Chapitre 29 : Le sortilège de Morgane ~Partie 1~
Les volutes de fumée s'élevaient au-dessus de la capitale de Nemeth, des feux éparpillés dans le château. Des corbeaux se rassemblaient déjà autour des morts, mais rien de cela n'était important aux yeux de la sorcière qui menait son tout dernier allié vers la salle du trône élaborée en forme de dôme du roi de Nemeth, Rodor.
Morgane sourit de satisfaction, tandis que le Roi Odin et elle s'approchaient de l'endroit où Rodor et sa fille avaient été forcés de s'agenouiller devant le trône.
Odin semblait tout aussi satisfait.
« Roi Rodor... et Reine Mithian d'Escetia. »
Il s'arrêta devant elle, et lui saisit le menton.
« Vous êtes vraiment aussi belle qu'on le dit. »
Mithian le regarda froidement tandis qu'elle dégageait son menton d'un geste dégoûté.
« Vous avez commis une grave erreur aujourd'hui, Roi Odin. Mon mari n'appréciera pas cela, et Camelot non plus. N'imaginez pas que vous pouvez faire face à ces deux puissances, pas avec la magie que les deux royaumes peuvent invoquer contre un meurtrier de sang-froid comme vous. »
A côté de Mithian, son père se leva difficilement.
« Pourquoi avez-vous fait cela ?
– Vous devriez choisir vos alliés plus soigneusement. »
Morgane avait l'air amusée.
« Quiconque est ami de Camelot est mon ennemi. »
A son geste, les gardes emmenèrent Mithian et son père, pendant que Morgane s'approchait du trône pour faire courir ses doigts sur un des accoudoirs.
Odin la regarda d'un air calculateur.
« Alors... Nous partageons le butin comme convenu. »
Morgane le regarda.
« Prenez tout ce qui vous plaît.
– Dans ce cas, qu'êtes-vous venue faire ici, Morgane ? »
Elle lui fit face, et s'appuya contre le trône.
« Je veux reprendre ce qui est à moi. Je veux le trône de Camelot, et pour cela il me faut une armée.
– Monarmée ? »
Elle sourit.
« Je pense qu'elle a montré son courage aujourd'hui. »
Odin fronça les sourcils.
« Et que recevrai-je en retour de ce service ? »
Morgane s'approcha de lui, et murmura dans son oreille :
« Arthur. Pour en faire ce que vous voulez. »
Elle commença à s'éloigner.
« Et je sais exactement comment vous l'amener. »
~(-)~
La nuit était paisible, et il n'y avait aucun nuage dans le ciel pour masquer les étoiles. Merlin était sur les remparts de sa tour, regardant ces éclats de lumière lointains. Il avait l'habitude de faire ça lorsqu'il était arrivé à Camelot, s'appuyant sur le rebord de sa fenêtre pour regarder la cité jusqu'à ce que ses yeux soient attirés par les cieux. Lorsque le retour de la magie et sa position de Sorcier de la Cour avait été un rêve lointain et apparemment impossible... et pourtant il était là, presque trois semaines après avoir été nommé à ce poste, regardant les étoiles depuis un mur qui arborait les débuts de sorts de protections puissants.
Il soupira, et posa sa main sur la pierre devant lui, sentant cette fondation de magie. Les sorts auraient besoin de plusieurs mois pour se construire, petit-à-petit, mais même ainsi ils n'arrêteraient pas une force réellement déterminée. S'ils étaient frappés suffisamment fort pendant suffisamment longtemps, ils se briseraient, mais il faudrait plusieurs jours de bombardement pour cela. Les chances pour qu'un siège soit si long avant que l'attaquant soit repoussé étaient très minces. La plupart des sièges à Camelot duraient à peine trois jours.
Merlin sourit pour lui-même et recommença à regarder les étoiles, restant où il était même lorsque Friou sortit par la porte de la tour pour le trouver. Elle aimait être ici aussi, et passait souvent la plupart de la journée étendue sur les murs, mais au moins cela signifiait que moins de serviteurs étaient surpris par ses passages dans le château comme Scild qui suivait Balther et la nourrice du prince partout.
Merlin la caressa paresseusement, se demandant si c'était le bon moment pour aller se coucher, lorsqu'il aperçut deux cavaliers qui se hâtaient vers la porte du flanc du château. Rien qu'en observant le rythme, il sut que ce n'était pas bon signe.
En un instant, il monta sur les épaules de Friou, et la fit survoler le pic du toit pour descendre dans la cour. Mais lorsque les cavaliers entrèrent enfin par la porte principale et s'arrêtèrent devant lui, il haleta de choc en reconnaissant l'une d'entre eux.
« Mithian ! »
Elle fit un pas instable vers lui.
« Merlin... J'ai le cœur plein de joie de vous revoir...
– Ma Dame. »
Mithian tituba en arrière, rentrant dans la servante âgée qui avait été sur le second cheval, mais avant qu'elle puisse stabiliser sa maîtresse, Merlin souleva la reine et cria aux gardes proches :
« Allez chercher Gaius et amenez-le dans la chambre d'hôte près des appartements du Roi. »
En quelques minutes, Merlin la porta jusqu'à cette chambre, où il la coucha sur le lit et la couvrit rapidement de couvertures. Elle était froide et visiblement épuisée, et dès que ce fut fait, il fit prendre feu au tas de bûches dans l'âtre.
Sa servante s'approcha du pied du lit, irradiant d'inquiétude.
« Est-ce qu'elle va s'en sortir ? »
Merlin la regarda solennellement.
« Je ne suis pas le Médecin de la Cour, mais je pense que oui. Elle n'a probablement besoin que de repos et de nourriture. »
Il fit mine de guider la servante vers la porte.
