Avant-propos : Mort je ne suis pas ! Non, mon projet abandonné je n'ai pas ! Et en Yoda arrêter de parler je vais. Je n'avais juste pas l'inspiration pour cette fic ces derniers mois. Notamment parce que ma fic Silent Hill m'a beaucoup passionné. D'ailleurs, n'hésitez pas à aller la lire (via ma page de profil). Déjà deux non-fans m'ont assuré y avoir accroché sans rien y connaître (car au final cela se présente comme un roman fantastique). Et puis je m'étais aussi arrêté parce que j'avais un peu perdu de vue ce que je voulais écrire sur cette fic. J'ai beaucoup galéré pour trouver quelque chose d'intéressant à sortir pour l'énigme d'Eétes. Et puis là, ce soir, je me suis motivé, et j'ai trouvé ce que je voulais. Nickel. Alors je suis reparti. Il va sûrement y avoir une grosse ellipse après l'histoire d'Eétes parce que je vous avoue que j'en ai un peu assez de ce "tome", je dois enclencher les grandes choses !

Et puis je me suis complètement mangé à ma khole de droit commercial et financier alors reviewez-moi, mes braves lecteurs ! Soulagez mon âme abattue par le poids de ses échecs estudiantins ! (J'en suis pas encore à demander des Free Hugs cependant - damn, je hais les gens qui font ça).


LE SECRET D'EETES – SVETLANA

Alors que je me dirigeais vers la volière après avoir ingurgité un dîner frugal, je repensai au mystère Eétes. Tout cela n'avait aucun sens, vraiment. Paciphaé était une folle spécialisée dans les potions et les malédictions, ça c'était certain et elle était morte. Mais Eétes n'avait jamais été arrêté, sa seule trace était une signature et il pouvait bien être toujours en train de courir. Quant à Circé… Si elle s'occupait de Morgan et que celle-ci n'avait pas de problèmes, je pouvais raisonnablement penser qu'elle était moins timbrée que les autres. Mais sans pouvoir faire le lien entre les 3, ce qui m'énervait un peu.

Lorsque j'arrivai à la volière, j'entendis un chant un peu étrange, dissonant sans être faux. Je reconnus la voix de Luna et restai un moment à l'extérieur pour seulement écouter la mélodie. Je n'arrivais pas à la trouver jolie mais elle avait un côté envoûtant assez malsain. Finalement, le chant s'arrêta aussi montai-je les marches et entrai pour voir Luna aux prises avec un gros hibou. Celui-ci refusait qu'elle lui accroche une sorte de chapelet constitué d'anneaux en pierre tout autour du corps. Il portait déjà un paquet sur le dos. Luna ne sembla pas remarquer mon entrée, aussi m'approchai-je et essayai de maîtriser le hibou avec elle sans rien dire. Elle avait arrêté de chanter.

L'opération fut difficile mais devint réalisable à 4 mains. Le hibou hulula violemment à la figure de Luna puis consentit à partir. C'est seulement lorsqu'il fut passé par une fenêtre que Luna se tourna vivement vers moi et dit :

« Merci de ton aide. Je ne suis pas douée dès qu'il s'agit d'utiliser sa force.

– Je ne suis pas vraiment balèze non plus. Qu'est-ce que tu cherchais à accrocher autour de lui ? Une sorte de protection ou un charme, je suppose.

Luna cligna des yeux plusieurs fois puis souffla :

– Ouah, tu es perspicace.

– Euh…

Les accessoires de Luna avaient presque toujours une prétendue vertu protectrice.

– En effet c'était pour le protéger des Bouffe-plume, des gigantesques chauve-souris qui volent de nuit et qui raffolent des oiseaux, notamment hiboux et chouettes, qui transportent le courrier. C'est ce qui est responsable de la perte du courrier la plupart du temps, mais le Service des Hiboux Postaux ne veut pas le reconnaître. J'ai eu du mal à faire ce chapelet, j'ai du tailler ces pierres de tonnerre moi-même pour qu'elles aient la bonne taille.

J'écarquillai les yeux.

– Tu as fais tous ces anneaux de pierre par toi-même ? Tu les as façonné et poli et tout ?

– Oui, pourquoi ?

– Tu fais ça à chaque fois que tu envoies un colis ?

– Non, non… Celui-là, mon père devait absolument le recevoir, je prenais mes précautions.

– Qu'est-ce que c'est ?

Luna mit son index devant sa bouche.

– Secret professionnel. Lis le Chicaneur, et tu sauras. Tu voulais me dire quelque chose ?

– C'est toi qui m'a demandé de venir, Luna…

– Ah oui ? Ah oui… Jean-Baptiste est venu me demander si mes oreilles allaient mieux.

– Et c'est le cas ?

– Non… C'était temporaire. Jean-Baptiste m'a aussi parlé de la suite de votre enquête.

