Happy End
- Alors maintenant Eden est ma petite sœur ? Demande Ian ingénument.
Surpris, Stiles regarde l'enfant dans le rétroviseur puis reporte son attention sur la route et le Rover de Derek qu'il suit à vitesse modérée. Cette journée a été comme une bulle salvatrice. Le matin, il avait frôlé la crise de panique. Maintenant, toute la ville sait que Derek l'aime. Le policier tarde à répondre, non qu'il hésite. Il est tout simplement submergé par l'émotion. Enfin ! Se pourrait-il qu'il puisse vivre ce bonheur qu'il n'a jusqu'à présent effleuré qu'en rêve ?
- Et bien, je pense que nous pouvons voir les choses ainsi Ian. Répond Stiles après avoir choisi ses mots.
- Je la protégerai ! Toujours ! Affirme le louveteau.
- Je t'en remercie Ian énonce le policier de façon sérieuse.
Ian a noté le changement de ton et regarde celui qui va devenir son deuxième papa dans le rétroviseur. Leurs regards se croisent. Ils échangent un message muet. Malgré ce que Lizzie comptait lui faire, Stiles assure au fils de la louve que la défunte ne sera pas un obstacle pour leur future relation. Cependant, il n'est très à l'aise lorsqu'il se gare à côté de la Rover. Le manoir s'impose à son regard, majestueux et lourd de signification. C'est là qu'a péri presque toute la famille de Derek. Là qu'il a reconstruit sa vie, faisant un beau pied de nez aux chasseurs et au destin. Là où s'est créée une famille avec une autre par déni et lâcheté. Là où Derek lui demande aujourd'hui d'emménager.
Les deux enfants font moins de manières, et lorsque le loup ouvre la porte d'entrée, les deux bambins lui filent entre les jambes pour investir cette forteresse au milieu de la forêt. Stiles est déjà venu ici plusieurs fois, pourtant c'est avec une certaine retenue qu'il s'avance à l'intérieur. Il n'est plus un invité, plus pour très longtemps.
- Tu restes dormir ? Quémande le loup.
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Eden avait déjà dormi une fois au manoir. C'est donc tout naturellement que les deux enfants investissent la pièce où elle avait été hébergée le temps d'une nuitée. C'est une chambre d'ami meublée pour des adultes. Péremptoire, Ian établit déjà des modifications à apporter. Seulement Eden lui affirme qu'elle aime bien cette décoration pour grande personne. De fait, la chambre joue sur une harmonie de bois différents. Le mur qui donne sur l'extérieur est en cèdre rouge comme toute la façade du manoir, les autres forment des contrastes avec deux autres essences de bois plus claires. Le mobilier dénote des goûts de Derek pour le sobre et le naturel.
Avec une énergie qu'eux seuls peuvent avoir malgré une journée épuisante, Ian et Eden entreprennent de déménager les jouets que Derek avait achetés à la fillette de la chambre de Ian, à la nouvelle antre de la fille de Stiles. Aucun des deux enfants ne se pose la question de savoir si leur acte est légitime. Ils agissent suivant leur cœur.
À l'étage en dessous, Stiles a l'impression d'être dans la peau d'un pingouin, tant il reste planté au milieu du salon en ne sachant pas trop quoi faire. Derek est allé sortir des pizzas du congélateur.
- Quitte ta veste ! S'exclame le loup en revenant avec de quoi faire plaisir à la bande de morfales qui est ici.
Maladroitement, Stiles s'exécute et le suit dans la cuisine. Il a encore du mal à réaliser que cela va devenir son quotidien. Son silence finit par faire réagir le loup.
- Ce n'est pas ce que tu souhaites ? Questionne doucement Derek.
- Je… si… c'est que… bafouille Stiles.
- Je suis désolé pour le baiser tout à l'heure. J'ai entendu ta crise de panique ce matin… Ce n'était pas malin de ma part.
- Si ! Enfin non. Ce n'est pas ça.
- Alors qu'est-ce donc ? Rétorque le loup en s'approchant de son humain préféré.
- Personne n'a réagi, pas une remarque, ni un regard de travers.
- C'est plutôt positif non ?
- Je… pourquoi quand c'est toi, les gens ne disent rien ? Dit Stiles en avouant le fond de sa pensée.
Derek comprend sa gêne et le côté injuste des réactions des gens.
- Ce n'est pas moi qui les fais taire, ni toi de l'ouvrir à tort, avance-t-il en réfléchissant.
- Alors quoi ? Questionne Stiles.
