Vous avez cru que j'avais encore oublié pas vrai ? Et ben pas cette fois !

J'espère que vous avez assez eu de deux semaines pour vous remettre de vos émotions de la dernière fois. ;)

Bleuta : Ahaha, du calme enfin ! xD Contente de savoir que je suis pardonnée ! :D En tout cas, ça fait plaisir de savoir que ça t'a autant plu. Merci ! :)

Bonne lecture !


Pour une raison qui échappait à Kurogane, son fiancé tenait à tout prix à rencontrer Shaolan. Il s'arrangea donc pour organiser un repas avec l'étudiant pendant une de leurs pauses déjeuner. Henry était ravi, mais son petit ami beaucoup moins. Ce n'était pas qu'il n'avait pas envie de voir Shaolan, mais ça le gênait de les réunir tout les trois, alors que le châtain était celui qui en savait le plus sur ce qui s'était passé entre Fye et lui.

Heureusement, Shaolan était bien trop poli pour laisser paraître sa gêne, si tant est qu'il en ressente. Il se montra gentil et intéressé, comme à son habitude. Il répondit avec plaisir aux questions que l'avocat lui posa sur ses études, puis lui demanda en retour des informations sur sa profession. Les deux hommes eurent ensuite l'excellente idée de prendre Kurogane pour sujet de conversation.

-Il n'a pas été trop grognon, pendant que tu étais chez nous ? S'inquiéta le Français.

-Non, non, il a été très bien. Je ne sais pas ce que j'aurais fait s'il n'avait pas eut la gentillesse de m'accueillir !

-Ahaha, mais ça s'est parce que tu as eu la chance que ce soit Tomoyo qui lui demande. Il est incapable de lui dire non. Je suis presque sûr qu'elle pourrait le faire sauter par la fenêtre si elle le voulait.

Henry n'avait jamais réussit à comprendre comment il pouvait se laisser manipuler à ce point par sa cousine. Ce qu'il ne savait pas, c'est que le brun en était conscient, mais qu'il la laissait faire. Il adorait sa cousine, alors s'il fallait supporter quelques caprices pour lui faire plaisir, tant pis.

-Tu exagères à peine ! Railla Kurogane. En plus, j'aurais dis oui même si la demande n'était pas venue d'elle.

Bon, en fait il n'en savait rien. Cela dit, pourquoi devrait-il passer pour l'associal grognon dans l'histoire ? C'est vrai que parfois il était un peu désagréable avec les autres lorsqu'il passait une sale journée ou qu'il n'était pas d'humeur, mais quand même !

-Çà c'est que ce tu dis après coup ! Le taquina son fiancé avec un clin d'œil.

-Je te trouve mauvaise langue Henry, au fond Kurogane est très gentil, même s'il le cache bien, intervint Shaolan dans une tentative de défendre son ami.

-Merci de me soutenir, toi ! S'écria le brun, avec un regard appuyé en direction du Français.

Ce dernier éclata de rire, et se pencha pour embrasser son voisin.

-Oh, mais tu sais bien que je rigole ! Dit-il, alors que Kurogane se battait pour l'empêcher de lui faire un bisou.

Les deux hommes se chamaillèrent encore quelques instants sous le regard amusé de Shaolan, avant que le Japonnais ne capitule. Fier de sa victoire, l'avocat se mit à arborer un sourire ravi.

-Fait pas trop ton malin, ça pourrait se payer à un moment où un autre, lui signala son petit-ami en le poussant gentiment de l'épaule.

Henry leva les yeux au ciel, pas impressionné du tout par sa menace.

-Ouuuh, j'ai peur ! Je suis tellement effrayé que je vais aller me cacher aux toilettes, d'ailleurs.

Le jeune homme se leva effectivement pour se diriger vers les WC. Les deux convives restant le suivirent du regard le temps que la porte se referme, puis se tournèrent l'un vers l'autre.

-Je suis content de voir que ça va mieux entre vous, lâcha le châtain, tout sourire.

