Disclaimer : Les personnages de l'univers de Mass Effect ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété intellectuelle de BioWare. En revanche, Dae Hyun Hwang, les races aliens inconnues et tous les éléments incorporés qui vous seront étrangers (planètes, systèmes, etc...) m'appartiennent et sont issus de mon imagination.
/!\ Cette histoire n'est pas canon ! Certaines choses changent afin de pouvoir correspondre à ce que j'ai imaginé. Certaines réactions, certaines interactions n'existent pas dans les jeux et ont été crées pour les besoins de l'histoire. Merci de votre compréhension.
J'en profite pour remercier mes bêtas lecteurs pour leur patience et le travail titanesque qu'ils fournissent !
Ses pas crissaient sur l'asphalte abîmée de cette partie du quartier Ryzsap. La chaleur commençait à l'accabler lourdement et remonter sa longue chevelure rouge en un chignon épais l'apaisait à peine. Eireann remonta ses manches et ouvrit légèrement le haut de son uniforme militaire. Ses plaques d'identification brillèrent sous les rayons du soleil. De temps à autre, un Akoni l'observait, en silence, curieux de la voir, étrange créature à poils parmi ces crânes luisants et parfaitement imberbes. Mais rapidement, les aliens retournaient à leurs occupations. Du Colisée s'élevaient ces sons si caractéristiques des combats en tout genre. À l'oreille, elle distinguait l'entrechoquement de lames d'acier. Cela expliquait le fourreau dans le dos d'Onija, fourreau qui se retrouvait d'ailleurs dans le dos de presque tous les autres soldats Akoni.
Arrivée à la jetée, elle s'approcha de ce qui ressemblait à un pilote de navette. L'alien l'observa, un mélange de curiosité et de bienveillance dans le regard. Maladroitement, le Commandant demanda à se rendre à l'Hôpital, butant, écorchant à plusieurs reprises le nom de la zone médicale, ce qui eut pour effet d'arracher un sourire amusé à l'alien.
— Dashtwi, M'dame. Montez à bord. Dès que la navette sera pleine, on s'y rendra. C'est sur l'itinéraire de toutes façons.
— Merci, souffla Shepard. Et ne m'appelez pas « M'dame ».
— Ça, j'peux pas faire autrement, M'dame, on m'a dit qu'vous étiez une sorte de Maîtresse d'Armes alors moi, j'fais comme on me dit et j'vous parle comme j'parlerais à un Maître d'Armes.
Eireann ne chercha pas à épiloguer et se glissa dans la navette, accueillant avec un ravissement non feint la fraîcheur de l'habitacle. Comme à son habitude, elle se mit juste à côté de la fenêtre et laissa déjà son regard se perdre sur la surface de l'océan, calme, dont les remous la berçaient déjà. Ses paupières s'alourdirent et elle lutta difficilement contre le sommeil qui l'envahissait. Elle n'était pas aussi sereine que sur Sarana et l'Hadaya, mais l'embrun maritime l'apaisait quelque peu. Elle fut néanmoins tirée de son endormissement par quelque chose qui buta contre son pied, la faisant sursauter brusquement. Shepard posa son regard sur le coupable et ses yeux rencontrèrent des pupilles pleines, parfaitement noires, où seuls quelques éclats blancs brillaient légèrement. Comme des étoiles dans un ciel d'encre. Devant elle se trouvait une enfant ou tout du moins ce qui ressemblerait physiquement à une enfant d'une dizaine d'années chez les humains. La petite Akoni offrit un large sourire au Commandant, dévoilant une rangée de petites dents blanches. L'officier resta interdite un moment alors qu'elle l'observait, avant de finalement lui rendre son sourire, de façon plus maladroite. La petite Akoni s'installa devant Eireann qui détourna finalement son attention pour la reporter à nouveau sur la surface calme de l'océan.
La navette remua, s'éleva et s'élança dans les airs. Sa vitesse était bien moindre par rapport aux véhicules de la Citadelle dont Shepard se souvenait mais le moyen de transport restait pratique. Par moments, il s'arrêtait et quelques uns des passagers descendaient, quand d'autres montaient. Au milieu de cet habitacle, l'Humaine se sentait bien seule et gardait les yeux rivés sur l'océan. Au bout de plusieurs minutes de trajet, alors qu'autour d'elle les Akoni discutaient entre eux comme si elle faisait partie du décor, le pilote lui annonça, personnellement, qu'elle arriverait bientôt à destination, après le dernier arrêt sur Iero. Ce fut là que la petite alien descendit, non sans jeter à nouveau un autre large sourire à Shepard, qui l'ignora cependant.
