Moi, de retour pour vous jouer un mauvais tour ? Point du tout, je débarque avec un nouveau chapitre, extrêmement important pour moi et pour l'histoire, et dont l'une des scènes est la toute première que j'ai eue en tête, il y a des années, en imaginant cette histoire. Pression, donc.
Il me semblait symboliquement important de vous le poster comme cadeau de Noël, puisque le timing s'y prête. J'espère vraiment qu'il vous le plaira (sinon, je risque de pleurer un peu).
Je sais que certains d'entre vous attendent encore des réponses à leurs reviews : je ne vous ai point oubliés, j'ai seulement beaucoup de retard. Mais n'arrêtez pas de m'en écrire, par pitié, c'est aussi ce qui me motive à terminer cette histoire qui a encore de nombreux chapitres à connaître :) Je vous réponds incessamment sous peu, c'est juste que j'essaie de vous répondre toujours dans le détail, et pour ça, il faut du temps !
En attendant, merci à Blablabla pour sa review : ne t'en fais pour l'originalité du pseudo, tes remarques elles, sont justes un plaisir à lire. Je suis très heureuse que le développement des personnages te plaise autant, c'est justement leurs faiblesses qui m'intéressent, et ça me touche que tu le remarques. J'espère que cette petite dose suffira à apaiser ta boulimie de lecture.
Merci aussi à la fidèle Ewylyn : encore une fois, merci pour ces remarques sur l'évolution des personnages (ce n'est pas toujours évident d'écrire sur ces petits adolescents compliqués), et je suis vraiment heureuse que tu aimes la relation complexe entre Iris et Sirius. Moi aussi, je la trouve assez jolie, et j'espère que tu l'aimeras encore après ce chapitre.
Flamres, merci et j'espère que cette petite dose de Iris et les autres te plaira encore, c'est toujours un plaisir de te voir par ici ! :)
Bonne lecture à vous !
Chapitre 29
La fierté de l'hippogriffe
BORDEL DE MERDE IRIS QU'EST-CE QUI T'A PRIS ? T'ES DEVENUE COMPLÈTEMENT CONNE DEPUIS CET ÉTÉ ?
Clignant des yeux, Iris reposa prudemment son verre de jus d'orange pour continuer la lecture de sa lettre. Elle pouvait s'estimer chanceuse que Chelsea soit moldue et ne connaisse pas le principe des Beuglantes.
Tout raconter à ta mère ! A propos de Sheffield, et de tout le reste ! Et en m'entraînant dans ta chute avec toi en plus ! Tu te doutais pas qu'elle allait tout balancer à la mienne aussi ? Comme si c'était déjà pas assez pourri de vivre ici sans avoir d'amis, il faut que t'arrives, à distance, à me faire priver de sortie. La seule personne que je peux voir, c'est Christopher au lycée, mais figure-toi qu'il est amoureux, alors maintenant, à part parler aux miroirs... Franchement, tu réfléchis des fois avant de faire des trucs aussi cons ? T'as intérêt à avoir une excellente explication. Et ça t'as pas effleuré l'esprit de me prévenir, pour que je puisse rattraper le coup ?
Donc, sinon, ma vie est pourrie, surtout que ma mère ne s'entend plus avec mon beau-père, et qu'apparemment c'est à cause de moi et de mon comportement de "petite délinquante". C'est surtout parce qu'il s'amuse à sauter la réceptionniste de son entreprise, mais bon, pour ce que ça change.
Je ne connaissais pas l'adresse de ton école et je tenais pas vraiment à donner ma lettre à ta mère comme d'habitude, mais Hector m'a proposé de la mettre avec son courrier quand je l'ai vu repartir de chez tes parents l'autre jour. C'est quand même un comble qu'en plus, tu sois sûrement scolarisée dans le seul pensionnat sans téléphone de tout le Royaume-Uni.
Si je pouvais avoir de tes nouvelles autrement que par ta mère venant prévenir la mienne "d'une mère à une autre" que je suis à la dérive, ça serait sympa.
— T'en fais une tête, lui dit Lily en se servant de la confiture.
— Chelsea. Ma mère a rendu une petite visite à la sienne.
— Oh. Bon, d'un autre côté, fallait se douter que ça allait arriver.
Iris lui jeta un regard noir et rangea la lettre de Chelsea dans sa poche d'uniforme, cherchant déjà à comment se faire pardonner. Elle aimait beaucoup Chelsea, et l'idée de l'avoir malgré elle privée des libertés qu'elle s'octroyait pour oublier sa situation familiale difficile la faisait se sentir affreusement coupable.
— Chelsea, c'est la voisine avec qui tu es devenue amie cet été, c'est ça ? demanda gentiment Orthia.
Depuis son retour, Orthia faisait beaucoup d'efforts pour discuter avec Iris comme si de rien n'était. Elles n'avaient pas reparlé du fait qu'Iris avait mis Mrs McGonagall sur la voie de l'agression d'Orthia, et cette dernière avait l'air de ne pas vouloir en parler. Iris aurait voulu s'expliquer, mais elle avait l'impression que ce n'était pas du tout ce que voulait Orthia, alors elle se gardait bien de forcer les choses.
— Oui, c'est ça.
— C'est elle qui est à l'origine de la nouvelle Iris, se moqua gentiment Lily.
— Il n'y a pas de nouvelle Iris.
— Dit-elle effrontément avec son bandeau dans les cheveux et sa jupe remontée bien plus haut que la longueur réglementaire.
Iris fronça les sourcils. Mal à l'aise, elle se mit à pousser les myrtilles dans son assiette du bout de sa cuillère. Elle n'aimait pas qu'on souligne les moindres changements dans sa vie. Ça la faisait se sentir ridicule. C'était vrai, Chelsea lui avait donné un peu confiance en elle, et l'avait aidée à oser se sentir à l'aise dans autre chose que dans ses éternels tee-shirts. Chelsea lui avait montré que oui, elle pouvait mettre une robe sans savoir l'air d'un Botruc de salon si elle ne laissait plus sa mère lui imposer ses robes de poupée. Iris avait découvert que oui, elle adorait les jeans, mais aussi les robes courtes, les jupes et les petits hauts qui flattaient ses épaules. Elle s'amusait avec sa nouvelle garde-robe, elle avait même modifié plusieurs de ses anciens vêtements. Chelsea disait qu'elle était plus rock, et que bientôt, elle n'aurait rien à envier à Nico, l'ex-chanteuse des Velvet Underground. Pourtant, Iris continuait de se battre avec la peur d'être ridicule. Elle n'aimait toujours pas se mettre en avant, ou trop changer. Ce n'était pas l'envie de demander à Orthia de lui apprendre à faire les traits d'eye-liner qui lui manquaient, pourtant.
— Tu sais que je dis ça comme un compliment, hein ? ajouta Lily.
Iris sourit et enchaîna en disant qu'elle espérait que Chelsea ne lui en voudrait pas trop longtemps. A la demande de Karen, elle leur raconta une nouvelle fois comment elle, Iris Leighton, s'était retrouvée dans une fête sponsorisée par la cocaïne après un concert de punk.
— Aux prochaines vacances, je viens chez toi. La prochaine fois que tu fais un truc dingue, je veux en être, assura Karen.
— Ma mère m'aura sûrement ligotée à mon lit, ça risque de pas être dingue, regretta Iris.
— Dis-toi que cet été, tu seras majeure et capable de transplaner. Ça va être dingue, assura Karen.
— J'ai tellement hâte, confia Mary. Transplaner... On pourra se voir tellement facilement !
— Ce sera exceptionnel, rêva Lily.
Mais avant de pouvoir goûter à la liberté offerte par la majorité et le transplanage, Iris et les autres durent se résoudre à aller en cours. Après un cours d'Histoire de la Magie particulièrement laborieux au cours duquel elle faillit s'endormir sur l'épaule d'Emeline, Iris prit la bonne résolution de se rendre à la biblitohèque : Lily avait encore un cours d'Etude des Runes, et si Iris faisait l'erreur de rejoindre la salle commune, elle allait tomber sur James dont la compagnie serait forcément plus agréable que celle de ses devoirs. Or, Iris avait pris beaucoup de retard, entre les nombreux soucis qu'elle avait en tête et ses virées nocturnes dans la Réserve de la Biblitohèque avec les garçons. Celles-ci, pour l'instant, n'avaient rien donné de plus.
Assise dans un coin tranquille de la bibliothèque, Iris entreprit donc d'avancer dans son devoir de Sortilèges. Après une dizaine de minutes de procrastination, elle réussit à mettre le pied à l'étrier et poussa même le sérieux jusqu'à aller chercher des informations supplémentaires dans la bibliographie indiquée par le professeur Flitwick en début d'année. Elle était en train de chercher le tome 2 de Sortilèges avancés quand la voix de Lydie Goldstein, assise juste derrière l'étagère avec ses amies, la détourna de sa dissertation.
— Je sais pas, je trouve pas ça normal qu'il soit exclu de tout comme ça.
— Ça va pas durer toute l'année, t'en fais pas, compatit Laura Branstone.
Toujours animée par la rancune à l'égard de la Serdaigle pour laquelle Garrick Davies l'avait délaissée, Iris n'était pas capable de ne pas trouver la voix de Laura autre chose que particulièrement horripilante, et leva les yeux au ciel. Même si son intérêt pour Garrick avait fondu comme neige au soleil depuis longtemps, elle avait toujours cette histoire en travers de la gorge.
— Peut-être, mais j'aurais bien aimé avoir un rendez-vous avec Sirius à Pré-au-Lard.
Iris s'empêcha de ricaner trop fort : Sirius Black ? Un rendez-vous amoureux ? A Pré-au-Lard ? Lydie pouvait se lever tôt pour que cela arrive un jour. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était une Bièraubeurre aux Trois Balais.
— Il se débrouille pour être souvent avec toi quand même, tempéra Elizabeth Quircke.
Iris n'avait pas beaucoup plus d'amitié pour Elizabeth, qu'elle avait entendue déclarer à une de ses amies que la Gryffondor était "plate comme du parchemin" dans les toilettes des filles.
— Super, il se débrouille. Heureusement qu'il est fâché avec la moitié de sa maison, sinon, avec toutes ses retenues, tu peux être sûre que je le verrais jamais. Il a même pas le droit d'assister aux matchs de Quidditch ! J'aurais bien aimé y aller avec lui, samedi. Et depuis que ses soi-disant copains l'ont fait transférer de chambre, et même ostracisé de leur salle commune, on peut pas vraiment se poser tranquillement quelque part. Il a toujours un prof sur le dos en plus, quand c'est pas Rusard.
— Pour se "poser" tu parles... chuchota Laura d'une voix qu'elle voulait sans doute un peu coquine.
— Arrête, s'agaça Lydie.
— Roh, ce que tu peux être susceptible. On y peut rien nous, si ton mec est le repris de justice de l'école. D'un autre côté, tu t'attendais à quoi avec Black ? Franchement, je suis déjà étonnée de votre relation. Il a toujours été assez loin d'être le petit-ami parfait, mais il était carrément pas aussi prévenant envers Leighton.
— C'est clair. Après, Leighton, c'est une gamine dans sa relation aux mecs. Tu te souviens, au début ? Je suis sûr qu'il a dû attendre des mois avant d'avoir droit à autre chose qu'un pauvre bisou rapide sur les lèvres. Je sais pas ce qu'il lui trouvait, insista Elizabeth.
Iris était pétrifiée de colère et d'humiliation, les bras ballants, planquée derrière son étagère. De quel droit se permettaient-elles de juger sa relation avec Sirius ? Elles ne savaient rien du tout ! Est-ce qu'elles savaient, pour leur exploration surprise du château pour la Saint-Valentin ? Ou que Sirius lui disait qu'elle sentait la marmelade d'orange ? Elles n'avaient aucune idée de combien ils avaient été proches ! Ces filles ne savaient rien des rapports physiques qu'ils entretenaient ou n'entretenaient pas ! A moins que Sirius ait raconté des choses à Lydie ?
— C'est sûr que là-dessus, rien à voir avec sa copine Orthia, plaisanta Laura. Je sais pas comment elle fait, moi j'oserais pas montrer ma tête dans cette école. Franchement, faut vraiment rien à voir dans la tête pour baisser sa garde face à un type comme Arthur. On sort pas avec quelqu'un comme ça si on a peur d'aller jusqu'au bout.
— Oh arrêtez, vous savez très bien comment est Arthur. C'est un prédateur, trancha Lydie.
— Justement, elle aurait pas dû se lancer avec lui. Elle savait très bien dans quoi elle mettait les pieds, justifia Elizabeth. Et depuis quand tu défends Orthia Cartledge ? Tu trouves ça normal toi, qu'un mec se fasse virer de l'école parce que sa copine sait pas tenir l'alcool ? Il pourrait finir à Azkaban !