- Ce qui a fait taire les mauvaises langues, c'est de voir deux personnes qui s'aiment sincèrement et leurs deux enfants qui rayonnent de joie. C'est grâce à Eden et Ian que l'on va être accepté.
- Tu crois ?
- Tu les entends là-haut ? Ces deux-là déplaceraient une montagne avec leur dynamisme.
Stiles rit doucement et pose son menton sur l'épaule du loup. Les exclamations de leurs enfants laissent deviner que contrairement à son père qui reste encore incertain, Eden s'installe dans son nouveau chez elle. Les deux bras de Derek emprisonnent le policier qui se laisse volontiers capturer. Nouveau baiser, sans témoin, plus personnel, plus intime. Sincère.
- Tu es à moi Stiles Stilinski, souffle le loup quand leurs lèvres se séparent.
- Je…
Le policier a la gorge nouée. Lui d'ordinaire si volubile et à la parole facile, ne sait pas quoi répondre. De nombreuses tirades lui viennent à l'esprit allant du sarcasme au romantisme. Pourtant, il se tait. Stiles reste muet, envahi par ses émotions. Il vient de passer par tant d'épreuves qu'il a du mal à lâcher prise, et accepter ce bonheur pourtant mérité.
- Pince-moi, ordonne-t-il au loup.
Derek hausse les sourcils, puis s'exécute.
- Aïe ! Ça fait mal, couine le plus jeune.
- Tu viens de me demander de te pincer ! Rétorque le brun.
- Oui, mais pas si fort !
- Et donc ?
- Ce n'est pas un rêve.
- Non. Allez, viens là au lieu de te faire des nœuds au cerveau.
Le loup entoure une nouvelle fois Stiles de ses bras et le serre contre lui. Ils restent ainsi sans bouger, ni parler. Les enfants arrivent sur ces entrefaites, criant leur famine.
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Ian et Eden dorment depuis longtemps. Dans la pénombre de la chambre du propriétaire des lieux, Stiles regarde le plafond. Il écoute la respiration régulière de Derek qui est allongé à côté de lui. Le loup s'est appliqué à lui faire oublier la violence de leur première fois, lui faisant découvrir une facette inattendue de sa personnalité. Celui qui est souvent caricaturé pour son aspect bourru, s'est révélé être d'une douceur et d'une volupté extrêmes. Trop bouleversé par leur union pour songer dormir, Stiles veille sur le sommeil de son compagnon. Il sait qu'il n'y a plus de doute possible. Lui et Derek ont peut-être pris des chemins détournés, cependant la destination finale ne pouvait pas être évitée. Néanmoins, le jeune homme est soulagé qu'ils se soient enfin trouvés et accrochés maintenant et pas trop tardivement. Ils ont perdu huit années, mais rétrospectivement ce retard leur a apporté deux enfants dont ils sont tous les deux fiers.
Enfin rassuré pour son avenir, Stiles se tourne sur le côté posant une main sur le ventre du loup qui, dans une semi-conscience, l'emprisonne avec la sienne dans un grognement à peine audible.
- Et toi tu es mon sourwolf, murmure-t-il avant de sombrer à son tour dans un sommeil réparateur.
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C'est à nouveau l'automne sur Beacon Hills. Autour de la mairie, du monde se presse sous des parapluies noirs. La date pourrait paraître symbolique aux yeux des certains, pourtant elle a été choisie au hasard des disponibilités de chacun. Il y a deux ans, jour pour jour, les mêmes personnes assistaient à l'enterrement de Noah Stilinski et de Jordan Parrish.
Il fait le même temps pourri. Lydia a encore les yeux rougis par des larmes qu'elle n'a pas réussi à retenir. À côté d'elle Jackson fait la morale à Dylan qui vient de tacher son habit. Sa jumelle Claudia, resplendissante dans une robe princesse, prend la pose.
Scott et Kira arrivent avec leur fils de deux ans. Il se nomme Jordan McCall en hommage au Hellhound assassiné deux ans plus tôt. Malia les suit de près avec son petit ami du moment. La coyote n'a toujours pas trouvé celui avec qui elle envisage de passer sa vie. Il faut avouer que son caractère très affirmé fait fuir tous ses prétendants, même les plus courageux.
- Quel temps pourri, s'exaspère Scott.
- C'est dommage pour un tel événement et gâche un peu l'organisation, confirme Lydia qui a réussi par on ne sait quel miracle à retrouver un regard serein.
- Mariage pluvieux, mariage heureux affirme Kira avec un léger haussement d'épaules.