– Ah… Il a du te dire que c'était une folie d'y aller… Et que Morgan me menait par le bout du nez…

– C'est à peu près ça. Et je me demandais si je ne pouvais pas venir avec vous.

Je haussai un sourcil et la regardai dans les yeux. Elle semblait attendre la réponse avec impatience. Je repensai alors à ce qui était arrivé dans la maison de Paciphaé puis secouai la tête.

– Je n'ai pas envie de prendre ce risque. Pas après ce qui est déjà arrivé, Luna.

– Je me ferai toute petite, je ne dirai rien, vous ne remarquerez même pas que je suis là.

– Comme si c'était le problème. Tu as eu les oreilles en sang, Luna ! Dieu sait ce qui pourrait arriver dans la maison d'Eétes, tu pourrais être brûlée ou maudite ou je ne sais quoi… Non, Luna. Tu ne viens pas. Désolée, c'est pour ton bien… Tu mérites mieux que nous et… et nos folies.

Quelque part, même si le mystère Eétes m'intriguait, je n'avais pas très envie de continuer nos investigations, avec un Jean-Baptiste qui m'en voulait et une Morgan qui se pensait le centre de mon monde. J'avais un peu perdu le goût de l'aventure. Et la prochaine visite à Pré au lard était proche. Luna me fixa avec un air neutre que je ne pus soutenir. Je me retournai et me dirigeai vers la porte.

– Bonne soirée, Luna. Encore désolée.

Je fus soudain arrêtée dans mon avancée. Luna retenait mon col de robe de ses deux mains. Elle dit doucement :

– Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que lorsque j'étais avec vous dans cette maison. J'aime Poudlard, mais les gens, enfin la plupart des gens, ne me comprennent pas ou ont peur de moi, je ne peux pas leur parler. Alors que vous, Morgan et toi, vous m'avez emmenée faire quelque chose, une activité… de groupe. Une chose que je n'ai jamais faite. J'aime bien ça.

Je me tournai de côté. Elle ne lâcha pas ma robe, fixant le sol sans bouger.

– Nous ne sommes sûrement pas les seuls ici à pouvoir faire quelque chose avec toi, dis-je doucement. Tu trouveras d'autres personnes avec qui vivre des aventures, j'en suis certaine. Tiens, pourquoi pas Harry Potter ? Le Survivant est assez spécial dans son genre.

– Je n'ai aucune raison de l'approcher. Il fait tout pour s'intégrer, il me trouvera bizarre comme les autres.

– Il a ses défauts mais tu le juges un peu vite.

– Prenez-moi avec vous. Juste une fois encore.

– Je…

Luna releva vers moi des yeux emplis de supplications. Ce regard me subjugua. Pas par la beauté de ses yeux, ils n'avaient pas le charme envoûtant de Morgan. Non j'étais captivée par l'intensité qui y régnait. Quelque chose de grandiose, qui transformait cette petite fille en une âme pleine de profondeur. Je ne pouvais pas refuser ça à ces yeux. Je répondis sans la quitter du regard :

– D… D'accord, Luna. Mais tu… tu resteras bien derrière d'accord, je ne veux pas que tu retournes à l'infirmerie… Compris ?

Luna ferma longuement les yeux puis me relâcha. Je me reculai un peu alors qu'elle reprenait l'air un peu perdu qu'elle avait l'habitude d'avoir. Elle me sourit largement.

– Merci, Margaret.

– Je ne suis pas sûre que ce soit un cadeau que l'on te fasse…

– Oh si, ne t'en fais pas. On rentre ? »

J'acquiesçai et l'accompagnai jusqu'au château. Elle me parla alors de diverses créatures qui ne devaient pas exister pour la plupart. Je me contentai d'acquiescer et de sourire. Luna était un sacré phénomène. Moins que la super-guerrière qui m'avait volé mon premier baiser, mais quand même. Nous finîmes par nous quitter mais avant de partir elle me remercia encore une fois d'avoir accepté de la prendre avec Morgan et moi. Je me retins de lui préciser que les remerciements me semblaient dénués de sens.

Le samedi de la visite vint finalement. Après avoir tranquillement englouti mon petit-déjeuner et annoncé discrètement à mes amies mes plans pour la journée, je quittai la salle non sans un petit échange de clin d'œil avec Morgan qui finissait de boire un thé. J'étais, une fois n'est pas coutume, la première au rendez-vous à côté de la statue de la sorcière bossue. Morgan arriva en petite foulée dans sa robe de cuir noir. J'avais pour ma part mis ma robe bleue habituelle, mais en la voyant vêtue de noir je réalisai quelque chose.

« Euh… Je n'ai pas mis les vêtements que tu m'as offert…

– Pas grave, en fait il vaut mieux. Ce sont plus des fringues d'été… ou pour se faufiler dans le château la nuit. La robe bleue est une meilleure idée. Surtout qu'il te faut un chapeau sur ta tête, que personne ne te reconnaisse.