Iris serra les mâchoires. Bien sûr que ce sale type pouvait finir à Azkaban. Peut-être qu'il pourrait y prendre quelques minutes sur le fait de réfléchir avant de violer les filles ? Les choses s'annonçaient mal pour lui, et Iris en était très heureuse. Orthia était assez discrète sur la manière dont se profilait les choses. Elle leur avait simplement dit qu'elle avait enchaîné les rendez-vous pendant son absence, et que ses grands-parents avaient voulu s'assurer qu'elle soit assez sereine pour la remettre à l'école. Orthia restait assez secrète sur le sujet, et Iris, malgré sa curiosité, avait décidé de le respecter : peut-être qu'elle ne disait rien en vue du procès, ou parce qu'elle ne voulait plus en parler ? Peu importait. Elle avait déjà poussé Orthia vers la vérité un peu malgré elle, alors il valait mieux la laisser respirer maintenant qu'elle était dans d'autres mains. Mais en revanche, elle allait intervenir et dire à ces idiotes sa façon de penser, quitte à ce qu'elles sachent qu'elle les espionnait, quand les paroles de Lydie la retinrent.
— J'étais pas dans cette chambre ce soir-là, et toi non plus. Orthia est une amie de Sirius, dit Lydie. C'est une des seules de son année à Gryffondor à lui parler encore, il s'inquiète beaucoup pour elle. Elle est très gentille comme fille, et je n'ai pas envie de dire du mal d'elle.
— Donc non seulement tu voies à peine ton mec, mais en plus il t'empêche d'avoir une opinion sur les gens ? Je pensais que ça valait plus le coup, de sortir avec Black, ironisa Elizabeth.
— Sans parler de la tête de déterré qu'il a la moitié du temps, ajouta Laura.
— A la limite, ça lui donne un petit air de chiot blessé plutôt mignon, dit Elizabeth.
— Tu parles, je préférerais qu'il arrête de déprimer. Il a déjà assez de problèmes pour que ses amis lui tournent le dos, soupira Elizabeth. Enfin, ils seraient déjà réconciliés si Leighton ne s'en mêlait pas.
Iris ouvrit la bouche comme un poisson hors de l'eau, outrée. Elle ne s'était mêlée de rien ! C'était facile pour Lydie de l'accuser, quand elle ne savait pas Sirius avait délibérément envoyé Rogue voir un Remus transformé en loup-garou !
— Elle monte ses copains contre lui, surtout James. Et James, il représente tout pour Sirius. C'est sa famille, regretta Lydie.
— Mais heureusement, il t'a toi, dit Laura.
— Ouais... Mais il est tellement déprimé, je vous jure, il m'inquiète. Je me suis même demandée s'il ne fallait pas en parler à McGonagall, ou à quelqu'un.
— Lui parler de quoi ? D'accord, il est pas trop bavard quand il est avec nous, mais d'un autre côté, je sais pas si on lui laisse vraiment le temps d'en placer une, plaisanta Elizabeth.
— C'est vrai qu'il est pas aussi joyeux et énergique qu'avant, mais bon, si je m'étais faite successivement jetée par ma famille puis par mes amis et que tous les profs me détestaient, je ferais une petite déprime aussi, ajouta Laura.
— C'est juste que des fois, il est complètement absent.
— C'est un mec, il est distrait, expliqua Laura.
— Non, c'est pas ça. J'aime pas ce que je vois dans ses yeux. Je crois qu'il ne va pas bien. Mais tous les profs l'ont pris en grippe. Apparemment, le professeur Leighton le laisse relativement tranquille mais bon, c'est le frère de son ex.
— Il est enseignant avant d'être le frère de Leighton, quand il est ici, contra Laura. Si ça t'inquiète tant que ça, tu devrais en parler à quelqu'un, tu n'as rien à y perdre et ça te rassurera.
Iris s'éloigna alors que la conversation changeait tout doucement de sujet. Elle se réinstalla, perturbée et incapable de reprendre son devoir de Sortilèges. Entre les propos effarants à l'égard d'Orthia qu'elle avait entendus, les jugements sur sa relation avec Sirius et les inquiétudes de Lydie à propos de ce dernier, c'était un peu trop à encaisser. Nerveusement, Iris tritura sa plume. Est-ce que Sirius allait si mal, pour que Lydie envisage d'en parler à un enseignant ? A cette idée, l'estomac d'Iris se contracta et elle se mordit les lèvres, essayant de penser à autre chose.
Malgré ses efforts pour se changer les idées, Iris fut vite rattrapée par ses inquiétudes. Elle eut beau essayer de les ignorer dans les jours qui suivirent, l'attitude de Sirius lui sautait désormais aux yeux comme un Éruptif dans un magasin de porcelaine.
— Et en parlant de chocs face à des créatures maléfiques, n'oubliez jamais le pouvoir du chocolat. Oui, du chocolat, ne me regardez pas avec ces yeux là, je ne suis pas encore fou, cela arrivera uniquement après mon cours avez les quatrième années tout à l'heure. Après une confrontation avec un Détraqueur par exemple, ce que je vous souhaite jamais, le chocolat sera le meilleur remède pour vous remettre d'aplomb. Mais cela vaut aussi pour toute rencontre avec une créature maléfique ou expérience magique traumatisante. Croyez-moi, rien ne vaut un carré de chocolat au caramel de chez Honeydukes après une rencontre avec un Kappa... Ou après une rupture amoureuse difficile.
La remarqua de Lionel déclencha plusieurs rires dans la classe. Le frère d'Iris avait un succès incroyable auprès des élèves, qui ne juraient que par lui dans les couloirs. Jamais un cours en commun avec la maison Serpentard n'avait été aussi calme, d'ailleurs.
— Chouette conseil, apprécia Remus en soulignant Détraqueurs = chocolat.
— Nous pratiquerons plus tard dans l'année les sortilèges de Défense face aux Détraqueurs, mais j'ai divagué, nous parlions des Inferi. Il est donc...
Lionel s'interrompit alors qu'un murmure amusé parcourait l'arrière de la classe. Iris se retourna et remarqua que Sirius, qui s'était mis sur le côté du dernier rang, à l'écart du groupe Gryffondor, s'était endormi. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Lionel, à l'inverse du professeur Slughorn qui l'avait tout simplement incendié, ne dit rien, invitant simplement d'un regard Karen, qui était la plus proche de lui, à le réveiller.
— Nous disions donc que l'Inferius était une créature dépourvue d'intelligence, qui...
Lionel fut interrompu par Sirius, qui malgré les précautions de Karen, bondit sur sa chaise en renversant son encrier. A nouveau tous les élèves, hormis chez Gryffondor, se mirent à rire. Sirius balbutia des excuses et commença à remettre de l'ordre, toujours sans une remarque de la part de Lionel. Iris sentit son estomac se tordre à nouveau. Sirius s'était excusé un peu trop facilement, et sans aucune insolence, ou aucun sourire goguenard. C'était vraiment étrange, de le voir aussi effacé. C'était vrai : Sirius ne faisait plus du tout parler de lui. Il ne défiait même plus James du regard. De toute façon, il regardait presque toujours le sol. Et quelque part, c'était bien moins un soulagement que ce qu'Iris avait imaginé, de ne plus entendre parler de Sirius Black.
— Mr Black, restez deux minutes, j'aimerais vous parler, dit Lionel à la fin du cours.
Iris, qui rangeait ses affaires, entendit Sirius expliquait qu'il avait cours de Métamorphose.
— Miss Evans préviendra que je vous ai retenu, et je vous ferais un mot si vous voulez. Vous suivez bien le cours de Métamorphose, Miss ? demanda Lionel à Lily.
Lily hocha la tête avant de sortir de la salle, Iris sur ses talons. Elle accompagna les autres élèves jusqu'à la salle du professeur McGonagall qui, apparemment de bonne humeur, ne pût s'empêcher de la houspiller gentiment en la voyant à sa porte.
— Miss Leighton, mettre le feu à ma salle de classe vous manquerait-il tant que cela ? Dois-je comprendre que l'absence des cours de Métamorphose dans votre quotidien vous ont fait comprendre à quel point vous les aimiez ?
Iris nia en riant alors que les derniers élèves du cours précédent sortaient de la classe, dont Simon. En le voyant, elle sentit encore une fois son estomac faire un bond, mais la sensation était toute autre que celle de l'inquiétude, et bien moins désagréable. Il s'approcha d'elle en souriant alors que Remus fermait la porte derrière lui.
— Tu n'as plus cours ? lui demanda Simon.
— Non, j'ai fini ma journée, sourit Iris. Ça ne se voit pas à mon visage serein et joyeux ?
— Je pensais que c'était parce que tu étais contente de me voir.
La plaisanterie fit à la fois sourire et rougir Iris, qui replaça nerveusement une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Simon et elle se parlaient tous les jours depuis quelques temps, et il ne manquait jamais une occasion de lui dire quelque chose de gentil ou de la faire rire. Elle aimait vraiment bien Simon.
— J'ai fini moi aussi, dit-il, rompant le silence gênant qui venait de s'installer.
— Du coup t'es serein et joyeux aussi.
— Voilà, rit Simon. Et puis faut pas se mentir, une heure de cours avec McGo, c'est toujours épuisant mentalement. Je ne suis que joie à l'idée d'aller m'effondrer dans mon lit.
— Chanceux... J'ai pris trop de retard, j'ai trop de boulot, il va falloir que j'aille à la bibliothèque.
— C'est pas de la chance, c'est de l'organisation, plaisanta Simon. Adieu l'air serein et joyeux, bonjour la tête pas contente.
Iris éclata de rire et continua à discuter plusieurs minutes avec Simon. C'était assez drôle, parce qu'ils s'éloignaient de plus en plus pour partir chacun de leur côté, mais finissaient par continuer de se parler quand même, sans vraiment faire exprès de se retenir.
— Si c'est pas mignon.
Iris sursauta presque en voyant Sirius dans le couloir. Les bras croisés, il s'était arrêté, les fixant comme si c'était la chose la plus drôle qu'il avait jamais vue. Il s'approcha de la porte avec un sourire moqueur et s'apprêta à toquer, sous les yeux fuyants de Iris.
— Ah non, mais vous dérangez pas pour moi, je fais que passer, dit-il avant de toquer et d'entrer dans la salle.
Iris sentit les larmes lui monter aux yeux sans savoir si c'était de colère ou de tristesse. Simon semblait hésiter de son côté entre la gêne et un certain agacement.
— C'est tendu entre vous, dit doucement Simon.
— Ouais, c'est le moins qu'on puisse dire.
— C'est dommage, vous vous entendiez bien avant. Même avant que vous sortiez ensemble, je veux dire.
Iris haussa les épaules. Elle ne savait pas trop quoi répondre à ça. Sirius semblait la détester depuis la rentrée, et maintenant qu'il avait fait et continuait de faire n'importe quoi, elle n'avait plus autant de mal à essayer de faire pareil. Pourtant, au fond d'elle, elle n'y arrivait pas complètement. Elle sentait bien qu'elle s'inquiétait encore pour lui. Ce qu'elle pouvait être bête, parfois.
— Tu vas voir le match samedi ? lui demanda-t-il.
— Oui, je rate jamais un match de Quidditch.
— C'est marrant, vu comme t'as toujours eu peur de voler, je t'imaginais pas fan de Quidditch.
— J'aime bien regarder, je trouve ça impressionnant et puis... L'ambiance dans les gradins, quand même.
— C'est vrai. Après, Poufsouffle-Serpentard, je sais pas si ça va être aussi fou que d'habitude. Il n'y a que nous pour avoir des slogans aussi géniaux.
Finalement, Iris n'alla pas réviser à la bibliothèque et accompagna Simon jusqu'à la salle commune, où ils continuèrent de parler, malgré les regards un peu moqueurs de Jeremy, l'un des amis du Gryffondor. Ils n'avaient jamais parlé aussi longtemps tous les deux, et Iris fut contente de constater qu'ils avaient beaucoup en commun.
— J'adore aller au cinéma, c'est génial ce truc, s'enthousiasma Simon.
— T'as vu quelque chose cet été ?
— Star Wars, forcément. J'ai transplané exprès cet été pour le revoir dans un cinéma qui le diffusait encore, j'avais les nerfs de l'avoir raté près de chez moi.
Ils étaient en train de discuter de la scène de la tête de cheval dans Le Parrain quand les derniers élèves qui avaient encore cours jusque là arrivèrent. En voyant Iris assise à côté de Simon, Lily marqua un temps d'arrêt avec un sourire stupide tout sauf discret.
— Je suis passée te chercher à la bibliothèque, dit la préfète en s'installant sur l'accoudoir à côté d'elle. Evidemment, tu n'y étais pas.
— Bah non, puisque j'étais là.
— Exactement. Ça va Simon ?
— Oui, on discute cinéma moldu avec Iris, expliqua-t-il.
— Oh, c'est sympa que ça t'intéresse. Je ne comprends pas pourquoi les sorciers ne se jettent pas plus dans les salles, surtout que tous les sorciers qui vont au cinéma une fois sont juste subjugués, dit Lily. Bon, je vous laisse, il faut que je révise pour le cours de Potions.
En partant, Lily fit un clin d'œil à Iris, qui se retint de justesse de ne pas lui envoyer un des oreilles du fauteuil en pleine tête. Mais avait-elle eu le temps de souffler que ce fut au tour de James de débarquer à côté d'eux, ses cheveux outrageusement décoiffés.
