Chapitre 28 : Tout vient à point à qui sait poireauter !


Après qu'il se soit étouffé de fureur à en devenir rouge pivoine et qu'il m'ait menacée de me torturer pour que j'avoue être la cause de la présence de toute une bande d'ados écervelés, mon père s'est quelque peu calmé quand ma mère lui a proposé un massage.

J'avais eu raison de redouter le pire, Laura ne sait pas faire dans la moindre mesure. Non, elle, il faut toujours qu'elle en fasse trop… c'est ce qui fait son charme et ce qui, je n'en doute pas un seul instant, la fera tuer. Car, et c'est sûr et certain, ma meilleure amie est trop chiante et invivable pour mourir naturellement. Elle sera assassinée. Et, si ce n'est pas moi la meurtrière, je la vengerai…

-Ooooh, Titine ! Tu vas pas faire la gueule toute la soirée, quand même ? C'est Noël ! râle Laura en essayant de me tirer du canapé que je n'ai toujours pas quitté.
-Noël, c'est demain ! rectifiais-je, grinçante.

Pourquoi suis-je de si mauvaise humeur ? Si vous vous posez cette question existentielle alors permettez-moi de vous exposer ma situation ; au lieu d'emmener avec elle Huwiler et Maddy, cette abrutie qui me sert plus de boulet que de meilleure amie, a ramené toute la clique. Mais quand je dis toute la clique, c'est vraiment toute la clique ! Ma maison est bondée de chez bondée, je ne l'ai jamais vu si débordante de monde et emplie d'un tel brouhaha de rire, de coups de gueule ou de discussions que c'en est assourdissant. Genre, pour vous faire une idée, même nos toilettes sont occupées par des gens qui font causette et d'autres sont assis sur l'accoudoir du canapé même où je suis assise. Ils font vraiment comme chez eux !
Mon père va être tellement en colère qu'il va me calciner sans même avoir recours à sa baguette dés que tous ces tarés seront partis. Et par tarés, j'entends une grande partie des élèves de Poudlard, toutes maisons confondues, ainsi que Pompom. Ouais, Laura a embarqué l'infirmière chez moi pour fêter le réveillon. Ce n'est pas que je ne l'aime pas, non, j'ai presque autant logé dans l'infirmerie quand dans mon dortoir, ces dernières années, mais quand même, c'est spécial.

Encore, pour les Serdaigle, les Poufsouffle et les Gryffondor, bon, c'est chiant mais ça passe mais les Serpentard ! Mon père et mon frère sont à deux doigts de retenir leur respiration pour ne pas partager le même air de tous les élèves de ma maison qui ont été prévenus qu'une « fête » était organisée chez moi –je préfère bannir l'idée que ce soit Laura qui les ait invités elle-même ou je suis certaine de ne pas pouvoir me retenir de l'étrangler jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Quand mon frangin est descendu de sa chambre, interpellé par le bruit qui venait du salon, la première chose qu'il ait fait c'est de se ruer sur Malefoy dans le but évident de le faire dégager de chez-lui… ouais, Lulu est là. Je devrais être désespérée par sa présence mais je me dis que si je m'ennuie, je pourrais m'amuser à l'enrager. D'ailleurs, présentement, le blondinet le plus débile du périmètre parlemente sur l'urgence d'éradiquer les moldus, sous les regards furieux de pas mal des invités et ceux admirateurs de toutes sa bande, dont Pollitt et Kamili. Elles-aussi ont trouvé l'audace de venir, ces deux garces ! Yen a qui ne manquent pas de culot, moi, je vous le dis ! Venir chez moi alors qu'elles m'ont pourrie la vie avec beaucoup de talent, profitant du fait qu'elles partagent mon dortoir… faut le faire !
En plus, toute ma famille vient s'additionner à la foule alors… on étouffe, carrément ! M'enfin…

-Rho, Titine ! C'est le réveillon quand même ! Fais la fête ! Viens bouger ton corps sur le dance-flore ! s'excite Andy en me secouant.
-Quelle dance-flore, Andy l'Andouille ?
-Bon, très bien, tu fais ta rabat-joie –pas étonnant, venant de toi-, je vais employer les grands moyens ! m'annonce Laura. Potter ! appelle-t-elle en hurlant.

Potter ?! Ah, génial, les Maraudeurs aussi sont là, je ne les avais pas vus… ce qui veut dire que Sirius est également dans mon salon. Il ne manquait plus que ça pour pourrir ma soirée. Laura est vraiment la meilleure pour me mettre dans la merde et, le pire, c'est qu'elle adore le faire !

Alors, voilà que je vois Potter, Lupin et Pettigrow débarquer, tout sourire ; visiblement, Sirius préfère m'éviter. Quoiqu'il n'est peut-être tout simplement pas venu, en fin de compte. Je devrais en être soulagée, j'étais même sûre de l'être il y a quelques secondes, mais ça me fait plutôt un mal de chien. Ce n'est même pas un pincement au cœur, non, non, là c'est comme si un dragon dansait la samba en l'écrasant. Je déteste les dragons.

-Tiens, votre pote n'est pas avec vous ? Je croyais les Maraudeurs inséparables, pourtant, ironise Laura, mauvaise.
-Bah, disons que la présence d'une Serpentard bien entraînée peut changer la donne… et le prends surtout pas pour toi, ma chère Titine ! réplique Potter, moqueur, en me lançant un clin d'œil.
-Humpff !
-En language Titinien, ça doit vouloir dire, à peu de chose près, « Va te faire foutre chez les hippogriffes, face de crapaud » mais j'hésite légèrement sur le « face de crapaud » qui pourrait se traduire également par « pauvre con », « raclure de l'humanité » ou « débile congénital », expose Andy, souriant largement.
-Rayez la mention inutile, ajoute Remus, amusé.
-Ouais, bon ! les stoppe Laura. Si je t'ai appelé à la rescousse, Potter chéri, c'est pas pour que tu te fasses insulter indirectement de tous les noms par Andy mais pour que t'éjectes Titine de son canapé adoré !