-Oui, à ce propos d'ailleurs... commença Kurogane, un peu honteux.

Cela faisait maintenant trois jours qu'il avait rejoint Fye à son hôtel. Trois jours qu'il avait choisit son ex plutôt que que son fiancé. Pourtant, il n'avait toujours pas trouvé le courage d'amorcer la conversation fatidique. Il savait qu'elle devrait avoir lieu à un moment où à un autre, mais pour le moment, il ne faisait que la repousser.

Comme si Henry avait sentit qu'il se tramait quelque chose, il avait passé le reste du week-end et le début de la semaine à se montrer le plus tendre et attentionné possible. Petit-déjeuner au lit, séances de sexe quotidiennes, messages tendres dans la journée, il avait sortit le grand jeu. Quand son fiancé l'avait questionné sur la raison de cette soudaine attention, le Français lui avait répondu qu'il était simplement très heureux en ce moment et qu'il avait envie de partager son bonheur avec lui. Il avait même finit par lui parler du mariage, lui proposant qu'ils commencent à réfléchir pour fixer une date. Kurogane avait vite éludé la question, n'ayant aucune envie de commencer à planifier quelque chose qui n'aurait pas lieu.

Il avait commencé à s'habituer à l'idée qu'il n'allait probablement pas se marier avec Henry, ni passer le reste de sa vie avec lui. Néanmoins, il était incapable de lui dire qu'il le quittait. Ses sentiments pour Fye étaient d'une puissance qu'il ne pouvait s'expliquer, mais ce n'était pas pour autant qu'il ne ressentait plus rien pour son petit-ami actuel. Il n'avait pas envie de le faire souffrir, et égoïstement, il n'avait pas non plus envie de passer pour le méchant.

L'autre grand problème, c'est qu'il n'était pas tout à fait sûr de son choix. Il était terrifié à l'idée de passer définitivement le pas. Il avait certes fait une promesse à Fye, mais pour l'instant, il pouvait encore faire demi-tour. Son cœur voulait être avec le blond, cela il en était certain. Ce qu'il craignait, c'est que son inclinaison pour le jeune homme ne soit que passagère. Que ferait-il si après quelques mois, il se rendait compte que son euphorie n'avait été crée que par l'excitation de la nouveauté. Il avait peur de tout perdre.

Aujourd'hui, il était à la croisée des chemins. L'une des routes qui s'offrait à lui était connue, sécurisante. En ce moment, il commençait à en avoir un peu marre de marcher dessus, mais au fond, cela pouvait peut être changer avec le temps. L'autre route était sinueuse, et le plongeait directement dans l'inconnu. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui l'attendait s'il la choisissait, mais elle était terriblement séduisante.

Il n'y avait en réalité probablement pas de bon, ni de mauvais choix. Simplement, il ne voulait pas passer le reste de ses jours à regretter la décision qu'il avait prise. Il était sur le point de changer sa vie du tout au tout, et les implications qui allaient avec son choix l'effrayaient. Au fond, est-ce que son couple n'était pas tout simplement en train de traverser une crise ? S'il se battait pour sauver son histoire, peut être que Henry et lui seraient heureux ensemble jusqu'à leur mort. D'un autre côté, s'il décidait de ne pas aller vers Fye, il se demanderait sûrement toujours ce qui se serait passé si sa décision avait été autre.

Il se sentait tellement amoureux que ses mains tremblaient rien que d'y penser. Ne pas le voir ni lui parler était une torture quotidienne. Leurs courts appels de la petite demie-heure que Kurogane avait seul chez lui le soir étaient loin de lui suffire. Sauf que Fye refusait d'en faire plus tant qu'il n'aurait pas parlé à Henry, et lui ne faisait que repousser au lendemain. Il était lâche et couard, c'était un fait, mais c'est parce qu'il avait peur d'être sur le point de faire la plus grosse erreur de sa vie.

