Bourg Geon / Deux semaines plus tard
– Tu n'es qu'un stupide donneur de leçons. Aujourd'hui je t'ai remis à ta place. Tu n'es qu'un insecte qui a voulu jouer dans la cour des grands. Voilà où ça t'a mené...
– LA FERME !
– Pfff, ton esprit est brisé. J'ai eu ce qu'il me fallait. Adieu Yuki. Je vais mourir, mais tu viens avec moi...
Le dernier des R8 pointa son pistolet sur le jeune homme. Yukihiro se tint debout devant la balle, affrontant sans peur son terrible adversaire. Mais d'un rictus mauvais, Konrad tourna son arme et abattit un à un les Pokémon de Yukihiro. Le jeune homme courut vers son opposant mais ce dernier s'éloignait de plus en plus. Épuisé, le jeune homme tomba au sol, seul. Le vide se fit autour de lui, puis, le sol se déroba et il plongea dans un chute sans fin...
Le contact de l'eau froide lui fit ouvrir les yeux. Il se trouvait à présent dans une clairière verdoyante. Se relevant, il constata qu'il était nu, dans un petit point d'eau.
– Comment ai-je atterri ici ? s'étonna à voix haute le jeune homme, où est le complexe ? Où sont... Bordel ! KONRAD !
– Calme-toi, jeune humain, tu es en train de rêver.
– Alors ce n'était qu'un rêve ? Mais pourquoi je ne me réveille pas pour autant ? Je ne peux pas continuer de rêver si je sais que c'est un rêve !
– C'est un point de vue intéressant Yukihiro... Mais nous ne sommes pas là pour en discuter. Ce rêve dont tu parles, tu le vis en boucle depuis 2 semaines.
– … Je, je me souviens... J'étais parti pour détruire le complexe. Mais Kusanagi... Et Ajaw... Comment ai-je pu laisser arriver ça ? Comment ?!
– Guéris ton âme, jeune dresseur. Le poison de la mort la consume petit à petit et tu risques de ne plus te réveiller. Jamais.
– Ce serait peut-être mieux pour tout le monde. J'ai été un meurtrier. Je mérite de mourir. Je n'ai pas respecté le serment de protéger mes Pokémon... Je suis un moins que rien.
– Non Yukihiro. Tu as commis des erreurs, certes, mais tu n'es pas un moins que rien. Quant à Kusanagi et Ajaw, ce furent de braves Pokémon dont l'amour pour leur dresseur les a conduit à se sacrifier pour qu'il puisse vivre. Hors, en souhaitant mourir, tu trahis leur mémoire. N'oublie pas non plus ceux qui sont encore à tes côtés. Seika, Mantra et Fjara se laissent mourir de chagrin. Chaque jour qui passe, ils te sentent de plus en plus loin. Pour eux aussi, tu dois te réveiller.
– Mais ça fait trop mal, pleura le jeune homme, je ne peux pas affronter la vérité.
– Parfois, affronter la mort est plus attirant que d'affronter la vie. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut choisir la voie la plus facile. Reviens-nous, Yukihiro. Guéris ton corps, guéris ton cœur, guéris ton âme. Redeviens l'homme que tu souhaites être.
– … Que s'est-il passé ensuite ? Je me souviens d'une chute et puis plus rien.
– Et bien la Colère de Seika fut si importante qu'il a réduit le complexe à néant. Cet Arcanin a une puissance terrifiante. Ce sont les scientifiques qui vous ont sauvé, toi et Mantra. Grâce à leurs Pokémon, ils vous ont évité une chute de quatre étages. Mais l'attaque Colère semblait ne vouloir jamais s'arrêter. Après quelques minutes, dans un diamètre de plus de 15 m, toute trace de forêt, débris ou quoi que ce soit d'autre avait disparu, laissant une terre stérile et brûlée. Seika se trouvait au centre, la colère ayant laissée place à la détresse. Ton ami Rémy vous a ensuite conduit à Bourg Geon, dans le laboratoire du professeur Orme. Dès lors, vous n'en avez plus bougé. Toi, dans le coma. Tes Pokémon à tes cotés. Tu as eu de la visite : Gold, Célesta, Agathe, Armand et même Klaus lorsque le laboratoire était vide. Tous ont parlé mais tu es resté hermétique.
– Mais pas à toi...
– Non. Car en tant que Pokémon, j'ai plus de pouvoir qu'eux.
– Tu es toujours là pour moi. Pour me sauver d'une meute de Caninos enragés, me ramener dans le droit chemin et là encore pour me sortir du coma. Pourquoi ?
– Parce que nos destins sont liés, Yukihiro. Je l'ai su lorsque nous sommes entrés en contact la première fois. Tu es celui que j'attendais.