Potter qui regardait méchamment Andy, détourne le regard vers ma meilleure amie, tout de suite de meilleure humeur. Evidemment, quoi de plus réjouissant que de m'emmerder pour lui ? Bon, peut-être harceler Evans de ses demandes à répétitions… mais ça doit être kifkif.

Il retrousse les manches de son sweet vert foncé avec une lenteur qu'utilisent les savants-fous avant de disséquer leur ancien assistant vivant qui aurait fait une erreur et qui, comme sanction, se retrouvait cobaye… cette métaphore a de quoi me rassurer, dis-donc. Heureusement que j'ai une telle imagination tordue. Ça me facilite la vie.

-Potter, si jamais tu oses faire ce que tu comptes faire, ce sera la dernière chose que tu feras dans ta triste vie d'ébouriffé, champion de Quidditch ! le prévins-je.

Il sourit avec arrogance à ma menace avant de fondre sur moi pour m'arracher du canapé. J'aurais bien voulu dire que je parviens à opposer une quelconque résistance mais vu la façon dont je décolle du sofa, je pense qu'il ne vaut mieux pas que je me lance dans un tel mensonge. Pourquoi faut-il que ce foutu Potter soit si fort ? Projet futur : me mettre à la muscu et lui apprendre les bonnes manières, en ratatinant sa tronche de cake !

Une fois debout et après avoir lancé un regard noir à Potter, je fais mine d'aller me rassoir mais il tient toujours mon bras fermement et vois mes tentatives complètement ridiculisées.

-Tu vas le regretter ! bougonnais-je.
-Eh mais dis-donc, tu t'es faite canon pour ce chanceux Patmol, pas vrai, les gars ? déclare Potter en donnant un coup de coude à Lupin de son bras libre.

Lupin, sourire malicieux aux lèvres, acquiesce tandis que Pettigrow me détaille un instant, avant de dire :

-Ouais, t'as plus l'air d'une fille.
-Dis, Pettigrow, tu veux mourir avant d'avoir pu connaitre chaque plaisir que la vie te réserve ? sifflais-je, hargneuse.

Il se ratatine sur lui-même en me faisant signe que non de la tête. Puis, il se retourne et souffle à Lupin :

-Par contre, elle est toujours aussi chiante ! Pauvre Patmol !

Ravissant ! Qu'on me retienne, je vais écraser un sale rat !

En plus, je ne savais même pas que Sirius allait être invité à passer le réveillon chez moi, puisqu'apparemment il est là, alors comment j'aurais pu « me faire toute belle ». Ces Maraudeurs sont décidemment bien agaçants et j'ai comme l'impression que ça ne risque pas de changer.

-J'ai pris les premières fringues qui me venaient ! claquais-je, énervée.
-Ah oui ?

Puis, après cette semi-question, Potter se met à me tourner autour, tel un vautour tournoyant au-dessus de sa proie… est-ce que j'ai l'air d'une proie ?! Nan mais ! Il pourrait quand même essayer de bien se tenir, il est chez moi quand même ! Quel mauvais convive ! Je ne l'inviterai plus jamais, puisque c'est ça !

-Alors, tu fais ton shopping dans les magasins moldus, toi aussi ?

Je me retourne vers lui, interloquée, mais avant que je ne sois tout à fait en face de lui, il m'arrache je-ne-sais-quoi sur ma chemise.

-Eh oh !
-T'as oublié d'enlever l'étiquette de la première fringue qui t'es venue, m'informe-t-il, goguenard en me montrant un petit bout de papier coloré sur lequel le prix est marqué.

Je soupire tandis que les deux autres Maraudeurs et Laura sont morts de rire. Génial. C'est ce qui s'appelle se faire avoir en beauté. Et le pire c'est que, bien que tous les indices semblent jouer en ma défaveur, ma tenue n'était pas faite pour plaire à Sirius puisque je ne me doutais pas qu'il serait là. Je me répète là, non ?

Je lance un regard assassin à Andy qui aurait pu faire attention d'enlever cette maudite étiquette ; c'est lui l'expert des moldus ! Il hausse vaguement des épaules, se discréditant de toute responsabilité. Merci, l'ami !

-Oh et puis, laissez tomber ! m'énervais-je.

Laura allait répliquer quand elle sursaute et fonce sur Potter, surexcitée. Elle lui agrippe le bras tandis qu'il la regarde comme si elle était folle –ce qu'elle est mais dois-je vraiment vous le rappeler ?

-J'ai un deal ! Aide-moi à rendre Nott jaloux ! dit-elle en parlant précipitamment à voix basse.

Ah, maintenant, je comprends mieux pourquoi elle a fait un tel bond ; elle a remarqué son Prince-Pas-du-tout-Charmant.

-Et puis, quoi encore ? grommelle Potter.
-Réfléchis, tête d'andouille ! On peut faire d'une pierre, deux coups… Nott pour moi et Evans pour toi !

Soudainement, le regard de Potter s'illumine –comme à chaque fois qu'on prononce le nom de sa rouquine- et il dit à mon amie :

-C'est la première fois que j'admire ton don de manipulation tout à fait Serpentard !
-Alors, viens, Maraudeur de mon cœur ! s'exclame Laura, surexcitée.

Puis, les voilà tous deux s'en allant vers la piste de danse, le bras de Potter autour de la taille de Laura et celle-ci se collant un peu trop à lui pour que ça paraisse naturel. Si quelqu'un croit en leur comédie, ça prouvera que j'ai raison ; la population de Poudlard ne rivalise pas en lucidité !

