Chapitre 29 Epreuves
En quelques jours, tous les cauchemars enfouis depuis Ishbal refirent surface. L'arrestation de Sho Tucker rappela à Roy de quoi les alchimistes étaient capable et il eut beaucoup de mal à encaisser le choc.
Bien sûr, Edward était encore plus traumatisé que lui, mais il n'eut pas la patience de conforter l'adolescent. Il voulait au contraire profiter de ce crime monstrueux pour lui faire prendre conscience de ce que l'armée attendait réellement de lui et il devait réaliser où il avait mis les pieds. Depuis trois ans qu'il avait obtenu sa licence, le Fullmetal n'avait jamais eu de mission vraiment délicate et il n'avait pas réellement idée du rôle des alchimistes d'état.
Après un discours particulièrement éloquent, Roy laissa Edward secoué et écœuré et il repartit rapidement dans son bureau pour expliquer la situation à Hughes. C'était au département des informations de s'occuper des prisonniers et dans une affaire aussi sérieuse, le lieutenant-colonel devait se déplacer personnellement. C'était un maigre soulagement, mais Roy appréciait tout de même d'avoir à faire à un visage connu dans ce genre d'histoire.
Il savait qu'il ne pouvait pas vraiment compté sur Liza. La jeune femme était sous le choc, et même si elle le cachait sous son masque d'impassivité habituelle, il lisait la détresse dans ses yeux quand elle tentait de remplir le compte-rendu d'enquête. Elle était écœurée par Tucker. Il avait utilisé sa propre fille pour ses recherches, comme si ses travaux étaient plus importants qu'elle. C'était monstrueux, mais surtout, c'était douloureusement familier pour la tireuse.
Elle aurait voulu se convaincre que c'était l'acte isolé d'un fou particulièrement dangereux, mais elle était bien placée pour savoir que ce n'était pas le cas. Personne ne pouvait comprendre ce que ce meurtre réveillait en elle à part Roy et malheureusement, il ne pouvait pas faire grand chose pour l'aider devant le reste de l'équipe. S'il la destituait du dossier, il éveillerait les soupçons et en aucun cas il ne voulait risquer de la mettre plus mal à l'aise encore. Ils avaient toujours été clairs sur le respect de leur passé communs et aucun membre de leur équipe ne savaient qu'ils se connaissaient avant la guerre. Ce n'était pas nécessaire. Les doutes étaient déjà bien assez forts sur la vraie nature de leur relation sans avoir à en rajouter en révélant qu'ils se fréquentaient déjà à l'adolescence.
Même si jamais aucun des proches de Mustang n'irait raconter quoi que ce soit qui puisse le mettre en difficulté, il n'était pas utile de renforcer les suspicions déjà existantes. Roy avait bien remarqué les petits coups d'œil de Havoc quand il laissait ses deux officiers supérieurs seuls le soir, de même que le sourire entendu entre Fuery et Breda quand le colonel partait avec sa seule assistante pour une mission d'inspection. Personne ne remettait en cause les talents du lieutenant, ni la force de leur duo, mais il était évident qu'ils avaient tous les deux une relation privilégiée. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas s'en apercevoir.
Alors quand à la fin de la journée le colonel ne mentionna aucun rendez-vous et qu'au contraire, il soupira en maudissant sa paperasse à finir, tout le monde dans le bureau saisit l'allusion et ils comprirent qu'il cherchait à rester seul avec son assistante. L'après-midi avait été particulièrement tendue si bien que ce ne fut pas une vraie surprise de le voir demander à sa manière un peu de temps pour discuter en tête-à-tête avec elle. Liza craignait le pire. Elle n'était pas sûre d'être en état de lui remonter le moral. Elle n'arrivait à se défaire de sa culpabilité, se sentant responsable de tout. Elle devait être forte et continuer à pousser son supérieur vers l'avant, mais ce soir, elle était vidée et n'avait plus l'énergie de rien, ce qui la rongeait inexorablement.