Quand il était au téléphone avec l'Anglais, en raccrochant, il était remonté à bloc pour dire à son fiancé que c'était terminé. Et quand Henry rentrait, souriant béatement, un DVD de son film préféré dans une main et une huile de massage dans l'autre, il se disait que c'était injuste de faire ça à quelqu'un d'aussi amoureux.

Kurogane était pris entre deux feux. D'un côté son amant -car c'est ce qu'ils étaient aujourd'hui- le pressait de rompre avec son fiancé, pendant que de l'autre, ledit fiancé faisait tout son possible pour lui faire plaisir. Pour un peu il se serait cru dans un mauvais feuilleton.

-Quoi ? S'inquiéta Shaolan qui avait vu son expression se dégrader au fur et à mesure qu'il réfléchissait.

-Je... J'ai recommencé.

-Pardon ?

-Fye et moi on a encore... enfin, t'as compris.

-Sérieusement ? J'avais l'impression que tout était rentré dans l'ordre.

Le châtain tentait de le cacher, mais son ami sentait de la désapprobation dans sa voix. Peut être était-ce parce qu'il avait rencontré Henry, ou parce qu'il avait cru Kurogane quand il lui avait que ça avait été une erreur de tromper son fiancé, mais toujours était-il qu'il était moins compréhensif que la première fois.

-Non, ça a empiré depuis la dernière fois. Je me suis menti à moi même pendant des semaines, et la vérité, c'est que je suis amoureux de Fye. J'ai voulu l'enfouir en moi, mais je n'ai pas réussi. Quand j'ai fini par ne plus en pouvoir, je suis allé le voir, et on a recommencé.

-Tu m'as dit que tu aimais Henry, lui rappela Shaolan, masquant à grand peine son ton accusateur.

-Et je le pensais. Sauf que j'aime Fye bien plus encore.

Son ami soupira, se demandant dans quelle galère il venait encore de se fourrer. Soucieux, que leur conversation reste privée, il jeta un coup d'œil vers les toilettes. Heureusement, ils semblaient que plusieurs personnes les occupaient déjà avant que le Français y aille, ce qui leur laissait encore un peu de temps.

-Qu'est-ce que tu vas faire alors ? Demanda Shaolan.

-Je ne peux pas continuer comme ça plus longtemps. Ne pas le voir me fait perdre la tête. C'est en train de me ronger, j'te jure !

-Pourquoi tu ne le vois pas ?

-Il refuse d'être l'amant caché.

Le châtain eut une expression à la fois surprise et horrifié. Manifestement, c'était pire que ce qu'il avait imaginé.

-Attends, tu comptes... -il regarda dans autour d'eux- rompre avec Henry ?

-... je crois que oui.

-Mais tu as réfléchis un peu à ce que ça implique ? Vous êtes fiancés tout les deux, et vous vous aimez ! Tu te balades partout avec au doigt la bague qu'il t'a offerte, tu vis avec lui, vous dormez dans le même lit, et toi, tu planifies de le larguer ?!

Cette fois c'était clair, l'autre n'approuvait pas du tout son choix. Il était même en train d'essayer de le faire culpabiliser. Kurogane trouvait ça mesquin de sa part, mais en même temps, s'il lui avait demandé conseil c'était pour qu'il donne son avis. Maintenant, il regrettait, sauf que c'était trop tard.

-C'est horrible, j'en suis conscient, mais je ne vois pas quoi faire d'autre ! Gémit le brun, désespéré par sa situation.

-Est-ce que tu as au moins réfléchi à l'éventualité d'essayer de sauver ton couple ?

-Je ne m'imagines plus sans Fye. C'est trop dur !

-Et sans Henry ? Tu imagines être sans lui ?

Interdit, Kurogane s'arrêta. Il n'avait pas été jusque là dans ses pensées. Cela faisait deux ans qu'il voyait le Français quasiment chaque jour, alors non, il pouvait difficilement penser à ce que ça pourrait être de ne plus passer du tout de temps ensemble.