— Wow James, c'est pire que d'habitude, t'as mis les doigts dans une prise ? se moqua-t-elle.
— Une quoi ? Non, c'est juste que je me demandais combien je pouvais mesurer en plus avec les cheveux en lévitation comme ça, dit James en se recoiffant. Vous faites quoi ?
— Une tourte à la viande, ça se voit pas ? ironisa Iris.
James leva les yeux au ciel sous le rire de Simon, qui en profita pour demander au capitaine ce qu'il avait prévu pour l'entraînement de Quidditch du lendemain. La discussion permit à Iris de partir un peu dans ses pensées, et elle se perdit vite dans la contemplation du profil de Simon. Il avait un sourire très doux, et comme il souriait presque tout le temps, on pouvait en profiter souvent. Iris n'aimait pas les garçons avec les cheveux trop courts, parce qu'elle aimait s'imaginer pouvoir passer sa main dedans. Simon avait des cheveux châtain un peu ondulés, de ceux qui avaient tendance à appeler à y perdre ses doigts.
— Je vais quand même aller bosser un peu, je suis en retard en Botanique. On se voit plus tard ?
Iris hocha la tête avec un sourire qu'elle espérait un peu moins idiot qu'elle ne l'imaginait. James s'installa tout de suite à côté d'elle avec des yeux de chien battu.
— Quoi ?
— Tu peux pas me lâcher, Iris.
— De ?
— Je refuse d'être le seul célibataire et de me retrouver tout seul pendant que vous allez tous roucouler dans le château. T'es supposée être ma bouée de sauvetage en ces temps difficiles. Regarde, Remus est avec Maddie, Peter avec Emeline, et moi avec toi. Ou alors, tu m'arranges le coup avec Lily.
— T'es encore là-dessus ?
— Non, pas vraiment, j'ai compris le message. Mais je pense que ça pourrait être chouette, si ça arrivait. Mais bref, tu comptes te faire tous les Poursuiveurs de l'équipe ? Je te rappelle que je suis le prochain.
— T'es con.
XXXX
— T'es sûre que ça va aller ? T'as l'air au bout de ta vie.
Iris voulut répondre à Mary, mais elle fut prise d'une quinte de toux interminable et extrêmement douloureuse qui la fit renoncer. Courageusement, elle enroula une écharpe autour de son cou et essaya d'ignorer la sensation de feu dans sa gorge.
— A tous les coups, c'est une iristéite, s'inquiéta Lily.
— Ça va.
— Ça ressemble vachement à une iristéite, dit Karen en ouvrant la porte.
Iris grogna et descendit les escaliers en essayant d'ignorer les vertiges qui l'envahissaient. Elle avait cette chance de n'être pratiquement jamais malade. La plupart du temps, elle réussissait à éviter les virus en tout genre qui pouvaient contaminer le château. Mais lorsqu'elle était malade, Iris ne faisait pas les choses à moitié. C'était comme si son corps compensait. Comme cette fois, où elle avait fait une si forte bronchite en deuxième année que Mrs Pomfresh avait hésité à la faire transférer à Sainte-Mangouste. C'était toujours le même scénario : tout commençait par un petit rhume, et Iris finissait avec 40 de fièvre, une toux à réveiller les morts et une otite incroyablement douloureuse en prime. Les filles appelaient ça une "iristéite", parce que le phénomène lui était vraiment particulier.
— Peut-être que tu devrais aller voir Mrs Pomfresh, proposa Mary.
— Je veux voir le match.
— Tu viens de dire "Je beux boire le batch", lui fit remarquer Karen. En plus t'as les yeux rouges et tout gonflés.
— Ça commence à vraiment rafraîchir, et puis tu vas être trop mal au milieu du bruit et tout. C'est même pas un match de Gryffondor, essaya de la convaincre Lily.
— Mais c'est pas juste, je veux voir le match.
C'était un autre symptôme de l'iristéite permettant de la repérer ; lorsqu'elle était vraiment malade, Iris devenait sujette aux pleurnicheries. Tout lui semblait injuste, triste, trop froid ou trop chaud. Il fallait d'ailleurs faire preuve d'une patience infinie pour la supporter dans ces moments-là. Désespérée, Iris laissa tomber sa tête contre l'épaule de Lily.
— Oui alors je t'aime bien, mais pas de trop près, dit Lily en gardant à distance le tas de microbes qu'était Iris.
— J'aime bien voir les matchs de Quidditch.
— Je sais, je sais, se moqua Lily. Mais tu reconnaîtras que là, un petit tour par l'infirmerie s'impose... Allez viens, je t'accompagne, je rejoindrai les autres après.
— Si ça se trouve, une potion et tu te sentiras bien mieux, dit Karen en ajustant son bonnet aux couleurs de Poufsouffle.
En tant que petite-amie du gardien de l'équipe, Karen était extrêmement motivée pour supporter l'équipe qui allait jouer contre Serpentard, s'il fallait une motivation de plus pour voir les serpents perdre un match.
— Ah, Miss Leighton, laissez-moi deviner... soupira Mrs Pomfresh. Ma pauvre petite, les changements de saison, ça ne vous réussit jamais. Je n'ai jamais vu des rhumes aussi résistants que les vôtres.
— Je crois que j'ai de la fièvre, dit Iris alors que le sol lui paraissait onduler un peu sous les pieds.
— Oui, et ça se voit. Merci Miss Evans, allez profiter du match, je pense que Miss Leighton va passer un peu de temps ici.
Une fois bien au chaud sous les couvertures douillettes de l'infirmerie, et un peu soulagée par les potions de l'infirmière, Iris s'endormit un peu moins fiévreuse. Elle fit un rêve très curieux, dans lequel le calmar géant cherchait à tout prix à lui offrir des truites et les lui fourrer dans les poches avec ses tentacules glacées. Lorsqu'elle se réveilla, le nez bouché, la gorge en feu et les tempes douloureuses, elle mit un moment à se rappeler où elle était. Elle commençait à s'ennuyer quand elle vit arriver Lionel avec quelques magazines et un paquet de Chocogrenouilles sous le bras.
— Lily m'a prévenu pour l'iristéite, dit-il en s'asseyant sur la chaise à côté d'elle. Mrs Pomfresh ne veut personne à l'infirmerie, elle a déjà trop de monde à cause du match, mais comme je suis professeur et que les lois de l'infirmerie ne s'appliquent plus à moi, je me suis dit que j'allais t'amener de quoi te distraire.
— Je vais devoir rester ici cette nuit ? réussit à dire Iris malgré son mal de gorge.
— Franchement, si tu voyais ta tête, tu me poserais même pas la question. Mrs Pomfresh dit que t'as une angine carabinée et qu'il n'y a que toi pour transformer ça en un truc pareil. Serpentard a gagné, au fait.
Iris soupira et remonta les couvertures jusqu'à son menton. Elle avait froid et chaud à la fois, et c'était extrêmement désagréable comme sensation. Lionel installa un rapprocha un peu sa chaise du lit.
— Encore fâchée contre moi ? dit-il en prenant une Chocogrenouille dans le paquet.
— Pas la force.
— J'ai mis les points sur les i, avec Maman. Ça n'arrivera plus.
— Cool.
— Tu as eu des nouvelles ?
— Non, et j'en veux pas.
Lionel soupira mais n'insista pas, préférant lui parler du match. Il la fit s'étouffer de rire en lui racontant à quel point Mrs McGonagall était effrayante de passion pour le Quidditch, même quand ce n'était pas son équipe qui jouait. Au bout d'un moment, la conversation permet à Iris de penser suffisamment à autre chose que son mal de tête lancinant pour qu'elle puisse boire un peu de jus de citrouille et manger une Chocogrenouille.
— Daphné, tu la vois pour quelles raisons ? chuchota-t-elle.
— Je l'attendais cette question. J'ai été surpris que tu viennes pas me harceler plus tôt.
— Je sais qu'elle fait des recherches sur le cercle d'Empousa.
— Et comment tu sais ça ?
— Esprit de déduction. Une chercheuse et autrice grecque spécialisée dans l'histoire des femmes et leur rapport au monde magique...
Lionel hocha la tête. Il joua avec l'ourlet de sa manche un petit moment avant de lui répondre.
— C'est moi qui l'ai contactée. L'histoire l'a intriguée, et elle m'aide à y voir plus clair.
Iris hocha la tête à son tour. Elle savait que son frère ne lui en dirait pas plus. Et elle était fatiguée d'essayer de lui tirer les vers du nez pour ne rien obtenir, ou pour se fâcher avec lui. Parfois, elle se disait qu'elle ne connaissait pas son frère aussi bien qu'elle le pensait. Elle avait toujours pensé être un peu privilégiée dans la famille, qu'ils avaient cette relation spéciale, qu'ils se ressemblaient trop pour ne pas se comprendre mieux que les autres. Elle s'était toujours dit que sur certains points, elle connaissait mieux Lionel que Hector le connaissait. Mais maintenant, elle se disait souvent que Lionel n'avait plus envie qu'elle le comprenne.
— Vous avez l'air proches, dit-elle quand même.
A défaut d'avoir des révélations sur les recherches à propos du cercle d'Empousa, peut-être pouvait-elle au moins savoir si Lionel et Daphné étaient plus que des camarades de recherche.
— On a passé du temps ensemble pour essayer de comprendre tout ça.
Iris croisa les bras et sourit distraitement, comme si elle comprenait. Mais au fond d'elle, elle avait vraiment envie que son frère lui parle comme il le faisait avant. Il ne lui avait jamais caché ses relations.
— C'est le genre de fille qui te plaît, et elle avait l'air de vraiment bien te connaître, c'est pour ça que je demande.
— C'est une amie. C'est déjà bien, j'en ai pas eu des masses cette année.
— C'est bien, alors.
Ils discutèrent encore quelques minutes avant que Lionel ne s'éclipse. La conversation laissa à Iris un goût un peu amer. Encore une fois, si son frère et elle s'étaient réconciliés, elles avaient cette affreuse impression que leur relation n'était plus la même. Quelque chose s'était cassé, depuis son agression, et Iris ne savait plus comment s'y prendre avec lui. Il y avait ce malaise un peu persistant, ces non-dits un peu trop lourds pour être complètement ignorés. Iris essuya une larme et se servit un verre d'eau, épuisée.
Plus tard, une fois la plupart des élèves blessés lors du match arrangés, Mrs Pomfresh lui donna une nouvelle dose de Pimentine, supposée dégager ses sinus et ses bronches. Iris avait donc une drôle de fumée blanche mentholée qui lui sortait des narines et des oreilles : étant donnée comme cela la déconcentrait elle-même, elle se doutait qu'elle devait être drôle à voir. Elle avait cependant ouvert les rideaux autour de son lit, trouvant les allers-retours de Mrs Pomfresh dans l'infirmerie distrayants et apaisants. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser et s'apprêtait à demander à Mrs Pomfresh s'il était possible de lui donner quelque chose de plus fort quand elle vit Mrs McGonagall entrer avec Sirius dans l'infirmerie. L'espace d'un instant, elle se demanda si c'était la fièvre qui lui donnait des hallucinations, surtout en voyant l'état dans lequel était le Gryffondor. D'un ton sans appel, Mrs McGonagall ordonna à Sirius de s'installer sur un des lits.
— Miss Leighton, que vous arrive-t-il ? Installez-vous correctement Black, vous ne paierez pas de supplément pour utiliser l'oreiller.
Iris voulut parler mais aucun son ne sortit de sa gorge enrouée. A peine quelques lits plus loin, Sirius peinait à se redresser et Iris vit avec étonnement leur directrice de maison l'y aider avec une inquiétude presque maternelle, bien que toujours aussi sévère.
— Je vois, décidément, quand vous êtes malade, vous ne faites pas les choses à moitié. C'est dommage, vous aviez été tranquille l'année dernière. Mrs Pomfresh est dans son bureau ?
Iris hocha la tête, avant de sentir son regard irrésistiblement attiré vers le visage tuméfié de Sirius.
— Je vais la chercher. Black, ne bougez pas.
Sirius ne dit rien. Iris nota avec une certaine inquiétude qu'il semblait beaucoup souffrir. Elle le vit déglutir avec difficulté en essayant de se redresser, le bras crispé sur son côté gauche.
— Mais enfin Black, qu'est-ce que vous avez encore fabriqué ? s'alarma Mrs Pomfresh en le voyant.
Iris s'était faite la même réflexion en le voyant. Son œil droit lui donnait l'allure de Patch, le chiot dalmatien du dessin animé moldu. Son nez était en sang et Iris n'était pas sûre qu'il avait exactement la même forme qu'avant. Toute une partie de son visage était tuméfiée. Ses vêtements, un jean et un sweat à l'effigie de Gryffondor, étaient tâchés de sang à plusieurs endroits. Mais c'était surtout la posture repliée sur lui-même de Sirius, et son teint blafard, qui venaient compléter le tableau d'une façon vraiment pitoyable.
— Figurez-vous que cet idiot retournait à son dortoir quand Argus l'a croisé, plutôt que de venir vous voir ! s'énerva Mrs McGonagall. Ce n'est pas normal qu'à votre âge, je doive venir vous chercher moi-même dans votre chambre pour que vous alliez vous soigner, Black ! Ça ne vous a pas mis le Doxy à l'oreille, d'avoir du sang plein le visage ?
