Chapitre 29 :

« J'ai vraiment besoin que vous m'aidiez, Miss Fudge, dit Scrimgeour, se penchant sur la jeune femme.
- Que je vous aide… ? Et de quelle manière ?
- Votre père… Votre père s'est laissé monter la tête. Poussé par Malefoy, il propose de mettre fin au mandat de Millicent Bagnold.
- Pourquoi donc ?! s'exclama Isabelle, fronçant les sourcils avec surprise.
- Une tactique de Malefoy pour mettre la main sur le Ministère. Si ce que vous m'avez dit est vrai, s'il est vraiment un Mangemort… »

Isabelle frissonna. Elle n'avait pas besoin que Scrimgeour lui en dise davantage, elle avait parfaitement compris.

« J'ai du mal à croire… avança-t-elle, que mon père…
- Nous savons que votre père n'a aucune sympathie pour la cause des Mangemorts ! la rassura aussitôt Scrimgeour. Mais c'est un ambitieux… Et il s'inquiète pour vous. Il cherche à tourner la situation actuelle à son avantage. Poussé par Malefoy, il a la possibilité d'atteindre les plus hautes fonctions. Et de plus… S'il devient Ministre de la Magie, il pourra manœuvrer pour vous libérer. »

Isabelle garda le silence. Autant la pensée de son père manipulé par Malefoy était inquiétante, autant la perspective d'être relâchée lui agréait…

« Je sais à quoi vous penser, Miss, reprit Scrimgeour, la scrutant attentivement. Mais si l'on vous relâche… Malefoy en profitera pour mettre la main sur vous. N'est-ce pas ce que vous craigniez ? »

Elle soupira. Non, bien sûr, elle ne souhaitait pas tomber sous la coupe de Malefoy. L'homme était dangereux, et il n'hésiterait certainement pas à lui faire du mal, si cela lui permettait de mettre la main sur Regulus.

« Vous me croyez donc ? demanda-t-elle doucement.
- Je vois clair dans le jeu de Malefoy, et cela ne me plaît pas.
- Mais, pour l'innocence des frères Black ?
- Je ne sais pas encore. Dumbledore semble penser que Sirius n'est pas coupable des crimes qui lui ont été imputés. Je vais rouvrir l'enquête. »

Isabelle sourit. C'était la meilleure nouvelle qu'elle entendait, depuis qu'elle était enfermée dans cette cellule du Ministère.

« Et en quoi pourrais-je vous aider ?
- Regulus Black a-t-il confiance en vous ?
- Oui. Je pense que oui. »

Ne lui avait-il pas révélé son intention de s'évader ?

« Savez-vous où il se trouve ?
- Non. Je ne savais même pas comment il comptait fuir d'Azkaban… Je ne sais rien de ses projets, je vous le jure !
- Vous seriez prêt à l'affirmer, même sous veritaserum ? »

Elle fit oui de la tête.

« Très bien… Vous êtes très attachée à Regulus Black, n'est-ce pas ? »

Isabelle se sentit rougir malgré elle. Elle n'avait pas envie de parler de ses sentiments à cet homme qu'elle connaissait à peine ! Mais celui-ci enchaîna : « Et lui ? Pensez-vous qu'il tienne à vous ? »

Ses mains se crispèrent sur sa robe. Elle était de plus en plus mal à l'aise.

« Je ne sais pas… Pourquoi ?
- J'aimerais vous utiliser. Pour l'atteindre.
- Et vous pensez que j'accepterai une chose pareille ?!
- Je sais qu'il ne se rendra pas.
- Je ne vous conduirai pas à lui ! répliqua Isabelle, catégorique. Vous dites que vous n'êtes plus sûr qu'il soit un Mangemort… Mais combien de vos hommes partagent-ils cette opinion ? Si je vous conduis à lui, il sera en danger ! Et puis… Malefoy me fera suivre dès que je serai sortie d'ici, vous le savez ! Je ne prendrai pas le risque de mettre les Mangemorts sur sa piste ! »

Scrimgeour croisa les bras, sans se départir de son calme. Isabelle aurait aimé avoir sa confiance. Ou son self-control.