-Tu t'imagines lui dire que tu l'as trompé avec ton ex, et que tu le quittes pour aller avec lui ?! Repris Shaolan. Tu te vois remballer tes affaires pendant qu'il pleure dans la pièce d'à côté ? Tu arrives à te visualiser lui disant au revoir pour la dernière fois ? Comment tu feras pour expliquer aux gens pourquoi tu ne porte plus ta bague ? Comment tu annonceras la nouvelle à tes proches ? Quelle raison tu vas leur donner ? Et Seishiro, tu as réfléchi à la façon dont tu vas lui annoncer que tu t'es mis en couple avec Fye ? Qu'est-ce que tu feras si finalement vous deux ça ne marche pas ? Tu penses vraiment que Henry sera assez bête pour accepter de te reprendre si tu reviens à ses pieds en rampant ?!

-Arrêtes ! Cria Kurogane, attirant le regard des autres clients.

Une bouffée de chaleur venait de l'envahir. Son estomac s'était noué à l'entente des propos de son vis à vis. Il avait du mal à respirer, sa tête tournait. Il lui fallait de l'air, beaucoup d'air. Précipitamment, il se leva et couru en dehors du restaurant. Il voulu sortir une cigarette mais réalisa que sa veste était à l'intérieur. À la place, il commença à faire les cents pas pour se calmer.

Shaolan avait raison sur presque tous les points. Il ne se visualisait pas du tout en train de faire toutes ces choses. Voilà pourquoi il ne passait pas le cap. Ce qu'il aurait aimé, c'est pouvoir passer de l'étape « fiancé à Henry » à « en couple avec Fye », sans avoir à aller sur la case « rupture ». Ce n'était malheureusement pas possible. Il devait le faire, sinon Fye finirait pas péter un câble, et lui aussi, mais il y avait tellement de conséquences à affronte. Rien que l'idée de faire face à son meilleur ami pour le lui annoncer était inenvisageable, alors le reste...

-Tout va bien chéri ?! S'exclama la voix du Français dans son dos.

Il fit un bond de trois mètres et son cœur s'arrêta de battre quelques instants tant il eut peur.

-Putain, la vache ! Cria t-il, au bord de la syncope.

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Rien. Je m'attendais pas à te voir. Tu m'as fait super peur !

Henry s'excusa en l'enlaçant. Kurogane le repoussa. Il n'avait aucune envie qu'on le touche pour le moment. Il sentait sale, et coupable. La dernière personne à qui il avait envie de parler était bien son fiancé.

-Pourquoi tu es dehors ? Demanda finalement l'avocat.

-J'ai eu un coup de chaud. C'est passé.

Le brun ne pouvait pas lui expliquer ce qui s'était réellement passé, ni pourquoi il ne voulait surtout pas retourner à l'intérieur. Il dut à contre cœur reprendre sa place et faire semblant de finir son assiette. Les deux autres avaient repris une conversation animée, mais il n'en écouta pas un traître mot. Il n'arrivait pas à affronter le regard de son ami. Ce dernier avait réagit de façon bien plus violente que ce qu'il avait imaginé. À tel point qu'il en était arrivé à se demander si Shaolan n'avait pas un passif avec l'infidélité.

Toujours était-il que les mots du jeune homme avait fait mouche. Il était plus incertain que jamais. La meilleure chose à faire pour le moment était donc probablement de prendre le temps de réfléchir plus longuement.

La fin du repas fut interminable pour Kurogane, et il s'empressa de filer au travail dès le dessert terminé. Ce fichu déjeuner avait été une très mauvaise idée. Non seulement il avait brisé ses certitudes quant à ce qu'il voulait faire, mais en plus cela l'avait empêché d'appeler Fye. Le jeune homme lui avait dit qu'il ne pourrait pas l'appeler ce soir là, donc il devait attendre le lendemain midi pour entendre sa voix. C'était une véritable éternité à ses yeux !

