Alana lança un regard en coin à Drön, soucieuse. Lorsque leur professeur de combat leur avait fait des cours avec l'Arbonia, il n'avait fixé aucune contrainte. Or, même si Harry n'en avait fixé aucune lui non plus, il était indéniable qu'il y avait effectivement un point essentiel à respecter : utiliser la magie des humains. Cependant, Alana et Drön connaissaient trop bien la passion engendrée par une bataille et tous deux craignaient, assez naturellement, que leur nature prenne le dessus sur leur prudence.
Bien sûr, les Maraudeurs savaient que Drön pouvait utiliser la magie à l'aide de ses mains, mais quand ils avaient remis le sujet sur le tapis, le jeune homme leur avait raconté un mensonge que personne ne pouvait prouver ou démentir. A savoir que, lors de l'attaque sur le cottage des Potter, Drön possédait un soi-disant objet magique permettant de former un nombre limité de boules de magie. Alana ignorait si les Maraudeurs l'avaient cru, mais ils n'avaient pas insisté.
Selon les ordres du doyen, un Freing, les étudiants avaient formé un cercle tout autour de lui, gardant ainsi un œil sur chacune des artères menant à la grande place. De ce que leur professeur leur avait dit à propos des Freing, Alana et Drön savaient que, bien que dépourvus d'agressivité, les Freing étaient des stratèges particulièrement redoutables et, même si leur magie n'était pas très développée, elle pouvait se révéler destructrice.
Alana n'avait jamais rencontré de Freing, à ce jour ; c'était le Sanctuaire qui se dressait à l'extrémité de la place qui lui avait permis de déceler la nature du doyen et d'Elbor. Et plus précisément, l'énorme statue de marbre noir veiné d'or qui représentait un colosse barbu armé d'une hache aussi large qu'une voiture.
Hengald le Tout-Puissant, fondateur de la capitale du royaume Freing et défenseur jusqu'à sa mort de ce peuple. Quand elle était petite, Alana adorait l'histoire d'Hengald. Dans sa jeunesse, le colosse était un tyran pour quiconque pénétrait dans ses montagnes puis, un jour, une Freing s'était perdue et avait posé le pied sur le territoire d'Hengald. Elle s'était enfuie en le rencontrant, puis s'était blessée, mais le colosse ne lui avait jamais fait de mal, tombant même amoureux d'elle. Il l'avait soignée, puis elle était repartie raconter son aventure, et les Freing s'étaient présentés à Hengald en lui offrant une place au sein de leur petite commune.
Emergeant des souvenirs de son enfance du temps où sa mère préférait lui conter des histoires plutôt que de se plaindre du célibat d'Alana, la jeune femme parcourut rapidement la foule des étudiants qui avaient choisi de rallier la population d'Hengald. Savoir ses amies de Gryffondor avec elle lui plaisait, mais elle se passerait volontiers de tous les autres, à l'exception de Drön. Dans une vraie bataille, elle serait même déçue d'avoir un soutien comme celui-ci.
Son regard s'attarda alors sur le doyen. L'Arbonia était un objet étrange car, même si Hengald et tous ses habitants n'étaient que des illusions, Alana pouvait parfaitement sentir la nature du Freing. Et à en juger par le regard qu'il posait sur Drön, le vieillard ressentait lui aussi cet étrange instinct qui aidait les Races Ainées à se reconnaître. Après avoir longuement fixé la nuque du Nyfan, toutefois, les yeux vifs du vieil homme semblèrent attirer par un détail.
Suivant la trajectoire du regard du Freing, Alana tomba sur l'épaisse chevelure auburn de Lily. Le vieil homme fronçait légèrement les sourcils, l'air perplexe, et il amorça un geste pour rejoindre la préfète-en-chef. Au même moment, cependant, une clameur s'éleva au nord, immédiatement suivie d'un long concert de hurlements déchirants et bestiaux. Des éclats lumineux aux couleurs diverses explosèrent en illuminant les maisons arrondies, dessinant en saccades des ombres informes.
Presque simultanément, d'autres cris s'élevèrent tout autour de la grande place. Malgré la distance qui séparait le cercle de l'origine des bruits des premiers affrontements, le doyen renonça une bonne fois pour toutes à interpeller Lily et lança plutôt son premier ordre :
─ Attendez mon signal !
