Chapitre 29 : Un visiteur inattendu

"Jarvis ?" s'étonna Arthur.

L'homme en question fronça les sourcils une seconde, avant de reconnaitre son interlocuteur. Son visage se détendit. "Arthur, je suis heureux de vous avoir enfin retrouvé."

"Vous êtes en vie ?" hoqueta l'organisateur en se remettant du choc.

"Oui, répondit le roux, un ton fatigué dans la voix, il faut qu'on parle."

"Bien sûr, donnez-moi une seconde." Arthur se détourna de la porte et disparu dans l'appartement. Dans une précipitation désordonnée, il attrappa quelques vêtements plus proche de ses tenues habituelles, fixa sa montre à son poignet et arrangea ses cheveux devant le miroir. Après quelques hésitations, il prit également son arme qu'il cachait sous le matelas au cas où la conversation ne se terminerait pas aussi bien qu'espérée. Il griffonna rapidement un petit mot pour Ariadne et retourna à la porte. Jarvis l'attendait patiemment, sans avoir bougé depuis qu'Arthur l'avait laissé.

Une fois l'organisateur de retour, il fit un bref signe de tête et les deux hommes quittèrent l'appartement. Ils gardèrent le silence, Arthur n'étant pas certain de vouloir débuter une conversation et Jarvis, de toute façon, ne semblait pas enclin à celle-ci.

Cependant, l'homme ne semblait pas aussi serein que d'habitude. Il y avait de profonds cernes sous ses yeux d'habitude si clairs et il avait l'air épuisé. Il sentait le cigare, surprenant Arthur qui n'avait jamais noté auparavant que Jarvis avait un penchant pour la fumée. Tout ce qu'il se rappelait était résumé en une phrase : il travaillait avec le kidnappeur d'Ariadne la dernière fois qu'il l'avait vu.

Grognant à ce souvenir, Arthur sortit de ses pensées quand ils arrivèrent juste à l'extérieur du bâtiment, ébloui par la violente lumière du soleil. Il grimaça, ayant passé une grande partie de ces derniers jours à l'intérieur.

Sans voir, ou au pire, sans remarquer le brusque inconfort d'Arthur, Jarvis le précéda sur le trottoir. L'organisateur s'attendait à une longue promenade et fut surpris quand son interlocuteur s'assit sur un banc à à peine 100 mètres de l'immeuble.

"Désolé de cette petite comédie," s'excusa-t-il doucement, "mais je pensais qu'il valait mieux ne pas avoir cette conversation devant votre petite amie."

"Comment avez-vous –

Il leva une main pour le faire taire. " – pu vous trouver ? D'après ce que Nathanial nous avais dit, je savais que je n'avais aucun moyen de vous suivre directement. Mais d'un autre côté, elle n'est pas si difficile à trouver. Vous êtes son contact d'urgence après tout."

Arthur fronça les sourcils. Il corrigerait ce détail quand il aurait plus de temps. "Ok, mais ça n'explique toujours pas pourquoi vous êtes ici. Ou pourquoi vous êtes vivant."

Jarvis leva un sourcil. " Vous espéreriez que Nathanial me tue ?"

"Bien sûr que non. Mais il voulait votre tête… parce que vous étiez trop proche de nous."

Etonnamment, Jarvis rit à cette affirmation. " Vous pensez que Nathanial presserait la détente pour une chose aussi minime que ça ? Si seulement. Non, Nathanial était un salopard, mais pas un tueur. Quand il a compris que j'étais bien trop proche de vous, ou autre chose, il m'a mis de côté. Il m'a donné 24 heures pour disparaître avant d'être traqué jusqu'à la mort. Honnêtement, je doute qu'ils l'auraient fait, mais …" il soupira. "Mieux vaut être prudent."

"Donc ils vous ont juste laissé partir ?"

"Ils ont arrêté de me payer aussi, mais pour l'essentiel, oui. Bien que j'admets avoir pensé à me rebeller et à essayer d'abattre ce salopard, mon sens commun m'a commandé de partir."

"Alors pour quoi revenir maintenant ?"

"Et bien, la partie est terminée pour de bon. J'ai entendu le retour d'Arianna –

"Ariadne." corrigea Arthur.

Jarvis se reprit. "J'ai entendu le retour d'Ariadne aux infos et donc, j'ai su que vous aviez gagné. En parlant de ça, je suppose que Nathanial est mort ?"

"En prison de haute sécurité en Afrique. Pour les 60 prochaines années."

"Il le mérite." souffla Jarvis, s'appuyant en arrière contre le banc. "Honnêtement, je ne suis pas étonné que vous l'ayez laissé vivre, vous être trop tendre pour ça."

Arthur revint au sujet. "Vous n'avez toujours pas expliqué pourquoi vous me cherchiez."

"Juste." répondit le rouquin en se retournant vers l'organisateur et le regardant dans les yeux. "C'est là que ça devient intéressant. Arthur, Nathanial ne travaillait pas seul."

"On le sait" affirma l'organisateur, à la fois soulagé et déçu qu'il n'y en ait pas plus. "On est en train de traquer sa liste de –

"Non, je ne parle pas des gens travaillant sous ses ordres. Je veux dire, Nathanial était dirigé par quelqu'un."

"Quoi ? Mais ça n'a aucun sens."

"Vraiment ?"

"Cobb a vérifié deux fois tous les documents, il n'y a aucune trace de quelqu'un au-dessus de lui. Il n'était pas payé, tous les ordres venaient de lui, même toutes les mentions du "patron" était de lui."