– Je ne comprends pas... Mais bon, je sais qu'avec toi, tout reste dans le mystère. Même ton nom ou ton apparence. Tu ne veux toujours rien me révéler ?
– Ce n'est toujours pas le moment, jeune dresseur. Mais si tu as besoin de moi, repense à ce lieu. Alors mon esprit s'ouvrira au tien et je te contacterai.
– J'espère que je ne serai pas à nouveau nu. Ça me met mal à l'aise...
– Je m'excuse. Comme nous, les Pokémon, nous ne nous embarrassons pas de morceaux de tissus, j'oublie que ce n'est pas votre cas. J'y penserai.
– Merci. Je vais me réveiller à présent.
Dans ce qui lui parut un effort monstrueux, le jeune garçon ouvrit les yeux et sentit immédiatement la faiblesse de son corps. Il avait perdu beaucoup de sang face à Konrad et être resté deux semaines sans bouger lui donnait l'impression que ses muscles ne pourraient jamais le porter. Il tourna légèrement la tête et aussitôt, ses Pokémon se ruèrent à ses côtés. Eux aussi avaient l'air très diminués, comme s'ils avaient souhaité partager l'état de leur dresseur pour le soutenir.
– Je suis désolé..., fit le jeune homme d'une voix faible, je suis désolé...
Mantra, au prix d'un effort intense, grimpa sur le lit et vint se blottir contre son dresseur en gémissant tandis que Seika lui léchait le visage. Ensemble, ils partagèrent la souffrance de la perte de leurs amis mais aussi le soulagement de s'être tous retrouvés. Seika se recoucha et Fjara vint s'installer sur la fourrure de son partenaire. Yukihiro regarda par la fenêtre et constata que le soleil était en train de se lever. Si, comme l'avait dit le mystérieux Pokémon, deux semaines étaient passées, alors le printemps était arrivé. Cette froide pluie d'automne lors de sa rencontre avec Seika semblait bien loin à présent. La porte s'ouvrit et Rémy sourit en voyant les yeux ouverts de Yukihiro.
– J'ai crains que tu ne les ouvre plus avant longtemps, Yuki, fit le jeune chercheur en s'approchant.
– J'ai eu l'aide de mon ange gardien personnel. Je n'entre pas dans les détails, c'est un peu compliqué. Disons qu'il m'a mis un peu au jus. Il n'y a qu'un détail dont il n'a pas fait part... Qu'avez vous fait des corps de Kusanagi et Ajaw ?
– Et bien, rien. Lorsque le bâtiment s'est effondré, leurs corps ont aussi été récupéré. Mais une fois que Seika a repris ses esprits, il les a traînés un peu plus loin dans la forêt et leur a creusé à chacun une tombe. J'ai laissé leurs Pokéball devant. Je suis désolé...
– Tu n'as pas à l'être. Toi comme Seika avez fait ce qu'il fallait. Le seul à devoir être désolé, c'est moi. Je suis coupable de bien des choses. Je pensais payer pour mes mauvaises actions. Au lieu de ça, ce sont mes amis qui ont perdu la vie...
– Je ne sais pas à quel point cela peut être dur pour toi, et je ne peux peut-être même pas l'imaginer. Mais sache que tu peux compter sur moi. Tu peux rester ici jusqu'à ce que tu soies remis.
– Merci. À toi et au professeur Orme. Je présume que Gold a insisté pour que je reste ici, n'est-ce pas ?
– Il l'a fait. Mais même sans ses suppliques, le professeur t'aurait gardé ici. Il n'est pas du genre à abandonner quelqu'un dans le besoin. Je dirai que c'est au niveau... judiciaire qu'il t'a été le plus utile. Il a dors et déjà informé la police que tu avais plus fait contre la Team Rocket que pour leur venir en aide et s'est porté garant pour toi. Comment refuser cette fleur à celui qui a sauvé Johto de la Team Rocket ? Il est déjà parti pour affronter le Conseil des Quatre. Il a vaincu Sandra à Ebenelle et a aussi plaidé ta cause auprès de Peter afin que ton « casier » ne soit pas un obstacle à tes envies de collecter les badges. Tu as également eu énormément de soutien de la part de nombreuses personnes qui disent avoir été sauvées par « le Capitaine au Arcanin doré ». Les sœurs kimonos ont aussi milité pour ton amnistie.
Le jeune dresseur ne savait pas trop quoi en penser. Il était heureux de voir que beaucoup de personnes lui étaient reconnaissantes et de leur soutien mais en même temps, il ne pensait pas le mériter.
– C'est gentil à eux. Mais je ne vais pas collecter les badges. C'est fini...
– Comment ça ? l'interrogea Rémy.
