Pomme en Or, épée de Glace

Week-end du samedi 24 et du dimanche 25 décembre 1994.

Chapitre 29 : Premier Noël en famille

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- Asseyez-vous, tous les deux. J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer.

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Harry et Eloïse s'étaient assis dans le canapé, aux côtés de Snape qui avait pris place à la droite de Harry. Il ne voulait pas être trop éloigné de ces deux jeunes, et il aurait, au final, préféré que soit Eloya, Damian ou George soient présents.

Il avait plusieurs choses à dire, et toutes n'étaient pas des plus réjouissantes.

- Ce que je vais vous annoncer devra bien entendu rester entre nous.

Snape lança quelques sortilèges autour d'eux, Eloïse devina qu'il jouait la sécurité renforcée. Allait-il en profiter pour dire à Harry qu'il n'était pas seul, et qu'ils étaient là pour le soutenir ?

Eloïse avait craint de ne jamais pouvoir avoir de vraies discussions avec le brun, mais les cours dans la Tour d'Aélis et les disputes avec Ron lui avaient permis de parler avec lui plus souvent qu'elle ne l'avait espéré.

Il s'était excusé, un jour, pour le comportement qu'il avait eu envers elle avec Ron. Il lui avait dit qu'Hermione essayait pourtant de les ramener à la raison mais que ça n'avait pas vraiment fonctionné… Il lui avait annoncé ne pas trouver cela malsain qu'elle soit la fille du professeur de Potions, et lui avait dit que si elle voulait parler, il était là pour elle.

Ça aurait plutôt dû être l'inverse.

Mais en contrepartie, elle avait aidé Harry durant les cours de méditations. Sous sa forme de marmotte et dans son propre esprit, mais elle avait réussi à le faire avancer. Snape avait félicité Eloïse pour cet exploit, car atteindre ainsi le centre de l'âme d'un être vivant n'était pas simple.

Harry et Eloïse étaient apparemment liés par la Magie.

Et cela protégeait Harry. Et le protégerait dans le futur. Snape se devait, à son tour, de protéger sa fille. Pas qu'elle ne soit une proie facile quand on la voyait combattre de toutes ses forces durant les cours de duels, mais elle était fragile. Sans compter qu'elle ne connaissait le monde des Sorciers que depuis moins d'un an…

- Vous serez libre de donner ces informations dans le Livre.

Il inspira, et s'installa un peu plus confortablement dans le canapé, le regard perdu dans le feu de cheminé.

- Je crois que Fred et George ont déjà dû vous mettre au courant, mais Minerva McGonagall semble avoir disparue.

L'entendre de la bouche d'un adulte eut un effet plus réaliste… c'était donc vrai.

- Nous n'en savons pas plus pour le moment, et j'avoue ne pas avoir eu le temps de vérifier ces informations. Il se peut que Nikolaus l'ait contactée pour une mission quelconque dont Dumbledore ne sait rien… Il se passe tellement de choses que pas mal d'informations passent sans que personne ne réagisse. Tout du moins ces derniers temps, pendant les réunions de l'Ordre… mais il est probable que Dumbledore en parle durant le repas.

- Histoire d'égayer le repas, marmonna Eloïse.

- Ton sarcasme est encore à travailler, jeune fille, fit Snape avec un sourire en coin. Mais je contacterai Nikolaus pour lui demander de plus amples informations. Autre chose. Vous allez devoir suivre certaines instructions du professeur Dumbledore, en paraissant les plus naturels possible. Vous aurez toujours un moyen de communiquer via le Livre, mais il vous faudra être extrêmement prudent. Je ne sais pas exactement ce qu'a prévu Albus, mais si vous êtes séparés en groupes, ne faites confiance à personne. Même si vos responsables risquent de faire partie de notre Groupe, je vous en conjure, ne parlez de rien. Discutez seulement au travers des Livres. Il est probable que chaque équipe d'adultes soit soumise à un serment qui l'obligerait à vous dénoncer. Alors que si cela vient du Livre, qui lui est également protégé par de nombreux sortilèges, cela ne posera de problème à personne, et aucun d'entre vous ne pourra, ni ne saura, vous dénoncer. Compris ?

- Oui, monsieur, fit Harry en baissant la tête et prenant discrètement la main d'Eloïse dans la sienne.

- Ça va aller, murmura Snape. Et quand nous sommes ici, Harry, en privé, je te prierai de m'appeler Severus.