Nerveux, les étudiants observaient les artères qui s'étiraient devant eux, à la recherche d'une ombre ou d'une silhouette suspecte. Les hurlements continuaient de retentir, toujours précédés de détonations de lumières. Néanmoins, malgré l'avantage éloquent des Freing, dont la stratégie paraissait avoir pris de court les armées de Mordred, les envahisseurs continuaient de se rapprocher du cœur de la cité.
─ Y a quelque chose là-bas ! s'écria soudain Mary d'une voix stridente.
Tout le monde tourna la tête dans la direction indiquée. Au fond de la rue, en effet, une petite créature courait en tous sens. Il ne fallut qu'un seul regard aux élèves pour identifier un Silig. Rapidement, plus d'une dizaine d'autres Siligs apparurent et entreprirent de fouiller chaque maison, jusqu'à ce que l'un d'eux remarque le groupe rassemblé au centre de la place. La petite créature poussa une longue plainte suraiguë, rameutant tous ses semblables.
─ Surveillez vos rues, jeunes gens ! tonna le doyen. Ne vous souciez pas des Siligs tant que je ne vous le dirais pas !
Autoritaire, le Freing n'eut aucun mal à rappeler à chacun la mission dont il avait la charge. Il eut bien fait, car plusieurs élèves découvrirent que d'autres Siligs étaient apparus dans les rues qu'ils devaient surveiller. Anxieux, les étudiants réaffirmèrent leur prise sur leur baguette magique et se préparèrent le mieux possible aux combats qui s'annonçaient. Immobiles et désordonnés, les Siligs attendirent encore un peu, puis lancèrent simultanément l'assaut en poussant de petits cris stridents.
Indéniablement, ils étaient extrêmement rapides. En quelques instants, ils atteignirent la place, mais le doyen ne donna aucun signal. Son bâton levé au-dessus de lui, il rugit quelque chose qu'Alana ne put comprendre, mais qu'elle identifia parfaitement comme un sortilège. L'instant d'après, un grésillement puissant résonna et une lueur verte éclaira brusquement tous les dos. Jetant un regard par-dessus son épaule, Alana découvrit la nature de l'enchantement du Freing.
Une sphère de lumière verdâtre flottait désormais au-dessus du vieillard, qui abattit aussitôt son bâton sur la pelouse avec violence. La boule fit alors jaillir des dizaines d'éclairs dans tous les sens, passant au-dessus des têtes des étudiants pour frapper les Siligs prêts à bondir. Dans des flashs éblouissants, la multitude de foudres décima la première vague des armées de Mordred en quelques instants, laissant à la place des créatures des tas de cendres fumants.
« Ainsi donc, c'est vrai », s'étonna Alana, passablement impressionnée. Elle avait déjà entendu dire que les Freing maîtrisaient une magie étrange ; tout au moins, « atypique » pour une Race Ainée. Or, à la suite de la démonstration du doyen, la rumeur selon laquelle les Freing usaient de leur magie par le biais de leurs armes était confirmée.
Malgré la puissance manifeste du doyen, les étudiants n'eurent même pas le temps de se réjouir de leur première victoire : un trait de lumière orangé fendit soudain les airs en passant entre deux élèves puis transperça la poitrine du vieil homme. Ses yeux s'écarquillèrent lentement sous l'effet de la surprise, ses pieds quittèrent le sol comme au ralenti, puis une gerbe de flammes jaillit brusquement de l'orifice laissé par l'attaque et engloutit le Freing en un clin d'œil.
Il n'en resta aucune trace, pas même la plus petite particule de cendre, mais personne ne s'en attrista. Trop abasourdis, les étudiants tournèrent machinalement la tête vers l'auteur du maléfice, imités par Alana. Quand elle vit l'assassin, cependant, elle regretta presque instantanément d'avoir cherché à en savoir davantage sur l'identité du meurtrier. Avec un frisson glacé, une sueur froide couvrit son front tandis que ses yeux se posaient pour la première fois sur Katala.
Bien des histoires avaient nourri la réputation de l'unique Ténèbre féminine, et très peu d'entre elles se racontaient aux enfants. En un instant, un vieux souvenir revint à la mémoire d'Alana. Un jour qu'elle s'ennuyait, quand elle avait sept ans, elle était partie se promener dans la forêt pour s'entraîner dans le plus grand secret lorsque, par le plus grand des hasards, elle avait rencontré un nain blessé pansant ses blessures.