Elle écrasa sur ma tête le chapeau pointu que je portais par nécessité. Je le relevai en souriant, amusée, puis perdit mon sourire en pensant à ce qui s'était passé à la bibliothèque et à ce que nous allions faire à Pré au Lard.

– Tu veux vraiment aller voir cette maison alors ?

– Un peu, ouais ! Qui sait ce qu'on va découvrir ? Hein ? Peut-être encore des objets magiques, des grimoires intéressants, l'identité d'Eétes !

– Pourquoi on aurait plus de chances de découvrir qui était le Eétes que le Ministère ?

– Parce qu'ils ne savent pas se mettre à la place d'un malade qui a incendié un couple dans leur maison. Je ne prétends pas pouvoir faire ça non plus, mais j'ai déjà plus la… hum… psychologie en tête… si tu vois ce que je…

– Inutile d'en dire davantage, fis-je en soupirant. D'ailleurs, ça me fait me rappeler que ta tutrice s'en est prise aux parents de Neville Londubat… On en a pas parlé.

Morgan parut vraiment mal à l'aise, sans pour autant être triste ou désolée. Elle se gratta la nuque en soupirant puis dit d'un ton morne :

– Qu'est-ce que tu veux qu'on en dise de toutes façons… Je ne suis pas responsable de ce qu'a fait Bellatrix, Finey. C'est bête pour Londubat mais… Elle est qui elle est, j'ai appris d'elle ce que je devais apprendre, le reste… eh bien… Je ne m'en suis pas inspiré, tu comprends ?

– Mouais. J'ai compris, va. »

Je n'insistai pas. Ca ne servait à rien. Peu importait qui avait éduqué Morgan, j'en voyais le résultat aujourd'hui. Et il me convenait pour l'instant. Cependant, de fil en aiguille, me vint à l'esprit une question. Une question qui m'effrayait mais que je ne pus m'empêcher de poser alors que nous traversions le tunnel et qu'elle ouvrait le passage.

« Morgan…

– Oui, Finey ?

– Doloris…

J'eus un frisson rien qu'en le disant et ne trouvai plus mes mots. Morgan mit un temps à répondre.

– Oui, Doloris ?

– Je… Comment il marche ?

– Comme les autres sorts… Enfin non. Il faut vouloir que la personne en face souffre, tu vois. Une réelle intention de faire mal. Il faut porter le poids de la volonté de causer la douleur… Pourquoi tu me demandes ça ?

– Eh bien… Je ne sais pas comment va se passer la suite, avec ce Norrington, et Voldemort, tout ça… alors…

– Hein ?!

Morgan s'arrêta dans le tunnel aussi la heurtai-je de plein fouet. Elle se tourna de moitié et me regarda avec un œil suspicieux.

– Tu veux apprendre Doloris ?

– Ben… Ca peut servir, peut-être, non ?

Morgan détourna le regard avec un air embêté.

– Franchement, Finey, je ne te pense pas capable de l'utiliser. Tu as sûrement de grosses capacités magiques, mais là on parle des sortilèges impardonnables, des trucs méchants, de la magie noire… Tu n'as pas… la carrure, tu vois ? Enfin, je ne veux pas te blesser mais…

– Oui, non, tu as raison, fis-je en secouant la tête. Ca m'a juste… traversé l'esprit.

Morgan reprit sa progression.

– Et puis Finey… Même si tu arrivais à te forcer, je ne suis pas sûr que je voudrais en être la responsable. Tu es encore… pure, si j'ose dire. J'ai pas envie de briser ça.

– Quoi ?

Je ne comprenais pas ce qu'elle essayait de me dire.

– Ah, on est arrivé, s'exclama Morgan avec comme un soulagement dans la voix. Allez, direction la maison brûlée. »

Nous sortîmes discrètement du magasin de confiserie où ressortait le tunnel. Luna nous attendait dehors.

« Bien le bonjour, fit-elle de sa petite voix.

Morgan vint lui flanquer une tape dans le dos qui manqua de la faire tomber dans la boue qui jonchait le sol des rues.

– Alors, Lovegood, tu en redemandes ? Bienvenue dans l'équipe. Ah, et…

Elle perdit d'un coup ses grands airs, me jeta un coup d'œil et se ratatina presque.

– Désolé pour l'autre fois. C'est moi qui ai déclenché ce piège. Alors je m'excuse.

Luna ne savait pas sa chance. Morgan s'excusait rarement de quoique ce soit. Luna agita la main d'un air vague.

– Je n'ai plus mal aux oreilles… On y va ?

– C'est parti ! fit Morgan avec un ton plus joyeux.