Dans l'après midi, le brun remarqua que son meilleur ami était d'humeur morose. Espérant pouvoir se changer les idées, et ayant la ferme intention de redevenir un bon ami, il lui demanda ce qui se passait.

-Pff, rien... Soupira Seishiro, lui même pas convaincu par ce qu'il disait.

-Vraiment ?

-Laisse, j'ai pas envie de t'embêter avec ça...

-Vas y, dis moi, insista Kurogane.

-Nan, j'me fais des films pour rien. T'inquiète, ça ira mieux demain !

Le borgne parlait sur un ton blasé. Son beau sourire avait laissé place à un air déprimé. Il se forçait à peine à répondre aux clients qui le saluaient.

-Mec si...

-Merci, mais aujourd'hui, c'est moi qui aimerait avoir la paix. Si on me cherche, je suis dans mon bureau.

Impuissant, son meilleur ami le regarda s'éloigner, le pas traînant. Quelque chose n'allait pas, mais Seishiro ne voulait pas en parler. Il ne pouvait l'y forcer. Surtout que dernièrement, lui aussi avait été plutôt évasif quand l'autre avait voulu lui remonter le moral pendant une crise de déprime. Ce n'était qu'un juste retour des choses en un sens.

Il avait prévu une autre tentative en fin de journée, mais le borgne ne lui en laissa pas la possibilité car il partit avant la fermeture. Le brun eut au moins le plaisir de constater que son ami était de nouveau souriant quand il quitta la salle. Il lança un « au revoir » enjoué à la cantonade avant de partir, ce qui le rassura.

Kurogane chassa cette histoire de son esprit pour le reste de la soirée. En rentrant chez lui, il eut la mauvaise surprise de constater que Henry s'y trouvait déjà. Ça ne l'arrangea pas, car la conversation qu'il avait eue avec Shaolan l'avait fait réfléchir, et il ne savait plus trop comment se comporter avec lui. C'était peut être plus cruel qu'autre chose d'être normal avec le Français quand il avait prévu de le quitter prochainement. Le truc, c'est qu'il n'avait pas la moindre idée de quand était le fameux prochainement. Certes, il le quitterait à un moment, mais avant il devait envisager toutes les conséquences et prévoir des solutions.

C'était l'hôpital qui se foutait de la charité, mais il n'avait pas envie de passer ses dernières semaines avec Henry à se disputer car son fiancé aurait remarqué sa soudaine distance. Il s'appliqua à ne pas éveiller ses soupçons, souriant à ses blagues, lui faisant des papouilles sur le canapé et le laissant se blottir contre lui dans leur lit. Il s'imaginait que Fye était à sa place, et parfois il lui arrivait d'y croire si fort qu'il était déçu en se rendant compte que ce n'était que son fiancé.

Finalement, il su qu'il aurait dû plus prêter attention à son meilleur ami la veille, quand il le trouva assit dans les vestiaires, le regard dans le vague, en arrivant le lendemain matin. Sans bruit, il se glissa à ses côtés et lui attrapa la main pour signaler sa présence. Seishiro tourna la tête vers lui et tenta un pauvre sourire qui se solda par un échec.

-Tu veux me raconter ? Proposa Kurogane après quelques minutes de silences.

Il crut que le borgne allait encore se retrancher dans son mutisme, mais au lieu de ça il murmura :

-C'est Fye...

A ces mots, son sang ne fit qu'un tour. Il était arrivé quelque chose à Fye. La peur l'envahi, le paralysant, bloquant ses muscles et sa respiration. Il était complètement suspendu aux lèvres de son ami. Les prochains mots qu'il prononcerait allaient peut être le tuer.

-... il m'a « largué ».