Enfin libérée de l'humeur tyrannique de Potter et de Laura, je me laisse retomber dans le sofa que j'ai été forcée de quitter.

xOxOxO

J'échange des grimaces avec mon cousin, depuis maintenant un bon quart d'heure et ni lui, ni moi n'y montrons la moindre lassitude. Faut dire, on n'a rien de mieux à faire. Lui, observe sa bien aimée Serdaigle du coin de l'œil se faire draguer par un mioche juste devant lui –le jour, où il sortira avec elle, faudra jouer au loto parce que la chance sera à son stade maximal ! Et moi, bah, j'admire le couple artificiel que forme ma meilleure amie avec l'autre idiot ébouriffé sous les yeux révulsés d'Evans et de Nott. Finalement, j'étais défaitiste, leur plan a bien marché…

Et je me retrouve, toute seule, sur mon canapé chéri. D'une, parce qu'Andy l'a déserté en apercevant le capitaine de mon équipe, j'ai nommé la brute épaisse Parkinson –oui, mon ami gay n'a pas perdu de vue de sortir avec Monsieur-Q.I-de-Troll. De deux, J'ai envoyé bouler Jérémy, alors que je l'aime bien mais sa mine de chien battu me fout les nerfs en boule, quand il est venu me voir, après avoir fait dégager Pettigrow et Lupin. De trois, Huwiler et Maddy sont parties chercher à boire et ne sont pas revenues –je sais, c'est étrange ! De quatre, Holmes qui était venue squatter la place à côté de moi pour me raconter des conneries –ah, ces Serdaigle…- et m'encourager à aller bondir dans les bras de Sirius pour lui rouler une pelle, sans lui demander son avis, -ah, ces Serdaigle… bis- mais elle est directe repartie en me disant « je reviens, ma biche ! » quand elle a aperçu son Flesch avec sa nouvelle petite-amie. Et de cinq, j'ai poussé violemment les envahisseurs qui s'étaient approprié l'accoudoir du canapé, si bien qu'ils se sont tous écrasés au sol –bon, ils ont fait mine de vouloir se venger mais ils me connaissent, ils savent qu'il ne vaut mieux pas tenter le diable.

Mais je suis bien, comme ça, toute seule. Au moins, il n'y a personne pour élaborer des plans tordus pour faire tomber Sirius à mes pieds, pour me répéter que je suis chiante ou pour essayer de me faire danser.

Je tirais la langue en exorbitant mes yeux en direction de John quand je sentis le canapé s'enfoncer, près de moi.

-Hey ! C'est occupé donc casse…, commençais-je à grincer avec rage.

Et je me retrouve face à face avec Sirius qui arbore un sourire railleur et est avachi nonchalamment dans mon canapé, laissant quand même un petit écart entre nous deux. Et merde !

-…-toi, finis-je, hésitante.
-Toujours aussi agréable, à ce que je vois, Collina, me salue-t-il.

C'est surement ça qui m'a fait craquer chez lui, cette façon qu'il a de me susurrer des mots doux. Ah non, ce n'est même pas ça… bon alors c'est quoi ? Très bonne question. Enfin, des filles me diraient qu'il y a l'embarras du choix avec Sirius Black ; son côté indéniablement beau-gosse ; sa classe nonchalante ; son charisme incontestable ; son intelligence étonnante compte tenu de son je-m'en-foutisme. Et puis, bien sûr, cette haine qu'il voue aux Serpentard et ce courage qui l'a poussé à renier sa famille, ce qui fait de lui presque un mythe pour toute l'école. Mais, moi, ça fait des années que je déteste tous ces traits de sa personnalité alors, vous pouvez me dire ce qui m'attire tant chez ce mec qui me déteste en bonne Serpentard que je suis ? Ouais, je vois, vous êtes aussi paumés que moi… ça me rassure…

-Comme tu le vois, Black ! Tu espérais un changement, peut-être ? m'irritais-je.
-On dit que l'amour change les gens, alors ouais, j'espérais… mais bon, t'es irrécupérable, j'aurais dû m'en douter, répond-il, railleur.

Ah, voilà, c'est malin ! Maintenant que toute l'école sait pour mes sentiments, et lui aussi par la même occasion, c'est beaucoup plus facile de m'envoyer de bons arguments pour me clouer le bec sans que je ne puisse répliquer. Bon, je pourrais raconter que c'est n'importe quoi, que je le déteste toujours autant mais bon, ma jalousie a dû assez se voir ces derniers jours quand il sortait avec Qwerty… Que me proposez-vous ? Le meurtre ou le suicide ?

-C'est pour ça que t'es venu ? demandais-je.

Un silence me répond. Jusqu'alors, je n'avais pas eu le courage de regarder Sirius, préférant largement garder le contact visuel avec John qui, vu sa mine grave, semblait parfaitement comprendre dans quelle situation gênante je me trouvais. Mais l'absence de réponse me force à cesser d'éviter le regard gris du Maraudeur et je me retourne vers lui. Il a un air indéchiffrable gravé sur le visage et il me fixe sans flancher. Qu'est-ce qui l'a poussé à venir me rejoindre sur ce canapé alors qu'il m'a très soigneusement ignorée depuis que la rumeur a été lancée ? Veut-il mettre les points sur les i, de façon que je ne lui pourrisse pas la vie en essayant de forcer les choses entre nous –et vu mes amis, surtout Andy, c'est très lucide de sa part ? Ou alors, me faire subir un discours pleins d'arguments m'expliquant de A jusqu'à Z, passant par L et S, pourquoi toute relation autre que la haine et le mépris est impossible entre lui et moi ? Si c'est ça, c'est certain que je choisis le suicide.