Morgan avait estimé pour nous où se trouvait la demeure brûlée. Nous marchâmes dans quelques rues avant d'apercevoir à la fin d'une voie sans issue la maison. Elle était grande, possédait deux étages, un toit particulièrement pentu et devait avoir été belle. Mais désormais, le bois était brûlé de part en part et la pierre noircie de partout. Notre trio s'arrêta devant la grille en fer noire qui elle n'avait pas souffert de l'incendie, tout comme l'herbe en friche autour de la maison. Je regardai derrière nous.

– On est un peu plus exposé que la dernière fois. Va falloir faire attention en y entrant, il ne s'agirait pas de se faire prendre avant même que le danger réel ne se présente.

– Cette baraque ne sera pas piégée, Finey… Le Ministère y a enquêté, ce qui veut dire qu'ils ont sûrement du enclencher tous les pièges dès leur première investigation, cette bande de débiles.

– Je ne parierai pas là-dessus, dis-je ne me fiant uniquement à mon instinct.

Plus je la regardais, plus cette maison me donnait l'impression d'un manoir de Paciphaé bis. Je jetai un coup d'œil à Luna et me sentis coupable de l'entraîner avec nous. Je me tournai ensuite de nouveau vers la rue pour vérifier qu'il n'y avait personne. Ce ne fus pas le cas.

La personne qui s'approchait de nous d'un pas franc ne m'étais pas inconnue. Elle était grande et avait la carrure de la mère de Martin, mais était beaucoup plus jeune. Elle portait l'uniforme de Durmstrang. Je lui avais déjà parlé…

Ce fus finalement Morgan qui m'éclaircit l'esprit lorsqu'elle mit ses mains sur ses hanches et s'exclama d'un air railleur :

« Tiens-tiens, la ruskov ! Alors, Svetlana, il doit faire au-dessus de zéro, là, tu supportes la canicule ?

Je lui avais déjà parlé lorsque les délégations étrangères étaient arrivées. Elle avait joué les traductrices lorsqu'un des élèves de Durmstrang avait voulu s'excuser de m'avoir poussée et d'avoir fait tomber Ginger le nez dans l'herbe. J'avais oublié son nom mais ce n'était pas son cas.

– Bonjour, Morgan… Oh, mais je te reconnais. Tu t'appelles… Marget Finey, c'est cela ?

– Margaret, rectifiais-je avec une sourire gêné.

Cette fille avait une aura assez étrange. Son corps, sa posture et son visage était intimidants mais son sourire et son regard chaleureux. Un vrai contraste ambulant. Je me tournai vers Morgan.

– Vous vous connaissez ?

– On mange souvent côte à côte, tu n'as jamais remarqué ?

– Euh… Non.

– On discute de temps à autres. On se vanne pas mal, aussi.

– Se « vanner », intervint Svetlana, c'est quand tu sors des blagues méchantes mais pour rire ?

– Tout à fait, confirma Morgan avec un air fier.

– Ah alors oui, on le fait souvent.

Et Svetlana éclata d'un rire franc. Elle remarqua ensuite Luna qui la fixait avec la tête légèrement inclinée et s'avança vers elle.

– Oh, toi je ne te connais pas, mais tu pourrais très bien venir de notre pays, avec ces grands yeux bleus et ces cheveux de paille.

Luna tendit sa main d'un coup. Elle la tendit en hauteur, car Svetlana devait bien faire deux têtes de plus qu'elle.

– Luna Lovegood, Serdaigle, enchantée.

– Svtelana Andropova, Durmstrang, idem.

Et elle serra la main de Luna d'une poigne ferme. Luna ne broncha pas mais lorsque leur poignée se termina, elle agita sa main dans l'air comme pour délier ses articulations. Elle fixait toujours la russe.

– Andropova… Ton père est un trappeur… non ?

La russe émit un petit cri de surprise et se pencha vers Luna.

– Tu le connaîtrais ? Quel hasard ce serait !

– Il est à la recherche du Grizzly Glacier, n'est-ce pas ? Celui qui hiberne dans un bloc de glace en hiver et qui fait trois fois la taille d'un grizzly normal ?

Le visage de Svetlana s'illumina.

– Par tous les dieux ! Oui ! Tu le connais alors ! Mais comment ?

– Mon père et le tien ont été en communication pour un numéro spécial du Chicaneur.

– Oooh, tu es la fille de ce journaliste ! Mon père m'a parlé de lui, il a l'air très « amusant ».

Cela ne m'aurait pas étonné du père de Luna.

– Quelle coïncidence ! poursuivit Svetlana. Je suis d'autant plus heureuse de te rencontrer, Luna. Ah, le rêve de mon cher père… J'espère qu'il se réalisera un jour.

– Je suis persuadé que ce Grizzly existe. Ton père le trouvera.