Si Seishiro n'avait pas eu l'air si mal, il aurait pu en pleurer de soulagement. Dieu merci, Fye allait bien. Ce n'était « que » ça. Kurogane savait que cela allait arrivait un jour prochain, et il eut du mal à feindre la surprise. D'autant plus qu'il était assez impatient d'entendre cette nouvelle. L'idée que le blond et son meilleur ami puissent encore se fréquenter après ce qui s'était passé samedi soir était inconcevable pour lui. De ce point de vue, il comprenait parfaitement pourquoi Fye voulait tant le voir quitter son fiancé. Il avait même de l'admiration pour sa patience. D'ailleurs, si l'Anglais pouvait en avoir encore un peu plus en réserve, ça l'aurait arrangé.

-Comment ça ? S'enquit-il, conscient que l'autre avait besoin de parler.

-Depuis dimanche, il ne me donnait plus de nouvelles. Il voulait pas me voir, et je comprenais pas pourquoi. Hier, il a proposé de passer chez moi après le travail.

Kurogane grinça des dents. Imaginer SON Fye chez Seishiro lui hérissait le poil.

-Quand il est arrivé, il a commencé à m'expliquer qu'on s'était bien amusé tout les deux, mais qu'il préférerait qu'on arrête. En fait, il n'a même pas donné de vraie raison, juste qu'il n'en avait plus envie.

-Je suis désolé.

-C'est ridicule, on était même pas couple, mais je me sens... triste, avoua le borgne. Je l'aimais beaucoup Fye. Il est gentil, drôle, beau, spirituel, doué au pieu, et il ne cherchait rien de sérieux. Il avait vraiment toutes les qualités que je recherche, et plus encore. Ça faisait super longtemps que j'avais pas « fréquenté » quelqu'un, mais avec lui c'était génial. J'ai adoré chaque moment qu'on a passé tout les deux. J'arrive pas à me dire que c'est terminé, qu'il ne passera plus son week-end dans mon lit, qu'on ira plus boire un verre ensemble en sortant du boulot, qu'on... Merde, j'suis pathétique ! À m'entendre on croirait que je viens de me faire lourder !

Le brun lui serra l'épaule en signe de soutient. En réalité, il était abasourdi par ce qu'il entendait. Jamais Seishiro n'avait réagi comme ça après qu'une de ses relations se soit terminé. C'était essentiellement parce qu'il n'avait quasiment jamais eut de « relation » à proprement parler, et aussi parce qu'il était toujours celui qui larguait l'autre. Néanmoins, Kurogane n'en croyait pas ses oreilles. Lui qui pensait que son meilleur ami prendrait ça à la légère et irait boire un coup le jour même pour se remettre en selle, il s'était bien trompé.

Maintenant, il se sentait coupable. C'était de sa faute après tout. Il était soulagé que Fye ne le voit plus, mais maintenant il lui incombait d'assumer sa responsabilité et de remonter le moral du borgne.

-Qu'est-ce que je peux faire ? Demanda t-il. Tu veux sortir ce soir ?

-Non, je préférerais pas.

-Dans ce cas, si ta proposition de glace devant la télé tient toujours, c'est aussi une option envisageable. On mettra Le journal de Bridget Jones, on s'entourera de plaid, on se fera les ongles...

Sa blague arracha un sourire à Seishiro.

-T'es con ! Souffla t-il, en le poussant. Hors de question que je me tape encore une fois cette merde Européenne gnangnan. Si on bouffe de la glace, ce sera devant un bon film de kung-fu !

-Vendu ! Ce soir, on épuise ton stock de films d'arts martiaux.

-J'espère que t'es prêt à passer une nuit blanche ! Pouffa le borgne.

Kurogane était soulagé de le voir plaisanter. C'était peut être moins grave que ça en avait l'air finalement. Cela dit, il devait avouer qu'il ne s'attendait pas à ce que son ami se soit autant attaché à l'Anglais. Peut être aurait-il du agir avant ?

En plus, maintenant, cela rendrait les choses encore plus difficiles quand il faudrait lui annoncer qu'il avait quitté Henry pour Fye. À moins qu'il ne le fasse dans plusieurs semaines, Seishiro ferait inévitablement le lien entre leurs deux ruptures. Super, il s'était enfoncé encore plus profondément dans les ennuis !