« Je veux juste que vous le convainquiez de nous remettre Harry Potter. »

XXXXXXX

Harry n'était plus dans le salon où l'avait laissé Kreattur. Remus fit le tour de la pièce du regard, survolant les albums abandonnés sur le sol, sans trouver signe de l'enfant. Il ressentit une légère pointe d'inquiétude. Il n'aimait pas savoir Harry tout seul.

« Il ne doit pas être loin, se raisonna-t-il. Peut-être dans la chambre de Sirius ? »

Il ferma la porte du salon et s'engagea sur l'escalier, sans s'attarder sur les éclats de voix qui venaient de la cuisine. Rogue et Regulus étaient encore en train de débattre sur la meilleure façon de procéder. Le même discours stérile. Remus, lui, doutait qu'ils trouvent une issue. Il leur manquait trop d'éléments, encore.

Il avait hâte que Sirius revienne. Sirius et son pragmatisme. Au moins, lui agirait. Peut-être à l'aveuglette, mais Remus savait que Sirius avait un instinct sûr. A Poudlard, déjà, il se lançait sans réfléchir, mû par de curieuses certitudes que Remus ne parvenait pas à appréhender. Et étrangement, le résultat était loin d'être aussi catastrophique qu'il l'aurait pensé.

Il imaginait bien Sirius fracasser le médaillon presque par mégarde…

Il grimpa les escaliers prestement et entra dans la chambre de son ami.

« Harry ? appela-t-il. Est-ce que tu es là ? »

Il n'obtint pas de réponse. La chambre était vide. Remus se sentit mal à l'aise. La maison était grande. Et dangereuse. Elle était pleine d'objets maléfiques, qui attiseraient sans nul doute la curiosité du petit garçon. Il s'en voulait déjà de l'avoir laissé seul.

« Harry ?! » appela-t-il plus fort.

La chambre de Regulus était vide, elle-aussi. Remus changea de palier. Il sursauta lorsqu'une porte s'ouvrit sur les cheveux gris de Walburga Black. Elle le dévisagea d'un regard vide, la main sur la poignée.

« Oh, Mrs Black… dit Remus. Avez-vous vu Harry ?
- Harry ?
- Oui, Harry ! Le petit garçon !
- J'ai deux garçons… Sirius et Regulus… reprit Walburga, l'air absent. Deux beaux petits garçons… Mais il aurait fallu une fille… J'aurais aimé une petite fille… »

Remus fronça les sourcils, ennuyé. Regulus était-il au courant que sa mère n'avait plus toute sa tête ? Le sort de Rogue ne devait rien arranger, en plus…

« Non, je ne vous parle pas de vos fils ! Je parle de Harry ! L'enfant qui était avec Regulus !
- Regulus n'a pas d'ami… Il est toujours tout seul, à parler dans le vide, il me fait peur… Sirius devrait s'occuper un peu plus de son petit frère ! Je vais dire à Orion de faire la morale à Sirius ! »

Abasourdi, Remus regarda Mrs Black rentrer dans sa chambre et refermer soigneusement la porte derrière elle. Il lui fallut quelques secondes avant de se rappeler qu'il cherchait Harry.

Il finit par le trouver, assis sur le rebord de la baignoire, dans la salle de bain. Soulagé, il entra et s'agenouilla sur le carrelage, devant lui.

« Harry… dit-il doucement. Tu ne m'entendais pas t'appeler ? »

Le petit garçon leva les yeux sur lui et fit non de la tête.

« Je te cherchais. J'étais inquiet… Je n'aime pas beaucoup que tu te promènes tout seul dans cette maison, tu sais, il y a beaucoup de choses dangereuses, ici. »

Harry ne répondit pas et rebaissa les yeux sur sa main. Remus fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu t'es fait mal ? »

Harry fit non de la tête. Remus lui prit la main et l'examina soigneusement. Il ne vit rien. Rien d'autre qu'une tache sombre sur le bout de son index, comme une tache d'encre.

« Lave tes mains, proposa-t-il, comprenant que c'était cette tache, qui expliquait la présence de l'enfant dans la salle de bain. Et ensuite, nous descendrons dans la cuisine. Kreattur a promis de nous préparer un bon repas, ce soir. Tu as faim ?
- Où est Sirius ? demanda Harry.
- Il n'est pas encore rentré, mais il sera bientôt là. Ne t'inquiète pas pour lui. »

Harry ouvrit le robinet et frotta ses petites mains sous l'eau. Remus lui tendit une serviette et l'aida à se sécher.