Le regard vide d'Edward sur le parvis de la caserne la hantait, et les mots durs et violents de Roy résonnaient encore en elle. Elle avait eu beaucoup de mal à ne pas intervenir de façon plus agressive et c'était contenté d'utiliser la pluie comme prétexte pour éloigner le colonel de l'adolescent, mais elle aurait dû faire plus. Le pauvre garçon était traumatisé. Ce n'était qu'un enfant, même s'il jouait les durs, et elle trouvait l'attitude de son supérieur bien trop sèche et brutale.
Roy semblait encore plus cynique et désabusé qu'à l'ordinaire et elle savait qu'elle était en partie la cause de son attitude si froide. Elle passait son temps à le rejeter et à nier ses sentiments, pour son bien et pour son but, mais il ne voulait pas comprendre. Quand il s'approcha de son bureau, elle ferma les yeux et retint son souffle. Il avait l'air extrêmement contrarié et elle se résignait au sermon qu'elle allait entendre, lui rappelant ses fonctions en tant que soldat et son devoir au sein de l'armée qui ne l'autorisait pas à se comporter comme elle l'avait fait aujourd'hui. Elle avait été faible et c'était inacceptable. C'était du moins ce qu'elle se répétait depuis la découverte de cette chimère.
Mais Roy se contenta de lui retirer le dossier des mains en s'excusant.
« Vous ne devriez pas avoir à faire ça. Vous moins que n'importe qui... »
Liza le regarda, perplexe et demanda : « Et pourquoi donc ? Je ne suis pas plus sensible que les autres. Même plutôt moins en fait. »
Fuery avait été particulièrement choqué d'apprendre qu'une petite fille et son chien avaient été utilisés et plusieurs autres officiers ayant des enfants avaient vraiment été secoués par la nouvelle. Alors qu'elle s'était contenté de faire son travail et de sécuriser le périmètre sans afficher d'émotion.
Roy soupira et répliqua en détournant la tête : « Je ne remets pas en cause votre professionnalisme, lieutenant, loin de là. Je pense simplement que c'est une histoire sordide. Et je suis désolé de vous avoir mis dessus. »
La jeune femme resta silencieuse, ne sachant que lui dire. Puis elle finit par murmurer sobrement : « C'est mon travail, aussi horrible soit-il. Je l'ai choisi en toute connaissance de cause. »
Le colonel s'assit sur un coin du bureau et fixa la fenêtre rendue opaque par l'obscurité. Il cherchait à voir la rue mais de sa place c'était impossible.
« Les alchimistes sont vraiment des êtres épouvantables... »
C'était difficile de savoir s'il parlait par rapport à l'affaire qui les occupait ou par rapport à d'autres choses bien plus veilles et enfouies qui ne devaient pas ressortir. Liza préférait ne pas savoir et elle se contenta de poser sa main sur son bras, et tout en regardant elle aussi la rue invisible dans la nuit elle répondit doucement : « Seulement ceux qui font passer leurs recherches avant le reste et qui n'ont pas de morale. »
Elle se leva et s'installa à coté de lui sur le bureau, leurs épaules cote à cote sans qu'ils ne se touchent vraiment.
« Regardez Edward, il n'est pas comme ça. Il ferait tout pour son frère, mais il n'irait jamais mettre la vie des autres en danger pour arriver à ses fins. Et il n'est pas le seul. »
Elle esquissa un sourire et ajouta : « Certains font tout leur possible pour protéger ceux qui leur sont chers et ils utilisent leur alchimie pour le bien des autres. »
Roy réussit à sourire à son tour, à moitié convaincu par son argument. Quand elle lui proposa de le raccompagner, il réalisa qu'une fois encore, alors qu'il pensait lui remonter le moral, c'était elle qui c'était occupé d'améliorer le sien et de chasser ses démons. Il aurait voulu lui dire qu'il l'aimait mais il se contenta de se féliciter de l'avoir gardée à ses cotés en l'aidant à mettre à son manteau.