Il ouvre la bouche pour prendre la parole et une grimace d'appréhension s'empare de mon visage tandis qu'une grosse boule vient obstruer ma gorge. Mais une belle brune aux yeux sombres que je connais bien vient s'assoir entre Sirius et moi –quand je vous disais qu'on était pas mal séparés bien que sur le même canapé ! Ma cousine. Marisa Fabiana Artemisia Collina. La fille cadette du frère de mon père est une espèce d'allumeuse prétentieuse qui pourrait gagner le premier prix du concours internationale de Miss Pétasse, s'il y en avait un. Elle a un an de moins que moi mais ça ne se voit absolument pas, surtout avec son maquillage appliqué avec soin, ses tenues provocantes et ses vingt centimètres de plus. On s'est toujours détesté, toutes les deux, alors qu'elle s'est toujours très bien entendue avec le reste de notre famille. L'année dernière, quand on était allé chez elle, en Italie, pour fêter Noël, elle m'avait tellement exaspérée que j'avais fini par lui renverser ma glace citron-framboise sur le haut de son crâne. Mais ce n'est qu'un exemple.

-Tiana !Cara mia ! Tu m'as manquée !Tanta, tanta, tanta, bella mia ! m'assure-t-elle avec entrain et chaleur, accompagnée de son accent italien.

Cara mia… Bella mia… ouais, et mon cul c'est du rosbif ? J'ai très bien compris son jeu mais si elle croit que je vais y participer, c'est qu'elle est encore plus niaise que je le pensais. Elle pense que je suis proche de Sirius et comme il lui a tapé dans l'œil, elle veut se servir de moi pour le draguer et se faire bien voir par lui. Qu'est-ce que ce plan est cliché ! Pouah !

-Perds pas ton temps,zoccola mia ! Il peut pas me voir…, grognais-je de mauvaise humeur.

Ouais, je parle italien… mon père est quand même complètement italien et n'est venu habiter en Angleterre qu'après sa sortie de Poudlard pour vivre avec ma mère. Pourquoi a-t-il été invité à étudier à Poudlard ? Un grand mystère. D'après lui, c'était le destin qu'il quitte le soleil pour se marier avec la pluie. Mouais. Moi, j'opterais plutôt pour le manque de professionnalisme de l'hibou qui lui apporté la lettre. Bref, tout ça pour dire que je me débrouille dans cette langue, surtout pour les injures, et je vous laisse imaginer le sens de Zoccola.

Ma cousine ne s'offusque même pas de l'injure, elle est habituée depuis le temps que je la lui lance mais normalement elle réplique. Cependant, il se trouve qu'elle est à côté de Mister Beau-Gosse et qu'elle a autre chose à faire ! D'ailleurs, ça ne loupe pas car elle est déjà retournée vers Sirius, m'offrant la douce vue de son dos nue –oui, on n'a pas les mêmes valeurs d'été/hiver. Peut-être à cause du climat italien qui n'est pas tout à fait le même que celui britannique.

-Tu nous présentes pas, Tiana ? s'enquit ma prétendue cousine, aussi autoritaire que charmeuse.
-Mais bien sûr ! Comment puis-je manquer d'une telle façon à mes devoirs ? ironisais-je.
-On se le demande, bien,cara mia !
-Marisa, ma connasse de cousine, Sirius. Sirius, ma connasse de cousine, Marisa, grinçais-je.
-Garzie mille, Tiana ! ronronne-t-elle en fondant sur Sirius.

Je préfère détourner le regard quand j'aperçois le sourire en coin de Sirius et son regard plonger dans son décolleté d'une façon qui m'est très peu appréciable. Le charme des italiennes. Il a fallu bien sûr que je tienne plus de ma mère que de mon père ; blonde aux yeux bleus. Un physique des plus communs en Grande Bretagne. En plus, je suis petite et autant vous dire que je ne suis pas bronzée par les fois où le soleil d'Angleterre a caressé ma peau de ses rayons. D'ailleurs, je ne bronze pas, j'attrape des coups de soleil. Parfois, je me demande si je suis bien la fille de mon père, grand brun aux yeux noirs et à la peau hâlé. A chaque fois que j'ai posé la question à ma mère, elle a éclaté de rire en disant que je n'aurai le droit de faire un test de paternité qu'à mes dix-sept ans. Ça rassure.

-Je préfère quand même te prévenir,Zoccola, Sirius n'est pas célib', l'informais-je en insistant lourdement sur le dernier mot.

Apparemment, c'est à moi de rappeler à Sirius qu'il sort déjà avec une pouffe et que s'en faire une deuxième pourrait très bien se qualifier d'infidélité. En plus, ça ne m'étonnerait même pas que Qwerty se trouve au moment même dans mon salon ou dans une quelconque autre pièce de ma maison qui sont toutes, de toute façon, envahies par la population de Poudlard. Même les chambres à coucher. Avec un sursaut de mécontentement, je précise, même ma chambre. Faudra vraiment que j'aille y jeter un coup d'œil !

-Tu parles de Qwerty,Tatiana ? me demande Sirius.

Mon cœur manque un battement mais avant que je m'émeuve du fait qu'il m'ait appelée par mon prénom pour la première fois de ma vie, je note son ton narquois. Puisque je l'appelle depuis tout à l'heure « Sirius », il en fait autant. Génial, si c'est ça, je préférais encore quand il m'appelait « Sale vipère » ou « garce ».

-Je l'ai plaquée, ya quelques jours…
-C'est le destino alors, lui murmure-t-elle.
-Surement, répond-il.

J'entends le petit gloussement de ma charmante cousine et il y a pas moyen, c'est clair, si je reste un instant de plus dans les parages, je vais attraper leurs deux grosses têtes d'abrutis prédestinés l'un pour l'autre et me charger de leur destin moi-même… Ecrabouiller leurs nez l'un contre l'autre, par exemple !

Une main se pose sur mon épaule et quand je me retourne, je me retrouve en face de Jérémy. Il a le regard mitigé entre la colère et la tendresse et, cette fois-ci, je n'ai aucune envie de l'envoyer balader.

-Eh, tout va comme tu veux ?
-Ahah, j'aime tes questions rhétoriques…
-Ouais, désolé… tu viens ?