La tache n'avait pas disparu.

XXXXXXX

Regulus regarda les photos qui faisaient la une de la Gazette d'un air consterné. D'une main tremblante, il effleura le portrait d'Isabelle, à côté de celui de son père, Cornelius Fudge. Il survola l'article, butant sur les mots, comme s'il n'était même plus capable de lire, dans sa panique.

Parce que c'était bien cela, qu'il ressentait maintenant. De la panique.

Ils avaient arrêté Isabelle. Ils l'avaient enfermée dans une cellule du Ministère, l'avaient accusée de complicité. Son front se mouilla de sueur.

« Regulus ? fit Severus, qui ne le quittait pas du regard.
- Ils veulent la condamner… murmura-t-il.
- Qui ?
- Isabelle ! Ils vont lui faire payer mon évasion ! »

Il se laissa tomber sur la chaise derrière lui, incapable de rester debout sur ses jambes flageolantes. Severus lui prit le journal des mains. « De qui parles-tu ? demanda-t-il. Cette fille ? »

Regulus se mordit les lèvres et s'essuya le front. Il devait se ressaisir, paniquer ainsi ne servait à rien.

« Je la connais… murmura Severus. Je l'ai déjà vue…
- Où ?
- A Azkaban… Elle était dans une barque, avec Lupin et moi. C'est elle qui nous a dit que tu allais bien…
- Ils pensent qu'elle nous a aidés à nous enfuir, Sirius et moi ! fit Regulus, d'une voix tremblante.
- Et c'est le cas ?
- Oui… Enfin, indirectement… Elle m'a prévenu que Malefoy voulait venir à Azkaban. Pour me voir. Elle était inquiète pour moi, alors, elle m'a permis de rester à l'infirmerie… pour que je puisse m'évader avec Sirius… »

Elle avait pris des risques terribles, en faisant cela. Regulus en avait été vaguement conscient, à l'époque, mais il n'avait pas eu d'autre choix que de se servir d'elle. Maintenant, la pensée qu'il l'avait mise en danger lui donnait la nausée.

« C'est la fille de Cornelius Fudge, remarqua Severus. Je suis sûr que son cher papa lui viendra en aide.
- Fudge ?! Lui venir en aide ?! Ce pantin de Malefoy ?! Elle est en danger, Severus ! Si le Ministère ne l'emprisonne pas, Malefoy mettra la main sur elle ! Uniquement pour vérifier qu'elle ne sait rien sur moi ! Et… »

Sa voix se brisa. Que Malefoy puisse poser la main sur Isabelle lui était odieux.

Brusquement, il se leva. Severus leva les yeux vers lui, l'air anxieux.

« Il faut que j'y aille ! déclara Regulus, décidé.
- Quoi ?!
- Il faut que j'aille la chercher ! Elle ne doit pas rester au Ministère !
- Tu… ! Tu ne vas pas… !
- S'ils l'envoient à Azkaban… Si elle est reconnue complice de Mangemort, ils vont la mettre en Haute Sécurité, avec les Détraqueurs… !
- Tu n'en sais rien ! répliqua Severus. Elle n'a même pas été encore jugée !
- Mais ils vont le faire ! Ils vont le faire et vite, à cause de Fudge ! »

Regulus sentait ses bras se couvrir de chair de poule, à mesure qu'il saisissait toutes les implications. C'était évident, les Aurors allaient utiliser Isabelle pour discréditer Fudge et l'empêcher de mettre à mal le ministère de Millicent Bagnold. Coupable ou non, elle servirait de bouc émissaire.

« Calme-toi, Regulus ! lui intima Severus, posant une main ferme sur son bras.
- Que je me calme ?! Mais je ne peux pas, me calmer ! Je ne peux pas rester là, à les laisser lui faire du mal sans rien faire ! Je ne le supporterai pas, Severus ! »

Severus le dévisageait avec une incompréhension manifeste. Mais Regulus ne se souciait pas de s'expliquer. Il se releva, retrouvant l'usage de ses jambes en même temps que se raffermissait sa décision.