— Ça saignait plus, ça vient juste de recommencer, se défendit-il avec une voix étrange, sans doute à cause de son nez.
Mrs McGonagall souffla et tourna les talons alors que Mrs Pomfresh fermait les rideaux de son lit d'un coup de baguette magique. A l'aide d'un sortilège d'Attraction, Mrs McGonagall attira une chaise près d'elle et attendit que l'infirmière ait fini d'ausculter et de soigner Sirius.
— Qu'avez-vous comme magazines, Miss ?
Un peu effrayée par la mauvaise humeur de sa directrice de maison qui en réalité, était sûrement plus de l'inquiétude, Iris tendit rapidement ses exemplaires, y compris celui qu'elle était en train de lire. Mrs McGonagall, qui s'était levée et s'était postée près de son lit, à son grand étonnement, prit l'exemplaire de Sorcière Hebdo transmis par les filles via Lionel. En se rappelant que Lily s'était amusée à remplir le test "Connaissez-vous la sorcière coquine qui sommeille en vous ?" elle se mortifia brusquement, et douloureusement. Elle fut néanmoins distraite de son instant de panique en entendant Sirius peiner à se débarrasser de son sweat et Mrs Pomfresh s'offusquer.
— Par Merlin, Black, même lorsque vous avez été percuté par un Cognard en quatrième année vous n'étiez pas dans un état pareil ! On dirait que vous avez été piétiné par un hippogriffe ! Et laissez-moi faire, bon sang !
Mrs McGonagall soupira et secoua négativement la tête avant de se replonger dans sa lecture de l'article sur la nouvelle tendance des chapeaux couleur kaki de cet automne.
— Qu'est-ce qui est arrivé à Sirius, Professeur ? finit par demander Iris.
— Rien qui te regarde, Leighton, dit la voix du Gryffondor derrière le rideau.
— Vous, occupez-vous de rester immobile ! Et mille chaudrons, qui vous a fait une chose pareille ?
Se mordant la lèvre, Iris essaya de reprendre sa lecture de Rolling Stone, inquiète. Une bonne vingtaine de minutes s'écoula au bout de laquelle Mrs Pomfresh rouvrit les rideaux et rejoignit la professeur de Métamorphose. Iris, qui ne pouvait pas voir Sirius à cause des rideaux pas complètement ouverts, fronça les sourcils d'inquiétudes. Avec qui Sirius s'était-il encore battu ?
— Dois-je m'attendre à ce que le professeur Slughorn ramène un élève de sa maison dans le même état que le vôtre ? demanda Mrs McGonagall.
La voix de Sirius ne dit rien, et Iris l'imagina hausser les épaules pour répondre, s'il y arrivait. Mais elle doutait qu'il se soit vraiment battu, et elle soupçonnait que Mrs McGonagall et Mrs Pomfresh s'en doutaient aussi. L'état de Sirius laissait plus deviner un passage à tabac qu'une bagarre à la loyale.
— Il me semble que Mr Potter vous a déjà frappé, il y a quelques temps. Et on m'a rapportée d'importantes tensions avec vos anciens camarades de dortoir...
— Comme s'ils pouvaient me faire ça, rétorqua Sirius.
— Et bien dites-moi qui l'a fait, Black.
Mais Sirius ne dit rien, et Iris sentit une fois de plus son estomac se serrer. Ce n'était pas vraiment Sirius, ça, de manquer une occasion de créer des problèmes à Severus. Parce que évidemment, ça ne pouvait venir que de Severus et ses amis serpentards, un truc pareil. C'était malin, parce que personne ne pourrait vérifier que cela venait bien d'eux : à l'inverse des baguettes, dont on pouvait analyser les derniers sorts jetés, il allait être difficile de vérifier qui avait roué Sirius de coups. Mrs McGonagall secoua la tête et partit vers la sortie de l'infirmerie en chuchotant avec Mrs Pomfresh. Elle vit les deux femmes se retourner vers Sirius, préoccupées, et entendit la directrice de maison qu'elle s'en occuperait dès le lendemain. Peut-être était-ce à cause de l'inquiétude, mais Iris se sentit plus mal encore après l'arrivée de Sirius à l'infirmerie.
— On se sent toujours plus mal le soir, la fièvre à tendance à remonter, lui expliqua Mrs Pomfresh en lui tendant un baume à l'odeur infecte. Mettez ça sur votre poitrine avant de vous endormir.
— Merci, Mrs Pomfresh. Dites, Sirius va comment ?
— Il dort. Vous aviez une relation avec ce garçon, c'est ça ?
Iris surprise, hocha la tête, un peu mal à l'aise.
— C'est fini, n'est-ce pas ? lui demanda l'infirmière, soupçonneuse.
Peut-être avait-elle peur que Sirius, cassé de partout comme il était, et Iris, fiévreuse et la morve au nez, décident de se lancer dans une partie de jambes en l'air effrénée au beau milieu de l'infirmerie. Ils étaient les deux seuls élèves à passer la nuit ici.
— Tant mieux. Vous êtes une fille raisonnable, n'allez pas vous fourrer dans les problèmes.
Iris trouva sa réflexion tout à fait déplacée et ne répondit pas, se contentant d'observer le baume grisâtre et pâteux d'un œil méfiant. Après avoir lu encore un peu, et manqué de s'endormir avec son magazine dans les mains, Iris, soigneusement cachée derrière les paravents, appliqua le baume dont la texture et l'odeur lui donnèrent envie de vomir. Néanmoins, elle ressentit assez rapidement une agréable sensation de chaleur se diffuser et achever de la pousser dans les bras de Morphée.
Elle se réveilla en sursaut quelques heures plus tard, en entendant quelque chose tomber sur le sol.
— Putain...
Iris entendit Sirius se lever et pester un moment, avant d'entendre qu'il se remettait au lit. Mais alors qu'elle fermait les yeux pour essayer de se rendormir, elle entendit la respiration un peu bruyante et difficile du Gryffondor, et ce qui lui sembla être un gémissement. Inquiète, elle se mordit les lèvres et hésita. Mais quelle idiote elle faisait, à hésiter avant de vérifier que tout allait bien sous prétexte que c'était Sirius. Elle se gifla mentalement, s'éclaircit la gorge et se lança enfin.
— Black, ça va ?
Pas de réponse. Le cœur battant, Iris se redressa et sortit de son lit, ses pieds nus sur le carrelage froid de l'infirmerie. Et si son état s'était brusquement aggravé pendant la nuit ? Que l'un des coups qu'il avait eu à la tête s'était révélé bien plus grave que prévu ? Elle savait que Mrs Pomfresh faisait des rondes de temps en temps dans la nuit quand un élève avait une blessure plus sérieuse, mais l'avait-elle fait ce soir ? Elle jeta un œil vers la petite pièce que Mrs Pomfresh occupait, attenante à l'infirmerie. La lumière était éteinte.
— Sirius ? tenta-t-elle encore.
— Quoi ?
— Mais putain, tu pouvais répondre ! s'énerva-t-elle tout en chuchotant. J'ai cru que ça allait pas !
— Bah tout va bien, alors dors.
— T'es sûr que tu veux pas que j'aille réveiller Mrs Pomfresh ? T'as l'air d'être en galère.
— J'ai soif, j'ai foutu mon pichet d'eau par terre et ma baguette est trop loin pour que j'arrive à l'attraper, t'es contente ?
Iris leva les yeux au ciel et poussa le rideau, exaspérée. Un peu sèchement, elle prit la baguette de Sirius et la lui donna pour qu'il puisse s'en servir. Après un rapide sort de nettoyage, il lui grommela un remerciement entre deux grimaces de douleur.
— Ça a pas l'air d'aller.
— Bon, tu retournes te coucher ou tu comptes me regarder dormir ?
— C'est pas normal que t'aies mal comme ça, Black. Les potions de Mrs Pomfresh sont plutôt efficaces, normalement.
— Bah visiblement, le temps d'efficacité est dépassé, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
— Je vais la chercher.
— Leighton, non, ne fais pas ça ! la menaça Sirius.
— C'est quoi ton problème ? T'as envie de souffrir ?
— Non, mais j'ai pas envie qu'elle m'envoie à Sainte-Mangouste. Je préfère rester ici.
Sirius détourna les yeux, comme gêné d'avoir dit ce qu'il ressentait. Iris sentit un élan de compassion pour Sirius s'installer dans sa poitrine, et elle s'efforça de prendre la voix la plus rassurante possible.
— Elle va pas t'envoyer à Sainte-Mangouste, Black, même si c'est impressionnant, Mrs Pomfresh sait soigner les fractures.
Sirius ne dit rien et se mordit les lèvres, et Iris fut surprise de le trouver autant sur la défensive, presque hargneux, et pourtant, d'avoir toujours cette envie étrange de ne pas le laisser.
— Je vais retourner me coucher. Tu as besoin de quelque chose avant que je m'en aille.
L'ancien poursuiveur secoua la tête sans la regarder, l'air buté. Iris se fit la réflexion que ses agresseurs ne l'avaient vraiment pas raté en regardant son visage décoré d'ecchymoses. Au moment où se retournait pour partir, Sirius la retint cependant.
— Il va comment, Remus ?
— Au top de sa forme, tu t'en doutes, lâcha-t-elle d'une voix ironique, presque malgré elle.
Sirius ne dit rien, et sans doute, essaya de ne rien laisser voir. Mais peut-être était-ce parce qu'il était trop fatigué pour continuer d'être un abruti fini, qu'il avait trop mal pour réussir à rester impassible, mais Iris vit toute la détresse dont avait parlé Lydie l'autre jour s'inscrire sur son visage. Ça la remua, parce que Sirius avait l'air perdu et infiniment seul, et qu'elle avait rarement vu quelqu'un paraître aussi à bout.
— Il va mieux, se radoucit Iris. Mais ça irait encore mieux si tu lui faisais des excuses.
— Pour ce que ça changerait.
— Ça changerait peut-être pas grand-chose pour toi, mais pour lui, si.
Sirius ricana et passa une main dans ses cheveux avec une grimace de douleur. Iris, les bras croisés, hésitait entre exploser de colère et chercher à comprendre ce qu'il se passait dans la tête du Gryffondor. C'était vraiment difficile, de rester calme et patiente face à quelqu'un qui vous rejetait autant.
— Remus n'a pas envie d'entendre mes excuses. Moi je peux te le dire, j'aurais pas envie de les entendre. Qu'est-ce que je lui dirais ? Désolé, c'était pas bien ?
— C'est pas à toi de juger ce qu'il a besoin d'entendre.
— Parce que tu crois que je peux dire quelque chose que Remus a envie d'entendre ? Déconne pas Leighton, comme si je pouvais dire quelque chose qui ferait pas plus de dégâts.
— Bah des excuses, ouais, ce serait bien. Remus a besoin de comprendre pourquoi t'as fait ça et franchement, tu vas pas me dire que c'est pas légitime.
Sirius allait répondre mais se retint, et se referma un peu plus sur lui-même. Iris, malgré toute son envie de ne pas aggraver les choses, de ne pas frapper quelqu'un qui était déjà à terre, sentait toute la rancœur qu'elle avait contre lui remonter,jusqu'à lui en faire se crisper les épaules. Sirius souffrait, la belle affaire. Était-il obligé de faire souffrir tout le monde autour de lui, voire d'essayer de détruire la vie des autres ? Avait-il seulement conscience qu'il aurait pu tout anéantir pour Remus ? Mais Iris se retint de justesse de ne pas lui hurler dessus et de ne pas l'insulter comme elle avait envie de le faire.
— S'il y a un moment où il faut mettre ton ego de côté Black, c'est maintenant. Je sais que t'as jamais été très doué pour les excuses. Même quand tu les penses, tu rames à les dire comme il faut, je le sais très bien. Mais là, t'as tellement merdé que c'est pas ça l'important. Remus a besoin de t'entendre dire que tu t'en veux. C'est important pour les gens, de savoir qu'ils valent la peine que tu t'en veuilles. Le but, c'est pas qu'il te pardonne, c'est simplement que tu lui donnes ça. Maintenant, moi je te dis ça, t'en fais ce que t'en veux.
XXXX
Deux jours plus tard, Sirius sortait de l'infirmerie. En le voyant arriver le visage encore tuméfié au petit-déjeuner, beaucoup d'élèves marquèrent un temps d'arrêt. Le reste des Maraudeurs en particulier le fixèrent, avant de détourner le regard, mal à l'aise. Contrairement à l'habitude qu'il avait prise ces derniers temps, Sirius ne s'installa pas avec Lydie, mais s'installa seul à la table Gryffondor, relativement à l'écart des autres élèves.
— Vous êtes sérieux, là ? dit soudain Karen en les fusillant tous du regard. Vous allez continuer longtemps comme ça ?
Iris continua de regarder son assiette, et elle savait très bien que les autres faisaient de même. Karen soupira bruyamment, fâchée.
— Hé oh, je vous parle. Sirius est revenu de l'infirmerie, ça vous dirait pas de mettre de côté votre stupide guéguerre et voir comment il va ?