La mâchoire du jeune garçon s'ouvrit soudainement.

- Euh…

- Il est plus sympa qu'il en a l'air, fit doucement Eloïse en faisant un signe de tête vers son père. Même Fred et George commencent à l'apprécier, c'est pour dire ! Enfin, peut-être qu'il nous drogue pour que nous l'apprécions…

- Ne plaisante pas avec ça, Elo, gronda doucement Snape.

- Pardon, mais j'avais envie de rire un peu, bouda Eloïse.

- Idiote enfant. Tu n'as pas le droit de bouder !

Harry fit un léger sourire et cela rassura Snape. L'adolescent n'avait plus aucune trace du sortilège de contrainte ni de la potion. Ils lui avaient indiqués que dès qu'il recevrait un ordre étrange, il devrait le leur rapporter immédiatement et ils agiraient en conséquence.

- Harry. J'ai une chose à t'annoncer qui vous concerne tous les deux, Eloïse et toi.

- Et il a peur que tu le tues, renchérit Eloïse pour détendre l'atmosphère qui devenait pesante.

Harry la regarda et se décrispa légèrement.

- Hors de question que je touche à ce professeur, dit-il sincèrement. Surtout si ça peut calmer les blagues de Fred et George…

- Tu rigoles, j'espère ! s'écria Eloïse. C'est encore pire depuis que mon père les aide à préparer leurs potions !

Ils rirent un instant, avant que Snape ne continue.

- Minerva s'est disputée avec Albus, dernièrement. Il avait eu la merveilleuse idée d'annoncer, lors du Bal de Noël, le fait que je sois le père d'Eloïse. Elle lui a clairement dit qu'elle ferait tout pour empêcher cela, car ceci appartient strictement au domaine du privé et qu'il n'a pas à dévoiler la vie de chacun comme cela, devant tout le monde.

- Elle a eu raison, réagit Harry.

- Je suis entièrement d'accord avec toi, Harry, répondit Snape. Et je suis désolé de devoir te haïr devant les autres, parce que je commence à t'apprécier.

- Par pur malheur, renchérit Eloïse. Il ne pouvait pas supporter ton père, il paraît.

- Oui, répondit Harry, Sirius m'a raconté ça… ce n'était pas très glorifiant ce qu'ils vous ont fait. Je suis désolé, professeur.

- Tu n'as pas à t'excuser pour ça, ce n'était pas toi, fit lentement Snape qui but une gorgée de thé avant de reprendre.

Les quelques discussions avec Lupin lui avaient légèrement remis les idées en place. Ils en étaient venus à la conclusion que Severus haïssait Potter Père, pas le Fils. Mais Snape et ses habitudes… il était difficile pour lui de résoudre cette énigme psychologique qui se formait dans sa tête depuis des années…

- Papa chéri, tu peux en venir au fait, s'il te plaît ? demanda doucement Eloïse.

Snape la regarda avant de laisser échapper un rire. Sa fille venait de l'appeler… papa chéri ?

- Aller, s'il te plaît. Harry, ne te fâche pas, s'il te plaît. Je crois savoir ce qu'il veut te dire, mais on a peur de ta réaction…

- Pas de souci, je resterai sage, alors, répliqua le jeune garçon en souriant. Qu'y-a-t'il, professeur ?

Harry souriait. Mais c'était un sourire crispé. Pourquoi Eloïse avait-elle un visage aussi sérieux ? Que voulait lui annoncer Snape ?

- Severus.

Severus ? … Pourquoi ?

En voyant qu'Eloïse acquiesçait, il finit par réagir sans laisser paraître le léger stress qui séchait sa gorge.

- Très bien… Severus.

Le prénom était très étrange à prononcer. Et dire qu'il prenait le thé avec l'homme qu'il détestait de tout son cœur depuis la première année…

Prendre un thé avec Severus Snape, la terreur des cachots, la chauve-souris, le professeur qui haïssait les Gryffondors.

Un professeur de potions qui avait très certainement les capacités nécessaires pour mettre du poison dans ce thé qui sentait horriblement bon.

Un regard en coin vers son professeur dont les yeux voyageaient entre lui et sa tasse le fit ravaler sa salive.

- Albus nous a raconté, il y a quelques semaines, quelque chose qui me paraissait sur le coup assez improbable. Mais, en recherchant quelques preuves et en faisant quelques tests, nous ne pouvons plus douter.