Pour compenser de ce qu'il n'avait pas le droit d'exprimer oralement, il choisit de la garder pour la nuit et de lui montrer son affection et sa gratitude de la seule manière qu'elle acceptait. Il la retint dans ses bras pendant des heures, caressant ses cheveux et la berçant doucement. Il voulait veiller sur son sommeil mais Liza ne perdait pas de vue leurs positions respectives. Ils n'avaient pas le droit de dormir ensemble si bien qu'elle se retrouva à se débattre à plusieurs reprises pour lui échapper, lui rappelant le danger qu'ils couraient s'ils étaient surpris ainsi.
Sauf que Roy n'écoutait pas. Il désirait plus que tout rester auprès d'elle et malgré ses récriminations, il ne la laissait pas quitter son lit. De toute façon, ils savaient tous les deux qu'elle n'avait pas réellement envie de partir. Le ton commençait à monter entre eux, quand un coup de téléphone interrompit brusquement leur dispute.
Le colonel se leva d'un bon et ordonna à son assistante de se préparer. Tucker avait été assassiné, de même que sa chimère et toute la prison était en ébullition. Sans tarder, ils se rendit à la caserne, et Liza pria pour que personne ne pose de question sur leur arrivée commune. Par chance, tout le personnel était bien trop sous le choc pour se soucier d'un détail aussi insignifiant.
Roy n'avait fait aucun commentaire sur le sujet pour éviter de poursuivre le débat stérile qu'ils avaient eu. Il considérait que la situation actuelle était suffisamment sérieuse pour mériter toute son attention et ne pas se laisser distraire par des futilités pareilles. En revanche, Liza n'oublia pas. Dès qu'ils se retrouvèrent seuls dans le bureau, elle partit dans une grande diatribe sur l'insouciance de son supérieur qui mettait sa carrière en danger sans raison et elle dut user de toute sa volonté pour ne pas hurler. Seulement elle devait rester discrète pour ne pas se faire remarquer et ses paroles ne devaient en aucun cas être entendues par quelqu'un d'autre que son amant.
Roy fut plutôt contrarié par son comportement exagéré et même s'il savait qu'elle n'agissait ainsi que dans un souci de protection, il n'aimait pas qu'elle rejette d'office tout acte de tendresse qu'il puisse avoir envers elle. Pour éviter d'envenimer davantage la situation, il préféra aller chercher Hughes à la gare et laisser à son assistante le soin de rédiger le rapport final sur cette affaire. Visiblement, il n'avait pas intérêt à être près d'elle tant qu'elle était de cette humeur et il n'était pas sûr de rester maitre de lui si elle poursuivait dans cette voie.
La seule chose qui calma effectivement Liza fut l'arrivée d'Edward et Alphonse. Les deux frères avaient tellement mauvaise mine en déboulant à l'aube à la caserne que la tireuse mit de coté ses griefs contre Roy et se concentra sur les deux adolescents. Ils voulaient savoir ce qu'il adviendrait de Tucker, mais aussi de Nina et la jeune femme eut la délicate tâche de les informer du décès de l'alchimiste ainsi que de sa chimère.
Bien entendu, Edward voulait des détails, il avait besoin de voir les corps, comme pour s'assurer que leur mort était bien réelle, mais Liza refusa de les emmener à la prison. Les cadavres n'étaient plus reconnaissables et elle n'avait pas l'intention d'infliger un tel spectacle à ces enfants. Ils avaient certainement déjà vu leur lot d'horreurs, mais elle ne souhaitait pas en rajouter. Elle fut un peu sèche quand elle les renvoya et s'en voulut de ne pas pouvoir leur consacrer plus de temps. Malheureusement, elle devait rejoindre son supérieur et apporter à l'équipe d'investigation son rapport.
-oOo-
Hughes était accompagné du commandant Armstrong et il n'était pas ravi de découvrir l'état de Tucker. Non pas qu'il soit déçu que l'alchimiste ait été abattu, il considérait que son acte justifiait parfaitement une exécution sommaire. Le problème était la façon dont il avait été tué.