Le cœur au bord des lèvres, j'acquiesce et me lève du canapé dans lequel j'avais tant voulu rester un peu plus tôt et qui m'apparait maintenant comme le seul lieu que je veux fuir. Il me prend la main et me guide vers le jardin mais je l'arrête.

Il se tourne vers moi, étonné.

-Il est bourré de monde. Je veux voir personne. Allons dans ma chambre, dis-je.

Nous montons les marches pour enfin arriver devant la porte de ma chambre. Je remarque avec irritation des gémissements qui en viennent. Evidemment. Sans frapper et furieuse, j'ouvre la porte avec violence ; Pollitt déboutonne la chemise de Rotterfield, le chef de la bande de Poufsouffle de cinquième année avec qui on s'est bastonné un peu plus tôt dans l'année après qu'ils aient envoyé John à l'infirmerie. C'est Viktor Nott qui serait content d'apprendre que Pollitt se tape le Poufsouffle alors qu'ils sont fiancés. J'ai très envie de le dire à l'amoureux de Laura…

-Allez-vous faire foutre ailleurs ! crachais-je.

Furibonds de s'être faits interrompre, ils s'en vont en nous bousculant au passage Jérémy et moi.

-Je vois… t'as besoin de ton lit, me glisse Pollitt dans un ton bourré de sous-entendus. Je croyais pourtant que tu avais cassé, Collina.
-Je croyais pourtant que t'étais fiancée, répliquais-je.

Voyant la menace qui résonne dans ma phrase, elle n'ajoute rien et suit son amant pour reprendre où on les a interrompus dans ma cuisine ou dans ma salle de bain. Peut-être même dans la rue. Après tout, je n'en ai absolument rien à foutre. Mes pensées ne volent qu'autour de Sirius et de ma cousine.

Je m'avance dans ma chambre et m'assois sur mon lit en soupirant. Jérémy allume la lumière pour éclairer la pièce qui avait été depuis le début plongée dans l'obscurité puis il prend place à mes côtés.

-Sirius a beau être un super pote, c'est vraiment un enfoiré. Il l'a toujours été avec les filles, déclare-t-il.
-Il me doit rien.
-Si un minimum de respect. C'est le dû de chacun.

Je ricane. Si c'était réellement la vérité, alors j'étais aussi coupable que lui, voire plus. Le respect n'est pas, chez moi, une chose que je distribue avec générosité. Je ne respecte personne et je le sais bien alors comment pourrais-je demander qu'on me respecte ?

-Il me doit rien, répétais-je, la voix étranglée.
-Pourquoi tu fais toujours mine d'être invincible ? T'as envie de pleurer et c'est normal, alors pourquoi tu te retiens ? Je suis ton ami, Tatiana, je te jugerai pas. Je suis là, d'accord ?

J'acquiesce en silence et tourne mon regard embué vers lui. Il me sourit et m'attire dans ses bras. Sans broncher, j'accepte son étreinte. C'est vrai qu'il est mon ami. Je pose ma joue contre son torse et soupire, comme l'abrutie en mal d'amour Maraudeurien que je suis… Il me tapote le dos avec maladresse mais réconfort, et je poursuis mon marathon de soupirs.

-T'as pas envie de pleurer ?
-T'as tant que ça envie que je chiale ? m'indigné-je en riant bizarrement. Chacal de Serdaigle…
-C'est pour toi que j'dis ça ! rigole-t-il. Et on est très gentils comparés aux Serpentard ! Vous êtes des beaux salopards !
-Tss, cliché. On est doux comme des agneaux.

Je quitte ses bras et je souris face à sa mine amusée et rassurée.

-Tu sais quoi, tu déchires en pote.
-J'étais pas top en petit-ami, je peux pas être à la ramasse partout…
-On était vraiment un couple craignos…
-Ouais…

Il hoche de la tête en riant, se passant certainement en boucle nos prises de gueule débiles et les longs moments où on se reluquait dans le blanc des yeux, sans savoir quoi dire et en se traitant mutuellement de tous les noms dans notre tête. Je pose alors une main sur son épaule et le rassure :

-Mais t'inquiète, ma poule, c'était moi le problème, pas toi…
-OH ! s'indigne-t-il faussement. T'as pas osé me sortir cette phrase !
-Tu préfères le « J'étais pas assez bien pour toi, ma biche, tu vaux mieux que ça » ? proposé-je, parce que c'était mon deuxième choix…
-A la limite, oui, parce que c'est vrai que je suis bien trop bien pour toi !

Je roule des yeux en le regardant se lever de mon lit. Il me présente son bras et me dit :

-Et si on redescendait, maintenant que t'as fini de pleurer ?

Je me lève, le frappe derrière le crane et m'avance vers la porte. Il me suit, je pose la main sur la poignée et l'informe :

-Que tu le saches, pour tous ceux qui me demanderont, c'est moi qui te consolais…
-Les filles aiment les mecs sensibles, de toute façon…
-Pour faire leur pédicure.

xOxOxO

-J'ai assommé Malefoy avec le mixeur de Maman, tu m'aides à l'enterrer sous le chêne ?
-Ca peut attendre ma tartine de tarama ? demandé-je en plongeant le couteau dans le pot rose.
-Humm…

Mon frère s'adosse contre le mur à côté de la table où Maman a étalé toute la bonne bouffe pour les invités. Il réfléchit deux secondes, avec son sourire satisfait sur la tronche, et je me demande un instant s'il bluffe ou si Lulu est vraiment assommé sur le carrelage de la cuisine…

-On peut tenter, fait-il.

Je tartine mon petit toast, en lançant des coups d'oeils exaspérés à mon frère qui, adossé contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine tel un videur un peu trop impliqué, surveille le bon déroulement de la soirée. C'est-à-dire la bande d'andouille de notre école gigoter sur le son qui passe dans le salon, administré par Pettigrow et Lupin. Ouais, moi non plus je savais pas qu'ils se partageaient l'âme d'un DJ… boarf, je sais aps vous mais moi, je ne m'étonne plus de rien concernant les Maraudeurs... Une fois c'est des animaux de la ferme, une autre, c'est Martin Solveig et Guetta…

-Tu fous quoi, là ?