Snape inspira profondément.

- Lily vint un soir chez moi, pour discuter. Nous étions redevenus amis après la sixième année, malgré mes erreurs. Mais nous restions très éloignés l'un de l'autre, car j'ai toujours éprouvé une trop grande amitié envers elle. Nous avions grandi ensemble, nous allions ensemble au parc du village où nous habitions, avant d'entrer à Poudlard.

- Oui, Sirius avait dit que vous aviez des… sentiments… l'un pour l'autre, murmura Harry. Il me l'a raconté peu après la première épreuve du Tournoi, rajouta-t-il comme pour se justifier.

- Effectivement. Mais je m'étais fait une raison, j'avais fait les mauvais choix et je ne l'avais compris que trop tard. Bien trop tard.

Mais Lily ne se sentait pas bien, ce soir-là. Elle préparait le mariage avec ton père, et ils s'étaient disputés fortement. Je crois que James voulait faire un mariage à thème alors que Lily souhaitait un mariage traditionnel. Enfin, toujours est-il qu'elle a sonné à ma porte et avait besoin de parler.

La soirée était déjà bien entamée quand je lui ai proposé de manger quelque chose. Nous avions cuisiné ensemble dans la maison que j'avais acheté avec l'argent hérité d'une tante éloignée qui, au contraire de toute la famille, n'avait jamais renié ma mère.

Il faisait frais et nous avions pas mal bu. Un peu trop, certainement.

Snape inspira encore une fois. Un léger vent de panique souhaitant atteindre ses poumons.

Il devait bloquer ses sentiments.

Bloquer sa rage de ne pas avoir été assez sobre, de ne pas avoir analysé les faits, les indices.

Si indices il y avait eu.

- Lorsqu'Albus m'a raconté qu'Eloïse était le fruit de cette nuit-là, j'ai nié. Lily n'aurait jamais fait une chose pareille. Et encore moins abandonner un enfant.

Snape avait l'air furieux, et Harry se tendit dans le canapé. Eloïse lui pressa la main, et fut soulagée qu'il ne la rejette pas. Elle-même ne connaissait pas toute l'histoire.

Snape reprit, plus rapidement. Il voulait en finir, de cette histoire. C'était du passé, et ils devraient faire avec. Vivre avec, certes, mais surtout pouvoir construire un futur meilleur que celui qui se profilait à l'horizon de leur Monde.

- En fait, après cette fameuse nuit, Lily m'avait annoncé qu'elle ne souhaitait plus me voir. Que nous n'étions plus amis. Et ce, pour la seconde fois de notre vie. Que c'était mieux ainsi. Elle disait qu'elle m'apprécierait toujours, et que je serais le seul meilleur ami qu'elle n'ait jamais eu, pour toujours. À jamais. Et elle transplana.

Quelques mois plus tard, elle s'appelait Lily Potter.

En réalité, après toute cette histoire, j'ai préféré enfermer mes souvenirs dans des fioles que j'avais moi-même oublié. C'est pour cela que j'ai été assez désagréable avec toi, ensuite, Eloïse. Je m'en excuse. Mais… je ne comprenais pas comment j'avais pu vouloir oublier cette merveilleuse soirée.

Lily riait aux éclats, nous avions mangé, joué aux cartes, nous avions ri des bêtises des maraudeurs… je m'étais ouvertement moqué de son futur époux sans qu'elle ne m'en veuille. Ce fut une très belle soirée, en somme.

Mais Albus m'avait alors raconté, il y a quelques semaines, que Lily était tombée enceinte. Il ne savait pas qui était le père, malgré quelques doutes. Lily ne lui a jamais rien raconté. Il était pourtant le gardien du secret. Albus Dumbledore avait alors pour mission d'amener l'enfant le plus loin possible de ce monde, de la guerre.

Et dans une famille inconnue. Lily ne voulait pas garder l'enfant et a fait de son mieux pour cacher cette grossesse. Cela la faisait souffrir intérieurement, mais elle n'avait pas réellement le choix. Avoir eu une aventure, avec un mangemort ? Enfin… Personne ne le remarqua, d'ailleurs. James n'en su rien non plus, pourtant ils étaient bel et bien ensemble à cette période… Un médicomage, qui fut ancien ami d'Albus, avait usé de beaucoup de magie sur Lily, afin qu'elle ne soit pas dérangée pour cacher le ventre qui commençait à gonfler légèrement et faire en sorte que ce soit le moins visible possible. Elle nous a caché à tous cette grossesse involontaire, ainsi que l'accouchement.

