Chapitre 29

Saga eut la surprise, en ouvrant la porte, de trouver son colocataire en train de se débattre avec une chemise à boutonner. Quand on connaissait Shaka et son look de hippie hindou, c'était très étrange de le voir si élégant.

L'incongruité de la situation s'expliqua quand Ayoros entra à son tour dans son champ de vision.

-Euh… qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda t-il, interloqué.

Shaka ne répondit même pas et termina de boutonner le vêtement. Celui-ci, cintré juste ce qu'il fallait à la taille, lui allait à merveille.

-Je suis trop fort ! Je ne me suis pas trompé de taille ! S'exclama Ayoros.

-Bon, vous comptez m'expliquer ? Insista Saga en jetant son sac sur son lit.

-Euh… en gros je relooke Shaka !

-Et… ça a un rapport avec Aiolia et la fille de l'autre fois ?

-Oui, soupira Shaka. Et aussi étrange que ça puisse paraître, je suis supposé faire semblant d'être le petit ami de Aiolia. Devant elle du moins.

-D'où le relooking, comprit enfin Saga. Bon, je participe. C'est quoi la suite ?

Il s'assit sur son lit pour lui aussi prodiguer des conseils et donner son avis.

-Ayoros, ce pantalon n'est pas un peu trop moulant ? Fit Shaka en regardant ses fesses dans le miroir. Tu ne t'es pas trompé de taille, par hasard ?

-Non, c'est la bonne taille, mais ça se porte comme ça, dit Saga. C'est moulant en haut et évasé en bas. Ça te va bien, comme tu es fin.

-Je ne me sens pas du tout à l'aise avec ça, dit l'indien. J'ai l'impression qu'on ne voit que mon derrière. En plus mon haut est super léger et il commence à faire froid dehors.

-Non, ton derrière est très bien comme ça. Et…

Saga farfouilla dans le sac et en sortit un gilet.

-Tiens, mets ça avec.

Shaka l'enfila.

-Je connais ces motifs, murmura t-il, pensif.

-Oui, approuva Ayoros. J'ai quand même essayé de prendre des trucs qui te correspondent. D'où le gilet bordeaux à motifs ethniques. Et puis ça va bien avec la couleur de tes cheveux.

-C'est étrange comme ça te transforme d'être mieux habillé ! S'exclama Saga. On dirait que tu es beaucoup plus charismatique comme ça ! Enfin, tu l'es déjà d'habitude, mais là… encore plus, quoi !

-Je suis d'accord ! Approuva Ayoros. Marine n'a qu'à bien se tenir !

Shaka soupira.

-Bon, je peux me changer maintenant ?

-Non, il y en a d'autres à essayer !

Ayoros envoya un sms à Shaka dès qu'il fut suffisamment réveillé pour lui indiquer quelle tenue mettre.

-Aiolia, si quelqu'un te réponds « crève » à un message, ça veut dire quoi, d'après toi ?

-Exactement ce qu'il y a d'écrit ! Ronchonna son cadet, encore abruti de sommeil. Toi et tes questions débiles !

Ayoros lui tira la langue et arracha ses couvertures, prêt à commencer une nouvelle journée avec enthousiasme.

-Allez, debout !

Il put constater que Shaka, malgré sa mauvaise humeur évidente, avait tout de même suivi ses recommandations en matière vestimentaire, ce qui lui valut des compliments de la part de tous, Aiolia excepté. Ayoros remarqua cependant qu'il avait légèrement ouvert la bouche en le voyant marcher devant eux, et il se félicita mentalement.

-Hé les gars, ça vous dit un bowling cet après-midi ? Demanda Ayoros avant que le professeur n'arrive pour commencer son cours.

La proposition fut accueillie avec enthousiasme. Ils ne faisaient presque jamais grand-chose de leurs après-midi, à part réviser et discuter.

-Tu as une idée derrière la tête ? Murmura Saga en s'asseyant à côté de lui.

Ayoros dut se retenir de frémir en sentant le souffle du plus vieux lui frôler l'oreille. Il sentait que cette histoire allait les rapprocher. En fait, c'était déjà le cas. Saga lui parlait plus souvent, et surtout de choses qu'il ne racontait sûrement pas à Shaka, s'asseyait toujours à côté de lui, etc. Pleins de petits gestes sans importance mais qui le rendait heureux comme jamais.

-Ouais, répondit-il sur le même ton. Je suis presque sûr que Marine suit Aiolia. C'est comme ça qu'elle nous a trouvé à Rodario hier. Donc, elle sera au bowling cet après-midi.