Le nain venait du continent, lui avait-il expliqué, où son village avait été détruit par l'une des Ténèbres de Mordred. Après avoir raconté tout son parcours, le nain s'était perdu dans ses pensées avant que la petite Alana ne se décide à lui poser la question qui l'obnubilait : comment était Katala ?
« Grumpf, avait marmonné le nain. A mes yeux, Katala est la Ténèbre la plus dangereuse de Mordred car, contrairement aux autres, c'est une femme… et quelle femme ! Même si je vivais jusqu'à la fin du monde, j'en verrai jamais d'aussi incroyable, tu peux me croire ! J'pourrais t'en dire plus, mais t'es un peu trop jeune pour entendre certaines choses. Mais, si tu veux un conseil, ne la regarde jamais dans les yeux et enfonces-toi les doigts dans les oreilles si tu te retrouves face à elle ! »
A présent, Alana comprenait beaucoup mieux les paroles du nain. Même des beautés comme Lily et Sonia faisaient pâles figures à côté de Katala. Elancée, élégante, la Ténèbre offrait un spectacle aussi hypnotique qu'alléchant. Ses longs cheveux argentés ondulaient en cascades sur ses épaules nues, son sourire coquin dissimulait à la perfection la personnalité impitoyable qui se cachait derrière ses yeux d'un vert merveilleux ; et sa robe légère, presque inutile, provoqua des réactions très intimes chez une bonne partie des garçons.
Hypnotisés par la vision d'enchantement que la Ténèbre, les étudiantes ne remarquèrent même pas les protubérances soudaines qui s'étaient formées sous les pantalons des jeunes hommes ; et les garçons eux-mêmes ne parurent pas s'en apercevoir. Franchement amusée, Katala adressa un clin d'œil à ses adversaires et leva un index nonchalant pour faire apparaître une longue et mince ligne écarlate devant elle. Puis elle claque des doigts.
La ligne se morcela en de multiples fragments qui fusèrent aussitôt sur les étudiants, semblables à des pointes de flèches. Alana reprit ses esprits à ce moment précis et se baissa instinctivement, mais elle ne fut guère imitée. Les carreaux magiques balayèrent tout le cercle, transperçant les étudiants en leur faisant instantanément rejoindre la salle de classe. Les projectiles qui ne touchèrent personne allèrent se fracasser contre les murs délimitant les enceintes des maisons en creusant de profonds trous dans la pierre.
Alana se redressa en levant sa baguette magique, désormais seule, mais une main la saisit aussitôt par la gorge et la souleva du sol aussi facilement que si elle avait été une plume. Stupéfaite, Alana baissa les yeux sur le regard rieur de Katala. Comment avait-elle traversé la moitié de la cour aussi vite ? De toute évidence, Alana venait d'apprendre que la Ténèbre était extrêmement rapide, ou possédait au moins une faculté semblable au transplanage.
Alana commença à suffoquer, au moins virtuellement, car les alentours commencèrent à perdre de sa consistance, devenant de plus en plus flous, sans qu'elle ne perdit son souffle. Puis, brusquement, tout disparu et, un instant plus tard, Alana se retrouva assise à sa place, à côté de Drön. Tout le monde était là, ou presque : il ne manquait que Harry, qui se matérialisa devant le tableau.
─ C'était… lamentable, déclara-t-il d'un ton désinvolte.
Tout le monde encaissa la critique, les Serpentard un peu moins que les autres, mais ils se gardèrent de faire la moindre remarque ou d'exprimer clairement leur mécontentement.
─ Ceux qui ont rejoint l'armée de Mordred pensaient peut-être qu'ils réussiraient à rester longtemps et ils ont découvert que c'était un tort, poursuivit Harry. Si vous croyez que les créatures de Mordred ont toujours été les mêmes tout au long de son règne, je ne peux que blâmer votre stupidité. Néanmoins, je dois accorder cinq misérables petits points à Serpentard et à Gryffondor.
« Pour Gryffondor, car Alana ne s'est pas laissée abrutir par l'apparition de Katala. La preuve en est qu'elle est arrivée la dernière, même si Katala l'a vaincue sans aucune peine. Pour Serpentard, c'est à Mr Silver. Sa stratégie de se déguiser était intéressante, amusante, mais d'une naïveté affligeante, mais elle m'a fait rire. »
─ Vous nous espionniez ? lança Peter, surpris.