L'alchimiste n'avait pas simplement pris une balle dans la tête ou un coup de couteau, non. Tout son corps avait littéralement explosé de l'intérieur et ce n'était pas une pratique très courante. En plus, seuls les alchimistes d'état étaient tués de cette manière et depuis quelques temps déjà, le nombre de victimes ne faisaient qu'augmenter. Jusque là, le tueur ne semblait pas avoir atteint East City mais le cadavre décomposé de Tucker prouvait le contraire.
Roy vit tout de suite que son ami s'inquiétait et il n'aimait pas ce que le lieutenant-colonel avait à lui apprendre. Certes, il avait entendu les rumeurs sur le tueur en série qui s'en prenait à l'armée, mais il ne pensait pas qu'il avait à son actif autant de personnalités et quand il découvrit que l'alchimiste au sang froid avait lui aussi été éliminé par ce mystérieux assassin, il craint le pire. Il n'y avait plus beaucoup d'alchimistes d'état en ville. A part lui, il y avait le Fullmetal et ce n'était qu'un enfant sans défense.
Le colonel réagit immédiatement et ordonna que les frères Elrics soient mis sous garde rapprochée. Liza arriva sur ces entre-faits et elle sentit son cœur s'accélérer à la mention des deux frères. Ils n'étaient sûrement pas retourner à leur hôtel et pouvaient être n'importe où. Elle avait refusé de les prendre avec elle pour les protéger, et finalement, elle les avait envoyés à une autre forme de danger.
Quand Mustang envoya plusieurs patrouilles à la recherche des deux adolescents, la tireuse se porta volontaire mais le colonel préféra la garder à ses cotés et prenant Havoc avec eux, il se mit en route pour le centre ville. Même s'il ne le montrait pas autant que la tireuse, Roy aussi tenait énormément aux deux frères et il ne se pardonnerait pas que quelque chose leur arrive. Il se sentait particulièrement responsable d'Edward dans la mesure où il l'avait entrainé dans cette voie. Et même si la veille il avait été plutôt dur avec lui, il le considérait toujours comme un gamin et ferait tout pour lui éviter de souffrir.
Liza fut la première à remarquer les mouvements suspects dans une ruelle et comme souvent, son instinct avait vu juste. La pluie réduisait de beaucoup la visibilité mais Roy reconnut tout de même la silhouette fluette d'Edward au bord du trottoirs. Son bras droit était en pièce et de là où il était, le colonel ne trouvait pas Alphonse, ce qui ne fit qu'accentuer un peu plus son inquiétude. Sans réfléchir, il sortit de la voiture avec Hawkeye et Havoc derrière lui et il tira pour attirer l'attention du tueur.
C'était un grand type avec des lunettes teintée et une étrange cicatrice au milieu du front mais il n'avait pas cette aura monstrueuse qu'ont généralement les assassins. Par conséquent, Roy ne fut pas surpris quand il se présenta comme un émissaire de dieu, venu pour faire respecter la justice divine. Il s'en prenait à tous les alchimistes d'état au nom de la religion et il n'en fallut pas plus au colonel pour sentir la colère l'envahir.
Roy jeta son arme à son lieutenant et enfila ses gants, prêt à s'occuper personnellement de ce tueur aux idées tordues. Il était tellement sous le coup de l'émotion qu'il n'entendit pas les mises en garde de son assistante. Il était sur le point de faire face à son adversaire quand il reçut un violent coup de pied à l'arrière des genoux l'envoyant par terre. Il n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il s'était passé que Liza dégainait et tentait d'arrêter le tueur. Malheureusement, il s'échappa, laissant le colonel au milieu d'une flaque en train de pester. Il ne comprenait pas la réaction de son assistante et exigea des explications qu'il regretta aussitôt quand elle le traita d'impuissant.