-Tu es machiavélique, sourit Saga.

-J'ai eu un bon prof, répondit Ayoros en lui donnant une bourrade dans l'épaule.

-Tu avais raison, dit Saga en pénétrant dans la salle de bowling en même temps que Ayoros. Elle est là.

La chevelure rousse était facilement identifiable, Camus exclu. Les roux restaient rares, quel que soit le pays dans lequel on se trouvait.

-J'ai prévenu discrètement Aiolia, ajouta le plus vieux. Si tu t'étais approché de lui, ça aurait été bizarre, non ?

-Ces chaussures sont très moches ! S'exclama Aphrodite en grimaçant.

-Oui, mais si tu veux jouer, t'as pas trop le choix, répondit Shura.

Le suédois lui tira la langue.

-C'est bizarre à porter, murmura Shaka pour lui-même.

Le sol était exagérément lisse et il avait la vague impression qu'il pourrait tomber à tous moments.

Ayoros lança un regard équivoque à son cadet avant de bousculer brutalement Shaka pour le faire tomber.

-Ah, désolé !

L'indien avait perdu l'équilibre avant de le retrouver par miracle. Ayoros se mordit la lèvre. Raté. Il voulait que Aiolia aide le blond à se relever.

Une tornade déboula à ce moment là et bouscula une seconde fois Shaka qui, cette fois, ne put se retenir.

Aiolia l'attrapa par la taille avant qu'il ne tombe et le serra contre lui.

-Tu devrais faire plus attention, dit-il gentiment.

Shaka faillit le rembarrer vertement mais se souvint de son rôle.

-Ouais, merci, se contenta t-il de répondre.

Il se redressa. Le grec le tenait toujours par la taille. Bon, ne rien dire. Après tout, il devait faire semblant. La grognasse était là alors… Oui mais quand même, le bras puissant de Aiolia passé autour de sa taille le gênait. Il n'était pas fan des contacts physiques rapprochés. Enfin, ce n'était pas vraiment désagréable mais… il avait l'impression que tout le monde les regardait.

Aiolia était vraiment mal à l'aise. Il faisait tout son possible pour avoir l'air naturel mais il s'était rendu compte que dans le feu de l'action, sa main était passé sous le gilet et que son petit doigt était en contact avec la peau douce de l'abdomen de l'indien. Et puis ils étaient vraiment proches, là !

Personne ne fit aucun commentaire. Ils étaient habitués de voir les deux jeunes hommes avoir des rapports bizarres. Après le baiser du week end dernier, ils avaient peut-être fini par se mettre ensemble.

-Bon, on tire au sort pour savoir qui commence ! Décida Aphrodite qui trépignait d'impatience, avant de grimacer quand son dos recommença à le lanciner.

Ayoros acquiesça avant de lancer un regard victorieux à la japonaise qui regardait dans leur direction. Elle fulminait en voyant le jeune couple.

-Ah ! Je suis claqué ! S'exclama Aiolia en s'affalant sur son lit.

-C'était dur à ce point ? Demanda Ayoros. Il ne m'a pas semblé, pourtant.

Il n'avait aucune envie de se moquer de son frère qui avait bien joué le jeu. Il avait d'ailleurs remercié Shaka aussi pour ses efforts.

-C'était très bien. Même les autres y ont cru.

-Je sais, Mu est venu me demander si je sortais vraiment avec Shaka, répondit Aiolia. En fait… c'est chiant à expliquer mais… même si j'étais très stressé à chaque fois que j'étais sensé faire semblant d'être attentionné, aimant, etc. j'étais plutôt content, parce que Marine était vraiment en colère, elle. Maintenant elle comprend ce que j'ai ressenti quand je l'ai vu avec un autre gars.

-Ouais, elle était vraiment furieuse ! Ricana Ayoros. En tout cas, ça prouve qu'elle te suit, alors tu vas devoir être très prudent à l'avenir. Surtout en ce qui concerne ta pseudo relation avec Shaka.

-Ouais… J'ai cru qu'il allait m'en retourner une plusieurs fois, avoua Aiolia. Comme quand je l'ai serré dans mes bras quand il a fait un strike.

-Moi aussi. Mais étrangement, je crois que lui non plus, il ne veut pas que Marine gagne. Alors il fait le maximum pour qu'elle y croit, lui aussi. En dehors de ça, c'était comment, d'être en couple avec lui ?

-On est pas un vrai couple, Ayoros ! Râla Aiolia. Et si tu veux une réponse… même si c'est pour de faux, c'est un peu frustrant. Je veux dire… bon, il est pas habitué mais… il est quand même très froid et pas tactile du tout alors…

-Il a fait beaucoup d'effort aujourd'hui, tu dois le reconnaître.