- Ils ne vont pas tarder, reprend Lydia.
Et effectivement une Camaro noir arrive sur la place de la mairie. La voiture arbore une décoration minimaliste avec un mini-drapeau aux couleurs de l'arc-en-ciel accroché à l'antenne. Cela avait été un âpre sujet de discussion entre Derek et Lydia, Stiles s'étant bien gardé de se mêler de tout cela.
Les deux hommes sortent de la voiture pour basculer les sièges afin de libérer leurs enfants coincés sur les sièges arrière.
Ian est sanglé dans un costume impeccable. Le louveteau se tient si droit qu'on lui donnerait facilement quelques années de plus. Eden, comme son amie Claudia, est parée d'une robe princesse. C'est Lydia qui s'était occupée d'habiller les enfants. Les futurs époux étaient bien heureux de déléguer cette tâche à leur amie. Derek porte un costume trois-pièces d'un gris anthracite très sombre. A contrario, Stiles est sanglé avec une matière de deux tons plus clairs avec de fines rayures qui souligne sa belle silhouette. Les deux hommes portent le même détail identique. Autre point où Lydia n'avait pu imposer ses envies. Derek et Stiles arborent une fleur de pissenlit en guise de boutonnière. C'est la seule fleur qui pousse autour du manoir à cette saison. Celle de Derek a été cueillie par Eden, alors que Ian s'est chargé de celle de Stiles.
Le moment est symbolique, car c'est officiellement le premier mariage gay qui a lieu à Beacon Hills. D'autant plus symbolique qu'il unit le maire de la ville et son Sheriff fraîchement nommé depuis quinze jours à peine. Les événements qui ont secoué la ville il y a plus d'un an, ont fait bouger les mentalités. Il reste des opposants à la cause du mariage pour tous, cependant les désaccords ne font plus objet de violences, sauf quelques cas isolés.
Comme convenu et pour souligner que cet acte civil n'est là que pour confirmer l'existence de ce noyau familial, Derek prend la main d'Eden alors que Stiles prend celle de Ian. Leurs amis et connaissances leur font une haie d'honneur. Ils avancent tous les quatre de front vers l'entrée de la mairie. Derek et Stiles ne se marient pas pour l'étiquette, ni par revendication. Ils le font pour légitimer leur famille. Et si leurs deux enfants avancent avec eux, c'est qu'il n'y a pas qu'un simple mariage qui les attend dans la salle d'apparat de l'établissement public, mais aussi l'adoption de Ian par Stiles. Les deux enfants vont doublement devenir frère et sœur. L'acte va faire jurisprudence.
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Le vin d'honneur a lieu dans le vaste hall de la mairie. Stiles et Derek tiennent leur rôle respectif. Leur fonction les oblige à un certain cérémonial dont ils se passeraient bien tous les deux. Pourtant, ils se plient au protocole et aux conversations d'usage. La vraie fête a lieu au manoir, où un chapiteau a été installé pour accueillir les amis proches du couple.
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Le lendemain matin, Stiles se réveille avec un bon mal de tête. Il a encore une guirlande de papier accrochée autour du cou. Derek émerge à ses côtés et commence à soulager la gueule de bois de son compagnon en lui plaquant sa main sur le front.
- Ça s'est bien passé, affirme le loup.
- Il n'y a pas eu trop de casse, confirme Stiles.
- J'ai bien aimé la tête de Scott quand Son fils a crié « pipi ».
- Et qu'il a uriné sur la jambe du type juste à côté, enchaîne Stiles qui rigole tout en grimaçant de douleur.
- Eden qui vomit les petits fours dont elle s'est gavée, évoque Derek.
- Sur les chaussures de ton adjoint, complète Stiles.
Les deux hommes se remémorent les événements de la veille, les blagues que leur ont faites leurs amis, les turpitudes avec les enfants, la bonne humeur et la joie d'être tous ensemble. Ils savent que leur vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Stiles a fort affaire au poste de police, quant à Derek, il tente de faire cohabiter les besoins de la population de Beacon Hills, population bien hétéroclite.
Les épreuves nous brisent et nous déchirent. Les blessures de l'âme et du cœur laissent des cicatrices indélébiles. Si elles témoignent jour après jour de la souffrance subie, elles certifient aussi que nous y avons survécu.
Ce que nous conquérons en nous battant et en résistant a bien plus de saveur que ce qui nous est donné sans effort. Stiles et Derek savoureraient-ils leur amour avec autant d'acuité, si tout s'était enchaîné sans heurts, ni doutes ?
