Chapitre vingt-huit

- Alors ? Et vous ? Comment ça va ? Demanda-t-il en s'asseyant à ses côtés dans le canapé.

- Je vais bien.

- Plus de douleur ?

- Non.

- Les effets du décontractant se sont estompés ?

- Oui, vous pouvez être rassuré, je ne vais pas m'écrouler de rire sur votre canapé.

- Qu'en savez-vous ? Je suis quelqu'un de très drôle !

- On ne peut pas dire que vous m'ayez beaucoup fait rire ces derniers temps, rétorqua-t-elle avec une honnêteté qui la surprenait.

- … oui… Euh… j'ai cru comprendre que votre humeur n'était pas des meilleures… répondit-il en se souvenant des paroles des gars.

Elle ne répondit pas, se contentant de prendre une gorgée de son verre de vin pour éviter ce sujet épineux.

- Je peux vous poser une question ? Demanda-t-il après réflexion.

- Allez-y, mais je ne vous garantis pas que je vais y répondre ! Le taquina-t-elle.

- … C'est votre droit, accepta-t-il un brin déçu. Voilà, c'est à propos du jour où j'ai fait ma petite fête de départ au poste…

- Oh ! Se contenta-t-elle de répondre peu désireuse de repenser à ce soir-là et à l'immense déception qu'elle avait ressentie.

- Voilà... Euh, ça fait plusieurs fois que j'y repense et j'ai à chaque fois un peu plus l'impression que vous ne n'aviez pas demandé à me parler en privé uniquement pour me souhaiter de bonnes vacances… Est-ce que je me trompe ?

- Oh…Euh… Bafouilla-t-elle en rougissant et en se pinçant les lèvres… ça n'était pas important !

- J'avais raison donc, conclut-il face à sa réaction. Qu'est-ce que vous aviez l'intention de me dire ?

- Euh… Rien ! … ça n'a plus d'importance !

- Laissez-moi en juger, insista-t-il d'une voix douce. Vous disiez que vous n'étiez pas le genre de personne qu'on cerne facilement parce que, vous aviez tendance à garder ce que vous ressentiez pour vous.

- Vous vous souvenez de ça ? S'étonna-t-elle.

- Je n'oublie rien de ce que vous me dites, sourit-il avec cet air charmeur auquel elle ne restait jamais insensible. Vous vouliez que je sache que l'année que nous venions de passer à travailler côte à côte, avait vraiment été très agréable… D'ailleurs, j'ai moi-aussi particulièrement apprécié cette année ! Alors, Beckett, qu'est-ce que vous essayiez de me dire ?

- Rien ! Ça n'a plus d'importance maintenant ! Souffla-t-elle en plongeant son regard dans la contemplation de son verre de vin.

- Pourquoi mentez-vous ? Se fâcha-t-il légèrement.

- Pourquoi vous voulez savoir ça ? Pourquoi êtes-vous revenu ici, s'énerva-t-elle à son tour.

- Je suis chez moi ici ! Où voudriez-vous que je sois ? rétorqua-t-il en haussant la voix à son tour.

- Avec Gina ! Elle est blessée ! Votre place est à ses côtés !

- Ma place est ici ! S'emporta-t-il.

- POURQUOI? Cria-t-elle en se levant du canapé.

- J'ai rompu avec Gina ! Eclata-t-il en se dressant face à elle.

- Oh ! dit-elle alors que sa colère retombait aussitôt comme un soufflé raté. Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Elle a rompu à cause de l'accident ? Ou alors c'est parce qu'on vous a dérangé ? … Je pourrais peut-être lui parler, réfléchit-elle à voix haute, lui dire que ça n'était pas de votre faute, qu'on va trouver une autre planque…

- Non mais ce n'est pas bientôt fini ? S'agaça-t-il en l'attrapant par le poignet, vous le faites exprès ou quoi ?

- Pardon ?

- J'ai rompu avec Gina ! Répéta-t-il en accentuant les premiers mots.

- Vous… ? Pourquoi ?

- J'ai commis une erreur en proposant à Gina de partir en vacances avec moi pour essayer de recoller des morceaux qui ne vont même plus ensemble, expliqua-t-il en plongeant son regard dans le sien.

Elle resta un instant silencieuse, noyant son regard dans l'océan de celui de l'écrivain.

- Pourquoi ? Murmura-t-elle.

- Quoi ?

- Pourquoi l'avez-vous invitée ?

- Par dépit. Je venais de vous entendre accepter l'invitation de Demming pour le week-end, alors que vous aviez décliné la mienne. J'étais déçu, énervé même ! Alors j'ai fait n'importe quoi, avoua-t-il.

- Oh ! Se contenta-t-elle de dire en baissant la tête.

Elle n'avait décidément à s'en prendre qu'à elle-même pour ce fiasco.

- Vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous vouliez me dire ce soir-là ! Lui rappela-t-il en prenant délicatement son menton pour lui faire relever la tête.

- Je…

Elle déglutit pour se donner le courage qui lui manquait.

