Merci à tous pour vos reviews très motivantes pour moi. Voilà un chapitre plus long, qui vient plutôt que je ne l'avais prévu.

Bonne lecture à tous et à toutes!


Bon sang ce que j'ai mal au crâne! J'ai l'impression qu'un latino se tappe un trippe dans ma tête! Je suis allongé, immobile, les yeux fermés, priant pour que la pièce cesse de tourner et que mon estomac arrête de bouger. Le médecin dit que c'est normal. Je lui en ficherai moi un baratin pareil. Comme si le fait d'avoir le crâne fissuré était normal! Ce qui devait finalement arriver vu le nombre de coups à la tête que je reçois régulièrement et pas seulement de Gibbs. Sauf que là, si je suis ici, ce serait à cause d'un accident de voiture. Je dis bien « serait » puisqu'en réalité j'en ai aucun souvenir. Je me suis réveillé voilà quelques heures sans savoir comment ni pourquoi j'étais dans un lit d'hôpital avec un pansement autour de la tête digne d'un maharadjah. Ce n'est pas trop ça qui me perturbe le plus. Une amnésie après un accident n'est pas très inquiétant.

J'ai oublié les trois dernières années de ma vie!!! Bordel pourquoi je m'en souviens plus!

Je n'aurai jamais cru le médecin si ce dernier ne m'avait pas montré un journal daté de 2009, et surtout, si je n'avais pas vu mon patron, Mcgee et Abby. D'après mes derniers souvenirs d'eux, je ne peux que remarquer le temps qui a oeuvré sur eux. Surtout sur Mcgo... Il donne l'impression - je ne le lui dirai jamais - mais il donne l'impression d'être un homme sûr de lui, confiant en ses capacités. Il n'est plus le bleu ni le bizut dont je me souviens.

Maintenant que je sais qu'il ne s'agit pas d'un canular, j'essaye de me remémorer un moment précis. Des images floues s'affichent dans ma tête. Je me vois allongé sur un lit, dans une pièce où est diffusée une lueur bleue.. Mon front est en sueur... j'éprouve des difficultés à respirer... je touche et horreur... je crache du sang. A ce souvenir, je déglutis et empli mes poumons d'air. Je me crispe, mon torse me fait souffrir et non pas mes poumons.

J'ai attrapé la peste pulmonaire. Yersinia Pestis. Cette foutue peste venue du fond des âges comme me l'a dit Kate. Qu'est ce que j'ai pu être crétin! Pourquoi a t-il fallu que j'ouvre cette fichue lettre! Et après? J'ai joué le fier en prétendant n'avoir pas peur de mourir alors qu'en vérité, je mourrai de trouille.

J'essaye de pousser ma mémoire dans le temps, mais tous les souvenirs qui viennent à moi sont antérieurs à celui-là. Après quoi, c'est le trou noir.

Je réalise soudaine une chose. De tous mes visiteurs, Kate n'est pas venue une seule fois me voir. D'accord, je ne suis réveillée que depuis hier soir mais quand même. Travaille t-elle encore avec nous? Aura t-elle préféré quitté le ncis pour revenir à son premier métier: la protection. Si tel n'est pas le cas, où est-elle? C'est alors que je fais le lien avec mon accident qui, selon les dires de Mcgee, serait intervenu lors d'une enquête. Ce qui inclut la présence d'un agent avec moi, donc Kate. Ma poitrine se serre tandis qu'une conclusion terrible s'impose à moi. Je serai le seul rescapé de l'accident.

Non, je ne peux pas le croire, je ne veux pas le croire. Impossible!

Pourtant, je dois considérer les faits qui confirment pourtant cela. Tous ont une mine de déterré en ma présence. Me savoir ici n'est pas jouissif, je suis d'accord, pourtant, je vois bien qu'il me cache des choses. Ils ne veulent pas m'avouer que j'ai tué ma partenaire. Comment les blâmer! Pourtant je dois en avoir le coeur net. Je ravale une montée de bile et essaye de me relever un tantinet. La pièce tourne toujours autant et des points blancs apparaissent devant mes yeux. Je trouve néanmoins la force de tendre la main pour prendre le combiné du téléphone. Durant un long moment, les doigts restent figés devant les touches. Gibbs a t-il toujours le même numéro de téléphone portable? J'essaye, je verrai bien.