"C'est parce que son patron n'était pas le même que le nôtre. C'était le seul en contact avec lui et il nous retransmettait les ordres."

"Non, ça n'a pas de sens. Pourquoi –" Arthur s'interrompit. "Mais… comment pourriez-vous le savoir, comme on n'a retrouvé aucun document là-dessus ?"

"Et bien…" hésita Jarvis en se passant une main sur la nuque. "Parce que, techniquement, je n'ai pas d'informations sérieuses là-dessus."

"Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ?"

"Je n'était que l'escorte. Peut-être que certains, plus proches de Nathanial savaient des choses sur lui. Après tout, ça faisait pas mal de temps que des rumeurs courraient sur la possibilité que Nathanial était dirigé. Et je l'ai entendu au téléphone."

"Et ?"

"Il faisait des rapports sur l'avancée de la partie à quelqu'un. Il donnait la position de chacun de l'équipe, comment il gérait la situation, etc. Je suppose que ce n'est pas inhabituel, mais il semblait soumis, il s'excusait."

"Peut-être quelqu'un d'autre dans le groupe, quelqu'un qui opérait dans une autre partei du globe." Supposa Arthur bien qu'il savait que son argument n'avait aucune valeur.

Jarvis, dans le même temps, secoua la tête. "C'est vrai que beaucoup d'entre nous sont tombés à plusieurs endroits, mais chacun savait seulement ce qu'il devait savoir. Nathanial parlait à quelqu'un qui s'intéressait à tout, même à l'état de santé de votre petite amie."

"Aucune chance pour que ce soit le manager ?" proposa l'organisateur. "Quelqu'un comme ça, ça serait logique, non ?"

"Tu veux dire Katie ? Non, elle voyageait tout le temps avec nous – et elle était proche de Nathanial."

Arthur soupira, dépité, son esprit ne trouvant pas d'autre explication que celle qu'avait émis Jarvis.

"Mais logiquement, ça n'a pas de sens ! Nathanial avait le motif, il me connaissait, moi et mon passé et il avait suffisamment de ressources. Pourquoi il laisserait quelqu'un d'autre mener les opérations ? Et qui ça pourrait bien être ?"

"Je n'en sais rien." avoua tristement Jarvis. "Je pensais, ou j'espérais, que vous le sauriez."

Pendant un instant, le silence s'installa entre les deux hommes. Jarvis regardait en direction d'Arthur, lui-même concentré sur ses chaussures, frustré.

"Vous êtes sûr qu'il n'y a personne qui vous vient à l'esprit ? Vous n'avez rien entendu qui pourrait suggérer qui est derrière tout ça ?"

"Non, je suis désolé. Mais … en fait…" hésita le rouquin.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" tiqua Arthur, espérant une piste.

"Je suppose que ça n'avance pas énormément dans nos recherches pour savoir qui mène la barque, mais je suis presque sûr que cette personne est une femme."

L'enthousiasme de l'organisateur s'effaça. "Comment pouvez-vous le savoir ?"

"Il parlait tout seul, parfois. Marmonnait des choses. Au début, je n'y ai pas prêté grande attention, mais quand j'ai compris des choses comme "elle a dit" ci, ou "elle a promis" ça. Comme si il s'attendait à quelque chose de cette femme. Qu'il la respectait."

Arthur se mordit la lèvre. Il failli faire la remarque sur l'insignifiance de ces marmonnanges, surtout venant d'un homme comme Nathanial qui était loin d'être sain d'esprit, quand il se rappela une chose. Pendant la dernière conversation qu'il avait eue avec Nathanial, juste avant qu'il ne soit éjecté du rêve, il avait dit quelque chose.

Dans un moment de faiblesse, choqué et face à la réalité de sa défaite, Nathanial avait dit quelque chose d'étrange. "C'était voué à l'échec !" avait-il dit "elle m'a dit que c'était impossible de gagner !" A ce moment, l'organisateur l'avait questionné sur cette "elle". Cependant, il avait tout oublié sur la confusion qui avait marqué la fin de la partie. Jusqu'à maintenant.

Soudainement, Arthur se retrouva face à la possibilité d'y croire. Et si Jarvis avait raison ? Et si il y avait une femme derrière tout ça, qui avait manipulé Nathanial jusqu'à le faire travailler pour elle et lui avait donné les fonds pour mener les opérations. Cette femme, de cette façon, pouvait se cacher derrière l'extravagance du jeu. Après tout, Nathanial avait exceptionnellement bien joué sa partition de showman.

Mais bien sûr, tout cela pose une question, qui était cette femme ? Encore une fois, en présumant que Nathanial avait raison, n'étaient-ils pas juste de retour à la case départ de toute cette histoire ?

A voix haute, Arthur se maudit violemment, se relevant brusquement du banc.

Qui, qui, qui ? Qui pourrait-ce t'être ? L'histoire de Nathanial avait du sens, toutes les pièces s'emboîtant parfaitement. Mais encore une fois, peut-être que c'est là que quelque chose n'allait pas. Peut-être que les pièces s'emboîtaient trop parfaitement. Après tout, il y avait toujours quelques questions avec des réponses floues. Pourquoi avaient-ils dû voyager dans autant de villes différentes ? Pourquoi ne pas l'avoir simplement tué ? Pourquoi tous ces rêves ? De plus, pourquoi Nathanial avait attendu si longtemps pour prendre sa revenche ?

Tant de questions sans réponses. Mais au final, on retombait toujours sur la même : qui était cette femme au téléphone ?

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