Ils finirent leur petit déjeuner nus, se faisant manger l'un l'autre … amusant mais pas du tout ce qu'avait Ianto en tête.
« Satisfait du barista Capitaine ? »
« Absolument, tu es engagé sur mon vaisseau. »
« Notre vaisseau » rappela Ianto feignant l'irritation.
« Tu ne sais même pas piloter. »
« Apprends-moi. »
« Yeah » fit-il en déposant un baiser sur ses lèvres, « ça et des tas d'autres choses. »
« Prétentieux. »
« Rabat-joie. »
Ianto se cala dans ses bras poussant le plateau un peu plus loin. Il pensait avoir apporté beaucoup de nourriture mais finalement ils avaient tout mangé.
« Jack … est-ce que tu vas me dire ce qui ne va pas ? »
« Nah … je peux gérer ça, seul. »
Ianto se redressa pour le regarder dans les yeux et le Capitaine se sentit chavirer. Il aimait par-dessus tout ses yeux bleu-gris, profonds … et ceux-là l'imploraient avec une telle intensité …
Ianto lui laissa sentir sa déception. Est-ce que rien n'avait changé depuis les 456 ? se demanda-il. Quand ça fait vraiment mal ou que ça ne me concerne pas directement, il ne me dit rien. Exactement comme quand Frobisher avait enlevé sa famille …
« Je peux aider … je sais ce dont tu as besoin. Est-ce que je ne l'ai pas toujours su ? »
« Je suppose oui … mais ce n'est pas pour cette raison que … je suis un monstre Ianto et quand tu sauras à quel point tu me quitteras » finit-il par dire les yeux remplis de larmes, baissant sa garde.
Soudain, une boule s'était formée dans sa gorge et il avait envie de pleurer. Il fallait qu'il se reprenne.

Ianto ne le quitta pas des yeux pourtant l'entendre parler de monstre le renvoyait douloureusement à ses propres paroles.
Il posa sa tête sur son torse, toucher sa peau, respirer son odeur … il l'aimait tellement, il voulait l'aider.
« Comment peux-tu dire une chose pareille … je t'aime … je te connais. Comme tu me connais. Je suis le même Ianto qui a caché un cyberman et t'a trahi. Ce que tu me diras ne changera jamais ce que je pense de toi. Je suis certain de cela. »
« Je … je pensais à Steven et à ma fille. »
« Tu ne m'as pas expliqué ce qui s'est passé. »
Jack lui expliqua en détail les événements qui s'étaient déroulés après sa mort. Comment Gwen était repartie à Cardiff et qu'il lui avait demandé de s'occuper de ses neveux. Son arrestation, celle de Loïs et bien sûr le sacrifice de Steven sous les yeux de sa fille.
Ianto le serra fort dans ses bras tandis qu'il lui racontait tout en pleurant. Il sanglotait dans ses bras sans arriver à se maîtriser. Comment ais-je pu envoyer un enfant ainsi à la mort ? C'est monstrueux et même si cela a sauvé dix pour cent des enfants de la planète, j'ai tué Steven et envoyé douze autres enfants en enfer pensa le Capitaine avec horreur pour lui et pour Ianto qu'il avait laissé pénétrer son esprit.

Celui-ci le tenait serré, projetant ses sentiments, chantant une berceuse en gallois … je la connais se dit le Capitaine en fouillant sa mémoire, c'est la même que celle qu'il m'a chantée quand je lui ai raconté l'année qui n'a pas eu lieu. Il s'était effondré après son retour du Valiant en lui racontant tout. Ianto n'avait rien dit, il avait pleuré avec lui puis s'était offusqué des paroles du Docteur arguant qu'il n'y avait rien de mauvais en lui et que le Docteur s'était trompé. Il n'en avait pas démordu du haut de ses vingt-cinq ans et Jack au milieu de ses larmes avait fini par rire. Il l'avait libéré de ces paroles qui lui collaient à la peau, qu'il portait comme un fardeau.

« Tu n'aurais pas dû être seul, Gwen ou moi aurions dû être là avec toi » finit par murmurer Ianto.
« Ça n'aurait rien changé … »
« Nous aurions pris la décision ensemble, nous t'aurions soutenu. C'est triste Jack, je suis désolé … il en fallait un … tu as sacrifié ta famille pour sauver tous les autres … cela fait de toi le héros de l'histoire. »
« Non ! Le salaud de l'histoire. »
« Bien sûr que non, je te suis immensément reconnaissant, tu as sauvé mes neveux. Pense aux parents qui allaient perdre leurs enfants, pense aux enfants que tu as sauvés de cet odieux esclavage … sa mort n'a pas été inutile, il fallait prendre cette décision, celle que les autres n'arrivent pas à prendre. Mais c'est ça Torchwood n'est-ce pas ? C'est ce que nous faisions, tout le temps. Dans l'ombre, pour la nation, tous ces sacrifices … Je ne suis pas comme Gwen qui voyait toujours en toi le héros, mais ce jour là tu as sauvé les enfants de la terre, tu es le héros. Je suis certain que ta fille finira aussi par le voir avec le temps. Tu n'es pas un monstre, certainement pas. Je ne te laisserais jamais le penser. Tu as tellement de qualités … »
« Des qualités ? »
« A la pêche aux compliments, Capitaine ? »
« Boost ego » fit-il en reniflant.
Les larmes s'étaient arrêtées.
« Okay, tu le mérites. D'habitude c'est le boulot de Gwen mais je veux bien m'y coller » fit Ianto sarcastiquement.
« Je ne savais pas que tu voyais Gwen comme ça, mais je suppose que c'est juste … »
« Je passe vite sur ce qui est visible par tout le monde, beau, charismatique, bien foutu en particulier tu as de belles fesses … »
« fermes » ajouta le Capitaine avec l'ombre d'un sourire.
« Oh oui, ça je sais ! Et tout le monde le voit, je crois que ça n'échappe à personne. Ce que les autres ne peuvent pas deviner c'est à quel point tu peux aimer et te sacrifier pour une personne ou une cause … tu fais passer la vie des autres avant la tienne … tu es fort, rusé et loyal, un leader, mon mentor … et je t'aime tellement … »
« Plus que Lisa ? »
Ianto leva un sourcil, il ne s'attendait pas à cette question.
« Oui ... beaucoup plus que Lisa mais pourquoi … »

Jack le fit taire en attrapant ses lèvres, il avait mis des mots sur les émotions qu'il projetait et il savait qu'il était sincère. Il savait à quel point s'était difficile pour lui d'en parler, il mesurait l'effort qu'il faisait, il lui en coûterait tout autant. Au fond de lui il avait cette lueur d'espoir … il n'osait y penser, est-ce qu'Alice réaliserait un jour à quel point il n'avait pas eu le choix ? Ce moment avait été tellement effroyable pour eux, il ne savait pas si elle le surmonterait.
« Fais-lui confiance … » murmura Ianto, « on a tous du sang sur les mains mais tu as fait ce qu'il fallait, aussi horrible soit-il. »
Jack prit une profonde inspiration en fermant les yeux. Il resta ainsi un moment profitant égoïstement des bienfaits de son amant. Quand il ouvrit les yeux, le soleil se levait et la chambre baignait dans la lumière des premiers rayons de soleil enveloppant leur corps d'une aura d'or. Il se laissait bercer par l'amour que Ianto lui portait, cet amour qui rendait chaque objet et chaque instant plus beau et qui pansait des blessures qu'il pensait à jamais ouvertes.