— Tu fais ce que tu veux, Karen, personne ne t'empêche de lui parler, dit James.
— Oh arrête, je sais très bien comment t'as réagi quand il m'a parlé l'autre jour. Je croyais que c'était pas trop notre délire, le harcèlement ? attaqua Karen. Vous croyez que vous faites quoi là, en le mettant à l'écart et en nous montant tous contre lui ?
— On empêche personne de parler à Sirius, reprit James.
— Okay, souffla-t-elle. Et sinon, ça vous préoccupe pas qu'ils se soient sûrement fait défoncer la gueule parce que vous l'avez laissé tomber ? Vous vous êtes pas dit que c'était une victime idéale pour Serpentard, maintenant qu'il est isolé comme ça ?
— Sirius sait se défendre tout seul, dit à son tour Remus.
Pourtant, tout comme chez James et Peter, son malaise était difficile à ignorer. Iris, elle, sentait son estomac se tordre dans tous les sens. Elle revoyait la figure épuisée et malheureuse de Sirius à l'infirmerie, et cela la bouleversait.
— Vous êtes vraiment des connards. Ça vaut pour toi aussi, Iris.
Karen prit son bol de céréales et son verre de jus d'oranges et se leva. A côté d'elle, Orthia prit elle aussi son petit-déjeuner et ses affaires.
— Lily ?
— Je vais rester ici.
— Bah voyons, tu fais une belle préfète, à laisser un camarade de maison dans la merde. Mary ?
Mary, qui mangeait jusque là sa pomme en lisant son livre, indiqua qu'elle préférait ne pas s'en mêler. Iris admirait sa façon de donner le change, car personne ne semblait se doutait qu'elle aussi, était au courant de la condition de Remus et de l'incident de la pleine lune.
— Profitez bien de votre petit déjeuner, cracha presque Karen en partant s'installer à côté de Sirius.
Orthia leur jeta un regard plein d'incompréhension en partant à son tour, qui acheva de briser le cœur d'Iris. Mal à l'aise, elle se rongea les ongles sans oser croiser les regards des autres. Ce fut Peter qui brisa courageusement le silence.
— On sait toujours pas qui l'a tabassé ?
— Forcément des Serpentards, de toute façon, répondit James en jouant nerveusement avec sa petite cuillère.
— Ça craint, s'ils se mettent à l'agresser à plusieurs comme ça quand il est tout seul, non ? Karen a raison, c'est parce qu'ils savent qu'on va pas aller le venger, osa encore Peter.
— Si Sirius était pas aussi déterminé à se foutre dans la merde, ils auraient d'autres amis pour l'aider. Tu crois qu'il fait un seul effort pour sympathiser avec son nouveau dortoir, alors que ce sont des types sympas ? Il est pas obligé de rester tout seul, c'est lui qui veut ça. On ne l'empêche pas d'avoir une vie, il s'isole tout seul.
— Oui enfin, c'est le dortoir de Simon, on peut pas lui en vouloir de ne pas avoir envie de devenir le meilleur ami du monde avec quelqu'un qui drague Iris. C'est pas contre toi, Iris, j'aime bien Simon aussi, il est tranquille comme gars. Mais n'empêche que c'est pas la situation idéale pour Sirius.
Iris, qui y avait déjà pensé, sentit une nouvelle fois son estomac faire un looping désagréable. Elle échangea un regard ennuyé avec Peter, qui semblait lui aussi prendre la mesure de la souffrance de Sirius.
— Et tu proposes quoi Peter ? Qu'on lui pardonne, qu'on fasse le premier pas alors qu'il a pas été foutu de faire autre chose que de rajouter de l'huile sur le feu, sans aucune excuse ? chuchota James.
— C'est pas ce que j'ai dit.
— Alors, tu dis quoi, Peter, hein ?
Peter haussa les épaules, sans plus savoir quoi dire, et visiblement vexé par les remarques de James. Remus, calmement, le visage impassible mais fatigué, prit ses affaires et se leva.
— Arrête de t'en prendre à Peter, James. J'ai pas très faim, j'ai un livre à rendre à la bibliothèque, je vais y aller avant le cour de Potions.
— Je t'accompagne, faut que je rende un livre aussi, dit brusquement Mary.
Remus avait l'air de plutôt vouloir rester seul, mais l'écossaise ne lui laissa pas vraiment le choix. Restée avec James, Peter et Lily, Iris se fit la réflexion que le groupe ne payait vraiment pas de mine, clairsemé et déprimé comme il l'était.
— T'as raison Peter, et Karen aussi. Sirius reste un Gryffondor, et ça me soûle qu'il se fasse défoncer la gueule par ces lâches de Serpentard. Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ?
— On pourrait les attraper quand même. Me dis pas que ça te démange pas de casser le sourire narquois de Servilio.
Se rappelant la présence de Lily, Peter s'interrompit. Lily leva les yeux au ciel et tartina son toast avec agacement.
— Vous pensez pas qu'il y a eu assez de sang et d'os cassés comme ça ?
James allait répondre, mais il se ravisa et préféra ouvrir le colis que sa mère lui avait envoyé. Alors qu'une cargaison de sucreries et de nouvelles chaussettes décorées avec Souaffles qui passaient à travers des buts de Quidditch auraient dû le rendre le plus heureux du monde, il se renfrogna encore un peu plus. Il froissa la lettre de sa mère et la mit dans sa poche sans plus décrocher un seul mot.
Ce fut donc un silence toujours aussi lourd de sens qu'ils se rendirent en cours de Potions. Les Serpentards devant la porte avaient l'air d'excellente humeur, améliorée encore au moment de l'arrivée de Sirius. Ce dernier s'appuya contre un mur, soigneusement à l'écart de tout le monde. Karen et Orthia ne suivaient pas le cours avancé de Potions, et il se retrouva donc une fois de plus seul. Iris sentit la colère l'envahir en voyant Severus adresser un sourire mauvais au Gryffondor avant de se retourner vers les autres Serpentards, presque hilares.
— Où sont Mary et Remus ? demanda Iris pour essayer de penser à autre chose.
— Aucune idée, répondit James en surveillant les Serpentards du coin de l'œil.
La tension était palpable au sein du groupe et des autres élèves présents, à l'inverse des quelques Serpentards qui eux, semblaient s'en donner à cœur joie. Iris croisa le regard de sa cousine Persephona, qui détourna rapidement les yeux. Elle aussi, semblait à l'écart de sa maison. Iris fronça les sourcils, toujours intriguée par cette famille qu'elle ne connaissait pas.
— Jolies couleurs, Black, lança Wilkes, qui était sans doute parmi les élèves les plus racistes de l'école.
— Ça lui va bien, on aurait presque envie d'en rajouter, dit à son tour Avery.
Sirius bouillonnait, les doigts crispés sur sa baguette. Il était sûrement en train de rêver à plonger la tête de ces deux abrutis dans leurs chaudrons bouillonnants une fois en cours. Il allait s'avancer vers eux quand James intervint.
— Si ça vous plaît tant, je peux m'arranger pour vous faire les mêmes, dit James d'un ton badin, mais d'une voix forte.
La remarque de James eut le mérite d'étonner la brochette de Serpentards, ce qui les fit taire une petite seconde. Iris regardait James avec un peu d'étonnement elle aussi, attendant la suite. Sirius lui, continuait de fixer Avery, furieux.
— Vos disputes de couple sont déjà finies ? s'étonna Severus, déclenchant à nouveau les rires des autres.
Le professeur Slughorn choisit le bon moment pour ouvrir la porte, faisant baisser la tension d'un cran. Installée à côté de Lily, Iris écouta à peine les consignes de l'enseignant, et apparemment, elle était loin d'être la seule.
— Est-ce que tous mes élèves se sont soudainement découvert une passion pour Mr Black ? s'énerva Mr Slughorn. Ce n'est pas la première fois que vous le voyez ,me semble-t-il ? Alors, faites-moi le plaisir de vous occuper de vos potions.
XXXX
— Comment ça, Remus et toi vous vous êtes embrassés ?
— Chut, parle moins fort !
Mary avait attendu Iris et l'avais pris discrètement à part après son cours d'Etude des moldus, les yeux pétillants, pour lui raconter qu'elle avait décidé d'avouer à Remus qu'elle était au courant pour sa maladie. Elle ne lui avait pas dit qu'Iris savait depuis des mois qu'elle était au courant, ni qu'elle savait pour l'épisode de la Cabane Hurlante : elle avait pensé, sans doute à raison, que Remus l'aurait mal pris. En revanche, elle lui avait aussi dit que loup-garou ou pas, elle avait toujours des sentiments pour lui. Résultat des courses, Remus l'avait embrassée en plein dans le couloir de la bibliothèque, heureusement désert.
— Il a pas encore rompu avec Madeline, mais il va le faire. J'ai pas envie d'être la fille qui pique son copain à une autre.
Concrètement, c'était pourtant le cas. Iris était plus que surprise. Remus aimait énormément Maddie, il commençait même à songer à la mettre au courant de sa lycanthropie. C'était complètement illogique.
— T'es sûre qu'il va rompre avec elle ?
— Je lui ai posé la question, et il a dit que oui. Je peux savoir pourquoi tu fais cette tête ?
Iris se mit une fois de plus à se ronger les ongles. C'était le meilleur moyen qu'elle avait trouvé pour réussir à filtrer ses pensées avant de parler. Et sa pensée actuelle était que Remus était très perturbé, et qu'il commençait à faire n'importe quoi lui aussi.
— Je me dis juste que Remus est un peu dans le flou actuellement, et que je ne voudrais pas que tu sois blessée ou déçue.
— Pourquoi je serais blessée ou déçue ? C'est si aberrant que Remus puisse vouloir être avec moi ? J'étais là avant Maddie, je te signale.
Iris allait répondre, mais Mary, vexée, tourna les talons. Et lorsque Mary était dans cet état, il valait mieux la laisser décolérer et ne pas lui courir après. Alors qu'elle prenait les escaliers pour rejoindre la tour Gryffondor, ses oreilles sifflèrent en entendant un Poufsouffle ami avec Arthur la qualifier de "copine de cette salope de Cartledge".
— T'as dit quoi là ? le héla Iris en revenant sur ses pas.
— J'en ai rien à foutre de ce que tu penses. Ta pote là, c'est une mythomane qui ferait mieux de se taire.
— Ou sinon quoi ? Crois-moi, on est plusieurs à veiller à ce que Orthia ne se taise surtout pas sur ce que ce pervers de Puffet lui a fait.
— Ça t'effleure même pas l'esprit qu'elle puisse mentir ?
— Ah bah ouais, c'est sûr que de devoir supporter les insultes de toute l'école et s'engager dans toute cette haine contre elle, elle doit le faire pour le plaisir. Le procès pour agression sexuelle, une nouvelle passion chez les adolescentes. Non mais franchement, va jouer avec des Détraqueurs, ça fera des vacances au reste du monde.
La remarque fit rire quelques élèves témoins de la scène, ce qui vexa considérablement le gentleman qu'Iris avait en face d'elle.
— De toute façon, t'es le même genre d'allumeuse, avec tes mini jupes et tes petits air de sainte-nitouche. Tout le monde sait que tu cherches à te faire Potter.
Iris éclata de rire si fort qu'une élève non loin d'elle faillit en sursauter. Ulcérée, Iris lui fit sans doute le plus beau bras d'honneur jamais donné dans Poudlard et ne se donna plus la peine de lui répondre, remontant les marches sans se retourner. Elle rejoignit son dortoir avec l'impression que de la fumée lui sortait des oreilles.
— Dis Orthia, tu me montres comment on fait les traits d'eye-liner ?
Cette altercation déclencha définitivement chez Iris l'envie d'assumer la manière dont elle avait envie de s'habiller. Autant les doutes avaient eu tendance à l'envahir face à des remarques anodines, autant cette insulte lui avait presque donné envie de se promener en culotte au milieu des couloirs de Poudlard. C'était très étrange comme phénomène. Peut-être était-ce la lecture du livre de Daphné Soutzo qui lui avait donné autant de courage : pour la première sortie à Pré-au-Lard de l'année le lendemain, Iris n'avait écouté que ses envies. Et elle se sentait jolie dans son jean taille haute, son pull couleur rouille et sa veste en cuir. Mais surtout, elle avait maquillé ses yeux comme Jane Birkin et elle savait que ça lui allait bien.
— T'es drôlement de bonne humeur aujourd'hui, lui dit Lily alors qu'elle marchait vers le village sorcier.
Elles se retrouvaient juste toutes les deux : Karen continuait de montrer sa désapprobation en les ignorant, Orthia la suivait un peu malgré elle (et Iris n'en voulaient à aucune des deux), et Mary, vexée que Remus n'ait pas encore rompu avec Maddie, s'était cloîtrée dans la chambre. Iris, après s'être pris un mur de reproches en pleine tête, avait arrêté d'essayer de lui remonter le moral. Lily s'était lassée aussi vite qu'elle.
— On va aux Trois Balais ? J'ai pas le souvenir d'avoir bu un verre juste avec toi là-bas, ça me tente bien, proposa Lily.
— D'un autre côté, je comptais pas t'emmener chez Piedoddu.