Je sursaute, manque de faire tomber mon pauvre toast tartiné et me retourne pour voir que Sirius vient tout juste de se pointer comme une fleur à côté de nous. Je suis à deux doigts de lui aboyer que je tartine du tarama à la pelle, que je veux prendre du cul pour la nouvelle année et que si ça lui va pas, bah y'a toujours les jambes interminables de ma cousines qui sont tout près à s'écarter pour lui montrer le chemin vers la sortie… mais primo, j'aurais jamais eu la coordination vocale exigée pour une telle phrase. Deusio, c'était un chouya agressif, même pour moi. Et tertio, je viens de comprendre que la question ne m'était pas du tout adressée…

Donc, je referme mon clapet et retourne à ma tartine, après l'avoir fusillé du regard pour la forme.

-Je guette, le renseigne Théo. Y'a trop d'racaille, chez moi, là, j'aime pas trop ça… Merci à toi, d'ailleurs, frangine.
-Okay, tout doux, Rocky, m'agacé-je. J'suis pas le bureau des pleurs, va te plaindre à Laura, c'est elle l'amie de la racaille.
-J'ai toujours dit que c'était une mauvaise influence pour toi, cette fille…
-Moi aussi, je l'ai toujours dit, accordé-je.
-Elle a pas besoin d'être influencée, t'inquiète…, intervient Sirius.

Pourquoi le couteau dans ma main me chatouille soudainement ? Ah, tiens, étrange comportement pour un couteau… Et si je l'envoyais en plein dans le nez tout à fait sexy de Monsieur Black, ci-présent, pour lui faire voir du pays ? Et déjà, comment fait-il pour avoir un nez sexy ? Personne n'a un nez sexy, c'est quand même incroyable !

Mais il n'a qu'à me regarder dans les yeux de cette façon si intense et ridiculement obsédante, et je me retrouve comme une nouille à rougir, me mettre à bouillir, à la fois frustrée et intimidée, et en colère, et vexée, et je marmonne dans ma barbe en rajoutant une couche de tarama à ma tartine. Je vais me faire péter le foie. Voilà, ça, c'est une bonne idée !

-Lâche un peu ma sœur, Sirius, sérieux, ça me gonfle, s'agace alors mon frère.

Honnêtement, c'est vrai que c'est gonflant, à la fin. Même si ça a quelque chose d'excitant, d'un autre côté… Comment ça, je suis tordue ?

-Oh, ça va ! s'énerve Sirius. Ta sœur est une chieuse, dis pas le contraire !
-Et toi, alors ?! m'indigné-je.
-A côté de toi, je suis un putain d'ange !
-T'as que la gueule de l'ange, chéri !

Il allait répliquer mais je vois son expression changer de tout au tout. Il fronce les sourcils puis un sourire en coin se dessine sur… sa susnommée gueule d'ange. Euh… oups ?

-Ok, les amoureux, faut qu'j'y aille, le devoir m'appelle…, nous dit mon frère en passant entre nous. Malefoy vient de se réveiller.

Ah, donc, il l'avait vraiment assommé. Alors, mon père était borderline mangemort dans ses folles années et mon frère assomme des invités à coups de mixeur, mais, à part ça, c'est moi la psychopathe de la famille… On rêve !

Je vois Sirius se rapprocher de moi du coin de l'œil, donc je fais un pas de crabe sur le côté en faisant mine de rien, comme je peux.

-Tu m'as jamais dit que tu trouvais que j'avais une gueule d'ange…

Même si j'ai un troll obèse qui rebondit présentement dans mon estomac, je fourre mon toast surchargé aux œufs de poisson rose dans la bouche. Ca m'évitera de raconter de plus amples conneries. Je me concentre avec une infinie dévotion sur ma mastication mais lance un regard de surveillance des dégâts vers Sirius. Arrogance à son niveau maximal, regard gris pétillant comme une mauvaise potion sur le point de me péter à la tronche. Ok… may day ? J'hausse les épaules, pour lui faire comprendre que j'ai dit ça comme ça. Lui, une gueule d'ange ? Tss…

-C'est intéressant, dit-il.

Comme si c'était le flash info du siècle. Sérieusement. Il choisit vraiment ses moments pour jouer le modeste. Je me force à avaler ce qui me restait dans la bouche, passablement excédée par son petit jeu. C'est parfaitement désagréable et écœurant, si ça vous intéresse.

Je me mets face à lui et le vois hausser un sourcil, du genre « qu'est-ce qui va pas encore ? ».

-Arrête ton manège, d'accord ? craqué-je. Tout à l'heure, tu viens me balancer à la gueule que tu sais que je…

Je toussote, mal à l'aise, et il plisse le regard en croisant ses bras, attendant que je finisse ma phrase. Quel petit… con !

-Que je t'aime ! finis-je avec irritation. Et maintenant, tu fais le malin parce que j'ai laissé échapper, par abus de faiblesse, que je te trouvais correcte physiquement…

Il sourit à nouveau, rit un peu et regarde autour de nous. Je me retrouve à le contempler comme une pauvre quiche. D'accord… je ne m'attendais pas à ce qu'il me saute dans les bras comme un désespéré en pleurant qu'il était si chanceux que je l'aime, mais quand même, il pourrait… je ne sais pas, d'accord ! Mais il pourrait mieux faire, merde ! Je veux pas faire l'andouille niaise et sentimentale de service, mais c'est pas très gentil, tout ça… pour un Gryffondor, s'entend. Parce que je suis une Serpentard, donc je m'en fous.

Ahah !

-Tu peux m'embrasser, si tu veux.