Le véhicule resta dans les airs quelques instants et de nombreux bruits mécaniques attirèrent l'attention du Commandant. Le pilota les informa qu'il se préparait à la descente sous-marine. Quand les quelques passagers qui devaient monter furent à bord, la navette entama sa descente sous les eaux. Mue par la curiosité , Shepard remua sur son siège et chercha à mieux observer la descente. À travers le pare-brise du pilote, elle constata que l'eau était toujours très claire et que seuls quelques poissons aux couleurs vives étaient encore assez téméraires pour rester proche du véhicule.
A mesure qu'ils s'enfonçaient dans les profondeurs marines, les créatures changeaient de couleurs, d'apparence. Une énorme bestiole passa lascivement sous le véhicule, provoquant un remous qui n'inquiéta personne. Shepard esquissa un sourire : il s'agissait d'une sorte d'énorme serpent de mer, aux longs tentacules luminescents au niveau de sa mâchoire ou de ce qui ressemblait à une sorte de menton. Sa queue, complètement transparente, laissait découvrir une multitude des veines bleues et d'autres organes orangés qu'Eireann serait bien incapable de définir. En allant vers la tête, son corps devenait de plus en plus opaque pour terminer sur une tête longue et aplatie surmontée de deux yeux rouges enfoncé dans le crâne. En guise de bouche, la créature possédait une sorte de trompe. L'Humaine n'eut pas le temps de détailler plus la créature qu'elle s'était déjà éloignée.
Sa curiosité avait détendu l'ambiance dans la cabine. Quelques passagers l'observaient, amusés, mais l'officier les ignorait. Au loin, elle vit se dessiner deux immenses boules sous marines. Intriguée, elle demanda au pilote :
— Pourquoi votre hôpital est-il sous l'eau ? L'acheminement des blessés et malades doit être compliqué.
— Oh pas tant qu'ça, vous savez, M'dame. J'étais pas né quand le conflit a commencé mais j'peux vous garantir que ça nous a sauvé la vie. Heureusement, les Onisowo sont des mordus de technologie parc'que nous, c'est pas trop le cas. Alors ils nous ont aidé à construire ça et à avoir les véhicules adaptés pour aller sous l'eau et à l'hôpital. C'est l'seul qu'on ait mais y'a pas b'soin de plus !
— Un conflit ? s'enquit Shepard. Vous êtes en guerre ?
— C'est compliqué, M'dame. J'pense qu'un Maître d'Armes ou un Haut-Conseiller pourra mieux vous renseigner qu'moi.
— Évidemment, conclut sarcastiquement Shepard.
La navette continua encore un peu son trajet sous l'eau avant de s'amarrer à un ponton sous-marin. Un énorme bras mécanique s'accrocha à la carlingue du vaisseau et un couloir, sûrement pressurisé, se fixa à la porte de la navette. Après quelques instants de silence entrecoupés de sons métalliques, la porte coulissa et les passagers, dont Shepard, quittèrent le véhicule. Encore un peu perdue, elle se dirigea vers une Akoni en blouse rouge.
— Pratique ça, le rouge… Quand ils charcutent les gens, au moins, ça ne se voit pas sur leur tenue, se moqua légèrement la Mutilée.
Shepard chassa d'un geste de la main cette intervention et se contenta de fusiller la Mutilée du regard. L'Akoni à côté du médecin se sentit visée et l'observa, interloquée. Eireann ferma les yeux et s'excusa à voix basse alors que l'alien s'éloignait. Le scientifique hocha légèrement la tête et rangea son carnet de notes sous son bras.
— Je peux faire quelque chose pour vous ?
— Oui, je cherche les chambres de Tali'Zorah Vas Rannoch et du Lieutenant-commandant Dae Hyun Hwang, s'il vous plaît.
— Ah oui, les deux patients aliens, bien sûr. Un instant !
Bien sûr, c'est nous les aliens maintenant ! Elle n'eut dès lors aucune réaction quant à la mention d'aliens et attendit patiemment la réponse. Le médecin décoinça son calepin et tourna les pages un moment. C'était étrange pour Eireann de voir du papier. C'était quelque chose qui se faisait de plus en plus rare sur la Citadelle et ailleurs, tout étant informatisé et digitalisé. Après quelques secondes de silence, l'Akoni reprit la parole.