Mais en entrant dans l'établissement, Iris eut la surprise de voir Hector, Elaine et Lionel installés à une table. Le nouveau professeur de DCFM avait Cassie sur les genoux, et elle ne put s'empêcher de pousser un grand cri d'enthousiasme en la voyant.
— On s'est dit que ça pouvait être une surprise sympa, dit Elaine alors que Iris s'extasiait devant sa nièce.
— Mais qu'elle a grandi ! T'as vu Lily ?
Cassie regardait sa jeune tante avec ses grands yeux bleus tout écarquillés, émerveillée par toute cette agitation autour d'elle. Doucement, Iris passa une main sur la joue devenue un peu plus dodue du bébé, attendrie.
— Oh je suis trop contente de vous voir, et c'est trop bien que vous l'ayez amenée. Vous allez bien ? leur demanda Iris en serrant brièvement Hector dans ses bras.
Elle s'installa à la table des Leighton, avant d'inviter Lily, qui restait en retrait, à venir s'installer à côté d'elle.
— Je vais aller faire un tour à Honeyduke et vous laisser en famille.
— N'importe quoi Lily, tu es de la famille, lui dit Hector. Oublie le prof pénible à notre table et installe-toi.
— Figure-toi, mon cher Hector, que je suis un enseignant très apprécié de mes élèves, rétorqua Lionel alors que Lily s'installait.
— Tu confonds l'estime et le fayotage.
Iris, qui avait pris Cassie sur elle, s'amusait à la faire sourire et n'écouta pas les échanges de piques de ses frères, qu'elle ne connaissait que trop bien.
— Et toi Iris, qu'est-ce que tu racontes ? Tu es drôlement jolie. Tu as l'air très en forme, lui dit Elaine.
— Oh moi tu sais, je vis ma vie, répondit-elle, évasive.
— J'espérais te surprendre avec un garçon pour te mettre mal à l'aise, dit Hector en prenant une gorgée Bièraubeurre.
Iris le fusilla du regard, avant de se reconcentrer sur Cassie. Elle avait le même air doux qu'Elaine, mais pas de doute, c'était bien la fille de son frère. Elle avait les mêmes yeux que lui, et le même front. Avec sa touffe de cheveux blonds sur le crâne, elle avait vraiment l'air d'un petit baigneur.
— Et l'école, ça va ?
— Je gère. Tu poses ces questions pour la conversation ou pour faire un compte-rendu à Maman ?
Hector haussa les sourcils, surpris par sa répartie. Elaine cacha son sourire derrière son verre et se racla la gorge, amusée.
— J'ai plus le droit de m'intéresser à ta vie sans être accusé d'espionnage ?
— Je pourrais te soupçonner d'avoir amené la plus mignonne des distractions pour me faire parler. Pas vrai Cassie ? Oui, qu'est-ce que tu en penses ?
— Tu crois que toute cette bave, c'est qu'elle te donne raison ? rit Lily en essuyant la bouche de Cassie avec une serviette.
Ils discutaient depuis une quinzaine de minutes quand Mr Slughorn passa à côté de leur table, marquant un temps d'arrêt en voyant Iris avec un bébé sur les genoux. Ravi de voir Elaine et Hector, il poussa un cri d'exclamation joyeuse qui fit sursauter Lily.
— Autant de mes élèves préférés réunis à une même table, c'est formidable ! En revanche, je crois que je serais à la retraite avant d'avoir le plaisir d'enseigner à cette petite demoiselle... dit le professeur en regardant Cassie avec amusement.
Mr Slughorn leur tint la jambe un moment, jusqu'à ce que Cassie se mette à pleurer, sans doute lassée des bras d'Iris pour rejoindre ceux de sa mère. Elaine la blottit contre elle, sans réussir à faire cesser complètement ses pleurs.
— De toute façon, il faut que je rentre. On avait envie de te voir Iris, et que tu vois Cassie, mais on a déjà vu mieux que les Trois Balais pour un bébé de quatre mois. Elle commence à fatiguer, je vais la coucher avant de définitivement passer pour une mère indigne.
— Elle n'est restée qu'une demi-heure et c'est les Trois Balais, pas la Tête de Sanglier, la rassura Hector. C'est une auberge, pas un pub où elle se ferait baptiser à la bière. Tu veux que je t'accompagne ?
— Non, reste. Bon Lionel, à tout à l'heure.
— Vous vous voyez ce soir ? demanda Iris en étreignant sa belle-sœur pour lui dire au revoir.
— On mange chez tes parents. N'oublie pas de nous écrire, et si on ne se voit pas d'ici Noël, fais attention à toi d'accord ?
Iris hocha la tête et embrassa Cassie avec un petit pincement au cœur. Imaginer toute sa famille réunie ce soir autour de la table de ses parents lui faisait un drôle d'effet. D'abord parce que c'était le genre de moment qui lui manquait parfois, quand elle était à Poudlard, et qu'elle se sentait un peu exclue de la vie familiale. Mais aussi parce que cela lui rappelait le froid polaire qui s'était installé entre ses parents et elle depuis son altercation avec sa mère et la gifle que cette dernière lui avait donnée. Elle n'avait pas envie d'aller dîner chez ses parents ce soir, elle était encore trop blessée. Mais une partie d'elle regrettait cette situation, et s'inquiétait de voir le fossé entre ses parents et elle s'agrandir de plus en plus.
Elle resta encore une vingtaine de minutes avec ses frères avant de proposer à Lily d'aller faire quelques achats. Elle avait beau être ravie de voir Hector et Lionel ensemble comme avant à Pré-au-Lard, elle n'arrivait pas à se détacher de ce sentiment de malaise. Iris avait un peu peur également qu'ils en profitent pour essayer de la raisonner et de la convaincre de faire le premier pas vers sa mère alors qu'elle n'en avait pas envie du tout.
— On aurait pu rester un peu plus longtemps avec tes frères si tu voulais, dit Lily. J'aurais même pu aller chez Derviche et Bang toute seule pour te laisser discuter avec eux.
— Non, c'est bien comme ça, en plus j'ai besoin de m'acheter deux ou trois trucs.
Les filles passèrent ensuite chez Gaichiffon, où Lily lui changea les idées un peu malgré elle : en voulant se pencher pour regarder un collier dans la vitrine, elle se tapa le front contre la vitre, faisant se retourner toutes les personnes présentes à l'intérieur de la boutique.
— C'est pas drôle ! râla Lily en se frottant le front, mais hilare quand même.
Iris, elle, pleurait de rire. C'était sans doute à cause de toute la pression accumulée ces derniers temps, mais elle ne pouvait plus s'arrêter, au point d'en avoir mal au ventre.
— Bon arrête de te foutre de moi et viens voir. Regarde, ils ont un vernis animé aux couleurs de Gryffondor, tu le mets et tu as le lion de la maison sur tes ongles. Alice en portait l'an dernier pour les matchs, c'était vachement bien fait, il rugissait et donnait des coups de griffe. Ils en faisaient plus quand j'ai voulu en acheter, on en prend un ?
Les deux filles flânèrent un moment à Pré-au-Lard, et retrouvèrent les garçons chez Honeydukes. Ce fut au tour de Lily d'attraper un fou rire avec James et Peter en goûtant le nouveau caramel extra-collant du magasin. Incapables d'ouvrir la bouche, ils ne pouvait plus que respirer par le nez ou en faisant passer l'air entre leurs dents.
— C'est hyper dangereux comme truc, dit James alors qu'ils retournaient tous ensemble vers le château. J'ai cru que j'allais m'étouffer.
— D'un autre côté, t'es pas supposé rire comme un idiot non plus en le mangeant, répondit Remus en remontant la fermeture de sa veste.
A la connaissance d'Iris, Remus n'avait toujours pas rompu avec Maddie et s'était contenté de lui dire qu'il préférait passer l'après-midi avec ses amis. Il avait l'air néanmoins préoccupé par la situation, ce qui selon elle, était bien la moindre chose.
— Tu me diras, mourir dans le caramel, je pourrais faire pire, ajouta James.
— Devine qui c'est !
La voix fluette et joyeuse de Maddie, qui avait sauté sur le dos de Remus en s'accrochant à son coup, fit ressentir à Iris un niveau de malaise rarement atteint en si peu de temps.
— Bah dis donc, t'as l'air ravi de me voir, ça fait plaisir, râla Maddie en embrassant Remus sur le coin des lèvres.
— Tu m'as surpris.
— Je peux vous l'emprunter un petit peu ? dit la Serdaigle en le prenant par la main et en l'entraînant en avant.
Le petit groupe regarda Remus et Maddie s'éloigner main dans la main sans rien dire jusqu'à ce qu'ils soient à une distance suffisante pour pouvoir parler de la situation.
— Il compte faire quoi Remus, à ce sujet ? dit innocemment Iris.
— Rompre avec Maddie, il a juste pas trouvé le bon moment, répondit James.
— Le bon moment ?
— Je crois qu'il est pas sûr de ce qu'il doit faire. C'est pour ça qu'il essaie de les éviter toutes les deux, expliqua Peter.
— C'est compliqué, l'excusa James. En plus, d'habitude, il avait plutôt tendance à parler des filles avec Sirius, alors... Et moi, je me risquerai pas à en parler avec lui. Crois-moi, il est vraiment pas commode sur le sujet Mary/Maddie.
— C'est parce qu'il s'en veut et sait pas quoi faire, dit Peter.
— Oui enfin bon, je veux bien qu'il soit largué par la situation, mais en attendant, c'est lui qui a embrassé Mary, rétorqua Iris. Et malgré toute mon amitié pour Remus, il est hors de question qu'il mente à Maddie pendant une semaine, hein. C'est un sucre cette fille, elle mérite vraiment pas ça. Et Mary non plus.
— Il le sait, qu'est-ce que tu crois, s'agaça James. Mais Mary vient de lui dire qu'elle l'aime. Elle a deviné sa lycanthropie au moment où il s'est mis avec Maddie, elle a essayé de passer à autre chose... Imagine ce que ça fait à Remus de savoir qu'une fille l'aime assez pour ne pas réussir à l'oublier malgré son problème. Il est chamboulé, et je le comprends.
— J'espère simplement qu'il a vraiment des sentiments pour Mary, et qu'il ne veut pas se remettre avec elle par facilité, intervint Lily, prononçant tout haut les craintes d'Iris.
XXXX
Le lendemain matin, Iris se leva tôt afin d'essayer de rattraper tout le retard accumulé dans ses devoirs, qui devenait vraiment catastrophique. Si elle avait été raisonnable, elle serait restée à la bibliothèque la veille, plutôt que d'aller à Pré-au-Lard. Mais elle était à Gryffondor, et laissait l'excès de sérieux à Serdaigle.
La bibliothèque était presque déserte, mais Iris eut la très bonne surprise d'y trouver Simon, installé seul à une table. Encore une fois, il n'était sans doute pas très raisonnable et productif d'aller s'installer à la table d'un garçon qui vous plaisait autant, mais en voyant Simon lui sourire et en sentant l'agréable chaleur que cela lui provoqua, Iris mit de côté le peu qui restait de son côté studieux.
— Je peux m'asseoir ? dit-elle en tirant la chaise à côté de lui.
— J'allais te le proposer.
Si au début, ils tentèrent de rester sérieux et de se concentrer sur leurs devoirs respectifs, Iris prit vite le prétexte d'une question qu'elle ne comprenait pas pour pouvoir réengager la conversation. Cette dernière ne resta bien entendu pas très longtemps focalisée sur les propriétés des sorts d'agrandissement et dévia vite vers tout ce qui pouvait leur passer par la tête pour continuer de se connaître un peu mieux.
— Comment ça, ta mère a fondé la première communauté sorcière hippie d'Angleterre ?
— Je t'assure, insista Simon devant son hilarité. Ça m'étonne que tu le saches pas, Jeremy raconte toujours à tout le monde qu'il a vu la première paire de seins de sa vie en venant me voir pendant les vacances d'été. Certaines personnes ont une notion très relative de la pudeur, là-bas.
— J'imaginais même pas que ça existait chez les sorciers.
— Grâce à ma mère, si. Elle a fondé ça après avoir vécu quelques mois dans une communauté moldue. Elle m'a un peu trimbalé partout dans le monde, avant Poudlard.
— Ça devait être sympa.
— Pas tant que ça. Tu sais, même aujourd'hui, je suis pas un grand fan de tout ça. Tu peux jamais être tranquille là-bas, et ma mère a tendance à être tellement en opposition avec tout ce qui est traditionnel que c'est un peu lourd.
— C'est tout l'inverse de ma mère en fait, dit Iris. Mais je comprends, j'aimerais bien avoir des parents qui font dans le juste milieu plutôt que dans l'excès.
Simon lui sourit et un silence s'installa : il n'était pas gênant, mais un peu étrange quand même, et Iris eut l'impression de respirer trop fort. Gênée, elle voulut reprendre sa plume pour se donner une contenance, mais elle ne réussit qu'à effleurer la main de Simon. Ses doigts la brûlèrent un peu, mais agréablement, et elle rit un peu, toujours nerveusement. Simon semblait la regarder avec hésitation, sans se départir de son léger sourire cependant. Alors qu'Iris réfléchissait à ce qu'elle pouvait bien dire, Simon approcha son visage du sien. Iris n'hésita pas et posa ses lèvres sur les siennes alors que la main de Simon venait se poser sur sa joue.