Certes, il n'avait aucun pouvoir sous la pluie, mais il nota tout de même le choix des mots avec amertume. Elle avait menacé quelques heures plus tôt de ne plus lui accorder l'accès à son lit s'il se montrait si positif et maintenant, elle mettait en doute sa virilité, et devant tout le monde. C'était beaucoup. Cependant le colonel n'eut pas tellement le temps de se plaindre, le combat se poursuivit entre l'assassin et Armstrong et le commandant attira l'attention de Roy sur la méthode utilisée qui relevait elle aussi de l'alchimie.
Cet homme était plus qu'étrange. Il tuait et pourtant, il n'était pas comme les autres meurtriers et il utilisait la science qu'il maudissait pour se débarrasser de ses victimes. Ce n'était pas logique. Soudain, Roy entendit un coup de feu sur sa gauche et il vit Liza, un genou à terre et un fusil dans les mains qui tentait elle aussi d'arrêter leur suspect. Elle ne réussit pas à le toucher, mais elle fit tomber ses lunettes, montrant ses yeux rouges, symboles de son appartenance ethnique.
Le choc fut de courte durée comme les renforts arrivaient, bouclant entièrement le quartier. Roy donna l'ordre d'appréhender le tueur, mais d'un coup, il disparut dans une énorme explosion, détruisant le sol pour s'échapper par les égouts.
La poursuite était inutile, il était bien trop fort pour de simples soldats. A contrecœur, Roy dut abandonner l'affaire et il passa sa rage sur Hughes qui réapparut d'un coup, une fois la bataille terminée. Liza laissa son supérieur régler ses histoires avec son ami et elle alla aider les deux frères. Edward et Alphonse se disputaient pour la première fois et à la nature des propos, elle put sentir le désespoir qui s'était emparé de l'aîné. Elle lui mit sa veste sur les épaules et dans un geste presque maternelle, elle le serra dans ses bras pour la refermer autour de son cou. Havoc se chargea d'Alphonse et rapidement, toute l'équipe repartit pour le quartier général.
Roy raconta brièvement aux deux frères d'où venaient les Ishbals et comment l'armée, et en particulier les alchimistes d'état, les avaient exterminés pendant la guerre, mais il ne rentra absolument pas dans les détails. Tout ce qu'ils avaient besoin de savoir c'était que Scar, le tueur en série, était un des rares rescapés des massacres qui avait eu lieu des années plus tôt et qu'il cherchait à se venger de ce que les militaires avaient fait à son peuple.
Une fois les explications données, Edward et Alphonse furent renvoyés chez eux pour se soigner et se mettre à l'abri en attendant que les choses se calment. Le colonel voulait arrêter cet assassin le plus rapidement possible, soi-disant pour obtenir une promotion, mais en réalité, il espérait surtout pouvoir protéger les deux frères. Même s'ils n'étaient pas responsables de l'exécution massive des Ishbals, Scar s'en prenait à tous les alchimistes d'état sans distinction.
Armstrong fut chargé de la protection d'Edward, laissant ainsi Hughes seul avec Roy pour une de leur soirée en tête-à-tête. Avec l'élimination de plusieurs personnalités importantes de l'armée, le lieutenant-colonel voulait mettre Mustang au courant des bruits qui circulaient déjà à la capitale à son sujet. Les hauts-gradés savaient de quoi le Flame Alchemist était capable et avec le soutien répété du général Grumman, il était en bonne place pour obtenir un poste à Centrale. S'il réussissait à arrêter le tueur qui avait tant causé de dommage à l'armée, il serait vu comme un héros et grimperait encore quelques échelons. Ce n'était pas une mission facile, mais elle en valait certainement la peine.
Deux jours après l'incident au plein cœur d'East City, le général Hakuro s'invita au quartier général de l'Est pour contrôler le bon déroulement de l'enquête et il prit un malin plaisir à critiquer Roy et ses méthodes douteuses. Le général n'appréciait pas de s'être fait retirer l'affaire Scar, surtout au profit d'un officier bien plus jeune et moins gradé que lui. Par ailleurs, il n'avait pas aimé la façon dont Mustang avait profité de l'incident du train quelques semaines plus tôt dans lequel lui et sa famille avait été menacés. En tant que général, il aurait dû faire face seul au groupe de terroristes et il avait été la risée de Centrale quand on avait su qu'il avait été sauvé par un des subordonnés du colonel, âgé de seulement quinze ans. Maintenant, il cherchait à se venger de l'alchimiste par tous les moyens.