- Je voulais vous dire que j'avais changé d'avis…

- Pour le week-end ? Ou…

- Pour les deux, avoua-t-elle. Je voulais accepter votre invitation pour le week-end et…

- Et ? Répéta-t-il plein d'espoir.

- Et nous donner une chance, souffla-t-elle. Je venais de rompre avec Demming pour nous laisser une chance…

- BON SANG ! S'écria-t-il si fort qu'elle sursauta.

- Oubliez ! S'empressa-t-elle de dire craignant l'avoir mis en colère. Je n'aurais jamais dü vous…

- SURTOUT PAS ! La coupa-t-il avant qu'elle ne dise quelque chose qu'ils regretteraient tous les deux.

- Mais vous…

- J'allais me traiter d'idiot ! J'ai réagi comme le dernier des idiots, expliqua-t-il en la regardant droit dans les yeux.

Elle sourit.

- On est deux idiots… Demming… c'était le choix de la raison, avoua-t-elle. Mon cœur me criait un tout autre choix.

- Je peux savoir lequel ? Demanda-t-il avec un petit sourire.

- Toi, répondit-elle en approchant ses lèvres des siennes.

Lentement, délicatement, savourant les quelques secondes qui les séparaient du moment où leurs lèvres se rencontreraient, lisant chacun dans le regard de l'autre le désir qu'il ressentait, ils comblèrent la distance entre eux.

Leur baiser fut d'abord doux, tendre, délicat, sucré, un peu timide. Ils se séparèrent et échangèrent un regard, un sourire, puis reprirent leur baiser, plus fougueusement, cette fois. Leurs langues se joignant à la danse, puis leurs mains. Elle enroula ses bras autour du cou de Rick, pressant son corps contre le sien autant que possible. Il posa ses mains sur ses hanches, les laissant dériver vers son joli postérieur. Leurs gémissements démontraient parfaitement le désir qu'ils avaient jusque-là refoulé et qui refaisait maintenant surface.

- Maman ! J'ai soif ! Fit la voix endormie de Cosmo derrière eux.

Beckett se décolla aussitôt de Castle et se précipita vers les escaliers au bas desquels se tenait le petit garçon.

- Viens dans la cuisine, je vais te servir un verre d'eau, dit-elle en le prenant par la main.

Il avait l'air complètement endormi. Elle s'en réjouit intérieurement. Quelques minutes plus tard et ils se seraient retrouvés dans une situation plutôt embarrassante.

- Vous alliez faire quoi ? Demanda alors Cosmo sans détour comme à son habitude.

Oups, finalement la situation était déjà embarrassante.

- Rien, rien ! On discutait, c'est tout, répondit-elle rougissante.

- Ah, se réjouit-il en se tournant vers Rick. Tu vois papa, j'avais raison: il suffisait de lui dire que tu l'aimais !

Rick lui sourit en hochant légèrement la tête, avant de murmurer dans un soupir :

- Pfff ! Notre relation commence à peine et on est déjà interrompu par notre gosse...

Alexis et son père retenaient leur souffle depuis plusieurs minutes, les yeux fixés sur le bidule de Doyle. Rick avait rapidement appuyé sur le bouton « R » avant d'avoir le temps de réfléchir et de se dire qu'il s'agissait là d'une mauvaise idée.

Mais il ne s'était rien passé. Ils étaient restés silencieux, espérant que le machin finisse par se mettre en route, cependant, les minutes passaient et ils devaient se rendre à l'évidence, ça n'avait pas fonctionné.

Rick lâcha le souffle qu'il retenait et ses épaules s'affaissèrent. Alexis lui frotta doucement le dos. Elle retenait difficilement ses larmes. Son père avait été tellement persuadé que ça fonctionnerait…

- On va le retrouver, murmura-t-elle. Je te promets qu'on va le retrouver.

Il se contenta de hocher la tête, le regard perdu.

- On va reprendre tout depuis le début, continua Alexis. On a dû louper quelque chose. Tu veux m'accompagner au poste demain ?

- Chérie, souffla-t-il, je te remercie pour ce que tu essayes de faire, mais…

- Pas de ça papa ! Le coupa-t-elle. On va le retrouver ! Il suffit de trouver tous les morceaux de l'histoire et de les réassembler !

- Tu as raison, répondit-il en esquissant un début de sourire. C'était une mauvaise piste, c'est tout ! Ce Doyle avait tout du charlatan, quand j'y repense.

- Bien ! J'aime mieux ça, se réjouit-elle. Au travail !

Elle avait à peine prononcé cette phrase, que trois coups frappés contre la porte d'entrée se firent entendre.

- Tu attendais quelqu'un ? S'étonna-t-elle.

- Non. Pas que je me souvienne… C'est peut-être ta grand-mère…

- Grand-mère habite ici, elle ne frapperait pas, elle a les clés, répondit-elle en se dirigeant vers la porte pour l'ouvrir.

- Euh, tu devrais peut-être sortir ton arme ! Conseilla-t-il en lui emboitant le pas.

Elle hocha la tête, sortit son arme et posa la main sur la poignée de la porte. Ils échangèrent un regard pour se mettre d'accord et elle ouvrit.

Rick se figea en découvrant l'identité de leur mystérieux visiteur.