— Ça faisait un moment que j'en avais envie, dit Simon alors qu'ils se détachaient l'un de l'autre.
Iris sourit et l'embrassa à nouveau. Elle se sentait bien. C'était un baiser si naturel qu'il lui semblait presque rassurant, comme Simon. Avec l'impression que tout son corps était en train de sourire, elle abandonna définitivement l'idée de travailler aujourd'hui, et sans aucune once de culpabilité.
XXXX
— N'empêche que Simon, c'est un vrai Gryffondor, dit Peter en éclairant lentement les livres de la Réserve. Parce que sortir avec Iris alors qu'il a son ex dans sa chambre et son frère comme prof, faut quand même avoir des couilles et pas avoir peur des problèmes.
— Mais peut-être que j'en vaux la peine, mon cher Peter.
— Tu parles... AÏE ! dit James, victime d'une claque à l'arrière de la tête de la part d'Iris. Plutôt que de me frapper, cherche ce putain de bouquin, tu veux ?
Les recherches concernant le cercle d'Empousa ne donnaient pas grand-chose depuis la première découverte et les adolescents avaient décidé de se mettre à la recherche du seul livre consulté par Daphné qu'ils n'avaient pas trouvé. Elle ne l'avait pas emprunté, il était donc forcément dans la bibliothèque, mais sûrement mal rangé.
— Ce livre a intérêt à être une mine d'informations, râla Remus en manquant de s'étouffer dans la poussière des étagères du haut.
— M'en fous si on trouve rien, moi j'adore nos petites enquêtes nocturnes. Ça donne du piment à ma vie, dit James, faisant rire Iris.
Piment ou pas piment, ils ne trouvèrent rien et durent se résoudre à rentrer à la tour. Remus, les yeux rivés sur la carte, marchait en éclaireur, tandis que Peter gardait la cape à portée de main au cas où. La dernière fois, Iris avait dû sauter sur le dos de James pour qu'ils puissent tenir tous dessous et échapper au professeur Slughorn.
— Non mais n'importe quoi, j'ai pas vomi depuis au moins cinq ans, assura James.
— Et à l'anniversaire de Remus l'an dernier, tu faisais quoi, t'arrosais les géraniums de sa mère ?
La blague de Peter, pourtant très bonne, tomba à l'eau lorsqu'en rentrant dans la salle commune, ils réalisèrent que Sirius était là. Assis dans un fauteuil, plusieurs journaux sur la table basse devant lui, il parut mal à l'aise une seconde avant de reprendre un visage impassible.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
La question de James n'était pas agressive, et l'espace d'un instant, on aurait pu croire qu'il avait oublié la situation. Il semblait simplement surpris de trouver Sirius debout à cette heure en train de lire ce qui semblait être les petites annonces de tous les journaux sorciers du pays.
— Qu'est-ce que ça peut te faire ? J'ai plus le droit d'aller dans la salle commune maintenant ? Tu te doutes bien que si j'avais su que vous étiez dehors, je me serais pas installé là, j'ai pas forcément envie de vous croiser non plus.
— Qu'est-ce que tu croyais, qu'on allait arrêter les virées nocturnes dans le château pour pas les faire sans toi ? T'es pas indispensable, Sirius.
Le ton de Remus était tellement agressif que Iris sentit la dernière phrase percuter tout le monde de plein fouet. Sirius serra les mâchoires et reprit l'un de ses journaux, apparemment peu désireux d'affronter Remus.
— Qu'est-ce qu'il y a Sirius ? Tu l'ouvres beaucoup plus d'habitude, face aux autres. Pour s'en prendre à James, à Peter, et même à Iris, il y a du monde ! Mais bizarrement pour moi, plus personne ! Qu'est-ce qui se passe, les loups-garous valent pas la peine qu'on leur réponde ?
— Remus... intervint calmement James.
— Je te parle putain, Sirius !
Sirius jeta brutalement le journal sur le côté et se leva, furieux. Il se prit la tête entre les mains pendant un dixième de seconde, comme pour reprendre le contrôle de lui-même.
— Remus, je sais que tu me hais, d'accord. Je le sais. Mais bordel, je suis supposé faire quoi ? Je sais que tu veux plus me voir, mais crois-moi, à moins que James me donne sa putain de cape d'invisibilité, je peux pas faire mieux ! Je fais ce que je peux !
Iris vit du coin de l'œil Peter avoir le réflexe de jeter un sort de silence autour d'eux, et elle admira sa présence d'esprit.
— Oh arrête de jouer les martyrs, s'énerva James. Tu devrais être en train de ramper devant Remus, qu'est-ce que tu crois faire là ? Commence déjà par t'excuser de la saloperie que tu lui as faite, espèce d'abruti !
— Je me suis excusé, bordel ! Je me suis excusé ! insista Sirius.
James, surpris, se tourna vers Remus, qui serra les poings. Lentement, il se tourna vers les autres, le visage crispé de ressentiment.
— Et alors quoi ? Ouais il s'est excusé, juste avant que je vous rejoigne avant Pré-au-Lard ! Il s'est excusé, la belle affaire ! Vous voulez quoi, que je le pardonne d'avoir essayé de faire de moi un meurtrier parce qu'il a dit qu'il était désolé ? Parce que c'est Sirius, et que ce serait plus simple qu'on soit encore tous amis dans le meilleur des mondes ? J'ai pas envie de lui pardonner, d'accord ? J'ai déjà suffisamment une vie de merde sans avoir besoin qu'un mec incontrôlable vienne me rappeler que je peux tuer des gens !
Furieux, il partit vers les dortoirs, laissant les autres choqués par son accès de rage, trop sincère pour ne pas leur briser le cœur. James regarda celui qui avait été son meilleur ami pendant une seconde, hésitant, avant de finalement suivre Remus, Peter sur ses talons. Iris leur fit signe qu'elle allait monter se coucher avant qu'ils ne disparaissent dans le couloir. Autant les laisser tous les trois. Mais avant de partir, elle ne put résister à jeter un dernier regard à Sirius, et ce qu'elle vit lui brisa le cœur. Sirius avait les larmes aux yeux. Il regardait les escaliers qu'avaient empruntés les garçons comme s'il n'avait qu'une envie, celle de les rejoindre comme avant, le regard embué, les mâchoires contractées, sur le point de craquer. Mais Sirius ne craqua pas, préférant utiliser la colère comme un alibi.
— Qu'est-ce que tu fous encore plantée là, toi ? aboya-t-il en se tournant vers elle. Dégage Leighton, va te coucher.
Iris, qui n'avait pas envie de se battre une nouvelle fois avec Sirius, surtout en le sachant dans un état pareil, tourna les talons et commença à partir vers les dortoirs des filles. Pourtant, elle ne réussit à faire que quelques pas. La faute à cette drôle de sensation qui lui pesait sur tout le corps, et l'empêchait de se sentir tranquille. La dernière fois qu'elle avait renoncé à parler avec Sirius, qu'elle l'avait laissé tout seul dans un état similaire, il avait fait la plus grosse erreur de sa vie dès le lendemain. Sirius était à bout, et il était tout seul. Remus avait James et Peter. Sirius n'avait personne, et il était là, à bout de nerfs, tout seul dans la salle commune. Il était malheureux et Iris n'arrivait plus à savoir si toute sa rancune contre lui était toujours aussi légitime. Quelque chose n'allait pas chez lui, et ce n'était pas juste le fait qu'il était ce Sirius impulsif et incontrôlable, comme disait Remus. Sirius avait l'air cassé, et Iris avait cet affreux sentiment que personne n'était là pour ramasser les morceaux. Elle était inquiète et cette fois, ne trouvait plus assez de colère ni assez d'orgueil en elle pour parvenir à détourner les yeux. Lentement, elle fit demi-tour et retourna vers les fauteuils où il était installé, sortant son paquet de cigarettes de la poche de son gilet. Elle s'installa à côté de lui, sortit une cigarette et lui en proposa une, toujours en silence.
— C'est quoi, un genre de calumet de la paix ? ironisa Sirius, qui s'obstinait à ne pas la regarder.
— T'en veux ou pas ?
Sirius haussa les épaules et se servit dans le paquet sans rien ajouter. Toujours en silence, Iris transforma son paquet désormais vide en un cendrier de fortune d'un coup de baguette magique.
— McGonagall est jamais là pour voir mes exploits en Métamorphose. Enfin, je sais pas vraiment si elle apprécierait de me voit utiliser ses cours pour faire des cendriers.
Le Gryffondor ne releva pas la tentative d'humour et se contenta d'allumer sa cigarette. Iris n'insista pas et resta avec lui en silence un moment, respectant son moment de calme. Elle aussi, avait besoin de souffler.
— Tu devrais y aller, Leighton, finit-il par dire. Je vois bien ce que t'essaies de faire, je vois bien que t'essaies d'être sympa parce que tu vois que j'ai passé plusieurs jours de merde et que t'es comme ça, t'es une fille sympa. Mais franchement, va te coucher. Demain, le problème avec Remus et les autres sera toujours le même, on peut rien y changer, et t'as vraiment pas envie d'être au milieu de ça.
La voix de Sirius était étonnamment calme, voire douce, et Iris trouva particulièrement agréable de l'entendre à nouveau sans toute cette enveloppe d'agressivité qui était devenue trop habituelle. La rancune d'Iris continua de fondre, l'empêchant d'écouter Sirius et de le laisser tout seul.
— J'ai pas sommeil, je préfère rester dans la salle commune et lire le journal, dit simplement Iris en attrapant l'un des exemplaires sur la table basse devant Sirius. Je peux savoir pourquoi tu lis les petites annonces ?
Sirius avait entouré plusieurs annonces et Iris, en les lisant, constata, effarée, qu'il s'agissait d'offres d'emploi. Les yeux écarquillés, elle se tourna vers lui, se retenant de justesse de le frapper avec le journal.
— Tu m'expliques pourquoi tu as entouré une offre d'emploi de serveur au Chaudron sans fond qui commence début décembre ? Tu penses quand même pas quitter Poudlard, espèce de débile ?
— Je suis bientôt majeur, Leighton. Ce sera plus simple comme ça.
— Plus simple ? Non mais... Mais c'est pas possible Black, dis-moi que tu prends des trucs ? Tu t'es mis au crack pendant l'été ? Parce que ça expliquerait pas mal de choses, à commencer par les décisions complètement effarantes que tu prends ! Et tu vivrais où, déjà ?
— J'ai écrit une lettre à mon oncle Alphard pour savoir s'il acceptait de m'héberger, le temps que j'arrive à me débrouiller. J'attends sa réponse.
— Parce que tu crois qu'il va accepter de t'encourager à abandonner tes études ? C'est pas comme si tu détestais l'école Black, tu adores Poudlard !
— C'est vrai qu'en ce moment, c'est vraiment génial.
L'amertume de Sirius était difficile à ne pas entendre. Plus que de l'amertume même, c'était de la fatalité. Bouleversée, Iris se gifla mentalement pour ne pas avoir vu, ou plutôt pour ne pas avoir voulu voir, à quel point Sirius était en train de dériver.
— Black, tu peux pas tout abandonner parce que...
— Pourquoi pas ? Qu'est-ce qui serait plus logique, Leighton ? Que je reste ici alors que tout le monde a envie de me voir partir ? J'impose ma présence à toute l'école et je me fais tabasser de temps en temps pour la forme ? Ou alors je pars, je laisse tout le monde en paix et j'essaie de m'en sortir ?
La voix de Sirius était un peu étranglée et Iris se sentit horriblement mal. C'était tellement évident, rien qu'à le voir bouger aussi nerveusement ses doigts, que Sirius avait commencé à sérieusement couler. Elle avait le sentiment de lui avoir enfoncé la tête sous l'eau.
— Personne n'a envie que tu quittes Poudlard comme ça, Black. Je te le garantis, dit-elle doucement.
— Je peux pas continuer à imposer ma présence à Remus, insista-t-il. C'est mieux comme ça. Personne sera surpris, et tout le monde sera content.
— Tu trouves que j'ai pas l'air surprise ? J'ai l'air contente ? Et tu crois vraiment qu'on va te laisser faire ? Que McGonagall va accepter ça ?
— Je crois qu'elle sera très contente de ne plus avoir à gérer toute cette merde, pas toi ? Et puis, personne peut empêcher un majeur de quitter Poudlard.
— Et si ton oncle Alphard ne veut pas, tu feras quoi ?
— Je me débrouillerai.
— Je te jure que je vais te gifler, Black. Ça me démange sérieusement, là.
Sirius ricana et se passa une main sur le visage. Il avait l'air épuisé. Iris, elle, se sentait impuissante face à autant de souffrance. Jamais il ne lui avait paru autant à bout, et maintenant qu'elle voyait ce que Lydie avait évoqué avec ses amies l'autre jour, elle ne comprenait que trop bien son inquiétude.
— Et Lydie, tu vas la laisser ?