Svetlana eut un sourire encore plus chaleureux qu'auparavant et prit la Serdaigle par l'épaule pour la serrer contre son côté. Morgan toussa puis déclara :

– Bien, maintenant que tu es là, Svet, tu vas pouvoir nous dire si tu veux participer.

Je pris un air blasé mais n'intervint même pas. Au point où en étais… Et puis je trouvais Svetlana à la fois digne de confiance et apte à s'occuper d'elle-même en cas de danger. Svetlana cligna des yeux puis demanda :

– De quoi ça s'agit ?

Morgan lui fit un résumé paradoxalement long sur notre aventure dans la demeure de Paciphaé et ce que nous cherchions ici. Svetlana fronça les sourcils à la fin du récit et désigna Luna du regard.

– Vous avez mis en danger cette frêle petite jeune fille ? Ca n'est pas raisonnable, je trouve.

Morgan leva les yeux au ciel et tendit les bras.

– Je me suis excusée auprès d'elle et même auprès d'autres personnes pour avoir déclencher le piège, vous allez me lâcher avec ça ?

Luna tapota l'épaule de Svetlana.

– C'est bon, ça ne fait rien, c'était parfait.

J'eus envie de protester, mais Luna semblait vraiment s'être faite l'idée que le saignement d'oreille n'était rien.

– Bon alors, tu es partante ? demanda Morgan à la russe.

– Mmh… Je suis intéressée… Et ça vous fera une sécurité supplémentaire, je suis assez réactive au danger. Les entraînements de mon père lorsque j'étais enfant… Vous ne pouvez pas imaginer…

Morgan s'en réjouit puis s'avança vers la grille.

– Tu ne serais pas experte dans le désamorçage des pièges magiques, Svet ?

– Oh si, mon père en pose tout autour de la maison… Il fallait bien pouvoir les repérer quand je ne me souvenais plus des emplacements. Et aussi pouvoir les défaire.

– Alors viens là, je suis certaine que cette entrée est piégée comme pour la maison de Paciphaé.

– Voyons cela. »

La russe s'approcha, examina la grille et confirma la présence d'un piège. Puis elle sortit sa baguette dont l'extrémité devint rouge après une incantation. Elle commença alors à la passer méticuleusement à certains endroits tandis que Morgan vérifiait que personne n'approchait. Finalement, Svetlana poussa un petit cri de victoire et la grille s'ouvrit toute seule. Morgan lui demanda de passer devant et de vérifier qu'il n'y avait pas d'autres pièges jusqu'à la porte, ce que Svetlana fit avec joie.

Il n'y avait rien. Même la porte d'entrée de la maison était sans protection. Visiblement, le Ministère l'avait laissée telle un lieu du crime banal. Lorsque notre petit groupe entra, la première chose qui nous remarquâmes fut le bruit de nos pas sur le plancher noirci et partiellement effondré. Les grincements étaient effroyables, me faisant croire à chaque pied posé sur le sol que j'allais passer un étage plus bas. Morgan nous ordonna de nous écarter l'une de l'autre d'au moins 2 mètres, histoire de ne pas trop en demander au plancher.

Les lieux étaient sinistres. Les vitres étaient peu nombreuses et toutes condamnées, aussi la seule lumière qui parvenait dans les lieux venait des endroits où les poutres des murs avaient brûlé. Tout était noir et sentait la cendre. La première pièce visitée fut le salon. Il ne restait pas grand chose des meubles. Morgan, passant la première, s'approcha d'un fauteuil et dit :

– Il y a des traces de craie ici. Les enquêteurs ont du tracer la position d'un cadavre. Donc l'une des deux victimes est morte dans son fauteuil. C'est moche. Je n'ai pas les détails, mais si effectivement c'est une boule de feu qui a fait ça, il y a de grandes chances pour que le coupable, Eétes, l'ait lancée par la fenêtre depuis l'extérieur. Ou alors il aurait à coup sûr cramé avec. C'est que ça explose en plus d'embraser, ces saloperies-là.

– Tu as l'air de t'y connaître en sorts, fit remarquer Svetlana.

– Oh, euh… En effet, un des rares domaines dans lequel j'excelle.

Elle mentait. Ses notes étaient tout simplement remarquables. Dans toutes les matières. S'il y avait quelque chose à quoi je ne m'étais pas attendue avec Morgan, c'était bien de la modestie.

–… Quant à l'autre cadavre… mmh… Ah, d'autres traces de craies par là. Elle devait sortir de la cuisine qui est à côté. Le tueur a du attendre le bon moment et « boom » ! Après, le feu a fait son office pour ravager la baraque. Bon, maintenant qu'on a vu le lieu du meurtre, allons voir cette fameuse cave ou Eétes a laissé son message. On oublie les étages, d'ailleurs. Là, si on tombe à l'étage d'en-dessous, ça ne fera que quelques mètres. Mais d'au-dessus, on pourrait bien retomber jusqu'au sous-sol et là… Ca ferait mal.