- Comment… intervint doucement Harry, sous le choc.

- Je ne sais pas, Harry, fit Snape en mettant sa main sur l'épaule du garçon.

Snape, hésitant, pris doucement le menton de Harry et le regarda dans les yeux.

- Ce n'est certainement pas le meilleur moment pour te parler de tout cela, mais nous ne pouvions pas garder cela pour nous. Tu comprends ?

Harry hocha imperceptiblement la tête.

Harry avait entendu.

Il avait froid.

Les sons avaient formé des mots, ces mots avaient formé une phrase.

Le tout avait un sens.

Mais...

Vraiment ?

Pourquoi, chaque année, devait-il vivre des choses qui n'étaient, en soi, pas "normales" ? Pourquoi lui ?

Et si Ron l'apprenait ?

Même si Ron ne lui parlait quasiment qu'un jour sur deux, pourquoi fallait-il qu'il ait un lien aussi "proche" de Snape ?

Sa mère... et... Snape ? Ensemble ?

Il tentait d'intérioriser. De ne pas montrer un visage trop sensible ou ne serait-ce qu'une légère réaction.

Si les heures de méditations lui avaient apporté quelque chose, ce fut bien la maîtrise de son visage, et d'éviter au possible les impulsions qui avaient rythmé ses pas jusqu'alors.

Eloïse semblait craindre sa réaction.

Snape avait le visage fermé, bien qu'il puisse y voir une gêne.

Snape et Eloïse. C'était déjà assez étrange de découvrir en Snape un père attentif envers Eloïse. Enfin, surtout depuis l'attaque de Poudlard...

Ils avaient fait de leur mieux pour lui annoncer la nouvelle en privé, loin des oreilles indiscrètes.

Mais pourquoi maintenant ?

Pourquoi Snape ?

Pourquoi Snape et Lily ?

Lily Evans Potter.

Une élève sérieuse, jolie, souriante. Une mère de famille.

Mais... pourquoi avait-elle abandonné Eloïse ?

Il savait, au fond de lui, que les sorciers voyaient d'un mauvais œil les naissances hors mariage.

Il savait aussi que son père avait toujours haït Snape.

Mais à cette instant, la seule question que son cerveau était capable de poser était...

Pourquoi ? Pourquoi ?

Si elle était si aimante, pourquoi avoir abandonné son premier enfant ?

Pourquoi personne n'avait été au courant, pas même Snape ?

Snape qui était en train de leur dire, d'une voix grave et basse, qu'il avait, grâce à Nikolaus Wenzel, découvert qu'il avait été sous l'emprise d'un charme d'obscurité sur un souvenir fort, et que ce même souvenir avait été parfaitement englobé par le charme. Et qu'il avait été assez idiot pour ne pas le remarquer… Nikolaus lui avait dit que la méfiance inconsciente n'agissait pas si la personne avait atteint votre cœur. Et comme Elle était sa meilleure amie, ses pouvoirs n'avaient pas combattu. Ce fut un charme étrange… très difficile à exécuter. Qui plus est durant le sommeil… Pour une merveilleuse Gryffondor, elle avait réagi en Serpentard…

Harry avait froid.

- Eloïse est ta demi-sœur, et nous sommes là pour toi. Nous ne pourrons pas le dire à tout le monde, et j'espère que Dumbledore restera silencieux sur cela. A moins qu'il n'essaye de te déstabiliser avec cet argument. Mais soyez certains tous les deux, que Lily vous a aimés. Elle était bloquée entre plusieurs situations, et un enfant hors-mariage était inconcevable. Encore aujourd'hui, cela serait très mal vu.

Harry était écœuré des cachotteries de Dumbledore.

Il lui avait délibérément caché l'existence d'une soeur.
Ou demie-soeur. Peu importe.

Il avait une soeur. Il avait une soeur !

Un léger sourire habilla ses lèvres sèches.

Oui... il avait une grande soeur.

Il n'était plus orphelin.

Parce que cette sœur avait un père encore en vie.

Il n'était plus orphelin.

Il avait une famille.

Peut-être pas la meilleure au monde. Peut-être.

Mais il n'était plus seul.