-Oui, c'est vrai… soupira Aiolia. Mais quand même ! Lui, il a pas pris beaucoup d'initiatives. Bon, je suis toujours vivant, c'est déjà un bon point mais bon… tu crois qu'il serait toujours comme ça, si il était en couple avec quelqu'un ?

-J'en sais rien ! Répondit Ayoros. Et de nous tous, Aiolia, tu es celui qui a le plus de chances de le savoir !

Ils furent tous réveillés très tôt par des hurlement dans le hall du dortoir. Milo, toujours réveillé à cette heure-ci déboula le premier dans le couloir, surpris.

-Qu'est-ce qu'il se passe ?! S'exclama t-il à l'adresse des inconnus qui criaient dans une langue inconnue. Vous n'avez rien à faire ici !

-Poussez vous ! Répondit l'homme.

-Je ne bougerais pas d'ici !

-Milo, j'ai entendu du bruit ! Cria Dohko en le rejoignant. Qui sont ces gens ?

-J'en sais rien, mais ils ne sont pas très courtois, répondit le grec.

L'homme tenta de pousser Dohko, à cause de sa petite taille, mais il se retrouva à terre avant même d'avoir compris que le chinois venait de lui faire une prise.

-Je ne laisserais personne passer sans explications, fit le chinois.

Milo siffla d'admiration. Il n'avait jamais vu Dohko si impressionnant. Ses gestes, fluides et parfaitement exécutés, forçaient le respect.

Tandis que Dohko tenait les intrus en retrait, il en profita pour aller réveiller tout le monde en ouvrant les portes sans ménagement.

Des silhouettes peu habillées et surtout ensommeillées apparurent peu à peu dans le couloir en maudissant le grec.

-Milo… geignit Angelo. Qu'est-ce que tu fous ?!

-Désolé, situation d'urgence, s'excusa le grec.

-Saga a trop du bol de pas être là en fait… marmonna Ayoros.

Shaka approuva. Il aurait tué pour dormir encore un peu.

-On a des visiteurs indésirables, argumenta Milo. Ils ont l'air de chercher quelqu'un, mais on sait pas qui alors… on va tous aller les voir joyeusement !

Il traîna la troupe endormie.

-Dohko les tient en respect pour le moment, expliqua t-il à Angelo qui s'en fichait complètement.

L'italien essayait simplement de ne pas heurter un mur.

Aphrodite était lui aussi en tête de groupe, et il s'arrêta d'un seul coup en apercevant les intrus. Aiolia se cogna sur lui.

-Aïe ! Se plaignit le grec en massant son nez. Fais gaffe mec !

-D.. désolé, fit le suédois. Les gars ? Vous allez pouvoir retourner vous coucher je pense.

-C'est vrai ? Demanda Aldébaran, content.

-Oui, répondit Aphrodite. Ils sont venus pour moi.

-Je reste avec toi, dit Camus en lui attrapant la main. Même si je préférerais dormir.

Des encouragements divers et variés lui parvinrent tandis que ses camarades retournaient se coucher.

-Allons y, murmura Aphrodite en serrant la main de Camus.

Son père et sa mère était debout, attendant visiblement que Dohko daigne les laisser franchir le seuil du dortoir.

-C'est bon Dohko, dit Aphrodite. Tu peux les laisser passer.

Ses parents sursautèrent en entendant sa voix.

-Alors… ce sont tes parents ? Demanda le chinois. Je ne suis pas très sûr de vouloir les laisser entrer après ce qu'ils t'ont fait.

-Je suis d'accord, approuva Camus.

Aphrodite frissonna quand un courant d'air passa. Il s'était levé à la va-vite et était à moitié habillé. De même que Camus et Dohko.

-Oui, mais je me gèle, et la porte est ouverte à cause de toi ! Rigola t-il. Allez, fais les entrer ! Tu peux rester avec nous si tu n'es pas rassuré. Après tout, toi aussi, tu m'as sauvé la vie !

Dohko soupira et s'effaça pour laisser passer les parents de Aphrodite.

Aphrodite avança à la lumière. Sa mère réprima un cri.

-Tes cheveux ! S'étrangla t-elle en découvrant sa chevelure bleue. Mais quelle horreur !

Le jeune homme éclata de rire devant la mine déconfite de ses parents.

-Vos têtes valent le détour, vraiment ! Rien que pour ça, je ne regrette pas d'avoir changé de coupe !