─ Les personnes qui se trouvent à l'extérieur de l'Arbonia peuvent suivre les évènements de l'aventure comme s'ils regardaient un film, expliqua Harry. Ou comme s'ils regardaient dans une Pensine. Enfin bref, c'était une pitoyable prestation et j'ose croire que, la prochaine fois, vous vous montrerez un peu plus attentifs quand je dis : « l'union fait la force ».
Il se tourna vers le tableau et fit un geste désinvolte à l'aide de sa baguette. Sept noms s'inscrivirent en colonne, et tout le monde sut aussitôt que le reste du cours concernerait les Ténèbres.
─ Comme je vous l'ai déjà dit, reprit Harry, les Ténèbres sont des êtres uniques. Au fil des conquêtes de Mordred et des interventions de ses alliés, chaque Ténèbre s'est vue offrir un surnom dénonçant de manière générale les particularités de chacun.
Il pointa son doigt sur le premier nom, à savoir Kordh.
─ Kordh le Faible, indiqua-t-il. Mordred a surtout fait appel à lui pour les conquêtes où la résistance se révélait fragile, mais il participait aussi aux batailles les plus compliquées, utilisé comme un renfort de première main malgré son indéniable infériorité sur les autres. Vers la fin du règne de Mordred, Kordh a révélé que son surnom lui allait comme un gant, car il abandonna ses comparses de toujours et son maître quand ceux-ci furent sur le point d'être emprisonnés. Mais ne vous y trompez pas, aussi faible soit-il comparé aux autres, Kordh est redoutable.
« L'aspect le plus intéressant que Kordh offrait pour les ambitions de Mordred, c'était sa capacité à se fondre dans la pierre. Kordh n'a pas perdu ce pouvoir, bien sûr, et il est très probable que Mordred ait régulièrement recours à lui pour espionner ses ennemis ou retrouver une cible de Lord Voldemort. Son attaque fétiche n'est pas la plus violente, mais elle est mortelle et, selon la légende, personne n'y aurait survécu… »
Il pointa le doigt sur le nom inscrit sous celui de Kordh.
─ Garf le Fourbe, annonça-t-il. Il n'est pas particulièrement plus puissant que Kordh, mais il possède un avantage considérable qu'est sa faculté à créer des illusions. Il a souvent eu recours à ce don pour tromper ses ennemis et les tuer avant qu'ils ne comprennent qu'ils s'étaient fait berner par un mirage. Aussi sournois soit-il, cependant, il souffre immanquablement d'un complexe d'infériorité, car on ne l'a jamais entendu tenir tête à une autre Ténèbre.
Il passa au troisième nom.
─ Braidhyr, dit « Le Sans-Secret ». Sa maîtrise fantastique de la télépathie lui a valu des faveurs assez phénoménales quand il débloquait une situation complexe. Il est puissant, très puissant, car son don lui garantit d'avoir toujours un coup d'avance sur vous. Si vous l'affrontez, il saura quelle attaque vous lui réservez à l'instant même où vous aurez choisi votre sortilège. Et, ne vous faites aucune illusion, un occlumens aussi expérimenté que Dumbledore n'échapperait pas à la télépathie de Braidhyr.
Il passa au quatrième nom.
─ Runk le Jaloux. Runk est un personnage assez comique et vous allez comprendre pour quoi. Depuis toujours, il possède le pouvoir de faire apparaître ce qu'il veut : un fruit, un meuble, une arme, même un animal. Pourtant, malgré ce don, il a toujours jalousé les autres Ténèbres quand ceux-ci se voyaient offrir quelque chose de Mordred, comme des festins, des babioles de valeur ou des victimes.
« Toutefois, Runk est extrêmement dangereux. Son pouvoir de métamorphose ne se limite pas à faire apparaître des choses, mais à les transférer à un autre endroit aussi. Si vous vous retrouviez face à lui, il pourrait faire apparaître une énorme armoire au-dessus de vous et la laisser tomber pour en finir. Les rares personnes qui lui ont survécu étaient toujours des êtres dotés de sens hors-normes et capables de déceler toutes sortes d'anomalie magique dans l'air. »
Il désigna le cinquième nom.