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Harry fixait le feu de cheminée depuis plusieurs minutes. Snape lui avait apporté un chocolat chaud avec de la cannelle. Il semblait apprécier le geste tout autant qu'Eloïse. Il ne pouvait pas prononcer un mot. Le silence qui s'était posé sur la pièce seulement éclairée par le feu crépitant et les bougies était plutôt serein. Snape attendait plutôt une explosion, un surplus de magie.

- Ça va Harry ? murmura Eloïse, incertaine.

- Il va avoir besoin de temps, répondit Snape. Le repas est dans une heure.

- Tu m'en veux, Harry ? demanda Eloïse.

Harry la regarda un instant avant de baisser les yeux sur sa tasse.

- Non. J'aurais aimé connaître ma mère, c'est tout. Mais c'est certainement pareil pour toi, alors…

- Tu peux nous en parler, Harry, intervint Snape. Eloïse aussi aurait aimé grandir avec une famille aimante. Vous êtes différents, mais vous avez tout de même plusieurs points communs.

- Tu… commença Eloïse. Tu pourrais nous raconter quelques moments avec Lily ?

Eloïse avait presque murmuré. Elle n'osait pas trop demander des choses à la personne qui l'avait instruite sur le monde de la magie alors qu'elle venait d'un endroit totalement différent et qu'ils ne se connaissaient pas. Elle détestait le rejet et elle se sentait mal, ces derniers jours… ses doigts frôlèrent inconsciemment le bracelet tiède qui brillait doucement autour de son poignet.

- Nous verrons, oui. Plus tard. Nikolaus va passer dans quelques minutes, mais je vous conseillerai de rester ici, au calme, jusqu'au repas.

Eloïse soupira et s'affaissa encore un peu plus sur les coussins du canapé. Elle jeta un œil à Harry qui était plongé dans ses pensées.

Harry pensait. Réfléchissait. Repassait les informations devant ses yeux, observant le feu de bois devant eux.

Après quelques minutes – ou plus, certainement plus – il osa un regard discret vers la jeune brune qui avait fait apparition dans leurs vies au début de l'année.

Elle avait ouvert son Livre assez brusquement. Il avait dû chauffer légèrement, pensa Harry. Ses mains tremblaient.

« Ça va Elo ? » avait écrit Luna.

« Oui… »

« Le temps est venu ? »

« Oui »

« Ça se passe comment ? »

« Harry est trop silencieux… j'ai peur de sa réaction. »

- C'est parce que je réfléchis, fit le concerné en souriant doucement.

Eloïse sursauta et le regarda, étonnée de ne pas avoir remarqué qu'il ait lu le message. Il s'installa en tailleur sur le canapé, face à elle.

- Je peux écrire ?

En réponse, Eloïse lui tendit le livre et un stylo.

« C'est moi, Harry. Eloïse s'inquiète trop… ça va. Mais j'ai peur de la tournure des évènements. Que se passe-t-il à Poudlard ? Que va-t-on faire pour le Tournoi ? »

« Chaque chose en son temps » répondit Luna. « La lune éclairera votre voie, mais concentrez-vous sur les moments que vous vivez. Dorian dit que c'est très important de compter les uns sur les autres. »

« Il est avec toi ? »

« Oui, dans une tour à Barlheid, Poudlard est en mauvais état. Certains Serpentard sont venus aussi, et sont sages comme des images. Ils ont peur de la réaction des autres… Et l'ami des Joncheruines les a ignorés comme des pommes de terre qui pourrissent sous terre. C'est très triste. Mais je dois vous laisser, nous devons manger. Passez une belle fête de Noël ! »

Eloïse reprit le Livre des mains de Harry alors que le dit Nikolaus arrivait par Portoloin International.

Elle aurait bien aimé avoir un peu plus de calme.

Harry aussi.

- Bonjour les enfants, bonjour Severus. Tout le monde va bien, ici ?

- Bonsoir, firent les trois hôtes d'une même voix.

- Ca peut aller. Je viens d'expliquer à Harry et Eloïse une partie de la jeunesse de Lily…

- Ah, tu le leur as annoncé. Très bien.

- Je le savais déjà, mais… fit doucement Eloïse.

- Tout va bien Eloïse, ne t'inquiètes pas, fit Harry.

- Vous ne réagissez pas du tout comme votre père aurait réagi, fit Nikolaus le sourire aux lèvres.