— L'alien de race quarienne est dans la chambre 1406. C'est le quatorzième étage, sixième chambre, pour être plus simple. Celui de race humaine est dans la chambre 3030. Souhaitez-vous un accompagnateur ?
— Non, merci, ça ira, répondit poliment Shepard. Je vais plutôt m'assurer que les membres de mon équipage se relaient régulièrement. Vous imaginez bien qu'en cas de réveil, ces deux personnes pourraient être perturbées. Est-ce que c'est possible ?
— Évidemment, à condition qu'aucun d'eux ne trouble la quiétude des services médicaux.
Eireann eut un léger mouvement de la main, comme pour l'assurer de l'entière discrétion de son équipage, geste qu'elle eut à joindre de la parole devant l'incompréhension la plus totale de son interlocuteur akoni. Le médecin lui indiqua la localisation des ascenseurs et le Commandant s'y dirigea d'un pas décidé. Mais une fois à l'intérieur, elle hésita entre les deux étages. Lequel devait-elle aller voir en premier ? Son doigt tendu restait immobile au-dessus du pavé tactile alors qu'elle s'interrogeait encore. Elle prit une profonde inspiration, ferma les yeux et effleura l'écran.
L'odeur aseptisé du service médical donna la nausée à l'officier supérieur. Eireann porta la main à ses lèvres, pour éloigner cette effluve qui l'horripilait et la rendait malade. Elle laissa passer quelques secondes, le temps de s'habituer. Quelques blouses rouges allaient et venaient dans l'unité médicale, dans une valse incessante. Une fois accoutumée à l'émanation, Shepard se remémora le numéro de la chambre où elle devait aller et s'avança dans ce long couloir qui lui semblait sans fin.
Par moments, le regard de l'officier était capté par un corps recouvert d'un drap blanc. Silhouettes endormies ou dépourvues de vie, ça, elle ne voulait pas le savoir. Eireann restait fermement fixée sur son objectif. Le numéro de la porte tant recherchée s'imprima dans sa pupille et alors qu'elle allait rentrer, une blouse rouge fit irruption sous ses yeux. Le regard vert sans pupille de l'Akoni se posa sur Shepard, qui ne bougea plus d'un pouce. Elle fronça néanmoins les sourcils et posa rapidement son regard sur le corps encore inanimé. L'infirmière lui adressa rapidement un sourire mécanique, sans chaleur, avant de dire.
— Nous avons levé le protocole de coma artificiel il y a quelques heures. Ça ne devrait plus être long désormais, il montre des signes d'éveil.
L'Humaine hocha la tête alors que l'Akoni s'éloignait. Presque sans un bruit, l'officier rentra dans la pièce et détailla le patient allongé sur le lit : cette même cicatrice courait le long de sa paupière encore fermée et une main bionique était désormais greffée à son moignon. La vie était revenue en maîtresse sur le visage du Coréen, encore inconscient. Il n'était plus intubé mais des bandages restaient sur son corps par endroit.
Debout loin du lit, Eireann riva son regard sur le soldat encore endormi. Mais comme lui avait dit l'infirmière, il semblait se réveiller. Par moments, son visage était agité par un tic : le coin gauche de sa bouche s'étirait brièvement. En silence, la jeune femme s'approcha du lit et tira à elle une chaise. Elle posa ses deux mains sur le rebord du matelas et attendit, dans le silence le plus complet, que le jeune homme s'éveille.
Le temps s'écoulait avec une lenteur accablante Eireann n'avait jamais bien supporté l'attente dans les hôpitaux. Eireann n'avait jamais bien supporté l'attente dans les hôpitaux. A dire vrai, elle avait toujours rendu visite aux malades mais n'était jamais restée bien longtemps à leur chevet. Elle faisait néanmoins une exception pour le Lieutenant-commandant. Tantôt, elle se levait, faisait quelques pas et s'asseyait de nouveau. Parfois, elle cherchait à comprendre les hiéroglyphes sur le livre qui se trouvait sur la table de chevet mais force était de constater qu'elle ne comprenait pas un traître mot de la langue écrite akoni. C'était déjà bien formidable que l'implant puisse traduire la quasi-totalité des langues. Au bout d'un moment, elle en eut marre de tenter de comprendre quoi que ce soit et préféra s'installer près de l'immense baie vitrée.