« Venez avec moi, je vais demander à un serviteur de vous conduire à une chambre. »
La femme âgée s'éloigna résolument de lui, et s'accrocha à un des poteaux du lit.
« Je refuse de quitter ma maîtresse. Elle est tout pour moi. Je vous en prie. »
Merlin fronça légèrement les sourcils, mais céda devant l'expression suppliante qu'il reçut.
« Très bien, je demanderai à quelqu'un d'amener un lit ici. Mais ne dérangez pas Gaius pendant qu'il s'occupe d'elle, d'accord ? »
La servante acquiesça au même moment où Gaius arriva avec son sac de médecine. Merlin choisit de partir, et alla aux appartements du Roi.
Il trouva Arthur réveillé et assis à sa table, et le roi se leva dès que Merlin entra. Quelqu'un l'avait clairement mis au courant de l'arrivée inattendue de Mithian.
« Comment va-t-elle ? »
Merlin prit une profonde inspiration, se calmant.
« Elle est faible et manifestement épuisée, mais elle survivra. Elle a aussi besoin de se reposer jusqu'au matin... Je sais que vous voulez lui demander ce qui s'est passé, parce que nous savons tous les deux que quelque chose a dû mal tourner à Nemeth, mais elle a besoin de sommeil. Vous pourrez lui demander dans la matinée. »
Arthur se rassit avec réticence.
« Elle ne devait pas terminer sa visite à son père avant deux semaines, et elle avait deux Chevaliers d'Aering avec elle quand elle a traversé le royaume il y a une semaine. Que leur est-il arrivé ? Ils ne l'auraient pas laissée partir sans eux à moins qu'ils soient... »
– Morts. »
Merlin grimaça.
« Je vais utiliser le miroir d'Iunia pour la contacter dans la matinée, et pour que Fyren sache ce qui s'est passé une fois que Mithian nous en aura parlé. Si le royaume de Nemeth a été attaqué, il va vouloir lancer une contre-attaque pour le récupérer. »
Arthur secoua la tête.
« On ne sait pas si c'est ce qui s'est passé. Pour ce qu'on en sait, Mithian rentrait chez elle plus tôt et est tombée dans une embuscade. »
Merlin fronça les sourcils, et commença à reculer vers la prote.
« On ne chevauche pas au beau milieu de la nuit après une embuscade, pas quand on est avec deux des meilleurs chevaliers-sorciers d'Escetia, et pas quand on a des sorts qui effacent nos empreintes. Elle aurait pu se cacher, avec sa servante, facilement. »
Arthur se leva à nouveau.
« Eh bien, comme tu as dit, on va devoir attendre jusqu'au matin pour le découvrir. »
~(-)~
Lorsque Gaius fut parti, la servante trouva la clef de la porte accrochée au mur, et la ferma soigneusement à clef avec des mains qui tremblaient d'urgence. Mithian la regarda depuis le lit avec des yeux étrécis, et son comportement entier irradia de désapprobation froide lorsque sa "servante" trébucha et se rattrapa à la table, gémissant de douleur.
Les petits cris de la servante continuèrent pendant presque une minute, avec le son de peau et d'os qui protestaient contre la transformation qui se déroulait. Mais lorsque ce fut fini, "Hilde" tourna son véritable visage vers la jeune reine.
Mithian fronça les sourcils.
« Votre magie est peut-être puissante, Morgane, mais vous ne pourrez pas continuer longtemps. Elle vous épuise, et je sais ce qui arrive aux sorcières qui poussent leurs pouvoirs trop loin. »
Morgane la fixa, et se laissa tomber dans une chaise.
« Assez ! »
Elle se redressa dans son siège, soupirant de soulagement à la chance de se reposer.
« Faites juste en sorte que vos amis croient votre histoire. »
Mithian renifla de dédain.
« La seule raison pour laquelle je coopère avec vous est de vous voir échouer. Vous ne réussirez pas. Merlin vous détectera dans peu de temps, et tout votre plan s'écroulera autour de vous.
– Et qu'adviendra-t-il de votre père, hmm ? Si je ne rentre pas, alors Odin étripera Rodor comme un cochon. »
Morgane sourit narquoisement.
« Et pour ce qui est de Merlin, je ne vous ai pas choisi par hasard, Votre Majesté. Votre père aurait été facile à ensorceler pour moi, pour qu'il trompe Arthur à votre place, mais vous... Votre précieuse Sorcière de la Cour a beaucoup travaillé sur les sorts qui vous sont liés, pour vous empêcher d'être localisée par magie et traquée par quelqu'un comme moi. Mais je sais comment fonctionnent ces sorts, et sans la clé qu'Iunia doit posséder, Merlin ne peut utiliser la magie pour les contourner. Je n'ai besoin que d'être près de vous pour me cacher de lui, et parce que c'est vous qui portez ces sorts, il ne soupçonnera rien jusqu'à ce qu'il soit trop tard. »
Mithian commença à la fixer.
« Vous êtes une lâche, Morgane, un serpent, et vous serez abattue comme le pauvre diable pitoyable que vous êtes. »
Morgane se leva et se précipita vers elle, avant de saisir Mithian à la gorge.
« Et vous feriez mieux de bien vous comporter demain, ou vous serez la jolie petite fleur qui a vu ses pétales arrachés. Un seul mot déplacé lorsque vous raconterez votre histoire, et je veillerai personnellement à ce que chaque homme, femme et enfant de Nemeth soit brûlé au bûcher. »
Morgane la lâcha pour retourner à sa chaise à la table, et pendant ce temps Mithian la regarda avec des yeux étrécis. Elle attendrait son heure, il n'y avait aucun doute, et Morgane maudirait le jour où elle s'était frottée à la Reine d'Escetia.