– J'ai cessé d'être dresseur de Pokémon au moment où Kusanagi est mort. Le premier devoir d'un dresseur est de veiller au bien être de ses partenaires. C'est la première chose qu'Armand et Agathe m'ont apprise. En bafouant cette règle d'or, je n'ai plus le droit de prétendre à ce titre, dit faiblement le jeune homme.
– Il faut que tu arrêtes de t'en vouloir pour ça. Ils se sont...
– Ne me cherchez pas d'excuses ! s'exclama Yukihiro avant de se mettre à tousser violemment.
Lorsque la toux fut passée, il regarda les yeux de Mantra, toujours aussi tristes. La flamme de ses Pokémon s'était éteinte comme la sienne.
– C'est fini, c'est tout. Ce sont mes compagnons mais c'est tout...
Rémy ne sut pas quoi répondre et quitta les lieux. Le professeur Orme vint à son tour et le jeune homme originaire de Doublonville le remercia de son hospitalité et répondit poliment à ses questions. Défilèrent ensuite Agathe, Armand et Célesta qui remarquèrent que si le corps du jeune homme avait repris son fonctionnement normal, son esprit restait rongé par la culpabilité. Célesta fit un énorme effort pour ne pas pleurer de nouveau et fit de son mieux pour réconforter son ami. Elle n'eut hélas pas plus de succès que ceux qui s'y étaient essayés avant.
Et la journée passa. Yukihiro mangea peu mais mangea tout de même. Ses Pokémon aussi. Ensemble, ils mirent en route le processus de rétablissement de leur corps. Fatigués par de trop nombreuses nuits sans sommeil, Seika, Mantra et Fjara s'endormirent avant vingt heures. Le jeune homme entendit le professeur Orme quitter le laboratoire. Seule Célesta restait de « garde » pour s'assurer qu'il n'y ait aucun problème. Ce qui n'empêcha pas une intrusion dont personne n'entendrait jamais parler.
– Salut, « Red ».
Le jeune homme tourna légèrement la tête pour découvrir Silver qui venait de passer par la fenêtre. Comme si c'était tout à fait normal, le fils de Giovanni tira une chaise et s'installa au chevet de Yukihiro.
– T'es encore plus dans un sale état que Gold ne l'a laissé entendre. Il m'a dit que tu ne t'étais toujours pas réveillé depuis. Visiblement, c'était une métaphore sur ton état psychique. Tu as les yeux qui puent la mort... Rien de bon ne se dégage de chez toi, c'est encore pire que lorsque tu étais le larbin d'Amos.
– Tu sais vraiment parler aux gens, toi. Si je n'étais pas déjà au plus bas, tu m'aurais aidé à l'atteindre. Que me veux-tu ?
– Partager avec toi. Tu n'es pas le seul à affronter des épreuves déroutantes, bien que je ne sois pas responsable de la mort de l'un de mes Pokémon...
– Mais, balbutia le dresseur de Doublonville, comment peux-tu te montrer aussi cruel ?! Je... je...
– Penses-tu sincèrement que de la compassion t'aidera à sortir de cet état ? Il faut que tu avances, crétin. Que tu te dises : « Oui, deux de mes Pokémon sont morts à cause de moi. ». Acceptes tes erreurs, reconnaît tes torts. Et revis. Lève toi de nouveau. Où est-passé le fameux « Red », dresseur invaincu en un combat ? Celui qui se battait avec tant de plaisir, élaborait ses stratégies et montrait tant d'expressivité au combat ?
– Il n'est plus là. Toute trace de ce que j'ai pu être a disparu.
– C'est faux, insista Silver, tu te barricades de nouveau dans des mensonges. C'est ce que j'ai fait moi aussi. J'ai toujours trouvé des excuses à mes défaites face à Gold et même à Peter. Mais lorsque, sûr de moi, je lui ai barré la route alors qu'il voulait rejoindre la Ligue Pokémon, j'ai déchanté. Je n'ai pas mis un seul de ses Pokémon K.O. et il n'a jamais changé de Pokémon. Seul Mentali a mis tour à tour mes Pokémon au tapis. C'était i jours. J'ai du beaucoup réfléchir et voir ce qui n'allait pas. Puis j'ai remarqué que moi, contrairement à toi ou à Gold, je n'étais pas un vrai dresseur. Je me moquais de ce que mes Pokémon pouvaient penser. J'avais l'impression de faire ce qu'il fallait puisqu'ils ne protestaient jamais. Mais Peter puis Gold m'ont mis sur la voie. Je dois changer mon comportement vis à vis d'eux.
– Pourquoi me dire tout ça ? Aux dernières nouvelles, je n'étais qu'un traître de Rocket qui n'était pas digne.
– C'est vrai. Mais dès fois, il faut aussi pardonner. Ma vision étriquée des choses m'était indirectement imposée par mon père. Trop désireux d'être son opposé, j'ai aussi mis de côté ce qu'il y avait de bon en lui, car hélas, il y en avait. Sa proximité avec ses Pokémon était indiscutable.