Je souris discrètement. Morgan avait du réfléchir à toutes les précautions à prendre avant de se lancer dans ces investigations, et je l'en félicitai intérieurement. Je la vis d'ailleurs me regarder juste après avoir énoncé ses consignes, cherchant visiblement quelque chose dans mon regard.

Morgan ne devait pas vraiment savoir ni ce que je lui reprochais, ni à quel point je lui en voulais, ni comment se faire pardonner. Elle n'allait rien me demander, elle avait trop de fierté pour ça, mais n'allait pas pour autant rester passive. Alors elle cherchait, elle tâtonnait. Et quelque part pour moi ça avait quelque chose d'amusant ainsi qu'un petit goût de vengeance pour son égoïsme. Aussi je gardai mon sourire discret, pas vraiment satisfait, mais positif quand même.

Notre équipe d'investigation se dirigea vers le fond de la maison avec toujours une distance de sécurité entre ses différents membres. L'escalier menant à la cave passait devant une cuisine ravagée dont on ne distinguait même plus le contour des différents meubles puis devant ce qui devait avoir été jadis une bibliothèque. Morgan poussa un soupir face au désastre et Luna murmura quelque chose d'incompréhensible en secouant la tête. Svetlana haussa les épaules aussi trouvai-je un sujet de conversation tandis que nous descendions chacun notre tour les escaliers qui menaient à une porte brune en bois épargnée par les flammes.

« Tu n'es pas très portée sur les livres, Svet ?

– Ah, Margaret, je dois avouer que non. Enfin pour ce qui est de la magie en tout cas. Pour moi, ça s'apprend sur le terrain, de personne à personne, tu vois ? Après, je sais lire et écrire, les livres sont parfois nécessaires… mais pas pour la magie, non. Tu ne crois pas ?

– Je ne pense pas être la meilleure personne pour te répondre. Je n'ai commencé à apprendre la magie que l'année dernière…

– Ah ? Mais alors, avant, tu faisais quoi ? Il faut s'y mettre toute petite !

– Oui mais… hum… je n'avais pas vraiment la possibilité de le faire. Je ne suis pas née de parents sorciers.

Tatiana venait de terminer de descendre les escaliers et se retourna vivement vers moi avec un air effaré. J'avais peur qu'elle n'apprécie pas trop mon statut, mais sa réaction fut autre.

– Ca alors ! C'est extraordinaire ! Tu es la première que je rencontre !

Je restai en haut des marches, surprise.

– Vous n'avez pas d'issus de Moldus chez vous ? demanda Morgan en haussant un sourcil.

Svetlana secoua vivement la tête.

– Non. Enfin si. Mais ils se cachent, car ils sont très mal vus. Je n'ai jamais compris pourquoi. Et alors, Margaret ? Ca fait quoi ? C'est plus difficile d'apprendre ? Tu as eu du mal à t'y faire ?

– On en parlera peut-être plus tard, fis-je en descendant prudemment les marches. Il y a beaucoup à en dire, et je sens que tu vas m'en poser, des questions. Mais je suis heureuse que tu ne vois pas ça d'un mauvais œil.

– Mmh… Par là, tu veux dire que je t'aime bien quand même ?

– Oui.

– D'accord… Oh non, je ne vois pas pourquoi les gens ont cette méfiance envers ceux comme toi, au contraire on devrait les respecter pour entrer dans un monde comme ça sans rien y connaître, ce n'est pas facile.

– Tu m'étonnes, fis-je dans un rire nerveux.

Morgan ricana tandis que Luna acquiesçait. Puis la Serpentard se tourna vers la porte.

– Bon, y a-t-il un piège là-dessus, Svet ?

La Durmstrang se pencha sur la clenche, sortit sa baguette et commença son examen. Elle finit par pousser un petit grognement et dit :

– Une alarme… Je vais la désamorcer… C'est quoi ce travail d'ours ? C'est fait à la va-vite, pas sérieusement…

Il y eut un cliquetis alors que Morgan riait sous cape.

– Voilà, c'est ouvert et sans danger.

Elle tourna la poignée qui, au son, devait être rouillée par l'humidité et poussa. L'air qui sortit de la pièce portait une odeur de moisi peu agréable mais la curiosité nous incita toutes à vite entrer. Tour à tour nous lançâmes Lumos et il nous apparut une sorte de laboratoire assez dérangeant. Il y avait ça et là de la verrerie, des chaudrons de toutes tailles mais également ce qui ressemblait trop à une table d'opération, des instruments en métal accrochés au mur et dont je préférais ne pas savoir l'utilité, quelques étagères avec d'énormes livres et enfin la fameuse inscription dont avait parlé Jean-Baptiste au fond de la pièce, au-dessus d'une cuve remplit d'un liquide apparemment… noir. Mais peut-être était-ce l'obscurité qui le rendait ainsi. D'autres odeurs se mêlaient au moisi, des odeurs inconnues. Morgan s'approcha d'un chandelier sur une étagère et tendit sa baguette vers lui.