« Je vais au Ministère, déclara-t-il. Et tu ne m'en empêcheras pas ! »

XXXXXXX

Sirius avait transplané juste devant la porte du 12 square Grimmaurd, bien à l'abri sous la cape d'invisibilité de James. Les Aurors qui surveillaient la maison étaient toujours là, remarqua-t-il. Il attendit qu'ils tournent le dos à la porte pour l'ouvrir et se glisser dans le hall.

La scène qu'il eut alors sous les yeux le cloua sur place.

« Lâche-moi ! hurlait Regulus, se démenant entre les bras de Rogue.
- Tu n'iras nulle part, Regulus ! répliqua celui-ci, le visage rougi par l'effort.
- Je fais ce que je veux ! »

Kreattur, sur le pas de la cuisine, ouvrait des yeux ronds comme des soucoupes et se tordait les mains d'un air désespéré. Sur les marches, Remus les regardait d'un air ébahi, Harry serré contre lui. Même Walburga était sortie de sa retraite et pointait un visage méfiant par-dessus la balustrade, à l'étage au-dessus.

« Mais que… » murmura Sirius.

Il vit Regulus sortir sa baguette et la pointer sous le nez de Rogue.

« Ne me force pas ! » le prévint-il.

Rogue hésita, mais relâcha son frère. Celui-ci s'écarta brusquement, visiblement furieux.

« Je peux savoir ce qui se passe ? » demanda Sirius, élevant la voix.

Tous les regards se tournèrent vers lui. Mais le visage de Regulus se ferma davantage. Cela n'augurait rien de bon, songea Sirius.

« Tu tombes bien ! fit Rogue à son égard. Ton frère s'est mis dans la tête de prendre d'assaut le Ministère !
- Quoi ?!
- J'ai pris ma décision ! Ce n'est pas Sirius qui m'empêchera d'aller là-bas ! coupa Regulus, venimeux.
- Pourquoi cette décision ? demanda Sirius, faisant un pas dans sa direction.
- A cause de la fille ! » expliqua Rogue, avec une moue dégoûtée sur le visage.

La fille… Il ne fallut qu'une seconde, à Sirius, pour comprendre de quoi il retournait. Regulus avait dû apprendre, pour Isabelle.

« Je vois… Ecoute, Regulus, on va parler de tout ça calmement, tu veux bien ?
- Non !
- Regulus…
- Non ! répéta Regulus plus fort. Je vais aller là-bas, je vais aller la chercher !
- Et comment comptes-tu t'y prendre ?! demanda Sirius.
- Si tu n'as pas plus de plan que lorsque tu t'es mis en tête d'aller chercher ton frère, intervint Rogue, cassant, c'est vraiment que tu es stupide !
- Tu ne lui rendras pas service en faisant ça, Regulus ! déclara Sirius. Je l'ai vue. J'ai vu Isabelle, quand j'étais là-bas, et je lui ai parlé. »

Regulus le regarda, un air d'incompréhension sur le visage. Incompréhension qui céda vite le pas à une colère à peine rentrée.

« Tu ne m'as rien dit… ! souffla-t-il.
- Parce que je me doutais que tu réagirais mal ! répondit Sirius.
- Tu n'avais pas le droit de me taire un truc pareil ! protesta Regulus.
- Je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'aborder le sujet. Ecoute, Regulus… Je lui ai parlé, c'est vrai. Elle est consciente du danger qui pèse sur elle. Mais je ne crois pas que te ruer au ministère lui rendra service. Parce que si tu te fais prendre, ce n'est pas seulement toi, qui sera en danger, mais elle également. Comment veux-tu qu'elle les persuade de son innocence, si tu es prêt à risquer ta liberté pour la sauver ? »

Regulus faillit répliquer, se mordit les lèvres. Sirius fut frappé de voir à quel point il était affecté. Ainsi, il avait vu juste. Son frère était amoureux de la jeune femme.

« C'est une fille intelligente, Regulus, insista-t-il. Et très lucide. Fais-lui confiance, je suis sûr qu'elle trouvera un moyen de s'en sortir.
- Et si ce n'est pas le cas ? souffla Regulus, d'une voix tremblante.
- Alors, nous agirons. Allons dans le salon, maintenant, vous voulez bien ? »

Ils échangèrent un regard. Regulus rangea sa baguette et se dirigea vers le salon d'un pas morne. Remus finit de descendre l'escalier et le suivit, tenant Harry par la main.