En contrebas, il y avait foule, comme une vie fourmillante et grouillante. Mais ça restait normal ; s'il s'agissait du seul hôpital des Akoni, il fallait bien une infrastructure aussi imposante pour accueillir tout le monde. Mais ce qui fascinait encore plus Shepard, c'était bien l'exploit d'avoir construit un début de cité sous-marine. Faire fi de la pression marine pour parvenir à ce résultat…
— C'était ça ou se retrouver réduit à l'état de carcasse bouillie, au choix…
— Intervention très fine, vraiment, rétorqua Shepard agacée.
La Mutilée éclata d'un rire sonore qui vrilla les tympans d'Eireann ; elle ne put retenir une grimace et soupira finalement. Elle laissa son regard se perdre de l'immensité de l'océan, admirant les énormes créatures qui flirtaient par instants avec l'énorme architecture. Elle posa sa tête sur la vitre et se perdit dans un flot ininterrompu de pensées sans aucun lien les unes avec les autres. Mais peu lui importait : il fallait bien qu'elle trouve le moyen de tuer le temps, vu qu'elle comptait rester là.
Eireann poussa un léger soupir avant qu'un sourire ne décore ses lèvres. En fait, elle était bien, dans le calme velouté de la chambre d'hôpital, avec pour seul bruit accompagnant ses pensées, la respiration régulière du soldat endormi. Ce fut d'ailleurs cette respiration, entrecoupée d'une quinte de toux, qui attira son attention. Elle pivota sur sa chaise et regarda le torse de l'officier se soulever de façon plus irrégulière. Elle ne se leva cependant pas précipitamment mais resta bien sagement assise à sa place. Elle ne connaissait que trop bien la sensation d'étouffement lorsqu'on a un visage penché au-dessus du sien alors qu'on émerge difficilement des brumes du coma.
Ce furent les minutes les plus longues de sa vie qui suivirent : l'esprit du soldat devait sûrement se battre avec l'engourdissement général de son corps, et la sensation d'être piégé dans la tourbe était à coup sûr source d'angoisse. Eireann surveillait cependant qu'aucune trace d'anxiété extrême ne peigne le visage du soldat. Ce ne fut que quand elle vit les paupières du jeune homme papillonner qu'elle daigna enfin se lever. Les bras croisés sous sa poitrine, elle s'approcha doucement et resta debout non loin du lit. Lourdement, la tête du soldat pivota de son côté et, les yeux à moitié ouvert, la voix rauque et la bouche pâteuse, il demanda :
— Shepard ? Où est-ce…
— À l'hôpital. En sécurité. Ne vous inquiétez pas, Hwang, tout va bien désormais.
Les yeux sombres du soldat échappèrent aux iris émeraude du Commandant alors que Dae Hyun détournait le visage. Cette fois, elle daigna s'asseoir à ses côtés. Avec une infinie délicatesse, elle posa sa main sur celle, plus fraîche, du soldat. Elle le sentit tressaillir à son contact et il retira sa main, difficilement. Elle ne le força pas ; il était compréhensible qu'il craigne les contacts, désormais. Elle n'allait pas s'en offusquer pour autant. Mais de là où elle était, elle voyait bien qu'il avait rouvert les yeux. La mâchoire de l'Irlandaise se contracta brusquement alors que la Mutilée susurrait sournoisement à son oreille :
— Après t'être lamentablement fait lourder par le Turien, voilà que même ton beau Lieutenant détourne le regard de toi. C'est tellement triste, ma pauvre fille...
— Je dois y aller. Si jamais…
Alors qu'elle allait se redresser, la main du convalescent était brusquement revenu sur la sienne et la serrait fortement. Ce n'était pas une force commune, c'était celle de l'angoisse, de la crainte. Comme si la solitude l'effrayait. Il doit être terrorisé. D'un mouvement habile du poignet, elle se libéra de l'emprise du soldat, dont les ongles commençaient à rentrer dans sa chair, pour lui attraper la main.
— Ok, concéda-t-elle. Je reste. Ne vous inquiétez pas, je reste à vos côtés.
Il n'avait rien dit et elle regarda ses yeux se clore ; il s'endormait. Le premier vrai sommeil qu'il aurait depuis son extraction de ce trou à rat. Eireann soupira et passa sa main libre sur son visage. Ça allait être les visites à l'hôpital les plus longues de toute sa vie !