– Creo Ignem, dit-elle tout bas.

Des flammèches sortirent tour à tour de sa baguette pour se fixer sur les bougies. Luna eut un long et bas cri d'émerveillement.

– Tu fais des trucs que l'on apprend pas en cours, Morgan, je suis impressionnée. C'est très utile, ce sort.

– Et aussi très dangereux, fit Morgan avec un certain malaise. A jouer avec le feu, on finit par se brûler, vous connaissez le dicton. Ca s'applique à ce sort. Le feu créé l'est en accord avec l'âme de la personne qui le prononce. Ca a un lien avec le « feu intérieur », si je puis dire. Pour lancer Creo Ignem comme je l'ai fais, j'ai du faire le vide dans ma tête, rester calme et prononcer la formule tout bas. Mais ce sort, prononcé fort alors que l'on est dans une grande rage, peut être dévastateur.

Je vis les yeux de Morgan à la lueur de la bougie. Ils traduisaient clairement un mauvais souvenir. Mon amie se reprit et poursuivit :

– Après, sa force maximale dépend des capacités du lanceur. Genre… Harry Potter, bien énervé, pourrait faire cramer toute la Grande Salle de Poudlard. D'ailleurs c'est de la magie noire alors, Lovegood, n'en parle à personne et ne l'essaye pas – même si étant donné ton caractère, je pense que tu saurais te maîtriser.

Luna sembla se dandiner sur place et se contenta de secouer la tête. Je me demandais si l'avertissement de Morgan était valable pour moi aussi mais n'en dit rien. Morgan poursuivit sa besogne avec toutes les bougies de la salle, ce qui finit par donner une singulière lueur ocre à la salle dont les murs étaient fais d'une pierre beige.

– Bon, maintenant, on regarde tout d'un peu plus près, mais on ne touche rien, du moins pas avant que Svetlana n'ait vérifié l'ensemble de la pièce. »

Svetlana sortit sa baguette et fit apparaître la lueur rouge à son extrémité et commença à ausculter les murs. Pour ma part je m'intéressai à l'inscription du mur, en en cherchant le sens. « Par le feu, Eétes a balayé les froids mensonges »… Qui était Eétes ? Quels mensonges avait-il chassé ? Et pourquoi « froids », était-ce juste une figure de style en rapport avec le fait d'avoir tout brûlé ou y avait-il une autre explication ?

Ces questions se retournaient dans ma tête. Les propriétaires de cette maison, les Londubat-Black, avaient fait quelque chose qui méritait cette punition par le feu. Il s'agissait sans doute d'une vengeance à cause d'une tromperie. Mais ce n'était que le squelette de l'explication. Il manquait le détail.

Je fus distraite de mes interrogations par Morgan qui s'était approchée de l'inscription et de ce fait de la cuve. La cuve était intégralement faite d'un métal gris foncé, avec les bords intérieurs arrondis, et m'arrivais à peu près aux épaules. Elle siffla puis dit :

« Ce que nous avons là dans cette cuve, mes amies, c'est du sang. Du sang séché. Après, je ne peux pas en dire l'origine, mais en tout cas ça reste dérangeant. Les expériences des époux Londubat ne devaient pas être complètement innocentes. Certains rituels nécessitent beaucoup de sang mais ce ne sont pas des rituels très… disons « corrects ». Enfin… Je suppose que la croûte sèche doit être très épaisse, ça a du coagulé et…

– Roh, Morgan ! protestai-je.

– Oui, bon, d'accord. Tiens, c'est quoi ce truc en bois qui dépasse ? Un truc pour touiller le sang ?

Je m'approchai tandis que Morgan saisissait un cylindre en bois qui émergeait de la croûte de sang. Elle essaya d'abord de le bouger puis, comme ce fut un échec, décida de le tirer vers le haut. Svetlana et Luna s'approchèrent à leur tour. Je demandai :

– Ce n'est pas toi qui vient de parler de pièges dont il fallait faire attention ?

– Si mais là, répondit Morgan sans arrêter son effort, il ne s'agit que d'un bâton planté… gnn… dans une cuve de sang. Honnêtement, dis-moi à quoi servirait un piège… gnn… A cet endroit… gnnnn…

Elle réussit finalement à extraire le bâton. L'autre extrémité se révéla être pointue. Morgan le maintint au-dessus de la cube avec un air dubitatif alors que moi et les deux autres nous détournions de la scène – car la vue du bâton ensanglanté gouttant sur la cuve n'était pas très ragoutante. Morgan soupira.