C'est lui qui vient de dire ça ? Parce que… ça sort d'où, si ce n'est de sa bouche ? En parlant de sa bouche, c'est une blague ou je peux vraiment… ? NON ! C'est pas ce que je voulais dire !

-Connard, grincé-je.
-Je suis sérieux, dit-il. Ca me dérangerait pas.
-Quoi ? Il suffit de dire que t'es mignon et c'est bon ? Wow, fais-je. T'as un problème d'égo ?
-C'est pas vrai ! T'es vraiment une emmerdeuse ! s'énerve-t-il. Je t'autorise à m'embrasser, sachant combien t'es folle de moi et tu t'inquiètes pour mon égo ?!
-T'es vraiment un connard.

Je lui jette un regard noir qui traduit toute la fureur, rancœur et l'écrasement singulièrement sonore de ma dignité qui résonne en moi comme si le troll obèse avait remonté mon réseau digestif, tel King Kong, et s'était occupé de boxer mon cœur. Même si je sais, mon cœur ne fait pas partie du réseau digestif. Mais, sérieux, vous croyez que c'est l'heure pour un cours de SVT ? Je vis une humiliation émotionnelle, là, d'accord ?

Je m'appuie à la table, posant mes mains tremblante de rage contre celle-ci et observe les gens s'amuser et danser. Laura me regarde, dans les bras de Potter, avec méfiance et interrogation. Je secoue la tête. Quelle fête de merde, elle va me le payer. Inviter les Maraudeurs, sérieusement ?!

-Une emmerdeuse et un connard…, dit Sirius. Joli tableau…
-T'as fini de me narguer ? On dirait une pétasse à couette des bac à sable qui fout son premier rateau…

Il vient se poster juste en face de moi et je soupire très profondément. Merlin, retenez-moi, je vais l'étrangler. Il lève les mains en signe de reddition.

-Ok, écoute, dit-il. Je propose qu'on arrête de se foutre sur la gueule, deux secondes, d'accord ?
-Où est le piège ?
-Je te déteste pas, lâche-t-il.
-Quoi ? m'étonné-je.
-Pas du tout, ajoute-t-il. Ou plus du tout, c'est vrai que… mais putain, pendant des années, tu me pourrissais la vie !
-Laura aussi ! Et ça t'a pas empêché de sortir avec !

D'accord, c'est revenu de loin, ça, je l'admets. Je ne l'ai même pas senti sortir mais ça fait du bien, quand même. Parce que, honnêtement, je clame l'injustice. Ou le favoritisme, ou bref, quelque chose de pas très honorable !

-Je suis sorti avec pleins de filles.
-C'est une justification ? Parce que c'est hors-sujet, mon vieux !

Et j'ai pas envie de parlementer sur le nombre de ses conquêtes. Ca va, je sais qu'il cherche à battre un record ou un truc comme ça…

-Ok, tu veux qu'on parle de Laura, parlons de Laura !

Euh… c'est pas ce que je voulais forcément dire… et si on arrêtait de parler tout court ? Il m'avait pas dit, à un stade de notre charmante conversation, que je pouvais l'embrasser ? Ca me parait bien plus raisonnable…

-Tu m'as toujours plus énervé qu'elle ! Pour chacun de mauvais coup, c'est toujours toi qui m'énervais le plus, tu… tu me sortais par les yeux !

Il l'a dit si fort que plusieurs se retournent vers nous. Je leur fais un petit coucou ironique suivi de près par un doigt d'honneur. Voilà, je suis énervée. Et j'aime pas qu'on me matte quand je suis énervée et en pleine crise avec l'élu de mon cœur débile. C'est comme ça, j'ai mes cordes sensibles, moi aussi !

-Tu m'écoutes ?!
-Excuse-moi mais t'es en train de m'insulter publiquement, lui rappelé-je. J'ai le droit d'exprimer mon mal-être profond !
-Je t'insulte pas, bon sang, je t'explique ! se défend-il. Tu as toujours eu le don de me faire péter un plomb et après vous avez découvert…

Il toussote, se rapproche de moi et je me tends instantanément. Ok, mon joli, reste où tu es, j'ai mes limites. J'ai déjà tous mes sens en ébullition, on dirait un mauvais roman à l'eau de rose.

-Vous avez découvert notre petit secret, chuchote-t-il.
-Ahah, recule, crissé-je. T'es trop près. Et personne ne nous espionne, pas la peine d'être parano.
-Et vous vous êtes mises à nous trainer dans les pattes et ça a commencé… à changer, enfin, tu vois…
-Non, je vois pas, Sirius ! m'énervé-je. Et on est vraiment obligés de parler de ça, maintenant ?
-Oui ! claque-t-il avec autorité.
-Ah, très bien.
-Et tu m'énervais, et, en même temps, tu me faisais un drôle d'effet… tu t'es mise à sortir avec Jérémy, à continuer de m'énerver, à me donne des ordres avec votre chantage et Laura a décidé que je devais l'accompagner à ce mariage, et on a fait la fête, on s'est déchiré et on a couché ens…
-Je connais l'histoire, lui rappelé-je.
-Tu connais que ta version.

Je le fixe dans les yeux, essayant de chercher le sens de toute cette mise en scène. C'est quoi le vrai but ? Il veut quand même pas qu'on fasse ami-ami, si ? C'est parce qu'il a appris que ses potes m'avaient adopté comme si j'étais la dernière tendance à la mode ? Ce qui, ma foi, n'est pas si ridicule que ça en a l'air, c'est vrai que j'ai ce petit je-ne-sais-quoi qui fait que…

-J'ai vu combien ça t'énervait, alors, je me suis dit « pourquoi pas ? ».
-Pourquoi pas me faire chier, traduis-je.
-C'est ça. Et Laura est mignonne, je veux pas dire que je me forçais…
-D'accord ! le coupé-je. C'était vraiment cool de parler avec toi mais je crois que je vais aller aider mon frère à planter Malefoy dans le jardin, si tu permets…

Je fais un pas de côté et le contourne, marchant droit vers la porte d'entrée. C'est bon, j'en ai ma claque de tout ça ! Qu'il me laisse en paix. Mais bien sûr, je l'entends me coller aux basques

-J'ai pas fini, Collina ! éclate-t-il
-Je suis pas curé, putain de merde, Sirius ! lancé-je pardessus mon épaule. Va raconter tes p'tits secrets dégoutants à un professionnel !
-Je fais pas ça pour remuer le couteau dans la plaie !
-Ah ouais ? Parce que ça en a quand même vachement l'air !
-Tout va bien ? s'inquiète alors une Evans en se mettant elle aussi à me suivre
-OUI ! crié-je.
-NON ! me contredit Sirius sur le même ton.