Pour ne rien arranger, maintenant que Fye avait mis fin à sa relation, il devait lui renvoyer l'ascenseur. Et ça, il n'y était pas encore préparé.

Leur petite discussion paraissait avoir un peu remonté le moral du borgne, car il se montra souriant quand leurs collèges arrivèrent. Plusieurs fois dans la mâtinée, le brun le surpris à fixer le vide, l'air mélancolique, mais dans l'ensemble, son patron se comporta assez normalement.

À l'heure de la pause déjeuner, Kurogane se précipita littéralement dehors, l'appel du numéro de Fye déjà en cours.

« -Hey ! S'exclama la voix enjouée du blond.

-Salut toi ! Comment ça va ?

-Beaucoup mieux depuis que tu as appelé. Et toi ?

-Mieux depuis que j'entends ta voix.

Ok, c'était niais, mais ça faisait un bien fou. En plus, c'était vrai !

-Quoi de neuf depuis lundi ?

-Pas grand chose. J'ai vu Shaolan hier. Si, un truc en fait, tu aurais pu me dire que tu comptais larguer Sei' hier soir.

-Ah oui, et j'aurais du faire comment, par pigeon voyageur ? Je n'ai pas le droit de t'envoyer de sms je te signale.

C'était en effet une des règles que le brun avait établies depuis qu'ils se voyaient clandestinement. Henry et lui avaient pris l'habitude de lire les sms de l'autre à haute voix quand ils étaient dans la même pièce qu'un téléphone qui venait de vibrer. Même s'il prenait toute les précautions du monde, Kurogane craignait que le Français lise un jour quelque chose qu'il n'aurait pas du voir. Pour éviter ça, il avait demandé à Fye de ne pas lui envoyer de sms. Ils ne se parlaient que quand Kurogane l'appelait, et le jeune homme faisait toujours très attention à effacer ces appels de l'historique. Il avait même renommé Fye dans son répertoire pour ne pas que son fiancé puisse penser qu'ils étaient encore en contact.

-T'as raison, tu pouvais pas...

-T'es un peu bête des fois, non ?! Rit l'Anglais.

-Pff, la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe.

-Tu m'as traité de crapaud là ?! S'offusqua son interlocuteur.

-C'est toi qui le dis.

-T'es méchant ! »

C'était débile, mais le brun adorait quand ils avaient ce genre de conversations. Dans ces moments il avait le sentiment qu'ils étaient en quelque sorte un vrai couple. Certes, ça ne faisait que quatre jours qu'ils étaient amants, mais avec leur passif, ça lui paraissait plus long.

Par chance, comme ils n'avaient pu s'avoir au téléphone que deux fois depuis samedi, Fye n'avait pas remis le sujet de Henry sur le tapis. Ils avaient donc pu passer de bon moment au téléphone ensemble. Le jeune homme lui avait cependant fait comprendre qu'il n'attendrait pas 107 ans qu'il se décide à faire quelque chose.

Lorsqu'ils raccrochèrent, Kurogane souriait jusqu'aux oreilles. Il n'avait plus que 10 minutes pour avaler son repas avant de reprendre le travail, mais il s'en foutait. Il était juste ivre de bonheur et d'amour. Comme à chaque fois qu'il était au téléphone avec le blond, tout ses doutes s'envolaient. C'était bien avec lui qu'il voulait être. Il fallait qu'il arrête de se torturer l'esprit pour rien, et qu'il passe à l'action. Ce soir, il ne pouvait rien faire parce qu'il serait avec Seishiro mais demain il le ferait. Oui, demain, il allait rompre avec Henry. Demain.


Pourquoi je continue de vous torturer vous demandez vous sûrement ?

La légende dit que c'est pour rendre l'histoire intéressante.

La vérité ?

En fait j'adore ça !