-Tu vas revenir en Suède avec nous, répliqua son père, qui ne riait pas du tout, lui.

Aphrodite se calma illico.

-C'est hors de question. Les frais de scolarité sont super élevé ici, alors ça me ferait bien chier de devoir m'arrêter en cours d'année !

Son père fit mine de se lever, mais Dohko l'en empêcha.

-Je vous conseille de rester calme, dit le chinois. On ne sait jamais, il pourrait vous arriver des bricoles…

-C'est une menace ?! S'insurgea l'homme.

-Oui.

Le ton froid de Dohko eut l'effet d'une gifle et il se rassit.

-Aphrodite, continua sa mère, tu es parti sans rien dire. On ne savait pas où tu étais, et tes papiers avaient disparus. On avait aucune piste…

-Et tu nous as volé de l'argent.

-Qui ça, moi ? S'étrangla Aphrodite. Tu plaisantes j'espère ! Il était à moi ce fric ! Je l'ai gagné ! Vous m'avez forcé à arrêter l'école pour devenir mannequin et j'ai trimé comme un malade pour l'avoir, cet argent ! Il me semble que j'ai le droit de l'utiliser comme je veux ! En plus, je sais que vous en avez gardé une partie pour vous !

-C'était notre salaire de manager ! Protesta sa mère.

-A d'autres ! Ironisa Aphrodite. En ce qui concerne la fac, je ne partirai pas, et vous avez tout intérêt à abandonner les recherches, ou je pourrais bien porter plainte contre toi, papa, pour coups et blessures.

-Tu n'as plus de traces, fit remarquer son père.

-Non, mais j'ai ici une douzaine de témoins qui pourront certifier m'avoir vu avec des bleus, renchérit Aphrodite.

-D'ailleurs, ajouta Camus, qui n'avait rien dit jusque là, les bleus ne disparaissent jamais totalement. Grâce à certains examens très simples, il est aujourd'hui possible de détecter des traces d'ecchymoses datant de plusieurs années en arrière. Si vous voulez jouer sur ce terrain là, vous perdrez.

Aphrodite eut un large sourire et embrassa passionnément le français.

-Je savais que je pouvais compter sur ton intelligence ! Roucoula t-il entre deux baisers.

Camus leva les yeux au ciel.

-Aphrodite… toi et… lui, vous êtes… commença sa mère.

-Oui, on est ensemble, termina le jeune homme.

Le père de Aphrodite eut la même expression que quelqu'un qui vient d'avaler une vingtaine de couleuvres en même temps, mais ne dit rien.

-Je… je suis très contente que tu ai trouvé l'amour ! S'exclama sa mère. Et sache que je suis tout à fait d'accord pour que vous soyez ens…

-J'en ai rien à faire de ton accord, la coupa Aphrodite. Franchement, j'ai pas demandé d'autorisation avant de sortir avec lui.

Sa mère, sonné, se mit à regarder fixement le sol.

-Tu as changé Aphrodite, finit-elle par murmurer.

-En effet, répondit son fils. J'ai grandi. Je ne m'écrase plus devant vous. Je ne suis plus aussi naïf.

Camus toussota à cet instant.

-Bon, encore un peu quand même, concéda le suédois en donnant un petit coup de coude dans les côtes de son compagnon. Et surtout, j'ai rencontré des gars super ici !

Il se leva.

-Arrêtez la diffusion de l'avis de recherche, dit-il. Et envoyez moi mes affaires.

Il commença à s'éloigner.

-Camus, tu viens ? J'ai besoin d'un petit remontant !

Le français piqua un fard. Dohko éclata de rire quand le rouquin se leva à son tour, salua froidement les parents de Aphrodite, et suivit son petit ami.

-Je vais moi aussi retourner me coucher, déclara le chinois. Vous n'avez qu'à dormir sur le canapé de la salle de vie pour cette nuit et repartez quand il fera jour. Ou trouvez vous un hôtel, mais ne revenez pas pour nous déranger de nouveau.

-C'est notre fils ! Protesta la mère de Aphrodite. Vous ne pouvez pas nous empêcher de le voir !

-A cause de vous, répliqua le chinois d'une voix forte, il a été obligé de fuir ! On a appris ce qu'il s'est passé pendant les vacances, et Aphrodite a eu un accident. Il a failli mourir ! Indirectement, c'est de votre faute ! Même si… si vous n'aviez pas été si cruels avec lui, il ne serait sûrement pas là aujourd'hui, et il ne serait pas aussi heureux. Repartez, ça vaut mieux.

Et il s'éloigna à son tour.