Mais Roy n'était pas un débutant. Toute son équipe travaillait sur le dossier et il n'avait pas l'intention de se laisser voler la vedette par un vieux général aigri et prétentieux. A chaque entrevue avec Hakuro, il savait être obséquieux et tenait parfaitement sa position de subalterne, mais dès qu'il était seul avec ses hommes, il se plaisait à leur rappeler son but et comment l'affaire Scar pouvait l'aider. A plusieurs reprises Liza dut lui faire remarquer son manque de discrétion sur le sujet, mais il n'y prêta pas vraiment attention. Tout le monde dans le bureau, et même au-delà connaissait l'ambition démesurée du colonel, alors il ne voyait pas pourquoi il s'en cacherait.
Mais cette attitude mettait la tireuse mal à l'aise. Elle s'inquiétait de plus en plus pour son supérieur qui ne semblait pas voir le danger. Bien sûr, il avait toujours cherché à attirer les regards sur lui, mais maintenant, avec ce tueur qui courait dans les rues de la ville, elle n'était pas tranquille. Certes Mustang savait se défendre, mais en cas de pluie, il était sans défense réelle et même si elle restait toujours à ses cotés, elle n'aimait le surplus de pression qu'il s'imposait inutilement. Il était depuis longtemps la cible de terroristes en tout genre, mais Liza avait bien remarqué la différence de niveau par rapport à Scar. Même par temps sec, le colonel serait en difficulté face à lui.
Elle n'avait pas réussi à l'atteindre, alors qu'il n'était qu'à quelques mètres d'elle. Il bougeait trop vite et il savait utiliser l'alchimie. Par conséquent, il était bien plus dangereux que les autres et elle n'était pas sûre de pouvoir le vaincre. Et donc de pouvoir être à la hauteur de sa mission. Ses craintes furent confirmées quand l'équipe de Mustang fut appelée suite à une explosion suspecte à l'extérieur de la ville. Tout un tunnel s'était effondré et c'était l'œuvre d'un seul homme. Il était donc bien plus puissant encore que ce qu'elle avait imaginé, mais Roy restait imperturbable. Il ne pensait qu'à l'arrêter sans voir le danger qu'il représentait.
Tous les soirs, le colonel était en rendez-vous avec une de ses précieuses amies et il y allait seul. Il avait besoin de réunir le maximum d'informations possibles sur Scar et ne pouvait se permettre de perdre du temps en protection inutile. Il avait parfaitement conscience du risque qu'il prenait mais refusait de laisser la peur le ralentir. En plus, il ne voulait pas impliquer ses subordonnés avec lui. En particulier son assistante. Scar n'en avait qu'après les alchimistes, il ne s'en prendrait donc pas à elle spontanément. Mais si elle se mettait sur sa route pour protéger son supérieur, le tueur n'hésiterait à l'éliminer elle aussi et Roy ne pouvait l'accepter.
Alors quand elle commença à insister pour qu'il sorte moins ou pour avoir le droit de l'accompagner, il dut utiliser un argument mesquin qui la blesserait à coup sûr. Il sous-entendit qu'elle était jalouse et la mit une fois de plus face à ses propres contradictions sur ses sentiments. C'était une attaque méprisable et il se détestait devoir en arriver là, mais il préférait la vexer plutôt que de lui faire prendre des risques inutiles pour lui.
Les semaines suivantes furent assez difficiles. L'enquête piétinait, Hakuro ne le lâchait pas, et même Hughes le harcelait à propos de sa future promotion à Centrale en lui conseillant de se trouver une épouse sur laquelle s'appuyer. Comme s'il avait le temps de penser à ce genre de chose. Il avait déjà quelqu'un de confiance sur qui il pouvait compter en cas de besoin, quelqu'un de dévoué corps et âme à sa cause, qui sacrifierait jusqu'à son dernier souffle pour lui permettre d'avancer. Et c'était bien le problème. Roy n'avait aucune intention de la laisser se mettre en danger pour lui. Il tenait bien trop à elle.