– Un pieu. Pour touiller. Bien sûr. J'avoue être assez déçue de…

Un râle très étouffé la coupa. Svetlana regarda tout atour d'elle, sur ses gardes.

– D'où cela venait-il ?

– Euh… De la cuve, dit une Morgan trop stupéfaite pour bouger.

C'est alors que quelque chose jaillit soudainement de la croûte sanguine, la fracassant avec force et agrippant le bras de Morgan. J'étais assez près pour me rendre compte qu'il s'agissait d'un bras. Un bras humain. Complètement décharné, à la peau brunie, les angles des os ressortant de partout. Le genre de bras que possèdent les cadavres après plusieurs années de décomposition. Et pourtant la main de ce bras serrait fortement le poignet de Morgan qui tenta de reculer. Mais ce à quoi appartenait le bras tira pour attirer mon amie dans la cuve. La Serpentard appuya l'un de ses pieds contre le rebord de la cuve pour exercer une force inverse et de sa main libre essaya de détacher les doigts squelettiques qui l'enserraient.

– Putain ! C'est quoi ça ?!

Prise de panique à l'idée que Morgan ne se retrouve dans la cuve avec la chose qui s'y terrait, je la ceinturai et essayai de tirer en arrière. Morgan me hurla alors que les deux autres accouraient :

– On essaye aucun sort, on ne sait pas ce que c'est ! Laisse ce que tu fais à Svetlana et prend mon poignard sous ma robe ! Vite !

– D… D'accord !

Je laissai de suite ma place à Svetlana, m'accroupit puis passai sous le robe de Morgan à la recherche du poignard. Je n'avais pas réfléchi une seconde à ce que m'avais demandé Morgan. J'avais juste obtempéré. Aussi eu-je un choc lorsque je me retrouvai sous le volant de la robe avec pour vue les magnifiques jambes athlétiques de Morgan – dont l'une d'elle était levée ainsi qu'une culotte en dentelle noire qui laissait voir toute les formes de son anatomie. Le choc ne dura qu'une seconde. Mais il suffit à me mettre le rouge aux joues. C'était beau. Voilà ce que j'avais pensé en voyant cela. Le grognement de Svetlana lorsqu'elle tira Morgan vers l'arrière me fit reprendre mes esprits et je me ruai sur le fourreau du poignard après sa cuisse. Je ressortis de sous la robe avec le poignard. Morgan se tourna vers moi avec un air enragé.

– Plante-moi cette saloperie, Margaret ! Maintenant ! »

Les yeux de Morgan, emplis à la fois d'une rage et d'une confiance sans faille allumèrent en moi un feu intérieur. Je n'hésitai pas une seconde. Je me sentais forte. Je devais l'être, pour Morgan. La cuve était assez haute pour moi. Je me mis sur la pointe des pieds, me penchai en avant sur le rebord et commençai à planter le bras de part en part, poussant de petit cris à chaque fois. La fine chair était facilement transpercée – je fis même passer le couteau jusque de l'autre côté du bras, mais il me fallut une douzaine de coups pour faire lâcher prise à la chose à qui appartenait ce membre décharné. Le bras relâcha d'un coup son étreinte et repartit sous la couche de sang. Svetlana, qui tirait toujours Morgan, partit en arrière accompagnée de celle-ci et elles se retrouvèrent allongées de travers sur la table d'opération qui trônait au milieu de la pièce, l'une sur l'autre. Alors que j'étais restée contre le rebord en regardant les deux filles valdinguer au loin, des doigts se serrèrent avec force sur mon épaule. L'étreinte était si forte que je lâchai le couteau et tombai à genoux. Cette force me semblait inhumaine. Je me tournai vers les autres avec un air de détresse tandis que la main agrippée à mon épaule me maintenait contre le bord de la cuve. J'entendis ensuite quelque chose de plus gros qu'un simple bras émerger de la cuve, ce qui déclencha en moi un frisson gigantesque qui parcourut tout mon dos, depuis ma nuque jusqu'à mon bassin.

Une odeur nauséabonde envahit mes narines. Je n'avais aucune idée de ce que c'était exactement mais ça me rappelait le boucher de mon quartier, en plus fort. Alors que je voyais mes camarades prendre un air médusé, j'entendis à mon oreille une voix désagréable au possible. Impossible de dire s'il s'agissait d'un homme, d'une femme ou d'autre chose. La voix était éraillée et étouffée à la fois, entrecoupée de gargouillis. Et cette voix susurra :

– Eétes… Sale garce… Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même… »

Garce ? Eétes ? Ca n'était pas vraiment une priorité rationnelle, mais ce fut la première constatation que je fis dans mon esprit : Eétes était une femme. Encore une.


Ouuuuh, le méchant cliffhanger ! Vilain Ashkelm, vilain ! Pardon, mais c'est si bon...