─ Saraganza le Festif. C'est lui qui affronta le jeune enfant devenu l'Ombre, pendant l'attaque sur la cité-mère des Asthariens. Et croyez-moi, il est l'une des Ténèbres les plus puissantes de Mordred mais le garçon lui donnait beaucoup de fil à retordre. Quoi qu'il en soit, le surnom de Saraganza est positif et péjoratif.
« Lors des batailles auxquelles il participait, Saraganza avait la réputation d'épargner quelques filles et de les emmener avec lui pour s'assurer quelques nuits endiablées. Il est également très joyeux, surtout pendant les combats qu'il mène. Son pouvoir de régénération, cependant, est à l'origine de son succès car il est quasiment impossible de le fatiguer. Même blessé, il peut réparer les dégâts en se battant et un bras de moins n'est un handicap qui ne dure que dix secondes. »
Il enchaîna avec le sixième prénom et plusieurs garçons remuèrent sur leurs chaises, mal à l'aise.
─ Katala la Désirable. Ses surnoms sont innombrables mais, pour ceux qui l'ont vue, je ne doute pas que vous considérerez « la Désirable » comme approprié. La plus belle femme qui ait jamais existé et, pour beaucoup, elle était la Ténèbre la plus dangereuse de Mordred. Elle est très vivante, aguicheuse et capricieuse, ainsi que totalement dépourvue de gêne, de pudeur et de mœurs.
« Très vivante, car elle perd rarement sa bonne humeur et adore s'amuser, même si c'est en tuant ou en causant du tort. Aguicheuse, parce qu'elle aime se sentir désirée et a déjà souvent attribué des faveurs aux garçons qui lui plaisaient mais qu'elle devait tuer. Bien sûr, épargner la vie de ces hommes n'était pas une demande autorisée. Quant à son côté capricieux, il est aussi mortel qu'elle. Un vêtement, une tapisserie, un meuble, une couverture, un bijou… un homme, aussi. Tout ce qu'elle veut, elle le prend, même si c'est en assassinant des dizaines de personnes.
« Bref, Katala est redoutable, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, qui finissent toujours par succomber à ses charmes. »
Il conclut alors avec le dernier nom.
─ Idgür le Discret. On raconte que Mordred en a peur, bien qu'Idgür soit la Ténèbre la plus docile et la plus fidèle qu'il ait. Son surnom lui vient de deux faits : le premier, c'est que Mordred l'utilisait moins que les autres. En réalité, Idgür n'était appelé à combattre que lors des batailles les plus difficiles. Son simple nom glaçait d'effroi les ennemis qui, très souvent, ont abdiqué dès qu'ils l'ont aperçu.
« Le deuxième fait est le pouvoir d'Idgür. Il est un assassin hors-pair, silencieux, qui peut disparaître à la vue d'un ennemi en se faufilant dans l'ombre. Un moyen de voyager utile, surtout pour abattre une personne trop dangereuse à affronter dans un combat singulier. Toutefois, Idgür a rarement profité de sa capacité à circuler dans l'obscurité, préférant s'annoncer et disputer un duel honnête. Personne n'a jamais réussi à le toucher, ce qui démontre qu'il est doté d'une puissance inimaginable.
« D'après une rumeur, les Ténèbres accueillirent très mal l'arrivée de l'Ombre, à l'exception de Katala et d'Idgür qui, pourtant, auraient dû être les premiers à craindre l'entrée de cet enfant dans leur cercle, d'autant que le bambin présentait toutes les chances de devenir encore plus puissant qu'eux. Mais, au lieu de s'en plaindre, Katala et Idgür proposèrent immédiatement à Mordred de participer à l'éducation de l'Ombre. »
Un silence pesant plana dans la salle, les étudiants encaissant à leur rythme les terribles pouvoirs que les Ténèbres possédaient. Alana et Drön eux-mêmes ignoraient ces capacités spéciales, à l'exception de celle de Kordh qui leur en avait fait la démonstration à Armehnkar. Et, en effet, il n'était pas du tout rassurant de savoir qu'Idgür pouvait jaillir de n'importe quelle ombre, que Garf pouvait créer toutes les illusions qui lui passaient par la tête ou encore que Braidhyr pouvait s'introduire dans vos têtes en un claquement de doigt.
─ Pour le moment, les Ténèbres ne sont pas un souci, assura Harry. L'école est protégée contre elles et Mordred. Bien, sortez vos agendas ! Pour le prochain cours, vous me ferez une rédaction sur ce que vous avez appris de votre échec cuisant dans l'Arbonia.