Et Maes le savait parfaitement. De même qu'il savait parfaitement qu'il n'aurait pas mieux demandé que de pouvoir l'épouser. Malheureusement, le règlement militaire interdisait qu'ils continuent de travailler ensemble s'ils se mariaient et elle ne renoncerait pas à sa carrière pour leur bonheur. En plus, il avait plus besoin d'elle comme assistante qu'autre chose pour atteindre son objectif. Alors au lieu de chercher à améliorer leurs rapports personnels, le colonel se plongea un peu plus dans le travail et évita de trop réfléchir à la relation qu'il ne pourrait pas avoir avec Liza.
La jeune femme s'appliquait elle aussi à garder ses distances, craignant toujours que ses gestes ne révèlent ses sentiments. Le général Hakuro et ses sbires étaient toujours sur son dos dans l'espoir idiot de trouver une faille dans les méthodes de Mustang, si bien que le lieutenant avait tout le temps de peur de commettre un faux pas. Elle était bien placée pour connaître les travers de son supérieur et faisait de son mieux pour le faire apparaître comme irréprochable malgré son attitude arrogante et souvent provocatrice. Elle passait son temps à le rappeler à l'ordre, que ce soit pour ses propos trop explicites ou son attitude peu respectueuse vis à vis de l'armée. Liza était plus exigeante que jamais, compensant ses angoisses par une maniaquerie peu commune.
Comme Roy avait refusé qu'elle l'accompagne à ses rendez-vous et qu'il continuait à sortir sans protection, elle trouva un autre moyen de veiller sur lui en le submergeant de paperasse. Elle avait mis du temps à réunir tous les dossiers, mais depuis trois soirs déjà, le colonel était coincé à la caserne jusqu'au beau milieu de la nuit pour signer ses rapports sous l'œil vigilent de son assistante. Il revenait d'une pause café bien mérité quand il entendit le téléphone sonner et malgré le regard désobligeant de son lieutenant, il se leva pour aller décrocher.
Roy fut plutôt surpris quand l'opératrice lui annonça que le lieutenant-colonel Hughes désirait lui parler, puisqu'il avait déjà eu une longue et ennuyeuse conversation avec son ami dans l'après-midi, mais ce qui retint son attention fut le silence qu'il rencontra après que l'opératrice lui eut passé la communication. Le colonel attendit un moment, mais Liza n'était pas d'humeur à patienter des heures et elle vint le chercher pour lui faire finir sa lecture. Elle se retint de justesse de le sermonner une fois de plus, comme s'il n'avait inventé ce coup de téléphone que pour tirer au flanc un peu plus. Et le lendemain, quand elle reçut la nouvelle, elle se bénit d'avoir su tenir sa langue.
Liza était toujours la première au bureau, et ce fut donc à elle d'informer toute l'équipe. Pour autant, elle se refusa à faire un discours public. Elle devait parler à Roy en privé. Elle réfléchit sur la meilleure stratégie à adopter, puis elle entendit Fuery et Falman arriver. Sans leur expliquer quoi que ce soit, elle leur demanda de réserver deux billets de train pour Centrale et d'annuler tous les rendez-vous du colonel pour les deux prochains jours. Puis elle disparut du bureau et se précipita chez son supérieur. Elle n'avait aucune idée de comment elle allait le lui apprendre mais elle savait que c'était à elle de le faire.
Sincèrement, j'ai cru que je n'y arriverai jamais ! Pas moyen d'écrire un truc cohérent pendant deux semaines, et c'est pas faute d'avoir essayé... Enfin, c'est fait. J'espère que la suite sera plus facile à faire, sinon, je suis encore là dans six mois et ce serait dommage parce qu'il ne reste vraiment plus grand chose.
Courage, tenez bons, je promets de faire de mon mieux pour la suite !