« Gibbs » répond l'intéressé à la première sonnerie.

OoO

Le timing était parfait. Au moment où Ducky fermait le tiroir du frigo funéraire, l'eau de la bouilloire sifflait. Un remontant amplement mérité, bon pour la santé qui plus est. Bien qu'un verre de bourbon n'aurait pas été de refus considérant les derniers événements. En l'état des choses, il pouvait s'estimer heureux de n'avoir pas eu à pratiquer l'autopsie d'un de ses amis. Oh bien sûr, s'il avait été obligé, il l'aurait fait, comme avec Kate. Mais faire abstraction de la personne est dur, comment peut-on oublier le visage qu'on a connu tandis qu'on découpe son corps? Impossible.

Le médecin légiste fit infusé son thé et en attendant, relut ses conclusions de sa dernière autopsie. Il n'eut pas le temps de finir de balayer son rapport que les portes s'ouvrirent.

- « Jethro? »

L'ancien marine se présenta devant son ami, l'air pressé et désireux de réponse. En dépit de son silence, ses yeux bleus trahissaient son agitation intérieure. Ducky le connaissait suffisamment de sorte qu'il pouvait deviner ce qu'il le perturbait en se passant des questions préliminaires. Ce qui arrangeait Gibbs qui aimait aller droit au but.

- « Tony m'a appelé. Il veut me parler » fit-il lapidaire.

- « Comment te paraissait-il? »

- « Confus. »

- « Se souvient-il de quelque chose? »

- « D'avoir attrapé cette foutue peste » répondit-il Gibbs.

La bouche du médecin s'ouvrit mais aucun son ne s'ouvrit. Sa stupeur était éloquente. La situation était pire qu'il ne le pensait au départ.

- « A présent, on sait donc précisément à partir de quand la mémoire de Anthony a été occultée. »

Gibbs ne répondit pas, mais acquiesça d'un signe de tête. En apprenant l'amnésie de Tony, tous avaient craint qu'il ait également oublié la mort de Kate. Leur pire crainte se révélait être exacte. Il ne se souvenait pas de la mort de Kate, ni de celle de Paula et encore moins celle de Jenny. En définitif, il se rappelait de rien de ce qui lui était arrivé ces trois dernières années. L'affaire de la Grenouille. Jeanne. Leur ré-affectation.

- « Pourquoi Ducky? »

- « Tu devrais le savoir, Jethro, en cas de traumatisme crânien, il est fréquent que le patient souffre d'une amnésie temporaire, en général ça concerne les événements ayant eu lieu avant l'accident. Mais parfois, en cas de trauma grave, l'amnésie rétrograde peut s'étendre à des semaines, des mois avant l'accident. »

- « Ou des années » contredit Gibbs.

- « Ou des années. Avec la guérison, l'amnésie rétrograde peut disparaître, la mémoire des faits est généralement conservée. »

- « Je ne peux pas attendre qu'il se souvienne, Duck! » s'écria Gibbs, impuissant.

Ducky soupira, comprenant son embarras. Tony ne cesserait de questionner Gibbs ou les autres sur Kate, et finirait par l'apprendre d'une manière ou d'une autre. Que faire? Attendre qu'une telle chose arrive, ou alors, tout lui dire au risque qu'il réagisse aussi mal que Gibbs avait réagis en apprenant l'attentat du 11 septembre.

- « A sa place, que voudrais-tu? » questionna Ducky bien qu'il connaissait déjà sa réponse. « Tu voudrais savoir. »

- « Tu ne m'as pas répondu. Pourquoi sa mémoire s'est arrêtée à cet événement précisément. »

- « Le cerveau est si complexe, Jethro. Il pourrait y avoir plusieurs explications. »

- « J'en veux juste une. »