— Je vais pas lui manquer tant que ça. C'est une chouette fille, elle trouvera un type mieux que moi facilement.
— Elle a l'air de beaucoup tenir à toi. Je l'ai entendu parler de toi l'autre jour, et je crois pas qu'elle te laisserait partir très facilement, justement.
Sirius haussa les épaules et ne dit rien. Perdue Iris songea à le secouer dans tous les sens pour lui faire retrouver la raison. Elle n'arrivait pas à croire qu'il envisage de quitter Poudlard sérieusement. Cette école avait toujours été sa vraie maison à ses yeux.
— Black, je sais que c'est difficile ici pour toi actuellement. Mais ça peut s'arranger, tu devrais attendre avant de prendre une décision aussi radicale.
— Ça ne peut pas s'arranger, tu le sais très bien. C'est trop grave ce que j'ai fait. C'est pas quelque chose qu'on oublie, qu'on pardonne ou qui passe avec le temps.
Les épaules de Sirius s'affaissèrent un peu plus. En un instant, Iris vit à quel point le Gryffondor était accablé, et elle sentit encore toute sa rancune s'effriter. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, et elle avait l'impression que lui non plus. Et c'était très difficile de rester indifférente à quelqu'un qui semblait souffrir autant.
— Qu'est-ce qui t'a pris, Sirius ? Pourquoi t'as fait ça ?
La question était sortie presque toute seule, comme un besoin urgent de comprendre. Après tout, peut-être aurait-elle dû lui poser directement plus tôt. C'était tellement incompréhensible de la part de Sirius. Peut-être aurait-elle dû essayer de comprendre avant. Mais Sirius ne répondit pas, s'obstinant à croiser les bras et à éviter son regard. Pourtant, Iris vit bien l'effet de sa question sur lui. Il s'était crispé un peu plus encore.
— Explique-moi, insista-t-elle. Tu n'as plus rien à perdre. C'est pas comme si on avait une relation idyllique toi et moi en ce moment, si ? T'as l'occasion de vider ton sac là, Black, je te la donne. Dis-moi. Surtout si tu projettes de quitter Poudlard, tu devrais vraiment me dire comment tu as pu te retrouver à faire un truc pareil. Ça te ressemble pas, d'avoir trahi et utilisé Remus comme ça, c'est pas toi, et j'aimerais bien savoir ce qui s'est passé.
Sirius étouffa un sanglot, elle le vit très clairement, malgré tous ses efforts pour le dissimuler. Là encore, Iris sentit une vague d'inquiétude l'envahir, et elle se rendit compte qu'elle n'avait qu'une envie, celle d'apaiser Sirius. Peu importait l'attitude détestable derrière laquelle il avait pu se réfugier, ils verraient ça plus tard. Tout ce qu'elle voyait, c'était que Sirius était sur le point de craquer. Et elle ne pouvait s'empêcher de penser que quitter Poudlard n'était pas la seule bêtise qu'il pouvait faire. A cette idée, une bouffée d'angoisse la prit, et elle insista.
— Black.
— Je sais pas Leighton, j'ai pas de raison, c'est ça le pire, lâcha-t-il, la voix étranglée. Je comprends pas ce qui s'est passé. J'ai juste... Rogue est venu me voir, il m'a cherché comme d'habitude et je l'ai envoyé à la Cabane Hurlante.
— Il y a bien quelque chose qui...
— Non ! Depuis le temps qu'on dit qu'il y a quelque chose qui tourne pas rond chez moi, bah voilà, fallait bien que ça arrive ! J'ai craqué, et j'ai failli tuer quelqu'un.
Sirius était terrifié. Iris ne l'avait pas encore compris jusque là, mais c'était bien ça, il était terrifié par ce qu'il avait fait. Et en le voyant frotter nerveusement ses mains sur son jean, Iris se rendit compte que c'était quelque chose qu'il faisait depuis longtemps. Elle s'était toujours dit que c'était une autre de ses manies agaçantes qui lui permettaient de canaliser son énergie épuisante. Mais maintenant, cela lui sautait aux yeux. Sirius paniquait, il était à deux doigts de faire une crise d'angoisse, et ce n'était sûrement pas sa première.
— Toi-même tu dis que tu as craqué, reprit-elle après lui avoir laissé quelques secondes de répit. Je ne crois pas que quelque chose ne tourne pas rond chez toi. Je crois que tu vas très mal.
— Ah parce que ça fait une différence ? ironisa-t-il.
— Les mots sont très différents, et ils veulent dire quelque chose, dit doucement Iris. J'ai... J'ai l'impression que tout a dérapé après cet été, quand t'es parti de chez tes parents. Il s'est passé quelque chose ?
— Arrête de faire la psychomage de comptoir, tu veux ?
— Encore une fois Black, qu'est-ce que t'as à perdre ? Je veux pas insister, mais franchement, tu as vu dans quel état tu es ? Tu veux quitter Poudlard ! Poudlard ! Qu'est-ce qui te dit qu'on pourrait pas t'aider ? Tu as vu ce que ça donne, quand tu te débrouilles tout seul ? Par Merlin Black, t'es déjà dans la merde, tu veux pas me faire confiance deux secondes pour essayer d'en sortir ?
Sirius ferma les yeux et soupira. Il secoua la tête, les yeux toujours fermés. Iris aurait aimé les lui ouvrir vraiment, pour qu'il comprenne que même si elle n'avait pas toujours compris, maintenant, elle pouvait comprendre. Qu'elle n'allait pas le laisser tomber.
— Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Leighton ? Mes parents me haïssent. C'est comme ça. C'est... Quand j'étais gamin, je les agaçais. J'étais souvent puni, mais ils ne me détestaient pas. Maintenant, j'en vaux même pas la peine.
Iris ne dit rien. Elle se contenta de continuer d'écouter. En commençant à parler pour couper court à la discussion, Sirius avait commencé à dire ce qu'il avait sur le cœur. Peut-être que c'était volontaire, ou qu'il le faisait sans s'en rendre compte, mais dans tous les cas, elle ne voulait pas prendre le risque de le couper.
— Ma mère m'achetait des cartes de Quidditch à collectionner, quand j'étais gamin. Elle m'en prenait quand elle allait faire les magasins. Tu sais, les genres de trucs qu'on trouve sur les comptoirs à la caisse des librairies, pour faire craquer les enfants ? Tu l'imagines acheter un truc pareil ? Je te jure qu'elle le faisait. J'avais un livre vachement chouette, avec des joueurs qui volaient sur la couverture. Je collais les cartes à l"intérieur, j'adorais ce machin. J'étais petit, franchement, mais je m'en souviens bien. Et mon père, il m'emmenait souvent marcher avec lui. Il croisait toujours des gens qu'il connaissait, et c'était chiant parce je pouvais jamais courir, il fallait toujours que je marche calmement à côté de lui. Mais à chaque fois qu'on croisait quelqu'un et qu'il me présentait, il mettait sa main sur ma tête. Genre, il avait l'air fier de m'avoir, tu sais.
Iris ne disait toujours rien, les yeux rivés sur le visage de Sirius qui lui, ne la regardait pas. Il avait le regard égaré devant lui, et heureusement, car la Gryffondor elle, avait les larmes aux yeux et la gorge serrée.
— Ils me détestaient pas. Ils avaient envie de me voir. J'avais toujours le droit de piocher un chocolat dans la boîte quand ils prenaient le thé. Ça faisait marrer mon père, parce que je prenais toujours le même. Ils étaient vachement sévères, hein. Ils l'ont toujours été. Mais ils me détestaient pas. Et j'arrive pas à comprendre ce qui s'est passé. Je veux dire, à partir de quand je me suis mis à les dégoûter ? Tout ça, toute cette haine, tout ce qu'ils m'ont fait, je sais pas quand ça a dégénéré. Tu sais que ma mère m'a planté une fourchette dans la main, une fois ? (*) Ça fait encore mourir de rire Bellatrix.
Iris était comme pétrifiée. Sirius n'avait pas besoin de dire à quel point il était malheureux, cela se voyait sur lui. Dans sa façon de se tenir, sur son visage, dans ses mains qui frottaient nerveusement ses cuisses de temps en temps.
— A un moment, ils n'ont même plus supporter de me voir dans leur champ de vision. Mais même s'ils me détestaient, tu vois, ils avaient toujours l'espoir de m'améliorer. Ils m'ont jamais laissé tranquille, ils ont toujours essayé de me garder, de me faire à leur image, par tous les moyens possibles. Alors quand je suis parti, j'ai vraiment flippé tu sais. Chez James, j'ai pas dormi pendant presque une semaine tellement j'étais persuadé qu'ils allaient venir me chercher. Je te jure, je me disais que j'allais prendre tellement cher quand ils m'auraient récupéré... Mais bon, ils sont pas venus. Ils ont laissé tomber. Je pensais vraiment pas que c'était aussi simple. Ils m'ont renié. Ils ont passé tellement de temps à essayer de me briser, pour me renier. Ça servait à quoi, tout ça ?
Iris était persuadée de respirer trop fort. Elle se sentait tellement accablée par l'incompréhension de Sirius qu'elle avait du mal à respirer normalement.
— T'imaginais que c'était aussi simple, toi ? Moi, tout ça, c'est con, c'est vraiment con, mais ça me tourne en tête tout le temps. J'arrête pas de penser à ce putain de chocolat, aux cartes de Quidditch, à la fourchette, à mon père qui me menace, à toute la haine qu'ils m'ont crachée à la gueule, et j'imagine ma mère cramer mon nom sur l'arbre généalogique. J'y pense tout le temps. Je te jure, ça m'obsède. Et Rogue, il sait tout ça. Il sait plein de trucs. Il sait que j'ai supplié mon père en chialant devant Bellatrix. Ça fait des années qu'il joue avec ça. J'aurais pas dû lui montrer que ça me mettait hors de moi. Alors je sais pas, la dernière fois, j'avais pas dû assez dormir, j'avais dû trop y penser, mais quand il est venu m'attaquer avec ses sorts de magie noire à la con, me narguer avec ses putains de réflexion sur ma faiblesse face à mes parents, je te jure, j'ai eu l'impression d'être traversé par la foudre.
La boule dans la gorge d'Iris s'était faite presque insupportable. Elle fixait toujours Sirius, impuissante, se mordant les lèvres pour ne pas craquer.
— Ça m'a vraiment traversé. Je sais pas si c'est le même principe qu'une idée de génie, parce que c'était vraiment une belle idée de merde, mais ça m'a vraiment traversé le cerveau. Je me suis dit, putain, j'ai envie qu'il me foute la paix. Et je l'ai envoyé à Remus. C'est aussi simple que ça. Flippant, hein ? Tu me diras, c'est pas plus fou que de transpercer la main de quelqu'un avec une fourchette. J'ai de qui tenir, chez les Black.
(*) La scène de la fourchette est une référence à Folcoche, l'horrible mère de Vipère au poing, de l'auteur Hervé Bazin.
Bien, vous attendiez ça depuis très longtemps pour certaines lectrices ( sur vous), et j'espère qu'il vous convient. La fierté de l'hippogriffe vaut pour plusieurs personnages : Iris, Remus, James... Et surtout Sirius, qui enfoncé dans ses traumatismes, a failli se noyer dedans.
Je ne sais pas trop quoi ajouter (je suis moi-même perturbée aha). Iris, dans ce chapitre, a dépassé sa rancune pour plusieurs raisons. Elle a vu la détresse de Sirius bien sûr, grâce à plusieurs enchaînements d'éléments : Lydie, et la scène de l'infirmerie, où il lui était difficile de fermer les yeux. Et puis, elle est moins blessée, elle est apaisée sur plusieurs plans, et parvient à voir l'urgence de la situation. Il n'est pas question d'excuser l'acte de Sirius en lui-même, dans ce chapitre, seulement de comprendre son contexte, et la souffrance qui l'a motivée. Sirius est puni pour ce qu'il a fait, et c'est juste : mais comme le souligne Karen sans le savoir, faut-il pour autant le condamner à couler, à peut-être voir son comportement s'aggraver ? Sirius est à la dérive, et il a besoin qu'on le rattrape, qu'on lui sorte la tête de l'eau.
Sirius est un jeune homme particulièrement maltraité psychologiquement (et physiquement, comme vous l'avez lu, mais c'est l'aspect psychologique qui est particulièrement marqué : j'ai dans l'idée que chez les Sang-Purs, on ne bat pas son enfant, mais on le "corrige" ; en soi ça change rien, si ce n'est que c'est une violence plus institutionnalisée et plus acceptable dans la tête de ces gens, alors que pas du tout : on le lève pas la main sur son enfant, un point c'est tout), et perturbé par l'ambivalence de ses sentiments pour ses parents. Il les a aimés, et il a sûrement été aimé, enfant : le sentiment d'abandon qu'il ressent n'en est que plus grand, tout comme le sentiment de trahison.
Je suis vraiment curieuse de connaître vos réactions concernant ce chapitre : sur Sirius, bien sûr, mais aussi sur l'attitude de Remus, sur la relation d'Iris avec Simon et aussi... A votre avis, pourquoi James était-il si perturbé par la lettre de sa mère ?
Je vous embrasse et vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année.
Al'