- Pour une fois que quelqu'un lui dit qu'il est différent de son père, remarqua Severus.

- Surprenant, murmura Eloïse alors que Harry souriait ouvertement à la remarque.

Nikolaus leur offrit des paquets.

- C'est pour vous. J'avais entrevu Eloïse lors de la réunion à Barlheid, et entendu parler de toi aussi Harry, par Lukas et Dorian. J'ai voulu vous faire un petit cadeau pour Noël.

Nikolaus tendit les paquets et observa Snape.

- D'ailleurs, j'ai rendu une petite visite aux parents de la jeune Hermione Granger. Ses parents furent très étonnés de la situation et n'avaient reçu aucune nouvelle de Poudlard. Ils auraient voulu passer Noël avec leur fille. Tu pourras lui transmettre ce présent de leur part ? Ils s'inquiètent, et je pense les rapatrier à Barlheid.

- Qu'en pense Albus ?

- Je ne lui en parlerai pas, son avis m'importe peu.

Les deux adolescents ouvrirent leurs paquets sans demander leur reste. Harry avait, dans les mains, un cadre photo avec ses parents, accompagnés d'un autre couple qu'il ne connaissait pas.

Eloïse, elle, avait une photo de sa mère qui riait avec deux garçons plus jeunes sur ses genoux. Sirius et Nikolaus posaient tranquillement derrière elle, devant le sapin de Noël.

- C'est Lily avec Damian et Sebastian, c'était Noël 1980 et ils devaient avoir six ans environ. Harry était né en juillet et se trouvait avec son père, près du feu.

- Vous connaissiez mes parents ? demanda vivement Harry.

- Oui, mais surtout votre mère. James a toujours été très extravagant et aimait se montrer, ce n'était pas trop le genre de personnes que je côtoyais bien que nos parents respectifs étaient très proches. Enfin, surtout ta grand-mère paternelle qui était très amie avec la mienne, elles s'étaient rencontrées lors d'un séminaire en Amérique du Nord, je crois.

Harry et Eloïse sortirent tour à tour un petit paquet bleu turquoise du plus grand emballage. Nikolaus leur léguait deux chaînes en or massif, avec une montre en pendentif. Elle pouvait servir de montre, mais aussi de boussole ou encore de détecteur d'ennemis.

- Ceci est un cadeau du Domaine secret, les enfants. Barlheid est très spécial dans son genre, et protégé par de la Magie très ancienne. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais vous serez toujours les bienvenus parmi nous.

Les deux adolescents le remercièrent vivement de ces attentions et laissèrent les deux adultes discuter. Ils observèrent leurs cadeaux respectifs et posèrent les deux cadres sur la table basse. Harry ne souhaitait pas que Ron voit ça. Il trouverait encore un moyen de tout gâcher…

- Eh, mais j'y pense, fit Harry. C'est ton premier Noël sorcier, non ?

- Oui… il y a quelque chose que je devrais savoir ?

- Non, mais j'avoue que le début d'année a été chargé, mais m'a quand-même paru long…

- À moi aussi, je te rassure. Je suis contente d'avoir un temps de répit…

- Tu m'étonnes. Snape, enfin… ton père, a l'air vraiment sympa, finalement.

- Oui, mais il ne faut pas le mettre en colère, répondit Eloïse en souriant.

- Ça, je veux bien te croire.

- J'ai un peu peur du repas de ce soir…

- Faut pas, répondit Harry. On est là, puis… bien que ça me fasse mal de dire ça, Ron a été assez idiot ces derniers temps. Que ce soit de sa faute ou non, j'aurais pensé que notre amitié était plus forte que ça…

- Elle l'est, je pense. Il doit juste combattre…

- Il est peut-être trop tard, s'il ne s'en est pas encore rendu compte… non ?

- J'en sais rien, Harry…

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La soirée avait débuté depuis quelques dizaines de minutes et le repas attendait les derniers invités. Dumbledore était arrivé avec quelques minutes de retard, et donna quelques informations sur l'organisation de Barlheid.

Des cours se feraient après Noël, et il était assez probable que les jeunes doivent quitter cette maison afin de rejoindre d'autres élèves.

Nikolaus et Severus rejoignirent la table, en même temps que Fred, George, Harry et Eloïse. Hermione et Ron se regardaient en chien de faïence car Ron avait eu l'idée ingénieuse de lui demander si elle ne préférait pas être ici plutôt que sans cavalier à un bal où elle n'aurait pas eu d'amis pour la consoler.