- « Pourquoi, toi, as-tu oublié toute ta carrière au ncis? Chacun réagit différemment. Tu venais de perdre ta famille, ce fut pour toi l'événement le plus marquant de ta vie. Pour Anthony, je dirai que c'est un peu pareil. L'analyse de Kate sur lui n'était pas fausse. Avant cela, Anthony avait toujours vécu en sachant que la mort existait mais c'était abstrait. Bien sûr, il a perdu sa mère étant jeune, mais il était trop jeune justement pour se souvenir de la douleur de perdre quelqu'un. En attrapant la peste, on peut dire qu'il a grandi. Qu'il a pris conscience de la petitesse de l'existence humaine et de sa fragilité. Et peu de temps après, il perdait Kate qui était la seule femme avec qui il ne pouvait envisager qu'une relation amicale. Leur relation était comparable à celle d'un frère et d'une soeur. Sa mémoire s'est donc arrêté au moment de sa vie où il nageait encore dans l'insouciance... dans un monde où les héros ne meurent pas. »

Gibbs écoutait, buvait, les paroles qui sonnaient trop justes à ses oreilles.

- « Parle-lui, Jethro. S'il se souvient de lui même, il t'en voudra de ne pas l'avoir fait. »

Le médecin venait hélas de confirmer ce qu'il envisageait déjà de faire. Son estomac se noua, appréhendant d'avance la réaction de son agent qui devra - pour la deuxième fois - faire le deuil de personnes chères à ses yeux. Peut être que que le choc l'aidera à se souvenir, en espérant que ça ne soit pas trop dur à encaisser.

OoO

A demie allongée, le regard posé sur un point invisible, Ziva essayait de relativiser une situation, et par dessus tout, se forçait à rester bien sagement dans son lit. Cet ordre venait aussi bien du médecin que de son patron. Elle obéissait seulement car c'était la meilleure chose pour le moment à faire. Non pas parce que ses blessures l'obligeaient à rester allonger, la jambe sur-élevée, mais car objectivement, elle savait que Tony ne devait pas la voir. Pour lui, elle était une parfaite inconnue... Inconnue, ce mot lui faisait atrocement mal. Mais en l'était des choses, Ziva n'était effectivement qu'une inconnue, une étrangère. Même pas une connaissance.

Ziva inspira lentement et calmement par la bouche, essayant ainsi de calmer la crise d'angoisse qui menaçait de refaire surface. Elle n'aimait pas se sentir ainsi. Si démunie. Si fragile. Si femme en somme. Prisonnière de ses émotions et de ses sentiments pour cet homme qui avait tout fait pour lui enlever sa carapace de plomb.

- « Bon boulot, Dinozzo » murmura t-elle en essuyant du revers de sa main une larme.

Deux coups retentirent à la porte que Ziva n'entendit pas, perdue dans la noirceur de ses pensées.

- « Bonjour »

- « Gibbs » l'accueillit t-elle avec un large sourire forcé.

Ce dernier se pencha en avant pour lui embrasser le front, puis s'assit sur le bord du lit.

- « Je vais bien » lui assura t-elle, devinant sa question. « Je vous assure! »

L'ancien marine la toisa de son regard inquisiteur, pas convaincu pour un sou. D'une patience infinie et qui ne le caractérisait pourtant pas, il attendit.

- « J'ai besoin de lui » avoua t-elle dans un chuchotement comme si elle était gênée par un tel aveu.

Avoir besoin de quelqu'un, comme d'une drogue, était la pire des tortures qu'elle n'avait jamais connue. Loin de lui, elle souffrait, une souffrance intérieure qui la rongeait à l'instar d'un poison ravageant tout à son passage. Elle l'avait dans la peau.

- « Je sais ce que le médecin a dit. Avec le temps... sa mémoire lui reviendra cependant ce n'est pas une certitude. »

Gibbs soupira. Effectivement, sa guérison ne relevait pour le moment que de l'hypothétique. Ceci est un fait, rien ne garantissait que Tony recouvrerait toute sa mémoire. Toutefois, pour être passé par là, en sachant la frustration qu'occasionne un tel blanc dans sa vie, Gibbs savait que Tony ferait des mains et des pieds pour se souvenir. Car en définitif, il était comme lui. Un combattant. Un survivant.

- « Pour moi, elle est revenue » se contenta t-il de dire.

Ziva hocha de la tête, puis demanda.

- « Vous êtes passé le voir? »

- « J'y allais. »

- « Qu'est ce que vous me cachez? »