Je lève les mains vers le ciel, implorant Merlin d'arrêter d'envoyer des émissaires beaux-gosses pour me faire tourner en bourrique. Evans nous regarde tous les deux, comme si on était un fastidieux problème de math à résoudre. Oui, je sais, moi aussi je trouve notre situation un peu bizarre. J'atteins enfin la porte que j'ouvre mais Sirius m'attrappe le bras pour m'empêcher d'aller plus loin, tout en s'adressant à Evans :

-Evans, tu peux…
-Oui ?
-Dégager ?
-Pas besoin d'être grossier !
-Ecoute, Evans, je suis pas d'humeur. J'essaye pas de parler à cette tête de mule et c'est déjà assez compliqué comme ça.

Je le regarde exposer son dur labeur à Evans avec fermeté et virilité, et je me demande qu'est-ce qui cloche chez moi pour que je trouve ça foutrement sexy. Evans me regarde en hochant la tête, l'air de comprendre exactement ce qu'il veut dire.

-C'est vrai qu'elle est pas facile…
-Ton prince charmant fricote avec ma pétasse de meilleure amie, lui rappelé-je.
-James n'est pas mon-Potter, je veux dire, n'est qu'un crétin et… TAIS-TOI, TATIANA !

Et elle tourne des talons avant de s'en aller avec fureur. Voilà qui est fait. Je me frotte les mains, satisfaite,

-Tu vois, c'est comme ça qu'on fait, lui dis-je.

Puis, je profite du fait qu'il ait libéré mon bras pour sortir sur le perron. Je zigzague entre les gens et cherche un coin tranquille, un peu à l'aventure, c'est vrai.

-C'était sexy, m'apprend-il alors.
-Mer…

Euh, attendez, on peut rembobiner ? Ah, oui, ça y est, il a dit que j'étais sexy. Et maintenant, je rougis encore comme une quiche. Alors, reprenons, Mer… de.

-Tu rougis.
-Et alors ? J'ai le droit.

Ah, tiens, bien envoyé ! Il fait froid, ici, dis donc. Peut-être pas une si bonne idée que ça de sortir sans manteau. Je me frotte les bras, pas très recouverts par ma chemise un brin légère quand même. Merci qui ? Merci Andy !

-T'es montée avec Jérémy, tout à l'heure, me dit-il, comme s'il m'apprenait que j'étais blonde.

Il commente toujours ce qu'il voit ?

-Oui…
-Tu t'es remise avec lui ?
-D'accord…, fais-je en faisant un pas en arrière pour l'inspecter. Qu'est-ce qui se passe, là ?
-Rien, je te pose juste une question, se vexe-t-il. Alors ?
-Non ! Non, c'est un ami ! J'ai quand même le droit de faire visiter ma maison à qui je veux !

C'est fou comment les gens sautent facilement aux conclusions !Mais je reste surtout scotchée par le sourire qui grandit sur le visage de Sirius. Je reste bouche-bée puis je le vois se rapprocher plus encore que la dernière fois. Et la seconde d'après, croyez-le ou non parce que moi-même j'y crois difficilement, mais il m'embrasse en me tenant la tête à deux mains. J'en reste les bras ballants comme une marionnette, les yeux écarquillés et le cœur battant à tout rompre. J'entends les exclamations de quelques personnes au loin, qui doivent croire à une hallucination dans la semi pénombre du jardin enneigé, mais, cela dit, je suis bien plus obsédée par la façon dont il s'occupe de mes lèvres…

Ca dure que quelque secondes et je n'ai pas réagi, me suis bêtement laissée faire. Il se recule mais ne me lâche pas le visage. Il a ce sourire que je déteste et adore à la fois. D'accord, cette fois-ci, je l'adore plus que je le déteste.

-Je croyais que tu trouvais que j'étais moche.

Oui, c'est mal passé, désolée, mais je l'ai encore en travers de la gorge ! Et il rigole, en plus…

-J'ai peut-être un peu exagéré…
-Et que j'étais la pire des Serpentard !
-Soyons honnête, deux secondes, tu siffles plus que tu mords pour un serpent…
-Et Qwerty ? Et ma cousine, i peine une heure… ? Tu joues à quoi, Sirius ? Rajouter la fille que tu peux pas piffrer à ton tableau de chasse ?

Mais non, je suis pas en train de foutre en l'air la chance exceptionnelle, et surement unique, avec le mec que j'aime et qui, jusqu'à hier, donnait très franchement l'impression de me détester… vous vous faites des idées…

Il hoche de la tête avec une compréhension qui me surprend. Mais, bon, il y a une minute, il m'embrassait donc, je veux bien admettre que ça doit être moi qui ne le comprends pas. Il laisse tomber ses mains de mes joues et pose ses bras sur mes épaules, joignant j'imagine ses mains derrière moi.

-On peut pas recommencer à zéro ?
-Tu vas pas me faire le coup du « enchanté, moi, c'est Sirius », pas vrai ? Parce que c'est trop cliché.
-J'y avais pensé… Mais on peut aussi aller ailleurs…
-A la bonne heure ! Foutons le camps d'ici !