« Pour quelqu'un victime d'une erreur judiciaire, tu fais étonnamment confiance aux Aurors… lui glissa Rogue avant de suivre le mouvement.
- Non, répliqua-t-il. Je n'ai aucune confiance en eux. J'ai confiance en elle. Je suis sûr qu'elle trouvera un moyen. Et si ce n'est pas le cas, alors nous interviendrons. Mais pas sur un coup de tête.
- Tu es sûr que c'est bien toi, Black ?! lâcha Rogue d'un air pincé. Préconiser la réflexion… ?!
- Tais-toi et avance ! »

XXXXXXX

Regulus se laissa tomber sur le divan et enfouit sa tête dans ses mains. Il savait, évidemment, que Sirius et Severus avaient raison. Mais il n'allait pas se débarrasser de ses angoisses aussi facilement. Isabelle avait beau être intelligente, elle était au milieu d'un panier de crabes…

Lupin s'assit sur une chaise près de lui. Il sentait son regard sur lui, un regard qu'il devinait plein de sollicitude. Cela l'ennuya. Il devait se ressaisir. Il se redressa, tandis que Severus et Sirius prenaient place à leur tour. Aussitôt qu'ils furent assis, Harry se détacha de Lupin pour se faufiler dans le giron de son frère. Malgré son inquiétude, Regulus se prit à sourire devant l'air à la fois surpris et ravi de Sirius.

« Alors ? demanda Severus. Cet horcruxe ?
- Je ne l'ai pas trouvé », déclara Sirius.

Severus laissa échapper un soupir morose. Regulus ne dit rien. Les horcruxes ne lui semblaient plus aussi importants, maintenant.

« Tu es sûr que tu as bien cherché partout ?! insista Rogue.
- Evidemment ! Je t'assure qu'il n'y était pas. Regulus ? Tu es certain que Voldemort l'avait bien confié aux Lestrange ?
- Certain. La description qu'ils en faisaient était très exactement celle de la coupe. La coupe de Poufsouffle. Je ne pense pas qu'il puisse y avoir un autre objet semblable à celui-ci.
- Il n'est pas dans le manoir des Lestrange », répéta Sirius.

Regulus devait se forcer à écarter Isabelle de son esprit. Il fallait régler cette histoire d'horcruxe. Et ensuite, il pourrait se préoccuper de la jeune femme. Ce n'était pas comme si elle était sur le point d'être enfermée, se répétait-il. Le procès n'avait pas encore eu lieu, elle n'était pas en route pour Azkaban…

« Regulus ? fit Sirius, le tirant de ses pensées.
- Je ne sais pas quoi te dire, Sirius.
- Tu n'as pas d'idée ? Où pourrait-il être caché ?
- C'est un objet précieux, non ? intervint Lupin. Moi, je l'aurais mis à la banque…
- Chez Gringotts… murmura Severus.
- Personne d'autre que les Lestrange n'a accès à leur coffre, non ? insista Lupin. Là, l'horcruxe serait en sécurité.
- Ce n'est pas idiot… admit Sirius. Mais c'est très ennuyeux. Honnêtement, vous nous voyez cambrioler la banque ?!
- Cela te fait peur, Black ? ricana Rogue.
- Peur de quelques gobelins ?! J'ai dû supporter les Détraqueurs pendant près d'un an ! Je ne crois pas qu'il y ait grand chose de pire ! »

Sur les genoux de Sirius, Harry s'agita. Il se tourna vers son parrain et serra ses petits bras autour de son cou.

« Je ne crois pas que s'introduire à Gringotts soit la meilleure chose à faire, reprit Sirius. Pas sans être sûr que l'horcruxe est là-bas.
- Est-ce que Mrs Lestrange saurait nous renseigner ? demanda Lupin.
- Je ne pense pas, répondit Regulus. Elle a toujours été tenue à l'écart. Non, il faudrait demander à Rodolphus. »

Il y eut un blanc.