Les jours s'écoulèrent paisiblement. Eireann prenait conscience de l'événement important que représentait la réunion du Triumvirat. Des émissaires alagbato étaient envoyées régulièrement, pour sécuriser la venue de leur Princesse, Ewa Twimaren. Mais Shepard n'en avait cure. Elle n'avait pas un quelconque plaidoyer à préparer le sort de son vaisseau, de son équipage, était entre les mains des aliens de cette galaxie. À défaut de pouvoir rentrer chez eux, ils n'avaient pas d'autre choix que de se soumettre à la volonté de ces peuples. Eireann visitait de temps à autre ses deux éléments blessés à l'Hôpital, même si elle évitait plus la chambre de son subordonné.
Ce jour-là, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, Eireann rendit visite à son amie quarienne. Après quelques coups portés contre le chambranle de la porte, la voix enjouée de Tali s'éleva. Quand Shepard entra, la Quarienne la fixa de son grand regard blanc et tapota rapidement sur la place à côté d'elle. Eireann n'eut même pas le temps d'ouvrir la bouche que Tali s'exclama, l'air sérieux :
— Shepard ! Justement, je crois qu'on doit discuter, vous et moi !
Eireann arqua un sourcil et s'approcha du rebord du lit. D'un air inquisiteur, la mécanicienne se pencha vers l'officier et l'observa de haut en bas.
— Vous savez, j'ai mes petits espions, Shepard, et j'entends beaucoup de choses.
— Vos espions se comptent sur les doigts d'une main , Tali, rétorqua moqueusement Shepard. Mais soit, vos espions… Qu'est-ce que vous avez appris ?
Le visage de Tali s'attrista quelque peu et elle soupira.
— C'est vrai ? Que Garrus et vous… Enfin...
— C'est fini, oui, termina Eireann. Ça ne pouvait décemment pas continuer.
— Est-ce que ça a un rapport avec…
— Ça n'a de rapport avec personne, Tali, coupa sèchement le Commandant. Désolée. Ce n'est pas que je n'ai pas envie de parler de ça avec vous, et je suis sûre que vous voulez simplement m'aider, mais, vraiment… Ça va. C'était une décision prise d'un commun accord.
Tali continua de l'observer, suspicieuse, tandis qu'un sourire amusé décora ses fines lèvres violacées.
— Donc, Garrus n'est plus une chasse gardée ? s'enquit-elle moqueuse.
— Tali ! s'offusqua l'Irlandaise. Franchement vous… vous…
Elle observa longtemps son amie, la bouche entrouverte avant de s'indigner.
— Vous vous payez ma tête ! Je rêve.
— Non, Shepard, j'essaie simplement de vous rendre le sourire. Il faudrait que vous vous regardiez un instant dans une glace. Vous avez le visage aussi fermé qu'une morte, c'est triste à voir. Même si la situation est difficile, elle pourrait être pire. Dae Hyun et moi, nous nous en sommes tirés. Nous sommes vivants, tous les deux !
Shepard ferma le regard et se détourna de son amie. Ses poings se serrèrent subrepticement. Elle préférait ne rien répondre à ça et enchaîner sur un autre sujet de conversation. Cela détourna l'attention de Tali sur des préoccupations plus terre-à-terre, comme la qualité de la nourriture ou encore ses soins, bientôt terminés. D'ailleurs, la Quarienne ne tarissait pas d'enthousiasme à l'idée de monter à la surface et de découvrir Iwalaaye. De ce que lui en avait déjà dit ses quelques visiteurs, la mécanicienne s'imaginait sans mal d'immenses plages de sables fin, des palmiers, un soleil éclatant, un peu comme ce qu'elle avait pu voir des holos de tourisme terriens. En somme, un décor et une atmosphère idyllique en dépit d'une chaleur parfois accablante. Elle avait même affirmé vouloir piquer une petite tête dans l'eau, munie de son plus beau maillot de bain. Ce fut le seul moment où un ricanement s'échappa des lèvres du Commandant, qui n'avait pas tardé à rétorquer que personne n'avait de maillot de bain.