– …
– Désolé de t'infliger ça. Ma venue avait un autre but. Mais je ne dirai rien à un Yukihiro sans âme.
Le jeune homme ne répondit même pas et vit Silver se mordre la lèvre inférieure, comme s'il se retenait de frapper son interlocuteur. Puis son regard se posa ailleurs.
– Qu'est-ce que tu as dans ce sac ?
La question surprit Yukihiro qui réfléchit un instant puis repensa aux œufs. Le fils de Giovanni se pencha, et vida sur le lit le contenu d'un vieux sac.
– Des œufs de Pokémon ? fit-il surpris, ils ont eu de la chance de survivre à tes mésaventures. En tout cas, ils ont l'air sur le point d'éclore. S'ils te voient en premier, c'est à toi qu'ils vont s'attacher.
Yukihiro ne savait que faire, il n'avait pas d'avenir à donner à ces nouveaux-nés. Il n'était qu'un esprit blessé, prisonnier d'un corps meurtri. Avec Silver, ils seraient beaucoup mieux. Mais le dresseur aux cheveux rouges ne l'entendait pas de cette oreille et s'éclipsa volontairement pour voler une boisson dans le frigo. Yukihiro recommença à réfléchir mais rien ne lui vint. Finalement, une des coquilles se brisa et un petit Ouisticram en sortit en poussant des petits cris. Il commença à sautiller sur le lit et fut interrompu par un coup de pied aux fesses. De l'autre œuf s'était extirpé un Riolu qui voulait visiblement imposer sa force à celui qui était sorti avant lui. Ils commencèrent à se poursuivre puis s'arrêtèrent brusquement en voyant Yukihiro qui les regardait, hébété. Alors ils se ruèrent pour se blottir contre lui. Comme il l'avait fait plus tôt en rêve, le jeune homme se remit à pleurer. La douleur de la mort d'Ajaw et Kusanagi restait toujours présente mais cette double naissance avait bouleversé le jeune homme au plus haut point. Sans hésitation, ces deux petits Pokémon l'avaient accepté pour dresseur et lui témoignait déjà tant d'amour. A présent, il oscillait entre peine et joie.
À ce moment, Silver revint dans la pièce et sirota tranquillement sa limonade en laissant le temps à son ami de reprendre contenance. Après quelques minutes, alors que les deux bébés avaient repris leurs chamailleries, Yukihiro s'essuya les yeux et reprit la parole d'une petite voix.
– Je... Merci Silver. Tu m'as aidé, à ta façon...
– Je ne te demandai pas d'être sans cœur et d'oublier tout, affirma le fils de Giovanni, seulement d'aller de l'avant. Puisque tes yeux ne sont plus vides, il est peut-être temps de te mettre au courant : je m'en vais parcourir les arènes de Johto pour gagner les badges et devenir le prochain Maître Pokémon.
– Comment ? s'étonna Yukihiro.
– T'as bien entendu. Si je veux construire un nouveau type de lien avec mes Pokémon, c'est par là que je dois passer. Ensuite je serai prêt à ré-affronter Gold !
– …
– Ça t'en bouche un coin, hein ? Enfin bon, vu que tu n'as plus besoin de moi, je vais partir. À plus, Yukihiro. Remets-toi vite que l'on combatte de nouveau.
– Tu ne seras pas le prochain Maître Pokémon, Silver, annonça calmement le dresseur de Doublonville.
– Qu'est-ce que tu racontes ? fit le concerné d'un ton sec, j'ai largement le niveau.
– Tu ne le seras pas, car c'est moi qui le serait, reprit le jeune homme en séparant Riolu et Ouisticram qui se battaient de nouveau, le premier profitant de son avantage physique sur le second.
Silver sourit légèrement et laissa sortir son Etouraptor de sa Pokéball.
– On verra bien petite tête. Mais rappelle-toi que c'est moi le champion du Tournoi du Souterrain. Demolosse sera ravi d'accorder une revanche à Seika. S'il peut tenir le rythme bien sûr.
– On sera au rendez-vous, je t'en fais la promesse.
– Parfait, ça rend les choses encore plus intéressantes.
Le Pokémon Vol déploya ses ailes et le dresseur aux cheveux rouges s'éloigna vers les étoiles. Yukihiro sourit un moment puis pris dans ses bras les deux nouveaux-nés.
– Je dois dormir les gars, alors calmez vous. Venez, il y a de la place pour vous deux.
Chacun se blottit contre une des épaules de leur dresseur. Toute la fatigue accumulée par des nuits agitées sembla s'abattre sur le jeune homme qui s'endormit aussitôt.