« Rodolphus est à Azkaban, dit finalement Sirius.
- Je sais. »

Les deux frères échangèrent un regard.

« Est-ce qu'on a le choix ? murmura Sirius.
- On a toujours le choix, répondit Regulus. Rien ne nous oblige à poursuivre cette quête.
- Et les autres horcruxes ? coupa Lupin. Tu disais qu'il y en avait au moins un autre… Sais-tu où il se trouve ?
- Oui. »

Les trois autres se rapprochèrent subitement, l'attention subitement ravivée.

« Et ? demanda Severus, pendu à ses lèvres.
- C'est Malefoy qui l'a. »

Les mines s'assombrirent brusquement.

« Malefoy…
- Il est chez lui. J'en suis sûr, je l'ai vu. Je suis tombé dessus par hasard.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un petit calepin. Un journal.
- Comment sais-tu que c'était un horcruxe ?
- Parce que… Parce que je sens ces choses-là, Severus… »

Oui, il l'avait senti. Il avait senti l'âme enfermée entre les pages s'agiter lorsqu'il avait effleuré le journal. Mais comment leur faire comprendre cela ?

« Contente-toi de me croire sur parole, Severus… ajouta-t-il.
- Le troisième horcruxe est chez Malefoy… marmonna Sirius. Super. »

Il y eut un nouveau silence. Regulus voyait le découragement tirer les traits de Lupin. Severus semblait plongé dans des plans alambiqués. Et Sirius… Le visage de Sirius se raffermissait dans une attitude déterminée qu'il connaissait bien. Et il sut ce qu'allait dire son frère avant même qu'il ouvre la bouche.

« Il faut retourner à Azkaban, et interroger les frères Lestrange. »

Lupin ouvrit des yeux effarés. « Tu n'y songes pas… souffla-t-il.
- Qu'est-ce que tu proposes ? répliqua Sirius. Qu'on retourne la maison des Lestrange ? Qu'on s'introduise à la banque sans être sûrs de ce qu'on va trouver dans leur coffre ?
- Ce ne sera pas plus risqué que de retourner à Azkaban ! répliqua Lupin.
- Si. Azkaban… Personne ne s'attend à ce qu'on aille là-bas !
- Et il est sans doute plus facile d'y entrer que de s'en évader... remarqua Severus.
- Et une fois là-bas, justement, comment fera-t-on, pour en sortir ?! insista Lupin.
- Je ne sais pas, je n'y ai pas réfléchi ! répliqua Sirius. Mais je pense que l'idée mérite d'être examinée ! »

L'idée était loin de plaire à Regulus, évidemment. Mais Sirius avait raison. S'ils voulaient retrouver la coupe, le plus simple était d'interroger les Lestrange.

« Je vais y aller, proposa-t-il.
- Non ! coupa Sirius. C'est moi, qui irai. »

Lupin se crispa sur sa chaise. Même Harry parut soudainement plus tendu. Il resserra sa prise sur la robe de son parrain, comme pour l'empêcher de repartir.

« Tu veux vraiment retourner là-bas… ? Avec les Détraqueurs ? souffla Lupin.
- Je connais mieux le quartier de Haute Sécurité qu'aucun de vous ! répliqua Sirius. Alors j'irai ! Et puis… Sous ma forme animagus, les Détraqueurs m'ignoreront. Ils l'ont toujours fait… »

Il frémit, cependant, et Regulus se sentit désolé pour lui. Pour ce qu'il allait devoir revivre. Il avait beau afficher toute sa détermination, il avait bien vu, lui, à quel point Azkaban l'affectait…

« Et le médaillon ? demanda Sirius, détournant la conversation vers un sujet moins pénible. Vous avez trouvé un moyen de le détruire ?
- Rien, répondit Regulus. De ce côté, c'est l'impasse. Remus a suggéré qu'on demande l'aide de Dumbledore, et je crois que c'est effectivement le mieux à faire.
- Et comment fait-on, pour le contacter ?
- Je n'en sais rien.
- Peut-être pourrai-je vous être utile ? »

Stupéfaits, les quatre hommes virent subitement apparaître au milieu de leur salon une petite sorcière aux boucles blondes un peu défaites.

« Je vous aiderai, dit-elle. En échange d'une interview exclusive. »