Au bout de plusieurs minutes de discussion, Tali finit cependant par se rendre compte que l'esprit de la militaire était bien loin. Les réponses se faisaient monosyllabiques pour n'être plus que des onomatopées. Un sourire en coin, le regard blanc posé sur son amie, la Quarienne demanda :
— Et le Lieutenant-commandant ? De ce que j'ai entendu, il va mieux… Mais je pense qu'il a sûrement plus besoin de compagnie que moi. D'ailleurs, Liara m'avait assuré venir.
— Je n'ai pas l'intention d'aller le voir, répondit Eireann, provoquant ainsi la surprise chez sa camarade. Je pense plutôt que je vais retourner sur Ryzsap…
— Ryz...sap? répéta Tali, hébétée.
— Ouais, l'île sur laquelle les Akoni nous ont héberges. Un nom à coucher dehors, comme la plupart des îlots de leur planète. M'enfin, ce n'est pas pire que les noms de villes en Irlande.
Tali retint difficilement un rire sous le regard consterné de Shepard, qui eut du mal à saisir la raison de cette hilarité. La Quarienne réprima une grimace, son visage se tordant un instant alors qu'elle portait une main à son crâne. Le Commandant se leva du lit et lui offrit un sourire.
— Je dois y aller, commença l'officier supérieur. J'ai pas mal de choses à faire.
— Dites, avant que vous partiez… On ne m'a pas vraiment dit ce qu'il s'était passé sur Mekoça.
Le visage de Shepard se rembrunit et elle hésita un instant à partir. Mais était-elle en droit de refuser à son amie une information pareille ? Elle finirait par le savoir tôt ou tard, après tout. Eireann prit une profonde inspiration se remémorer les événements de la planète-mère des Mudrost la forçait également à se rappeler que sur sa tête pesait une menace qu'elle aurait préféré oublier. Elle préférait mille fois être face au rayon destructeur d'un Moissonneur… parce que c'était une menace qu'elle connaissait et qu'elle avait combattu de nombreuses années durant. Désormais, tout était différent. L'officier se rassit sur le lit de sa camarade et se massa la nuque, sous le regard inquisiteur de la Quarienne. Face à elle, la Mutilée fit doucement son apparition, sa blondeur et l'azur de son regard moqueur s'imposèrent au regard de l'Humaine, qui ferma les yeux. Elle finit par lui raconter : la mort de Goran, le coma de son amie, le sacrifice de Dae Hyun, la mission de sauvetage insensée. À mesure qu'elle parlait, sa gorge s'asséchait. Tali ne réagissait pas. Elle restait silencieuse, calme et écoutait ce que lui racontait son Commandant sans l'interrompre. Quand Shepard se tut et que le silence se fit, Tali releva le regard vers son amie et posa une main sur son épaule. Elle tenta d'afficher le sourire le plus compatissant possible.
— Je pense qu'on a dû vous le dire un nombre incalculable de fois, mais vous devriez aller vous reposer. La situation n'a été bonne pour personne et nous aurons besoin de prendre du recul… et surtout d'attendre que ce Triumvirat décide de notre sort.
La commissure des lèvres de l'Humaine s'étirèrent difficilement. Oui, peut-être que les choses s'amélioreront. Dans tous les cas, l'officier supérieur se leva du lit au moment où une infirmière akoni s'introduisait dans la pièce. Le regard sévère, la soignante enjoignit Eireann à sortir rapidement. Après une brève salutation, l'Humaine se retrouva à l'extérieur de la chambre. Son regard croisa à nouveau celui de la Mutilée, l'air toujours caustique. Une main posée sur sa poitrine, l'officier se redressa de sa hauteur et s'éloigna de la chambre. Elle s'engouffra dans l'ascenseur et s'apprêta à appuyer sur l'écran afin de retourner au rez-de-chaussée. Mais son doigt resta un instant suspendu dans le vide et elle soupira.
L'ascenseur lui signala son arrivée à l'étage souhaité et elle se dirigea presque machinalement vers sa destination. Face à la porte, elle resta hésitante avant de prendre son courage à deux mains. L'ouverture coulissa et elle resta à l'entrée, sans bouger. Deux yeux charbons vide de toute expression l'accueillirent et son estomac se tordit, sa poitrine se comprima. Elle observait cet homme qu'elle n'avait que trop esquivé par crainte d'affronter des démons qu'elle refoulait difficilement. Elle s'appuya contre la chambranle et souffla.
— Bonjour.
Un ange passa et, finalement, un sourire illumina ce regard terne.
— Bonjour Shepard.
Et l'étau qui l'oppressait s'envola.