De son côté, Nikolaus informa neutralement Albus Dumbledore qu'il était, pour des questions de sécurité, hors de question qu'Albus débarque à l'improviste et ce, chaque jour, à Barlheid.

Quelques décès étaient à faire connaître aussi, même si Snape marmonna que ce n'était pas le moment d'annoncer de tristes nouvelles.

Un futur mariage se préparait également, celui d'un couple que personne ne connaissait à part Albus, Severus et Nikolaus.

Eloïse observait les décorations. A part l'arbre qui faisait une sale tête, les guirlandes étouffaient la pièce. Il y en avait aussi sur la table, sur les pieds et dossiers des chaises. Mais qu'avait voulu faire Molly, à part les occuper afin qu'ils ne réfléchissent pas trop ?

Mr. Weasley servit du café aux personnes présentes, et les jumeaux Weasley posèrent quelques cadeaux sous le sapin improvisé pour la fête.

- Je ne veux même pas savoir ce qu'il y a dedans, chuchota Hermione.

Snape se leva et eut un petit rictus en posant les deux cadeaux qu'il avait lui aussi amené. Eloïse regarda les deux paquets, étonnée. Elle avait déjà eu son cadeau, dans leurs appartements. Un livre de Soins et une belle écharpe verte. Alors qu'étaient ceux-là ? A qui étaient-ils destinés ?

Les autres firent de même et posèrent les paquets sur le sol. Le plateau de tasses de thé et de café passa devant chacun, et Ginny lança un accio sur les paquets afin d'avoir les siens, imitée bien rapidement par les autres.

Eloïse regarda Dumbledore sourire en déchirant un papier cadeau sur lequel des sucettes au citron dansaient.

- Merci bien, messieurs Weasley, pour ce rasoir, fit le directeur de Poudlard en se retenant de rire.

- Tiens, je me demande bien qui m'a offert ça, grogna Harry en déchiffrant un document qui semblait très officiel.

Hermione le lui prit assez violemment des mains afin de le lire, et Eloïse et Ron se penchèrent également sur le document avant d'éclater de rire.

- Pouvons-nous savoir ce qu'il y a de drôle sur un document provenant de Sainte Mangouste, Harry ? demanda Arthur.

- Ont-ils enfin découvert que vous avez hérité de l'imbécilité de votre père ? lança Snape avant de se prendre un coussin sur la tête de la part de sa fille.

- Vous ne croyez pas si bien dire, chuchota Ron, ce qui déclencha un nouveau fou rire de la part des adultes.

Mis à part Arthur et Snape qui en avaient sacrément marre des piques du plus jeune garçon.

- Tiens, papa, fit Eloïse.

Le lapsus n'était pas réellement passé inaperçu, mais c'était prévu. Severus souhaitait qu'ils prennent de court Dumbledore et annoncent eux-mêmes leur lien de parenté.

Severus haussa un sourcil et lut à voix haute…

- « Hôpital Sainte Mangouste, Londres (…) Cher Monsieur Harry James Potter, nous avons l'honneur de vous annoncer que suite à des examens sanguins, votre souhait de connaître l'identité réelle de vos parents a été exaucé. Votre père génétique est le Professeur et Maître en Potions Severus Snape, (…). »

Un regard noir se dirigea vers les jumeaux Weasley. Snape eut un léger rictus, alors que Harry fusillait les autres du regard.

- C'est une blague ? Lança-t-il, peut convaincu.

Les jumeaux et Hermione explosèrent alors de rire. Bien entendu…

Le Maître des Cachots reçu bien entendu une bouteille de shampoing contre cheveux gras. Il ne releva pas, après-tout, si cela pouvait les amuser un peu…

Enfin, pas trop non plus.

Les jumeaux ouvrirent leurs cadeaux en chœur, jusqu'à ce qu'ils voient ce que contenait le paquet venant de leur professeur préféré.

- Un « Livre de Potions pour les Nuls », fit Fred.

- Et du shampoing pour rendre plus intelligent, rajouta George.

- Et un pot de cornichons !

- Il y a un mot, attends…

« J'ai pensé que vous aimeriez passer Noël avec vos congénères. »

- Oh, un crapaud avec… euh… un fouet dans du formol, professeur ?

…Avec un papier « ce à quoi vous ressembleriez si… »

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